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Full text of "Pages d'histoire, 1914-1918"

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PAGES  D'HISTOIRE  -  1914-1915 

[oe  SÉniE  a 

MEMBRE     DE     Pl/uSIEURS     SOCIÉTÉS     SAVANTES 


CHRONOLOGIE 

DE  LA  GUERRE 

(31   JUILLET -31   DÉCEMBRE  1914) 


Successu  crescat  honestum  ! 
(LucAiN,  IX,  571.) 


QUATRIEME  MILLE 


Librairie  Militaire  Berger-Levrault 

PARIS                     I  NANCY 

KVV.     DES    BEAUX-AnrS,    5-7  RUE     DES     GLACIS,      l8 

30  Prix  :  40  centimes. 


LIBUAUUE    MILITAIRE    BERGER -LEVKAULT 

PARIS,  5-1,  rue  des  Beaux-Arts  —  rue  des  Glacis,  18,  NANCY 

PAGES  D'HISTOIRE- 1914-1915 


PLAN  GENERAL 


1"  Série.  —  L'Explosion  vue    de  la  frontière  de  l'Est  (23  juillet  — 
5  août).  5  volumes  :  a)  Le  Guet-Apens.  —  b)  La  Tension  diplomatique.  — 
c)  En  Mobilisation.  —  cQ  La  Journée  du  4  août.  —  e)  En   Guerre. 
2'  Série.  —  Les  Pourparlers  diplomatiques. 
Trois  volumes  parus  :   a)  Livre    bleu  anglais.  —  b)  Livre   gris    belge.  — 

c)  Livre  orange  russe. 

Sous  presse  :  d)  Livre  bleu  serbe.  —  e)  Livre  blanc  allemand. 

3«  Série.  —  Les  Communiqués  officiels.  Suite  chronologique  des  dépèches 
du  Gouvernement  français.  C  volumes  parus  (du  5  août  au  3i  décembre). 
4'  Série.  —  Atlas-Index  de  tous  les  théâtres  de  la  Guerre. 
a)  Campagnes  de  France  et  de  Belgique  (34  cartes  au  1/400000»,  en  4  cou- 
leurs; index  alphabétique). 
En  préparation  :  b)  Campagnes  des  Vosges,  d'Alsace,  de  Lorraine,  de  l'Al- 
lemagne  de  l'Ouest.  —  c)  Cartes  des  principaux  champs  de  bataille.  — 

d)  Front  Est  :  Prusse  Orientale,  Galicie,  Pologne,  Hongrie.  —  e)  Front 
Sud  :  Serbie,  Bosnie-Herzégovine,  etc.  —  f)  Cartes  d'ensemble  d'Europe. 
Colonies  allemandes. 

5'  Série.  —Les  Mises  à  l'Ordre  du  Jour  :  Citations,  Promotions,  Légion 
d'honneur.  Médaille  militaire.  8  volumes  parus  (du  8  août  au  i.5  novembre). 

6t  Série.  —  Pangermanisme. 

a)  La  Folie  allemande,  par  Paul  Verrier.  —  b)  Traduction  d'ouvrages  pan- 
germanistes.  —  c)  La  Doctrine  de  guerre.  —  d)  Les  Faussaires.  —  e)  Les 
Huns  en  France.  —  /)  Les  Huns  en  Belgique.  —  g)  Manifestes  des  98  et 
des  Universités  allemandes.  —  h)  Paroles  allemandes. 

7«  Série.  —  L'Indignation  du  monde  civilisé, 
u)  La  Séance  historique  de  l'insiitut  de  France.  —  b)  L'Allemagne  et  la 
Guerre,  par  Emile  Boutroux,  de  l'Académie  Française.  —  c)  La  Journée 
du  22  décembre.  —  d)  Devant  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres.  —  e)  Devant  l'Académie  Française.  —  /)  La  Protestation  des 
grands  hommes  de  l'étranaer.  —  g)  Ordres  du  jour  des  sociétés  savantes 
et  artistiques.  —  h)  Voix  de  neutres.  —  i)  Paroles  belges. 

8'  Série.  —  La  Guerre  et  la  Presse  mondiale. 

a)  Extraits  du  Bulletin  des  Armées  de  la  République  (4  volumes  parus).  — 
b)  Articles  choisis  dans  les  grands  quotidiens  de  Paris.  —  c)  Presse  de 
province.  —  d)  Presse  des  pays  allies.  —  e)  Presse  des  pays  neutres.  — 
f)  Presse  des  pays  ennemis.  —  g)  Les  meilleures  Caricatures,  les  meil- 
leurs Poèmes  et  les  meilleures  Chansons. 

9'  Série.  —  Pendant  la  Guerre. 
a)  Le  Canon  de  75.  —  b)  La  Vie  à  Paris.  —  c)  La  Vie  en  Province.  —  d)  La 
Vie  à  l'ttranger.  Etc. 

10^  Série.  —  Les  Opérations  militaires. 

^.Isa 


Les  Français  en  Alsace.  —  Les  Français  en  Belgique.  —  La  Retraite  stra- 
tégique. —  Le  Grand  Couronné  de  Nancy.  —  La  Bataille  de  la  Marne.  — 
La  Campagne  des  Vosges.  —  Bataille  de  l'Aisne.  —  Combats  dans  l'Ar- 
gonne  et  dans  La  Woêvre.  —  Bataille  du  Nord.  —  Chronologie  de  la  guerre 
(3i  juillet-3i  décembre  191^}.  Etc.,  etc. 


Chronologie 

de   la   Guerre 

(31  JUILLET  =  31  DÉCEMBRE) 


30.    CHRONOLOGIE    DE   LA    GUERRK 


//  a  été  tiré  de  ce  volume  cinquante-cinq  exem- 
plaires numérotés  à  la  presse,  dont  : 
5  sur  papier  du  Japon  (A'°«  i  à  5); 
5o  sur  papier  de  Hollande  {N°^  6  à  55). 


Chronologie 

de  la  Guerre 

(31  JUILLET=31  DÉCEMBRE) 


JUILLET-AOUT 


Vendredi  31  juillet.  —  A  Berlin,  proclama- 
tion de  1'  «  état  de  menace  de  guerre  »  ;  le  soir, 
ultimatum  à  la  Russie  ;  l'Allemagne  la  somme 
de  suspendre  une  mobilisation  dont  elle  sait 
pourtant  la  difficulté  et  la  lenteur. 

Le  Gouvernement  français  répond  à  l'Angle- 
terre qu'il  respectera  la  neutralité  belge  ;  l'Alle- 
magne ne  répond  pas. 

La  Russie  et  l'Autriche  accepteraient  un  arrêt 
simultané  de  leurs  préparatifs  afin  de  poursuivre 
des  négociations  sur  la  question  serbe.  La  pré- 
cipitation de  l'Allemagne  réduit  à  néant  cette 
dernière  chance  de  paix. 


4  PAGES  d'histoire 

Samedi  i®''  août.  —  L'Allemagne  déclare  la 
fjiierre  à  la  Russie.  Le  soir,  lamobilisalion  fran- 
çaise est  ordonnée. 

Dimanche  2  août.  —  Les  Allemands  violent 
la  neutralité  du  Luxembourg,  adressent  un  ulti- 
matum à  la  Belgique  et  font  des  incursions  sur 
territoire  français  à  Longlaville,  Ciiey  et  Petil- 
Croix. 

L'Italie  déclare  à  l'Allemagne  qu'elle  restera 
neutre. 

Le  moratoriiim  est  promulgué  en  France. 

Lundi  3  août.  —  M.  de  Schœn  quitte  Paris; 
M.  Cambon  quitte  Berlin. 

L'Italie  notifie  à  la  France  qu'elle  restera 
neutre. 

Sir  Edward  Grey  déclare  au  Parlement  que 
l'Angleterre  protégera  la  neutralité  belge  et  les 
côtes  de  la  France.  Il  demande  au  Parlement  un 
crédit  de  2  milliards  et  demi;  la  mobilisation  an- 
glaise est  ordonnée. 

Le  roi  des  Belges  fait  appel  à  l'Angleterre. 

Mardi  4  août.  —  Réunion  du  Parlement 
français;  message  du  Président  de  la  Républi- 
que. La  limite  légale  d'émission  des  billets  de  la 
Banque  de  France  est  portée  à  12  milliards. 

Au  Parlement  allemand,  le  chancelier  Beth- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  O 

mauii-Hollweg  s'exprime  ainsi  :  «  Nous  avons 
été  obligés  de  passer  outre  aux  justes  réclama- 
tions des  Gouvernements  belge  et  luxembour- 
geois. Le  tort  —  je  parle  franchement  —  que 
nous  leur  faisons,  nous  nous  efforcerons  de  le 
réparer  quand  notre  but  militaire  sera  atteint.  » 

Ultimatum  de  l'Angleterre  à  l'Allemagne  ; 
déclaration  de  guerre  à  28  heures. 

L'Allemagne  déclare  la  guerre  à  la  Belgique. 
Les  troupes  allemandes  prennent  et  brûlent 
Visé  ;  la  cavalerie  paraît  devant  les  forts  de 
Liège. 

Prise  de  Trieux,  près  Briey,  par  les  Allemands. 

Le  Gœbeii  et  le  Breslaii  lancent  des  bombes 
sur  Bône  et  Philippeville. 

Mercredi  5  août.  —  L'Autriche-Hongrie 
déclare  la  guerre  à  la  Russie. 

Le  Danemark  mobilise  et  sème  des  mines 
dans  les  deux  Belt. 

Lord  Kitchener  est  nommé  secrétaire  d'Etat 
à  la  Guerre. 

Les  Allemands  réduisent  deux  forts  de  Liège 
et  pénètrent  dans  la  ville. 

La  cavalerie  française  se  montre  à  Vie  et  à 
Moyenvic. 

Les  Autrichiens  bombardent  Belgrade. 

Les  Allemands  occupent  Kalicz  (Pologne). 

Le  croiseur  anglais  Amphion  coule  un  mouil- 


O  PAGES    D  HISTOIRE 

leur  de  mines  allemand  et  saute  lui-même  après 
avoir  touché  une  mine. 

Jeudi  6  août.  —  Les  Allemands  investissent 
Longwy  et  continuent  à  perdre  du  monde  devant 

Liège. 

Vendredi  7  août.  —  Les  Allemands  évacuent 
Liège.  Premiers  débarquements  de  troupes 
anglaises. 

Les  Serbes  entrent  en  Bosnie. 

Samedi  8  août.  —  Les  États-Unis  font  savoir 
qu'ils  sont  disposés  à  agir  en  médiateurs.  La 
Suisse  mobilise  et  proclame  l'état  de  siège. 

Lord  Kitchener  demande  loo.ooo  volontaires. 

Les  Allemands  rentrent  dans  Liège. 

Les  Français  prennent  Altkirch  (le  matin)  et 
Mulhouse  (le  soir). 

Occupation  de  Togo  par  un  croiseur  anglais 
et  la  garnison  française  du  Grand-Popo  (Daho- 
mey). 

Dimanche  9  août.  —  Les  Allemands  offrent 
aux  Belges  de  négocier. 

La  cavalerie  française  entre  en  Belgique. 

Un  sous-marin  allemand  est  coulé  par  le  Bir- 
mingham. 

Lundi  10  août.  —  La  cavalerie  allemande  se 
montre  entre  Liège  et  Bruxelles. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  7 

Brillant  succès  français  à  Mangiennes,  au  nord 
de  Verdun.  Les  Français  prennent  La  Garde, 
entre  Avricourt  et  Château-Salins. 

Les  Russes  sont  devant  Tilsit. 

Mardi  il  août.  —  Les  Belges  livrent  aux 
Allemands  les  combats  de  Tirlemont,  de  Saint- 
Trond  et  de  Diest. 

Succès  français  sur  les  crêtes  des  Vosges. 

Les  Français  évacuent  Mulhouse. 

Le  Gœben  et  le  Breslaii  entrent  dans  les  Dar- 
danelles. 

Mercredi  12  août.  —  Déclaration  de  guerre 
de  la  France  et  de  l'Angleterre  à  l' Autriche- 
Hongrie. 

Succès  de  la  cavalerie  belge  près  de  Dinant. 

Succès  français  sur  l'Othain  (le  ii  et  le  12). 

La  Turquie  prétend  acheter  le  Gœben  et  le 
Bresiau. 

Jeudi  13  août.  —  Échec  allemand  à  Hasselt. 
Les  Français  sont  chassés  de  La  Garde. 
Les  Allemands  bombardent  Pont-à-Mousson. 
Les  Russes  repoussent  les  Autrichiens  à  Sokal 
(nord-est  de  la  Galicie). 

Vendredi  14  août.  —  Des  troupes  françaises 
entrent  à  Charleroi,  se  dirigeant  sur  Gembloux. 


O  PAGES    D  HISTOIRE 

Le  maréchal  French  se  rend  au  quartier  gé- 
néral français  (à  Paris  le  lendemain). 

Les  Français  occupent  le  Donon,  la  ville  et  le 
col  de  Saales  et  repoussent  les  Allemands  à 
Schirmeck. 

Des  avions  français  jettent  des  bombes  sur  le 
hangar  des  dirigeables  à  Metz. 

Samedi  15  août.  —  Ultimatum  du  Japon  à 
l'Allemagne. 

A  Dinant,  les  Allemands  sont  repoussés  par 
la  cavalerie  française  sur  la  rive  droite  de  la 
Meuse. 

Les,  Français  prennent  Blâmont  et  Cirey  ;  ils 
reprennent  Thann  et  s'emparent  d'un  drapeau 
allemand  à  Saint-Biaise. 

Proclamation  du  Tsar  promettant  la  liberté 
aux  Polonais. 

Dimanche  16  août.  —  Vifs  combats  à  Spin- 
court  (jusqu'au  i8).  Les  Français  prennent 
Sainte-Marie-aux-Mines  et  sont  vainqueurs  de  la 
garnison  de  Strasbourg  à  Schirmeck.  En  Haute- 
Alsace,  ils  tiennent  la  ligne  Thann  —  Cernay — 
Dannemarie. 

Une  escadre  franco-anglaise  paraît  dans 
l'Adriatique. 

Lundi  11  août.  —  Progrès  des  Français  dans 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  Q 

les  vallées  des  Vosges  et  dans  la  région  des 
étangs.  Marsal  est  pris  ;  la  cavalerie  française 
arrive  à  Château-Salins. 

Les  Russes  sont  vainqueurs  à  Stallupônen 
(Prusse  Orientale). 

L'escadre  alliée  coule  un  croiseur  autrichien 
devant  Antivari. 

Mardi  i8  août.  —  Victoire  des  Serbes  sur 
les  Autrichiens  à  Ghabatz. 

Mercredi  19  août.  —  A  l'est  de  la  Meuse, 
les  Allemands  atteignent  la  ligne  Dinant — Neuf- 
château,  avec  avant-gardes  sur  la  Dyle.  Ils 
entrent  à  Louvain  et  y  procèdent  à  de  premières 
destructions.  Combat  à  Perwez,  au  nord  de 
Namur,  contre  la  cavalerie  française. 

L'armée  belge,  défaite  à  Aerschot,  se  replie 
sur  Anvers. 

Nouveaux  progrès  des  Français  en  Lorraine. 
Leur  ligne  s'étend  de  la  région  au  nord  de  Sar- 
rebourg  en  passant  par  Morhange  jusqu'à 
Delme.  Dieuze  leur  appartient. 

Les  Français  reprennent  Mulhouse  et  occupent 
Guebwiller. 

Les  Russes  repoussent  la  cavalerie  autri- 
chienne entre  Kielce  et  Dubno  (Pologne). 

Jeudi  20  août.  —  Les  Allemands  occupent 
Bruxelles  et  bombardent  Namur. 


10  PAGES  D  HISTOIRE 

Les  Français,  en  Lorraine,  éprouvent  de 
graves  échecs  près  de  Sarrebourg  et  de  Mor- 
hange  ;  ils  battent  en  retraite  sur  la  Seille  et  le 
canal  de  la  Marne  au  Rhin. 

Les  Russes,  vainqueurs  à  Gumbinnen,  pren- 
nent Goldap  etLyck  (Prusse  Orientale). 

Vendredi  21  août.  —  Bombardement  de 
Namur. 

Achèvement  de  la  concentration  des  troupes 
anglaises. 

Combats  sur  les  hauteurs  au  nord  de  Luné- 
ville. 

Succès  français  à  Dornach;  nouvelle  occupa- 
tion de  Mulhouse  et  d'Altkirch. 

Un  dirigeable  allemand  est  détruit  sur  la 
route  de  Celles  à  Badonviller. 

Samedi  22  août.  —  Commencement  d'une 
bataille  générale  entre  Mons  et  la  Moselle 
(bataille  dite  de  Charleroi). 

Échec  des  Français  devant  Longwy. 

Les  Allemands  brûlent  Nomeny  et  fusillent 
les  habitants. 

Victoire  serbe  sur  la  Drina. 

Les  Russes  évacuent  Kielce  (Pologne). 

Dimanche  23  août.  —  Bataille  très  vive  entre 
Charleroi,  Namur  et  Dinant.  Les  Allemands 
attaquent  les  Anglais  à  Mons. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  I  I 

Prise  de  Luné  ville  par  les  Allemands. 

Échec  sur  la  Semoy  de  l'armée  française  de  la 
Meuse. 

Les  Français  évacuent  le  Donon  et  le  col  de 
Saales. 

(21-23.)  Les  Russes  prennent  Soldau,  Allen- 
stein,  Bischofsburg,  Neidenburg,  Willenbenj, 
Johannisburg,  Ortelsburg. 

Le  Japon  déclare  la  guerre  à  l'Allemagne. 

Lundi  24  août.  —  Les  Alliés  abandonnent  la 
ligne  de  la  Sambre  ;  les  Anglais  se  retirent  sur 
Maubeuge. 

Les  Allemands  massacrent  la  population  civile 
de  Dinant, 

L'armée  belge  d'Anvers  s'avance  au  delà  de 
INIalines. 

Retraite  des  Français  à  l'ouest  de  la  Meuse. 

Les  Allemands  occupent  Mézières. 

Nouvelle  offensive  française  au  nord  de 
Nancy. 

Bombardement  d'Étain  par  les  Allemands. 

Les  Autrichiens  avancent  en  Pologne  au  delà 
de  Kielce. 

Premiers  bpmbardements  de  Cattaro  et  de 
Tsing-tao. 

Mardi  25  août.  -  Les  Allemands  occu|)enl 
Namur. 


12  PAGES    D  HISTOIRE 

Les  Anglais  se  retirent  sur  Gamljiai — Le  Gâ- 
teau—Landrecies. 

La  cavalerie  allemande  se  montre  à  Lille  et  à 
Douai. 

Les  Allemands  prennent  Sedan,  après  un  vif 
combat. 

Les  Français  évacuent  Mulhouse. 

Les  Autrichiens  sont  chassés  de  Serbie;  ils 
repoussent  les  Russes  à  Krasnik  et  s'avancent 
sur  Lublin. 

L'Autriche  déclare  la  guerre  au  Japon. 

Mercredi  26  août.  —  Incendies,  pillages  et 
meurtres  ordonnés  par  Manteuffel  à  Louvain. 
L'Université  et  sa  bibliothèque  sont  réduites  en 
cendres. 

Des  troupes  d'Alsace  sont  dirigées  vers  le 
nord  de  la  France. 

Recul  des  lignes  françaises  dans  la  région  de 
Saint-Dié. 

Les  Autrichiens  évacuent  le  sandjak  de  Novi- 
Bazar. 

Commencement  de  la  grande  bataille  de 
Lemberg  entre  les  Autrichiens  et  les  Russes. 

Jeudi  27  août.  —  Nouveau  ministère  fran- 
çais :  Millerand  remplace  Messimy  à  la  Guerre; 
Delcassé  remplace  Doumergue  aux  AfTaires 
étrangères.  Le  général  Gallieni  commande  le 
camp  retranché  de  Paris. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  15 

Débarquement  de  marins  anglais  à  Ostende. 
Échec  des  Anglais  au  nord  de  Saint-Quentin. 
Capitulation  de  Longwy. 

Bombardement  de  Saint-Dié  par  les  Alle- 
mands. 

Vendredi  28  août.  —  Retraite  des  Anglais 
sur  Noyon — Chauny — La  Fère. 

Les  Allemands  franchissent  la  Meuse  et  mar- 
chent dans  la  direction  de  Laon. 

Prise  du  fort  de  Manonviller,  près  d'Avricourt, 
par  les  Allemands. 

Victoire  des  Russes  sur  les  Autrichiens  à 
Lutzow. 

Les  Russes  se  préparent  à  assiéger  Kœnigs- 
berg. 

Destruction  d'un  dirigeable  allemand  à  Mlava 
(Pologne). 

Défaite  de  la  flotte  allemande  près  d'Helgo- 
land  ;  elle  perd  trois  croiseurs. 

Samedi  29  août.  —  Les  Anglais  se  retirent 
sur  la  ligne  Compiègne — Soissons. 

Violents  combats  entre  Français  et  Allemands 
à  Lannoy,  Signy-l'Abbaye  et  Novion-Porcien. 

Les  Allemands  occupent  La  Fère. 

Succès  français  à  Guise. 

Après  une  bataille  de  trois  jours  à  Tannenberg, 
entre  Gilgenburg  et  Ortelsburg  (Prusse  Orien- 


l4  PAGES    D  HISTOIRE 

laie),  l'aile  gauche  russe  est  contrainte  à  une 
retraite  périlleuse  et  perd  beaucoup  d'hommes 
et  de  matériel. 

Dimanche  30  août.  —  Retraite  des  Alliés  sur 
les  lignes  de  la  Somme  et  de  l'Oise. 

Premières  bombes  lancées  par  des  avions 
allemands  sur  Paris. 

Le  croiseur  Wilhelm  der  Gi^osse  est  coulé  par 
le  Highjlower . 

Lundi  31  août.  —  Retraites  des  Alliés  sur  la 
Seine,  l'Oise  et  la  haute  Meuse. 

Les  Allemands  à  Givet. 

Bataille  entre  la  Meuse  et  Relhel;  l'armée 
française  se  replie  sur  l'Aisne,  la  Vesle,  Reims 
et  Verdun. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  l5 


SEPTEMBRE 


Mardi  i^''  septembre.  —  Les  Anglais  tien- 
nent la  ligne  Villers-Cotterêts — Compiègne.  Suc- 
cès anglais  au  sud  de  Compiègne. 

Bombardement  de  Soissons,  qui  est  occupé. 

Mercredi  2  septembre.  —  Nouveau  recul 
des  Alliés.  Les  Anglais  sur  la  ligne  Chantilly — 
Nanteuil. 

Le  défaite  des  Autrichiens  à  Lcmberg  est 
définitive,  après  sept  jours  de  combats. 

Les  Russes,  repoussés  à  Hrubieskow  en 
Pologne,  au  nord  de  Lemberg,  reculent  sur  le 
Boug. 

Bombardement    de    Cattaro    par    les    flottes 


Jeudi  3  septembre.  —  Le  Gouvernement 
français  se  transporte  à  Bordeaux. 

Les  Anglais  se  retirent  au  sud  de  la  Marne, 
entre  Lagny  et  Signy.  Les  Allemands  sont  par- 
venus à  Suippes,  Ville-sur-Tourbe  et  Château- 
Thierry. 


i6 


PAGES    D  IIISTOIRK 


Vendredi  4  septembre.  —  Les  Alliés  s'obli- 
gent, par  la  déclaration  de  Londres,  à  ne  pas 
conclure  de  paix  séparée. 

Quelques  gros  canons  allemands  sont  noyés 
devant  Anvers. 

L'armée  allemande  se  dirige  vers  le  sud-est, 
se  détournant  de  Paris. 

Les  Allemands  occupent  Scnlis,  Reims, 
Epernay.  Ils  passent  la  Meuse  à  Consenvoye. 

Occupation  de  Lemberg  et  de  Halicz  par  les 
Russes. 

Samedi  5  septembre.  —  Les  Allemands 
prennent  Pont-à-Mousson. 

Echec  français  devant  Ensisheim  en  Alsace. 

Victoire  russe  sur  les  Autrichiens  à  Tomaszov 
(gouvernement  de  Lublin). 

Le  Pathjînder  touche  une  mine  et  coule. 

Dimanche  6  septembre.  —  Les  Allemands 
passent  la  Marne  à  La  Ferté-sous-Jouarre;  ils 
pénètrent  jusqu'à  Provins. 

Sanglant  combat  à  Beauzée,  au  sud-ouest  de 
Verdun. 

Échec  des  Allemands  à  Jezainville,  près  de 
Pont-à-Mousson. 

Lundi  7  septembre.  —  Capitulation  de  Mau- 
beuge. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  I7 

Offensive  générale  des  Alliés  sur  la  ligne 
Nanteuil  -  le  -  Haudouin — Meaux —  Sézanne — Vi- 
try-le-François.  Combats  sur  l'Ourcq  et  le  Petit- 
Morin. 

La  cavalerie  russe  atteint  les  Carpathes. 

Mardi  8  septembre.  —  Échec  allemand  à 
Termonde  en  Belgique. 

Les  Alliés  forcent  le  passage  du  Petit-Morin. 
Les  Allemands  cèdent  à  l"'aile  gauche;  com- 
bats acharnés  entre  La  Fère-Champenoise,  Vitry- 
le-Fraaçois  et  la  pointe  sud  de  l'Argonne. 

Une  violente  attaque  des  Allemands  sur 
Nancy  est  repoussée  au  nord  de  la  forêt  de 
Champenoux. 

Les  Allemands  bombardent  le  fort  de  Troyon. 

Sanglant  combat  à  Ippécourt,  à  l'ouest  de 
Verdun. 

Victoire  des  Serbes  à  Ratcha. 

Recul  des  Russes  en  Bukovine  ;  ils  battent  les 
Autrichiens  à  Krasnotav  dans  la  région  de 
Lublin,  prennent  Nikolaïev en  Galicie  et  occupent 
Stryi. 

Mercredi  9  septembre.  —  Les  Anglais 
passent  la  Marne  et  poursuivent  les  Allemands 
vers  le  nord. 

Les  Français  sont  vainqueurs  sur  l'Ourcq  et 
à  Montmirail. 

30.    CHRONOLOGIE    DE    LA    GUEHRE  2 


lO  PAGES    D  HISTOIRE 

Les  Monténégrins  se  montrent  au  sud  de 
Serajevo. 

Des  troupes  anglo-indiennes  quittent  l'Inde 
pour  Marseille  et  d'autres  ports. 

Jeudi  10  septembre.  —  La  Garde^prussienne 
est  refoulée  au  nord  des  marais  de  Saint-Gond. 
Violents  combats  entre  le  camp  de  Mailly  et 
Vitry-le-François . 

L'assaut  des  Allemands  sur  le  fort  de  Troyon 
est  repoussé. 

Les  Allemands  évacuent  Pont-à-Mousson. 

Les  Serbes  occupent  Semlin;  les  Autrichiens 
sont  rejetés  sur  la  rive  gauche  de  la  Drina. 

Vendredi  li  septembre.  —  Le  centre  alle- 
mand plie  à  Sézanne  et  bat  en  retraite.  Rentrée 
des  Français  à  Épernay  et  à  Vilry-le-François. 

Les  Allemands  cèdent  du  terrain  dans  le  sud 
de  l'Argonne. 

Les  Serbes  marchent  sur  Visegrad. 

Les  Russes  assiègent  Grodec  en  Galicie. 

Samedi  12  septembre.  —  Les  Allemands 
évacuent  Saint-Dié,  Lunéville,  Raon-l'Étapc, 
Baccarat.  Ils  résistent  à  l'ouest  de  Soissons,  au 
sud  de  Missy  et  de  Vailly. 

Nouveaux  échecs  des  Russes  dans  la  Prusse 
Orientale;  ils  se  retirent  vers  le  Niémen. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  I9 

Prise  de  Tomaszov  par  les  Russes,  après  une 
nouvelle  victoire  "sur  les  Autrichiens. 


Dimanche    13    septembre.    —  Les   Belges 
reprennent  Malines  et  Aerschot. 
Les  Français  rentrent  dans  Amiens. 
Les  Français  débloquent  le  fort  de  Troyon. 

Lundi  14  septembre.  —  La  retraite  alle- 
mande s'arrête  derrière  l'Aisne  et  au  nord  de 
Reims. 

Une  lutte  très  vive  est  engagée  par  les  Alliés 
pour  le  passage  de  l'Aisne  près  de  Soissons  ; 
ils  l'effectuent. 

En  Lorraine,  le  quartier  général  allemand 
passe  de  Sainte-Menehould  à  Montfaucon;  le 
front  est  marqué  par  la  ligne  Varennes — Con- 
senvoye. 

Mardi  15  septembre.  —  Les  Russes  pren- 
nent Czernovitz  en  Bukovine. 

Mercredi  i6  septembre.  —  Les  Allemands 
entrent  à  Valenciennes. 

Ils  résistent  sur  les  hauteurs  au  nord  de 
l'Aisne. 

Les  Russes  évacuent  la  Prusse  Orientale. 

Les  Autrichiens  évacuent  la  Galicie  Orien- 
tale. 


20  PAGES    D  HISTOIRE 

Un  sous-marin  torpille  le  croiseur  Hela  au 
sud  d'Helgoland. 

Jeudi  17  septembre.  —  Le  commandant 
général  des  forces  de  l'Union  (Afrique  du  Sud), 
Ghr.-Fred.  Beyers,  donne  sa  démission,  parce 
qu'il  condamne  l'action  engagée  par  Botha 
contre  le  Sud-Ouest  Africain  allemand.  C'est 
l'origine  de  la  révolte  des  Boers. 

Vendredi  18  septembre.  —  Les  Allemands 
se  renforcent  par  des  troupes  venues  de  Lor- 
raine. 

Les  Russes  prennent  Sandomir. 

Samedi  19  septembre.  —  Progrès  des  Fran- 
çais vers  No^'on  ;  vifs  combats  vers  Craonne  ; 
prise  de  Souain. 

Les  Allemands  attaquent  les  forts  de  la 
Meuse. 

Dimanche  20  septembre.  —  Les  Allemands 
bombardent  Reims  et  sa  cathédrale. 

Le  Carmania  coule  le  Cap  Trafalgar  sur  la 
cote  est  de  l'Amérique  du  Sud. 

Lundi  21  septembre.  —  Les  Allemands 
attaquent  de  nouveau  le  fort  de  Troyon,  sans 
pouvoir  le  prendre,  et  occupent  Hattonchâtel. 

Les  Russes  prennent  Jaroslav. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  2  1 

Mardi  22  septembre.  —  Trois  croiseurs 
anglais,  Aboiikir,  Hogiie,  Cressy,  sont  coulés 
au  nord  de  Hoek  van  Holland  par  des  sous-ma- 
rins allemands. 

Mercredi  23  septembre.  —  Vifs  combats 
entre  la  Somme  et  l'Oise. 

Des  avions  anglais  bombardent  le  hangar  des 
dirigeables  à  Dusseldorf. 

Jeudi  24  septembre.  —  Les  Allemands 
occupent  Péronne. 

Les  Russes  investissent  Przemysl. 

Vendredi  25  septembre.  —  Les  Allemands 
bombardent  de  nouveau  Reims.  Ils  prennent, 
sur  les  Côtes  de  Meuse,  le  fort  du  Camp-des- 
Romaius  et  occupent  Saint-Mihiel . 

Samedi  26  septembre.  —  Les  Allemands 
commencent  le  siège  d'Anvers. 

Violents  combats  entre  la  Somme  et  l'Oise, 
entre  Souain  et  l'Argonne. 

Les 'Allemands  franchissent  la  Meuse,  attei- 
gnent l'Aire,  mais  sont  repoussés  sur  Saint- 
Mihiel. 

Les  Allemands  bombardent  inutilement  Osso- 
vetz  ;  les  Russes  prennent  Augustovo  et  rejettent 
les  Allemands  sur  Suvalki  et  Mariampol. 


22  PAGES    D  HISTOIRE 

Dimanche  21  septembre.  —  Sur  tout  le 
front  français,  de  violentes  attaques  allemandes 
sont  repoussées. 

Lundi  28  septembre.  —  Les  attaques  alle- 
mandes, particulièrement  dirigées  contre  le 
centre  français,  ne  réussissent  point. 

Les  Russes  envahissent  le  nord  de  la  Hon- 
grie. 

Mardi  29  septembre.  —  Les  Allemands 
bombardent  la  première  ligne  des  forts  d'An- 
vers. 

Les  Allemands  détruisent  entièrement  Or- 
chies. 

Vifs  combats  à  Tracy-le-Mont  et  à  Albert. 

Le  jalonnement  de  notre  front,  indiqué  par  le 
Communiqué  du  29  septembre,  montre  que  la 
ligne  française  a  un  peu  fléchi  vers  l'ouest  ; 
nous  avons  perdu  Lassigny  et  Chaulnes. 

Les  Russes  repoussent  les  Allemands  sur  le 
Niémen. 

Les  Japonais  bombardent  Tsing-tao. 

Mercredi  30  septembre.  —  Les  Allemands 
détruisent  deux  forts  d'Anvers. 

Mouvement  des  troupes  françaises  vers  le 
nord.  Combats  autour  de  Roye. 

Les  Français  occupent  Seicheprey  et  les  pentes 
du  Rupt  de  Mad. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  23 

Les  Allemands  se  fortifient  au  sud  du  gouver- 
nement de  Kielce. 

L'Italie  proteste  auprès  de  l'Autriche  contre 
la  pose  de  mines  flottantes  dans  l'Adriatique. 


24  PAGKS  d'histoiri: 


OCTOBRE 


Jeudi  1er  octobre.  —  Bataille  à  Roje  ;  l'ac- 
tion s'étend  vers  Arras. 

Les  Français  détruisent  le  pont  jeté  par  les 
Allemands  sur  la  Meuse  à  Saint-Mihiel. 

On  annonce  le  débarquement  des  Indiens  à 
Marseille. 

Les  Turcs  ferment  les  Dardanelles. 

Vendredi  2  octobre.  —  Les  Allemands  pren- 
nent Termonde. 

Combats  entre  Roye  et  Lassigny;  les  Français 
sont  repoussés  au  débouché  d' Arras. 

Les  Russes  prennent  Mariampol. 

Les  Monténégrins  et  les  Serbes  avancent  vers 
Serajevo. 

L'Angleterre  sème  des  mines  dans  la  mer  du 
Nord. 

Samedi  3  octobre.  —  Chute  des  défenses 
extérieures  d'Anvers. 

L'armée  anglaise  commence  à  remonter  de 
l'Aisne  vers  le  nord. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  25 

L'État-major  allemand  prend  le   commande- 
ment des  forces  autrichiennes. 


Dimanche  4  octobre.  —  Les  Belges,  devant 
Anvers,  se  retirent  sur  la  Nèthe. 

Violent  combat  à  Arras. 

Les  Français  prennent  des  tranchées  alle- 
mandes près  de  Soissons. 

Les  Autrichiens  repoussent  les  Monténégrins, 
qui  s'éloignent  de  Serajevo. 

Défaits  entre  Augustovo  et  Suvalki,  les  Alle- 
mands se  retirent. 

Lundi  5  octobre.  —  Le  grand-duc  Nicolas 
annonce  au  général  Joffre  la  victoire  des  Russes 
à  Augustovo. 

Mardi  6  octobre.  —  Les  Allemands  prennent 
Lierre,  près  d'Anvers. 

Des  masses  de  cavalerie  allemande  paraissent 
autour  de  Lille. 

Les  Allemands  avancent  en  Pologne  vers  la 
Vistule. 

Mercredi  7  octobre.  —  Commencement  du 
bombardement  de  la  ville  d'Anvers. 
Les  Russes  se  retirent  de  Hongrie. 

Jeudi  8  octobre.  — Combats  violents  près  de 


20  PAGES    D  HISTOIRE 

Roye.  Les  deux  cavaleries  se  rapprochent  de  la 
mer  du  Nord. 

Les  Russes  prennent  Lyck. 

Vendredi  9  octobre.  —  Reddition  d'Anvers, 
après  douze  jours  de  siège.  Une  partie  delà  gar- 
nison passe  en  Hollande,  le  reste  gagne  la  côte 
belge  et  échappe  à  la  poursuite  allemande. 

Vifs  combats  à  Roye  et  entre  Lille  et  La 
Bassée. 

Les  Allemands  approchent  d'Ivangorod;  com- 
mencement d'une  bataille  de  vingt  jours. 

Nouveau  raid  des  aviateurs  anglais  sur  Dus- 
seldorf. 

Samedi  10  octobre.  —  Reddition  des  der- 
niers forts  d'Anvers. 

Les  Allemands  bombardent  Lille. 

Apremont  est  pris  par  les  Allemands  et  repris 
par  les  Français. 

Mort  du  roi  Carol  de  Roumanie. 

Dimanche  11  octobre.  —  Combats  de  cava- 
lerie à  l'ouest  de  Lille  et  près  de  Hazebrouck. 

Les  Allemands  occupent  Lille. 

L'armée  allemande  atteint  la  Vistule  à  Grodec. 

Combats  sur  le  front  Ivangorod — Varsovie. 

Les  Russes  lèvent  le  siège  de  Przemysl. 

Le  croiseur  russe  Pallada  est  coulé  par  une 
mine  dans  la  Baltique, 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  27 

Lundi  12  octobre.  —  Les  Allemands  occu- 
pent Gand. 

La  cavalerie  française  prend  l'offensive  entre 
Hazebrouck  et  Béthune. 

Progrès  des  Français  dans  les  Hauts  de  Meuse. 

La  cavalerie  russe  entre  de  nouveau  en  Hon- 
grie. 

Mardi  13  octobre.  —  Les  Alliés  occupent 
Ypres. 

Les  Allemands  reprennent  Lyck. 

Mercredi  14  octobre.  —  Les  Allemands 
occupent  Bruges. 

Les  Anglais  occupent  Bailleul. 

Le  Gouvernement  belge  s'établit  au  Havre. 

Le  Conseil  fédéral  suisse  constate  l'existence 
du  choléra  en  Serbie,  en  Russie  et  en  Galicie  (il 
n'y  a  d'épidémie  qu'en  Galicie). 

Jeudi  15  octobre.  —  Les  Allemands  occupent 
Ostende. 

La  ligne  alliée  s'étend  d'Ypres  à  la  mer. 

Les  Alliés  occupent  Estaires. 

Les  Allemands  prétendent  avoir  repoussé 
huit  corps  d'armée  russes  en  Pologne. 

Le  Yarmouth  coule  le  Markomannia  près  de 
Sumatra  et  s'empare  du  charbonnier  grec  Pon- 
foporos. 


28  PAGES    d'histoire 

Vendredi  16  octobre.  —  Bataille  autour  de 
Lille. 

Les  Alliés  occupent  Fleurbaix  et  Armentières, 
repoussant  les  Allemands  qui  s'avançaient  sur 
Béthune. 

Reprise  du  bombardement  de  Gattaro. 

Le  croiseur  Hawke  est  coulé  par  une  mine 
dans  la  mer  du  Nord. 

Samedi  11  octobre.  —  Vains  efforts  des 
Autrichiens  pour  passer  le  San. 

Le  croiseur  Undaiinted  coule  quatre  torpil- 
leurs allemands  sur  la  côte  de  Hollande. 

Dimanche  18  octobre.  —  L'armée  belge 
contient  les  Allemands  sur  l'Yser. 

Lundi  19  octobre.  —  Les  Belges  s'avancent 
jusqu'à  Roulers,  puis  reculent. 

Violents  combats  près  de  La  Bassée,  d'Arras 
et  de  Chaulnes. 

L'escadre  anglaise  canonne  les  Allemands 
entre  Nieuport  et  Dixmude. 

Mardi  20  octobre.  —  Résistance  des  Belges 
sur  l'Yser. 

Les  Français  débouchent  sur  la  rive  droite  de 
la  Meuse,  dans  la  presqu'île  du  Gamp-des-Ro- 
mains. 


CHRONOLOGIE    DE    LA.    GUERRE  2g 

Devant  Varsovie,  l'attaque  allemande  faiblit; 
les  Russes  prennent  l'offensive. 

Mercredi  21  octobre.  —  Bombardement 
d'Arras. 

La  retraite  allemande  s'accuse  à  l'ouest  de 
Varsovie. 

Les  Allemands  prétendent  avoir,  à  ce  jour, 
149.000  prisonniers  français,  107.000  russes, 
32.000  belges,  9.000  anglais. 

Les  Anglais  accusent,  à  ce  jour,  une  perte 
totale  de  67.000  hommes,  y  compris  les  ma- 
lades. 

Jeudi  22  octobre.  —  De  nouvelles  forces 
allemandes,  amenées  sur  le  front,  attaquent 
entre  la  mer  et  le  canal  de  La  Bassée. 

Vendredi  23  octobre.  —  Les  Alliés  perdent 
du  terrain  à  La  Bassée  et  en  gagnent  près  d'Ar- 
mentières. 

Les  Russes  prennent  l'offensive  au  nord  de 
Jaroslav  en  Galicie. 

Samedi  24  octobre.  —  Les  Allemands  pas- 
sent le  canal  entre  Nieuport  et  Dixmude  ;  ils 
progressent  aussi  à  La  Bassée. 

La  division  indienne  de  Lahore  arrive  sur  le 
front. 


3o  PAGES    d'histoire 

Les    Russes    sont   vainqueurs    sur   le    front 
Petroko  V — Radom . 


Dimanche  25  octobre.  —  Les  Français  per- 
dent Vermelles,  attaqué  depuis  le  i6. 

Les  Russes  avancent  sur  Loviez,  Skiernievice 
et  Rava. 

Lundi  26  octobre.  —  Les  progrès  des  Alle- 
mands sont  arrêtés  sur  l'Yser. 

Violents  combats  entre  La  Bassée  et  la 
Somme. 

Mardi  27  octobre.  —  Les  Belges  défendent 
la  voie  ferrée  de  Dixmude  à  Nieuport;  les  Alliés 
progressent  entre  Ypres  et  Roulers. 

Les  Allemands,  à  l'est  de  Nancy,  sont  refoulés 
au  delà  de  la  frontière. 

Mouvements  insurrectionnels  dans  l'ouest  du 
Transvaal  et  le  nord  de  l'État  d'Orange,  à  l'ins- 
tigation du  général  Bejers  et  de  Christian  de 
Wet. 

Le  cuirassé  Audacîous  est  détruit  par  une 
mine  sur  la  côte  anglaise. 

Mercredi  28  octobre.  —  Les  Allemands  sont 
repoussés  sur  le  front  Nieuport — Dixmude. 

Les  Français  occupent  Le  Quesnoy-en-San- 
terre,  à  l'ouest  de  Roye,  qu'ils  ont  perdu. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  ÔI 

Les  Russes  reprennent  Lodz,  Radom  et 
avancent  en  Galicie  au  sud  de  Sambor. 

L'État-major  allemand  avoue  la  retraite  alle- 
mande en  Pologne. 

Jugement  des  meurtriers  de  l'archiduc  Fran- 
çois-Ferdinand à  Serajevo. 

Jeudi  29  octobre.  —  L'inondation  de  l'Yser, 
tendue  par  les  Belges,  force  les  Allemands  à 
reculer. 

Les  Anglais,  attaqués  près  de  La  Bassée,  se 
replient,  puis  regagnent  du  terrain. 

Le  prince  Louis  deBattenberg,y?r5^iS'(?a  Lord 
ofthe  Admiralty,  donne  sa  démission. 

Deux  contre-torpilleurs  turcs  coulent  une 
canonnière  russe  dans  le  port  d'Odessa,  jettent 
des  bombes  sur  la  ville  et  tirent  sur  un  paquebot 
français.  Un  croiseur  turc  bombarde  Théodosie  ; 
un  autre  paraît  devant  Novorossisk. 

Vendredi  30  octobre.  —  Les  Allemands  pro- 
gressent au  sud  d'Ypres. 

Ils  progressent  aussi  sur  le  chemin  des  Dames, 
au  delà  de  l'Aisne,  et  refoulent  les  Français 
au  delà  de  Vaillj. 

A  Bakalayevo  (Prusse  Orientale),  où  ils  ont 
attaqué  les  Russes,  ils  sont  repoussés  après 
cinq  jours  de  combat. 

Les    ambassadeurs   de    France,   de    Grande- 


32  PAGES    d'histoire 

Bretagne    et  de   Russie    à   Constantinople   de- 
mandent leurs  passeports. 

Samedi  31  octobre.  —  Violente  offensive 
allemande  sur  le  front  belge. 

Les  Russes  occupent  de  nouveau  Czernovitz 
en  Bukovine. 

Le  croiseur  anglais  Hermès  est  coulé  par  un 
sous-marin  dans  le  Pas-de-Calais. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  33 


NOVEMBRE 


Dimanche  i^*"  novembre.  —  A  la  suite  de 
violentes  attaques,  les  Allemands  occupent  Mes- 
sines, au  sud  d'Ypres. 

L'escadre  anglaise,  en  vue  des  côtes  du  Chili, 
engage  un  combat  contre  l'escadre  allemande 
du  Pacifique;  les  Anglais  perdent  deux  croi- 
seurs et  n'en  endommagent  aucun. 

Lundi  2  novembre.  —  Les  Allemands 
évacuent  la  rive  gauche  de  l'Yser,  sauf  quelques 
points. 

Concentration  de  huit  corps  d'armée  alle- 
mands autour  d'Ypres,  en  vue  d'une  attaque 
générale. 

Les  Russes  reportent  la  guerre  dans  la  Prusse 
Orientale. 

De  grands  renforts  allemands  sont  envoyés 
en  Pologne. 

L'Amirauté  anglaise  déclare  que  toute  la  mer 
du  Nord  est  «  zone  militaire  » . 

Mardi  3  novembre.  —  L'attaque  allemande 

30.  (:hronoix)gie  de  ijv  guerre  3 


34  PAGES    d'histoire 

sur  l'Yser  paraît  abandonnée  ;  l'État-major  dé- 
clare que  les  inondations  au  sud  de  Nieuport 
rendent  toute  opération  impossible. 

Sur  l'Aisne,  les  Allemands  occupent  Chavonne 
et  Soupir  ;  les  Français  reprennent  l'ofïensive  à 
l'est  de  Vailly. 

Les  Russes  battent  les  Autrichiens  et  occupent 
Kielce. 

Deux  croiseurs  allemands  lancent  des  bombes 
sur  Yarmouth. 

La  flotte  anglaise  bombarde  et  occupe  Akaba 
sur  la  Mer  Rouge. 

Les  flottes  alliées  bombardent  les  forts  des 
Dardanelles. 

Mercredi  4  novembre.  —  Les  Français  pro- 
gressent à  l'est  du  Quesnoy-en-Santerre  et  vers 
Vailly. 

Les  Russes  sont  à  Sandomir,  près  du  con- 
fluent de  la  Vistule  et  du  San;  le  quartier 
général  allemand  est  transféré  à  Czenstochov. 

Fin  de  la  grande  bataille  livrée  par  les  Russes 
aux  Autrichiens  depuis  le  23  octobre.  Les 
Russes  ont  fait  19.000  prisonniers  et  pris 
4o  canons. 

Les  Autrichiens,  vaincus,  se  retirent  dans  les 
Carpathes. 

Le  général  Joflre  félicite  le  grand-duc  Nicolas. 

Les   Russes   avancent  dans   le   Caucase  ;   ils 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  35 

prennent  Diadin  et  Bayezid  en  Arménie  (nord- 
est  du  lac  Van). 

Le  croiseur  allemand  Yorck,  revenant  de 
farmouth,  est  coulé  par  une  mine  allemande 
dans  la  baie  de  Jahde. 

Jeudi  5  novembre.  —  Les  Allemands  occu- 
pent le  Bois  Brûlé  au  sud-est  de  Saint-Mihiel. 

liCs  Russes  ont  reconquis  tout  le  réseau  ferré 
de  la  Pologne.  Ils  reprennent  Mlava. 

L'Angleterre  annexe  Chypre. 

Vendredi  6  novembre.  —  Bataille  acharnée 
autour  d'Ypres,  entre  Armentières  et  LaBassée. 

Les  Russes  attaquent  les  Autrichiens  en  fuite 
sur  la  Nida. 

Samedi  7  novembre.  —  Les  attaques  alle- 
mandes sur  Cambrin,  Aix-la-Noulette  et  Le 
Quesnoy  sont  repoussées. 

Les  Français  font  des  progrès  autour  de  Sois- 
sons,  que  les  Allemands  ont  bombardé,  et  re- 
prennent des  tranchées  au  nord-est  de  Vailly. 

L'armée  russe  du  Caucase  prend  Koeprikeui 
(à  l'est  d'Erzeroum). 

Suivant  un  document  officiel,  les  Russes  ont 
actuellement  5i  corps  d'armée  à  3  divisions  et 

2  corps    de    cavalerie    à    2    divisions,    contre 
22   corps  austro-allemands  à   2   divisions,  8  à 

3  divisions  et  moins  de  2  divisions  de  cavalerie. 


36  PAGES  d'histoire 

Capitulation  de  la  forteresse  allemande  de 
Tsing-tao,  en  Chine,  qui  se  rend  aux  Japonais 
après  un  siège  et  un  bombardement. 

Premier  engagement  des  Boers  loyaux  avec  le 
rebelle  Beyers  au  Transvaal, 

Dimanche  8  novembre.  —  Les  Français 
occupent  le  plateau  de  Vregny,  au  nord-est  de 
Soissons. 

Les  Russes  reprennent  Eydtkuhnen  et  Stallu- 
pônen  ;  ils  avancent  dans  la  forêt  royale  de 
Rominten  (Prusse  Orientale). 

En  Silésie,  les  avant-gardes  russes  détruisent 
la  gare  de  Pleschen,  à  80  kilomètres  de  Posen. 

Dans  le  Caucase,  retour  offensif  des  Turcs  à 
Koeprikeui. 

L'escadre  russe  coule  quatre  transports  turcs 
près  de  Trébizonde  dans  la  Mer  Noire. 

Les  Anglais  occupent  Fao,  sur  le  Golfe  Per- 
sique,  terminus  du  câble  sous-marin  vers  l'Inde. 

Lundi  9  novembre.  —  Violente  bataille  de- 
puis la  mer  jusqu'à  Arraentières;  bombardement 
d'Ypres  par  les  Allemands.  La  situation  des 
Anglais  y  est  dangereuse. 

Les  Russes  à  Soldau  (Prusse  Orientale)  et  à 
Kalicz  (au  nord-est  de  Breslau).  La  Silésie  s'in- 
quiète. 

L'escadre  russe  bombarde  Héraclée  sur  la 
Mer  Noire. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  87 

Les  Autrichiens  attaquent  les  lignes  serbes  à 
Krupanje,  Misar  et  Platina. 

VEmden  coule  à  Sabang  le  contre-torpilleur 
français  Mousquet. 

Mardi  iO  novembre.  —  Les  Allemands 
prennent  Dixmude,  mais  ne  peuvent  en  débou- 
cher. Au  sud  d'Ypres,  ils  occupent  Saint-Éloi. 

Progrès  des  Anglais  à  l'est  de  Béthune. 

Les  Russes  à  Goldap  (Prusse  Orientale). 

L'aile  gauche  russe  atteint  Miechov,  à  35  kilo- 
mètres au  nord  de  Gracovie. 

Le  croiseur  allemand  Emden  est  mis  à  la  côte 
et  brûlé  par  le  croiseur  australien  Sydney  à  l'île 
des  Cocos  (Océan  Indien)  ;  le  croiseur  Kœriiys- 
berg  est  immobilisé  par  le  Chatham  près  de  l'île 
de  Mafia  (Afrique  Orientale  allemande). 

Mercredi  H  novembre.  —  La  Garde  prus- 
sienne pénètre  dans  Ypres  pendant  la  nuit,  mais 
en  est  délogée  par  les  Anglais. 

Les  Allemands  fortifient  Czenstochov  et  ren- 
forcent Thorn. 

Le  torpilleur  anglais  Niyer  est  coulé,  à  la 
hauteur  de  Douvres,  par  un  sous-marin  alle- 
mand. 

Jeudi  12  novembre.  —  La  lutte  continue 
autour  d'Ypres;  les  Allemands  occupent  Lom- 
barlzyde. 


38  PAGES  d'histoire 

Première  neige  dans  les  Vosges. 

Les  Russes  occupent  Johannisburg  et  les  pas- 
sages à  l'est  des  lacs  mazuriens. 

Przemysl  est  de  nouveau  assiégé  par  les 
Russes. 

Les  Monténégrins  sont  attaqués  à  Grahovo 
par  des  forces  supérieures. 

Un  iradé  du  Sultan  proclame  l'état  de  guerre 
entre  la  Turquie  et  la  Triple  Entente. 

Défaite  des  rebelles  du  Transvaal. 

Vendredi  13  novembre.  —  Le  Gouverne- 
ment anglais  décide  de  lever  encore  i  million 
d'hommes,  pour  porter  l'armée  britannique  au 
chiffre  de  2.18G.000,  sans  compter  les  territo- 
riaux. 

L'attaque  allemande  faiblit  autour  d'Ypres. 

Les  Français  prennent  Tracy-le-Val,  sauf  le 
cimetière. 

Les  Russes  sont  à  3o  kilomètres  de  Thorn,  où 
les  Allemands  ont  amené  i.ooo  canons. 

En  Galicie,  les  Russes  s'établissent  sur  la 
Dunaietz  et  prennent  d'assaut  les  positions  au- 
trichiennes dans  la  région  de  Sanok-Turka. 

Un  torpilleur  français  coule  un  sous-marin 
allemand. 

Samedi  14  novembre.  —  Mort  du  maréchal 
Lord  Roberts,  venu  en  France  pour  inspecter 
les  troupes  de  l'Inde. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  Sq 

Les  Russes  sont  arrêtés  dans  la  Prusse  Orien- 
tale. 

Une  nouvelle  offensive  allemande,  partie  de 
Thorn,  se  prononce  sur  les  deux  rives  de  la  Vis- 
tule,  vers  Rypin  et  Vloclavek.  Recul  des  avant- 
gardes  russes. 

Dimanche  15  novembre.  —  De  nouvelles 
inondations  prolongent  jusqu'à  Dixmude  le  ter- 
rain inaccessible  autour  de  l'Yser. 

Retraite  des  Serbes,  devant  des  forces  autri- 
chiennes très  supérieures,  sur  la  Koloubara. 

Défaite  de  Beyers  au  Transvaal. 

Lundi  16  novembre.  —  Les  Allemands  atta- 
quent inutilement  Ypres  et  essaient  en  vain  de 
passer  l'Aisne  près  de  Vailly. 

Une  forte  armée  allemande,  débouchant  de 
Thorn,  bouscule  les  Russes  à  Vloclavek  et  à 
Kutno  ;  ils  se  retirent  à  80  kilomètres  plus  loin, 
sur  la  ligne  Plock — Lecyca.  Berlin  illumine. 

Le  Sultan  proclame  la  guerre  sainte. 

Mardi  17  novembre.  —  Légère  avance  des 
Alliés  en  Belgique. 

Mercredi  18  novembre.  —  Les  Allemands 
font  sauter  les  casernes  de  Ghauvoncourt  (ouest 
de  Saint-Mihiel),  dont  les  Français  s'étaient 
emparés. 


40  PAGES    d'histoire 

Les  Russes  sont  repoussés  à  Soldau. 

Au  sujet  de  leur  retraite  en  Pologne,  l'Etat- 
major  allemand  met  le  public  en  garde  contre 
un  optimisme  prématuré,  vu  la  force  numérique 
énorme  de  l'armée  russe. 

Les  Austro-Allemands,  appuyés  sur  la  ligne 
Czenstochov — Cracovie,  prennent  à  leur  tour 
l'offensive. 

Les  Russes  sont  arrêtés  dans  le  Caucase  par 
des  attaques  turques. 

Jeudi  19  novembre.  —  Neige  dans  le  nord. 
A  cette  date,  les  armées  françaises  de  campagne 
ont  reçu  de  l'intendance  1.788.000  couvertures, 
1 .683.000  tricots  ou  jerseys,  i  .494-ooo  ceintures 
de  flanelle,  etc.  Ces  chiffres  donnent  une  idée 
des  effectifs  de  première  ligne. 

Succès  russe  à  Angerburg. 

En  Pologne,  les  Allemands  refoulent  les 
Russes  et  se  portent  sur  Strykov  et  Rrzezyny 
(nord-est  de  Lodz). 

Les  Autrichiens  prennent  Valjevo;  la  retraite 
des  Serbes  continue. 

La  flotte  russe,  dans  la  Mer  Noire,  endom- 
mage le  Gœben,  qui  se  réfugie  à  Constanli- 
nople. 

Vendredi  20  novembre.  —  L'artillerie  lourde 
française  commence  à  manifester  sa  supériorité 
à  Nieuport  et  sur  l'Aisne. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  4^ 

Les  Allemands  essaient  d'enfoncer  le  front 
russe  Loviez — Skiernievice  pour  marcher  sur  Var- 
sovie. En  même  temps,  ils  sont  repoussés  avec 
des  pertes  sérieuses  sur  le  front  Kielce — Radom, 
qu'ils  ont  attaqué  pour  dégager  Gracovie. 

Samedi  21  novembre.  —  Les  Russes  pro- 
gressent vers  Erzeroum. 

Les  Anglais  occupent  Bassora. 

Dimanche  22  novembre.  —  Les  obus  alle- 
mands détruisent  la  halle  et  l'hôtel  de  ville 
d'Ypres. 

De  fortes  colonnes  allemandes,  progressant 
sur  la  Wartha,  approchent  de  Lask  (sud-ouest 
de  Lodz).  Des  avions  bombardent  Lodz. 

Sur  le  front  Czenstochov  —  Cracovie,  les 
Russes  font  6.000  prisonniers  autrichiens. 

Lundi  23  novembre.  —  La  bataille  continue 
au  nord-est  de  Lodz. 

L'escadre  anglaise  bombarde  Zeebrugge,  nou- 
velle station  navale  allemande  sur  la  côte  belge. 

Des  sous-marins  allemands  se  montrent  au 
nord-ouest  du  cap  de  la  Hève  et  sur  la  côte 
d'Ecosse. 

Mardi  24  novembre.  —  Progrès  des  Alliés 
entre  Langemarck  et  Zonnebeke. 


l\2  PAGES    d'histoire 

Mercredi  25  novembre.  —  Les  Allemands 
bombardent  de  nouveau  Arras. 

Les  Russes  pénètrent  en  Hongrie  sur  une 
distance  de  120  kilomètres. 

En  Pologne,  par  la  faute  d'une  armée  russe 
qui  arrive  trop  tard,  les  Allemands  échappent  à 
un  désastre.  Trois  divisions,  cernées  en  avant  de 
Lodz,  se  fraient  à  grand'peine  une  issue  vers 
Strjkov. 

Jeudi  26  novembre.  —  Insuccès  d'une 
attaque  allemande  sur  l'Yser  et  d'une  autre  sur 
Missy  (Aisne). 

Les  Allemands  bombardent  de  nouveau 
Reims. 

Les  Russes  culbutent  les  Autrichiens  sur  la 
Rava,  près  de  Cracovie. 

Les  Autrichiens  évacuent  Gzernovitz  en  Buko- 
vine. 

Le  cuirassé  anglais  Bulwark  saute  à  Sheer- 
ness  (800  morts). 

Vendredi  27  novembre.  —  Le  président 
Wilson  blâme  officieusement  le  jet  de  bombes 
sur  des  villes  non  fortifiées. 

Samedi  28  novembre.  —  Après  dix  jours  de 
combats,  les  Russes  s'emparent  des  positions 
autrichiennes  qui  protégeaient  les  passages  des 
Garpathes,  sur  un  front  de  00  kilomètres. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUKRRE  43 

Vif  combat  entre  Autrichiens  et  Serbes  à 
Lazarevalz,  en  Serbie. 

Dimanche  29  novembre.  —  Nouvelle  et 
inutile  attaque  des  Allemands  à  l'est  d'Ypres. 

L'armée  anglo-indienne  a  perdu,  jusqu'à  ce 
jour,  84.000  hommes. 

Des  sous-marins  allemands  attaquent  des 
navires  à  la  hauteur  du  Havre  et  de  Fécamp. 

Lundi  30  novembre.  —  Le  roi  d'Angleterre 
rend  visite  aux  troupes  anglaises  en  France. 

Le  Kronprinz  allemand  reçoit  un  journaliste 
américain;  il  lui  dit  que  la  guerre  actuelle  est 
absurde,  qu'elle  n'était  pas  nécessaire,  qu'il  ne 
l'a  pas  désirée,  que  l'Allemagne  se  bat  pour  son 
existence  menacée,  que  le  monde  tout  entier, 
influencé  par  la  presse  anglaise,  est  contre  elle, 
que  le  militarisme  allemand  est  une  expression 
inventée  parl'Angleten'e  pour  ameuter  l'opinion 
contre  l'Allemagne.  11  fait  l'éloge  du  généralis- 
sime français. 

Du  i5  septembre  au  3o  novembre,  on  a  traité 
dans  les  hôpitaux  490.000  blessés  français,  dont 
54  °/o  ont  rejoint  le  front  et  3,48  °/o  ont  suc- 
combé; cette  dernière  proportion  est  la  plus 
faible  qui  ait  jamais  été  constatée  dans  une 
guerre.  La  France  dispose  de  8.968  hôpitaux, 
avec  380.000  lits  (Note  du  Service  de  Santé). 


44  PAGES    d'histoire 


DECEMBRE 


Mardi  1*""  décembre.  —  Les  Français  enlèvent 
Vermelles,  à  9  kilomètres  sud-est  de  Béthune. 

Une  compagnie  française  est  très  éprouvée 
par  l'explosion  d'une  tranchée  minée  au  bois  de 
la  Grurie. 

Furieux  combats  sur  le  front  Loviez — Lodz — 
Pelrokov.  On  se  bat  dans  les  faubourgs  de  Lodz, 
qui  reçoit  des  obus  depuis  le  3o  novembre. 

Les  Russes  prennent  Saraï  et  Bashkal  en  Ar- 
ménie, avec  des  dépôts  de  munitions. 

Le  New-York  fJerald  (édition  de  New^-York) 
écrit  :  «  Si  l'Allemagne  veut  savoir  pourquoi  les 
Américains  ne  souhaitent  pas  sa  victoire,  elle 
trouvera  leur  réponse  dans  ce  seul  mot  :  Bel- 
gique. » 

Mercredi  2  décembre.  —  L'inondation 
s'étend  au  sud  de  Dixmude.  Les  Allemands 
essaient  de  passer  sur  des  radeaux,  mais  sont 
repoussés  avec  pertes.  Les  Alliés,  dans  cette 
journée,  font  991  prisonniers. 

Les  Français  occupent  Lesménils  sur  la  rive 
droite  de  la  Moselle  et  Burnhaupt  en  Alsace. 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  45 

Les  Russes  occupent  Bartfeld  dans  le  nord  de 
la  Hongrie. 

Les  Autrichiens  entrent  à  Belgrade,  évacuée 
par  sa  garnison.  Réjouissances  à  Vienne. 

Ghr.  de  Wet  est  fait  prisonnier  au  Trans- 
vaal. 

Jeudi  3  décembre.  —  Avance  française  vers 
Altkirch. 

Combats  acharnés  sur  la  rive  gauche  de  la 
Vistule. 

Les  Serbes  reprennent  l'offensive  en  attaquant 
l'aile  droite  autrichienne. 

Déclaration  du  ministre  Salandra,  au  Parle- 
ment italien,  sur  les  (^  justes  aspirations  de 
l'Italie  ». 

Vendredi  4  décembre.  —  Les  Français 
prennent  la  maison  du  passeur,  sur  l'Yser,  de- 
puis longtemps  disputée,  ainsi  que  Langemarck, 
sur  la  voie  d'Ypres  à  Bruges. 

60.000  fugitifs  de  la  Prusse  Orientale  sont 
reçus  dans  le  Schleswig-Holstein  et  la  région  de 
Luneburg. 

Des  aviateurs  français,  partis  de  Belfort,  bom- 
bardent les  hangars  des  dirigeables  à  Fribourg- 
en-Brisgau. 

Samedi  5  décembre.  —  Les  Alliés  font  des 


46  PAGES    d'histoire 

progrès  entre  Dixmude  et  Ypres,  ainsi  qu'an 
nord  de  la  Lys. 

Les  Allemands  bombardent  de  nouveau 
Reims. 

L'artillerie  allemande  est  réduite  au  silence 
vers  le  sud-est  de  Varennes. 

L'attaque  allemande  sur  le  front  russe,  du 
27  novembre  au  5  décembre,  n'a  pas  donné  de 
résultats  décisifs. 

Les  Serbes  ont  pris,  depuis  le  3  décembre, 
1 5.000  Autrichiens  et  19  canons. 

Dimanche  6  décembre.  —  Les  Alliés  atta- 
quent les  dernières  tranchées  allemandes  sur  la 
rive  gauche  du  canal  de  l'Yser. 

Les  Allemands  bombardent  de  loin  Oost- 
Dunkerque,  à  4  kilomètres  ouest  de  Nieuport. 

La  prise  de  Vermelles  par  les  Français  est 
suivie  de  celle  du  Rutoire. 

La  cavalerie  serbe  rentre  à  Valjevo. 

Les  Russes  achèvent  d'évacuer  Lodz,  qui  fait 
saillie  sur  h^urs  lignes  et  risque  d'être  détruit  par 
les  obus  allemands. 

On  signale,  au-dessus  de  Roulers,  des  avions 
allemands  qui  s'enveloppent  de  nuages  artifi- 
ciels. 

Lundi  7  décembre.  —  Nouvelle  et  inutile 
tentative  des  Allemands  sur  l'Yser,  près  de  Per- 
vyse. 


CHRONOLOGIE  DE    LA    GUERRE  4? 

En  Sanlerre,  les  Français  avancent  vers  Par- 
ville  rs. 

En  Prusse  Orientale,  les  Allemands  se  retran- 
chent en  arrière  de  la  ligne  Gumbinnen — Anger- 
burg  et  des  lacs  de  Mazurie  ;  les  Russes  les  y 
attaquent. 

Combats  sur  le  front  Czenstochov — Cracovieet 
sur  le  front  Ilov — Loviez — Petrokov. 

Les  Russes  bombardent  le  secteur  nord  des 
forts  de  Gracovie. 

Le  roi  de  Monténégro  déclare  qu'un  tiers  de 
son  armée  a  péri  et  que  son  pays  est  épuisé. 

Les  Turcs  sont  refoulés  au  sud  de  Batoum  à 
travers  la  frontière. 

La  flotte  russe  détruit  des  transports  turcs  à 
Astro. 

Le  croiseur  Breslau  se  montre  dans  la  Mer 
Noire;  les  Russes  l'en  chassent. 

Ouverture  de  la  Diète  japonaise.  Le  Mikado 
dit  que  la  guerre  n'est  pas  finie  pour  le  Japon. 

Réouverture  de  la  Bourse  de  Paris  :  le  3  °/o, 
cote  72,60. 

Mardi  8  décembre.  —  On  publie  en  France 
une  circulaire  allemande,  vieille  de  plusieurs 
semaines,  qui  prescrit  de  ménager  les  munitions 
de  l'artillerie. 

Les    Français   prennent   des    tranchées   aile- 


48  PAGES    d'histoire 

mandes  dans  l'Argonne,  mais  les  Allemands 
font  sauter  une  tranchée  française. 

Les  Russes  repoussent  les  attaques  allemandes 
contre  le  front  Ilov — Loviez — Strykov. 

En  Galicie,  les  Autrichiens  attaquent  l'aile 
gauche  russe  dans  la  région  de  Neu-Sandec. 

La  bataille  de  Roudnik,  au  sud  de  Belgrade, 
tourne  de  plus  en  plus  mal  pour  les  Autrichiens, 
qui  se  rendent  en  masse  aux  Serbes. 

Le  rebelle  Beyers  se  noie  au  passage  du  Vaal. 

Cinq  croiseurs  allemands  de  l'escadre  du 
Pacifique,  —  Scharnhorst,  Gneisenau,  Nûrn- 
herg,  Leipzig,  Dresden,  —  découverts  avec  des 
charbonniers  aux  îles  Falkland,  à  l'extrême  sud  de 
l'Atlantique,  sont  attaqués  par  une  puissante 
escadre  anglaise  et  coulés  à  l'exception  du 
Dresden.  Ces  navires  étaient  guettés  dans  le 
Pacifique  par  des  croiseurs  japonais. 

Mercredi  9  décembre.  —  Une  nouvelle 
bataille,  sur  un  front  plus  étendu,  s'engage  en 
Pologne,  depuis  Mlava  jusqu'à  Petrokov  et  aux 
Carpathes. 

Guillaume  II,  malade,  est  revenu  de  Pologne 
à  Berlin. 

Les  Anglais  sont  maîtres  de  tout  le  chott  El- 
Arab,  depuis  le  confluent  du  Tigre  avec  l'Eu- 
phrate  jusqu'à  la  mer. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  4q 

Jeudi  10  décembre.  —  Le  Gouvernement 
français  rentre  à  Paris;  premier  Conseil  des 
ministres. 

Une  vive  attaque  allemande  sur  Ypres  est 
repoussée. 

Les  Russes  font  4.000  prisonniers  autrichiens 
au  sud  de  Gracovie. 

Attaque  de  Douvres  par  des  sous-marins  alle- 
mands. 

Vendredi  11  décembre.  —  Les  Allemands 
achèvent  d'évacuer  la  rive  gauche  de  l'Yser  au 
nord  de  la  maison  du  passeur. 

Bombardement  de  Thann  par  les  Allemands. 

Les  Russes  repoussent  les  Allemands  près 
de  Mlava  et  au  nord  de  Loviez. 

La  Roumanie  interdit  l'exportation  des  mé- 
taux et  de  toute  matière  servant  à  l'industrie 
textile. 

Le  Gœben,  réparé,  jette  des  bombes  sur 
Batoum. 

Samedi  12  décembre.  —  Depuis  le  9,  vio- 
lentes attaques  allemandes  sur  Ypres,  toutes 
repoussées. 

Des  explosions  de  mines  font  perdre  aux 
Français  quelques  tranchées  en  Argonne. 

Les  Serbes  obligent  les  Autrichiens  à  repasser 
la  Drina. 

30.    CURO.NOLOtilE    DE    LA    GUERRE  4 


50  PAGES    d'histoire 

Les  Monténégrins  prennent  Visegrad  en 
Bosnie. 

La  Gazette  de  Cologne  proteste  contre  le  rôle 
de  médiateur  revendiqué  pour  les  États-Unis 
par  le  président  Wilson,  sous  couleur  que  les 
États-Unis,  presque  unanimement  favorables  à 
l'Angleterre,  ne  seraient  pas  impartiaux. 

Henri  Bergson,  parlant  à  l'Académie  des 
Sciences  morales  :  «  La  barbarie  s'est  renforcée 
elle-même  en  captant  les  forces  de  la  civilisa- 
tion. » 

Dimanche  13  décembre.  —  Nouvelle  appa- 
rition de  sous-marins  allemands  dans  le  port  de 
Douvres. 

Après  dix  jours  de  combats  en  Serbie,  la 
déroute  autrichienne  est  complète. 

On  considère  comme  à  peu  près  terminée  la 
révolte  des  Boers. 

Un  sous-marin  anglais,  dans  les  Dardanelles, 
coule  le  vieux  cuirassé  turc  Massoudieh. 

Un  statisticien  évalue  à  5  milliards  les  pertes 
causées  à  la  Belgique  par  l'invasion  allemande. 

Lundi  14  décembre.  —  Après  une  accalmie, 
reprise  de  la  lutte  autour  d'Ypres. 

Les  Serbes  occupent  de  nouveau  Belgrade  et 
Ghabatz. 

On  annonce  que  les  femmes  turques  d'Erze- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  01 

roum  ont  manifesté  contre  la  guerre  et  mis  en 
fuite  les  gendarmes  turcs  en  se  montrant  sans 
voiles,  comme  firent  les  Lyciennes  pour  repous- 
ser Bellérophon  (Plut.,  MuL  Vùt.,  IX). 

Le  front  français  s'étend  sur  4o4  kilomètres  ; 
les  Allemands  occupent  20.100  kilomètres  car- 
rés, soit  3,76  "/o  du  territoire  de  la  France. 

Mardi  15  décembre.  —  Les  Alliés  débou- 
chent de  Nieuport  jusqu'à  l'ouest  de  Lombart- 
zyde. 

La  flotte  anglaise  bombarde  Westende. 

L'armée  autrichienne,  coupée  en  deux,  a  perdu 
28.000  prisonniers,  70  canons,  10  millions  de 
cartouches  et  plus  d'approvisionnements  que 
n'en  ont  jamais  possédé  les  Serbes. 

Le  roi  Pierre  et  le  prince  héritier  Alexandre 
entrent  à  Belgrade. 

Mercredi  16  décembre.  —  Consolidation  de 
l'avance  des  Alliés  sur  Lombartzyde  et  Saint- 
Georges. 

Recul  des  Russes  sur  la  Bzoura,  où  les  Alle- 
mands, renforcés  de  neuf  corps,  tentent  de  forcer 
le  passage  pour  atteindre  Varsovie. 

La  Turquie  promet  satisfaction  à  l'Italie  pour 
un  incident  qui  s'est  produit  à  Hodeida. 

Cinq  croiseurs  allemands,  à  la  faveur  du 
brouillard,    bombardent   Scarborougli,    Hartle- 


52  PAGES    D  HISTOIRE 

pool  et  Whitby  ;  ils  échappent  à  la  poursuite  des 
navires  anglais  après  avoir  fait  près  de  700  \\c- 
times,  dont  iio  morts,  presque  tous  des  non- 
combattants,  des  enfants  et  des  femmes. 

Jeudi  il  décembre.  —  Les  Allemands  bom- 
bardent de  nouveau  Armentières.  Un  avion 
français  bombarde  la  gare  de  Sarrebourg. 

Berlin  se  réjouit  à  l'annonce  de  victoires  en 
Pologne. 

Guillaume  II,  rétabli,  part  pour  le  front  occi- 
dental. 

Arrivée  à  Rome  de  M.  de  Bulow,  ambassa- 
deur extraordinaire  d'Allemagne. 

L'Egypte  devient  pays  de  protectorat  britan- 
nique, soustrait  à  la  suzeraineté  de  la  Turquie. 
Le  khédive  Abbas  Hilmi  est  déposé  et  remplacé 
par  Hussein  Kamel,  son  oncle,  fils  du  khédive 
Ismaïl  (1866-1879),  qui  prend  le  titre  de  Sultan. 

Vendredi  18  décembre.  —  La  pression 
offensive  des  Français  continue  à  s'exercer  vers 
Menin  et  La  Bassée  ainsi  que  dans  la  direction 
de  Péronne. 

Les  Russes  occupent,  à  5o  kilomètres  ouest 
de  Varsovie,  des  positions  très  fortes  sur  la  ligne 
de  Sokatchev — Opozno,  protégées  par  la  Bzoura, 
laRavka  et  la  Pilitza  jusqu'à  Tomaszov. 

Les  Autrichiens  débouchent  par  cinq  cols  des 


CHROXOLOGIE    DE    LA    GL  F.RRE  Oo 

Carpathes  et  se  heurtent  aux  Russes,  qui  vien- 
nent d'être  renforcés. 

Le  centre  serbe  enfonce  la  droite  autrichienne 
en  Serbie. 

Les  trois  rois  de  Suède,  de  Norvège  et  de  Da- 
nemark se  réunissent  à  Malmoe  et  s'entendent 
pour  assurer  la  sécurité  des  pays  Scandinaves. 

On  apprend  que  le  croiseur  Friedrich  Cari  a 
coulé  dans  la  Baltique. 

Samedi  19  décembre.  —  Combats  acharnés 
sur  la  Bzoura  et  la  Ravka;  les  Russes  ont  l'avan- 
tage. 

Les  Allemands  se  fortifient  autour  de  Soldau 
(Prusse  Orientale). 

Une  sortie  de  la  garnison  de  Przemysl  est 
repoussée. 

Les  Allemands  tentent  de  rompre  la  ligne 
anglaise  à  Festubert  et  Givenchy,  sur  la  route 
de  Béthune.  L'arrivée  de  renforts  français  oblige 
les  assaillants  à  se  retirer  (le  lendemain) 

Dimanche  20  décembre.  —  La  bataille  conti- 
nue en  Pologne  et  en  (ialicie. 

Les  Russes  sont  vainqueurs  des  Turcs  près  de 
Van. 

Lundi  21  décembre.  —  Progrès  des  Fran- 
çais au  sud  de  Noyon  ;  violents  combats  autour 
de  Souain  et  dans  le  bois  de  Conseuvoye. 

30.    CHRONOLOGIE  DE  LA    GUERRE  » 


54  PAGES  d'histoire 

Maximilien  Harden  a  écrit  clans  la  Zukiin/Ï  du 
19  ces  lignes  partout  citées  :  «  Le  devoir  nous 
défend  de  cacher  que  nous  sommes  encore  bien 
loin  de  notre  but  et  que  jamais  nous  n'avons  eu 
plus  d'ennemis.  Nous  avons  contre  nous  une 
grande  majorité  de  pays  neutres,  et  il  se  pourrait 
qu'une  nation  puissante  et  deux  peuples  guerriers 
de  l'Europe  Orientale  fortifiassent  encore  le  front 
de  nos  ennemis.  Il  faut  que  l'Allemagne  veille  et 
se  tienne  prête  aux  plus  dures  nécessités.  » 
(Trad.  plus  complète  dans  le  Temps  du  3i  dé- 
cembre.) 

Mardi  22  décembre.  — •  Réouverture  du 
Parlement  français  ;  déclaration  du  Gouverne- 
ment. 

Les  Français  gagnent  du  terrain  tant  à  Perthes- 
lès-Hurlus  que  dans  le  bois  de  la  Grurie. 

Les  Allemands  traversent  la  Bzoura  à  Boli- 
mov,  mais  sont  rejetés  dans  la  rivière. 

Une  nouvelle  sortie  de  la  garnison  de  Prze- 
mysl  est  repoussée. 

Vif  combat  entre  les  rebelles  commandés  par 
Maritz  et  les  Boers  loyalistes^,  qui  éprouvent  de 
fortes  pertes. 

Mercredi  23  décembre.  —  Les  Belges  s'éta- 
blissent sur  la  rive  droite  de  l'Yser,  au  sud  de 
Dixmudo. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  !3t> 

Les  Allemands  se  maintiennent  sur  la  Bzoura 
en  deux  points  au  nord  de  Sokatchev  et  résis- 
tent, au  sud  de  Rava,  à  une  offensive  russe  pro- 
noncée sur  la  rive  droite  de  la  Pilitza. 

Bien  que  Guillaume  II  passe  pour  avoir  donné 
l'ordre  de  prendre  Varsovie  pour  Noël,  l'offen- 
sive allemande  est  arrêtée  ;  le  ministre  de  la 
Guerre  russe  déclare  que  les  victoires  allemandes 
sont  imaginaires  et  que  les  Allemands  ne  pren- 
dront pas  Varsovie. 

Les  Russes  ont  levé  le  siège  de  Cracovie,  se 
retirant  vers  Tarnov. 

Des  contingents  australiens  et  néo-zélandais 
arrivent  au  Caire,  pour  défendre  l'Egypte  contre 
les  Turcs. 

Les  Allemands  envahissent  le  sud  de  la  colo- 
nie portugaise  d'Angola. 

Un  sous-marin  autrichien  torpille  sans  succès 
un  cuirassé  français  dans  le  canal  d'Otrante. 

Jeudi  24  décembre.  —  Les  Allemands  aban- 
donnent la  ligne  de  l'Yser. 

La  prise  de  tranchées  allemandes  à  Perthes- 
lès-Hurlus  livre  aux  Français  un  matériel  d'artil- 
lerie de  campagne  très  approprié  à  ce  genre  de 
guerre. 

Les  Français  occupent  la  corne  sud  du  bois 
de  Consenvoye,  sur  la  rive  droite  de  la  Meuse. 

Les  Allemands  ne  conservent  plus  qu'un  point 


56  PAGES  d'histoire 

surlaBzoura;  ils  continuent  d'attaquer  Sokat- 
chev,  essaient  de  déboucher  à  l'est  de  Skiernie- 
vice  et  reprennent  Mlava  pour  protéger  leur 
gauche. 

L'Angleterre  reconnaît  le  protectorat  français 
au  Maroc. 

Un  avion  anglais  bombarde  le  hangar  des 
dirigeables  à  Bruxelles. 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  les  Russes 
ont  fait  prisonniers  i34.ooo  Allemands  et 
225.000  Autriciiiens, 

Vendredi  25  décembre.  —  Les  Allemands 
sont  repoussés  au  delà  de  la  Bzoura,  mais  pour- 
suivent leur  offensive  au  sud-est  de  Tomaszov. 

Les  Russes  ont  l'avantage  sur  la  Nida  et  au 
sud  de  la  Vistule  ;  ils  battent  les  Autrichiens  à 
Tarnov. 

On  annonce  que  les  Roumains  des  montagnes 
de  Transylvanie  se  sont  soulevés  contre  les  Hon- 
grois. 

Les  Italiens  occupent  Valona  en  Albanie. 

A  la  Diète  japonaise,  le  ministre  des  Affaires 
étrangères,  interrogé,  déclare  qu'aucun  pays 
n'a  demandé  l'envoi  de  troupes  japonaises  en 
Europe.  La  Diète  est  dissoute  parce  qu'elle  a 
repoussé  un  projet  de  loi  portant  augmentation 
des  forces  militaires  en  Corée. 

Sept   hydravions   anglais,    convoyés  par  des 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  67 

croiseurs  et  torpilleurs,  jettent  des  bombes  sur 
les  établissements  allemands  à  Cuxhaven;  les 
dirigeables  et  les  avions  allemands  les  pour- 
suivent sans  leur  nuire  ;  un  seul  aviateur  anglais 
a  disparu. 

Un  avion  allemand  paraît  sur  Sheerness  et 
Gravesend;  il  est  chassé. 

Des  avions  allemands  font  cent  victimes  non 
belligérantes  à  Sokatchev. 

Samedi  26  décembre.  —  Les  Français  pro- 
gressent en  Alsace  sur  les  hauteurs  qui  dominent 
Cernay. 

Le  communiqué  allemand  constate  l'arrêt  de 
l'ofFensive  sur  Varsovie. 

Les  Autrichiens,  refoulés  vers  le  col  de  Doukla, 
laissent  aux  Russes  5.ooo  prisonniers.  Du  i8 
au  26,  les  Russes  ont  pris  i5.ooo  Autrichiens  et 
4o  mitrailleuses. 

Un  dirigeable  lance  des  bombes  sur  i>fancy  et 
tue  deux  personnes. 

Dimanche  27  décembre.  —  Les  Belges,  par 
un  coup  de  main,  s'emparent  des  tranchées  alle- 
mandes à  l'est  de  Lombartzyde  et  font  de  nom- 
breux prisonniers. 

Les  Alliés  sont  en  progrès  au  nord  de  Nieu- 
port  comme  à  l'est  et  au  sud-est  d'Ypres,  bien 
que  gênés  à  leur  tour  par  l'inonda liou. 


58  PAGES    d'histoire 

Les  Allemands  bombardent  la  gare  de  Saint- 
Dié. 

Une  attaque  allemande  au  sud-est  de  Skiernie- 
vice  est  repoussée. 

Les  Russes  avancent  de  nouveau  en  Galicie. 
Ils  sont  maîtres  des  cols  des  Carpathes;  les 
Autrichiens  se  retirent  sur  les  sommets. 

Lundi  28  décembre.  —  En  France,  une  tem- 
pête générale  suspend  les  opérations. 

Entre  la  Vistule  et  la  Pilitza,  les  Allemands 
sont  réduits  à  la  défensive.  Ils  se  maintiennent 
et  se  fortifient  sur  la  rive  gauche  de  la  Bzoura. 

Les  Autrichiens  évacuent  la  rive  gauche  de  la 
Nida,  après  avoir  subi  de  grosses  pertes,  leurs 
positions  ayant  été  prises  d'assaut  par  les  Russes. 

Les  Monténégrins  repoussent  les  Autrichiens 
à  Grahovo. 

Mardi  29  décembre.  —  Les  Français  s'éta- 
blissent dans  le  village  de  Saint-Georges,  au 
sud-est  de  Nieuport  (pris  les  27-28).  Ils  re- 
prennent les  tranchées  du  Bois  Brûlé,  à  l'ouest 
d'Apremont. 

Les  Allemands  fortifient  Czenstochov  en  vue 
d'une  retraite. 

Des  Albanais,  incités  par  l'Autriche,  en- 
vahissent le  Monténégro  et  sont  repoussés. 

Des  avions  allemands  jettent  des  bombes  sur 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  69 

Dunkerque  et  Fumes,  tuant  des  femmes  et  des 
enfants. 

Mercredi  30  décembre.  —  Les  Turcs  com- 
battent à  Sarykamysch,  au  sud  de  la  province  de 
Kars. 

Les  États-Unis  demandent  à  la  Grande-Bre- 
tagne d'améliorer  le  traitement  imposé  par 
la  flotte  britannique  au  commerce  américain 
(contrebande  de  guerre). 

En  Pologne,  les  Russes  ont  devant  eux  vingt 
corps  allemands  et  dix-huit  corps  austro-hon- 
grois. 

Les  pertes  de  la  Prusse  (à  l'exclusion  de  celles 
des  autres  États  allemands)  s'élèvent  au  chiffre 
de  753.000  hommes,  tués,  blessés  ou  dispa- 
rus. On  évalue  le  total  des  pertes  allemandes 
à  près  de  2  millions. 

Les  Austro-Allemands,  depuis  le  i5  novembre, 
auraient  perdu  en  Pologne  600.000  hommes. 

Jeudi  31  décembre.  —  Les  Français  re- 
prennent la  moitié  de  Steinbach  en  Alsace.  Nou- 
velles bombes  d'avions  sur  Dunkerque. 

On  déclare  que  les  Serbes  ne  veulent  plus 
porter  la  guerre  en  Bosnie,  afin  d'épargner  leurs 
frères,  mais  plutôt  dans  le  sud  de  la  Hongrie. 

Le  consul  d'Angleterre,  enlevé  de  force  par 
les  Turcs  au  consulat  d'Italie  à  Hodeida,  n'a 
pas  encore  été  mis  en  liberté. 


6o  PAGES  d'histoire 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  les  Serbes 
ont  fait  5i.ooo  prisonniers,  pris  191  canons, 
70.000  fusils  et  3.900  voitures. 

Le  Temps  publie  les  réponses  des  chefs  des 
armées  allemandes  au  Lokal-Anzeiger,  qui  a 
demandé  leur  opinion  sur  la  guerre  actuelle.  La 
première  est  ainsi  conçue  :  «  Du  sang-froid. 
Résister.  Wilhelui,  Kronprinz.  » 


NANCY-PARIS,    IMPRIMERIE    BERGER-LEVRAULÏ    —   2j   JANVIER    IQIÔ 


Chronologie 

de   la   Guerre 

(I-  JANVIER=30  JUIN  1915) 


CHRONOLOGIE   DE   LA    GUBRRE 


//  a  été  tiré  de  ce  volume  cinquante-cinq  exem- 
plaires numérotés  à  la  presse,  dont  : 
5  sur  papier  du  Japon  (A'°^  i  à  5)  ; 
5o  sur  papier  de  Hollande  (.V°^  6  à  55); 


i 


PAGES  D'HISTOIRE  -  1914-1915 

■  Série  a,  2 

S.  R. 

MEMBRE  DE  PLUSIEURS  SOCIÉTÉS  SAVANTES 


CHRONOLOGIE 

DE  LA  GUERRE 


DEUXIEME    VOLUME 


(r  JANVIER -30  JUIN   1915) 


Successu  crescat  honeslum  t 
(LucAiN,  IX,  571.) 


.IBRAIRIE    MILITAIRE    BERGER-LEVRAULT 

PARIS  I  NANCY 

RUE    nES    BEAUX-ARTS,    S-y  j  RUE     DES     GLACIS,      l8 

1915 


Chronologie 

de   la  Guerre 

(V  JANVIER  =  30  JUIN  1915) 


JANVIKR 


Vendredi  1^'^  janvier.  —  Les  Français  occupent 
le  plateau  de  Nouvron,  au  nord-est  de  Compiègne,  et 
conquièrent  un  bois  k  2  kilomètres  au  nord-est  de 
Mesnil-lès-Hurlus.  En  Argonne,  ils  reprennent  un 
terrain  perdu  dans  le  bois  de  La  Grurie. 

Les  Russes  repoussent  les  Allemands  entre  la  Vistulo 
et  la  Pilitza,  ainsi  que  sur  la  Ravka.  En  Galicie,  ils 
font  3.000  prisonniers  dans  la  région  de  Gorlice.  La 
VIII'  armée  russe  pénètre  en  Hongrie  sur  quatre  points. 
Les  Russes  progressent  aussi  en  Bukovine. 

On  annonce  de  Varsovie  que  6  corps  allemands  se 
sont  éloignés  du  front. 

Les  Tuixs  disent  avoir  pris  Ardahan  (Caucase). 

Le  cuirassé  anglais  Formidable  (i5.ooo  tonnes, 
Goo  hommes)  est  torpillé  et  coule  dans  la  Manche. 

La  Banque  de  France  revient  à  Paris.  Les  sociétés 
de  crédit  n'usent  plus  du  moratoire  à  l'égard  de  leurs 
déposants. 


0  ClIRUiNOLOGIE    DE    LA    GUEIIRK 

L'Angleterre  annonce  la  création  de  six  armées  à 
trois  corps. 

On  mande  de  Genève  que  la  Triple  Entente  a 
604.000  prisonniers  et  les  Austro-Allemands  676.000 
(y  compris  beaucoup  de  civils). 

Le  commandant  du  VIII'^  corps  allemand  met  les  soldats 
en  garde  contre  les  cuirasses  du  commerce,  toutes 
inutiles  ou  dangereuses. 

Kipling  écrit  :  (<  Il  n'est  pas  bon  pour  le  monde  d'être 
décivilisé  par  des  philosophes  en  armes.  »  {Temps, 
3  février). 

Roosevelt  écrit  dans  VIndependent  :  «  Violer  les 
traités  comme  a  fait  l'Allemagne  pour  la  Belgique  est 
un  crime  abominable.  Se  taire  là-dessus  et  recom- 
mander aux  autres  de  se  taire,  c'est  pratiquer  le  culte 
de  la  lâcheté.  » 

Samedi  2  janvier.  —  On  dit  que  le  cardinal  Mer- 
cier, archevêque  de  Malines,  est  gardé  à  vue  dans  son 
palais  par  les  Allemands. 

Les  Russes  avancent  dans  le  col  d'Uzsok. 

Quatre  régiments  serbes  passent  le  Danube,  mais 
sont  repoussés  à  i5  milles  de  Semlin. 

Des  navires  anglais  bombardent  Zeebrugge. 

Des  aviateurs  français  endommagent  un  hangai'  de 
dii'igeables  à  Bruxelles. 

Barziui  écrit  dans  le  Corriere  délia  Sera,  au  sujet 
de  la  bataille  des  Dunes  :  «  Un  héroïsme  de  vieille  garde 
est  souvent  nécessaire  pour  conquérir  le  bord  d'un 
fossé.  C'est  une  guerre  de  géants  avec  la  tactique  de 
Lilliput.  -i)  {Journal  de  Genève,  6  janvier.) 

Lg  Morninff  Post  écrit  :  «  Maintenant  que  l'avance  des 
envahisseurs  est  enrayée,  il  va  falloir  ajouter  la  ténacité 
du  bouledogue  aux  qualités  françaises.  » 

La  Nouvelle  Presse  de  Vienne,  réclamant  la  publi- 
cation d'un  livre  rouge  austro-hongrois,  écrit  :  c(  C'est 
commettre  une  lourde  faute  que  de  faire  fi  de  l'opinion 
au  dedans  et  au  dehors  ;  le  mépris  de  l'opinion  a 
toujours  été  châtié  par  une  terrilde  vengeance  des 
choses.  »  {Figaro,  5  janvier.) 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  / 

Dimanche  3  janvier.  —  Les  Allemands  interdisent 
la  lecture,  dans  les  églises  belges,  d'un  éloquent  man- 
dement du  cardinal  Mercier. 

Des  pluies  entravent  les  opérations  dans  le  Nord. 

Les  Français  font  une  tentative  infructueuse  sur 
Boureuilles  (2  kilomètres  au  sud  de  Varennes). 

On  estime  à  Petrograd  que  la  bataille  des  Quatre- 
Rivières  est  finie  ;  les  Allemands  auraient  perdu 
200.000  hommes. 

Les  Russes  repoussent  les  Allemands  à  Bolimov  et 
reprennent  une  partie  des  positions  allemandes  sur  la 
rive  droite  de  la  Ravka. 

L'avance  des  Russes  en  Bukovine  a  mis  en  leur 
possession  le  chemin  de  fer  qui  relie  cette  région  à  la 
Galicie  orientale  ;  ils  menacent  la  Hongrie  par  les  défilés 
boisés  des  Carpathes. 

Les  Turcs  sont  battus  à  Ardahan  (Caucase). 

Le  Gouvernement  belge  réfute  les  mensonges  alle- 
mands au  sujet  de  la  prétendue  intervention  de  civils 
dans  la  guerre  en  Belgique  (Temps,  4  et  6  janvier). 

Lundi  4  janvier.  —  Après  une  lutte  opiniâtre,  les 
Français  prennent  Steinbach  et  reprennent  les  hauteurs 
de  Gernay. 

Une  colone  turque,  qui  cherchait  à  envelopper  les 
Russes  dans  le  Caucase,  est  défaite  à  Sarykamisch;  le 
IX*  corps  turc,  cerné,  est  obligé  de  se  rendre  ;  les  débris 
du  X"  corps  se  replient  vers  la  frontière  turque  ;  le  XP, 
i-enforcé  par  l'artillerie  d'Erzeroum,  continue  à  attaquer 
vers  Karaoïirgau. 

La  flotte  italienne  bombarde  Durazzo,  menacé  par 
les  insurgés  albanais  à  la  solde  de  l'Auti'iche. 

Mardi  5  janvier.  —  Violents  combats  en  Argonne  ; 
la  légion  italienne  se  laisse  emporter  trop  loin  en  avant 
des  lignes  ;  l'adjudant-chef  Constantin  Garibaldi  est 
tué. 

La  flotte  russe  coule  un  transport  entre  Sinope  et  Tré- 
bizonde;  elle  endommage  le  namidieh  elle  Breslan. 

Mercredi  6  janvier.  —  Le  front  russe  en  P(dogiie 


8  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

forme  une  ligne  de  700  milles,  dirigée  presque  nord-sud, 
fortement  pressée  par  les  Allemands  au  noi'd. 

Les  Russes  occupent  Kimpolung  (80  kilomètres  sud- 
sud-ouest  de  Czernovitz). 

Des  avions  autrichiens  bombardent  Cettigné. 

Charles  Richet,  dans  le  Figaro^  calcule  que  la  disette 
commencera  pour  l'Allemagne  au  mois  de  mai  et  que 
le  mouvement  s'accélérera  alors  avec  rapidité.  «  Il  faut 
seulement,  conclut-il,  maintenir  le  blocus.  »  Mais  la 
Hollande  et  la  Suède  continuent  à  importer  dix  fois 
plus  qu'il  ne  leur  est  nécessaire  et  ravitaillent  ainsi 
l'Allemagne. 

Jeudi  7  janvier  —  Les  Français  prennent  Burn- 
haupt-le-Haut.  Les  Allemands  bombardent  l'hôpital  de 
Thann. 

Le  Gœben,  rentrant  dans  le  Bosphore,  touche  une 
mine  et  subit  des  avaries. 

Les  Turcs  continuent  l'offensive  vers  Karaourgan  pour 
alléger  la  pression  russe  sur  leur  X'  corps. 

Le  Temps  publie  un  premier  rapport  officiel  sur  les 
atrocités  allemandes. 

Vendredi  8  janvier.  —  Les  Français  font  des  pro- 
grès dans  la  région  de  Soupir  et  prennent  Perthes.  Les 
Allemands  bombardent  le  Palais  de  Justice  de  Soissons. 
Ils  reprennent  Burnhaupt-le-Haut  (détails  dans  le  Jour- 
nal de  Genève,  3o  janvier). 

Les  navires  russes  bombardent  Sinope  et  coulent  les 
bateaux  turcs  à  l'ancre  dans  le  port. 

Un  navire  de  guerre  australien  coule  le  paquebot 
allemand  Eleoaore  Wœrmann. 

L'Angleterre  répond  aux  États-Unis  par  une  note 
franche  et  amicale  sur  le  commerce  des  neutres. 

La  Perse  adresse  une  note  à  la  Turquie,  qui  a  violé 
son  territoire. 

Les  Boers  rebelles  se  retirent  sur  la  rive  nord  de 
l'Orange. 

Les  Anglais  remportent  quelques  succès  au  Came- 
roun. 


CHRO^'OLOGIE    DE    LA    GUERRE  9 

Samedi  9  janvier.  —  Le  Kronprinz  se  réunit  en 
conCérence  avec  les  ministres  à  Berlin. 

Les  Allemands  lancent  42  obus  sur  la  cathédrale  de 
Soissons  et  s'opposent  à  notre  avance  vers  le  nord-est  de 
cette  ville. 

Le  dégel  entrave  les  opérations  en  Pologne  et  en  Ga- 
licie. 

Les  Allemands  se  sont  avancés  à  10  kilomètres  h 
l'ouest  de  la  Ravka  et  se  maintiennent  sur  la  rive  gauche 
de  la  Soucha.  Combats  acharnés  près  de  Moghely. 

Les  Autrichiens  ont  été  renforcés  par  les  Allemands  à 
Neu-Sandec:  ils  se  sont  fortifiés  sur  les  deux  rives  de 
la  Dunajec. 

Un  dirigeable  allemand,  accompagné  de  trois  avions, 
a  survolé  Calais,  allant  à  Douvres. 

Le  Gouvernement  allemand  interdit  le  travail  de  nuit 
dans  les  boulangeries.  La  fécule  de  pommes  de  terre 
vaut  3o  marks  les  100  kilos. 

Il  y  a,  en  Russie,  1 36. 000  prisonniers  allemands  et 
337.000  austro-hongrois.    . 

Dimanche  10  janvier.  —  Les  Alliés  bombardent  les 
hangars  de  dirigeables  à  Ghistelle. 

Les  Anglais  s'emparent  de  tranchées  près  de  La  Bassée 
et  gagnent  i  kilomètre. 

Les  Français  gardent  Steinbach  et  progressent  vers 
Altkirch. 

La  bataille,  apaisée  sur  la  Bzura,  continue  sur  la 
Ravka  près  de  Bolimov. 

Toute  la  Bukovine  est  aux  mains  des  Russes. 

Seize  avions  allemands  survolent  la  Manche.  Douze 
avions  paraissent  sur  Dunkerque,  mais  y  font  peu  de 
dégâts. 

On  annonce  la  capture  de  la  dernière  bande  d'insurgés 
du  Transvaal. 

Il  s'est  formé,  à  Budapest,  un  comité  de  seigneurs 
magyars  qui  demandent  l'indépendance  de  la  Hongrie 
et  la  paix  avec  la  Russie. 

E.  Boutroux  annonce  à  l'Ecole  normale  supérieure 
que,  sur  195  normaliens  ayant  combattu  au  front, 
54  seulement  sont  indemnes. 


10  CHRONOLOGIE    DE    LA    GL'EKRE 

Lundi    li  janvier.  —  De  grands  magasins  d'huile 

prennent  feu  à  Anvers. 

Le  président  Poincaré  remet,  àNieuport,  un  drapeau 
aux  fusiliers  marins. 

Les  Franrais  prennent  les  tranchées  de  la  Dent  de 
Crouy,  au  nord-est  de  Soissons,  et  y  sont  attaques  en 
force  le  soir. 

Les  Allemands  ont  repris  les  hauteurs  de  Sonnen- 
berg,  au  sud  d'Altkirch.  Les  Franrais  évacuent  UlTholtz. 

Grands  froids  sur  la  Vistule.  Les  Russes  se  retirent 
des  Carpathes  à  cause  du  mauvais  temps,  mais  gardent 
Uzsok  et  la  vallée  supérieure  de  la  Dunajec. 

Des  tribus  arabes  attaquent  Mascate,  dont  le  sultan  est 
protégé  de  l'Angleterre,  et  sont  repoussées  par  les 
Anglo-Indiens. 

Le  Bulgare  Ghenadief,  considéré  comme  hostile  a  la 
Russie,  se  rend  à  Rome. 

Mardi  12  janvier.  —  Les  Allemands  ont  établi 
un  nouveau  parc  de  dirigeables  près  de  Gand. 

Une  crue  de  l'Aisne  emporte  les  ponts,  sauf  celui  de 
Soissons;  la  position  des  Français,  attaqués  à  Crouy, 
est  dangereuse.  Il  neige  en  Alsace  depuis  trois  jours. 

Les  Turcs  subissent  de  grosses  pertes  à  Karaourgan. 

Des  troupes  turques  occupent  Tabriz  (Perse.) 

Après  avoir  pris  Korna,  les  Anglo-Indiens  s'avancent 
sur  Bagdad  par  la  rive  gauche  du  Tigre. 

BerlÏD  répond  faiblement  au  rapport  français  sur  les 
atrocités  allemandes  (Journal  de  Genève^  i3  janvier). 

Mercredi  13  janvier.  —  Après  avoir  évacué 
Vregny  et  subi  des  pertes  notables,  les  Franrais  se  re- 
tirent au  sud  de  l'Aisne,  gardant  des  têtes  de  pont.  Cet 
échec  purement  local  est  célébré  en  Allemagne  comme 
une  grande  victoire. 

Les  lignes  allemandes  sont  à  i8  kilomètres  de  Var- 
sovie, dont  la  presse  allemande  annonce  la  chute  pro- 
chaine. 

La  cavalerie  turque  occupe  Serpetz,  à  /^o  kilomètres 
nord-ouest  de  Plotsk. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  11 

De  nombreuses  troupes  allemandes,  arrivées  en  Hon- 
grie, sont  ostensiblement  dirigées  vers  la  Serbie  —  en 
réalité,  vers  l'est  de  la  Galicie. 

La  bataille  de  Karaourgan  tourne  à  l'avantage  des 
Russes.  On  se  bat  aussi  à  Olty. 

Le  comte  Berchtold,  ministre  des  Affaires  étran- 
gères austro-hongrois,  donne  sa  démission  ;  il  est  rem- 
placé par  le  baron  Stephen  Burian. 

Un  tremblement  de  terre  ravage  l'Italie  (3o.ooo  vic- 
times). 

L'Italie  annule  tous  les  passeports  d'hommes  de 
moins  de  89  ans,  qui  ont  été  délivrés  avant  le  G  août 
1914. 

Les  pertes  prussiennes  s'élèvent  à  84o.ooo  hommes. 

Jeudi  14  janvier.  —  Les  Allemands  occupent  les 
villages  de  la  rive  droite  de  l'Aisne,  mais  l'artillerie 
française  les  empêche  de  passer.  Marchant  sur  Soissons, 
ils  attaquent  Saint-Paul  et  sont  repoussés. 

Les  Autrichiens  bombardent  Tarnov  avec  de  la  très 
forte  artillerie. 

Les  Russes  sont  vainqueurs  à  Karaourgan. 

Les  forces  de  l'Union  occupent  Svakopmund  (Afrique 
occidentale  allemande). 

Le  Gouvernement  russe  publie  un  récit  des  cruautés  et 
avanies  dont  les  Russes  furent  victimes  en  Allemagne, 
lors  de  la  déclaration  de  guerre. 

Vendredi  15  janvier.  —  Près  de  Carency,  les  Alle- 
mands reprennent  des  tranchées  qu'ils  ont  perdues  la 
veille. 

Les  Français  détruisent  les  passerelles  allemandes 
sur  la  Meuse  à  Saint-Mihiel. 

Les  Russes  refoulent  les  Autrichiens  vers  la  frontière 
de  la  Bukovine  et  de  la  Hongrie. 

Le  sous-marin  français  5'a/;A/>  coule  aux  Dardanelles. 

Le  bruit  court  que  la  Bulgarie  cherche  à  entrer  dans 
l'entente  avec  la  Roumanie.' 

Riciolti  Garibaldi,  qui  a  perdu  deux  fils  dans  l'Ar- 
gonne,  écrit  à  Paul  Deschanel  :  «  Si,  par  malheur, 
quelque  nuage  pouvait  s'élever  entre  nos  nations  sœurs, 


12  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

il  suffira  pour  le  dissiper  qu'une  forte  voix  crie  sur  les 
Alpes  le  nom  de  Garibaldi.  » 

Conférence  de  Maximilien  Harden  à  Francfort  :  <s  II 
est  inutile  d'essayer  de  prouver  que  nous  avons  raison. 
Devant  le  forum  de  l'Histoire,  il  n'importe  pas  de  savoir 
qui  a  commencé  la  guerre,  mais  qui  a  vaincu.  Nous 
aimons  mieux  la  victoire  sous  les  malédictions  de  nos 
voisins  que  la  défaite  sous  leurs  louanges. 

((  Aujourd'hui  encore,  on  dispute  au  sujet  des  respon- 
sabilités de  la  guerre  de  1870,  mais  on  sait  bien  qui 
l'a  emporté...  Nous  luttons  contre  d'énormes  forces  supé- 
rieures et  aujourd'hui  encore  nous  ne  sommes  pas 
certains  de  vaincre.  Mais,  quoi  qu'il  arrive,  le  génie 
de  l'Allemagne  ne  permettra  pas  que  l'œuvre  du  glaive 
allemand  aboutisse  à  un  résultat  négatif  après  de  tels 
sacrifices.  11  serait  erroné  de  croire  que  le  pis  a  déjà  été 
surmonté  ;  les  revers  sont  possibles  au  cours  des  opé- 
rations militaires.  Nous  serions  inférieurs  à  notre 
destinée  si  nous  ne  conservions  notre  confiance  que 
lorsque  le  soleil  luit.  * 

Samedi  16  janvier.  —  A  cause  des  pluies, 
Français  et  Allemands  évacuent  des  tranchées  en 
Flandre. 

L'artillerie  française  bombarde  La  Bassée  et  en  chasse 
un  état-major. 

Vif  combat  à  Blangy,  k  l'est  d'Arras. 

Les  Russes  occupent  Kirilibaba,  à  S.gSo  pieds 
d'altitude,  s'ouvrant  ainsi  la  route  de  la  Transylvanie. 
Ils  repoussent  les  Autrichiens  sur  Jacobeni. 

Victoire  définitive  des  Russes  à  Karaourgan,  après 
trois  jours  de  combats  dans  une  tempête  de  neige.  Le 
XP  corps  turc  est  détruit,  après  le  IX'  et  le  X'  ;  le  re.ste 
se  retire  vers  Erzeroum. 

On  demande,  en  Allemagne,  la  mise  sous  séquestre 
du  blé  et  du  seigle. 

Dimanche  il  janvier.  —  Deruburg  se  dit  «  direc- 
teur de  l'office  de  la  mission  impériale  à  New-York  »  ; 
on  se  moque  de  lui. 

Le  communiqué  allemand  prétend  mensongèrement 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  13 

que,  depuis  quatre  semaines,  on  a  tué  2G.000  Français 
et  fait  17.860  prisonniers  non  blessés,  alors  que  les 
pertes  totales  des  Allemands  n'atteindraient  pas  le  quart 
de  ces  chiffres. 

Lundi  18  janvier.  —  Les  Allemands  attaquent  à 
l'ouest  de  Soissons  et  bombardent  Saint-Paul. 

Les  Autrichiens  se  renforcent  à  Jacobeni  et  près  de 
Kimpolung  pour  défendre  l'accès  des  vallées  de  la 
Zlota  et  de  la  Bistritza. 

Les  Russes  battent  les  débris  du  XP  corps  turc  à 
lénikeui,  entre  Karaourgan  et  Erzeroum. 

Mardi  19  janvier.  —  Les  Allemands  bombardent 
Furnes. 

Les  Français  attaquent  l'HartsmannswilIerkopf  près 
de  Thann. 

Des  dirigeables  allemands  jettent  des  bombes  sur 
Yarmouth,  Sandringham  et  King's  Lynn,  tuant  des  non- 
combattants. 

Ghenadief  déclare  qu'il  n'ira  pas  de  Piome  à  Vienne. 

Mercredi  20  janvier.  —  Le  19  et  le  20,  vifs  com- 
bats dans  les  forêts  au  nord  de  Wattwiller, 

Les  Russes  occupent  Skempe,  à  4o  kilomètres  de  la 
frontière  prussienne,  en  face  de  Thorn. 

Du  19  au  20,  entre  Batoum  et  Trébizonde,  les 
torpilleurs  russes  ont  coulé  26  bateaux  transportant  des 
munitions  et  des  vivTes  pour  les  Turcs. 

La  souscription  aux  bons  de  la  Défense  nationale 
atteint  2  milliards  700  millions  de  francs,  dont  200  mil- 
lions souscrits  en  Angleterre. 

Jeudi  21  janvier.  —  Les  Français  perdent  quel- 
ques tranchées  avancées  à  Saint-Mihiel  et  à  Pont-à- 
Mousson. 

Les  Autrichiens  se  renforcent  en  Bukovine. 

Vif  combat  près  de  Korna  en  Mésopotamie  ;  les  Turcs 
prétendent  avoir  eu  l'avantage. 

Le  gouverneur  de  Varsovie  annonce  que  le 
Gouvernement  russe  ouvre  un  crédit  de  260  millions  en 
faveur  des  populations  ruinées  de  la  Pologne. 


14  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Un  communiqué  français  réduit  de  moitié  les  pertes 
que  l'armée  française,  au  dire  d'un  communiqué  alle- 
mand, aurait  éprouvées  depuis  le  17  décembre. 

Vendredi  22  janvier.  —  Les  Allemands  bom- 
bardent Nieuport  et  Reims. 

Violents  combats  à  rHartmannswillerkopf  ;  les  Alle- 
mands bombardent  Thann  ;  les  Français  bombardent 
les  faubourgs  au  nord  de  Cernay. 

Les  Russes  perdent  Kirilibaba. 

Le  Gouvernement  hollandais  demande  des  expli- 
cations à  Berlin  au  sujet  du  passage  de  dirigeâmes 
allemands. 

Des  avions  allemands,  dont  un  a  été  abattu,  font  20 
victimes  à  Dunkerque. 

Allemands  et  Autrichiens  commencent  à  quitter 
l'Italie. 

La  Stampa,  organe  de  Giolitti,  raconte  que,  dppuis  le 
22,  l'Autriche  a  cédé  le  Trentin  à  l'Allemagne,  qui  le 
rétrocédera  après  la  guerre  à  l'Italie. 

On  croit  à  Petrograd  que  l'Autriche  désire  la  paix. 

On  dit  que  le  ministre  d'Allemagne  à  Bucharest  a 
demandé  des  explications  au  sujet  de  la  mobilisation 
roumaine  et  des  encouragements  donnés  aux  révolu- 
tionnaires de  Transylvanie. 

Harden  dit,  dans  la  Zukunjt,  que  l'Autriche  ruine 
l'Allemagne  et  que  celle-ci  ne  doit  plus  sacrifier  de 
soldats  pour  sauver  un  État  qui  ne  sait  pas  se  défendre 
lui-même. 

Le  général  de  Moltke,  tout  en  affirmant  sa  confiance 
en  la  victoire  finale,  déclare  qiie  personne,  en  Allemagne, 
n'a  voulu  la  guerre.  «  Si  nous  l'avions  provoquée,  dit-il, 
c'eût  été  im  crime,  car  cette  guerre  contre  un  ennemi 
tellement  supérieur  n'est  vraiment  pas  un  jeu  d'enfant. 
Ce  n'est  que  la  politique  égoïste  et  intéressée  de 
l'Angleterre  qui  a  déchaîné  cette  guerre,  longuement 
préparée  par  elle.  >)  {Wolff.) 

Bernstortï  dit,  à  Washington,  qu'on  a  imposé  la 
guerre  à  l'Allemagne,  qu'elle  est  contraire  aux  vœux 
ies  plus  chers  de  l'Empereur;  si  l'Allemagne  était  mieux 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  15 

prête  que  les  autres,  c'est  qu'elle  fait  bien  tout  ce 
qu'elle  fait.  L'ambassadeur  souhaite  la  prompte  termi- 
naison de  cette  malheureuse  guerre  que  déplorent  tous 
ceux  qui  y  participent  ;  il  faudrait  y  mettre  fin  par  une 
paix  compatible  avec  l'honneur  des  nations  en  cause  et 
de  telle  manière  que  la  possibilité  d'une  guerre  nouvelle 
fût  écartée. 

Samedi  23  janvier.  —  iMillerand  rend  visite  au 
général  Kitchener  à  Londres.  Bethmann-Hollweg  se 
rencontre  à  Berlin  avec  Burian. 

Les  Allemands  commencent  à  retirer  des  troupes  du 
front  de  Varsovie  pour  les  envoyer  en  Autriche. 

Une  colonne  autrichienne  est  repoussée  par  les 
Monténégrins  près  de  Cettigné. 

Les  Russes  occupent  Khorosan,  au  sud  de  Karaourgan. 
Ils  coulent  un  vapeur  qui  portait  iG  avions  à  Trébizonde. 

Le  général  Toussoupov  remet  au  général  Joffre  les 
insignes  de  l'ordre  de  Saint-Georges. 

L'Allemagne  et  l'Autriche  sont  privées  de  760.000 
tonnes  de  nitrate  de  soude  qu'elles  importaient  du  Chili 
pour  les  besoins  de  leur  agriculture.  Pour  la  fabrication 
de  leurs  explosifs,  il  leur  faut  4-^o.ooo  tonnes  dacide 
nitrique  concentré  ;  elles  n'en  produisent  que  00.000, 
auxquelles  ne  peuvent  s'ajouter  qu'en  partie  les  4oo. 000 
tonnes  que  fabrique  la  Norvège  (Houllevigue,  Temps 
du  24). 

Dimanche  24  janvier.  —  Los  Allemands  renforcent 
les  Autrichiens  sur  la  frontière  de  Biikovino.  Il  y  a  5 
corps  allemands  entre  la  Prusse  orientale  et  la  Vistule, 
I  en  Prusse  orientale,  i4  entre  Bzura  et  Ravka  ;  au 
total,  800.000  hommes,  plus  200.000  hommes  de 
landsturm. 

Bataille  navale  d'Ameland,  à  70  milles  ouest-nord- 
ouest  d'Helgoland.  Quatre  ci'oiseurs  allemands,  navi- 
guant vers  l'ouest,  sont  découverts  par  cinq  croiseurs 
anglais  qui  leur  donnent  la  chasse  ;  le  Blùcher  coule 
avec  800  hommes,  dont  870  sont  sauvés  par  les  Anglais  ; 
le  Dœrfjlinger  et  le  Seyalitz  sont  avariés.  Les  Anglais 


16  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

n'ont  pas  de  pertes.  De  ses  i4  croiseurs  cuirassés, 
l'Allemagne  en  a  déjà  perdu  6. 

Le  Bâcla,  vapeur  de  la  ligne  Hambourg-Amérique, 
a  été  dénommé  Margaret  par  son  acquéreur,  le  Germano 
Américain  Breitung,  et  chargé  de  coton  à  destination  de 
Rotterdam,  sous  pavillon  américain.  L'Angleterre  ne 
reconnaît  pas  cette  transformation  qui  constituerait  un 
précédent,  car  tous  les  navires  immobilisés  dans  les 
ports  américains  pourraient  ainsi  regagner  les  ports 
allemands.  Elle  déclare  que  le  bâtiment  sera  déféré  à 
un  tribunal  de  prises,  mais  que  la  cargaison  sera  achetée 
par  le  Gouvernement  anglais. 

Les  Allemands  des  Etats-Unis  réclament  l'interdiction 
de  la  vente  d'armes  aux  Alliés.  Ils  veulent  aussi  envoyer 
à  Brème  un  navire  américain  chargé  de  vivres,  à  desti- 
nation d'un  Américain  de  cette  ville,  a  Les  Allemands 
d'Amérique  veulent  soumettre  à  un  maximum  de 
pression  les  relations  entre  les  Alliés  et  leur  patrie 
d'adoption.  »  (Temps,  26  janvier.) 

Un  parent  de  Guillaume  II  a  dit  k  un  rédacteur  de  la 
Tribiina  que  l'Allemagne  est  sûre  de  la  victoire  pour 
elle,  mais  non  pour  l'Autriche  :  c(  Nous  ne  pouvons  pas 
compromettre  pour  l'Autriche  nos  forces  et  nos  espé- 
rances. Quelles  que  soient  les  aspirations  italiennes, 
nous  n'aurons  pas  de  guerre  italo-allemande.» 

Les  pertes  prussiennes  s'élèvent  à  904.000  hommes; 
celles  des  Autrichiens,  à  1.760.000  hommes. 

Lundi  25  janvier.  —  Violentes  attaques  allemandes 
h  l'est  d'Ypres.  Les  Anglais  repoussent  les  Allemands 
à  Givenchy.  Au  combat  de  La  Bassée,  commencé  le  28, 
ils  ont  d'abord  perdu  du  terrain,  mais  l'ont  repris  avec 
l'aide  d'un  train  blindé  armé  de  canons  de  marine. 

Les  Français  regagnent  le  terrain  perdu  à  l'ouest  de 
Craonne. 

L'artillerie  française  achève  de  détruire  les  ponts 
jetés  sur  la  Meuse  à  Saint-Mihiel. 

Les  Allemands  bombardent  l'Hartmannswillerkopf, 
Thann  et  Cernay. 

Les  Russes  prennent  l'offensive  à  l'est  de  Pillkallen 
(Prusse  orientale). 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  17 

Après  uu  échec  à  Jacobeni,  ils  ont  occupé  tout  le  dis- 
trict et  pénétré  jusqu'à  Josephwald  ;  ils  tiennent  les 
hauteurs  de  Kimpolung  à  Dorna-Valra,  passage  vers 
la  Transylvanie. 

On  signale  des  hussards  allemands  à  Orsova,  sur  la 
frontière  roumaine. 

Von  der  Goltz  a  inutilement  ordonné  au  commandant 
des  forces  turques  à  Smyrne  d'envoyer  des  soldats  au 
Caucase  ;  appuyé  par  Djemal,  gouverneur  de  Smyrne, 
cet  officier  a  refusé. 

Des  ingénieurs  allemands  fortifient  Tabriz. 

Des  torpilleurs  russes  endommagent  le  croiseur  Ga- 
zelle près  de  Ruejev.  Un  dirigeable  allemand  est  détruit 
à  Libau. 

Premier  contact  des  Turcs  et  des  Anglais  en  Egypte, 
à  l'est  d'El-Kantara. 

Maritz,  avec  1.200  hommes,  attaque  Upington;  il 
est  repoussé. 

L'Italie  adresse  un  ultimatum  à  la  Porte,  qui  n'a  pas 
réglé  l'incident  d'Hodeïdah. 

Le  Neues  Wiener  Tageblatt  déclare  que  Burian  re- 
fuse de  céder  des  territoires  à  l'Italie  et  à  la  Roumanie. 

Le  Conseil  fédéral  de  Berlin  a  fixé  au  i'^"'  février  la 
saisie  du  blé  et  de  la  farine. 

On  écrit  au  Journal  de  Genève  :  «  Ceux  qui  rêve- 
raient, en  cas  de  défaite  de  l'Allemagne,  un  démembre- 
ment de  l'Empire  et  un  retour  à  l'état  de  choses  d'avant 
1870,  se  trompent  étrangement.  On  ne  disloque  pas  une 
nation  parvenue  à  un  tel  degré  de  cohésion;  tout  au  plus 
peut-on  l'amputer  d'un  ou  deux  membres,  si  elle  se 
trouve  à  toute  extrémité.  » 

Mardi  26  janvier.  —  Les  Français  prennent  pied 
dans  la  grande  dune. 

Guillaume  II  est  en  Flandre,  devant  les  lignes  an- 
glaises. 

Le  25  et  le  26,  à  l'ouest  de  Craonne,  les  Allemands 
ont  attaqué  sur  le  front  Heurtebise-Bois  Foulon  et  ont 
réussi  à  prendre  deux  compagnies  françaises  à  La 
Creute,  dans  une  carrière  obstruée  par  les  éboulé- 
es.   CimONOLOGIE  DE   LA    GUERRli  2 


18  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

ments.  Des  contre-attaques  ont  coûté  i.ooo  morts  aux 
Allemands  et  nous  ont  rendu  une  partie  de  terrain  ;  les 
Allemands  disent  avoir  fait  i.ooo  prisonniers  et  tué 
i.5oo  hommes. 

Pour  contrecarrer  l'avance  russe,  une  armée  autri- 
chienne menace  de  descendre  des  Carpathes  en  Galicie. 

L'Italie  aurait  offert  ses  bons  offices  pour  réconcilier 
la  Roumanie  et  la  Bulgarie. 

La  levée  en  masse  autrichienne  provoque  des  désor- 
dres à  Laybach,  Fiume  et  Agram. 

Le  Temps  reproduit  (28  janvier)  le  résumé  d'un  ar- 
ticle du  professeur  von  der  Leyen  dans  la  Vossic/ie 
Zeitung,  affirmant  qu'à  l'avenir  aucun  congrès  interna- 
tional ne  sera  possible  et  que  les  Allemands,  submergés 
par  un  flot  d'injures,  devront  se  tenir  à  l'écart  de  leurs 
ennemis  actuels. 

Mercredi  21  jsnvier.  —  De  vives  attaques  alle- 
mandes à  La  Bassée,  avant  pour  objectif  Béthune,  sont 
contenues  par  l'artillerie  anglaise. 

Les  Allemands  font  exploser  et  occupent  5o  mètres  de 
tranchées  au  bois  de  Saint-Mard  près  Tracy-le-Val,  mais 
en  sont  chassés  à  coups  de  canon. 

Les  Français  progressent  vers  Burnhaupt;  les  Alle- 
mands ne  cessent  de  bombarder  Thann. 

Les  Russes  avancent  dans  l'ouest  de  la  Galicie,  au 
sud-ouest  du  col  de  Dukla;  les  Autrichiens  reculent, 
abandonnant  armes  et  munitions.  Dans  l'est  de  la  Ga- 
licie, les  Russes  résistent  à  des  forces  supérieures. 

La  flotte  russe  donne  la  chasse  au  Medjidieh  et  au 
Breslaa. 

On  remarque  que  le  27  janvier  est  à  la  fois  l'anniver- 
saire de  Guillaume  II  et  celui  de  Mahomet  (fête  mobile). 

Suivant  le  communiqué  français  du  27,  les  Allemands 
auraient  perdu,  du  20  au  27,  entre  Ypres  et  les  Vosges, 
environ  20.000  hommes. 

Jeudi  28  janvier.  —  Vifs  combats  sur  la  grande 
dune;  les  Allemands  conservent  leurs  positions. 

Entre  Ypres  et  la  mer,  les  Alliés  emploient  des  ca- 
nons puissants,  avec  de  nombreux  tracteurs. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  19 

Les  Russes  rentrent  dans  la  vallée  de  la  Nagjag(Car- 
pathes).  Ils  ont  devant  eux  22  corps  austro-hongrois  et 
4  corps  allemands. 

Un  torpilleur  russe  bombarde  Trébizonde. 

Des  avions  allemands  bombao-dent  Dunkerque. 

Le  Congrès  radical  de  Milan  réclame  l'intervention  Je 
l'Italie  à  côté  des  Alliés. 

Le  consul  des  États-Unis  à  Berlin  informe  son  gou- 
vernement que  l'Allemagne  est  menacée  de  famine. 

Vendredi  29  janvier.  —  Les  Allemands  font  deux 
tentatives  vaines  pour  passer  l'Aisne  à  Venizel  et  au 
moulin  des  Roches. 

Les  Français,  après  un  violent  combat,  reculent  do 
200  mètres  au  bois  de  La  Grurie  (Argonne). 

Les  Russes  avancent  au  nord  de  Tilsit,  menaçant  Je 
flanc  des  Allemands  qui  défendent  les  lacs  mazuriens. 
Ils  occupent  Pillkallen. 

La  bataille  est  générale  dans  les  Carpathes  entre  les 
cols  du  Dukla  et  de  Vyshkov.  Les  Autrichiens  tentent 
«ne  offensive  par  la  vallée  du  San  inférieur  et  par  les 
routes  allant  vers  Sambor  et  Strij. 

Une  attaque  turque  sur  Olty  échoue. 

Les  Français  occupent  Bertona,  au  centre  du 
Cameroun  allemand,  après  deux  combats  livrés  le  27  et 
le  28. 

Le  prince  Georges  de  Serbie  est  reçu  avec  enthou- 
siasme à  Salonique. 

Les  Bulgares  transportent  des  troupes  à  la  frontière 

Grecque  ;  ils  accusent  les  Grecs  d'empêcher  les  Serbes 
e  céder  à  leurs  prétentions  sur  la  Macédoine. 
L'Angleterre    permet   à   la    Banque    de    prêter    de 
l'argent  à  la  Roumanie.  On  dit  que  la  Bulgarie  emprunte 
à  la  Deutsche  Bank. 

Les  Allemands  ayant  fait  disparaître  à  Bruxelles  la 
statue  de  Ferrer,  les  députés  espagnols  jaimistes  et 
cléricaux  ont  déposé  leurs  cartes  le  27  à  l'ambassade 
d'Allemagne  à  Madrid  ;  en  réponse,  libéraux,  réfor- 
mistes, républicains  et  radicaux  de  Barcelone  déposent 
des  cartes  aux  ambassades  de  France  et  d'Angleterre. 


20  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Suivant  Repinqton(7Y/«esj,  les  Allemands  ont4o  corps 
ù  l'ouest,  2  1  à  l'est;  ils  n'ont  transporté  de  l'ouest  k 
l'est  qu'un  corps  actif  et  6  divisions.  Les  corps  sont  de 
35.000  hommes  environ.  Le  trait  dominant  de  la  situa- 
tion est  la  concentration  austro-allemande  dans  la  ré- 
gion des  cols  au  centre  des  Garpathes,  de  la  passe  de 
Dukla.vers  l'est. 

11  y  a  49 -350  prisonniers  allemands  en  France  et 
7.247  en  Angleterre. 

Samedi  30  janvier.  —  Retour  du  froid  sec  en 
Flandre.  Les  Anglais  ont  repris  toutes  les  tranchées 
perdues  près  de  La  Bassée. 

Les  Russes  continuent  à  avancer  vers  Tilsit  ;  heau- 
coup  de  fuyards  de  la  Prusse  orientale  airivent  à 
Berlin. 

Les  Allemands  sont  repoussés  à  Borgimov  ;  jusqu'au 
6  février,  ils  font  des  attaques  furieuses  et  inutiles  sur 
la  Bzura. 

Les  Autrichiens,  descendant  des  Garpathes  vers 
Przemysl    et  Lemberg,    prennent   de   flanc    sur   trois 

f)oints  les  forces  russes  de  Galicie  ;  ils  disent  avoir 
ait  1 5.000  prisonniers.  Les  Russes  attaquent  entre 
Sanok  et  Gorlice,  menaçant  de  couper  les  Autrichiens  ; 
au  sud-est  de  Strij,  ils  reculent  devant  des  forces  supé- 
rieures. 

Les  Russes  sont  entrés  à  Tabriz,  k  480  kilomètres  de 
Téhéran. 

Un  sous-marin  allemand  a  pénétré  dans  la  mer 
d'Irlande  et  coulé  un  navire  anglais  de  3. 000  tonnes. 
G'est  la  première  réalisation  du  plan  de  Tirpitz,  consis- 
tant à  pratiquer  la  guerre  de  course  avec  des  sous- 
marins,  pour  affanier  l'Angleterre  et  intercepter  les 
envois  d'armes  des  États-Unis. 

Le  croiseur  italien  Calabria  entre  dans  le  canal  de 
Suez. 

Le  chancelier  du  consulat  d'Italie  est  emprisonné  k 
Trieste. 

Bilinski,  ministre  commun  des  Finances  et  admi- 
nistrateur de  Bosnie-Herzégovine,  donne  sa  démission. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  21 

Les  Germano-Américains  fondent  à  Washington  une 
«  American  Indépendance  Union  »,  sous  couleur  de 
faire  prohiber  par  les  États-Unis  l'exportation  des 
armes  et  munitions  et  de  faire  exiger  par  eux  le  libre 
commerce  des  aliments  avec  l'Allemagne.  Cette  asso- 
ciation s'organisera  définitivement  le  20  février,  sous 
la  présidence  de  Hermann  Ridder  et  de  R.  Bartholdt  ; 
le  docteur  Hall,  théologien  irlandais,  est  vice-président. 

Dimanche  31  janvier.  —  Guillaume  II,  souffrant 
de  la  gorge,  rentre  à  Berlin. 

Les  Allemands  bombardent  les  lignes  anglaises  entre 
Ypres  et  Nieuport. 

La  cavalerie  russe,  suivant  la  rive  droite  de  la  Vistule, 
s'avance  jusqu'à  20  kilomètres  de  la  frontière  prus- 
sienne. 

Les  Allemands  avancent  à  Borgimov,  au  prix  de 
grands  sacrifices.  L'aile  gauche  russe  fait  quelques 
progrès  dans  les  Carpathes,  mais  les  Russes  reculent  en 
Bukovine. 

Les  Anglais  ont  dompté  une  rébellion  au  Nyassaland. 

Le  prince  Georges  de  Serbie,  après  avoir  passé  par 
Athènes,  est  parti  pour  l'Italie. 

On  assure  que  l'armée  grecque  interviendra  si  les 
Autrichiens  envahissent  à  nouveau  la  Serbie. 

Guillaume  II  a  décoré  de  l'Aigle  rouge  Ernest  Lis- 
sauer,  autour  de  VHymne  à  la  Haine  contre  l'Angle- 
terre. 

Il  est  avéré  que  le  Livre  Blanc  allemand  a  supprimé 
un  télégramme  pacifique  adressé,  le  29  juillet,  par 
Nicolas  II  à  Guillaume  IL  Nicolas  demandait  que  le 
conflit  austro-serbe  fût  soumis  au  tribunal  de  La  Haye 
et  exprimait  sa  confiance  dans  la  sagesse  et  l'amitié  de 
Guillaume. 

Le  Berliner  Tageblatt  annonce  que  a  ces  jours  der- 
niers, 100.000  Anglais  ont  passé  la  Manche  »  (Temps, 
10  février). 


22  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 


FÉVRIER 


Lundi  1"  février.  —  Le  ministre  des  Finances  russe, 
Bark,  est  arrivé  à  Paris. 

Depuis  le  3o  janvier,  les  Allemands  font  un  nouvel 
effort  vers  Varsovie.  Les  Russes  reprennent,  à  Boli- 
niov,  le  terrain  perdu  par  eux  le  3i  ;  ôoo.ooo  Austro-Alle- 
mands se  déploient  dans  la  plaine  en  face  de  Przemysl. 
Dans  les  Carpathes,  les  Russes  ont  franchi  les  hauteurs 
de  Jaslish  et  pris  des  convois. 

Les  Russes  essaient  de  tourner  l'aile  gauche  alle- 
mande, tandis  que  les  Austro-Allemands  essaient  de 
tourner  l'aile  gauche  russe.  Les  Autrichiens,  moins 
habitués  au  froid,  se  rendent  en  grand  nombre. 

On  annonce  des  concentrations  autrichiennes  contre 
les  Serbes  et  en  Transylvanie. 

Les  Turcs  perdent  2.000  hommes  dans  une  attaque 
sur  le  canal  de  Suez. 

Une  division  turque  est  battue  dans  le  Caucase  ;  le 
général  et  tous  ses  officiers  sont  pris. 

Un  sous-marin  allemand  lance  une  torpille  contre  le 
navire-hôpital  anglais  Asturias,  qui  n'est  pas  atteint. 

Défense  est  faite  en  Autriche  d'employer  plus  de 
5o  "/o  de  farine  de  seigle  ou  de  froment  pour  le  pain. 
Le  Pester  Lloyd  déclare  que  la  Hongrie  ne  dispose  pas 
de  stocks  de  céréales. 

A  partir  du  i"  fé^Tier,  les  Berlinois  ont  droit  à  un 
maximum  de  2  kilos  de  pain  par  semaine  ;  on  prie  les 
riches  de  pas  réclamer  ce  maximum. 

Roosevelt  publie  une  brochure  :  Pourquoi  les  Etats- 
Unis  devraient  se  joindre  aux  Alliés. 

Le  Berliner  Tageblatt  écrit  :  «  Contrairement  aux 
prédictions  officielles,  il  n'est  pas  certain  que  les  espé- 
lances  de  l'Allemagne  soient  réalisées.  Nous  connaissons 
les  forces  actuelles  de  l'ennemi,  mais  non  ses  forces  fu- 
tures. ^^ 


CHRONOLOGIE    DE    LA.    GUERRE  23 

Mardi  2  février.  —  Bark  et  Lloyd  Georges 
entretiennent  Ribot,  ministre  des  Finances  français. 

Vifs  engagements  près  de  Westende,  continués  le 
lendemain. 

An  nord  d'Albert,  les  Allemands  lancent  sur  l'Ancre 
des  bateaux  chargés  d'explosifs,  qui  sont  arrêtés. 

Une  attaque  allemande  sur  Saint-Paul  (près  de 
Soissons)  est  repoussée 

Les  Turcs  ont  tenté  de  passer  le  canal  de  Suez  près 
de  Toussoun  ;  ils  ont  été  repoussés  et  ont  perdu  leur 
matériel  allemand. 

Un  décret  crée  87  hôpitaux  militaires  à  Athènes. 

Guillaume  II  recommande  à  ses  généraux  d'écono- 
miser leurs  troupes. 

Un  espion  allemand  détruit  en  partie  un  pont  sur  la 
rivière  Sainte-Croix  au  Canada  et  se  réfugie  aux  Etats- 
Unis. 

Les  Russes  disent  avoir  4i 0.000  prisonniers  austro- 
hongrois  et  155.000  allemands. 

Mercredi  3  février.  —  Les  Allemands  bombardent 
Armentières.  Ils  disent  avoir  progressé  au  nord  et  au 
nord-ouest  de  Massiges. 

Les  Russes  s'affermissent  sur  la  rive  gauche  de 
l'Angerapp  et  prennent  Skempe. 

La  lutte  continue  sur  le  front  de  Borgimov,  où  les 
Allemands  ont  engagé  60.000  hommes  et  des  masses 
d'artillerie.  Les  Russes  les  chassent  de  Gumine. 

Dans  les  Carpathes,  les  Russes  ont  pris  l'offensive 
depuis  Dukla  jusqu'à  l'est  des  Beskides.  Ils  progres- 
sent vers  Uzsok,  mais  reculent  au  col  de  Tucholka. 

Les  Turcs  ont  perdu,  en  Egypte,  5oo  tués  et  65o 
prisonniers;  ils  se  retirent  à  3o  Kilomètres  du  canal. 

Le  capitaine  Mucke  est  arrivé  près  de  Hodeïdah 
(ouest  de  l'Arabie)  avec  le  corps  de  débarquement  de 
VEmden. 

Garbilovic,  Jovanovic  et  Ilic,  condamnés  à  Serajevo 
pour  le  meurtre  de  l'archiduc,  ont  été  exécutés  dans 
cette  ville;  le  collégien  Prinkip,  trop  jeune,  subira  vingt 
ans  de  prison. 


24  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Un  million  do  soldats  de  la  classe  1914  auraient 
fortifié  le  front  russe. 

Abdul  Hamid  conseille  aux  Turcs  de  faire  la  paix. 

Le  Livre  Rouge  autrichien  a  paru  :  il  ne  contient 
aucun  document  allemand  ayant  eu  pour  objet  de  mo- 
dérer l'Autriche  à  la  fin  de  juillet  1914- 

La  Gazette  de  Cologne  écrit  :  «  La  neutralité  amé- 
ricaine n'est  qu'un  rideau  derrière  lequel  se  cache  le 
désir  servile  de  plaire  à  l'Angleterre.  Si  TAmèrique  n'a 
que  le  respect  de  la  force  brutale,  nous  la  mettrons  en 
œuvre  ù  notre  tour.  >> 

Jeudi  4  février.  —  Une  formidable  bataille  se  livre 
autour  de  Gumine  ;  les  Allemands  y  perdent  3o.ooo 
hommes.    Ils   disent   avoir    fait,    depuis  le   i",    G. 000 

Erisonniei's  à  l'est  de  Borgimov.  Les  Russes  ont  franchi 
1  Bzura  près  de  son  embouchure. 

Les  Autrichiens  ont 'évacué  Tarnov,  bombardé  par 
les  mortiers  russes.  Le  communiqué  autrichien  dit  que 
la  pression  russe  est  très  forte  sur  Dukla. 

Les  Monténégrins  repoussent  une  attaque  autrichienne 
en  Herzégovine. 

L'Angleterre  a  déclaré  à  Washington  qu'elle  consi- 
dérait les  cargaisons  de  vivres  consignées  pour  l'Alle- 
magne comme  destinées  au  Gouvernement  allemand. 

L'Amirauté  allemande  déclare  zone  militaire,  à  partir 
du  18,  les  eaux  qui  baicfnent  les  lies  Britanniques. 

La  mission  de  la  Croix-Rouge  japonaise  est  arrivée  à 
Marseille. 

Jusqu'au  4  février,  les  Anglais  ont  perdu  lo/j.ooo 
hommes. 

Vendredi  5  février.  —  Le  Gouvernement  anglais 
dépose  un  projet  de  loi  élevant  l'effectif  de  l'armée  à 
3  millions  d'hommes. 

Dans  la  nuit  du  5  au  6,  les  Anglais  reprennent  les 
briqueteries  de  La  Bassée. 

Les  Allemands,  attaquant  avec  fureur  dans  la  direc- 
tion de  Varsovie,  ont  mis  en  ligne  io5.ooo  hommes  et 
600  canons  sur  un  front  de  10  kilomètres. 

Le  Gœhen  croise  dans  le  Bosphore. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 


25 


Un  avion  bombarde  Mulheim  (Bade)  ;  d'autres  bom- 
bardent les  dépôts  allemands  de  Knocke  (Belgique). 

Il  semble  avéré  que  l'agitation  anti-italienne  au 
Fezzan  est  organisée  par  des  officiers  allemands. 

Bethmann-HoUweg  dit  à  un  journaliste  danois  : 
«  L'Angleterre  nous  traite  comme  une  place  assiégée. 
IJevant  une  telle  menace,  l'Allemagne  ne  manquera 
aucune  occasion  de  se  venger.  Si  l'on  se  plaint  que 
nous  lésons  les  intérêts  des  neutres,  nous  répondrons 
que  les  puissances  neutres  n'ont  pas  protesté  contre 
l'action  de  l'Angleterre  et  qu'elles  en  subiront  les  consé- 
quences. » 

La  Gazette  de  la  Croix  écrit  :  «  Il  paraît  que  nous 
allons  maintenant  torpiller  les  navires  sans  avis  préala- 
ble. Nous  accueillons  avec  satisfaction  l'annonce  que 
nos  sous-marins  vont  faire  à  toute  la  marine  de  nos 
ennemis  une  guerre  impitoyable.  » 

Le  Lokal  Anzeiger  écrit  :  «  Que  nous  importent  les 
criailleries  des  neutres  et  les  indignations  de  nos  enne- 
mis !  Nous  autres  Allemands,  nous  avons  à  tirer  ^le 
cette  guerre  une  grande  leçon  :  celle  de  ne  pas  manifester 
de  délicatesse  et  de  ne  pas  écouter  ce  que  les  neutres 
peuvent  dire.  » 

Samedi  6  février.  —  L'offensive  allemande  paraît 
aiTêtée  en  Pologne. 

Les  Russes  ont  reculé  en  Bukovinc  et  au  nord  des 
Carpathes,  mais  ils  ont  progressé,  faisant  2.5oo  prison- 
niers, au  nord  du  col  d'Uzsok.  Les  Autrichiens,  qui 
avaient  franchi  le  5  les  cols  de  Tucholka  et  de  Boskid, 
ont  dû  se  retirer  avec  de  grandes  pertes. 

Le  Breslaii  apparaît  devant  Batoum,  mais  se  retire 
sous  le  feu  de  la  forteresse. 

Le  Temps  écrit  (7  février)  :  «  La  marine  allemande 
vient  de  déclarer  la  guerre  au  monde  enlier.  » 

Sur  un  officier  allemand,  prisonnier  k  Varsovie,  on  a 
trouvé  une  lettre  où  il  est  dit  :  «  Nous  appelons  les  Au- 
trichiens des  soldats  en  pantoufles  ;  nous  sommes  battus 
chaque  fois  que  nous  comptons  sur  eux.  » 

Ij  Athenaeum  écrit  (6  février)  :  «  Nous  pouvons  corn- 


26  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

battre  l'Allemagne  jusqu'à  la  victoire,  mais  si  nous  ne 
pouvons  la  convaincre  qu'elle  a  attaqué  injustement, 
rem[)loi  de  la  force  ne  mettra  pas  fin  ù  notre  que- 
relle. » 

Dimanche  7  février. — L'incident  d'Hodeldah  est 
clos  ;  toutes  les  réparations  demandées  à  la  Turquie  par 
l'Italie  ont  été  accordées. 

Les  Anglais  font  prisonniers,  à  Festubert,  5oo  jeunes 
soldats  allemands. 

Les  Allemands,  renforcés  dans  la  Prusse  orientale, 
surprennent  les  Russes.  L'aile  sud  franchit  la  forêt  de 
Johannisburg,  puis  la  Pissack  et  fait  4o  kilomètres  dans 
une  nuit  (Journal  de  Genève,  22  février). 

Les  Russes  progressent  sur  laBzura  et  sur  le  front  de 
Mezo-Laborcz,  où  il  font  3.5oo  prisonniers  en  un  jour. 
Les  attaqiles  au  col  de  Tucholka  ont  été  repoussées. 

Dans  toutes  les  églises  de  France,  on  a  récité  la 
prière  pour  la  paix  composée  par  le  Pape  ;  mais  les  offi- 
ciants ont  précisé  qu'il  s'agissait  d'une  paix  conforme  à 
la  justice. 

Le  Journal  de  Genève  prétend  établir  que  «  l'indus- 
trie russe  militaire  est  aujourd'hui  égale,  sinon  supé- 
rieure, à  celle  de  n'importe  lequel  des  belligérants  ». 

Lundi  8  février.  —  Les  Allemands  bombardent 
Furnes,  Ypres  et  Soissons. 

Les  Allemands  prennent  Johannisburg  et  y  font  0.000 
prisonniers. 

Accalmie  sur  le  front  de  la  Vistule,  où  les  Allemands 
ont  perdu  des  dizaines  de  milliers  d'hommes  pendant 
six  jours  d'ofYensive  sur  le  front  Borgimov-Gumine. 

Les  Russes  progressent  vers  Bartfeld  et  font  5. 200  pri- 
sonniers au  col  de  Lupkov. 

L'armée  turque  d'Egypte  est  en  pleine  reti^aite. 

Le  Breslaii  bombarde  Yalta  ;  la  flotte  russe  bom- 
barde Trébizonde. 

Millerand  écrit  au  général  Percin  :  «  Il  est  absolu- 
ment établi  que  vous  n'êtes  en  rien  responsable  de  l'é- 
vacuation de  Lille  au  mois  d'août  igi^-  » 


} 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  27 

Mardi  9  février.  —  Le  ministre  autrichien  des 
Finances,  Bilinski,  est  remplacé  par  l'Allemand  Kœrber. 

Les  Allemands  marchent  sur  Lyck  ;  les  Russes  éva- 
cuent Biala.  L'aile  nord  allemande  attaque  et  repousse 
les  Russes  vers  le  sud-est. 

L'escadre  autrichienne  de  Gattaro  est  hors  de  portée 
des  navires  français. 

Le  Japon  tente  d'imposer  à  la  Chine  un  protectorat 
partiel  et  demande  une  réponse  à  bref  délai,  a  Nul  n'i- 
gnore plus  que  c'est  un  accroissement  de  sa  puissance 
en  Chine  que  le  Mikado  envisageait  comme  compensa- 
tion de  son  concours  militaire  éventuel  en  occident.  » 
(Temps,  i4  février.) 

La  Russie  aurait  fait  savoir  à  la  Bulgarie  que,  si  elle 
trahissait  la  cause  slave,  elle  disparaîtrait  en  tant  qu'État 
indépendant(?). 

Gérard,  ambassadeur  des  Etats-Unis,  est  hué  au 
théâtre  à  Berlin. 

A  la  Diète  prussienne,  le  socialiste  Hirsch  dit  que  son 
parti  refuse  son  appui  au  Gouvernement  et  que  tout 
le  monde  demande  la  paix. 

Jules  Guesde  dit  à  une  réunion  de  socialistes  fran- 
çais :  ((  Cette  guerre,  qui  nous  a  été  imposée,  nous  ne 
la  faisons  pas  à  la  nation  allemande,  à  laquelle  nous 
sommes  prêts  à  tendre  une  main  fraternelle,  dès  qu'elle 
en  aura  fini  avec  son  Kaiser  et  l'impérialisme  prussien 
dont  elle  n'est  pas  moins  victime  que  nous.  » 

Sembat  dit  à  la  même  réunion  :  «  Le  parli  socialiste 
veut,  après  la  victoire,  la  limitation  des  armements, 
l'inspection  et  le  contrôle  international  de  la  fabrication 
des  canons  et  des  munitions,  l'arbitrage  obligatoire.  » 
La  réunion  donne  mandat  à  ses  délégués  de  s'inspirer, 
à  la  Conférence  de  Londres,  des  discours  de  Guesde  et 
de  Sembat  {Figaro,  1 1  février). 

Du  26  janvier  au  9  février,  les  Russes  ont  fait 
So.ooo  prisonniers,   avec  25  canons  et  80  mitrailleuses. 

Mercredi  10  février.  —  Les  Allemands,  poussant 
devant  eux  les  Russes,  occupent  la  ligne  de  Pillkallen- 
Vladislavov, 


28  CTIRONOÎ,OGIE    DK    LA    GTTERnT; 

Les  Russes  avancent  au  sud  du  col  de  Dukla  et  de 
Lupkov,  mais  reculent  en  Bukovine. 

La  Gazette  de  Cologne  dit  que  l'Allemagne  menace 
de  laisser  mourir  de  faim  ses  Goo.ooo  prisonniers,  ainsi 
que  les  habitants  des  régions  qu'elle  occupe  {Figaro, 
1 1  février). 

La  guerre  coûte  h  la  Russie  35  millions  par  jour  et 
lui  a  coûté,  jusqu'au  i"  janvier,  7  milliards. 

Jeudi  il  février.  —  Poursuivant  leurs  progrès, 
les  Allemands  occupent  la  route  de  Gumbinnen  à  Vyl- 
koviczki. 

La  retraite  russe  en  Bukovine  continue.  L'avant-garde 
autrichienne  est  à  Suczeva  ;  Kimpolung  est  pris. 

Trente-quatre  avions  anglais  Dombardent  Ostende, 
Blankenberghe,  Middelkerke  et  Zecbrugge. 

The  Nation  (New-York)  écrit  :  «  Le  nouvel  ordre  de 
l'Amirauté  allemande  est,  pour  les  trois  quarts,  un 
blaf.  y> 

A  partir  de  ce  jour,  les  Allemands  ne  pourront  acheter 
du  pain  (3oo  grammes  par  jour)  que  sur  présentation 
d'iui  bon. 

Les  Jésuites  élisent  général  le  candidat  austro-alle- 
mand Ledochowski. 

Vendredi  12  février.  — ■  Une  note  de  Washington 
rend  l'Allemagne  responsable  de  tout  tort  fait  à  un  ci- 
toyen ou  à  un  navire  américains.  Une  autre  note  adressée 
à  Londres  fait  des  réserves  sur  l'usurpation  du  pavillon 
des  Etats-Unis  en  mer. 

Quinze  obus  allemands  tombent  en  territoire  suisse. 

Entrant  en  Russie,  les  Allemands  occupent  Kalvaria  et 
Mariampol.  Les  56^  et  83^  divisions  russes  sont  anéanties, 
la  27'  très  maltraitée.  Les  garnisons  des  fortifications 
allemandes  attaquent  les  Russes  en  retraite  derrière 
l'Angerapp  et  Loetzcn. 

Guillaume  II  est  à  Instei-burg,  quartier  général  du 
maréchal  de  Hindenburg. 

Les  Allemands  disent  qu'en  Prusse  orientale  ils  ont 
pris  26.000  Russes  et  20  canons. 

En  Bukovine,  les  Autrichiens  atteignent  le  Sereth. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  29 

Dans  la  région  de  Tchorokh  (Caucase),  les  Russes  ont 
franchi  la  frontière  turque. 

La  Bulgarie  dément  que  son  emprunt,  conclu  à  Berlin 
avant  la  guerre,  marque  l'orientation  de  sa  politique. 

Samedi  13  février.  —  Les  Allemands  occupent 
Norroy,  au  nord-est  de  Pont-k-Mousson. 

Vifs  combats  pour  les  défilés  des  lacs  à  Lyck  ;  la  ville 
prise,  Guillaume  II  y  accourt  et  harangue  ses  troupes. 

Les  Autrichiens  reprennent  l'oftensive  aux  cols  de 
Dukla  et  de  Vyshkov. 

Des  bandes  albanaises  franchissent  la  frontière  serbe 
vers  Prizrend. 

Suivant  des  calculs  allemands,  les  trois  premiers  mois 
de  la  guerre  auraient  coûté  7  milliards  à  l'Allemagne 
et  6  à  l'Autriche. 

Les  Russes  ont  fait,  depuis  le  début  de  la  guerre, 
plus  de  5o.ooo  prisonniers  turcs. 

Dimanche  14  février.  —  Les  Russes  évacuent  la 
Prusse  orientale,  se  retirant  sur  le  Niémen. 

Les  Autrichiens  occupent  Nadvorna  et  Radautz  ciî 
Bukovine. 

Lorand  déclare,  au  nom  de  Ghenadief,  que  la  Bulga- 
rie n'a  aucun  engagement  avec  l'Autriche  et  veut  rester 
neutre  ;  elle  espère  que  la  bienveillance  de  l'Europe  lui 
rendra  la  Macédoine  (Journal  de  Genève,  i4  février). 

Les  délégués  socialistes  des  pays  alliés  tiennent  une 
conférence  k  Londres.  On  décide  de  continuer  la  lutte 
à  outrance,  mais  en  répudiant  toute  guerre  de  conquête. 
«  Les  socialistes  ne  veulent  pas  1  anéantissement  de 
l'Allemagne,  ni  politique  ni  économique,  et  déclarent 
qu'ils  appuient  la  guerre  non  conti^e  les  peuples,  mais 
contre  les  gouvernements  qui  les  ont  entraînés  à  l'agres- 
sion. » 

Lundi  15  février.  —  Une  bataille  sérieuse  com- 
mence dans  la  région  des  Hurlus,  entre  Champagne  et 
Argonne. 

Les  Français  ont  évacué  quelques  villages  de  la  vallée 
de  la  Lauche  et  Remspach. 


30  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Des  forces  allemandes  supérieures  tentent  vainement 
d'envelopper  les  Russes  dans  la  région  d'Augustov.  Les 
Russes  se  replient  sur  Kovno  et  Ostrolenka. 

Entre  Vistule  et  Warta,  les  Allemands  occupent  le 
front  Plotsk — Racionz. 

L'invasion  albanaise  a  été  repoussée  par  les  Serbes. 

L'Allemagne  établit  le  monopole  de  l'avoine. 

Lloyd  George  dit  aux  Communes  :  «  Les  Allemands 
ont  manq^ué  la  marée  qui  devait  les  conduire  au  triomphe . 
Désormais,  les  armées  allemandes  ont  aussi  peu  de 
chance  d'écraser  la  France  que  d'atteindre  la  planète 
Mars.  » 

Mardi  16  février.  —  L'Allemagne  a  répondu  aux 
Etats-Unis  qu'elle  est  prête  k  renoncer  à  l'attaque  des 
navires  neutres  par  sous-marins  si  l'Angleterre  cesse 
d'empêcher  le  ravitaillement  de  la  population  civile 
allemande. 

Les  Anglais  regagnent  du  terrain  au  sud  d'Ypres. 

Dans  la  nuit  du  1 6  au  17,  de  violentes  contre-attaques 
allemandes  sont  repoussées  à  l'est  de  Reims;  la  lutte 
est  très  vive  entre  Mesnil-lès-Hurlus  et  Massiges,  où  les 
Français  gagnent  du  terrain. 

On  prétend  que  des  troupes  anglaises  sont  arrivées 
dans  les  Vosges  et  à  Belfort. 

D'après  le  communiqué  allemand,  la  bataille  de 
9  jours  en  Mazurie  s'est  terminée  par  la  défaite  complète 
de  la  10*  armée  russe  (6  divisions  d'infanterie  et 
plusieurs  de  cavalerie),  qui  aurait  perdu  5o.ooo  pri- 
sonniers, 4o  canons,  60  mitrailleuses  et  un  énoi'ine 
matériel. 

Les  Autrichiens  prennent  Kolomea. 

Des  avions  français  bombardent  la  gare  de  Fribourg- 
en-Brisgau. 

Quarante  avions  anglais  et  8  français  bombardent  le 
môle  de  Zeebrugge, 

Le  général  Pau  arrive  à  Athènes. 

Trente  mille  Belges  ont  été  enrôlés  à  Folkestone  et 
au  Havre  ;  l'armée  belge  sera  reconstituée  au  printemps 
et  plus  forte  qu'en  août  I9i4- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  31 

Mercredi  17  février.  —  Les  Français  progressent 
dans  la  région  de  Perthes,  au  bois  de  La  Grurie  et  en 
Alsace. 

Combats  acharnés  sur  la  rive  droite  de  la  Vistule. 

Les  Autrichiens  rentrent  à  Gzernovitz. 

A  un  nouveau  bombardement  de  Belgrade,  les  Serbes 
répondent  en  bombardant  Semlin. 

Un  dirigeable  allemand  atterrit  en  Danemark  ;  l'équi- 
page est  interné. 

La  Stanipa,  journal  de  Giolitti,  annonce  la  faillite  du 
plan  allemand  de  satisfaire  l'Italie  par  la  cession  du 
Trentin. 

((  La  supériorité  de  nos  approvisionnements  en  mu- 
nitions s'affirme  de  plus  en  plus.  »  {Communiqué  de 
quinzaine.) 

Jeudi  18  février.  —  Des  centaines  de  déserteurs 
allemands  passent  en  Hollande. 

Les  Français  reprennent  Norroy. 

Combats  à  Tauroggen  et  au  sud-ouest  de  Grodno. 

Les  Allemands  prétendent  avoir  fait,  dans  la  Prusse 
orientale,  t)/(. 000  prisonniers  avec  71  canons,  100  mitrail- 
leuses et  i5o  wagons. 

Guillaume  II  dit  que  les  Russes  ont  transformé  la 
Mazurie  en  désert;  on  déconseille  aux  habitants  émigrés 
d'y  revenir. 

Du  16  au  18  février,  les  Russes  arrêtent  l'offensive 
allemande  sur  la  ligne  Plotsk — Racionz. 

Les  Russes  se  retirent  au  delà  du  Pruth. 

On  note  que  les  Austro-Allemands  ont  échoué  dans 
leur  triple  tentative  :  1°  de  faire  lever  le  siège  de 
Przemysl  ;  2°  de  regagner  le  district  pétrolifère  de  Strij  ; 
3°  de  résister  à  l'avance  russe  par  le  col  de  Dukla  vers 
la  Hongrie. 

Les  journaux  officieux  bulgares  protestent  contre  la 
c(  barbarie  grecque  et  serbe  »  qui  oblige  des  milliers  de 
Bulgares  macédoniens  à  se  réfugier  en  Bulgarie. 

Commencement  du  «  blocus  sur  papier  »  des  côtes 
anglaises  ;  ordre  est  donné  de  torpiller  tous  les  navires 
dans  la  zone  de  guerre,  sans  examen  préalable  ni  effort 


O^  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

pour  sauver  les  passagers.  Un  cargo  français  est  torpillé 
à  3o  milles  de  Dieppe,  mais  peu  endommagé. 

Un  second  dirigeable  allemand  se  perd  sur  la  côte 
du  Jutland. 

Un  hydravion  anglais  survole  les  Dardanelles  et 
bombar(ie  des  dépôts  de  munitions. 

Grande  démonstration  belliqueuse  à  Rome.  La 
Chambre  italienne  entend  un  discours  du  garibaldien 
Golajanni  sur  les  petits-lils  de  Garibaldi  tombés  en 
Argonne. 

La  Gazette  de  Cologne  écrit  :  «  Gelui  qui,  après  la 
note  allemande  en  réponse  aux  Etats-Unis,  interprète 
défavorablement  la  conduite  de  l'Allemagne,  cesse  par 
cela  même  d'être  neutre  à  notre  égard.  » 

L'Allemagne  prohibe  l'envoi  de  charbon  aux  neutres, 
sinon  en  échange  de  blé  ou  de  cuivre. 

Vendredi  19  février.  — L'Angleterre  déclare  aux 
Etats-Unis  qu'elle  considère  les  vivres  comme  contre- 
bande et  appelle  leur  attention  sur  les  violations  des  lois 
de  la  guerre  commises  par  les  Allemands. 

Depuis  le  i5,  la  bataille  continue  entre  Champagne 
et  Argonne  ;  les  Allemands  se  sont  renforcés  ;  les  pri- 
sonniers qu'on  leur  fait  appartiennent  à  deux  corps  ac- 
tifs et  trois  corps  de  réserve. 

Du  ig  au  21,  un  gros  mortier  allemand  bombarde, 
sans  grand  effet,  le  fort  de  Douaumont  (défense  de  Ver- 
dun). 

Les  Allemands  descendent  d'Augustov  vers  Ossovetz 
pour  tourner  les  défenses  de  la  Vistule  par  le  nord.  Le 
combat  s'engage  avec  violence  sur  les  rives  droites  de  la 
Bobr  et  de  la  Narev,  dans  les  régions  de  Lomza,  Os- 
trolenka,  Prasnjch  et  Plonsk. 

Les  Allemands  ne  sont  plus  qu'à  24  kilomètres  de 
Novogeorgiesk  ;  ils  semblent  vouloir  attaquer  Varsovie 
du  nord  et  de  l'ouest  et  couper  une  des  voies  ferrées  de 
Varsovie  à  Petrogi-ad. 

Les  Russes  repoussent  deux  sorties  de  Przemysl. 

A  rencontre  des  communiqués  autrichiens  qui  par- 
lent de  29.000  prisonniers  russes  en  Bukovine,  un  com- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  33 

iiiuuiqué  de  Petrograd  déclare  que  les  Russes  ont  perdu 
moins  de  12.000  hommes  dans  cette  province. 

L'escadre  anglo-française  bombarde  les  Dardanelles 
et  fait  taire  les  batteries  turques  de  la  côte  d'Europe. 

Des  navires  autrichiens,  sortis  de  Cattaro,  bombardent 
les  positions  monténégrines. 

Le  général  Pau  arrive  à  Nisch. 

Berliner  Tageblatt  :  a  La  conviction  générale  est 
que,  si  la  guerre  actuelle  se  termine  victorieusement, 
elle  ne  demeurera  pas  sans  résultats  ;  mais  il  est  beau- 
coup plus  difficile  de  s'imaginer  comment  en  pourra 
sortir  une  plus  grande  Allemagne.  » 

Samedi  20  février.  —  Les  Allemands  dessinent 
leur  attaque  sur  Pi'asnych. 

On  publie  les  lettz^es  échangées  le  i"  août  entre  le 

E résident  Poincaré  et  le  roi  George.  Elle  prouvent  que 
i  France  ne  voulait  pas  la  guerre  et  que  l'Angleterre 
désirait,  si  possible,  rester  à  l'écart. 

Du  21  janvier  au  20  février,  les  Russes  ont  pris,  dans 
les  Garpathes,  47-65o  soldats,  6go  officiers  et  17  canons. 

Dimanche  21  février.  —  Léger  recul  des  Fran- 
çais aux  Éparges  et  en  Alsace. 

Gombats  opmiâtres  sur  la  Bobr  et  la  Narev. 

Les  Serbes  rentrent  sur  territoire  autrichien  en  face 
de  Ratcha  et  de  Mitrovitza. 

Un  avion  allemand  lance  des  bombes  sur  le  comté 
d'Essex. 

On  assure  que  le  Gouvernement  russe  aurait  décidé 
la  formation  d'une  armée  exclusivement  polonaise,  avec 
officiers  polonais. 

Contrairement  à  la  Gazette  de  Francfort,  inspirée 
par  Bûlow,  qui  demande  à  l'Autriche  de  faire  des 
concessions  territoriales  à  l'Italie,  la  Neue  Freie  Presse 
écrit  :  «  Pas  un  pouce  de  notre  territoire  ne  doit  être 
perdu.  » 

Lundi  22  février.  —  Les  Français  continuent  leur 

avance  de  Perthes-lès-Hurlus  vers  Gernay-en-Dormois. 

Effroyable  bombardement  de  Reims  "(i.5oo  obus); 

68.   CHnONOLOUIE   DE    LA.   GUERHB  8 


d4  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

la  voûte  intérieure  de  la  cathédrale  est  crevée  ;  20  mai- 
sons sont  incendiées,  20  civils  tués. 

Le  communiqué  russe  relate  le  revers  subi  :  dans  la 
retraite  de  la  10*  armée  sur  Kovno,  le  20'  corps  a  été 
presque  anéanti.  Le  reste  de  la  10=  armée,  se  repliant 
pendant  neuf  jours  sur  un  terrain  très  difficile,  est  sorti 
le  19,  par  Augustov,  de  la  zone  des  combats.  L'action 
continue  près  d'Ossovetz  et  de  Plock.  Le  communiqué 
est  muet  sur  Gzernovitz,  mais  dit  que  l'ennemi  a  occupé 
Stanislau. 

Le  communiqué  russe  indique  une  offensive  russe 
sur  la  route  de  Grodno  a  Lipsk,  sur  celle  de  Lomza 
et  entre  Ratzionetz  et  Plonsk  (5oo  prisonniers). 

Les  Allemands  avancent  de  Plonsk  surVizogrod. 

Sur  la  rive  gauche  de  la  Vistule,  près  de  Moghely, 
prise  de  tranchées  allemandes  et  explosion  de  mines 
(5oo  Allemands  tués). 

Les  Turcs  se  retirent  de  Damas  et  d'Egypte. 

La  Norvège  demande  des  explications  à  l'Allemagne 
au  sujet  du  torpillage  du  Belriage. 

Un  dirigeable  survolant  Calais  a  endommagé  la  ligne 
Saint-Omer — Hazebrouck — Dunkerque  et  tué  cinq  per- 
sonnes. 

Les  Alliés  déclarent  le  blocus  de  l'Afrique  orientale 
allemande. 

Malgré  l'agitation  belliqueuse  en  Italie,  ce  pays 
reçoit  du  charbon  de  l'Allemagne  et  lui  envoie,  dit-on, 
quantité  de  vivres  et  de  contrebande  ;  on  en  conclut  que 
le  Gouvernement  italien  continue  à  agir  comme  si  la 
Triple  Alliance  l'obligeait  encore. 

Le  général  Pau  est  reçu  à  Sofia  par  un  aide  de  camp 
du  Roi. 

La  Roumanie  mobilise  huit  classes  de  réserve. 

Une  convention  pour  le  transit  des  marchandises  est 
.signée  entre  la  Roumanie  et  la  Bulgarie. 

Depuis  ce  jour,  en  Allemagne,  pain  et  farine  ne  sont 
délivrés  que  contre  des  bons. 

Les  Autrichiens  affirment  que,  depuis  la  fin  de  jan- 
vier, ils  ont  fait  49-ooo  prisonniers  dans  les  Garpathes. 

Lokal  Anzeiger  :  «  Gombatlant  pour  notre  existence 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  35 

même,  nous  ne  devons  tenir  aucun  compte  des  récri- 
minations des  tiers.  Nous  devons  combattre  sans  merci 
ou  ne  pas  combattre  du  tout.  »  Réponse  du  World  : 
«  Le  président  Wilson  a  fait  clairement  comprendre 
que  les  Etats-Unis  ne  toléreront  pas  une  politique  de 
loi  de  Ljnch  sur  mer  aux  dépens  des  vies  et  des  biens 
de  leurs  citoyens.  » 

Mardi  23  février.  —  Dans  les  forêts  d'Augustov, 
deux  régiments  russes  crus  perdus  ont  rallié  leur  corps. 

Des  patrouilles  allemandes  cherchent  k  passer  sur  la 
rive  droite  du  Niémen. 

La  contre-oflensive  russe  se  développe  au  nord  de 
Varsovie,  soutenue  par  la  lourde  artillerie  d'Ossovetz. 

Les  Autrichiens  se  retirent  sur  Czernovitz,  renonçant 
à  l'offensive. 

L'escadre  franco-anglaise,  comprenant  le  super- 
dreadnought  Qaeen  Elisabeth  (i5  canons  de  16  pouces), 
reprend  le  bombardement  des  forts  des  Dardanelles. 

Les  Russes  ont  battu  les  Turcs  sur  la  rive  gauche 
de  richtal-sou  (Caucase). 

La  compagnie  de  délaarquement  du  Desai'œ  chasse 
les  Turcs  d'Akaba. 

Mouvements  insurrectionnels  à  Prague. 

On  dit  à  Rome  que  l'offensive  des  Allemands  dans  la 
Prusse  orientale  leur  coûte  déjà  100.000  hommes. 

Le  colonel  Fcjler  écrit  dans  le  Journal  de  Genève  : 
((  Le  récent  événement  de  Prusse  orientale  paraît  un 
nouvel  acte  du  vaste  duel  qui  se  poursuit  depuis  la  fin 
d'août  191/+  entre  les  chemins  de  fer  de  l'Est  allemand 
et  la  profondeur  des  territoires  russes.  » 

Le  Temps  :  «  On  ne  conteste  pas  en  Amérique  le  droit 
de  l'Angleterre  de  saisir  comme  contrebande  de  guerre 
les  ravitaillements  destinés  à  l'Allemagne,  où  le  Gou- 
vernement s'est  chargé  d'organiser  lui-même  l'alimen- 
tation des  civils.  Les  propositions  faites  par  les  Alle- 
mands aux  Etats-Unis  de  faire  constater  par  des  con- 
trôleurs américains  que  les  céréales  américaines  sont 
consommées  par  la  population  civile  seule,  sont  un  aveu 
de  l'embarras  où  se  trouve  le  Gouvernement  impérial.  » 


36  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Il  reste  09.600  prisonniers  civils  français  en  Allemagne. 

Mercredi  24  février.  —  Combats  acharnés  sur  la 
rive  droite  de  la  Narev  et  sur  la  Bobr  jusqu'à  la  Vis- 
tule.  Les  Allemands  prennent  d'assaut  Prasnvch. 

Les  Russes  enlèvent  Moghelj  au  sud-est  de  Bolimov 
et  s'y  maintiennent. 

Dans  les  Garpathes,  combats  k  l'est  de  Lupkov  ; 
succès  russes  dans  la  région  de  Munkacz  et  au  sud  de 
Dukla.  Les  Russes  reprennent  Kolomea. 

L'Amirauté  anglaise  interdit  à  la  navigation  la  mer 
d'Irlande  et  le  canal  du  Nord  qui  conduit  de  l'Atlantique 
à  la  mer  d'Irlande. 

Un  torpilleur  français  coule  un  sous-marin  allemand 
près  de  Boulogne  ;  Cuxhaven  s'inquiète  de  l'absence  de 
deux  autres  sous-marins. 

Le  torpilleur  français  Dagae,  escortant  un  convoi 
pour  le  Monténégro,  a  heurté  une  mine  et  a  coulé  dans 
le  port  d'Antivari. 

Du  18  au  24  février,  7  navires  anglais  ont  été  coulés 
par  des  sous-marins. 

On  apprend  qu'un  régiment  indien  à  Singapour  s'est 
révolté  ;  le  désordre  a  été  réprimé  par  la  marine  alliée. 

On  recommence  à  parler  d'un  prince  allemand  blessé, 
soigné  à  Strasbourg  et  décédé,  dont  la  mort  aurait  mis 
en  deuil  la  cour  de  Berlin. 

Jeudi  25  février.  —  Violent  combat  le  long  du 
canal  d'Ypres. 

Au  nord  de  Grodno,  à  Svenstoiansk,  les  Allemands 
franchissent  le  Niémen,  mais  sont  rejetés  sur  la  rive 
gauche. 

L'artillerie  allemande  commence  à  bombarder  Os- 
sovetz. 

Le  dégel  sur  la  Vistule  arrête  les  opérations  alle- 
mandes. 

Les  Allemands  sont  chassés  de  Prasnych  et  perdent 
2,000  prisonniers. 

Les  Russes  reprennent  Stanislau. 

On  a  commencé  à  draguer  les  mines  des  Dardanelles, 
en  continuant  le  bombardement  des  forts. 


I 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  37 

La  presse  norvégienne  est  très  irritée  de  la  destruction 
de  navires  norvégiens  par  les  torpilleurs  allemands. 

Pendant  la  première  semaine  du  hlocus  sous-marin, 
18-20  février,  7  navires  anglais,  i  français  et  3  norvé- 
giens ont  été  coulés;  pendant  la  même  période,  i.5oo 
navires  sont  entrés  dans  les  ports  réputés  bloqués  et  en 
sont  sortis,  ce  qui  fait  moins  de  i  °/o  de  perte.  Pendant 
la  seconde  semaine  du  hlocus,  il  n'y  a  eu  de  coulé  qu'un 
sous-marin  allemand. 

Manifestations  belliqueuses  en  Italie,  violemment 
contrariées  par  une  partie  des  socialistes. 

Le  général  Pau  est  reçu  avec  enthousiasme  à  Bucha- 
rest. 

Vendredi  26  février.  —  Les  Français  progressent 
en  Champagne  au  nord  de  Mesnil. 

Les  Allemands,  renforcés,  attaquent  de  nouveau 
Prasnych  et  le  reprennent,  mais  en  sont  chassés  par  les 
Russes  qui  font  la  garnison  prisonnière  (5.4oo  hommes, 
54  officiers).  La  retraite  allemande  de  Prasnych  a  pris 
l'allure  d'une  déroute  ;  les  Rtisscs  se  sont  emparés  de 
12  canons. 

Les  Russes  font  3. 600  prisonniers  près  de  Munkacz 
et  7.000  à  Dolina. 

Les  Autrichiens  sont  repoussés  au  nord  et  à  l'est  de 
Stanislau. 

Le  dragage  des  mines  des  Dardanelles  a  été  effectué 
jusqu'à  4  milles  de  l'entrée;  trois  croiseurs  cuirassés  se 
sont  alors  avancés  dans  le  détroit.  Des  détachements, 
mis  à  terre,  ont  achevé  de  détruire  quatre  forts  ;  un 
fort  turc  a  sauté  avec  sa  garnison. 

Les  sous-marins  al!em;!nds  laissent  passer  les  paque- 
bots hollandais. 

Samedi  27  février.  —  Les  Français  prennent  le 
fortin  de  Beauséjour  en  Champagne  (détails  dans  le 
Figaro,  12  mars). 

Au  bois  de  Malancourt,  les  Allemands  aspergent  une 
tranchée  française  avec  un  liquide  enflammé. 

^  iolenfs  combats  sur  la  rive  gauche  du  Niémen. 


38  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

En  Galicie  orientale,  les  Russes  font  4-ooo  prison- 
niers. Ils  reprennent  l'offensive  en  Bukovine, 

Il  y  a  5o.ooo  Turcs  sur  la  côte  d'Europe,  i5.ooo  sur 
la  côte  d'Asie. 

Le  Dacia  a  été  arrêté  par  la  croisière  française  et 
conduit  à  Brest. 

La  Stampa  écrit  :  «  La  mobilisation  des  esprits  abou- 
tira, en  temps  opportun,  à  la  mol^ilisation  de  l'armée.  » 

Dimanche  28  février.  —  Les  Allemands  creusent 
des  tranchées  minées  autour  d'Anvers.  Ils  bombardent 
de  nouveau  Soissons  et  la  cathédrale  de  Reims. 

Les  Français  progressent  au  nord  et  au  nord-ouest  de 
Perthes  ;  ils  ont  fait,  depuis  le  lo,  i.ooo  prisonniers. 

Les  Allemands  sont  en  pleine  retraite  à  l'ouest  de 
la  Narev.  La  grande  attaque  sur  Varsovie  a  échoué. 

Les  Russes  occupent  le  fort  de  Khopa  (Caucase). 

L'Angleterre  déclare  le  blocus  des  côtes  allemandes 
de  l'Afrique  du  Sud. 

La  Norvège  interdit  l'exportation  du  cuivre. 

Un  ordre  allemand  enjoint  de  ménager  les  munitions. 

Il  est  désormais  interdit,  en  Allemagne,  de  publier 
les  cours  de  Bourse  et  le  taux  du  change. 

Lloyd  Georges,  parlant  à  Bangor,  dit  que  les  armes 
manquent  à  l'Angleterre  plus  que  les  armées  et  incri- 
mine l'abus  des  boissons. 

((  On  a  comparé  les  armées  formidables  de  nos  alliés 
au  rouleau  compresseur,  et  l'on  a  eu  raison.  Il  est  bien 
dans  l'allure  habituelle  du  rouleau  compresseur  d'aller 
tantôt  en  avant,  tantôt  en  arrière,  et  d'écraser  aussi 
bien  dans  un  sens  que  dans  l'autre.  »  (Zurlinden, 
France  de  Demain,  i^'  mars.) 

Sébastien  Herscher,  archevêque  de  Laodicée,  écrit 
dans  le  même  journal  :  «  Un  aumônier  militaire  alle- 
mand, haut  gradé  et  religieux  d'un  ordre  qui  passe 
pour  le  défenseur  incorruptible  du  dogme,  a  eu,  il  y  a 
quelques  jours,  l'occasion  de  causer  en  Belgique  avec 
un  supérieur  de  communauté  française.  Celui-ci  de- 
manda à  l'aumônier  comment  il  se  fait  que  l'Allemagne 
ait  déchaîné  une  guerre  aussi  monstrueuse.  L'aumônier 


CHRONOLOGIE    DE    LA    CxUERRE  39 

a  répondu  :  c(  L'Allemagne  a  eu  raison.  Vous  enseignez 
en  théologie  qu'un  pauvre,  exposé-  à  mourir  de  faim,  a 
le  droit  de  prendre  un  pain  là  où  il  le  trouve.  Eh  bien  ! 
l'Allemagne  a  été  réduite,  en  raison  de  sa  population,  à 
une  situation  telle  qu'elle  avait  besoin  de  territoires 
nouveaux  pour  vivre.  Elle  a  usé  d'un  droit  primordial 
que  vous  ne  sauriez  contester.  » 


MARS 


Lundi  i^''  mars.  —  Encore  5o  obus  sur  Reims. 

Progrès  français  entre  Pcrthes  et  Beauséjour  ;  l'attaque 
de  la  Garde  allemande  a  été  repoussée. 

Les  Allemands  disent  avoir  repoussé  en  Champagne 
les  attaques  de  plusieurs  corps  français,  cinq  attaques 
entre  l'est  de  l'Argonne  et  Vauquois  et  plusieurs  attaques 
à  Badonviller. 

Dans  le  communiqué  de  ce  jour,  les  Allemands  disent 
que  les  Français  ont  employé  «  de  nouveau,  comme  il  y 
a  quelques  mois  »,  des  obus  qui  explosent  en  émettant 
des  gaz  malodorants  et  asphyxiants,  mais  sans  causer  de 
dommages. 

Les  Russes  avancent  vers  la  Prusse  orientale  ;  une 
brigade  de  cavalerie  a  percé  le  centre  allemand  à 
Krasno-Sely. 

Les  Russes  menacent  le  liane  nord  des  positions  alle- 
mandes pour  les  obliger  k  se  retirer  sur  le  Niémen. 

Les  Allemands  disent  avoir  repoussé  les  Russes  au 
nord  de  Lomza  et  au  nord-ouest  d'Ostrolenka. 

On  considère  comme  terminées  les  opérations  dans 
la  région  de  Prasnych  ;  deux  corps  allemands,  battus, 
regagnent  la  frontière. 

Les  Allemands  avouent  avoir  reperdu  Prasnych, 
niais  disent  avoir  repoussé  les  Russes  au  nord-ouest  de 
(liodno, 


40  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Du  27  février  au  i"  mars,  vaines  attaques  autrichien- 
nes dans  les  Carpatlfes  entre  l'Ondava  (bassin  du  Da- 
nube) et  le  San.  Cette  offensive  a  été  repous.sée  avec 
de  grosses  pertes. 

Les  Russes  marchent  sur  Czernovitz,  occupant  Sa- 
d agora. 

Le  général  Pau  arrive  à  Petrograd. 

A  Londres,  on  a  coté  le  3  °/o  allemand  à  53  ;  à  Ams- 
terdam, le  mark  perd  i4  °/o. 

La  Gazette  de  Francfort  proteste  contre  les  doctrines 
de  haine  et  déclare  absurde  la  formule  de  salutation  : 
«  Dieu  punisse  l'Angleterre  !  »  Ce  n'est  qu'une  vulgaire 
pose  théâtrale,  pire  que  ridicule. 

Le  socialiste  Wolfgang  Heine  a  dit  à  Stuttgart  :  «  Si 
l'industrie  allemande  était  détruite,  les  travailleurs 
souffriraient  comme  les  patrons  et  même  beaucoup  plus 
qu'eux.  Le  travailleur  allemand  sait  plus  que  jamais 
que  le  sort  de  la  patrie  est  son  propre  sort.  »  (Le  Temps, 
2  mars.) 

<<;  De  part  et  d'autre,  les  professeurs  ont  joué  un  rôle 
fâcheux  dans  la  grande  guerre.  Les  professeurs  alle- 
mands, bien  rétribués  par  l'État,  se  sont  montrés  plus 
sanguinaires  que  l'État-major  lui-même.  Nos  professeurs 
anglais  qui,  au  début,  ont  épousé  avec  empressement  la 
cause  de  l'ennemi,  réclament  maintenant,  après  sept 
mois  d'une  guerre  sauvage,  une  paix  pleine  d  égards  et 
honorable  pour  les  violateurs  des  lois.  Heureusement, 
au  jour  de  la  signature  de  la  paix,  on  ne  demandera 
pas  l'avis  des  professeurs.  »  (Daily  Mail,  i"  mars.) 

Il  n'est  pas  vrai  que  les  Allemands  aient  tiré  4  ou 
5  corps  d'armée  de  leur  front  occidental  :  un  seul  corps, 
le  21*,  a  été  prélevé  sur  ce  front  le  27  janvier  et  rem- 
placé par  de  nouvelles  formations.  Les  renforts  de  Hin- 
denburg  ont  été  constitués  par  des  corps  nouveaux  (12= 
et  38')  et  par  3  corps  déplacés  du  front  oriental.  En 
somme,  l'armée  allemande  de  Mazurie  a  été  renforcée 
de  6  corps.  Les  Allemands  ont  sur  le  front  russe  3o  corps, 
plus  22  corps  autrichiens;  sur  le  front  français,  ils  ont 
47  corps  depuis  le  mois  de  décembre.  (Times.) 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  41 

Mardi  2  mars.  —  Une  note  franco-anglaise  aux 
neutres  déclare  répondre  au  blocus  sous-marin  des 
Allemands  par  le  blocus  de  l'Allemagne.  Tout  en  res- 
pectant la  vie  et  les  biens  des  neutres,  on  confisquera 
toute  marchandise  destinée  à  l'ennemi.  Asquith  dit  au 
Parlement  anglais  :  «  Je  déclare  à  notre  ennemi,  au 
nom  du  Gouvernement  et  de  la  Chambre  des  Commu- 
nes, qu'il  n'existe  pas  une  forme  de  pression  écono- 
mique k  laquelle  nous  n'estimions  pas  être  en  droit  de 
recourir.  » 

Le  Gouvernement  américain  demande  k  connaître 
les  moyens  que  la  France  et  l'Angleterre  comptent  em- 
ployer pour  intercepter  les  marchandises  présumées  de 
destination,  propriété  ou  provenance  ennemies. 

Fin  d'une  vive  action  engagée  le  i^'^par  les  Allemands 
pour  arrêter  les  Français  au  nord-ouest  de  Perthes. 
Nous  avons  fait  600  prisonniers. 

Les  Allemands  bombardent  Ossovetz  avec  des  obusiers 
géants,  creusant  des  entonnoirs  de  6  mètres  de  diamètre 
et  de  2  mètres  de  profondeur. 

Les  Russes  ont  fait  à  Prasnych  10.000  prisonniers, 
appartenant  à  quinze  régiments.  Les  trois  corps  alle- 
mands battus  se  retirent  sur  Mlava  et  Janovo.  Les 
Allemands  reculent  aussi  sur  Plock. 

Les  Autrichiens  ont  fait  des  pertes  énormes  en  atta- 
quant le  front  russe  à  Lupkov  en  colonnes  serrées,  pour 
dégager  Przemysl. 

Les  Russes  bombardent  Czernovitz. 

Reprise  du  bombardement  des  Dardanelles,  arrêté 
par  le  mauvais  temps;  52  navires  sont  entrés  dans  le 
détroit. 

Un  navire  de  la  ligne  Hollande-Amérique  est  torpillé 
à  Reachy  Head  et  rentre  avarié  à  Rotterdam. 

L'Autriche  a  organisé  une  «  semaine  des  métaux  i> 
[lendant  laquelle  seront  recueillis  tous  les  objets  en  métal, 
l'acier  excepté.  Le  Gouvernement  confisque  tous  les 
stocks  de  farine;  200  boulangeries  de  Vienne  ont  dû  fer- 
mer. 

Propos  entendu  à  Cologne  :  «  Nous  rendrons  les 
tranchées  ennemies  intenables  en  y  projetant  des  bom- 


42  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

])es remplies  d'une  dissolution  de  soufre  et  de  phosphore 
dans  le  sulfure  de  carbone.  C'est  ça  qui  brûle  joliment.  » 
{L'Information,  3  mars.) 

Mercredi  3  mars.  —  Nouveau  bombardement  de 
Reims. 

Les  Français  repoussent,  au  nord-est  de  Mesnil,  les 
attaques  de  deux  régiments  de  la  Garde. 

Les  Russes  reprennent  Stanislau. 

Une  escadrille  autrichienne  a  bom])ardé  Antivari, 
coulant  un  navire  chargé  de  vivres  ot  le  yacht  royal 
monténégrin. 

Aucun  navire  anglais  n'a  été  torpillé  entre  le  24  fé- 
vrier et  le  3  mars. 

Combat  à  Ghadir  dans  la  vallée  du  Tigre  ;  les  Turcs 
ont  le  dessous. 

Un  aviateur  français  fait  sauter  la  poudrière  de  Rolt- 
weil,  au  cours  d'un  raid  de  3oo  kilomètres. 

Un  grand  conseil  de  la  Couronne  est  convoqué  à 
Athènes. 

Le  général  Pau  estreçu  à  Tsarskoié-Sélo  par  Nicolas  IL 
«  Dans  la  guerre  déclarée  à  la  Prusse,  écrit  le  Novoïé 
Vrémia,  les  Russes  sont  aussi  décidés  que  les  Français 
et  les  Anglais  à  en  finir  avec  le  militarisme  prussien.  » 

Le  Temps  résume  un  article  de  Ludwig  Ganc[hofer 
(Nouvelles  de  Munich),  célébrant  le  pillage  organisé  des 
territoires  envahis  :  «  Le  total  des  profits  réalisés  par 
l'Allemagne  derrière  le  front  ouest  des  opérations  depuis 
le  commencement  de  la  guerre  peut  se  chiffrer  à  envi- 
ron 2  milliards.  » 

Jeudi  4  mars.  —  Dans  la  région  de  Stanislau,  de- 
puis le  21  février,  les  Russes  ont  pris  ig.ooo  hommes, 
5  canons,  62  mitrailleuses. 

Le  croiseur  russe  Askold  rejoint  la  flotte  alliée  dans 
les  Dardanelles. 

Un  sous-marin  allemand  est  coulé  près  de  Douvres  ; 
un  autre  est  canonné  dans  la  Manche. 

Les  Anglais  bombardent  Dikéli  et  Résika. 

L'autorité  militaire  interdit  à  Stuttgart  un  meeting 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  43 

de  socialistes  radicaux  qui  voulaient  prendre  parti  pour 
Liebknecht. 

Suivant  un  secrétaire  de  l'ambassade  de  Russie  à 
Rome,  la  Russie  a  4  millions  d'hommes  en  campagne  ; 
elle  en  aura  800.000  de  plus  en  avril.  Elle  fabrique 
20  millions  de  cartouches  et  Go. 000  projectiles  par 
jour.  Elle  détient  prisonniers  i5o.ooo  Allemands  et 
470.000  Austro-Hongrois. 

La  Neiie  Freie  Presse  dit  que  le  bombardement  des 
Dardanelles  est  l'événement  le  plus  grave  de  la  guerre, 
parce  qu'il  annonce  la  rupture  de  réqui]il)re  médi- 
terranéen au  profit  de  la  Triple  Entente. 

Vendredi  5  mars.  —  Les  Français  recommencent 
l'attaque  du  Hartmannswillerkopf,  tentée  infructueu- 
sement le  2G  février;  les  attaques  continuent  le  17  et 
le  28,  puis  le  24  et  le  26  mars  (relation  détaillée  dans 
la  Liberté  du  5  avril). 

Les  Allemands  concentrent  de  grandes  forces  entre 
Thorn  et  Mlava. 

Les  Russes  ont  traversé  la  Ristritza  au  sud,  à  l'ar- 
rière des  Autrichiens. 

Rombardement  des  forts  intérieurs  des  Dardanelles. 
Von  der  Goltz  demande  inutilement  à  l'Allemagne  un 
renfort  de  5o  officiers  allemands. 

Une  escadre  anglaise  bombarde  les  forts  de  Smyrne. 

Un  dirigeable  s'abat  a  Tirlemont  (17  moi'ts). 

Deuxième  conseil  de  la  Couronne  h  Athènes. 

La  vente  de  la  farine  est  interdite  à  Rerlin  les  ven- 
dredi, samedi  et  dimanche. 

Lovât  Fraser  écrit  {Daily  Mail)  que  si  la  victoire  doit 
être  difficile,  il  sera  plus  difficile  encore  d'établir  de  l'or- 
dre après.  Comment  fermer  la  Méditerranée  à  70  mil- 
lions d'Allemands  ?  Comment  mettre  les  Magyars  et  les 
Saxons  de  Transjdvanie  à  la  merci  des  Roumains  ? 
Comment  confiner  10  millions  de  Turcs  en  Asie-Mi- 
neure ? 

Samedi  6  mars.  —  La  réponse  allemande  à  la 
note  des  Etats-Unis  formule  des  prétentions  inaccep- 
tables comme  prix  de  la  cessation  du  blocus  sous-marin. 


44  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Allemands  accumulent  de  l'artillerie  lourde 
devant  les  lignes  ançjlaises  à  Ypres. 

Les  Allemands  résistent  aux  Russes  sur  le  Niémen  et 
entre  Mlava  et  Chorzele. 

Des  troupes  allemandes  sont  ramenées  de  Temcsvar 
en  Hongrie  vers  la  Prusse  orientale. 

Les  Autrichiens  attaquent  sans  succès  au  col  de  Lup- 
kov,  visant  Sanok.  En  général,  les  attaques  autrichien- 
nos  diminuent  d'intensité  dans  les  Carpathes,  où  un 
million  d'hommes  avaient  été  massés  pour  dégager 
Przemysl  et  reprendre  Lemberg. 

Le  Gouvernement  français  annonce  qu'un  corps  ex- 
péditionnaire est  en  formation  dans  l'Afrique  du  Nord. 

Les  familles  des  officiers  allemands  quittent  Cons- 
tantinople  pour  Bucharest. 

Le  Qaeen  Elisabeth,  embossé  dans  le  golfe  de  Saros, 
bombarde  indirectement  les  forts  de  la  côte  d'Asie  près 
de  Ghanak. 

Les  autorités  du  port  de  New- York  empêchent  le  dé- 
part clandestin  du  Vaterland  (ligne  Hambourg-Amé- 
rique) et  du  G.   Wasinngton  (Lloyd  allemand). 

Quatre  bateaux  norvégiens  ayant  été  coulés  par  les 
Allemands,  le  sentiment  public  est  très  excité  contre  eux 
on  Norvège. 

Depuis"  le  début  du  blocus,  les  Allemands  auraient 
perdu  sept  sous-marins. 

Le  roi  de  Grèce  s'opposant  à  l'entrée  en  action  de  la 
Grèce,  soi-disant  à  cause  d'inquiétudes  du  côté  de  la 
Bulgarie,  Venizelos  donne  sa  démission  et  Zaïmis  est 
chargé  de  former  un  cabinet. 

Le  colonel  Feyler,  dans  le  Journal  de  Genève,  met 
en  évidence  les  contradictions  des  bulletins  allemands 
et  français  sur  les  opérations  en  Champagne  depuis  le 
24  février. 

Dimanche  7  mars.  —  Un  très  vif  combat  a  com- 
mencé dans  les  dunes  à  l'ouest  d'Ostende. 

Il  y  a  douze  sous-marins  allemands  à  Zeobruggc, 
réparé  et  fortifié. 

Les  Allemands  se  retirent  à  travers  les  forêts  d'Au- 
gustov. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  45 

Les  Autrichiens  continuent  à  attaquer  vers  Baligrod. 

Six  avions  anglais  bombardent  Ostende. 

Au  Gap,  le  colonel  Van  Deventer  annonce  la  prise  du 
camp  rebelle  de  Nabas. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  1.002. 212  hommes, 
comprenant  6.000  officiers  tués. 

Lundi  8  mars.  —  Violents  combats  sur  le  front, 
du  Niémen  à  la  Vistule. 

Les  Allemands  attaquent  sur  la  rive  droite  de  la 
Pilitza,  au  nord  d'Opozuo. 

Le  bombardement  d'Ossovetz  a  repris. 

Les  Autrichiens  massent  des  troupes  sur  les  fronts 
de  Grahovo  et  de  la  Drina.  Les  Monténégrins  bombar- 
dent Fotcha,  en  territoire  autrichien. 

La  flotte  russe  de  la  Mer  Noire  bombarde  Héraclée 
el  les  localités  voisines,  détruisant  les  édifices  et  han- 
girs  qui  servent  à  la  manipulation  de  la  houille. 

Salandra,  parlant  à  Gaëte,  dit  que  l'Italie  met  toute 
son  espérance  en  son  armée.  Il  a  eu  une  entrevue  avec 
Giolitti  ;  on  dit  qu'ils  sont  d'accord. 

Zaïmis  ayant  renoncé  à  former  un  cabinet,  ce  soin 
a  été  i-emis  à  Gounaris,  député  de  Patras. 

De  Rome  à  V Information  :  c(  Le  recul  du  roi  Cons- 
tantin débarrasse  des  points  noirs  l'horizon  du  Dodéca- 
nèse  et  facilite  à  la  nouvelle  Italie  sa  pénétration  future 
en  Asie  Mineure.  » 

Dans  un  conseil  de  la  Couronne  tenu  à  Vienne, 
l'Empereur  accepte  le  principe  d'une  rectification  de 
frontière  en  faveur  de  l'Italie. 

L'Angleterre  concède  que  le  coton  américain  assuré 
ou  consigné  avant  le  2  mars  pourra  être  introduit  en 
Allemagne,  ou  qu'il  sera  acheté  par  l'Angleterre  à  sa 
valeur. 

Entrée  en  campagne  avec  6  divisions  d'infanterie  et 
I  de  cavalerie,  l'armée  belge  compte  aujourd'hui 
G  divisions  d'infanterie  et  2  de  cavalerie.  {O/Jiciel.) 

Mardi  9  mars.  —  Vive  attaque  allemande  à  Notrc- 
Damc-de-Lorettc  (ouest  de  Lens). 


46  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Par  suite  du  bombardement  d'Héraclée,  Constan- 
tinople  commence  à  manquer  de  charbon. 

Les  Russes  avancent  au  delà  du  Tchorokh  et  vers 
l'Azerbeidjan.  Leurs  opérations  sont  facilitées  par 
l'attaque  des  Dardanelles,  qui  détourne  vers  l'ouest 
les  troupes  d'Erzeroum. 

On  dit  que  l'Allemagne  a  perdu  dix  sous-marins. 

Après  de  longues  hésitations,  Burian  consent  à  traiter 
au  sujet  des  compensations  réclamées  par  l'Italie. 

Le  dernier  contingent  canadien  débarque  en  Angle- 
terre. 

Le  Parlement  anglais  adopte  une  loi  donnant  au 
Gouvernement  le  droit  de  réquisitionner  des  usines  et 
de  les  utiliser  pour  la  fabrication  des  munitions. 

Mercredi  10  mars.  —  Les  Etats-Unis  envoient  une 
nouvelle  note  à  la  France  et  à  l'Angleterre,  expo.sant 
leurs  objections  à  un  blocus  non  régulier. 

Les  Anglais  s'emparent  de  Neuve-Chapelle,  entre  la 
L;i^s  et  le  canal  de  La  Bassée,  à  l'est  de  la  route  d'Es- 
taires  ;  ils  font  i  .000  prisonniers  (détails  dans  la.  Liberté, 
i5  mars). 

Les  Russes  refoulent  les  Allemands  à  l'ouest  de 
Grodno  et  au  delà  du  Niémen. 

Les  Allemands  commencent  une  offensive  violente 
dans  le  nord  de  la  Pologne,  partant  de  Chorzele. 

Constantinople  est  défenclu  par  trois  corps  turcs  ; 
deux  autres  viennent  de  Syrie,  où  les  Turcs  continuent 
k  construire  une  voie  ferrée  vers  l'Egypte. 

Le  croiseur  auxiliaire  Prinz- Eitel- Friedrich  est 
arrivé  k  Newport-Nev^'s,  après  avoir  coulé  plusieurs 
navires,  entre  autres  l'américain  William  P.  Fnje.  Le 
croiseur  est  avarié. 

Du  18  février  (commencement  du  blocus)  au  10  mars, 
l'Angleterre  a  perdu  i5  navires,  dont  11  coulés  par  des 
sous-marins.  En  revanche,  du  2/4  février  au  10  mars, 
4.412  navires  sont  entrés  dans  les  ports  anglais  et  en 
sont  sortis. 

Le  cabinet  Gounaris  sera  neutre,  avec  sympathie 
pour  l'Entente. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  47 

On  raconte  qu'on  a  saisi  à  Venise  des  fusils  français 
expédiés  par  des  Allemands  en  Tripolitaine  et  cachés 
dans  des  tonneaux.  Cette  manœuvre,  destinée  à  brouiller 
l'Italie  avec  la  France,  est  jugée  sévèrement  à  Rome 
{Liberté,  i5  mars). 

Au  Reichstag,  réuni  après  trois  mois  de  vacances, 
Betlimann-Hollweg  a  parlé  du  mur  de  fer  que  l'Alle- 
magne oppose  à.  ses  ennemis. 

On  commence  à  distribuer  k  Berlin  des  bons  de 
pommes  de  terre,  pei'mettant  d'en  acheter  Go  kilos  par 
semaine  dans  les  magasins  publics. 

La  Chambre  des  Communes  a  voté  à  l'unanimité  la 
proposition  de  Llojd  Georges,  tendant  à  convertir  les 
usines  en  fabriques  de  munitions. 

La  Bourse  de  Londres  croit  maintenant  que  l'Alle- 
magne demandera  la  paix  avant  la  fin  de  l'été. 

Le  bruit  ayant  couru  à  New- York  que  l'Allemagne 
faisait  des  propositions  de  paix,  le  blé  a  baissé  de  4  cents 
à  Chicago. 

On  prétend  à  Copenhague  que  les  éléphants  de 
HagenÉeck  sont  employés  près  de  Valenciennes  à  la 
réparation  des  routes. 

V Arbeiler-Zeilung  de  Vienne  fait  savoir  que,  depuis 
un  mois,  la  Hongrie  a  défendu  toute  exportation  de  blé 
en  Autriche,  où  l'on  a  besoin  de  cmq  millions  de 
quintaux  jusqu'à  la  récolte.  Le  journal  demande  que 
les  ressources  de  l'Autriche  et  de  la  Hongrie  soient 
mises  en  commun  ;  l'attitude  de  la  Hongrie  éveille  en 
Autriche  le  soupçon  qu'elle  cherche  k  conclure  une  paix 
séparée. 

Jusqu'au  3o  janvier,  l'armée  russe  a  réparé  ses  pertes 
(1.600.000  hommes),  sans  toucher  encore  aux  classes 
1897-1902. 

Jeudi  11  mars.  —  Une  escadrille  anglaise  a  bom- 
bardé Westende. 

Les  Anglais  continuent  k  progresser  vers  Neuve- 
Chapelle  et  occupent  l'Épinette,  k  2  milles  vers  l'est  d'Ar- 
mentières.  Les  Allemands  bombardent  Neuve-Chapelle. 

D'après  un  communiqué  officiel,   qui  marque  la  fin 


48  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

de  l'offensive  en  Champagne,  les  Français  y  ont  gagné, 
depuis  le  iG  février,  2-3  Kilomètres  de  profondeur  sur 
un  front  de  7  kilomètres.  En  revanche,  les  Allemands 
affirment  que  six  corps  français  n'ont  pu  obtenir  aucun 
succès  contre  deux  divisions  rhénanes  (le  communiqué 
français  établit  que  les  Allemands  avaient  amené  4-5 
corps).  Alors  que  les  Allemands  prétendent  que  nous 
aurions  perdu  44-ooo  hommes  et  eux-mêmes  le  quart  de 
ce  chiffre,  le  communiqué  français  dit  qu'on  a  compté 
sur  le  terrain  près  de  10.000  morts  allemands  et  qu'on 
a  fait  2.000  prisonniers.  Nous  aurions  eu  c(  des  pertes 
relativement  faibles  et  très  peu  de  prisonniers  ». 

Le  communiqué  russe  du  12  dit  que  l'offensive 
allemande  sur  Prasnych  est  contenue  ;  il  marque  des 
succès  à  Lupkov  et  a  Smolnik,  villages  enlevés  à  la 
droite  autrichienne  avec  beaucoup  d'artillerie,  l\.ooo 
prisonniers,  70  officiers,  etc. 

A  Niezviska,  au  sud-est  de  Stanislau,  les  Cosaques 
du  Don  ont  détruit  trois  escadrons  de  hussards  prussiens. 

Le  croiseur  auxiliaire  anglais  Bayona  est  coulé  par 
une  torpille  en  vue  de  la  côte  d'Ecosse. 

Un  grand  sous-marin  allemand  torpille  cinq  navires 
près  de  Land's  End. 

La  commission  instituée  en  vue  de  constater  les  actes 
commis  par  les  Allemands  en  violation  du  droit  des 
gens,  a  interrogé  près  de  3oo  des  10.000  Français 
renvoyés  d'Allemagne  avant  le  28  février.  Le  traitement 
infligé  aux  prisonniers  civils  a  été  atroce  ;  les  Suisses, 
tant  romands  que  germaniques,  les  ont  reçus  avec 
beaucoup  de  bonté. 

Le  Temps  du  12  publie  le  résumé  d'une  brochure 
allemande  parue  eu  191 1  sous  le  pseudonyme  de 
Tannenberg.  c<  Il  en  ressort  que  l'augmentation  excessive 
de  la  population  en  Allemagne  a  été  la  vraie  cause  du 
renouveau  d'espiùt  belliqueux.  Le  traité  proposé,  après 
défaite  de  la  France,  représente  les  idées  du  Wehrve- 
reiii,  qui  compte  190.000  adhérents.  La  France  cède  les 
départements  des  Vosges,  de  Meurthe-et-Moselle,  de  la 
Meuse,  àas  Ardennes,  pays  qui  prend  le  nom  de 
Westfranken  ;  les  habitants  de  ce  pays  sont  transférés 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  49 

ailleurs  par  la  France  et  remplacés  par  des  Allemands. 
La  Hollande  et  la  Belgique  entrent  dans  l'Empire 
allemand,  avec  leurs  colonies.  Les  Wallons  de  Belgique 
sont  établis  ailleurs  par  les  soins  de  la  France  et  rem- 

f)lacés  par  des  Allemands.  La  France  cède  à  l'Allemagne 
es  titres  russes  qu'elle  possède  et  paie,  en  outre, 
35  milliards  de  marks.  La  flotte  française  passe  à 
l'Allemagne,  ainsi  que  toutes  les  colonies,  sauf  l'Algérie. 
Ainsi  c(  nous  aurons  enfin  la  paix  ;  nous  pourrons 
poursuivre  notre  développement  pacifique  et  nous 
trouver  très  bien  de  notre  système  de  six  enfants  ».  Cela 
devait  s'appeler  le  traité  de  Bruxelles  en  douze  articles; 
l'auteur  ne  prévoyait  rien  au  sujet  de  la  Russie  et  de 
l'Angleterre.  «  Que  l'on  rapproche  ces  clauses  de  ce 
qui  s'est  passé  depuis  sept  mois  :  invasion  de  la  Belgique 
et  du  Luxembourg,  saisie  d'argent  et  de  marchandises, 
dévastations  systématiques  pour  faire  fuir  les  popu- 
lations et  ruiner  les  industries,  confiscation,  pillage  et 
vente  des  biens  des  absents.  On  jugera  que  les  idées  de 
Tannenberg  sont  celles  qui  ont  guidé  la  guerre  ac- 
tuelle. »  (Dampierre.) 

Vendredi  i2  mars.  —  Les  Anglais  ont  avancé  vers 
Aubers,  prenant  i.ooo  soldats  et  des  mitrailleuses. 

Les  généraux  Maunoury  et  de  Villaret  sont  griève- 
ments  blessés  en  inspectant  une  tranchée  près  de 
Soissons. 

Le  quartier  général  allemand  aurait  quitté  Lille  pour 
Gourtrai. 

Les  Russes  repoussent  les  Allemands  près  d'Augus- 
tov  et  se  concentrent  dans  la  région  de  Lipsk.  L'artil- 
lerie d'Ossovetz  continue  à  bien  répondre.  L'offensive 
allemande  dans  la  région  de  la  rivière  Orsicz  ne  réussit 
pas.  Les  Allemands  s'approchent  du  nord  de  Prasnych, 
jiiais  sont  repoussés  à  i.5oo  pas  des  tranchées  russes, 
aUandonnant  les  leurs,  avec  armes  et  munitions. 

Les  Allemands  ont  plus  de  dix  corps  en  arrière  du 
liNjut  Ghorzele-Mlava  et  semblent  faire  de  Thorn  le 
I  (Mitre  d'une  nouvelle  opération  en  masse. 

Une   partie    du    corps    expéditionnaire    réuni    dans 

68.    CHRONOLOGIE   DE   LA    GUERRE  4 


50  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

l'Afrique  du  Nord  est  en  route  pour  le  Levant  où  elle 
rejoindra  les  contingents  anglais  venus  d'Egypte. 

L'Allemagne  aurait  perdu  douze  sous-marins,  dont 
huit  des  types  les  plus  récents. 

Par  l'entremise  du  prince  de  Bûlow,  l'Allemagne 
offre  à  l'Italie  des  compensations  territoriales  aux  dé- 
pens de  l'Autriche,  pour  prix  de  sa  neutralité. 

Les  ministres  italiens  se  contentent  de  prendre  note 
des  offres  de  Bûlow,  qui  reconnaissent  la  légitimité  de 
l'irrédentisme  italien. 

Le  chitï're  d'émission  des  Bons  de  la  Défense  atteint 
3  milliards  8G2  millions. 

Samedi  13  mars.  —  Hindenburg  livre  une  qua- 
trième Ijataille  pour  Varsovie  â'vec  onze  corps  rassem- 
blés entre  Mlava  et  Prasnych,  sur  les  deux  rives  de 
rOrsicz,  Le  sol  étant  gelé,  on  ne  peut  construire  de 
tranchées. 

Nicolas  II  est  parti  pour  le  front  de  Pologne. 

Le  tir  indirect  du  Qaeen  Elisabeth  atteint  les  ca- 
sernes de  Gallipoli. 

Beaucoup  de  familles  turques  de  Constantinople  se 
réfugient  à  Brousse  et  à  Koniah. 

Le  territoire  persan  est  débarrassé  des  bandes  turques 
et  kurdes,  vaincues  à  Dilman. 

Les  Allemands  ont  détruit  jusqu'à  présent  120  na- 
vires alliés  dont  m  vapeurs,  4  croiseurs  auxiliaires  et 
8  balayeurs  de  mines. 

Romanos,  ministre  de  Grèce,  s'est  rendu  au  quai 
d'Orsay  pour  protester  des  sentiments  inaltérés  de  la 
Grèce  à  l'égara  de  la  France. 

Dimanche  i4  mars.  —  L'artillerie  belge  détruit 
un  point  d'appui  organisé  par  les  Allemands  dans  le 
cimetière  de  Dixmude. 

Les  Anglais  repoussent  les  contre-attaques  allemandes 
sur  Neuve-Chapelle  et  bombardent  les  forts  de  Lille. 
Ils  ont  fait  1.720  prisonniers  et  mis  10.000  hommes  hors 
de  combat.  Un  ordre  du  prince  Ruprecht  de  Bavière 
au  VIP  corps  avoue  le  succès  des  Anglais,  qui,  avec 
43  bataillons,  ont  fait  brèche  dans  les  lignes  allemandes. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  51 

Les  Allemands  bombardent  la  cathédrale  de  Soîssons. 

Les  Français  occupent  Emberménil  (Lorraine). 

Le  croiseur  anglais  Amel/tr/st  pénètre  jusqu'à  Nagara, 
mais  est  frappé  de  trois  obus  qui  tuent  28  hommes. 

Un  journal  italien  appelle  l'Italie,  la  Roumanie  et  la 
Grèce  «  puissances  de  la  Triple  Attente  ». 

Lundi  15  mars.  —  L'Allemagne  a  exprimé  ses  re- 
grets aux  Etats-Unis  au  sujet  de  la  destruction  du 
W.  P.  Frye  et  a  promis  une  indemnité  au  possesseur. 

Attaqués  au  sud  d'Ypres,  les  Anglais  perdent  et  puis 
reprennent  Saint-Eloi. 

Progrès  français  à  Notre-Dame-de-Lorette,  au  nord- 
est  de  Souain  et  de  Perthes,  à  l'ouest  de  Vauquois  ; 
perte  de  tranchées  minées  au  bois  Le  Prêtre. 

L'aile  gauche  russe  repousse  les  Allemands  vers  la 
Prusse. 

Vif  combat  à  Przemysl  ;  les  Russes  enlèvent  des  hau- 
teurs au  nord. 

Tempête   de   neige  dans  les  Carpathes  ;   les  Russes 

Prennent  2.5oo  Autrichiens  vers  Smolnik  et  2.000   à 
est  de  la  voie  Stanislau — Koloma. 
Trois  navires  allemands  sont  coulés  par  des  mines 
dans  la  Baltique. 

Mardi  16  mars.  —  Sir  Edouard  Grey  fait  savoir 
à  l'ambassadeur  américain  à  Londres  que  les  Etats-Unis 
pourront  commercer  librement  avec  les  neutres,  sous  la 
réserve  que  rien  dans  ce  qui  sera  transité  ne  doit  tou- 
cher l'Allemagne. 

Le  croiseur  allemand  Dresden  a  été  coulé,  près  de 
l'île  Juan  Fernandez,  par  trois  croiseurs  anglais. 

Des  colis  postaux  de  farine  sont  envoyés  des  Etats- 
Unis  en  Allemagne. 

Mercredi  17  mars.  —  Les  Russes  rentrent  dans 
la  Prusse  orientale  du  côté  de  Tauroggen. 

Les  Autrichiens,  renforcés,  reprennent  l'offensive  en 
Bukovine  et  essaient  de  passer  le  Pruth. 

Jeudi  18  mars.  —  Après  une   lutte  ardente,   les 


52  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Français  prennent  l'éperon  de  Notre-Dame-de-Lorette 
(récit  officiel  dans  les  jonrnaux  dn  25). 

Les  Français  attaquent  pour  la  seconde  fois  aux 
Éparges. 

Les  Russes  pénétrent  dans  Memcl,  en  sont  chassés  par 
la  population  qui  aide  les  troupes,  puis  y  rentrent,  sans 
molester  les  habitants. 

Entrées  à  8  heures  du  matin  dans  les  Dardanelles,  les 
escadres  alliées  subissent  des  pertes  graves  par  suite  de 
mines  flottantes.  Le  Bouvet  est  coulé  avec  presque  tout 
son  équipage  ;  le  Gaulois  est  endommagé  ;  les  cuirassés 
anglais  Irrésistible  et  Océan  coulent.  La  ville  de  Dar- 
danelles est  en  flammes. 

Un  dirigeable  tue  sept  cheminots  en  gare  de  Calais. 

Le  Gouvernement  anglais  a  les  preuves  de  tentatives 
faites  par  les  consuls  allemands  en  Perse  pour  ouvrir 
ce  paj'^s  à  une  invasion  turque  et  provoquer  un  soulè- 
vement dans  les  troupes  indiennes  de  la  frontière. 

La  Roumanie  appelle  sept  classes  (i  909-1 91 5). 

La  Rulgarie  commande  Soo.ooo  fusils  en  Italie  et 
adresse  à  la  Turquie  une  note  menaçante. 

Vendredi  19  mars.  —  Les  Russes  avancent  sur 
Tilsit. 

Les  Autrichiens  tentent  une  sortie  de  Przemysl,  après 
un  bombardement  destiné,  semble-t-il,  à  épuiser  leurs 
munitions.  Les  Russes  font  3. 000  prisonniers, 

La  flotte  russe,  s'approchant  du  Bosphore,  provoque 
une  panique  à  Constantinople. 

Le  général  Pau  passe  par  Varsovie,  se  rendant  au 
front  russe. 

A  Berlin,  devant  le  palais,  deux  ou  trois  mille  femmes 
demandent  c(  la  paix  et  du  pain  ». 

Samedi  20  mars.  —  Les  Russes  sont  chassés  de 
Memel  et  battent  en  retraite,  poursuivis  (le  22  et  le  28) 
par  le  feu  des  croiseurs  allemands. 

Dans  les  Garpathes,  près  de  Smolnik,  les  Russes  font 
2.400  prisonniers. 

Tempête  dans  les  Dardanelles. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUEURE  bô 

Le  fjénéral  Botha  a  défait  une  troupe  allemande  dans 
l'Ouest  africain. 

4o.ooo  Autrichiens  sont  arrivés  à  Tri  este. 

L'attaché  militaire  italien  quitte  Vienne  pour  Rome. 

La  situation  est  très  tendue  entre  la  Chine  et  le  Japon. 

Au  Reichstag,  Ledebur  se  fait  huer  en  déclarant  que 
l'Alsace-Lorraine  devrait  être  française.  Il  a  aussi 
reproché  aux  autorités  militaires  de  faire  brûler  trois 
villages  russes  par  chaque  village  allemand  incendié  : 
«  C'est  de  la  barbarie  !  »  a  crié  Liebknecht,  au  milieu 
de  cris  contraires  de  «  Trahison  !  »  Le  budget  a  été  voté 
à  l'unanimité,  moins  la  voix  de  Liebknecht. 

Dimanche  21  mars.  —  Les  Allemands  ont  lancé 
des  obus  sur  la  cathédrale  de  Soissons  et  sur  Reims, 
ainsi  que  sur  l'hôpital  civil  d'Albert. 

L'attaque  de  l'artillerie  allemande  sur  Ossovetz  a 
échoué  ;  un  des  gros  mortiers,  endommagé  par  le  feu 
russe,  a  dû  être  abandonné. 

Vers  2  heures  du  matin,  des  dirigeables  ont  lancé  des 
bombes  sur  Paris  et  la  banlieue  ;  l'un  d'eux  paraît  avoir 
été  atteint.  Il  y  a  peu  de  dégâts. 

Les  trois  quarts  de  la  Pologne  ont  souffert  de  l'inva- 
sion :  90  villes  ou  bourgades  ont  été  anéanties,  4-5oo 
villages  détruits  (sur  27.000),  i.ooo  brûlés.  Les  pertes 
sont  évaluées  à  2  milliards  5oo  millions. 

Lundi  22  mars.  —  Przemj^sl  a  capitulé,  livrant 
aux  Russes  9  généraux,  98  officiers  d'état-major, 
2.5oo  officiers  et  fonctionnaires,  116.000  hommes  (dont 
20.000  blessés  et  3. 000  malades),  goo  canons.  On  dit 
que  trois  corps  russes  vont  devenir  libres  pour  attaquer 
la  Hongrie. 

Les  alliés  ont  débarqué  à  Ténédos  3o.ooo  hommes, 
amenés  par  l\o  vapeurs. 

Le  Parlement  italien  s'ajourne  au  11  mai. 

Sir  Edward  Grey  dit  a  Bechstein  Hall  :  «  Voici  la 
quatrième  fois  que  la  Prusse  est  partie  en  guerre  contre 
l'Europe;  nous  avons  décidé  que  ce  serait  la  dernière.  » 

La  Gazette  de  la  Croix  écrit  :  c(  Nous  sojTimes  assez 
honnêtes  pour  admettre  que  la  prise  de  Przemysl  est 


54  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

mi  coup  douloureux  porté  à  l'aile  droite  de  notre  front 
commua.  » 

Mardi  23  mars.  —  L'artillerie  française  arrête  un 
nouveau  ]>ombardement  de  Soissons,  Les  Allemands 
liombardent  de  nouveau  Reims  et  attaquent  à  Vauquois 
avec  dugondron  enflammé. 

Il  n'v  a  plus  de  Russes  en  Prusse  orientale. 

Reprise  du  bombardement  des  Dardanelles;  trois 
cuirassés  protègent  les  balayeurs  de  mines. 

Les  Anglais  mettent  on  fuite  une  force  turque  venue 
en  douze  jours  de  Bir  el  Maba  à  Suez. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  1.078.467  hommes. 

Le  Vorioserts  déclare  qu'une  enquête  officielle  a  éta- 
l)li  l'inexistence  des  atrocités  reprochées  aux  Russes 
dans  la  Prusse  orientale. 

Mercredi  24  mars.  —  Les  Russes  ont  remporté 
des  succès  vers  Bartfeld,  k  L'zsok  et  vers  Lupkov.  Dans 
la  journée  du  22,  ils  ont  fait  5. 600  prisonniers.  Depui> 
le  21  janvier,  ils  ont  pris  280.000  hommes  (y  compris 
la  garnison  de  Przemysl). 

Des  avions  anglais  bombardent  les  sous-marins  alle- 
mands à  Hoboken  près  d'Anvers. 

Le  Chili  proteste  auprès  de  l'Angleterre  et  de  l'Alle- 
magne contre  la  violation  de  la  neutralité  chilienne  lors 
de  la  bataille  du  i4  mars  dans  les  eaux  de  l'île  Juan 
Fernandez. 

On  assure  que  des  barricades  ont  été  commencées  à 
Vienne,  le  24  et  le  25,  daas  les  quartiers  populeux  de 
iNIariahilf  et  de  Josephstadt. 

Jeudi  25  mars.  —  Malgré  les  renforts  arrivés  aux 
Autrichiens,  les  Russes  progressent  et  font  1.700  pri- 
sonniers sur  le  front  Bartfeld — Uzsok. 

Depuis  le  28  mars,  le  front  russe  a  avancé  de  45  ki- 
lomètres dans  le  comté  de  Saros  et  de  29  sur  d'autres 
points  des  Carpathes.  Les  Russes  tiennent  toutes  les 
positions  importantes  du  col  de  Dukla. 

Le  sous-marin  allemand  U  2g,  qui  avait  coulé  trois 
croiseurs  anglais,  a  été  coulé  à  son  tour,  avec  tout 
son  équipage. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  55 

Le  vapeur  hollandais  Medea  est  coulé  au  large  de 
Beachy  Head  par  un  sous-marin  allemand. 

Von  der  Goltz  s'est  rendu  à  Solia,  Liman  von  Sanders 
à  Berlin. 

Le  maréchal  French  dit  à  un  journaliste  :  «  Je  n'ai 
jamais  été  si  confiant  dans  la  victoire...  La  conduite  des 
Allemands  a  varié  suivant  que  le  commandement  a  ap- 
prouvé ou  non  les  excès  commis  par  les  soldats...  Les 
Français,  homme  pour  homme,  valent  plus  que  les 
Allemands.  » 

Vendredi  26  mars.  —  Nouveau  bombardement 
d'Arras. 

Après  plusieurs  jours  de  combat,  les  Français  s'em- 
parent du  sommet  de  l'Hartmannswillerkopf,  faisant 
4oo  prisonniers. 

Au  cours  d'un  bombardement  exécuté  par  des  avions 
anglais,  le  hangar  à  dirigeables  de  Berchem-Sainte- 
Agathe  a  été  endommagé  et  les  chantiers  de  Hoboken 
incendiés  (deux  sous-marins  détruits,  un  troisième 
avarié  j. 

Les  Anglais  sont  vainqueurs  des  rebelles  près  de 
Simla  et  leur  tuent  200  hommes. 

Un  député  socialiste  qui  a  visité  Memel  dit  que  les 
Russes,  bien  que  combattus  par  les  civils,  n'y  ont  détruit 
aucune  maison. 

Samedi  21  mars.  —  Troisième  attaque  française 
des  Éparges. 

Les  Russes  repoussent  l'offensive  allemande  au  delà 
du  Niémen. 

Depuis  le  18  février,  l'Angleterre  a  perdu  26  navires 
de  commerce  (99  depuis  le  début  de  la  guerre). 

Le  corps  de  débarquement  de  YEmden  arrive  au  port 
de  Lidda,  ayant  parcouru  les  3oo  milles  qui  séparent 
Hodeïda  de  Lidda  et  éprouvé  des  pertes  par  suite 
d'une  attaque  des  Arabes. 

La  Russie  détient  600.000  Austro-Hongrois. 

Le  Tarj,  journal  conservateur  de  Berlin,  énuuière  et 
déplore  les  faux  calculs  de  la  politique  allemande  : 
«  Ceux  qui  nous  ont  conduits  à  toutes  ces  erreurs,  k 


56  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUEIVKE 

toutes  ces  grossières  méprises  sur  nos  voisins,  ont  au- 
jourd'hui une  lourde  responsabilité.  » 

Dimanche  28  mars.  —  Un  détachement  autrichien, 
parti  de  Czernovitz,  a  envahi  la  Bessarabie  vers  Chotin. 

Reprise,  par  tir  indirect  depuis  le  golfe  de  Saros,  du 
bombardement  des  Dardanelles. 

La  flotte  russe  bombarde  les  forts  du  Bosphore. 

Sur  le  front  de  Sarykamisch,  les  Turcs  sont  refoulés 
vers  l'ouest. 

La  llotte  allemande  lance  200  obus  sur  Liban. 

Un  sous-marin  allemand  torpille  le  Falaba,  au  sud- 
ouest  du  canal  de  Saint-Georges;  il  y  a  102  victimes, 
dont  un  Américain. 

Interdiction  est  faite,  en  Autriche,  de  consommer 
plus  de  200  grammes  de  farine  par  jour. 

Lundi  29  mars.  —  Un  avion  allemand  a  lancé  un 
projectile  sur  l'abside  de  la  cathédrale  de  Reims. 

L'artillerie  française  chasse  les  Allemands  de  Heu- 
dicourt,  à  12  kilomètres  nord-est  de  Saint-Mihiel. 

Le  fort  de  Douaumont  près  de  Verdun  reçoit  des 
projectiles  d'un  obusier  que  les  canons  français  font 
taire. 

Les  Allemands  prennent  Tauroggen. 

Du  20  au  29  mars,  dans  les  Garpathes,  les  Russes  ont 
pris  16.000  hommes,  200  officiers,  10  canons.  Le  29, 
ils  ont  pris  5. 680  hommes  et  4  canons. 

La  maison  Calvert,  fortifiée  par  les  Turcs,  est  bom- 
bardée aux  Dardanelles. 

La  Hollande  est  irritée  contre  l'Allemagne  qui  a  bom- 
bardé un  de  ses  navires,  on  a  saisi  deux  et  en  a  coulé 
un  quatrième. 

L'amiral  von  Tirpitz  déclare  a  un  journaliste  améri- 
cain :  «  Nous  ne  détestons  pas  la  Russie,  nous  avons 
de  la  sympathie  pour  la  France,  nous  haïssons  l'Angle- 
terre.» 

Mardi  30  mars.  —  Les  Allemands  disent  que,  près 
de  Krasnopol,  ils  ont  tué  2.000  Russes  et  fait  3. 000  pri- 
sonniers ;  les  Russes  disent  qu'au  même  endroit  ils  ont 
fait  200  prisonniers  allemands. 


CHHONOLOGIE    DK    LA    GUERRE  IW 

Dans  les  Carpathes,  les  Russes  ont  atteint  la  région 
Volia-Mitchova-Lutoviska. 

Le  détachement  hongrois  qui  s'avanrait  vers  Chotin 
en  Bessarabie  a  été  en  partie  détruit,  en  partie  capturé 
(2.000  prisonniers). 

Un  contre-torpilleur  français  coule  un  sous-marin 
allemand  au  large  de  Dieppe. 

Un  avion  anglais  lance  des  bombes  sur  le  bassin  de 
Bruges,  abri  des  sous-marins  allemands. 

Mercredi  31  mars.  —  Les  troupes  turques  sont 
complètement  chassées  du  Caucase  russe. 

Du  25  au  3i  mars,  sur  i.ôSg  navires  de  plus  de 
3oo  tonnes  entrés  dans  les  ports  anglais  et  sortis, 
5  seulement  ont  été  coulés  par  des  sous-marins  alle- 
mands. 

L'Allemagne  et  l'Autriche  sont  d'accord  pour  ne  pas 
céder  Trieste  à  l'Italie. 

Le  3  °/o  français  atteint  le  cours  de  73. 

L'Allemagne  a  sur  le  front  71  corps,  soit  3.5oo.ooo 
hommes.  La  France  a  sur  le  front  2.5oo.ooo  hommes  ; 
il  reste  dans  les  dépôts  1.200.000  hommes,  auxquels 
s'ajoutent  la  classe  1910  et  environ  5oo.ooo  dispensés. 
Nos  réserves  dépassent  donc  les  réserves  effectives  de 
l'Allemagne,  qui  ne  sont  guère  supérieures  à  2  millions 
d'hommes  (calculs  contestés). 


AVRIL 


Jeudi  i"  avril.  —  Dans  une  note  amicale,  le  prési- 
icnt  Wilson  explique  en  quoi  ses  idées  sur  un  blocus 
•éel  s'écartent  de  celles  que  les  Anglais  ont  adoptées  en 
léclarant  le  blocus  de  l'Allemagne. 

Les  Allemands  avouent  les  progrès  français  au  bois 


58  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Le  Prêtre,  où  nous  avons  fait,  du  3o  mars  au  i^""  avril, 
200  prisonniers. 

La  poussée  russe  continue  sur  le  front  Marlampol-Au- 
gustov  et  dans  les  Carpathes  vers  Uzsok  (2.800  prison- 
niers). 

La  Neue  frêle  Presse  déclare  que  les  ellbrts  des  Au- 
trichiens pour  retenir  les  Russes  sur  la  ligne  Lipkov — ■ 
Uzsok  n'ont  pas  réussi  et  que  les  Russes  sont  en  posses- 
sion des  cols.  On  annonce  des  mouvements  de  troupes 
allemandes  en  Moravie. 

Les  Russes  repoussent  l'olTensive  autrichienne  en  Bu- 
kovine. 

Les  Russes  disent  avoir  pris  ce  jour,  dans  les  Car- 
pathes, 7.000  soldats  et  plusieurs  dizaines  de  mitrail-^ 
leuses. 

Des  comltadjis  bulgares  attaquent  à  l'improviste  Va- 
landoYO  en  Serbie,  prenant  deux  canons  ;  les  Serbes 
mettent  les  comitadjis  en  fuite. 

Deux  bateaux  à  feux  sont  mouillés  dans  la  Manche 
vers  Folkestone  ;  tous  les  navires  doivent  passer  entre 
ces  bateaux. 

Un  avion  allemand  qui  venait  de  jeter  des  bombes 
sur  Reims  a  été  abattu. 

La  Hollande  rappelle  ses  soldats  en  congé. 

Le  ministre  allemand  de  l'Agriculture  annonce  que  la 
fabrication  du  pain  est  assurée  jusqu'à  la  récolte. 

Répondant  au  professeur  Kuno  Francke,  de  Harvard, 
qui  fait  appel  aux  Etats-Unis  pour  que  le  territoire  de 
l'Empire  allemand  soit  respecté  dans  les  traités  à  venir, 
le  New-York  Herald  déclare  que  l'Allemagne  est  deve- 
nue un  paria  parmi  les  nations. 

Lord  Haldane  dit  :  «  Je  crois  que  le  monde  va  s'or- 
ganiser de  telle  sorte  qu'aucune  nation  ne  pourra  plus, 
soit  par  ambition  soit  par  peur,  partir  en  guerre.  » 

On  a  célébré  à  Berlin  le  centenaire  de  Bismarck. 
Bethmann-Hollweg  a  dit  :  a  Aucun  Allemand  ne  per- 
mettra qu'on  détruise  l'œuvre  de  Bismarck.  Les  ennemis 
font  rage  autour  de  l'Empire  :  nous  les  battrons.  » 

Suivant  le  communiqué  allemand,  l'armée  allemande 


CHKONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  59 

de  l'Est  aurait  fait,  au  cours  du  mois  de  mars,  55. 800 
prisonniers  russes,  avec  g  canons. 

6o5.ooo  soldats  et  10.700  officiers  sont  captifs  en 
Russie. 

Vendredi  2  avril.  —  La  cavalerie  russe  bat  la  cava- 
lerie allemande  entre  Kalvarya  et  Suvalki. 

Dans  les  Carpathes,  succès  russe  entre  Mezo-Laborcz 
et  Latovisky  (2.100  prisonniers,  3  canons).  Les  Autri- 
chiens ont  évacué  la  f3essarabie. 

Dans  un  conseil  de  guerre  tenu  à  Gonstantinople, 
Liman  von  Sanders  a  opiné  que,  si  les  Dardanelles 
étaient  forcées,  la  capitale  devrait  être  transférée  à 
Koniah  ;  le  grand  vizir  et  Enver  préféreraient,  dit-on, 
Andrinoplc. 

Les  aviateurs  anglais  bombardent  Hoboken  et  Zee- 
brugge.  Les  aviateurs  français  bombardent  les  gares  de 
Mtdheim  et  de  Neuenburg. 

Un  échange  de  lettres  entre  Gounaris  et  Vénizélos 
prouve  que  ce  dernier  avait  combiné  une  action  gréco- 
serbo-bulgare;  la  Grèce  cédait  à  la  Bulgarie  200  kilo- 
mètres carrés  en  Macédoine  orientale,  avec  Gavalla, 
mais  recevait,  en  échange,  le  vilayet  de  Smjrne 
(i4o.ooo  kilomètres  carrés).  L'emprunt  bulgare  à  Berlin 
détourna  Vénizélos  de  son  projet. 

Un  ukase  appelle  585. 000  hommes  de  la  classe  1916. 

Samedi  3  avril.  —  Combat  acharné  au  nord  de 
Bartfeld  ;  les  Russes  font  1.200  prisonniers.  Ils  pro- 
gressent sur  le  front  Mezo-Laborcz  et  Uzsok  (2.000  pri- 
sonniers) et  occupent  la  gare  de  Tsisna  avec  de  ricnes 
dépôts. 

Du  20  mars  au  3  avril,  les  Russes  ont  pris,  dans  les 
Carpathes  33. 000  soldats,  378  officiers,  17  canons, 
loi  mitrailleuses. 

Au  nord  de  Czernovitz,  les  Russes  font  i.ooo  pri- 
sonniers à  Okna. 

Les  premiers  contingents  du  corps  expéditionnaire 
français  débarquent  à  Alexandrie. 

Dans  la  Mer  Noire,  la  flotte  russe  échange  des  bor- 
dées avec  le  Gœben  et  le  Breslaa. 


60  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERllE 

Le  croiseur  turc  Medjidieh  touche  une  mine  et  coule 
près  d'Odessa. 

Un  avion  allemand  bombarde  Saint-Dié. 

Les  troupes  du  Cap  occupent  Warmbad  (Afrique  alle- 
mande du  sud-ouest). 

Le  ministre  de  la  Guerre  américain  rappelle  la  mission 
militaire  américaine  attachée  à  l'Etat-major  allemand, 
la  situation  des  officiers  étant  devenue  pénible. 

Le  chancelier  allemand  défend  aux  grandes  asso- 
ciations allemandes  de  discuter  les  conditions  de  la  paix 
future. 

Gazette  de  Cologne  :  «  Nous  ne  sommes  pas  des  en- 
fants à  qui  il  faille  cacher  la  vérité.  Notre  situation  est 
toujours  très  grave.  Il  faut  tenir;  mais  tenir,  c'est  pour- 
voir au  pain  et  à  la  viande,  aux  armes  et  aux  munitions. 
Cependant  la  paix  n'est  pas  possible,  car  l'Angleterre, 
qui  fait  la  guerre  avec  le  sang  des  autres,  s'y  refuse.  » 

Dimanche  4  avril.  —  Un  détachement  allemand 
a  passé  l'Yser  et  pris  Driegrachten  sur  la  rive  gauche. 

En  Woëvre,  les  Français  prennent  Regniéville,  à 
2  kilomètres  ouest  de  Fej-en-Haje,  occupé  le  !"■. 

Les  Allemands  disent  avoir  repoussé  une  attaque 
russe  contre  Mariampol. 

Les  Russes  s'emparent  du  col  de  Rostok,  après  une 
vive  résistance. 

Communiqué  officiel  de  Vienne  :  «  La  présence  de 
grands  renforts  russes  venus  de  Przemjsl  a  obligé 
l'armée  autrichienne  à  se  retirer  de  la  région  des 
Beskides.  n) 

Les  Autrichiens  disent  avoir  fait  i.4oo  prisonniers 
aux  Russes  qui  essayaient  de  passer  le  Dniester. 

On  croit  à  Londres  que  l'incident  serbo-bulgare  est 
clos,  le  Gouvernement  bulgare  ayant  promis  à  la  Serbie 
de  punir  les  comitadjis.  Ceux-ci  étaient  environ  2.000, 
assistés  d'irréguliers  turcs,  et  avaient  pour  but  de 
détruire  le  pont  de  la  Stroumitza,  sur  la  ligne  de  Salo- 
nique  a  Belgrade. 

La  Bulgarie  envoie  à  la  Serbie  une  note  explicative, 
mais  aigre,  au  sujet  des  incidents  de  frontière.  11  ne 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  Gl 

s'agirait  pas  de  comitadjis  bulgares,  mais  de  musul- 
mans opprimés  et  exaspérés  par  les  Serbes. 

Au  lieu  de  repasser  la  frontière  bulgare,  les  comi- 
tadjis poursuivis  par  les  Serbes  sont  descendus  sur  la 
ville  grecque  de  Dorina. 

Le  3  et  le  t\,  les  Russes  ont  délogé  les  Turcs  d'une 
forte  position  près  d'Olty. 

Le  comte  Jules  Andrassy  répond  aux  bruits  d'après 
lesquels  l'opposition  en  Hongrie  désirerait  la  paix  : 
«  Nos  ennemis  se  trompent  grossièrement  s'ils  croient 
que  même  une  petite  partie  de  la  Hongrie  facilitera 
leur  tâche.  » 

«  Seul  le  parti  catholique  de  la  Suisse  allemande 
demeure  inféodé  à  la  cause  germanique.  »  (New-York 
Herald). 

On  dit  qu'un  ingénieur  américain  construit  pour 
l'Angleterre  des  torpilles  aériennes  capables  de  détruire 
dirigeables  et  sous-marins  (?). 

Lundi  5  avril.  —  Les  Français  ont  l'avantage  au 
bois  d'Ailly  (détail  dans  le  Temps  du  24  avril). 

Quatrième  attaque  française  sur  les  Eparges,  repous- 
sée le  lendemain. 

En  ce  jour,  dans  les  Carpathes,  les  Russes  ont  pris 
2.900  soldats  et  3  canons.  Tous  les  sommets  de  la 
chaîne  principale  des  Beskides  sont  entre  leurs  mains. 
L'offensive  russe  continue  dans  la  direction  d'Uzsok, 
sur  la  rivière  Toplia,  bien  que  les  Autrichiens  aient  reçu 
d'importants  renforts  allemands,  dirigés  sur  Lupkov. 

Six  grands  vapeurs  allemands  auraient  été  coulés  par 
des  mines  allemandes  en  vue  des  côtes  russes. 

On  manifeste  à  Budapest  contre  le  militarisme  alle- 
mand. 

Les  Etats-Unis  demandent  i.i4o.ooo  francs  d'indem- 
nité à  l'Allemagne  pour  la  perte  du  W.  P.  Frije. 

Les  Austro-Allemands  occupent  53. 000  kilomètres 
carrés  de  territoire  russe,  avec  5. 5oo. 000  habitants. 

Le  Bulletin  des  Armées  annonce  qu'  c<.  un  obus  explosif 
nouveau  est  venu  récemment  décupler  (?)  la  puissance 
de  nos  canons  ». 


62  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Sven  Hesdin  a  dit  :  a  Tout  vrai  Suédois  se  sent  ami 
de  l'Allemagne  et  de  l'Autriche  ;  il  se  sent  Germain.... 
Aussi  longtemps  qu'il  y  aura  une  Suède,  nous  sentirons, 
penserons  et  agirons  en  Germains.  y> 

Mardi  6  avril.  —  Les  troupes  belges  ont  nettoyé 
la  rive  ouest  du  canal  d'Ypres  dans  la  direction  de 
Driegrachlen. 

Au  dire  de  témoins  oculaires  anglais,  les  prisonniers 
allemands  ont  raconté  que  les  Allemands  ont  préparé 
des  gaz  toxiques  sous  haute  pression  dans  des  cylindres 
d'acier,  pour  arrêter  l'avance  anglaise  dans  le  Nord, 

Les  Austro-Allemands  attaquent  sur  le  versant  est  de 
la  vallée  de  l'Ondava  et  sont  repoussés.  Les  Russes 
traversent  la  crête  principale  près  de  Volossale. 

Les  Autrichiens  bombardent  de  nouveau  Belgrade, 
mais  l'artillerie  serbe  réduit  la  leur  au  silence. 

Beaucoup  d'Allemands,  avertis  par  leurs  consuls, 
quittent  l'Italie. 

La  Gazette  de  Cologne  dit  que  la  note  des  États-Unis 
à  l'Angleterre  semble  avoir  été  rédigée  contre  l'Alle- 
magne, à  qui  elle  reproche,  quoique  de  façon  voilée,  de 
ne  pas  observer  les  règles  de  la  guerre.  «  C'est  la  carte 
blanche  donnée  aux  Anglais  de  conduire  cette  guerre  à 
l'aide  de  la  famine.  >) 

Le  total  des  pertes  allemandes  en  officiers  dépasse 
sensiblement  la  moitié  des  effectifs  de  paix. 

Berliner  Tageblatt  :  a  L'attente  d'un  Empire  allemand 
embrassant  le  monde  est  de  pure  fantaisie.  Nous  avons 
a  défendre  notre  pays  et  nos  foyers,  à  conserver  l'exis- 
tence et  l'indépendance  de  notre  nation.  Il  faut  avouer 
que  nous  avons  surfait  notre  force  et  déprécié  celle  de 
nos  ennemis.  Nous  ne  devons  pas  oublier  que  nous  nous 
battons  contre  tout  le  monde  et  que  nous  ne  possédons 
pas  de  sympathies.  » 

Deutsche  Tageszeitiing  :  «  Nous  sommes  inquiets, 
parce  que  nous  sommes  isolés.  Le  jour  baisse  sur 
notre  pays.  » 

Mercredi  7  avril;  —  Les  Français  progressent  à 
l'est  de  Verdun  et  aux  Éparges. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  63 

Les  Russes  sont  en  possession  de  la  crête  des  Gar- 
pathes  entre  Zboro  et  Volossate,  sauf  la  hauteur  909, 
à  mi-chemin  entre  les  passes  de  Lupkov  et  de  Rostok. 

Les  premiers  villages  hongrois,  y  compris  Poljena, 
sont  aux  mains  des  Russes.  Pour  défendre  la  plaine 
hongroise,  l'Autriche  concentre  24  corps,  auxquels  se 
joignent  6  corps  allemands;  elle  en  réclame  6  autres. 
Depuis  quelques  jours,  les  Autrichiens  ont  reculé  do 
3o  kilomètres. 

Du  I*'  au  7  avril,  les  sous-marins  n'ont  coulé  que 
cinq  navires  anglais. 

En  présence  du  roi  et  du  prince  héritier  de  Serbie, 
on  a  enterré  les  victimes  faites  par  les  avions  autrichiens 
à  Podgoritza.  Le  nombre  des  tués  et  blessés  atteint 
io5. 

Le  général  Pau  est  acclamé  à  Naples. 

D'après  le  San  de  New- York,  des  Américains,  revenus 
après  avoir  parcouru  la  Belgique,  déclarent  :  «  Les 
Allemands  sont  les  guerriers  les  plus  inhumains  de 
l'histoire  ;  à  côté  d'eux,  les  Huns  et  les  Vandales  ne 
sont  que  des  amateurs.  » 

On  publie  un  manifeste  de  la  minoi^té  de  la  So:^ial- 
demokralie  allemande  (Lieljknecht,  Ledebur,  Clara 
Zelkin,  Rosa  Luxemburg.  Rùhl,  Mehring),  affirmant  que 
«  l'opposition  à  cette  guerre  abominable  grandit  sans 
cesse  en  Allemagne  »  et  faisant  appel  au  socialisme 
international  pour  rétablir  la  paix.  Les  signataires  de- 
mandent qu'il  n'y  ait  pas  d'annexions,  mais  un  désar- 
mement général  et  l'institution  de  l'arbitrage  obliga- 
toire. 

Le  colonel  Feyler  écrit  (Journal  de  Genève)  :  «  L'Em- 
pire britannique,  autant  peut-être  que  la  Russie,  repré- 
sente du  côté  allié  les  armées  de  l'avenir.  » 

Il  y  aurait  800.000  prisonniers  austro-allemands  en 
Russie. 

Jeudi  8  avril.  — Du  4  au  8  avril,  sur  les  fronts  nord- 
est  et  est  de  Verdun,  les  Français  ont  progressé  sur 
20  kilomètres  de  longueur  et  i  à  3  kilomètres  de  pro- 
fondeur. Sur  les,  H.aut^  de  Meuse,,  aux  Éparges,  con- 


b4  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

quête  d'une  partie  du  plateau  qui  domine  Combres. 
Au  sud,  près  de  Saint-Mihiel,  capture  du  sud-ouest  du 
bois  d'Ailly.  Dans  la  Woëvre  méi-idionale,  entre  le  bois 
de  Mortmàre  et  le  bois  Le  Prêtre,  conquête  de  Fey-en- 
Haye  et  de  Regniéville. 

Les  Allemands  tentent  en  vain  de  reprendre  le  fortin 
de  Beauséjour. 

Renforcés  près  de  Rostok,  les  Austro-Hongrois  ont 
attaqué  les  Russes  et  fait  i.ooo  prisonniers. 

Les  Russes  progressent  et  prennent  la  hauteur  90g. 
Les  Autrichiens  reprennent  les  attaques  sur  Koziova, 
interrompues  depuis  le  37  mars. 

Les  Russes  entrent  à  Eperyes  en  Hongrie. 

Le  corps  expéditionnaire  français  est  à  Ramleh. 

L'opinion  suédoise  proteste  contre  la  capture  par  les 
Allemands  d'un  vapeur  suédois  chargé  de  maïs,  allant 
d'un  port  suédois  k  un  autre. 

Le  commandant  du  Prinz  Eitel  Friedrich  a  renoncé 
à  quitter  Newport  News  et  a  demandé  que  son  navire 
fût  interné. 

Des  avions  anglais  bombardent  Zeebrugge. 

Avions  et  navires  de  guerre  bombardent  les  forts  de 
Smyrne. 

Sonnino  présente  au  Gouvernement  autrichien  les 
revendications  italiennes. 

L'Allemagne  réquisitionne  les  fourrages. 

Vendredi  9  avril.  —  Dans  la  nuit  du  8-9,  les  Alle- 
mands essaient  de  passer  l'Yser  en  force  dans  la  direc- 
tion de  Saint-Jacques -Capelle  à  l'aide  de  radeaux 
ftourvus  de  mitrailleuses.  Ils  sont  repoussés  par  les  fusi- 
iers  marins. 

Une  nouvelle  attaque  nous  a  rendus  maîtres  de  la 
partie  de  la  position  des  Éparges  qui  domine  la  Woëvre 
(i,5oo  mètres  de  tranchées). 

Le  communiqué  allemand  du  9  dit  que  les  Français 
ont  fait  usage,  en  Argonne,  de  bombes  dégageant  des 
gaz  stupéfiants. 

A  l'ouest  du  Niémen,  les  Russes  ont  enlevé,  entre 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  65 

Kalvaria  etLodvinov,  deux  lignes  de  tranchées  (Coo  pri- 
sonniers). 

Les  Autrichiens  repi'ennent  à  Koziuska  la  cote  992, 
que  les  Russes  possédaient  depuis  le  mois  de  mars  ;  ils 
font  2.100  prisonniers. 

Les  Autrichiens  ont  préparé  de  nombreuses  positions 
défensives  entre  la  crête  des  Garpathes  et  la  plaine  hon- 
groise. L'avance  russe  vers  Mezo-Laborcz  est  interrom- 
pue par  l'envoi  de  renforts  allemands. 

Czernovitz  a  été  ravagé  par  un  grand  incendie. 

Le  général  Pau  est  reçu  à  Rome  par  les  Garibaldiens  ; 
manifestations  enthousiastes. 

Vénizélos,  blessé  par  un  démenti  du  roi  de  Grèce, 
menace  de  quitter  la  vie  politique. 

On  fait  courir  le  bruit,  à  Petrograd,  que  l'Autriche 
serait  prête  à  conclure  une  paix  séparée  avec  la  Russie, 
cédant  la  Galicie,  la  Bosnie  et  l'Herzégovine,  à  condition 
qu'on  lui  garantît  le  Trentin,  Trieste  et  la  Transylvanie. 

Edmond  Théry  écrit  dans  le  Matin  :  «  Avant  le 
i5  juin  prochain  l'Autriche  demandera  grâce,  car  à 
cette  époque  sa  population  n'aura  plus  de  pain  à 
manger.  »  C'était  compter  sans  la  Roumanie, 

Samedi  10  avril.  —  L'Allemagne  envoie  à  Wa- 
shington une  note  aigre,  se  plaignant  que  les  Etats- 
Unis  n'observent  pas  la  neutralité.  Cette  note  fait  mau- 
vaise impression  en  Amérique. 

Le  9  et  le  10,  dans  les  Carpathes,  l'ennemi  a  attaqué 
en  colonnes  serrées  les  Russes  qui  avaient  passé,  dans 
la  direction  de  Rostok,  vers  le  versant  sud  cle  la  chaîne 
principale.  Dans  la  direction  d'Uzsok,  les  Russes  ont  pris 
plusieurs  hauteurs  et  fait  i.ooo  prisonniers  ;  mais  les 
Autrichiens  occupent  toujours  le  col  d'Uzsok. 

De  nouvelles  bandes  de  comitadjis  se  concentrent 
près  de  Stroumitza. 

Les  insurgés  albanais  bombardent  Durazzo. 

Von  der  Goitz,  revenant  de  Berlin  et  de  Bucharest, 
rentre  à  Constantinople. 

_A  propos  des  mauvais  traitements  infligés  aux  prison- 
niers anglais  en  Allemagne,  le  Morniricf  Posf  écrit  : 

68.    CHRONOI.OnlE   DE    LA    GUERRE  5 


66  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

«  L'Allemagne  amoncelle  un  patrimoine  de  haines.  Ses'' 
générations  futures  seront  maudites  dès  leur  naissance 
et  bannies,  comme  des  générations  de  forbans,  de  la 
communauté  des  nations.  »  Il 

Le  Correspondant  résume  un  livre  allemand  J'ac- 
cuse, publié  à  Lausanne  par  un  Allemand  bien  connu, 
dit-on,  à  Berlin,  qui  accuse  Bethmann-Hollweg  d'avoir 
trahi  l'Allemagne  laborieuse  en  la  livrant  à  la  caste 
militaire,  qui  la  conduit  aux  abîmes. 

Dimanche  ii  avril.  —  Samedi  et  dimanche,  très 
chaude  affaire  près  d'Albert,  où  l'artillerie  française 
arrête  une  attaque  allemande  en  lui  infligeant  de  grosses 
pertes. 

Les  Allemands  ont  repris,  au  bois  de  Mortmare,  les 
tranchées  avancées  qu'ils  avaient  perdues  la  veille. 

La  bataille  des  Carpathes,  qui  a  duré  quatre-vingts  ij 
jours,  est  considérée  (à  tort)  comme  terminée,  par  l'oc-   ) 
cupation  de  la  chaîne  centrale  sur  un  front  de  120  ki- 
lomètres. 

Nouvelle  activité  des  patrouilles  turques  dans  la 
région  du  Sinaï. 

Le  Kronprinz  Wilhelm,   dernier  paquebot  allemand   i 
armé,  est  entré  a  Newport  News. 

Des  avions  français  ont  lancé  des  obus  de  i55  sur  la   \ 
gare  maritime  et  la  fonderie  de  Bruges. 

Viviaui  dit  au  Conseil  général  de  la  Creuse  :  «  Nous 
ferons  la  guerre  jusqu'au  bout.  Nous  voulons  l'Europe 
libérée,  la  Belgique  libre,  la  restitution  des  provinces 
perdues,  l'écrasement  du  militarisme  prussien,  puisque 
la  paix  du  monde  est  inconciliable  avec  ses  sanglants 
caprices.  » 

Les  troupes  françaises  occupent  un  front  de  870  kilo- 
mètres ;  les  Anglais,  5o  ;  les  Belges,  28  (total,  à  l'ouest, 
948  kilomètres).  A  l'est,  les  Russes  font  front  sur 
1.870  kilomètres.  Au  sud,  Serbes  et  Monténégrins 
défendent  35o  kilomètres.  On  se  bat  donc,  en  Europe, 
sur  un  front  de  2.668  kilomètres. 

Lundi  i2  avril.  —  Deux  contre-attaques  alle- 
mandes ayant  été  repoussées,  les  Français  se  consolident 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  C)l 

aux  Éparges  ;  mais  les  Allemands  tiennent  toujours  la 
hauteur  voisine  de  Combres. 

Les  Allemands  fortifient  la  forêt  d'Augustov  et  cons- 
truisent une  ligne  de  Marggrabova  à  Augustov.  Ces 
travaux  achevés,  Hindenburg  pourra  prélever  de  gran- 
des forces  en  Prusse  orientale  pour  les  employer  ail- 
leurs. 

Reprise  violente  du  bombardement  d'Ossovetz. 

Le  II  et  le  12,  grande  bataille  de  Bartfeld  à  Stryj  ; 
les  Russes  progressent  vers  jUzsok  (2.700  prisonniers, 
dont  53o  officiers).  Au  sud  de  Volossate  et  dans  la  ré- 
gion de  Koziova,  les  Russes  repoussent  des  attaques 
violentes,  ainsi  qu'en  Bukovine. 

Les  avant-gardes  russes  sont  en  marche  vers  Ungvar. 

Le  communiqué  autrichien  affirme  que  l'offensive 
russe  est  arrêtée  dans  les  Carpathes. 

Le  communiqué  allemand  dit  que  les  Russes  se  sont 
servis  de  bombes  à  gaz  asphyxiants. 

Il  y  a  plus  de  sept  corps  allemands  dans  les  Carpa- 
thes. 

Sur  le  front  des  Carpathes,  du  ig  mars  au  12  avril, 
les  Russes  ont  fait  70.000  prisonniers,  pris  3o  canons  et 
200  mitrailleuses. 

La  Bulgarie  accepte  la  proposition  russe  de  nommer 
\  une  commission  serbo-bulgare  pour  enquêter  sur  les 
incidents  de  frontière. 

Les  Turcs  ont  pénétré  dans  la  Perse  centrale  et 
marchent  sur  Karamanchah. 

Le  cuirassé  français  Saint-Louis,  avec  le  concours 
d'hydravions,  bombarde  un   camp  turc  près  de  Gaza. 

Un  dirigeable  s'abat  k  Aellre  et  prend  feu  (  3o  morts). 

Un  dirigeable  lance  neuf  bombes  sur  Nancy;  dégâts 
matériels. 

On  annonce  que  les  chefs-d'œuvre  de  Venise  ont 
été  transférés  à  Florence. 
,  Il  Suivant  le  Times,  von  der  Goltz  était  allé  à  Berlin 
pour  solliciter  un  grand  effort  contre  la  Serbie,  devant 
permettre  d'envoyer  aux  Turcs  les  munitions  qui  leur 
manquent. 

Le  pape  a  envoyé   25.000  francs   au    cardinal  Mer- 


68  CHRONOLOGIE    DE    LA.    GUERRE 

cler  pour  la  population  belge  et  25.ooo  couronnes  à 
l'évèque  de  Cracovie  pour  la  population  polonaise. 

A  propos  d'une  entrevue  sur  la  paix,  accordée  le 
5  avril  par  Benoit  XV  au  journaliste  germano-améri- 
cain von  Wiegand,  la  Westminster  Gazette  écrit  :  «  Le 
Pape  pourrait  se  servir  de  son  influence  pour  protester 
contre  les  atrocités  commises  dans  cette  guerre  ;  il 
pourrait  tâcher  d'obtenir  la  conversion  morale  de  l'Alle- 
magne, chose  aussi  nécessaire  que  la  diplomatie  pour 
restaurer  la  paix.  »  L'entrevue  a  été  faiblement  démentie. 

Le  président  Eliot  a  dit  à  l'Université  de  Harvard  : 
«  Une  fin  prématurée  du  conflit  européen  rejetterait  la 
civilisation  de  plusieurs  siècles  en  arrière.  » 

Mardi  13  avril.  —  Le  Times  indique  que  les 
Autrichiens  cherchent  à  tourner  les  Russes  en  marchant 
sur  Lemberg. 

Les  Russes  ont  fait  i.ooo  prisonniers  dans  les  Cai'- 
pathes.  L'offensive  ennemie  sur  la  rive  droite  du  Pruth 
a  été  repoussée.  Le  dégel  rend  les  routes  impraticables. 

Le  Gouvernement  bulgare  a  la  preuve  que  l'invasion 
des  comitadjis  a  été  organisée  par  Enver.  Radoslavof, 
président  du  Conseil,  pour  prouver  sa  loyauté,  ordonne 
de  désarmer  la  population  turco-bulgare  à  la  frontière 
serbe  et  d'interner  les  Bulgares  suspects  de  connivence 
avec  les  révolutionnaires. 

L'n  avion  allemand,  survolant  Walcheren,  est  capturé 
par  les  Hollandais. 

En  Mésopotamie,  une  attaque  turque  a  été  repoussée  à 
Shaiva. 

On  annonce  de  Vienne  que  l'Italie  aurait  déclaré  : 
«  Si  la  guerre  n'est  pas  terminée  le  3o  avi-il,  ma  neu- 
tralité cesse  d'être  assurée.  »  Les  Autrichiens  ont 
25o. 000  hommes  àLa^^bach,  Gratz,  Goritz,  loo.ooo  dans 
le  Trentin  ;  quatre  corps  bavarois  du  Haut-Tyrol  sont 
destinés  au  Trentin. 

Le  président  Wilson  a  reçu  une  note  dans  laquelle 
le  Pape  se  déclare  prêt  a  coopérer  avec  lui  pour  rétablir 
la  paix. 

Le  critique  militaire  du  Daily  News  explique  qu'une 


.      CHRONOLOGIE    DK    LA    GUERRE  69 

paix  séparée  entre  l'Autriche  et  la  Russie  fortifierait 
l'Allemagne. 

Hindenburg  a  déclaré  à  un  journaliste  italien  que 
l'année  russe  est  fatiguée,  que  son  matériel  s'use  et  que 
la  fin  prochaine  de  la  guerre  en  résulterait. 

Mercredi  14  avril.  —  Les  Allemands,  renforcés, 
attaquent  sur  l'Yscr  et  à  Dixmude. 

Les  Turcs  sont  battus  par  les  Anglo-Indiens  à  Zobéir 
et  se  retirent  à  35  kilomètres  vers  le  nord-ouest.  Les 
Anglais  ont  perdu  700  hommes,  les  Turcs  2.000. 

Le  navire  hollandais  Katwyk,  de  Baltimoi^e  à  Rotter- 
dam, est  coulé  par  une  torpille  ;  grande  émotion  en 
Hollande. 

Les  avions  français  ont  bombardé  le  quartier  général 
allemand  à  Mézières-Charleville. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  i.i64-427  hommes. 

Jeudi  15  avril.  —  Au  nord  d'Arras,  les  Français 
enlèvent  l'éperon  sud-est  de  Notre-Dame  de  Lorette 
(160  prisonniers). 

Les  Français  bombardent  la  gare  de  Saint-Quentin 
et  y  détruisent  un  grand  dépôt  de  munitions. 

L'activité  des  Allemands  augmente  dans  la  région 
Mariampol-Kalvarya. 

Dans  les  Carpathes,  les  Russes  ont  fait  i.i4o  prison- 
niers. 

11  y  a  près  de  4  millions  d'hommes  en  présence  dans 
les  Carpathes.  Les  Allemands  ont  10  corps,  les  Austro- 
Hongrois  en  ont  28. 

Un  aviateur  français  a  détruit  un  pont  de  la  voie 
ferrée  qui  relie  la  Syrie  à  Saint-Jean-d'Acre. 

Un  dirigeable  a  lancé  des  bombes  sur  la  côte  est  du 
Northumberland  ;  un  autre,  endommagé  par  le  tir  fran- 
çais, est  tombé  en  Hollande. 

Des  avions  français  bombardent  le  quartier  général 
allemand  à  Mézières  et  la  gare  militaire  de  Fribourg-en- 
Brisgau. 

Vénizélos  est  parti  pour  Alexandrie. 

La  Bulgarie  se  rapproche  de  la  Roumanie  en  vue 
d'une  action  commune. 


70  CHRONOLOGIE    DE    LA    GL  ERHE 

Les  Turcs,  inquiets  du  côté  de  la  Bulgarie,  ramènent 
des  canons  de  Gonstanlinople  à  Andrinople  et  à  Tcha- 
taldja. 

Le  Sultan,  dans  un  conseil  tenu  à  Constantiaople, 
s'est,  dit-on,  déclaré  prêt  à  abdiquer. 

On  publie  la  traduction  française  d'un  prètenduyoa/*- 
nal  du  comte  Axel  von  Schwering,  imprimé  d'abord  à 
Londres;  c'est  un  faux  (voir  le  Figaro  du  iG  avril). 

Les  pertes  anglaises  à  ce  jour  sont  de  i4o.ooo  hommes. 

Vendredi  16  avril.  —  Le  communiqué  allemand 
dit  qu'entre  Meuse  et  Moselle,  les  Français  lancent  de 
plus  en  plus  des  bombes  remplies  de  gaz  asphyxiants. 

Dans  les  Carpathes,  les  Russes  font  i.i55  prisonniers, 
La  fonte  des  neiges  entrave  les  opérations. 

Dix  cuirassés  alliés  ont  détruit  le  camp  turc  d'Enos. 

La  flotte  russe  bombarde  Kara  Burun,  à  l'intérieur 
des  lignes  de  Tchataldja. 

Nouveau  raid  de  deux  dirigeables,  accompagnés  d'a- 
vions, sur  l'Angleterre  ;  un  des  dirigeables  est  arrivé  à 
35  milles  de  Londres. 

Le  prince  George  de  Grèce  part  pour  la  France. 

Suivant  le  Matin,  Ballin  aurait  dit,  il  j  a  quelques 
jours  :  (.(  La  partie  est  perdue,  mais  le  peuple  allemand 
n'en  sait  encore  rien.  ->) 

Samedi  il  avril.  —  Les  Anglais  s'emparent  de  la 
cote  Oo,  à  2  milles  au  sud  de  Zillebecke,  à  l'est  d'Ypres. 
Les  avions  français  bombardent  Rott^^•eil,  Maizières- 
lès-Metz  et  Hattingen.  Un  dirigeable  bombarde  la  gare 
de  Fribourg-en-Brisgau. 

Dimanche  18  avril.  —  Progrès  des  Anglais  en 
Belgique  près  de  Zvartelen. 

Les  Allemands  essaient  de  reprendre  aux  Anglais  la 
cote  Go,  mais  sont  repoussés. 

Progrès  des  Français  sur  les  deux  rives  de  la  Fecht. 

Le  Tsar  part  pour  le  front. 

Les  escadres  bombardent  pendant  cinq  heures  les 
forts  des  Dardanelles. 

L'Angleterre   a   sept   campagnes   sur   les   bras  :  en 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  71 

Flandre,  dans  les  Dardanelles,  en  Egypte,  dans  l'Afrique 
orientale,  dans  l'Afrique  sud  occidentale,  au  Cameroun, 
en  Mésopotamie. 

Lundi  19  avril.  —  Le  maréchal  French  dément 
que  les  Anglais  se  servent  de  gaz  asphyxiants;  il 
affirme  que  les  Allemands  en  ont  fait  usage  dans  l'at- 
taque de  la  cote  60  et  rappelle  que  l'Allemagne  a  signé 
la  clause  de  la  convention  de  La  Haye  qui  prohibe  l'u- 
sage des  asphyxiants. 

Les  Allemands  lancent  5o  obus  incendiaires  sur 
Reims. 

Le  18  et  le  19,  les  torpilleurs  russes  coulent  10  ba- 
teaux turcs  chargés  de  munitions  sur  la  côte  d'Anatolie. 

Un  dirigeable  français  jette  des  bombes  sur  la  gare 
de  Strasbourg. 

Vénizélos,  venant  de  Paros,  est  reçu  en  triomphe  à 
Alexandrie. 

L'Allemagne  a  fait  des  excuses  à  la  Hollande  pour  le 
torpillage  du  Katioyk. 

Mardi  20  avril.  —  Des  avions  français  incendient 
des  dépôts  de  fourrages  à  Mannheim. 

Les  Allemands  disent  avoir  lancé  i5o  bombes  aé- 
riennes sur  B^lystok,  en  représailles  des  bombes 
lancées  par  les  Russes  sur  Insterburg  et  Gumbinnen. 

Des  désordres  ont  lieu  à  Trieste. 

Les  troupes  allemandes  du  Cameroun  se  sont  repliées 
sur  les  hauts  plateaux  du  centre. 

On  estime  que  l'Allemagne  a  34  corps  à  l'ouest, 
21  1/4  k  l'est,  5  en  Autriche,  soit  60  corps  faisant 
3  millions  d'hommes,  plus  760.000  hommes  de  land- 
wehr. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  1. 196. 969  hommes. 

Mercredi  21  avril.  —  De  violentes  attaques  alle- 
mandes contre  la  cote  Oo  sont  repoussées  par  les  Anglais. 

Près  de  Saint-Mihiel,  à  la  Tête  de  Vache,  les  Français 
enlèvent  deux  lignes  de  tranchées. 

Communiqué  allemand  :  a.  En  Argonne,  les  Français 
ont  lancé  des  bombes  dégageant  des  gaz  vomitifs.  » 


72  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Nouveau  bombardement  allemand  de  Pont-à-Mousson. 

En  Alsace,  progrès  français  sur  les  deux  rives  de  la 
Fecht.  Au  nord,  nous  tenons  le  confluent  de  la  Fecht 
et  de  la  Wurmse  ;  au  sud,  Schiessloch. 

600.000  Austro-Allemands  sont  engagés  entre  les 
cols  de  Lupkov  et  d'Uzsok. 

Des  trains  bondés  de  familles  d'officiers  allemands 
quittent  Constantinople. 

Des  avions  français  bombardent  Mûlheim,  Mannheim 
et  Lorrach. 

A  la  suite  d'un  mémoire  adressé  au  roi  par  Zogra- 
phos,  l'opinion  grecque  redevient  interventionniste. 

Lloyd  Georges  déclare  que  l'Angleterre  a  720.000  hom- 
mes en  ligne. 

Le  président  Wilson,  parlant  dans  un  banquet,  a  dit  : 
«  Nous  deviendrons  les  médiateurs  du  monde.  » 

Le  i5  janvier,  devant  Przemysl,  le  général  SelivanofT 
informa  le  général  autrichien  Kusmanek  que  les  Autri- 
chiens faits  prisonniers  seraient  fusillés  s'ils  étaient 
trouvés  porteurs  de  balles  explosibles.  L'emploi  de  ces 
balles  cessa.  Or,  les  Russes  ont  découvert  à  Przemjsl 
un  ordre  du  8  février  prescrivant  de  remettre  aux 
dépôts  d'artillerie  toutes  les  cartouches  explosibles.  Cet 
ordre  est  un  aveu.  ^ 

Jeudi  22  avril.  —  Les  États-Unis  répondent  ave'- 
une  politesse  ironique  à  la  note  agressive  de  l'^^t'e- 
magne. 

Dans  la  boucle  de  l'Yser,  les  Belges  repoussent  une 
attaque  contre  le  château  de  Vicoigne. 

Au  nord  d'Ypres,  les  Allemands,  par  l'emploi  de  gaz 
et  de  bombes  asphyxiantes,  dont  l'effet  a  été  ressenti 
jusqu'à  2  kilomètres  en  arrière  de  nos  lignes,  ont  fait 
reculer  les  Alliés  dans  la  direction  du  canal  de  l'Yser, 
vers  l'ouest,  et  dans  la  direction  d'Ypres,  vers  le  sud. 
Gagnant  ainsi  9  kilomètres  au  nord  et  au  nord-est 
d'Ypres,  les  Allemands  ont  forcé  le  passage  du  canal  ;  ■ 
ils  ont  pris  Langhemark,  Streenstrate,  Hetsas  et  Pil- 
kelm,  faisant  1.600  prisonniers. 

Au  bois  d'Ailly,  les  Français  prennent  700  mètres  de 
tranchées. 


CIIRONOLOOlf;    DE    LA    GUERRE  73 

Les  Autrichiens  ont  été  repoussés  à  Gorlice  dans  la 
direction  de  Novo-Sandec. 

La  contre-attaque  de  l'armée  bavaroise  contre  l'aile 
gauche  russe  paraît  arrêtée  :  les  Russes  ont  repris 
Orytchik,  qui  domine  la  route  de  Munkacz  à  Strij. 

Commencement  d'une  grande  action  aux  Darda- 
nelles :  trois  débarquements  ont  eu  lieu  sur  le  promon- 
toire de  Suvla,  à  Enos  et  sur  l'isthme  de  Bulaïr. 

Vendredi  23  avril.  —  Le  28  et  le  24,  les  12.000 
habitants  restant  à  Ypres,  bombardée  avec  des  obus  de 
17  pouces,  quittent  la  ville  par  la  route  de  Poperinghe. 

Avis  officiel  :  «  Toute  navigation  est  suspendue  entre 
le  Ro^-^aume  Uni  et  la  Hollande.  » 

C'est  à  Vitvorde  près  de  Bruxelles  qu'on  fabrique  en 
grandes  quantités  les  produits  chimiques  destinés  à 
alimenter  les  appareils  spéciaux  avec  lesquels  les  Alle- 
mands inondent  les  tranchées  de  jets  enflammés  (  Temps, 
24  avril). 

Samedi  24  avril.  —  Profitant  de  la  surprise 
causée  par  l'emploi  des  gaz,  les  Allemands  ont  enlevé 
Lizerne,  sur  la  rive  gauche  de  l'Yser;  ils  reperdent  ce 
village  dans  la  nuit  de  samedi,  mais  le  reprennent 
dimanche  à  l'aube. 

Les  Allemands  disent  avoir  pris  i.ooo  Anglais  près 
d'Ypres  et  repoussé  une  attaque  à  l'ouest  de  Saint- 
Julien. 

Les  Allemands  bombardent  Poperinghe  ;  ils  conti- 
nuent le  lendemain. 

Les  Allemands  font  exploser  cinq  fortes  mines  au 
saillant  nord  du  fortin  de  Beauséjour. 

Au  sud-ouest  de  Combres,  les  Allemands  disent  avoir 
pris  d'assaut  plusieurs  lignes  françaises. 

Les  Autrichiens,  dans  la  vallée  de  l'Ondava,  près  de 
Koziova,  ont  pris  d'assaut  la  hauteur  d'Ostrij. 

Les  Russes  ont  saisi  le  journal  du  colonel  allemand 
Mertens,  qui,  indigné  de  ce  qu'il  a  vu  en  Belgique  et 
en  France,  parle  de  Vœiwre  infernale  et  ignoble  des 
officiers  allemands. 

On  publie  cette  définition  des  Germano-Américains 


74  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

par  Roosevelt  :  «  Amphibies  sans  patrie,  qui,  malgré 
tout,  veulent  avoir  deux  patries  et  préfèrent  celle  qu  ils 
ont  reniée.  » 

Dimanche  25  avril.  —  Effroyable  bombardement 
des  lignes  anglaises  devant  Ypres. 

Le  combat  continue  au  nord  d'Ypres  et  sur  le  front 
anglais.  Les  Français  passent  sur  la  rive  droite  du 
canal. 

Les  Allemands  disent  avoir  pris,  près  d'Ypres, 
45  canons,  dont  4  canons  lourds  anglais,  plus  de 
i.ooo  Canadiens  et,  au  total,  5. 000  prisonniers  «  de 
toutes  races  et  couleurs  ». 

L'attaque  allemande  à  Combres  est  contenue. 

Les  Allemands  disent  avoir  fait  749  prisonniers  en 
reprenant  le  sommet  du  Hartmannswillerkopf. 

Reprise  du  bombardement  aux  Dardanelles. 

Les  Français  ont  pris  Kum-Kalessi  avec  5oo  prison- 
niers. 

Lundi  26  avril.  —  Malgré  l'emploi  des  cjaz,  les 
Belges  repoussent  les  Allemands  au  sud  de  Dixmude. 

Le  maréchal  French  écrit  :  «  Toutes  les  attaques 
allemandes  au  nord-est  d'Ypres  ont  été  repoussées.  Les 
Français  ont  repris  Hetsas.  »  Ils  ont  aussi  repris 
Lizerne. 

Reprise,  par  les  Français,  du  sommet  du  Hartmanns- 
willerkopf. 

Commencement  de  la  grande  offensive  allemande  à 
l'est  de  Cracovie. 

L'escadre  russe,  comprenant  un  nouveau  dread- 
nouf/ht,  bombarde  les  ports  du  Bosphore. 

Les  Français,  après  avoir  soutenu  un  violent  combat 
à  lenisher,  se  rembarquent,  avec  l'appui  des  navires, 
dans  la  nuit  du  26  au  27.  On  s'est  battu  au  pied  de  la 
colline  de  Troie. 

Les  Alliés  s'emparent  de  Sedul-Bahr. 

Dans  la  nuit  du  26  au  37,  le  croiseur  Léon-Gambetta 
est  torpillé  au  large  d'Otrante.  i36  hommes  sont  sauvés 
par  un  torpilleur  italien. 

L'accord  franco-italien  est  conclu  ;  Tittoni   l'a  em- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  /[) 

Eorté  ce  jour  à  Rome.  C'est  la  fin  de  la  Triplice,  conclue 
î  20  mai  1882. 

La  Gazette  de  Francfort,  rompant  un  long  silence 
(la  censure  interdisait  de  traiter  les  affaires  italiennes), 
écrit  :  «  La  conception  d'une  guerre  contre  ses  fidèles 
alliés  s'est  peu  à  peu  développée  en  Italie.  » 

Parlant  du  bruit  que  la  Turquie  va  demander  la  paix, 
le  Russkoié  Slovo  écrit  :  «  Trop  de  sang  russe  a  coulé  ; 
la  Turquie  doit  abandonner  l'Europe.  » 

Le  Times  parle  d'une  invention  faite  en  Angleterre, 
très  importante  pour  la  guei-re  navale. 

Mardi  21  avril.  —  Commencée  jeudi,  la  bataille 
autour  d'Ypres  continue  ;  l'aile  gauche  anglaise  est 
menacée  dano  la  l'égion  de  Pilkem-Saint-Julicn. 

Deux  avions  lancent  des  bombes  incendiaires  sur 
Epernaj. 

Mercredi  28  avril.  —  Les  Allemands  disent  avoir 
pris  63  canons  dans  les  combats  au  nord  d'Ypres,  qui 
ont  pourtant  tourné  en  leur  défaveur. 

Premier  bombardement  de  Dunkerquc  à  grande  dis- 
tance (32  kilomètres).  Il  y  a  vingt  morts. 

Progrès  des  Allemands  au  nord  du  Niémen. 

Les  Russes,  attaqués  vers  Dilman  (Caucase),  se 
replient  vers  Moukhandjik. 

Des  avions  bombardent  Bollwiller,  Friedrichshafen 
et  Leopoldshoehc. 

Jeudi  29  avril.  —  Les  Allemands  ont  vainement 
essayé  de  passer  l'Yser  à  Dixmude  sur  trois  ponts 
de  bateaux  qu'a  détruits  l'artillerie  belge. 

Ypres  n'est  plus  qu'un  amas  de  ruines  ;  il  ne  reste 
plus  rien  de  la  Halle  aux  Drapiers. 

Les  Allemands  jettent  5oo  bombes  incendiaires  sur 
Reims. 

Près  de  la  Ravka,  sur  un  front  de  10  kilomètres,  les 
Allemands  ont  lancé  18.000  projectiles  sur  les  tranchées 
russes. 

En  Tripolitaine,  une  colonne  italienne  a  subi  de 
fortes  perles,  par  suite  de  la  défection  de  troupes 
indigènes. 


76  CHRONOLOGIE    DE    LÀ    GUERRE 

En  une  seule  journée,  Londres  a  fourni  des  respira- 
tors  (contre  les  gaz)  pour  toute  l'armée  anglaise. 

Vendredi  30  avril.  —  Progrès  français  au  nord 
d'Ypres  ;  nous  enlevons  deux  lignes  de  tranchées. 

Nouveau  bombardement  de  Dunkerque  ;  nombi-cuses 
victimes. 

Le  communiqué  français  affirme  que,  depuis  le 
i5  mars,  nous  avons  avancé,  en  Lorraine,  de  3  à4  kilo- 
mètres sur  un  front  de  25.  Nous  possédons  Emberménil 
(depuis  le  24)  et  presque  toute  la  forêt  de  Parroy. 

Le  représentant  de  V Associated  Press  d'Amérique  a 
visité  le  sommet  de  l'Hartmannswillerkopf,  que  les 
Allemands  n'ont  plus  attaqué  depuis  deux  jours. 

Les  avant-gardes  allemandes,  à  76  kilomètres  de  la 
frontière,  menacent  la  Lithuanic  en  avançant  au  delà 
de  Rossieny. 

Les  Russes  enlèvent  deux  hauteurs  près  de  Koziuska 
et  font  i.ooo  prisonniers. 

Un  sous-marin  australien  est  coulé  en  tentant  de 
pénétrer  dans  la  Marmara. 

Un  dirigeable  et  un  avion  allemands  ont  lancé  des 
bombes  incendiaires  sur  Ipswich  et  sur  Whitton, 
détruisant  trois  maisons.  Deux  autres  onl  été  détruites 
à  Bury  St.  Edmunds. 

Un  dirigeable  français  bombarde  la  gare  de  Valen- 
ciennes. 

François-Joseph  a  mandé  Goluchowski,  ancien  mi- 
nistre (pacifique)  des  Affaires  étrangères,  à  Schœn- 
brunn. 

L'émission  des  Bons  de  la  Défense  atteint  4  milliards 
337  millions  de  francs. 


MAI 


Samedi  i"  mai.  —  Les  avions  ont  repéré  la  posi- 
tion   du    canon    Krupp    de    38o   millimètres,   long  de 


i 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  77 

20  mètres,  avec  charge  de  3i3  kilos  de  poudre,  jetant 
des  projectiles  de  760  kilos,  sous  l'angle  de  ^5°,  k 
37  kilomètres  {Journal  de  Genève,  4  mai).  Ils  l'ont 
attaqué  vendredi  soir  avec  des  bombes  et  l'ont  réduit 
au  silence  ;  le  bombardement  de  Dunkerque  a  cessé. 

Pi-ès  de  Tracy-le-Mont,  les  Allemands  attaquent 
avec  des  flacons  d'éther. 

Les  Allemands  attaquent  à  Mancourt  (S.  de  Chaulnes) 
avec  des  grenades,  des  couteaux  et  des  brownings. 
Presque  tous  sont  tués. 

Communiqué  allemand  du  1"  mai  :  «  Le  29  avril,  en 
réponse  au  bombardement  des  localités  ouvertes  en 
arrière  de  nos  lignes,  quelques  obus  ont  été  envoyés 
sur  Reims.  Comme  l'ennemi  connaît  fort  bien  la  cause 
de  ce  bombardement,  il  lui  sera  facile  d'en  éviter  de 
nouveaux  à  la  ville  de  Reims.  » 

Entre  Reims  et  l'Argonne,  les  Allemands  attaquent 
avec  des  gaz  à  fumée  verte  qui  restent  sur  leurs  lignes. 

Les  Français  ont  bombardé  un  des  forts  du  front  sud 
du  camp  retranché  de  Metz  (fort  Wagner). 

Les  Allemands  ont  occupé  Chavlietpris  i.  000  Russes; 
ils  approchent  de  Liban. 

Les  avant-gardes  allemandes  sont  au  sud-ouest  de 
Mitau  (Courlande). 

La  diversion  allemande  vers  la  Raltique  paraît  avoir 
pour  but  de  couper  la  voie  ferrée  de  Petrograd  h  Var- 
sovie et,  accessoirement,  de  recueillir  des  approvision- 
nements en  Lithuanie. 

Les  Austro-Allemands  commencent  une  nouvelle 
attaque  en  masse  contre  le  centre  russe  dans  la  Galicie 
orientale. 

Dans  la  mer  du  Nord,  les  Anglais  perdent  un  contre- 
torpilleur  et  coulent  deux  torpilleurs  allemands. 

Le  vapeur  américain  Giilflight  est  torpillé  par  un 
sous-marin  allemand  près  des  îles  Scilly. 

Le  Lusitania  a  quitté  New-York  malgré  la  menace 
publiée  par  l'ambassade  allemande  à  Washington, 
déclarant  que  tout  navire  sous  pavillon  britannique  était 
passible  de  destruction  dans  la  zone  de  guerre. 

Le  généralissime  bulgare  Savof  arrive  à  Bucharest. 


78  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

P.  Deschanel  dit  au  Trocadéro  :  «  Soldats  !  le  sang 
qui  coule  de  vos  veines  féconde  toute  la  terre,  même  la 
terre  ennemie,  et  sauve  la  liberté  du  monde  !  » 

Dimanche  2  mai.  —  Les  Allemands  disent  que  les 
Russes  ont  subi  une  grave  défaite  au  nord-est  de 
Czernovitz  (ouest  de  Plock).  Le  front  russe  en  Galicie 
orientale,  depuis  la  frontière  hongroise  jusqu'à  l'em- 
bouchure de  la  Dunajec,  a  été  forcé  sur  plusieurs  points 
par  l'armée  de  Mackensen.  8.000  Russes  auraient  été 
faits  prisonniers  près  de  Gorlice,  22.000  autres  sur  le 
reste  du  front. 

On  annonce  de  Copenhague  que  les  Anglais  ont  barré 
la  partie   navigable  de  la  Manche  à  l'est  du   bateau- 

f)hare  de  Galopper-Sandettiebank  et  qu'ils  ont  interdit 
e  passage  des  bateaux  de  la  mer  du  Nord  à  la  Manche 
à  1  ouest  du  bateau-phare. 

Lundi  3  mai.  —  La  nouvelle  ligne  anglaise  en 
Belgique  passe  à  l'ouest  de  Zonnebecke.  Les  Allemands 
sont  toujours  sur  la  rive  gauche  de  l'Yser  à  Steenstraate. 

Les  Allemands  ont  bombardé  Poperinghe. 

La  cavalerie  allemande  a  fait  demi-tour  devant  Mitau, 
abandonnant  son  artillerie  légère. 

Le  succès  des  Austro-Allemands  dans  la  région 
Tarnov — Gorlice  s'accentue. 

Les  Austro-Allemands  ont  passé  la  Dunajec. 

Les  Russes  ont  pris  une  hauteur  dans  la  direction  de 
Stryj  et  fait  1.200  prisonniers. 

60.000  Austro-Hongrois,  avec  24  batteries,  sont  con- 
centrés sur  la  frontière  roumaine. 

8.000  blessés  turcs  ont  été  ramenés  des  Dardanelles 
à  Gonstantinople. 

Entre  Khoi  et  Dilman,  après  trois  jours  de  combat, 
les  Russes  ont  mis  en  déroute  le  corps  de  Kha4il  bey, 
tuant  3.5oo  hommes. 

Des  avions  français  lancent  des  bombes  sur  le  quar- 
tier général  du  prince  de  Wurtemberg. 

L'Italie  interdit  l'exportation  du  soufre. 

L'Allemagne  dit  avoir  plus  de  800.000  prisonniers 
de  guerre. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  79 

Mardi  4  mai.  —  Les  Allemands  attaquent  les 
Anglais  au  nord  d'Ypres  ;  pris  de  flanc  par  l'arlillerie 
française,  ils  sont  repoussés  avec  pertes. 

Les  Russes  avouent  avoir  reculé  en  Galicie  devant 
des  forces  supérieures  ;  ils  paraissent  manquer  de  mu- 
nitions. Les  Allemands  disent  avoir  pris  sur  la  Dunajec 
2i.5oo  hommes  et  i6  canons.  La  ligne  russe  recule  sur 
la  Visloka,  entre  la  Dunajec  et  le  San. 

1.200  prisonniers  turcs  sont  à  Ténédos. 

Un  croiseur  allemand  paraît  devant  Libau. 

Salandra  dénonce  l'alliance  de  l'Italie  avec  l'Autriche  ; 
le  public  n'en  sait  encore  rien. 

Mercredi  5  mai.  —  L'offensive  allemande  est 
ari'étée  en  Courlande  ;  les  Russes  ont  fait  5oo  prison- 
niers. 

Inauguration  du  monument  de  Garibaldi  à  Quarto  ; 
le  roi  et  les  ministres  sont  restés  à  Rome,  ce  qui  est 
diversement  interprété. 

Jeudi  6  mai.  —  Les  Anglais  ont  perdu,  puis  repris, 
les  tranchées  de  la  cote  6o  au  sud-est  d'Ypres. 

Les  Austro-Allemands  ont  pris  Tarnov  ;  toutes  les 
positions  russes  à  l'est  de  la  Dunajec  et  de  la  Biala 
sont  entre  leurs  mains.  Ils  ont  forcé  le  passage  de  la 
Visloka. 

Une  division  russe,  cernée  pendant  la  retraite  dans 
la  direction  de  Dukla,  réussit,  au  prix  de  sacrifices 
héroïques,  à  rejoindre  son  corps. 

Depuis  le  i*""  mai,  les  Russes  auraient  perdu,  en 
Galicie,  5o.ooo  prisonniers. 

Vénizélos  quitte  Alexandrie  pour  le  Pirée. 

Vendredi  7  mai.  —  Les  Allemands,  avec  l'aide  de 
leur  flotte,  occupent  Libau.  Un  de  leurs  torpilleurs  est 
coulé  par  une  mine  russe. 

Seize  cuirassés  opèrent  dans  les  Dardanelles  ;  on 
bombarde  le  fort  de  Nagara. 

Le  Cunard  Lusîtania  est  torpillé  et  coulé  en  vue  de 
la  côte  sud  d'Irlande  ;  de  218  voyageurs  américains, 
118  sont  noyés.  Il  y  a  en  tout  i.i45  noyés,  761  survi- 
vants. L'indignation  est  générale. 


80  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

La  Kôlnlsche  \olkszeitung  dit  que  la  guerre  avec 
l'Italie  est  inévitable  et  que  la  haiue  de  l'Allemagne 
pour  l'Angleterre  ne  sera  rien  en  comparaison  de  sa 
haine  pour  l'Italie. 

Le  Japon  envoie  un  ultimatum  à  la  Chine,  exigeant 
une  réponse  dans  les  quarante-huit  heures. 

Guillaume  II  est  rentré  subitement  à  Berlin.  On  dit 
qu'il  a  envoyé  à  Bûlow  un  télégramme  menaçant  pour 
l'Italie,  disant  que  les  Russes  allaient  être  chassés  de 
Galicie  dans  la  quinzaine  et  que  l'armée  victorieuse 
serait  envoyée  ensuite  en  Italie. 

Le  Daily  Telegraph  demande  qu'on  réponde  par  des 
mesures  du  môme  ordre  à  l'emploi  que  les  Allemands 
font  des  poisons. 

Un  chimiste  écrit  au  Journal  de  Genève  que  les 
Allemands,  grâce  au  procédé  d'Ostwald  pour  la  fabri- 
cation de  l'acide  azotique,  ont  maintenant  des  explosifs 
en  quantité.  Il  estime  que  le  gaz  qu'ils  emploient  est 
un  oxyde  d'azote  très  dangereux,  qui  produit,  au  bout 
d'un  certain  temps,  de  graves  accidents  des  voies  respi- 
ratoires. 

Samedi  8  mai.  —  Violente  attaque  allemande  sur 
le  front  anglais  entre  Ypres,  Poelcappelle  et  la  route 
Ypres — Menin. 

Après  une  accalmie,  la  bataille  de  la  Vistule  aux 
Carpathes  ixprend  avec  une  extrême  violence  le  8  et 
le  g.  Le  général  Mackensen  a  Soo.ooo  hommes  contre 
i5o.ooo  Russes  et  une  grosse  artillerie  infiniment 
supérieure. 

La  partie  ouest  du  front  russe  des  Carpathes  étant 
devenue  intenable,  les  Russes  ont  battu  en  retraite  sur 
un  front  long  de  170  kilomètres. 

Attaque  des  positions  turques  près  de  Krithia  dans 

"esqu'île  de  Gallipoli. 

dit  que  les  Turcs,  qui  ont  déjà  perdu  45. 000  hom- 
mes, appellent  aux  Dardanelles  l'armée  de  Syrie. 

Des  torpilleurs  russes,  sur  la  côte  d'Asie,  coulent 
trois  voiliers  turcs  ayant  chargé  du  charbon  à  Héraclée. 

Les  journalistes  allemands  ont  quitté  Rome  ;  l'Institut 
allemand  a  fermé  ses  portes. 


la  pre 
On 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  81 

On  dit  que  le  gaz  dont  se  servent  les  Allemands  est 
du  chlore;  suivant  d'autres,  c'est  du  brome. 

Dimanche  9  mai.  —  Les  rats  se  multiplient  de 
façon  inquiétante  dans  la  région  de  l'Yser. 

Arrivés  samedi  jusqu'à  Wieltje,  à  3  kilomètres 
d'Ypres,  les  Allemands  en  ont  été  chassés  vers  i  hem-e 
du  matin  ;  dans  la  journée,  ils  ont  livré  cinq  nouveaux 
assauts. 

Soutenus  par  les  progrès  français  au  nord  d'Arras, 
les  Anglais  enlèvent  i.5oo  mètres  de  tranchées  entre 
Laventie  et  Aubers. 

Les  Allemands  disent  que  les  Alliés  ont  engagé  au 
moins  quatre  corps  de  renfort  dans  leur  attaque  au 
sud-ouest  de  Lille  ;  ils  avouent  que  vers  Garency  et 
Neuville  l'ennemi  s'est  emparé  des  premières  lignes 
allemandes. 

Nouveau  bombardement  de  Pont-à-Mousson  et  de 
Sainl-Dic. 

L'oft'ensive  russe  se  poursuit  sur  le  front  de  Ghavli. 

Dans  les  combats  des  8-9  mai,  les  Allemands  ont 
essayé  de  rompre  le  front  russe  en  enfonçant  un  coin, 
avec  douze  divisions,  dans  la  région  de  Krosno.  Tant 
en  Galicie  que  dans  les  Garpathes,  les  Russes  auraient 
perdu,  depuis  le  1*^  mai,  i5o.ooo  hommes  et  60  canons. 

La  cavalerie  allemande  est  battue  par  la  cavalerie 
russe  a  Krokinov  et  se  replie  sur  la  Dubissa. 

Les  Allemands  ont  passé  la  Visloka  dans  son  cours 
supérieur. 

En  Bukovine,  sur  la  rive  droite  du  Dniester,  les 
Russes  ont  pris  5oo  hommes  et  3  gros  canons. 

A  New- York,  la  foule  malmène  et  blesse  des  Alle- 
mands qui  poussaient  des  Hoch  pour  célébrer  le  tor- 
pillage du  Lusitania. 

La  Ghine  accepte  les  conditions  du  Japon. 

Lundi  10  mai.  —  Les  Allemands  ont  attaqué  les 
I  Anglais  devant  Ypres  en  se  faisant  précéder  de  nuages 
gazeux  ;  mais  les  appareils  protecteurs  des  Anglais 
leur  ont  épargné  tout  malaise  et  ils  ont  pu  répondre 
par  l'offensive. 

G8.    CUKONOLOUIE    Dli    LA    GUBRRE  6 


82  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Anglais,  du  côté  de  Lille,  avancent  en  avant  de 
Fromelles  et  k  l'est  de  la  route  Béthune— Armentières. 

Trois  obus  monstres  sont  encore  tombés  sur  Dun- 
kerque. 

Les  succès  français  augmentent  au  nord  d'Arras  ; 
depuis  dimanche,  on  a  fait  3.ooo  prisonniers,  pris  lo 
canons  et  5o  mitrailleuses  ;  on  a  gagné  28  kilomètres 
carrés. 

Au  nord-ouest  de  Berry-au-Bac,  les  Allemands  pren- 
nent d'assaut  deux  tranchées  sur  un  front  de  4oo  mètres. 

La  cavalerie  russe  repousse  les  Allemands  à  Chavli. 

Le  communiqué  autrichien  du  1 1  dit  que  le  front 
russe  a  été  percé  près  de  Debica,  que  les  Russes  se 
sont  retirés  sur  la  Visloka  inférieure,  évacuant  en  hâte 
le  front  de  la  Nida  ;  que  les  avant-gardes  ont  franchi  le 
San  près  de  Devnik.  Ce  document  avoue  d'ailleurs  que 
les  Russes,  au  nord  d'Orodenka,  ont  pris  pied  sur  la 
rive  sud  du  Dniester. 

Le  quartier  général  allemand  annonce  que  l'action 
militaire  en  Galicie  subit  un  temps  d'arrêt,  les  troupes 
étant  fatiguées  par  cinq  jours  de  combats. 

Les  Cosaques  du  Don,  en  Galicie  ^orientale,  se  sont 
emparés  de  trois  lignes  de  tranchées  et  ont  fait  8.000 
prisonniers. 

Les  Russes  arrêtent  l'olTensive  autrichienne  sur  la 
chaîne  de  lavornik  près  de  Lomnitza.  Dans  la  nuit  du 
lo-ii   mai,  les  Autrichiens  perdent  2.000  prisonniers. 

Au  delà  du  Dniester,  sur  le  front  Gzertin — Czernovitz, 
les  Russes  ont  pris  5.ooo  hommes  et  6  canons.  Les 
Autrichiens  ont  évacué  la  rive  gauche  du  Dniester  et 
la  ville  de  Zalesczyki. 

L'Allemagne  a  adressé  des  excuses  à  la  Hollande 
pour  la  destruction  du  Katioyk  et  a  promis  réparation 
pécuniaire. 

L'Allemagne  présente  ses  condoléances  aux  Etats- 
Unis  pour  les  morts  d'Américains  du  Lusitania.  Cette 
démarche  est  jugée  impudente. 

Le  Gœben  a  reparu  dans  la  Mer  Noire,  mais,  atteint 
par  les  canons  de  la  flotte  russe,  a  dû  se  retirer  en  hâte. 

Un  dirigeable  s'abat  à  Melle  en  Belgique  (27  morts). 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  83 

Deux  dirigeables  ont  lancé  des  bombes  sur  Southend, 
à  l'est  de  Londres. 

On  apprend  que  les  Kurdes  massacrent  en  masse  les 
chrétiens  dans  le  nord-ouest  de  la  Perse. 

Lord  Roseberry  écrit  dans  le  finies  que  l'Allemagne 
est  devenue  l'ennemie  du  genre  humain  et  l'horreur  du 
monde  civilisé. 

Arkhangel  est  de  nouveau  accessible  aux  navires. 

Mardi  11  mai.  —  Les  Belges  ont  pris  pied  sur  la 
rive  droite  de  l'Yser. 

L'action  anglaise  est  surtout  intense  en  avant  d'Ypres 
et  sur  les  collines  d'Aubers  qui  dominent  Lille,  où  la 
résistance  allemande  est  très  forte. 

Au  nord  d'Arras,  notre  offensive  s'étend  sur  une  ligne 
de  20  kilomètres,  de  Loos  au  nord  à  Neuville-Saint-Vaast 
au  sud.  Nous  avons  une  partie  de  Carency  et  notre 
droite  s'étend  jusqu'à  Neuville.  Sur  la  route  de  Loos  à 
Vermelles,  nous  avons  pris  un  ouvrage  allemand  et  notre 
centre  dépasse  l'éperon  de  Notre-Dame-de-Lorette. Entre 
Notre-Dame-de-Lorette  et  Carency,  la  ligne  allemande 
forme  une  pointe  dangereuse  pour  elle. 

Dans  la  nuit  de  mardi  a  mercredi,  une  contre-attaque 
allemande  nous  enlève  du  terrain  devant  Loos. 

Les  Allemands  bombardent  Bergues. 

La  classe  française  de  1916  a  brillamment  débuté 
devant  Lens. 

Les  Russes  chassent  les  Allemands  de  Chavli  et  les 
rejettent  vers  le  sud-ouest,  prenant  cinq  canons.  Les 
Allemands  ont  brûlé  Chavli  avant  de  l'évacuer. 

Les  Russes  occupent  une  ligne  près  de  la  Visloka,  à 
3o  kilomètres  en  arrière  de  leurs  lignes  abandonnées 
de  la  Biala. 

L'armée  autrichienne  évacue  les  positions  fortifiées 
de  la  Bistritza  à  la  frontière  roumaine  et  se  replie  en 
hâte  derrière  le  Pruth,  poursuivie  par  les  Russes,  qui 
avancent  vers  Czernovitz.  Les  Russes  ont  fait  plusieurs 
milliers  de  prisonniers  sur  la  rive  droite  du  Dniester. 

Nouveau  bombardement  des  forts  de  Smyrne. 

Le  jury  anglais  de  Kinsale,  enquêtant  sur  la  perte  du 


04  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Lasilania,  rend  un  verdict  déclarant  les  officiers  du 
sous-marin  allemand,  Guillaume  II  cf  son  gouvernement, 
coupables  d'assassinat. 

Un  avion  allemand  lance  des  bombes  sur  Saint-Denis. 

Les  hangars  de  dirigeables,  bombardés  à  Maubeuge, 
ont  été  transférés  à  Gharleroi. 

Une  entrevue  de  Giolitti  avec  le  roi  fait  croire  à  de 
nouvelles  hésitations  en  Italie. 

Les  Allemands  prétendent  avoir  fait  loo.ooo  pri- 
sonniers russes  depuis  le  2  mai. 

Le  président  ^Yilson,  parlant  à  Philadelphie,  a  dit  : 
((  Il  existe  des  cas  où  un  homme  est  trop  fier  pour  com- 
battre, par  exemple  quand  il  estime  inutile  d'user  de 
force  pour  convaincre  autrui  de  son  droit.  » 

Violences  à  Liverpool  contre  des  commerçants  alle- 
mands. 

Les  manifestations  anti-allemandes  se  multiplient  aux 
États-Unis. 

Il  est  avéré  que  l'Etat-major  allemand  fait  des  prépa- 
ratifs et  des  commandes  pour  une  campagne  d'hiver, 
certains  objets  devant  être  livrés  en  février  19 lO. 

Mercredi  12  mai.  —  Le  président  Wilson  adresse 
une  noie  à  Berlin  sur  le  torpillage  du  Lusifania.  Il 
demande  à  l'Allemagne  de  mettre  fin  à  l'assassinat  des 
neutres.  Les  condoléances  allemandes  n'ont  fait  qu'exas- 
pérer l'opinion  en  Amérique.  On  réclame  l'expulsion 
de  Dernburg,  la  rupture  des  relations  diplomatiques,  la 
suppression  de  la  télégraphie  sans  fil. 

L'Allemagne  notifie  aux  Etats-Unis  qu'elle  indemni- 
sera les  neutres  pour  les  pertes  éventuelles  de  navires 
dans  la  zone  de  guerre,  alors  que,  précédemment,  elle 
avait  répudié  toute  responsabilité  à  leur  égard. 

Pendant  la  nuit  du  11  au  12,  les  Belges  repoussent 
une  attaque  violente  sur  ITser. 

Les  Anglais,  soutenus  par  une  artillerie  insuffisante, 
attaquent  sans  succès  la  côte  d'Aubers;  ils  sont  arrêtés 
par  le  feu  des  tranchées  allemandes,  cimentées  et 
garnies  de  plaques  d'acier. 

Dans  la  soirée  de  mercredi  et  dans  la  nuit,  brillants 


CHRONOLOGM    DE    LA    GUERRE  85 

succès  français  au  nord  d'Arras  :  nous  prenons  tout  le 
village  de  Carency  et  le  bois  coté  1 25  ( i  .o5o  prisonniers). 

Les  Français  prennent  le  ])lockhaus  du  bois  Le  Prêtre 
(détails  dans  le  Temps  du  3i  mai). 

Les  Allemands  ont  pénétré  jusqu'au  sud  et  au  nord- 
ouest  de  Kielce.  Les  Autrichiens  ont  enlevé  les  hauteurs 
à  l'est  du  cours  supérieur  du  Strij  (3.65o  prisonniers). 
Les  armées  ennemies  s'approchent  de  Przemysl  et  du 
cours  inférieur  du  San. 

Les  Turcs  perdent  du  terrain  et  beaucoup  d'hommes 
par  suite  d'un  bombardement  intense  aux  Dardanelles. 

Giolitti,  revenu  à  Rome,  a  créé  une  agitation  neutra- 
liste qui  met  en  péril  le  cabinet  Sonnino-Salandra. 

M.  (le  Giers,  le  nouvel  ambassadeur  de  Russie,  arrive 
à  Rome  et  y  est  acclamé. 

Jean  Carrère  révèle,  dans  le  Temps,  que  l'Allemagne, 
après  la  bataille  de  Charleroi,  eut  l'intention  d'attaquer 
l'Italie  pour  la  punir  de  sa  neutralité. 

Le  colonel  Feyler,  étudiant  la  retraite  russe,  dit  que 
la  bataille  se  rapproche  de  la  ligne  du  San  et  que  le 
service  d'information  russe  a  sans  doute  été  en  défaut. 
Menacés  sur  leurs  flancs  et  leurs  derrières,  les  Russes 
ont  abandonné  non  seulement  la  région  de  Bartfeld, 
mais  la  bande  de  territoire  hongrois  qu'ils  occupaient 
entre  les  cols  de  Lupkov  et  d'Uzsok. 

On  assure,  à  Petrograd,  que  les  Austro-Allemands  ont 
perdu  100.000  hommes  en  huit  jours. 

On  prétend,  à  Vienne,  que  les  batailles  de  Gorlice  et 
de  Tarnov,  ainsi  que  la  poursuite  subséquente,  ont  valu 
aux  Impériaux  io3.5oo  prisonniers  russes,  6g  canons 
et  255  mitrailleuses  ;  dans  les  Carpathes  et  au  nord  de 
la  Vistule,  les  Russes  auraient  perdu  Ao.ooo  prisonniers. 

Des  mouvements  tumultueux  se  produisent  à  Lon- 
dres contre  les  commerçants  allemands. 

Le  Daily  News  demande  s'il  vaut  la  peine  de  faire 
de  grands  sacrifices  pour  conserver  Ypres,  devenue  un 
amas  de  ruines. 

La  commission  britannique  pour  enquêter  sur  les 
atrocités  allemandes,  présidée  par  Lord  Bryce,  déclare 
que  les  assassinats,  les  viols  et  les  pillages  ont  sévi  en 


86  CHRONOLOOIE    DE    LA   GUERRE 

Belgique  à  un  degré  qui  n'avait  jamais  été  atteint 
depuis  trois  siècles  dans  aucune  guerre  entre  nations 
civilisées. 

Par  décret,  le  montant  maximum  de  la  circulation 
des  billets  de  la  Banque  de  France  est  porté  de  12  à 
i5  milliards  (12  milliards  par  la  loi  du  5  août). 

Jeudi  13  mai.  —  Les  Français  prennent  Ablain- 
Saint-Nazaire  et  achèvent  la  conquête  du  bois  Le 
Prêtre. 

Depuis  le  9,  dans  le  secteur  Carency — Neuville,  nous 
avons  pris  4-ooo  hommes,  une  douzaine  de  canons, 
60  mitrailleuses  ;  nos  pertes,  surtout  en  officiers,  ont 
été  lourdes. 

Les  Russes  croient  avoir  devant  eux  presque  toute 
l'armée  autrichienne,  toute  la  cavalerie  allemande,  un 
tiers  des  forces  actives  allemandes,  la  moitié  de  la 
landwehr  et  du  landsturm. 

Les  Russes  progressent  vers  Czernovitz  et  Kolomea. 

Un  sous-marin  anglais  pénètre  dans  la  Marmara  et  y 
coule  trois  navires  turcs. 

En  recevant  le  ministre  de  Prusse,  le  Pape  a  blâmé 
la  destruction  du  Lusitanîa  ;  il  a  célébré  une  messe  à 
la  mémoire  des  victimes. 

Un  avion  anglais  a  survolé  Constantinople. 

Le  soir,  le  cabinet  Sonnino-Salandra  donne  sa  démis- 
sion. 

Reçu  en  triomphe  à  Rome,  d'Annunzio  y  prononce 
un  discours  vibrant  devant  i5.ooo  auditeurs  enthou- 
siastes ;  il  dénonce  les  «  lâches  et  les  traîtres  î  et  dé- 
clare que  «  depuis  trois  jours  une  odeur  de  trahison 
commence  à  nous  suffoquer  ». 

Le  colonel  Feyler  écrit  :  «  Le  saillant  d'Ypres,  mal- 
gré sa  faible  valeur  tactique  et  son  utilité  militaire  dis- 
cutable, n'a  pu  être  réduit  après  trois  semaines  de 
combats.  » 

Le  Daily  Mail  écrit  :  «  Quelques-uns  d'entre  nous 
commencent  à  comprendre  que  notre  tâche  colossale 
d'aujourd'hui  ne  consiste  pas  à  refouler  les  Allemands, 
mais  simplement  à  rester  là  où  nous  sommes.  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  87 

Le  Daily  I\eios  écrit  :  a  Le  monde  sera  dur  à  habiter 

tiour  les  Allemands  pendant  de  longues  années  après 
a  fin  de  la  guerre.  » 

La  Russie  dénonce  la  fausseté  des  communiqués 
allemands. 

Millerand  félicite  le  général  JofTre  des  opérations 
poursuivies  depuis  le  9  mai. 

Vendredi  14  mai.  —  Les  Austro-Allemands  pren- 
nent d'assaut  la  tète  de  pont  de  Jaroslav  sur  le  San. 
Une  colonne  allemande  approche  de  Przemjsl  ;  les 
canons  russes  la  mettent  en  fuite. 

Défaite  du  9  au  i4  mai  sur  le  Dniester,  avec  perte 
de  20.000  prisonniers,  l'armée  autrichienne  ne  se  main- 
tient, sur  la  rive  gauche  du  Pruth,  que  vers  Kolo- 
mea. 

Les  Russes  ont  repris  Nadvorna. 

Résumé  de  la  retraite  russe  (Civrieux,  Le  Matin, 
i4  mai)  :  Le  i'^'"  mai,  les  Russes  furent  attaqués  aux 
bords  de  la  Dunajec  et  de  la  Riala  par  des  troupes  très 
supérieures  en  nombre,  avec  une  énorme  artillerie 
lourde  (4.000  canons,  qui  lancèrent  700.000  projec- 
tiles). Ils  reculèrent  d'abord  derrière  la  Visloka,  mais 
leur  gauche  ayant  été  enveloppée,  l'ennemi  put  dépasser 
la  haute  Visloka  et  franchir  la  Vislok  (affluent  du 
San)  à  Krosno.  Ce  mouvement  obligea  l'aile  droite  à 
se  replier.  Le  i4  mai,  les  Russes  occupent  une  ligne 
entre  la  Visloka,  la  Vislok  et  le  San  ;  reliés  à  la  Russie 
par  une  seule  voie  ferrée,  celle  de  Przemysl  à  Kovno, 
lis  doivent  se  rapprocher  de  leurs  réserves  en  hommes 
et  en  munitions. 

L'agitation  contre  Giolitti  augmente  dans  les  gi-andes 
villes  italiennes.  Rome  manifeste  contre  les  Austro- 
Allemands. 

Les  socialistes  de  Milan,  opposés  à  la  guerre,  pro- 
clament la  grève  générale,  qui  ne  réussit  que  partielle- 
ment. 

De  graves  désordres  éclatent  à  Pola. 

Tous  les  Austro-Allemands  en  âge  de  porter  les 
arnios  sont  arrêtés  à  Londres. 


88  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Des  désordres  anti-allemands  se  produisent  en  An-  il 
gleterre  et  au  Gap.  h 

La  Gazette  de  Francfort  écrit  :  «  Les  positions  aban- 
données par  nous  (au  nord  d'Arras)  n'étaient  pas  sans 
valeur  et  nos  pertes  en  prisonniers  et  en  matériel  ont 
été  sensibles.  » 

John  D.  Rockefeller  envoie  35  millions  à  la  Croix- 
Rouge  serbe. 

Samedi  15  mai.  —  On  publie  la  note  très  ferme 
adressée  par  le  président  Wilson  k  l'Allemagne.  Le 
Gouvernement  américain  dit,  en  substance,  que,  si  un 
sous-marin  ne  peut  accomplir  sa  mission  sans  causer  la 
mort  de  non-combattants  ou  de  neutres,  c'est  le  sous- 
marin  qui  doit  céder  à  la  loi  internationale  et  non 
l'inverse  {New-York  Herald). 

Les  Français  ont  repris  la  tête  de  pont  de  Steen- 
straate,  avec  trois  mitrailleuses.  Ils  progressent  à  Neu- 
ville-Saint-Vaast  et  au  nord-ouest  de  Pont-à-Mousson. 

Depuis  le  lo  mai,  accalmie  relative  sur  le  front 
oriental. 

La  ligne  Liban — Vilna  est  de  nouveau  aux  mains  des 
Russes. 

Les  Allemands  ont  perdu,  outre  Chavli,  la  position 
d'Ejragola  (4o  kilomètres  nord-ouest  de  Kovno). 

En  Bukovine,  les  Russes  ont  enlevé  deux  fois  plus  de 
terrain  qu'ils  n'en  ont  perdu  entre  Dunajec  et  San. 

A  Rome,  quelques  essais  de  barricades  semblent 
indiquer  que  l'Italie  doit  choisir  entre  l'intervention  et 
l'insurrection  (Journal  de  Genève,  21  mai). 

Salandra  a  été  chargé  de  former  un  nouveau  cabinet, 
ce  qui  est  un  succès  pour  les  interventionnistes. 

Ferrero  écrit  {Secolo)  que  Bùlow  a  essayé  de  dominer 
le  Gouvernement  italien  par  les  méthodes  employées 
jusqu'ici  à  Constantinople  et  à  Téhéran. 

Le  Corriere  délia  Sera  dit  que  l'Italie  refuse  de 
devenir  la  Turquie  et  de  se  soumettre  à  des  émissaires 
allemands  chargés  de  faire  et  de  défaire  des  ministères. 

Les  survivants  de  VEmden  sont  arrivés  à  Alep. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  »y 

Le  Temps  exprime  la  crainte  qu'une  partie  des 
forces  allemandes,  victorieuses  en  Galicie,  ne  refluent 
sur  le  front  occidental. 

Dernburg  se  décide  à  quitter  les  États-Unis. 

Dimanche  16  mai.  —  Communiqué  allemand  du 
17  :  «  Au  nord  d'Ypres  et  h  l'ouest  du  canal,  près  do 
Steenstraate  et  de  Hetsas,  nous  avons  dû  abandonner 
nos  positions,  en  présence  de  forces  ennemies  supé- 
rieures et  à  cause  des  pertes  que  nous  causait  un  feu 
très  intense  d'artillerie.  » 

Les  Anglais  ont  avancé  de  2  kilomètres  vers  Lille, 
entre  Armentières  et  La  Bassée. 

Au  nord  de  Ville-sur- Tourbe,  une  contre- attaque 
française  a  coûté  aux  Allemands  i  .000  morts  et  3oo  pri- 
sonniers. 

Les  combats  près  de  Chavli  sont  favorables  aux 
Russes  qui  passent  la  Dubissa  (affluent  du  Niémen)  et 
font  des  centaines  de  prisonniers. 

Les  Allemands,  près  de  Jaroslav,  se  consolident  sur 
la  rive  droite  du  San.  Les  premières  attaques  au  nord 
et  au  sud  de  Przemysl  ont  été  repoussées,  mais  les 
Allemands  bombardent  les  forts  à  l'ouest  de  la  ville. 

L'aile  droite  russe  se  rassemble  derrière  le  San  ;  le 
centre  combat  sur  les  derniers  contreforts  des  Carpathes, 
j  entre  Przemysl  et  la  Lomnitza  ;  l'aile  gauche,  ayant 
*  chassé  les  Autrichiens  de  la  ligne  fortifiée  entre  la 
Bistritza  et  la  frontière  roumaine,  les  a  obligés  à  se 
I  replier  au  delà  du  Pruth,  que  les  Russes  ont  franchi. 
I'  (Journal  de  Genève.) 

i  «  Au  sud  de  la  Vistule,  l'ennemi  a  franchi  le  San  en 
ii  amont  et  en  aval  de  Sanok  et  a  atteint  les  hauteurs 
au  sud-ouest  de  Dabromil  et  Sambor  ;  il  n'est  plus  qu'à 
une  vingtaine  de  kilomètres  de  Przemysl.  Les  troupes 
autrichiennes,  qui  se  trouvaient  au  col  d'Uzsok,  remon- 
tent également  vers  Sambor  en  passant  par  Turka.  Ce 
n'est  pas  seulement  en  Galicie  que  les  Allemands  ont 
repris  une  violente  off"ensive  :  au  nord-est  de  la  Nida,  ils 
se  sont  avancés,  par  Kielce,  jusqu'à  la  Pilitza,  ce  qui  les 
ramènerait  à  100  kilomètres  de  Varsovie.  »  {Le  Temps.) 


90  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Une  grave  émeute  éclate  à  Trieste. 

Rome  et  l'Italie  acclament  le  ministère  national 
reconstitué,  malgré  les  intrigues  de  l'étranger,  secondées 
par  une  faction  du  Vatican,  auquel  un  journalluthérien, 
Die  Post  (saisi  pour  cet  article),  promettait,  pour  prix 
de  sa  bienveillance,  le  rétablissement  du  pouvoir  tem- 
porel. 

Lundi  il  mai.  —  Les  Français  occupent  l'ouest 
du  canal  de  l'Ysor  et  y  relèvent  des  centaines  de  morts 
allemands. 

Les  Anglais  progi^essent  dans  la  région  de  Festubert. 

Au  nord  de  Jaroslav,  les  Russes  tiennent  encore  les 
deux  rives  du  San. 

Le  Tsar  se  rend  sur  le  front. 

Le  Cunard  Trans y loania  est  arrivé  sans  encombre 
à  Greonock  (Ecosse). 

Un  dirigeable  allemand,  survolant  Ramsgate,  détruit 
un  des  principaux  hôtels  et  s'avance  jusqu'à  Rochester, 
à  53  kilomètres  de  Londres. 

La  Vita,  organe  germanophile  de  Rome,  cesse  de 
paraître. 

Deux  grandes  poudrières  autrichiennes  ont  sauté  à 
la  même  neure  près  de  Trieste. 

L'ouverture  ciu  port  d'Arkhangel  permet  aux  Russes 
de  recevoir  des  munitions  et  d'expédier  du  blé  en 
Angleterre. 

Passant  en  revue  la  flotte  américaine  sur  l'Hudson, 
Wilson  a  dit  :  «  La  marine  des  États-Unis  représente 
notre  idéal.  L'Amérique  ne  cherche  pas  k  acquérir  des 
territoires  ;  elle  défend  l'humanité  et  ce  que  l'humanité 
demande.  » 

Le  pasteur  Gounelle  écrit  (Journal  de  Genève)  :  «  II 
faudra  poursuivre  cette  guerre  jusqu'au  bout,  h  travers 
la  nuit  de  l'inconnu,  jusqu'à  ce  que  l'ennemi  nous  ait 
bénis.» 

Mardi  18  mai.  —  Les  Allemands  tentent  vainement 
de  repasser  l'Yser.  Le  mauvais  temps  arrête  les  opéra- 
tions. 

La  Roumanie  annonce  une   note  à   l'Autriche,  qui 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  91 

doit  être  remise  le  aS  mai,  au  sujet  de  la  Transylvanie 
et  de  la  Bukovine. 

Lord  Kitchener,  à  la  Chambre  des  Lords,  demande 
une  nouvelle  levée  de  3oo.ooo  hommes. 

A  partir  de  ce  jour,  à  Vienne  et  en  Basse- Autriche, 
la  vente  de  la  viande  est  interdite  le  mardi  et  le 
vendredi. 

On  déclare,  à  Berlin,  disposer  de  deux  millions  et 
demi  de  réserves,  qui  s'abattront  sur  l'Italie. 

Au  Reichstag,  le  chancelier  fait  connaître  les  offres 
de  l'Autriche  à  l'Italie  :  partie  du  Tyrol,  rive  occiden- 
tale de  risonzo  avec  Gradisca,  Trieste  ville  libre  impé- 
riale, avec  Université  italienne,  souveraineté  italienne  à 
Valona,  mains  libres  en  Albanie. 

Mercredi  19  mai.  —  Le  1 8  et  le  i g,  deux  divisions 
du  i*"^  corps  turc  (Gonstantinople)  ont  attaqué  dans  la 
région  de  Kal-Tépé  et  ont  été  repoussées  par  les  Austra- 
liens, perdant  7.000  hommes. 

Prise  de  Van  par  les  Russes  (26  canons). 

Les  autorités  allemandes  commencent  à  s'opposer  au 
rapatriement  des  Italiens. 

«  La  note  américaine,  écrit  la  Gazette  de  Cologne, 

recevra  la  réponse  qu'elle  mérite.  Il  n'y  a  pas  k  supposer 

que  nos  autorités  navales  s'écartent  des  mesures  que 

ei  le  Gouvernement   allemand,   après   mûre  réflexion,  a 

jugées  nécessaires.  » 

■  «  Nous  ressentons  tous,  écrit  le  Berliner  Tageblatt 
(parlant  de  l'Italie),  la  gravité  de  ce  nouveau  danger. 
Dans  nos  troupes  de  réserve  prédominent  les  hommes 
âgés  et  mûrs,  qui  laissent  femme,  enfants  et  gagne-pain 
derrière  eux.  » 

Suivant  le  Badapesti  Hirlap,  la  princesse  Lichnovs^sk^^ 
a  déclaré  que,  plusieurs  mois  avant  l'attentat  de  Sera- 
i<'vo,  son  mari  et  elle  savaient  que  la  guerre  allait 
éclater  entre  l'Autriche  et  la  Russie. 

Jeudi  20  mai.  —  Réunion  du  Parlement  italien. 
Salandra  présente  un  projet  de  loi  pour  faire  face  aux 
iléponscs  d'une  éventuelle  guerre  nationale.  La  Cham- 
bre acclame  Salandra  et  le  roi  (sauf  quelques  socia- 


92  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

listes).  Sonnino  présente  le  Livre  Vert,  relation  de 
pourparlers  avec  l'Autriche  du  9  novembre  1914  ai 
4  mai  iQiS.  Le  Gouvernement  recueille  367  voix  contr 
54.  D'Annunzio  remarque  que  c'est  l'anniversaire  d' 
Montebello  (1869). 

Renforcés  dans  la  région  de  Rossieny,  les  Aile 
mands  ont  passé  sur  la  rive  gauche  de  la  Dubissa. 

Les  Allemands  ont  reculé  d'Opatov  sur  3o  kilo 
mètres. 

Przemysl  est  assailli  de  deux  côtés  à  la  fois. 

Des  troupes  russes  débarquées  ont  démoli  les  quai; 
de  la  région  à  l'est  d'Héraclée. 

Depuis  le  17  février,  les  Allemands  ont  perdu  dix 
sept  sous-marins. 

On  annonce,  k  Petrograd,  que  les  communiqué; 
allemands  multiplient  par  plus  de  /j  le  nombre  dei 
prisonniers  russes.  Les  5. 100  prisonniers  russes  fait; 
à  Drohobjcz  sont  une  simple  invention  ducommuniqu< 
autrichien. 

Vendredi  21  mai.  —  Fin  de  l'offensive  français* 
sur  le  massif  de  Lorette  par  l'enlèvement  des  ouvrage; 
allemands  de  la  Blanche-Voie  (pente  sud).  Elle  avai; 
débuté  le  i5  mars  ;  l'attaque  décisive  commença  h 
9  mai.  Les  Allemands  ont  eu  3. 000  tués  ;  nos  perte; 
sont  lourdes. 

Trois  millions  d'hommes  sont  aux  prises  sur  le  Sar 
et  au  sud  du  Dniester,  sur  un  front  de  4oo  kilomètres 
Les  Allemands  foncent  au  centre,  entre  Jaroslav  e 
les  Garpathes  ;  ils  sont  soutenus  par  4- 000  canons. 

Un  des  régiments  de  la  garnison  de  Smyrne  s'es 
soulevé  ;  beaucoup  d'officiers  et  de  soldats  se  soni 
rendus  k  bord  des  navires  alliés. 

Les  Turcs  battent  en  retraite  sur  Bitlis. 

Le  Sénat  italien,  après  la  Chambre,  approuve  à  Is 
presque  unanimité  la  politique  de  Salandra. 

Manfredi,  président  du  Sénat  italien,  s'exprime 
ainsi  :  «  L'Italie  sait  de  quel  côté  on  se  bat  pour  le 
droit  et  pour  la  civilisation.  » 

L'Autriche  a  coupé  les  communications  k  la  frontière 


,  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  93 

Îtalieane.  Le  train  parti  de  Milan  a  été  saisi,  matériel 
ît  personnel. 
j   L'Autriche  déclare  qu'elle  ne  peut  pas  reconnaître  la 
«ijénonciation  par  l'Italie  de  la  Triple-Alliance,  qui  est 
!n   vigueur  jusqu'au    i3  juin    1920   et    ne    peut   être 

Ïlcnoncée  qu'après  préavis  d'une  année. 
L'ambassadeur  d'Italie  est  insulté  k  Berlin. 
VOsseroatore  Romano    proclame  la   neutralité  du 
saint-Siège. 

Les  Anglais  déclarent  qu'ils  sont  en  mesure  d'em- 
iloyer  des  gaz,  mais  moins  nocifs  que  ceux  des  Alle- 
uands.  Ceux-ci  en  ont  fait  usage  contre  les  Russes  à 
^arnov.  On  dit  qu'ils  en  ont  préparé  d'énormes  quantités 
•n  Alsace. 

Samedi  22  mai.  —  Dans  la  nuit  du  21  au  22,  les 
{lisses  repoussent  les  Allemands  au  .sud  de  la  Pilitza  et 
ont  1. 000  prisonniers. 

Un  avion  allemand  jette  sur  Paris  des  bombes  qui  ne 
ont  pas  de  mal. 

Le  roi  d'Italie  signe  le  décret  ordonnant  la  mobili- 
ation  générale. 

Guillaume  II  quitte  Jaroslav,  se  rendant  dans  l'ouest; 
I  paraît  très  abattu. 

Dimanche  23  mai.  —  Déclaration  de  guerre  de 
Italie  h  l'Autriche.  Premier  jour  de  la  mobilisation 
italienne  (hommes  de  20  a  89  ans). 

Millerand  avise  les  généraux  Joffre  et  Gouraud 
Dardanelles)  que  l'Italie  se  considère  en  guerre  avec 
x\utriche  a  partir  du  24  mai. 

Le  Gouvernement  allemand  rappelle  son  ambassadeur 
<•  Rome  et  publie  une  note  sur  1'  «  apostasie  »  du 
I  uisième  allié  ;  mais  il  ne  déclare  pas  la  guerre. 

La  France,  l'Italie,  l'Allemagne  et  l'Autriche-Hongrie 
Ijnt  affirmé  à  la  Suisse  qu'elles  respecteraient  sa  neutra- 
lité. 

Les  Allemands  sont  repoussés  au  delà  de  la  Dubissa. 

Sur  presque  tout  le  front  de  la  Galicie,  les  Allemands 
Int  passé  à  la  défensive  ;  on  dit  qu'ils  manquent  mo- 
lentanément  de  munitions. 


94  CHRONOLOGIE    DE^LA   GUERRE 

Les  Russes  progressent  sur  la  rive  gauche  du  Dniester 
(2.200  prisonniers). 

Fête  nationale  et  enthousiasme  pour  l'intervention 
en  Roumanie. 

Les  Alliés  déclarent  que  la  Sublime  Porte  et  les 
membres  du  Gouvernement  ottoman  seraient  personnel- 
lement responsables  en  cas  de  massacres  d'Arméniens. 

Il  y  aurait  890.000  soldats  et  7. 161  officiers  russes 
prisonniers  dans  les  empires  du  centre  (53o.ooo  en 
Allemagne). 

Lundi  24  mai.  —  Le  baron  Burian  a  donne  sa 
démission  de  ministre  des  Affaires  étrangères  et  a  été 
remplacé  par  le  Hongrois  Tisza. 

Recourant  de  nouveau  aux  gaz,  les  Allemands  font 
reculer  les  Anglais  à  l'est  d'Ypres.  Le  gaz  a  été  projeté 
par  des  cylindres  pendant  quatre  heures  de  suite  sur 
un  front  de  5  milles  ;  le  nuage  atteignait  par  endroits 
4o  pieds  de  haut.  Grâce  aux  précautions  prises,  les 
soldats  anglais  purent  en  quelques  endroits  rester  k 
leur  poste. 

Les  Italiens  prennent  le  col  de  Tonale  et  font  prison- 
niers plusieurs  centaines  d'alpins  autrichiens. 

Dans  le  Frioul,  les  Italiens  occupent  Caporetto, 
marchant  sur  l'Isonzo.  Les  Autrichiens  se  retirent  en 
détruisant  tout. 

Les  Autrichiens  ont  jeté  des  bombes  sur  Ancône, 
faisant  des  dégâts  au  dôme. 

Le  quartier  général  italien  est  à  Bologne  ;  la  cour  est 
au  palais  Pitti,  à  Florence. 

Le  prince  de  Bûlow  et  le  baron  Macchio  ont  quitté 
Rome. 

Du  20  au  24  mai,  les  Allemands,  modifiant  leur  offen- 
sive contre  Przemysl  du  nord-est  au  sud-est,  établissent 
i5  ponts  sur  le  San  entre  Seniava  et  Jaroslav.  Le  2^, 
plusieurs  centaines  de  milliers  d'hommes,  appuyés  par 
1 .000  canons,  se  ruent  sur  les  tranchées  russes  entre  la 
Lubaczovka  et  le  San,  ainsi  que  sur  la  rive  gauche  du  San, 
vers  Radymno  et  Drogotchev.  Les  Allemands  prennent 
Ostrov  et  Radymno  (9.000  prisonniers,  52  canons). 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  95 


•''  Un  sous-marin  anglais,  pénétrant  dans  la  mer  de 
Marmara,  a  coulé  trois  transports  turcs  chargés  de 
;  munitions  et  de  troupes,  un  navire  charbonnier  et  deux 
contre-torpilleurs. 

L'Italie  saisit  tous  les  navires  austro-allemands  dans 
ses  ports  (valant  plus  de  loo  millions). 

Combat  naval  dans  l'Adriatique  ;  plusieurs  navires 
autrichiens  sont  endommagés  ;  un  destroyer  italien 
est  obligé  de  se  couler  lui-même. 

Un  torpilleur  italien  entre  par  suprise  à  Porto  Buso, 
bombarde  la  caserne,  détruit  les  embarcadères  et  de 
nombreux  bateaux  automobiles. 

Un  navire  autrichien,  qui  a  bombardé  Barletta,  a 
été  endommagé  par  les  canons  italiens. 

Mardi  25  nicli.  —  Nouveau  ministère  anglais  ; 
Asquith  reste  premier  ministre  ;  Lloyd  Georges  est 
ministre  des  Munitions  ;  Balfour  est  premier  Lord  de 
l'Amirauté. 

L'ambassadeur  d'Italie  quitte  Berlin. 

Les  Italiens,  sur  la  frontière  du  Trentia,  occupent  le 
mont  Altissimo  (2.070  mètres);  sur  la  frontière  du 
Frioul,  ils  occupent  Grado. 

Les  cinq  premiers  prisonniers  autrichiens  sont  arrivés 
à  Vérone  ;  leur  sous-offîcier,  du  Trentin,  a  crié  :  Vive 
l'Italie  I 

Liman  von  Sanders  ayant  été  blessé,  la  défense  des 
Dardanelles  est  confiée  à  l'amiral  von  Usedom. 

Le  cuirassé  Triumph,  qui  protégeait  le  débarquement 

!S  troupes  australiennes  dans  la  presqu'île  de  Galli- 
poli,  a  été  coulé  par  un  sous-marin. 

Les  Russes  occupent  Ourmiah. 

Des  troupes  russes  avec  artillerie  ont  été  débarquées 
L  Enzeli  et  marchent  sur  Kazvin  (Perse). 

Le  navire  américain  Nebraska  a  été  torpillé  sur  la 
;ôte  d'Irlande  ;  l'équipage  est  sauf. 
_  Les  avions  français,  très  actifs,  lancent  2o3  projec- 
iles,  endommagent  des  parcs  d'aviation  et  des  dépôts 
l'essence. 

Pillages  et  désordres  anti-italiens  à  Trieste. 


96  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

L'accord  sino-japonais  est  signé. 

Sazonov  a  dit  aux  représentants  de  la  presse  à  Petro- 
grad  q^ue  la  Serbie  aurait  des  ports  sur  l'Adriatique.  II 
a  confirmé  que  l'Autriche  avait  fait  des  tentatives  en 
vue  d'une  paix  séparée. 

Mercredi  26 mai.  — Progrès  anglais  à  l'est  de  Festu- 
bert.  Depuis  le  i6  mai,  laP=  armée  anglaise  a  percé  les 
lignes  ennemies  sur  4  kilomètres,  enlevé  3.5oo  mètres  de 
tranchées  et  fait  780  prisonniers,  avec  10  mitrailleuses. 

Progrès  français  à  l'est  d'Ablain  (4oo  prisonniers). 

Les  Italiens  entrent  à  Cormons. 

Lutte  acharnée  entre  la  Lubaczovka  et  Przemjsl, 
ainsi  qu'entre  cette  place  et  le  marais  du  Dniester. 

A  l'est  de  Jcdvabno,  les  Allemands  attaquent  avec 
des  gaz. 

Une  forte  attaque  albanaise  contre  la  frontière  serbe 
est  repoussée. 

L'armée  turque  a  perdu  60.000  hommes. 

L'Italie  déclare  le  blocus  du  littoral  albanais  et 
austro-hongrois  de  l'Adriatique. 

Un  dirigeable  a  survolé  Southend  et  tué  une  femme. 

18  avions  français  ont  bombardé  des  fabriques  à 
Ludwigshafen  ;  un  seul  a  été  pris. 

Un  dirigeable  allemand  bombarde  Helsingfors  et  tue 
4o  habitants. 

Il  paraît  avéré  que  les  États-Unis,  malgré  le  blocus, 
continuent  à  nourrir  l'Allemagne  par  la  Hollande  et  les 
pays  Scandinaves. 

Les  Allemands  ont  lancé  dans  les  tranchées  anglaises 
un  papier  portant  ces  mots  :  «  Nous  sommes  trop  peu 
pour  attaquer,  trop  nombreux  pour  nous  retirer,  trop 
fiers  pour  nous  rendre  ;  mais  nous  voudrions  rentrer 
chez  nous.  » 

La  France  a  2.5oo.ooo  hommes  au  front;  il  en  reste 
environ  1.200.000  dans  les  dépôts.  Avec  les  engagés 
volontaires  (Français  et  coloniaux),  on  peut  estimer  la 
force  totale  à  4  millions  d'hommes. 

Jeudi  27  mai.  —  Succès  français  à  Ablain  et  au 
sud-est  d'Ablain. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  97 

Aux  lisières  du  bois  Le  Prêtre,  nous  avons  atteint  sur 
deux  points  la  route  de  F'ey-en-Haye  à  Norroj.  Les  Alle- 
mands disent  que  nous  avons  été  repoussés  avec  pertes. 

Les  Allemands  détruisent  de  nouveau,  à  coups  de 
canon,  le  viaduc  de  Dannemarie,  que  les  Français 
avaient  réparé. 

Avançant  sur  les  deux  rives  de  l'Adige,  les  Italiens 
prennent  Ala. 

Les  Italiens  occupent  le  mont  Baldo  et  approchent 
de  Gradisca. 

Des  troupes  autrichiennes  quittent  Tarnov  pour  le  front 
italien.  Une  XIP  armée  autrichienne  se  forme  àBotzen. 

Le  quartier  général  autrichien  est  à  Trente. 

Graves  désordres  anti-allemands  à  Milan  ;  la  populace 
pille  60  fabriques  et  3oo  appartements,  ne  ménageant 
même  pas  les  maisons  suisses. 

Dans  la  région  de  Chavli,  les  Russes  prennent  la 
position  de  Bubjé  (i.ooo  prisonniers). 

Les  Allemands  bombardent  Ossovetz. 

Les  Russes  prennent  Seniava  (i.ooo  prisonniers). 

Les  Allemands  sont  repoussés  à  l'est  d'Hussakov. 

Le  centre  russe  résiste  entre  Przemysl  et  la  Lubac- 
zovka  (à  10  kilomètres  de  Jaroslav). 

Un  sous-marin  anglais  s'avance  jusqu'à  Gonstanti- 
nople,  coulant  un  navire  de  munitions  dans  la  Marmara 
et  lançant  une  torpille  contre  un  transport,  le  long  de 
l'arsenal  de  Constantinople. 

Un  torpilleur  allemand  coule  le  croiseur  Majestic 
devant  Sedul-Bahr;  c'est  le  cinquième  cuirassé  anglais 
perilu  aux  Dardanelles. 

La  Turquie  prétend  et  déclare  aux  puissances  qu'elle 
va  opérer  contre  le  canal  de  Suez. 

Les  Russes  battent  les  Turcs  près  de  Mischkvine. 

Les  Arméniens  de  Zeitoun  ont  gagné  la  montagne  pour 
ne  pas  être  enrôlés;  ils  sont  aux  prises  avec  20.000  sol- 
dats turcs. 

Le  navire  auxiliaire  Princess  Irène  fait  explosion  à 
Sheerness  (^oo  morts). 

Deux  torpilleurs  italiens  coulent  un  sous-marin 
autrichien. 

68.    CHRONOLOGIE    UK    LA    GUERRE  n 


98  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Un  dirigeable  ayant  jeté  des  bombes  sur  Southend 
(septième  raid  allemand  en  Angleterre),  le  communiqué 
allemand  parle  des  fortifications  de  Southend  ;  personne 
n'en  est  dupe. 

Des  avions  allemands  jettent  des  bombes  sur  les 
casernes  de  Gérardmer. 

La  presse  bulgare  et  les  cercles  militaires  s'élèvent 
contre  la  politique  neutraliste  du  Cabinet. 

Le  roi  d'Italie  et  le  roi  de  Serbie  échangent  des 
télégrammes  significatifs,  faisant  augurer  une  action 
commune. 

Sir  Henry  Jackson  remplace  l'amiral  Fisher  comme 
premier  Lord  de  la  mer. 

Dans  une  lettre  au  cardinal  Vannutelli,  le  Pape  parle 
des  (k  moyens  olTensifs  employés  sur  terre  et  sur  mer, 
contraires  aux  lois  de  l'humanité  et  du  droit  inter- 
national ». 

Vendredi  28  mai.  —  D'Angres  à  Arras,  la  bataille 
fait  rage  ;  les  Allemands  contre-attaquent  et  bombardent 
violemment. 

Les  Autrichiens  sont  en  retraite  dans  le  Trentin  et  le 
Frioul. 

Les  Italiens  occupent  Grado,  port  d'Aquilée. 

L'anarchie  est  à  son  comble  en  Albanie,  où  des 
officiers  autrichiens  et  turcs  excitent  les  Albanais  contre 
les  Italiens  et  les  Serbes. 

Les  Russes  prennent  des  canons  dans  la  réqion  de 
Chavli. 

Les  Allemands  passent  !e  San  à  Radymno. 

Au  sud-est  de  Przemysl,  les  Allemands  avancent  k 
l'est  d'Hussakov. 

Les  Russes  ont  contre-attaque  dans  la  région  de  Strij, 
prenant  600  hommes  et  8  mitrailleuses. 

Le  27  et  le  28,  très  vif  combat  entre  les  marais  du 
Dniester  et  Dolina.  Les  Russes  ont  pris  l'offensive  sur 
la  rive  gauche  de  la  Svitza  et  jusqu'à  la  Lomnitza.  Près 
de  Perechinsko  (20  kilomètres  sud-est  de  Dolina),  les 
Russes  ont  fait  3. 2 00  prisonniers. 

Le  Gouvernement  russe  proteste  de  nouveau  contre 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  99 

les  ohitlres  énormes  de  prisonniers  russes  qu'indiquent 
les  communiqués  austro-allemands. 

Les  Russes  sont  entrés  à  Van,  très  acclamés. 

On  a  confisqué  à  Bucharest  des  caisses  destinées  à 
l'ambassadeur  allemand  de  Gonstantinople  ;  elles  con- 
tenaient des  bombes  asphyxiantes. 

A  une  conférence  de  la  paix,  convoquée  à  Berne, 
Vogthen,  député  au  Reichstag,  déclare  qu'il  n'approuve 
pas  la  violation  de  la  neutralité  belge. 

Bruyante  démonstration,  devant  le  Reichstag,  de 
femmes  allemandes  réclamant  la  paix. 

La  Gazette  de  Cologne  fait  observer  avec  insistance 
que  l'Italie  est  en  guerre  avec  l'Autriche,  non  avec 
l'Allemagne. 

Bethmann-HoUweg  dit  au  Reichstag  :  «  Le  Gouver- 
nement italien  a  écrit  pour  toujours,  dans  le  livre  de 
l'histoire  des  peuples,  en  lettres  de  sang,  son  acte  de 
déloyauté...  Une  attaque  italienne  contre  les  troupes 
austro-hongroises  se  heurtera  aussi  à  des  troupes  alle- 
mandes. »  Le  chancelier  attribue  la  guerre  à  «  la  rue, 
travaillée  par  l'or  de  la  Triple  Entente  »,  qui  l'a  emporté 
en  menaçant  les  modérés  de  meurtre  et  de  révolution. 
Bethmann-Hollweg  dit  encore  :  «  Le  Gouvernement 
britannique,  pour  ameuter  l'opinion,  publie  un  document 
(le  rapport  Bryce)  contenant  les  dépositions  de  témoins 
anonymes  et  qui  signalent  de  prétendues  cruautés  com- 
mises en  Belgique  par  les  troupes  allemandes,  cruautés 
si  monstrueuses  qu'il  n'y  a  que  des  cerveaux  de  fous 
qui  puissent  y  ajouter  foi.  » 

Les  trois  ordi-es  d'enseignement  en  France  ont  perdu 
5.862  hommes,  dont  i.oi3  morts.  L'enseignement 
primaire  compte  i  .5oo  tués  ;  l'Ecole  normale  supérieure, 
^7  tués  et  106  blessés. 

Pour  avoir  acclamé  des  prisonniers  traversant  la  ville, 
la  petite  ville  belge  de  Roulers  est  frappée  d'une  amende 
de  i.5oo.ooo  marks. 

Samedi  29  mai.  —  Les  Français  ont  achevé  de 
prendre  Ablain  (12-29  "^^'  »  détails  dans  le  Temps, 
3  juin). 


100  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

La  lutte  est  chaude  à  Neuville-Saint-Vaast,  .  où  les 
Français  progressent  maison  par  maison. 

Un  nouveau  bombardement  fait  une  vingtaine  de  vic- 
times à  Pont-à-Mousson. 

Le  fort  de  Luzerna  s'est  rendu  aux  Italiens. 

Les  Italiens  occupent  Valona  et  les  îles  Sasseno. 

Les  Russes  se  sont  repliés  derrière  la  Dubissa,  mais 
arrêtent  les  progrès  de  l'ennemi  sur  la  rivière. 

Les  Allemancls  ont  dû  évacuer  la  rive  droite  du  San 
jusqu'à  l'embouchure  de  la  Lubaczovka,  perdant 
3.000  prisonniers. 

La  ilotte  russe  de  la  Mer  Noire  a  détruit  une  usine 
électrique  et  les  bâtiments  d'une  exploitation  houillère 
sur  la  côte  d'Anatolie. 

Talaat  bej  a  dit  ù  un  représentant  du  Berliner  Tage- 
blatt  :  «  Je  ne  crois  pas  à  une  guerre  balkanique.  Bra- 
tiano  est  un  homme  sérieux  et  honorable.  Le  roi  et  lui 
assurent  la  neutralité  de  la  Roumanie.  » 

Le  représentant  du  ministère  de  la  Guerre  a  déclaré 
à  la  Commission  du  budget  du  Reichstag  que  l'Alle- 
magne  était  prête  pour  une  campagne  d'hiver,  avec  des 
matières  premières  en  suffisance. 

Parlant  au  nom  des  conservateurs,  le  comte  Westarp 
a  dit  :  «Il  s'agit  de  reconstruire  notre  maison  plus  soli- 
dement encore  qu'auparavant.  Nous  ne  devons  pas 
reculer  devant  les  conséquences  nécessaires  pour  la 
sécurité  durable  de  ce  pays.  »  Ces  mots  inquiètent 
la  Hollande,  d'autant  plus  que  cette  manière  de  voir  a 
été  adoptée,  quelques  jours  après,  par  les  nationaux- 
libéraux  {Temps  du  29). 

Le  Gouvernement  hongrois  annonce  qu'il  va  saisir  le 
quart  des  dépôts  des  caisses  d'épargne. 

Dimanche  30  mai.  —  Dans  la  nuit  du  29  au  3o, 
les  Russes  ont  franchi  la  Lubaczovka  et  occupé  Mo- 
nasLerz.  L'offensive  allemande  sur  Jaroslav-Radymno 
est  arrêtée. 

L'offensive  russe  se  prononce  au  delà  du  Dniester 
(700  prisonniers,  3o  mitrailleuses). 

Les  aviateurs  italiens  mettent  le  feu   au   grand  ré- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  101 

servoir  de  benzine  à  Pola,  qui  brûle  pendant  pkisieiir.s 
jours. 

Télégraphiant  au  président  Poincaré,  le  roi  d'Italie 
dit  que  les  deux  pays  sont  réunis  dans  un  même  idéal  : 
la  libération  des  peuples  opprimés  et  la  défense  de 
notre  civilisation  commune. 

Le  colonel  Feyier  écrit,  dans  le  Journal  de  Genève  : 
a  Les  dépêches  dessinent  les  contours  de  la  manœuvre 
européenne  contre  le  bloc  impérial,  avec  la  Suisse, 
appui  des  ailes  intérieures.  » 

Lundi  31  mai.  —  L'Allemagne  répond  aux  États- 
Unis  que  le  Lusiiania,  transportant  des  munitions  et 
étant  armé  de  canons,  devait  être  assimilé  à  un  na- 
vire de  guerre.  Pour  les  autres  cas  en  litige,  l'Alle- 
magne réparera  les  préjudices  matériels. 

La  Garde  prussienne  et  d'autres  troupes  allemandes 
s'emparent  de  Strij  et  rompent  les  lignes  russes  au 
sud-ouest  (9.200  prisonniers,  8  canons.) 

Dans  la  nuit  du  3o-3i,  les  Allemands  attaquent  vio- 
Irmment  sur  tout  le  front  au  nord  de  la  Pilitza,  se 
servant  de  gaz  qui  font  sentir  leurs  effets  à  3o  kilo- 
mètres en  arrière. 

Les  Bavarois  prennent  d'assaut  trois  forts  sur  le  front 
nord  de  Przemysl. 

Des  troupes  turques  quittent  Damas  pour  Gonslan- 
tiuople,  où  la  situation  est  très  tendue. 

Succès  des  Anglais  en  Mésopotamie,  au  nord  de 
Korna. 

Des  dirigeables  survolent  Ramsgafe  et  la  banlieue  de 
Londres. 

Les  Allemands  disent  que,  en  réponse  au  bombarde- 
ment de  Ludwigshafen,  ils  ont  jeté  de  nombreuses 
bombes  sur  les  chantiers  et  les  docks  de  Londres. 

Garua,  dans  le  Cameroun,  se  rend  aux  Alliés. 

On  manifeste  à  Sofia  et  à  Bucharest  en  faveur  des 
Alliés. 

Le  total  des  pertes  prussiennes  atteint  i.338.ooo  hom- 
mes, dont  74.000  officiers. 

Suivant  le  communiqué  allemand  du  2  juin,  les  Aus- 


102  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

tro-Allemands  auraient  pris,  pendant  le  mois  de  mai, 
sur  le  théâtre  sud-oriental  de  la  guerre,  270.000  hom- 
mes, 261  canons,  676  mitrailleuses  et  im  énorme  ma- 
tériel. 

Un  placard  socialiste,  répandu  en  Allemagne,  dé- 
nonce l'Autriche -Hongrie  comme  ayant  décliaîné  la 
guerre  et  blâme  l'ignorance  où  on  laisse  les  peuples  : 
C(  Les  pires  ennemis  de  l'Allemagne  sont  l'impérialisme 
et  le  parti  de  la  guerre.  >  Ce  placard  ajoute  qu'on 
aurait  pu  préparer  les  voies  à  la  paix  en  mars,  mais 
que  la  cupidité  des  impérialistes  allemands  y  mit 
obstacle. 


JUIN 


Mardi  1^''  juin.  —  Les  Alliés  progressent  sur  Saint- 
Julien  ;  la  ligne  allemande  est  devenue  irrégulière  entre 
Dixmude  et  Ypres. 

Les  Finançais  prennent  de  nouvelles  tranchées  au 
nord  d'Arras. 

Les  Italiens  investissent  le  Trentin  et  progressent 
vers  Trente. 

Sur  la  Bzura,  une  saute  de  vent  a  retourné  contre 
les  Allemands  un  nuage  de  gaz  qui  menaçait  les 
Russes. 

Bombardement  des  forts  du  nord  de  Przemysl. 

Les  Allemands  progressent  entre  la  Tismenitza  et 
Strij . 

Le  Canada  dément  que  le  Lusitania  ait  transporté 
des  soldats  canadiens. 

L'ambassadeur  Gérard  télégraphie  de  Berlin  à  Bryan 
que  le  Gulflight  a  été  torpillé  par  erreur. 

A  la  suite  de  l'incursion  d'un  dirigeable  sur  la  ban- 
lieue de  Londres  et  Ramsgate  (nuit  de  lundi  à  mardi). 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  103 

des  manifestations  anti-allemandes  se  produisent,  no- 
tamment à  Shoreditch. 

On  dit  que  les  bandes  albanaises  comptent  3o.ooo 
hommes,  payés  4o  francs  au  mois  par  l'Autriche. 

Depuis  le  i^"'  août  191 4;  20  déclarations  de  guerre 
ont  été  faites;  on  en  attend  d'autres. 

Les  Alliés  fabriquent  de  nouvelles  mitrailleuses  à 
balles  incendiaires. 

Le  Gouvernement  français  déclare  qu'il  répondra  à 
l'emploi  des  gaz  asphyxiants.  • 

Le  général  Keim  écrit  (Tœglische  Rundschau)  :  «  On 
doit  poursuivre  le  but  de  dissocier  l'Italie  politiquement, 
de  la  ruiner  économiquement.  » 

Mercredi  2  juin.  — Violents  combats  h  l'est  de 
Notre-Dame-de-Lorette. 

Depuis  le  3i  mai,  les  Français  ont  pris  800  hom- 
mes dans  la  forteresse  dite  le  Labyrinthe. 

Nouvelles  bombes  sur  la  cathédrale  de  Reims. 

Opérant  au  sud  de  Liban,  les  Russes  ont  pris  Polin- 
ghen. 

Sur  la  rive  gauche  du  San  inférieur,  les  Russes  ont 
enfoncé  l'ennemi  et  pris  un  fortin  à  Rudnik,  à  60  ki- 
lomètres au  nord-ouest  de  Jaroslav  (4-ooo  prisonniers). 
L'offensive  russe  continue  vers  l'embouchure  de  la  Vis- 
lok,  affluent  de  gauche  du  San. 

Les  Russes  ont  commencé  à  évacuer  Przcmysl, 
enlevant  le  matériel  pris  aux  Autrichiens. 

L'escadre  italienne,  ayant  occupé  Lissa,  a  vainement 
défié  l'escadre  autrichienne,  qui  est  restée  à  Pola. 

On  assure  que  l'Allemagne  est  ravitaillée  par  la 
Suisse,  la  Hollande  et  la  Suède.  L'Autriche  est  ravitaillée 
par  la  Roumanie. 

Jeudi  3  juin.  —  A  l'ouest  de  Rudnik,  les  Russes 
détruisent  presque  entièrement  3  régiments  tyroliens. 

Les  Russes  retirent,  pendant  la  nuit,  les  dernières 
batteries  de  Przemysl  et  évacuent  la  ville. 

Un  sous-marin  anglais,  dans  la  Marmara,  coule  un 
grand  transport  à  destination  de  Panderma. 


104  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUEURE 

Les  Turcs  ont  276.000  hommes  pour  défendre  les 
deux  entrées  de  la  Marmara. 

Amarah  (Mésopotamie)  se  rend  aux  Anglais,  avec 
3o  officiers  et  700  hommes. 

29  avions  français  ont  lancé  178  obus  sur  le  quartier 
général  du  Kronprinz. 

Depuis  l'ouverture  des  hostilités  avec  l'Italie,  l'Au- 
triche a  perdu  5  aéroplanes. 

Salandra,  dans  un  grand  discours  tenu  au  Capitole, 
réfute  les  accusations  portées  contre  l'Italie  ;  tout  en 
exprimant  à  l'Allemagne  son  «  admiration  »  et  son 
«  respect  >^,  il  dit  :  «  Le  rêve  d'hégémonie  universelle 
est  brisé.  Le  monde  est  insurgé  :  la  paix,  la  civilisation, 
l'humanité  future,  doivent  se  fonder  sur  le  respect  com- 
plet des  autonomies  nationales,  parmi  lesquelles  l'Alle- 
magne devra  siéger  égale  aux  autres,  mais  non  maî- 
tresse. )) 

Vienne  et  Berlin  fêtent  la  reprise  de  Przemysl. 

Lloyd  Georges,  ministre  des  munitions,  dit  à  Man- 
chester :  «  Le  succès  de  la  guerre  dépend  plus  des 
patrons  et  des  ouvriers  des  usines  que  de  tous  le.s 
autres  citoyens.  Nous  avons  actuellement  plus  d'hommes 
que  d'équipements.  » 

Vendredi  4  juin.  —  Progrès  des  Italiens  près  de 
la  crête  de  Monte  Nero,  à  9  milles  des  tranchées 
autrichiennes  de  Tolmino. 

Une  attaque  générale  des  tranchées  turques  au  sud 
de  la  presqu'île  de  Gallipoli,  du  4  au  6  juin,  ne  donne 
pas  de  résultats  décisifs;  on  enlève  quelques  lignes  de 
tranchées  devant  Krithia. 

Jusqu'au  4  juin,  les  Russes  ont  conquis  la  région  de 
Van  et  une  partie  du  sanjak  de  Moush  ;  ils  ont  anéanti  le 
corps  de  Khalil  bey  et  purgé  de  troupes  turques  tout  le 
pajs  entre  les  lacs  de  Van  et  d'Ourmiah.  A  1  aile  droite, 
ils  ont  occupé  le  territoire  turc  entre  l'ancienne  frontière 
et  la  ligne  des  rivières  Tchorokh  et  Tortoum.  L'offen- 
sive turque  dans  l'Azerbeidjan  a  complètement  échoué. 

Un  sous-marin  anglais  coule  un  torpilleur  et  un 
transport  allemands  près  de  Windau  (Baltique). 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  105 

Samedi  5  juin.  —  La  flotte  italienne  a  bombardé 
et  partiellement  détruit  la  voie  ferrée  entre  Raguse  et 
Cattaro. 

Les  Anglais  repoussent  une  attaque  turque  à  EI-Kan- 
tara  (Egypte).  ' 

Dans  la  nuit  de  vendredi  à  samedi,  des  dirigeables, 
survolant  l'est  et  le  sud-est  de  l'Angleterre,  y  ont  fait 
peu  de  dommages. 

Ch.  Eliot,  président  de  l'Université  de  Harvard,  écrit 
dans  le  New- York  Times  pour  conjurer  rAmérique  du 
Nord  et  celle  du  Sud  de  mettre  leurs  usines  et  leurs  res- 
sources à  la  disposition  des  Alliés,  engagés  dans  une 
latte  gigantesque  pour  l'humanité. 

Dimanche  6  juin.  —  Les  Allemands  envoient  une 
pluie  de  gros  obus  sur  les  lignes  des  Alliés  dans  le 
nord. 

Violentes  contre-attaques  allemandes  sur  les  pentes 
de  Notre-Dame  de  la  Chapelle  et  Aix-Noulette. 

Une  attaque  française  imprévue,  près  de  la  ferme  de 
Quennevières,  à  l'est  de  Tracy-le-Mont,  nous  fait  gagner 
deux  lignes  de  tranchées  (200  prisonniers,  3  canons). 

Les  Allemands  avancent  de  Przemysl  sur  Moscizka 
(route  directe  de  Lemberg).  D'autres  corps  passent  le 
Dniester  près  de  Juravno,  menaçant  Lemberg  par  le 
sud. 

Les  Russes  occupent  Ardost  (Caucase). 

Dans  la  nuit,  un  dirigeable  bombarde  le  littoral  nord- 
est  de  l'Angleterre  et  tue  24  civils. 

So.ooo  personnes  manifestent  à  Bucharest  en  faveur 
de  l'intervention. 

On  dit  que  la  maison  Krupp  a  établi  une  grande 
usine  à  Constantinople  et  que  des  sous-marins  allemands 
ont  défilé  devant  Dolma  Bagtché. 

Lundi  7  juin.  —  La  frontière  belge  a  été  fermée 
du  côté  de  la  Hollande  ;  on  parle  d'un  afflux  de  troupes 
allemandes  destinées  à  l'attaque  d'Ypres. 

Progrès  français  dans  la  région  d'Arras  et  au  sud-est 
d'Hébuterne  (nord  d'Albert). 

Les  Français  progressent  au  delà  de  Vic-sur-Aisne. 


106  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

A  Vauquois,  par  représailles,  les  Fraaçais  ont  arrosé 
les  tranchées  allemandes  de  liquide  enflammé. 

Les  Italiens  commencent  à  passer  l'Isonzo. 

Les  Russes,  chassés  de  Bubjé,  se  replient  sur  Chavli. 

Sur  la  rive  gauche  de  la  Vistule,  les  Allemands  ont 
employé  des  gaz  asphyxiants. 

Au  sud  du  Dniester,  les  Allemands  ont  atteint 
Mislov,  Les  Autrichiens  disent  avoir  pris  6.200  Rus.ses 
dans  la  région  du  Pruth  et  du  Dniester. 

Il  y  a  4o  corps  allemands  en  Galicie  (sur  55  qui 
occupent  le  front  oriental). 

Les  Serbes  sont  à  deux  jours  de  marche  de  Scutari  ; 
mais  le  seul  but  de  leur  expédition  est  d'occuper  des 
points  stratégiques  pour  se  défendre  contre  les  incur- 
sions des  Albanais. 

Nouveau  bombardement  de  Zongouldak  (Mer  Noire). 

Les  Russes  occupent  Ide  (Caucase). 

Un  sous-marin  russe  a  attaqué  dix  cuirassés  allemands 
entre  Windau  et  Gotland. 

Le  Medjidieh,  coulé  devant  Odessa,  a  été  renfloué  et 
ajouté  à  la  flotte  russe. 

Dans  la  nuit  de  dimanche  à  lundi,  une  escadrille 
anglaise  bombarde  le  hangar  d'Evere  près  Bruxelles  ; 
l'un  des  aviateurs,  Warneford,  rencontre,  à  3  heures  du 
matin,  un  dirigeable  entre  Gand  et  Bruxelles  et  le 
détruit  à  coups  de  bombes. 

Un  dirigeable  a  survolé  la  côte  est  de  l'Angleterre, 
tuant  cinq  personnes. 

On  dit  que  l'Allemagne  off're  k  la  Roumanie,  pour 
prix  de  sa  neutralité  bienveillante,  la  Bukovine  et  l'in- 
dépendance de  la  Transylvanie. 

Le  nouveau  chef  du  parti  conservateur  roumain, 
Lahovary,  publie  un  manifeste  en  faveur  de  l'inter- 
vention. 

Le  roi  de  Bavière,  dans  un  discours  k  Fiirth,  s'est 
prononcé  pour  la  politique  des  annexions. 

Les  enfants  des  écoles  en  Allemagne  sont  mis  en 
congé  pour  cultiver  le  sol  ;  ce  sont  les  «  soldats  de  la 
terre  »,  dit  un  manifeste  impérial. 

Hindenburg  aurait  dit  que,  grâce  k  l'arme  nouvelle 


CHUONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  107 

et  puissante  des  gaz,  les  ennemis  de  l'Allemagne  seraient 
abattus  en  moins  de  deux  mois. 

On  rappelle  l'apostrophe  de  Luther  aux  princes  alle- 
mands :  ((  Vous  combattez  pour  l'injustice.  L'Allemagne 
sera  dévastée.  Insensés  !  que  vous  ont  fait  ces  femmes, 
ces  enfants,  ces  vieillards  que  vous  entraînez  dans  votre 
perte  ?  L'Allemagne  est  perdue,  j'en  ai  peur.  » 

Mardi  8  juin.  —  Les  Italiens  dessinent  un  mou- 
vement enveloppant  autour  de  Tolmino.  Les  Autrichiens 
abondonnent  la  vallée  du  bas  Adige,  brûlant  les  villages 
qu'ils  évacuent. 

Les  Italiens  prennent  Preikofel,  position  très  forte. 

Avance  allemande  vers  Kovno. 

Dans  un  combat  sur  les  bords  de  la  Viznia,  les 
Russes  ont  refoulé  les  Autrichiens  vers  Jaroslav  et 
infligé  un  échec  aux  Bavarois. 

Les  Allemands  continuent  à  progresser  sur  la  rive 
gauche  du  Dniester.  Les  Russes  reprennent  l'offensive 
au  nord-est  de  Juravno. 

Les  Russes  ont  évacué  Stanislau  sans  combat. 

Un  dirigeable  italien  est  détruit,  près  de  Lussin,  par 
un  hydravion  autrichien. 

Un  aéroplane  jette  des  bombes  sur  Venise. 

H.  Delius  dans  le  Lokal  Anzeiger  :  a  A  cette  heure, 
les  Français  ne  sont  ni  abattus  ni  découragés  ;  au 
contraire,  leur  confiance  est  très  grande.  Tant  qu'il  en 
sera  ainsi,  il  n'y  aura  pas  d'espoir  de  les  réduire.  » 

Mercredi  9  juin.  —  Les  Français  occupent  entiè- 
rement Neuville-Saint-Vaast. 

Progrès  français  aux  lisières  du  bois  Le  Prêtre. 

Les  Autrichiens  ont  évacué  et  fait  sauter  la  forte- 
resse de  Pizzacchio. 

Les  Italiens  prennent  Monfalcone  et  les  hauteurs 
voisines.  Ils  détruisent,  à  Monfalcone,  une  fabrique  de 
gaz  asphyxiants. 

La  Gazette  de  Voss  dit  mensongèrement  que  des 
appareils  de  télégraphie  et  des  canons  ont  été  placés  sur 
la  cathédrale  de  Milan  et  sur  Saint-Marc. 


108  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Depuis  le  6  juin,  usant  de  gaz  asphyxiants,  les 
Allemands  attaquent  les  positions  russes  de  Mosciska. 

Une  flottille  italienne  bombarde  Saint-Jean  de  Medua 
pour  obliger  les  Albanais  à  laisser  passer  des  convois 
de  vivres  destinés  au  Monténégro. 

Un  sous-marin  allemand  torpille  par  erreur  un 
vapeur  allemand  de  1.781  tonnes  qui  va  se  réfugier  à 
Harwich  et  y  est  détenu. 

On  a  découvert  et  détruit  dans  la  mer  Egée  un  dépôt 
de  benzine  pour  sous-marins. 

On  dit  que  Ghenadief  est  devenu  le  partisan  cha- 
leureux d'une  entrée  en  action  de  la  Bulgarie. 

On  mande  de  Russie  que  les  négociations  sont 
rompues  entre  la  Roumanie  et  la  Russie,  à  cause  de  la 
Bukovine  et  du  Banat  (détails  dans  le  Temps  du  21). 

La  Gazette  de  Francfort  écrit  :  «  Ayant  soutenu 
l'Autriche,  l'Allemagne  s'est  acquis  le  droit  de  la 
conseiller...  Il  n'est  que  juste  de  satisfaire  les  aspirations 
de  la  Roumanie,  v  Mais  l'Autriche  a  fait,  avec  l'Italie, 
une  expérience  qu'elle  ne  tient  pas  à  renouveler. 

En  présence  au  projet  de  note  à  l'Allemagne  rédigé 
par  le  président  Wilson,  demandant  la  cessation  de 
toute  attaque  contre  des  paquebots,  Bryan,  secrétaire 
aux  Affaires  étrangères,  donne  sa  démission  et  est 
remplacé  par  Robert  Lansing.  Bryan  paraît  avoir  voulu 
soumettre  à  l'arbitrage  le  cas  du  Lusitania. 

On  parle  à  New-York  d'un  complot  gigantesque 
organisé  par  l'Allemagne  pour  acquérir  à  tout  prix  le 
contrôle  des  usines  américaines  qui  fournissent  aux 
Alliés  des  armes  et  des  munitions.  Ce  plan  a  été  décidé 
le  2  juin  dans  une  réunion  présidée  par  Bernstorff.  Le 
«  roi  de  l'acier  »,  Schwab,  l'a  fait  échouer  en  le  révélant. 

L'archevêque  catholique  d'Utrecht  se  déclare  l'admi- 
rateur de  l'Allemagne  et  de  sa  «  culture  ». 

La  rente  française  touche  de  nouveau  le  cours  de  78. 

Les  pertes  anglaises,  à  l'exclusion  des  marins,  attei- 
gnent 258.000  hommes,  dont  5o.ooo  morts. 

Dimanche  13  juin.  —  Progrès,  puis  recul  des. 
Français  au  nord  de  la  sucrerie  de  Souchez. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  109 

Les  Italiens  bombardent  Malborghetto.  Leur  artillerie 
a  coupé  la  voie  de  Gorizia  à  Montefalcone,  près  de 
Sagrado.  Ils  occupent  déjà  4.000  kilomètres  carrés  de 
territoire  autrichien. 

Les  Allemands,  repoussés  sur  le  Windau,  semblent 
vouloir  tenter,  avec  cinq  corps,  une  opération  sur  Riga. 

Sur  la  Bzura,  on  dit  que  les  Allemands  emploient  un 
mélange  de  benzine  et  de  pétrole  à  haute  pression  qui 
coupe  les  fils  barbelés  à  distance. 

Le  front  russe  est  percé  en  Galicie  vers  Moscizka  ; 
les  Allemands  disent  avoir  fait  iG.ooo  prisonniers.  Ils 
passent  la  Lubaczovka,  affluent  du  San,  dans  son  cours 
inférieur  et  marchent  vers  Lemberg. 

Les  navires  français  bombardent  Tchesmé,  base  de 
.sous-marins  sur  la  côte  anatolienne. 

Les  élections  grecques  sont  favorables  à  Vénizélos. 

Les  Bulgares  démentent  qu'ils  laissent  passer  des 
munitions  et  des  officiers  allemands  destinés  aux  Turcs. 

Dans  une  réunion  tenue  à  Munich,  les  socialistes 
bavarois  condamnent  le  discours  annexionniste  du  roi 
et  demandent  que  la  Belgique  reste  indépendante.  En 
revanche,  les  nationaux-libéraux  saxons  se  prononcent 
pour  la  politique  annexionniste. 

Herriot  écrit  dans  \' Information  :  «  Jamais  l'impéria- 
lisme allemand  ne  s'est  montré  plus  agressif,  en  dedans 
et  au  dehors,  que  dans  la  période  présente.  Ceux  qui 
parlent  de  son  découragement  nous  trompent.  » 

Le  colonel  Feyler  écrit  dans  le  Journal  de  Genève  : 

L'Europe  n'est  pas  mûre  encore  pour  le  scandale 
d'une  annexion  de  la  Belgique.  » 

Le  total  des  prisonniers  faits  par  les  Alliés,  Japonais 
compris,  s'élève  à  i.iSo.ooo. 

Lundi  14  juin.  —  Les  Belges  se  consolident  sur  la 
rive  droite  de  l'Yser. 

De  gros  obus,  lancés  à  24  kilomètres,  tombent  dans 
la  forêt  de  Compiègne. 

Les  Italiens  bombardent  Gorizia. 

Les  Allemands  bombardent  Ghavli.  Ils  reprennent 
offensive    dans    la  région  de  Jaroslav  et  sur  la  rive 


110  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

droite  du  San.  Les  Russes  se  retirent  entre  le  Dniester 
et  le  Pruth  vers  leur  frontière. 

Les  Serbes  occupent  El  Basan  et  Tirana  en  Albanie  ; 
deux  colonnes  visent  Durazzo,  tandis  que  les  Monténé- 
grins marchent  sur  Scutari. 

Le  ministre  de  Russie  à  Bucharest  a  été  reçu  par  le 
roi.  Il  y  a  eu  un  long  conseil  des  ministres,  auquel 
assistaient  les  présidents  des  deux  Chambres. 

Romain  Rolland  écrit  dans  le  Journal  de  Genève  : 
«  Aux  actes  d'accusation  dressés  contre  les  empires  de 
proie  et  contre  leur  orgueil  humain,  au  nom  du  droit 
violé,  de  l'humanité  outragée,  par  les  peuples  victimes 
et  par  les  combattants,  s'ajoute  le  cri  de  douleur  des 
âmes  nobles  de  leur  propre  peuple  que  les  mauvais 
bergers  ont  conduit  et  contraint  au  meurtre  et  à  la 
déraison.  » 

On  calcule,  à  Budapest,  que,  jusqu'au  i"  juin,  les 
Austro-Hongrois  ont  perdu  3.5oo.ooo  hommes,  malades 
compris. 

L'accord  s'est  fait  pour  l'échange,  par  l'entremise  de 
la  Suède,  de  loo.ooo  prisonniers  russes  et  allemands 
invalides. 

Mardi  15  juin.  —  Nouveau  bombardement  d'Osso- 
vetz. 

Dans  la  région  de  Lubaczov,  la  cavalerie  russe, 
venant  à  l'aide  de  l'infanterie  épuisée,  anéantit  un 
régiment  allemand. 

Le  i4  et  le  i5,  en  amont  de  Juravno,  les  Russes  ont 
pris  8.544  hommes  et  6  canons.  Les  Austro-Allemands 
passent  le  Dniester  vers  Nijniov, 

Des  avions  allemands  tuent  et  blessent  des  civils  à 
Nancy. 

Vingt-trois  avions  alliés  ont  jeté  i3o  bombes  Sur 
Carlsruhe,  endommageant  le  château  ;  deux  avions  ne 
sont  pas  revenus. 

Sur  la  côte  nord-est  de  l'Angleterre,  un  dirigeable  â 
tué  seize  personnes. 

La  voie  d'Arkhangel  à  Vologda,  occupée  par  le  trans- 
port de  matériel  de  guerre,  est  fermée  au  commerce. 


CHRONOLOGIE    DE    hX    GUERRE  111 

Jusqu'au  3i  mai,  les  pertes  navales  anglaises  ont 
atteint  7.696  hommes  et  549  officiers. 

Mercredi  16  Juin.  — •  Progrès  anglais  au  sud  de 
Hooge  (nord-est  d'Ypres). 

Les  Allemands,  renforcés,  contre-attaquent,  le  16  et 
le  17,  au  nord  d'Arras. 

Les  Allemands  lancent  100  obus  sur  Reims,  dont  10 
sur  la  cathédrale  (ils  disent  n'avoir  tiré  que  sur  les 
casernes). 

Progrès  français  sur  la  haute  Fecht  et  prise  du 
Braunkopf  (34o  prisonniers). 

Succès  des  alpins  italiens  sur  le  Monte  Nero. 

Les  Autrichiens  ont  vainement  attaqué  les  passages 
des  Alpes  Carniques,  en  particulier  celui  de  Monte 
Croce. 

De  part  et  d'autre  de  Chavli,  les  Allemands  se  déve- 
loppent sur  un  front  de  100  kilomètres. 

A  minuit,  les  Allemands  prennent  la  partie  ouest  de 
Grodek. 

Dans  la  nuit  du  i5  au  16,  sur  le  front  du  Dniester, 
les  Allemands  éprouvent  de  grosses  pertes. 

Des  bandes  albanaises,  ayant  envahi  le  Monténégro, 
sont  repoussées. 

Les  Serbes  bombai-dent  Semlin. 

Des  aviateurs  anglais  bombardent  un  hangar  de 
"Il     dirigeables  près  de  Gand. 

La  Suède  a  interdit  le  transit,  k  destination  de  la 
Russie,  des  marchandises  dont  elle  prohibe  elle-même 
l'exportation.  L'Allemagne  travaille  à  exciter  la  Suède 
contre  la  Russie  ;  Sazonov  déclare  que  la  Russie  pense 
aussi  peu  à  attaquer  la  Suède  que  la  lune;  d'autre  part, 
le  Gouvernement  suédois  a  donné  des  assurances  paci- 
fiques à  la  Triple  Entente. 

Les  niinistres  de  Bulgarie  et  de  Roumanie  à  Berlin 
ont  été  invités  au  quartier  général  par  Guillaume  IL 

Malgré  la  majorité  de  100  voix  obtenue  par  Vénizélos, 
Gounaris  prétexte  la  maladie  du  roi  pour  garder  le 
pouvoir. 

On  proteste  en  Suisse  contre  les  rigueurs  de  la  censure 


112  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

fédérale,  trop  soucieuse  des  susceptibilités  de  l'Alle- 
magne. 

Le  Temps  du  17  reproduit  une  lettre  d'Alsace  à  la 
Gazette  de  Lausanne,  annonçant  que  les  chimistes 
français  ont  obtenu  des  «  résultats  effroyables  »  dans 
les  essais  qu'ils  ont  faits  pour  répondre  à  l'emploi  des 
gaz  par  les  Allemands. 

Aux  Communes,  on  demande  la  mise  en  chantier  d'un 
grand  nombre  d'avions,  constituant  un  a  essaim  de  fre- 
lons ».  Le  Gouvernement  déclare  que  l'Angleterre, 
comme  la  Russie,  construit  aussi  de  grands  avions. 

On  parle,  au  Canada,  d'un  nouveau  respirateur 
efficace  contre  tous  les  gaz. 

Jeudi  il  juin.  —  Les  Français  achèvent  la  con- 
quête, commencée  le  g  mai,  du  système  d'ouvrages  for- 
tifiés dit  Labyrinthe,  entre  Neuville-Saint-Vaast  et 
Ecurie  (i.ooo  prisonniers).  On  a  lancé,  sur  les  positions 
allemandes,  Soo.ooo  obus. 

Prise  du  cimetière  de  Souchez  par  les  Français. 

Les  Allemands  ont  réuni  1 1  divisions  autour  d'Arras. 

Ils  évacuent  Metzeral,  après  y  avoir  mis  le  feu. 

Les  Italiens  emportent  les  hauteurs  de  la  rive  gauche 
de  risonzo  qui  dominent  Plava.  La  résistance  des 
Autrichiens  augmente  sur  le  front  italien. 

Les  Russes,  évacuant  la  rive  droite  du  San,  se 
retirent  au  delà  de  la  Tanev  et  de  la  ligne  des  lacs  de 
Grodek.  Au  nord  de  Seniava,  les  Autrichiens  ont 
pénétré  en  territoire  russe  et  occupé  Tàrnogrod. 

Les  Russes  repoussent  l'ennemi  au  delà  du  Dniester. 

On  s'émeut,  à  Stockliolm,  de  la  destruction  d'un 
vapeur  suédois,  portant  du  bois  à  Manchester,  qui  a 
été  torpillé  en  plein  jour. 

Des  avions  bombardent  Zeebrugge,  Heyst  etKnocke. 

Le  Comité  national  roumain  proteste  contre  l'agita- 
tion allemande  en  Roumanie. 

On  commente  une  lettre  de  Guillaume  II  à  un  prince 
bavarois,  récemment  publiée  en  Espagne,  où  l'Empe- 
reur dit  qu'il  ne  tiendrait  qu'à  lui  de  faire  immédiate- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  113 

ment  une  paix,  laquelle,  tout  en  ne  donnant  qu'un 
résultat  incomplet,  préparerait  les  voies  à  l'avenir 
(c'est-à-dire  à  une  guerre  nouvelle  à  bref  délai). 

La  récolte  de  pommes  de  terre  en  Allemagne  s'an- 
nonce déficitaire.  II  est  question  de  réduire  de  moitié 
la  consommation  de  la  viande  et  de  la  bière. 

Vendredi  18  juin.  —  Un  communiqué  russe 
résume  la  bataille  de  Galicie-Bukovine  depuis  la  prise 
de  Strij  et  dément  les  récits  de  victoires  des  Austro- 
Allemands.  Du  29  mai  au  i5  juin,  les  Russes  ont  pris 
4o.ooo  hommes  et  24  canons;  sur  le  seul  secteur  du 
Dniester,  les  Allemands  auraient  perdu  1 20.000  hommes. 

Des  torpilleurs  autrichiens  bombardent  Pesaro  et 
Rimini. 

Les  sous-marins  anglais,  dans  la  Marmara,  empêchent 
les  Turcs  d'atteindre  Gallipoli. 

Suivant  le  colonel  Feyler,  les  Allemands  ont 
74  corps  sur  les  deux  fronts,  au  total  1.829  bataillons, 
dont  708  en  Orient  et  1.128  en  Occident.  Avec  les 
680  bataillons  autrichiens,  cela  fait  i.38i  bataillons 
contre  la  Russie.  Que  reste-t-il  pour  mettre  en  ligne 
contre  l'Italie  ? 

Times  :  «  Il  y  a  un  an  nous  ne  pensions  guère  que  le 
centenaire  de  Waterloo  nous  trouverait  de  nouveau  en 
armes  pour  une  cause  que  nous  avons  si  souvent 
vengée,  L'Angleterre  combattait  alors  pour  la  liberté 
de  l'Europe  ;  c'est  pour  cela  qu'elle  combat  encore.  » 

Les  membres  des  clubs  militaires  et  navals  anglais 
n'ont  pas  célébré  de  fête  annuelle  ;  ils  se  sont  contentés 
d'invoquer  la  mémoire  des  Anglais  et  des  Français 
""  Itombés  à  Waterloo  et  se  sont  retirés  en  silence. 


Samedi   i9  juin.   —    Les   Belges    prennent    des 
îi^^ltranchées  entre  Dixmude  et  Nieuport. 
jit»    La  cavalerie  russe,  près  de  Ghavli,  enlève  et  brûle 
"importants  convois. 

L'armée  de  Sébastopol,  destinée  au  Bosphore,  a  été 
ppelée  en  Galicie. 

es  Russes  ont  perdu  les  lignes  de  Grodek.  Ils  ont 

68.    CHRONOLOGIE   D£    LA    GUERRE  '    8 


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114  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

aussi  évacué  la  rive  droite  du  Dniester  entre  les  marais 
et  l'embouchure  de  la  Strij. 

Entre  le  cap  Matapan  et  la  Crète,  un  navire  français 
capture  des  officiers  turcs  envovés  par  Enver  aux 
Senoussis  de  Tripolitaine. 

Les  Français  bombardent  la  gare  de  Munster  et  font 
sauter  des  dépôts  de  munitions. 

L'opposition  hongroise  refuse  sa  confiance  à  Tisza. 

On  prétend  que  le  Pape  a  exigé  de  François-Joseph 
le  respect  des  cathédrales  de  Venise  et  de  Milan. 

Hilaire  Belloc  démontre  (Land  and  Water)  que  plus 
de  4  millions  d'Austro-Allemands  sont  hors  de  comoat. 

Gazette  de  la  Croix  :  a  Même  si  la  guerre  finit 
comme  nous  l'espérons,  l'Allemagne  ne  sera  pas  dans 
une  situation  commode.  Nous  serons  le  peuple  le  plus 
détesté  de  toute  l'Europe;  nous  aurons  d'autant  plus 
d'efforts  à  accomplir  pour  nous  fortifier.  Nous  ne  pour- 
rons plus  laisser  une  partie  considérable  de  notre  jeu- 
nesse sans  instruction  militaire.  Notre  matériel  devra 
être  renouvelé.  Nous  serons  obligés  à  de  grandes  écono- 
mies ;  les  impôts  devront  être  très  élevés  ;  ce  ne  sera 
pas  comme  après  la  guerre  de  1870,  où  la  France  nous 
a  payé  une  grosse  somme  après  une  guerre  relative- 
ment courte.  )) 

Dimanche  20  juin.  —  Cinq  cents  prisonniers  autri- 
chiens arrivent  à  Asti  et  crient  Evviva  l'Italia  ! 

Les  Allemands  prennent  Rava-Russka  et  refoulent 
les  Russes  vers  l'est. 

Le  cuirassé  anglais  Roxburghe  est  torpillé,  mais 
peu  endommagé  dans  la  mer  du  Nord. 

E.  Lavisse  écrit  :  «  Ce  qu'il  faut  surtout  aujourd'hui, 
c'est  prêcher  la  patience,  en  montrant  qu'il  n'y  a  plus 
que  patience  à  prendre.  Les  guerres  libératrices  furent 
toujours  longues.  » 

On  dit  que  l'Autriche  refuse  toute  concession  territo- 
riale à  la  Roumanie.  à 


Lundi  21  juin.  —  i4  obus  tombent  sur  Dunkerque. 
Les  Français  occupent  Metzeral. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUEP.RE  115 

Dans  la  zone  du  Monte  Nero,  les  alpins  se  heurtent 
à  des  forces  autrichiennes  venues  de  Galicie. 

Petrograd  s'attend  à  la  chute  de  Lemberg,  attaqué  k 
l'est  et  au  nord.  Les  Allemands  prennent  Zolkiev. 

Les  Russes  battent  les  Autrichiens  qui  ont  franchi  le 
Dniester  en  avant  de  Nijniov  (3.5oo  prisonniers). 

Les  escadres  alliées  bombardent  Gallipoli. 

Le  général  Botha  a  occupé  Omomru  (Sud-Ouest  afri- 
cain allemand). 

La  Liberté  publie  une  longue  conversation  de  Latapie 
avec  le  Pape.  La  teneur  de  cet  entretien,  d'ailleurs 
contestée  au  Vatican,  n'est  approuvée  qu'en  Allemagne 
et  en  Autriche  (Voir  Journal  de  Genève,  2G  juin). 

Mardi  22  juin.  —  45  obus  tombent  sur  Dunkerque. 

Les  Allemands  prennent  une  hauteur  près  du  Ban- 
de-Sapt. 

Les  Français  occupent  Sondernach  (région  de  la 
Fecht). 

Les  Russes  ont  évacué  Lemberg  que  les  Autrichiens 
ont  occupé  à  4  heures  du  soir,  faisant  très  peu  de 
butin.  Réjouissances  à  Vienne  et  à  Berlin. 

Sur  le  Dniester,  combats  favorables  aux  Russes.  Le 
communiqué  dit  :  «  Notre  artillerie  lourde  et  légère 
nous  a  prêté  un  appui  efficace.  »  Ainsi  les  Russes  font 
savoir  qu'ils  commencent  à  être  ravitaillés  en  munitions. 

Du  20  au  22,  très  vifs  combats  de  tranchées  aux 
Dardanelles,  favorables  aux  Alliés. 

Les  socialistes  allemands  Bernstein,  Haase  et  Kautsky 
publient  à  Leipzig  un  manifeste  contre  la  guerre,  répu- 
diant toute  annexion.  On  croit  que  ce  manifeste,  toléré 
par  la  censure,  n'est  qu'un  ballon  d'essai  de  l'Alle- 
magne qui  joue,  comme  à  l'ordinaire,  double  jeu. 

Mercredi  23  juin.  —  Les  Allemands  bombardent 
Arras;  une  ambulance  française  est  très  éprouvée. 

Nicolas  II  part  pour  le  front. 

On  assure  que  l'Autriche  a  fait  des  propositions  de 
paix  à  la  Serbie. 

Le  Gouvernement  allemand  suspend  la  Deutsche 
Tageszeitung,  organe  de  Reventlow,  où  paraissent  de 


116  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

violents  articles  contre  les  États-Unis  et  la  politique  de 
Bethmann-Hollweg,  qui  semble  être  en  désaccord  avec 
celle  de  Tirpitz. 

Gazette  de  Francfort  :  c(  Nos  pertes  ne  sont  pas  sté- 
riles aussi  longtemps  que  nos  lignes  tiennent  (à  l'ouest), 
car  notre  but  est  de  tenir,  seulement  de  tenir.  » 

Jeudi  24  juin.  —  Attaque  allemande  sur  la  tran- 
chée de  Galonné,  avec  bombes  asphyxiantes  et  liquides 
enflammés. 

On  dit  que  cinq  corps  d'armée,  dont  quatre  alle- 
mands, ont  été  ramenés  de  Galicie  vers  le  front  ita- 
lien (?). 

Le  Sultan  a  été  opéré  de  la  pierre. 

Les  Etats-Unis  envoient  une  note  à  l'Allemagne  au 
sujet  de  l'affaire  du  W.  P.  Frye. 

Bryan  fait  une  conférence  germanophile  a  New- York, 
à  la  suite  de  laquelle  on  vote  une  résolution  demandant 
l'interdiction  de  l'exportation  des  armes  et  munitions. 
Bryan  ne  s'y  associe  pas. 

On  commence,  à  Londres,  à  embaucher  en  masse 
des  ouvriers  pour  fabriquer  des  munitions. 

Au  Landtag  de  Prusse,  le  socialiste  Braun  attaque 
la  politique  d'annexion.  Le  ministre  Delljrûck  dit  que 
le  colosse  russe  peut  être  considéré  comme  à  peu  près 
terrassé  et  constate  que  la  troisième  offensive  des 
Alliés  a  échoué  sur  le  front  occidental. 

L'ambassadeur  d'Italie,  Tittoni,  parlant  au  Trocadéro 
(anniversaire  de  Solférino),  dit  que  la  paix  acquise  par 
la  victoire  espérée  ne  doit  pas  être  une  paix,  mais  la 
paix,  sans  mélange  de  germes  de  guerre  future. 

Vendredi  25  juin.  —  Le  bombardement  d'Arras 
continue  à  faire  des  victimes. 

Près  de  Cadore,  les  Italiens  auraient  pris  des  Mecklem- 
bourgeois,  appartenant  à  un  contingent  allemand  qui 
combat  l'Italie  sans  déclaration  de  guerre. 

Les  Austro-Allemands  sont  à  Mikolaiev  et  à  Zydar- 
zov;  les  Russes  se  replient  au  delà  du  Dniester. 

Depuis   le    début   de   la  guerre,   quatorze  attaques 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  117 

aériennes  dirigées  contre  l'Angleterre  ont  fait  cinquante- 
six  victimes,  dont  onze  entants. 

Un  mémorandum  du  Foreign-Offîce,  adressé  aux 
États-Unis,  établit  que  l'Angleterre  s'est  toujours  effor- 
cée de  ménager  le  commerce  des  neutres. 

L'Angleterre  interdit  l'exportation  du  coton,  sauf  vers 
les  ports  de  France,  de  Russie,  d'Espagne  et  de  Portugal. 

Les  Français  occupent  Lomié  (Cameroun). 

Harden,  dans  la  Ziikunft,  prête  ces  paroles  à  un 
neutre  :  «  A  l'ouest,  celui-là  seul  qui  est  disposé  à 
sacrifier  cent  mille  hommes  peut  espérer,  et  encore 
faiblement,  d'avancer.  » 

Samedi  26  juin.  —  Conférence  à  Vienne,  entre 
Bethmann-Hollweg,  Jagow  et  Burian.  Il  s'agit,  dit-on, 
des  États  balkaniques  et  de  la  détresse  financière  de 
l'Autriche. 

Les  Russes  se  retirent  sur  la  Gnita-Lipa,  abandonnant 
le  front  Bobrka-Juravno. 

Les  Monténégrins  occupent  sans  résistance  Saint- 
Jean-de-Medua. 

Le  Journal  de  Genève  nie  que  la  Suisse  ait  ravitaillé 
l'Allemagne  par  contrebande. 

Dimanche  27  juin.  —  Nouveau  bombardement  de 
Reims. 

Un  conseil  des  ministres  russes  s'est  réuni  au  quar- 
tier général,  sous  la  tente  impériale. 

Les  Allemands  avancent  au  nord  de  Rava-Russka  ;  ils 
occupent  Halicz  et  passent  le  Dniester  (le  28). 

Les  Serbes  débarquent  par  surprise  dans  une  île  du 
Danube  et  y  font  deux  cents  prisonniers. 

Les  Monténégrins  entrent  k  Scutari. 

La  gauche  anglaise,  aux  Dardanelles,  prend  quatre 
tranchées  turques  et  une  hauteur  près  de  Krithia. 

Un  navire  allié  bombarde  Budrun  (Halicarnasse). 

Un  avion  français  lance  cinquante  et  une  bombes  sur 
Friedrichshafen  ;  l'aviateur  est  obligé  d'atterrir  en 
Iji-I  Suisse. 

La  frontière  suisse  est  fermée  aux  voyageurs  et  mar- 
chandises provenant  d'Allemagne. 


118  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Le  Vorivserts  est  suspendu  pour  avoir  publié  un 
manifeste  pacifique  de  la  Sozialdemnkratie,  que  le 
Gouvernement  allemand  propage  lui-même  au  dehors, 
comptant  tromper  l'opinion. 

Lundi  28  juin.  —  Les  Italiens  avancent  sur  la 
rive  ouest  du  lac  de  Garde,  au  sud  de  Riva. 

Les  Russes,  dans  leur  retraite  sur  la  Gnita-Lipa,  re- 
poussent de  grandes  forces  qui  les  attaquent. 

Une  escadre  allemande,  ayant  attaqué  Windau,  a  été 
repoussée  par  les  torpilleurs  russes;  un  torpilleur 
allemand  a  touché  une  mine  et  a  coulé. 

La  flotte  russe,  dans  la  Mer  Noire,  a  coulé  dix-huit 
voiliers  turcs  chargés  de  pétrole  roumain. 

Le  commandant  des  flottes  alliées  fait  savoir  à 
Athènes  que  le  ravitaillement  des  Turco-Allemands  se 
fait  par  des  navires  grecs  et  menace  le  commerce  hel- 
lénique de  représailles. 

L'Armenian  est  torpillé  près  de  Bishop's  Rock: 
vingt  matelots  américains  sont  noyés.  Ce  navire  était 
au  service  de  l'Amirauté  britannique. 

Le  cardinal  Gasparri  essaie  d'expliquer  et  de  rectifier 
les  paroles  prêtées  au  Pape  dans  la  Liberté  {Temps 
du  29). 

Mardi  29  juin.  —  Le  ministre  de  la  Guerre  russe, 
Soukholminov,  est  remplacé  par  Polivanov. 

Les  Russes  repoussent  les  Allemands  qui  ont  passé  le 
Dniester  près  de  Halicz. 

Le  Berliner  Tageblatt  reconnaît  que  la  manœuvre 
allemande  en  Galicie,  ayant  pour  objet  de  cerner  l'ar- 
mée russe,  n'a  pas  réussi  et  que  l'enthousiasme  dé- 
chaîné par  la  reprise  de  Lemberg  n'est  pas  justifié. 

On  dit  que  le  Gouvernement  américain  notifiera  à 
l'avenir  au  Gouvernement  allemand  le  départ  de  chaque 
navire  américain  devant  traverser  la  zone  de  guerre. 

Le  choléra  sévit  en  Autriche  et  se  montre  en  Ga- 
licie. 

L'armée  monténégrine  compte  5o.ooo  bons  soldats. 

Guillaume  II,  s'étant  agenouillé  sur  la  fosse  commune 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  119 

de  soldats  allemands,  se  serait  relevé  en  disant  :  <<  Je 
n'ai  pas  voulu  cela  !  » 

MiUerand  dit  au  Sénat:  «  Puisqu'il  a  plu  à  nos  enne- 
mis de  déshonorer  la  guerre...,  j'ai  créé  à  la  direction 
du  génie  une  section  des  gaz  asphyxiants.  » 

Mercredi  30  juin.  —  On  annonce  de  grands  trans- 
ports de  troupes  allemandes  vers  la  Belgique, 

Deux  divisions  allemandes  ont  attaqué  en  Argonne 
et  fait  quelques  progrès  vers  Bagatelle. 

Les  Autrichiens  avancent  sur  les  hauteurs  à  l'est  de 
la  Gnita-Lipta  et  en  aval  de  Rohatyn. 

Les  Français  enlèvent,  aux  Dardanelles,  six  lignes 
de  tranchées  turques. 

Les  sous-marins  alliés  sont  maîtres  de  la  Marmara, 
malgré  la  présence  de  sous-marins  allemands  à  Cons- 
tantinople. 

Les  Austro-Allemands  prétendent  avoir  pris,  en  juin, 
194.000  Russes  avec  g3  canons. 

De  fortes  pluies  améliorent  l'aspect  des  récoltes  en 
Allemagne. 

A  Paris,  la  livre  sterling  dépasse  le  cours  de 
27  francs. 

On  dit  que  les  empires  du  centre  fabriquent  200.000 
obus  par  jour,  la  France  100.000,  l'Italie  3o. 000. 

Le  Journal  de  Genève  commente  cette  invention  fan- 
tastique d'un  journal  viennois  :  «  La  Suisse  doit  savoir 
que  le  meurtre  de  Serajevo  a  été  machiné  par  l'Entente 
et  exécuté  par  la  Serbie,  son  alliée,  à  laquelle  les  assas- 
sins à  gages  ont  servi  d'instruments.  » 

Le  colonel  Feyler  dit  que  la  situation  d'effectifs  des 
Austro-Allemands  est  défavorable  .sur  les  deux  fronts. 

Le  total  des  pertes  prussiennes  atteint  i.5o4.ooo 
hommes,  auxquels  s'ajoute  plus  d'un  tiers  de  Bavarois, 
Saxons,  etc.  Cela  fait  2  millions  d'Allemands,  en  plus 
des  2.5oo.ooo  Austro-Hongrois  (Voir  i4juin). 


ANCY-PAIUS,    IMPBlMEniE   BERGER-LEVRAULT 


Chronologie 

de   la   Guerre 

(r  JUILLET  =  31  DÉCEMBRE  I9I5) 


94.  CIIno^'OLOGIE  de  la  guerre 


U  a  été  tiré  de  ce  volume  cinquante-cing  exem- 
plaires numérotés  à  la  presse,  dont  : 
5  sur  papier  du  Japon  {N°^  i  à  5); 
5o  sur  papier  de  Hollande  (N°^  G  à  55). 


PAGES  D'HISTOIRE  -  1914-1916 


e  Série  a,  3 

S.  R. 

MEMBRE  DE  PLUSIEURS  SOCIÉTÉS  SAVANTES 


CHRONOLOGIE 

pE  LA  GUERRE 


TROISIEME    VOLUME 


0"  JUILLET- 31   DECEMBRE  1915) 


Saccessa  crescat  honestam 
(Luc AIN,  IX,  571.) 


iRAIRIE    MILITAIRE    BERGER-LEVRAULT 

PARIS  I  NANCY 

5*7,    RUE    DES    BEAUX-ARTS  j  RUE     DES     GLACIS,      l8 

1916 


Chronologie 

de   la   Guerre 

(^  JUILLET=31  DÉCEMBRE  1915) 


JUILLET 


Jeudi  1'''  juillet.  —  Entre  la  route  de  Binarville  et 
le  Four-de-Paris,  les  Allemands,  usant  de  gros  projec- 
tiles avec  gaz,  ont  forcé  notre  première  ligne,  mais  ont 
été  refoulés  par  la  deuxième. 

Sous  la  direction  d'officiers  allemands,  des  ouvriers 
autrichiens  creusent  des  tranchées  en  avant  de  la  fron- 
tière roumaine. 

Le  front  allemand  (Mackensen)  s'étend  de  Zamosc  a 
Sokal  sur  70  kilomètres,  à  45  kilomètres  en  avant  de  la 
frontière  russe.  L'avance  ennemie,  vers  le  nord,  couvre 
tout  le  terrain  entre  Vistule  et  Bug. 

Les  Allemands  ont  passé  la  Gnila-Lipa  au  sud  de  Ro- 
hatyn. 

Suivant  le  critique  militaire  de  Queen,  les  forces  des 
belligérants  sont  les  suivantes  :  Allemagne  et  Autriche, 
6.3oo.oooo;  France,  3.5oo.ooo;  Grande-Bretagne, 
2.000.000;  Italie,  2.000.000  :  Russie,  4-Ooo-ooo.  Entre 

Ile  i'"^  mai  et  le  1'='  juillet,  l'armée  allemande  de  l'Est  a 


6  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Reventlow  écrit  (Deutsche  Tageszeitung)  :  «  C'est 
contre  Calais  qu'il  faut  porter  l'effort  allemand.  » 

A  partir  du  i^""  août,  la  fabrication  des  tissus  de  coton 
sera  interdite  en  Allemagne,  tout  le  coton  devant  être 
réservé  pour  les  explosifs. 

Le  fils  d'un  ministre  hongrois  s'est  pris  de  querelle, 
sur  une  place  de  Genève,  avec  un  neveu  de  Bûlow  et 
l'a  traité  de  «  sale  Boche  »  ;  d'où  pugilat. 

Les  caisses  d'épargne  russes  accusent  un  excédent  de 
1.800  millions  de  roubles  sur  1914,  somme  qui  repré- 
sente à  peu  près  celles  dont  l'interdiction  de  l'alcool  a 
privé  le  Trésor. 

Vendredi  2  juillet.  —  La  Chambre  des  Communes 
a  ratifié  à  l'unanimité  la  création  d'un  ministère  des 
munitions. 

Les  Italiens  approchent  de  Tolmino. 

Progrès  des  Allemands  à  Kalvaria  ;  ailleurs,  du  Nié- 
men à  la  Pilitza,  leurs  attaques  sont  repoussées.  Com- 
bats au  nord  de  Zamosc. 

Le  mouilleur  de  mines  allemand  Albatros,  poursuivi 
par  des  croiseurs  russes,  s'est  échoué. 

Un  sous-marin  anglais  torpille  un  croiseur  cuirassé 
allemand  dans  la  Baltique. 

Pierpont  Morgan  est  blessé  par  un  Allemand,  qui 
avoue  être  aussi  l'auteur  d'une  explosion  au  Capitole  de 
Washington. 

Samedi  3  juillet.  —  Les  Russes,  abandonnant  la 
ligne  de  la  Tanev,  se  replient  sur  la  ligne  Lublin — 
Cholm.  De  la  Gnila-Lipa,  ils  se  retirent  sur  la  Zlota-Lipa. 

Sur  la  côte  est  de  Gotland,  l'escadre  russe  endom- 
mage deux  navires  allemands. 

Le  paquebot  Orduna  (Cunard),  ayant  21  Américains 
a  bord,  est  bombardé  par  un  sous-marin  allemand, 
mais  échappe. 

Dimanche  4  juillet.  —  Le  Fremdenblatt  dément 
que  l'Autriche  ait  fait  des  propositions  de  paix  k  la 
Serbie  ou  a  toute  autre  puissance. 


f 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  / 

Les  Allemands  progressent  à  l'ouest  du  bois  Le  Prêtre 
sur  une  ligne  de  i  .5oo  mètres  et  sur  4oo  mètres  de 
profondeur. 

Les  Italiens  avancent  sur  le  plateau  du  Carso  et  font 
5oo  prisonniers. 

Les  Serbes  entrent  a  Durazzo, 

Après  des  combats  opiniâtres,  les  Austro-Allemands 
progressent  entre  Krasnik  et  la  rivière  Vieprz  vers  Lu- 
blin.  Ils  disent  avoir  fait  800  prisonniers. 

Les  forces  anglaises  d'Aden  sont  attaquées  à  Lahey 
par  plusieurs  milliers  de  Turcs  et  d'Arabes;  elles  bat- 
tent en  retraite  le  G. 

La  flottille  française  de  la  Manche  canonne  deux 
sous-marins  allemands  et  en  coule  un. 

La  Suède  ayant  protesté  contre  la  violation  de  la  neu- 
tralité de  ses  eaux  lors  du  combat  de  Gotland  (2  juillet'), 
la  Russie  a  exprimé  des  regrets  de  la  chute  accidentelle 
d'un  obus  dans  les  eaux  suédoises. 

Le  paquebot  Carthage  est  torpillé  près  du  cap  Hellès. 
Les  Turcs  disent  avoir  coulé  un  transport  français  près 
de  la  presqu'île  de  Gallipoli. 

Un  avion  russe,  dans  la  région  du  San,  détruit  un 
train  allemand  de  munitions. 

Lundi  5  juillet.  —  Conférence  anglo-française  k 
Calais  (Asquith,  Kitchener,  Balfour,  Viviani,  Delcassé, 
Millerand,  Joffre,  French). 

Les  Allemands  incendient  et  détruisent  le  palais  de 
Saint- Vaast  à  Arras. 

Ils  progressent  jusqu'à  leurs  anciennes  tranchées  dans 
la  partie  ouest  du  bois  Le  Prêtre,  où  continue  un  violent 
bombardement. 

Bataille  indécise  sur  l'Isonzo. 

Soutenus  par  un  cuirassé,  les  Turcs  tentent  de  jeter 
les  Alliés  k  la  mer,  mais  sont  repoussés  avec  de  gran- 
des pertes. 

Les  Allemands  font  effort  pour  s'emparer  des  pas- 
sages de  la  Vistule,  k  lorghov  et  dans  la  région  de 
Solec. 

L'armée  autrichienne  s'étant  ruée  sur  la  route  Kras- 


»  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

iiik — Lublin  est  attaquée  de  flanc  par  les  Russes  et  perd 
5.O0O  hommes,  dont  2.000  prisonniers. 

Un  dirigeable  italien  bombarde  les  établissements 
militaires  de  Trieste.  Des  aviateurs  français  coopèrent 
à  la  défense  de  Venise  contre  un  avion  autrichien. 

Des  intellectuels  espagnols  publient  un  manifeste  où 
il  se  déclarent  solidaires  de  la  cause  des  Alliés. 

Soixante-sept  mille  cinq  cents  hommes  ont  offert  leurs 
services  à  l'Angleterre  pour  la  fabrication  des  munitions. 

Viviani  dit  au  banquet  de  la  Chambre  de  Commerce 
américaine  :  «  Nous  luttons,  nous  lutterons,  nous  bri- 
serons la  lourde  épée  qui  a  tant  de  fois  menacé  et 
nieurtri  la  justice.  » 

Mardi  6  juillet.  —  Les  Anglais  avancent  au  sud-est 
de  Pilken  et  prennent  des  tranchées  le  long  du  canal  de 
l'Yser. 

Les  Allemands,  avec  des  obus  incendiaires,  détruisent 
la  cathédrale  d'Arras. 

Malgré  des  attaques  violentes,  nous  gardons  la  station 
de  Souchez. 

La  tentative  du  Kronprinz,  avec  45. 000  hommes,  pour 
rompre  les  lignes  françaises  en  Argonne,  entre  le  Four- 
de-Paris  et  le  bois  de  la  Grurie,  a  échoué  et  coûté 
10.000  hommes  aux  agresseurs. 

Entre  Krasnik  et  Lublin,  la  défaite  de  sept  corps  au- 
trichiens est  complète;  les  Russes  ont  fait  i5.ooo  pri- 
sonniers. 

Les  Alliés  gagnent  i  kilomètre  aux  Dardanelles. 

Les  délégués  du  parti  socialiste  allemand  à  Rerlin 
ont,  dans  une  réunion,  approuvé  l'idée  d'une  entente 
avec  les  socialistes  étrangers. 

Le  Gouvernement  russe  convoque  des  conférences  po- 
lono-russes  pour  préparer  la  réalisation  des  promesses 
faites  à  la  Pologne.  La  première  conférence  a  été  pré- 
sidée par  le  ministre  Goremykine. 

Le  jRusskoié  Slovo  publie  un  article  favorable  à  une 
intervention  japonaise,  facilitée  par  un  traité  d'alliance 
formel  avec  la  Russie. 

Les   Allemands   achètent  aux  Etats-Unis  d'énormes 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  y 

quantité  de  zinc  et  de  plomb  pour  y  entraver  la  fabri- 
cation des  munitions. 

Mercredi  7  juillet.  —  Une  violente  offensive  alle- 
mande au  sud-est  de  Saint-Mihiel  ne  réussit  qu'en  un 
point  de  la  région  de  La  Vaux-Féry,  sur  un  iront  de 
700  mètres. 

On  public  le  rapport  du  général  Hamilton  sur  les 
opérations  de  la  presqu'île  de  Gallipoli. 

Dans  la  nuit  du  6-7,  sous  le  couvert  de  nuages  de 
gaz,  les  Allemands  ont  progressé  vers  Bolimov;  mais  ils 
ont  été  repoussés  le  7. 

Le  croiseur  italien  Amal/i  a  été  torpillé  dans  l'Adria- 
tique ;  l'équipage  est  sauf. 

Le  comte  Gzernin  fait  des  offres  à  la  Roumanie  : 
1°  pour  le  cas  où  elle  restei*ait  neutre;  2°  pour  le  cas 
oîi  elle  apporterait  un  concours  militaire. 

L'assassin  de  Pierpont  Morgan,  Frank  Holt,  s'est  sui- 
cidé k  Nev^^-York. 

Le  choléra  a  fait  son  apparition  en  Croatie  et  en 
Bosnie. 

Le  3  °]o  français  perd  le  cours  de  70. 

Mornmg  Post  :  «  La  France  est  maintenant  dans  une 
meilleure    forme   pour   combattre    qu'au   début   de  la 

guerre.  L'Angleterre,  lentement,  maladroitement,  avec 
eaucoup  d'erreurs  et  d'hésitations,  mais  sûrement,  a 
mobilisé  ses  ressources...  C'est  nous  qui  dicterons  fina- 
lement les  conditions  de  la  paix.  » 

Jeudi  8  juillet.  —  Bombardement  continu  d'Arras. 

Au  bois  Le  Prêtre,  les  Français  reprennent  i5o  mètres 
de  tranchées  perdues  le  4- 

A  la  Croix  des  Carmes,  les  Allemands  attaquent  avec 
des  liquides  enflammés  et  sont  repoussés  après  avoir 
fait  quelques  progrès. 

A  La  Fontenelle  (région  du  Ban-de-Sapt),  succès 
marqué  :  reprise  de  l'ouvrage  perdu  le  22  jum  et  con- 
quête de  toutes  les  organisations  défensives  alle- 
mandes; 700  mètres  d'avance  sur  un  front  de  600  mè- 
tres; 800  prisonniers,  i  canon,  2  mitrailleuses. 

Les  Italiens  prennent  Monticello. 


10  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Serbes  repoussent  les  Autrichiens,  qui  ont  atta- 
qué Chabatz  et  l'île  Micharska. 

Le  Monténégro  déclare  que  l'occupation  de  Scutari 
n'est  que  stratégique  et  que  l'avenir  de  l'Albanie  sera 


T 


'avance  austro-allemande  vers  Varsovie  est  arrêtée 
depuis  cinq  jours.  Front  allemand  :  Liban,  Shavli,  la 
Dubissa,  Augustov,  Ossovetz,  Ciechanov,  ouest  de  Var- 
sovie, Sandomir,  Ravaruska,  le  Dniester. 

Depuis  le  5  juillet,  les  Autrichiens  ont  perdu  5o.ooo 
hommes  en  Galicie. 

Le  général  Botha  accepte  la  capitulation  générale 
des  forces  allemandes  du  Sud-Ouest  africain  (3.4oo 
hommes,  87  canons,  22  mitrailleuses). 

La  France  prohibe  l'exportation  de  l'or. 

Le  contingent  canadien  est  porté  à  100.000  hommes. 

Vendredi  9  juillet.  —  Les  Anglais,  après  deux 
jours  de  combat,  avancent  le   long  du  canal  de  l'Yser. 

Les  Allemands  évacuent  les  tranchées  qu'ils  avaient 
enlevées  aux  Russes  près  de  Gumine. 

Le  sultan  d'Egypte  échappe  à  un  attentat. 

Le  Gouvernement  américain  a  pris  possession  de  la 
station  radiotélégraphique  de  Saviile,  dont  le  personnel 
allemand  violait  la  neutralité  américaine. 

Le  pétrole  coûte  i  franc  le  litre  en  Allemagne. 

Sven  Hesdin  dit  que  les  Russes,  en  quittant  Lem- 
berg,  n'ont  pas  emporté  une  épingle  et  que  les  Alle- 
mands étaient  très  surpris  de  leur  honnêteté.  «  Les 
Allemands,  dit-il,  déclarent  que  les  Russes  sont  leurs 
plus  nobles  adversaires.  » 

Saiïiedi  iO  juillet.  — Le  général  Porro,  sous-chef 
de  l'État-major  italien,  vient  conférer  avec  le  général 
Jofïre. 

La  Hongrie  paraît  refuser  toute  concession  territoriale 
à  la  Roumanie. 

L'Allemagne  répond  à  la  note  américaine  du  10  juin. 
Elle  a  été  obligée  de  recourir  à  la  guerre  sous-marine 

f>our  répondre  au  blocus.  Mais  elle  s'engage  a  respecter 
es  navires  qui  ne  porteraient  aucune  contrebande  de 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  11 

guerre,  la  garantie  étant  fournie  à  cet  effet  par  les 
Etats-Unis.  L'Allemagne  admet  aussi  que  les  navires 
neutres  traversent  l'Atlantique  avec  pavillon  américain, 
moyennant  les  mêmes  garanties.  «  La  situation  est  dif- 
ficile, écrit  la  Tribune  de  New-York;  mais  aucun  désir 
d'éviter  la  guerre  ne  peut  justifier  l'abandon  de  nos 
morts  par  l'adhésion  à  la  doctrine  que  les  besoins 
d'une  nation  légitiment  la  violation  des  droits  de 
toutes  les  autres.  » 

Les  Autrichiens  contre-attaquent  sur  le  Bistritza. 

Au  Caucase,  dans  la  région  de  Karaderbent,  les 
Turcs,  renforcés,  attaquent  les  lignes  russes. 

Depuis  le  8  juin,  il  y  a  des  sous-marins  russes  dans 
la  Marmara. 

H.  Belloc,  dans  Land  and  Water  :  La  «  capacité 
maximum  de  l'ennemi  en  campagne  a  certainement 
été  dépassée  et  rien  ne  pourrait  lui  rendre  sa  supério- 
rité première,  si  ce  n'est  une  grande  offensive  manquée 
des  Alliés.  » 

Dimanche  il  juillet.  —  Du  4  au  u,  au  nord  de 
Krasnik,  les  Russes  ont  fait  22.700  prisonniers. 

Deux  monitors  anglais  achèvent  de  détruire  le  croi- 
seur Kônigsberg  dans  la  rivière  Rufigi  (Est  africain 
allemand). 

Un  zeppelin  géant  a  quitté  Friedrichshafen,  volant 
vers  le  nord-ouest  à  une  grande  hauteur. 

Depuis  août  1914?  les  Allemands  ont  perdu  788  mé- 
decins. 

Temps  (du  12)  :  «  On  ne  veut  pas  comprendre  à 
Berlin  que  ce  que  les  Etats-Unis  exigent  de  l'Alle- 
magne, c'est  une  renonciation  à  son  banditisme  sur 
mer,  et  on  affecte  de  considérer  les  injonctions  améri- 
caines comme  des  protestations  n'ayant  d'autre  but  que 
d'obtenir  par  un  compromis  un  permis  de  libre  circula- 
tion sur  mer  pour  les  citoyens  américains.  » 

Daily  Mail  :  «  L'Europe  ne  deviendra  habitable  que 
lorsque  les  Germains  seront  sévèrement  exclus  de  la 
conversation  avec  les  peuples  civilisés.  » 

Front  franco-belge,  882  kilomètres;  italien,  4oo  kilo- 


12  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

mètres  ;    serbo-monténégrin,    d6o   kilomètres  ;    russe, 
i.36o  kilomètres. 

Lundi  12  juillet.  —  Les  Allemands  reprennent  le 
cimetière  de  Souchez. 

Nouveau  bombardement  de  Saint-Dié  avec  des  obus 
de  io5. 

Échec  allemand  au  nord-ouest  d'Altkirch  (200  morts). 

Progrès  des  Alliés  aux  Dardanelles  (2  lignes  de  tran- 
chées, 5oo  prisonniers).  Un  cuirassé  français  bombarde 
les  batteries  de  la  côte  d'Asie. 

Les  Austro-Allemands  reprennent  l'offensive  sur  le 
front  de  la  Narev  et  entre  les  rivières  Orjitz  et  Lidine. 

On  parle  de  nouveaux  aéroplanes  allemands  blindés, 
k  huit  moteurs,  vraies  forteresses  aériennes. 

On  prétend  que  Ghenadief  a  été  arrêté  à  Sofia  comme 
ayant  trempé  dans  l'affaire  de  l'attentat  du  casino  mu- 
nicipal (i3  février). 

On  publie  à  Londres  le  rapport  de  French  (5  avril- 
i5  juin),  où  il  est  dit  que  les  contre-mesures  prises  par 
les  Anglais  à  l'égard  des  gaz  asphyxiants  ont  rendu  ce 
mode  d'attaque  moffensif. 

Un  rapport  officiel  annonce  une  récolte  très  ample 
en  Honcjrie  (45. 900. 000  quintaux  de  blé). 

L'émission  des  bons  de  la  Défense  nationale  atteint 
6  milliards  i5o  millions. 

Mardi  i3  juillet.  —  Violente  offensive  allemande, 
avec  l'aide  d'asphyxiants,  dans  l'Argonne  ;  les  Alle- 
mands progressent  par  endroits  de  4oo  mètres. 

Les  Austro- Allemands,  attaquant  sur  la  Narev, 
menacent  Varsovie  par  le  nord. 

Une  escadre  de  35  avions  lance  171  obus  de  90  sur 
la  gare  allemande  de  Vigneulles-lès-Hattonchâtel. 

Mercredi  14  juillet.  —  L'offensive  allemande  dans 
l'Argonne  est  enrayée.  Les  Français  y  ont  répondu  en 
attaquant  dans  le  bois  de  la  Grurie. 

Bombardement  d'Arras  et  de  Soissons. 

Les  Italiens  occupent  par  surprise  la  cime  du  Falsa- 
rego  (nord  des  Dolomites). 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  13 

Les  Turcs  ont  été  renforcés  aux  Dardanelles  et  les 
Alliés  n'y  font  plus  de  progrès. 

Les  Monténégrins  repoussent  une  attaque  autri- 
chienne à  Grahovo. 

Les  Allemands  franchissent  la  Windau  près  de  Kou- 
chany.  Ils  prennent  Prasnysh. 

Les  Autrichiens  passent  le  Dniester  et  se  heurtent  à 
l'artillerie  russe.  Les  Russes  attaquent  à  la  frontière 
de  Bessarabie. 

Dans  la  région  de  Van,  après  deux  jours  de  combat, 
les  Russes  ont  pris  les  positions  turques  de  Scorp,  avec 
4  canons. 

Des  avions  français  bombardent  la  gare  de  Liber- 
court,  bifurcation  militaire  entre  Douai  et  Lille. 

Des  avions  serbes  survolent  Peterwardein. 

Le  Gouvernement  roumain  interdit  le  transit  de 
munitions  en  Turquie  ;  les  Autrichiens  repondent  en 
interdisant  l'envoi  du  sucre  en  Roumanie. 

L'Autriche  a  adressé  une  note  aux  Etats-Unis,  affir- 
mant que  la  vente  de  munitions  aux  Alliés  constitue  un 
manquement  à  la  neutralité  (la  note  est  du  29  juin). 

La  guerre  sud-africaine  et  la  rébellion  de  De  Wet 
ont  coûté  à  l'Afrique  du  Sud  435  millions. 

Discours  du  président  Poincaré  à  l'occasion  du  trans- 
fert des  restes  de  Rouget  de  l'Isle  aux  Invalides  :  «  Nous 
avons  la  volonté  de  vaincre  ;  nous  avons  la  certitude  de 
vaincre.  Nous  avons  confiance  en  notre  force  et  en  celle 
de  nos  alliés,  comme  nous  avons  confiance  en  notre 
droit.  » 

Jeudi  15  juillet.  —  Rerlin  a  exprimé  ses  regrets  à 
Washington  au  sujet  du  torpillage  du  Nebraskan,  attri- 
bué à  une  erreur. 

Les  Allemands  ont  perdu  beaucoup  de  monde  en 
attaquant  au  nord  de  Dixmude,  près  de  Schonebeke;  ils 
n'ont  pas  pu  prendre  pied  sur  la  rive  gauche  de  l'Yser. 

Les  Autrichiens  pénètrent  par  surprise  en  territoire 
italien  à  Adamelli,  mais  sont  ensuite  repoussés. 

Les  Allemands  occupent  la  rive  droite  de  la  Windau 


14  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

et  de  la  Venta.  Les  Russes  se  sont  retirés  sur  la  rive 
droite  de  la  Narev. 

Un  cuirassé  français,  au  large  de  Syracuse,  capture 
un  navire  de  Piotterdam  chargé  de  ravitailler  les  sous- 
marins  allemands. 

On  a  reconnu,  après  enquête,  que  les  accusations  de 
contrebande  portées  contre  la  marine  grecque  ne  sont 
pas  fondées. 

L'emprunt  anglais  a  produit  i5  milliards. 

Le  livre  allemand  J'accuse  a  été  saisi  en  Suisse  dans 
les  kiosques  et  les  gares. 

Sur  1.200.000  milles  carrés  de  colonies  que  possé- 
daient les  Allemands,  les  Alliés  en  ont  pris  45o.ooo. 

Vendredi  16  juillet.  —  Les  Allemands  attaquent 
en  vain  le  secteur  de  Fontenoy,  entre  Gompiègne  et 
Soissons,  en  y  lançant  4-ooo  obus. 

Vaines  attaques  allemandes  en  Lorraine  sur  un  front 
de  3  kilomètres,  repoussées  avec  pertes. 

Les  Allemands  avancent  à  l'est  de  Prasnysh. 

Les  Russes  battent  les  Autrichiens  qui  ont  passé  le 
Dniester  (2.000  prisonniers,  7  mitrailleuses). 

On  dit  que  les  Russes  ont  devant  eux  2  millions  d'en- 
nemis, dont  600.000  Allemands. 

Le  colonel  Rarone  écrit  dans  le  Giornale  d'Italia  : 
«  Les  Empires  du  centre  semblent  entrer  déjà  dans  cet 
état  préagonique  où  tombent  les  malades  gravement 
atteints...  Mais  ce  sera  une  agonie  de  Titan.  » 

Samedi  il  juillet.  —  Les  États-Unis  adressent  une 
nouvelle  note  à  l'Angleterre  pour  réclamer  contre  cer- 
tains effets  du  blocus. 

On  dit  que  l'État-major  autrichien  et  une  partie  de  la 
population  évacuent  Gorizia. 

A  la  demande  de  l'Italie,  les  Serbes  ont  évacué  Du- 
razzo,  mais  ils  tiennent  les  points  stratégiques  voi- 
sins. 

Des  trois  groupes  d'armées  austro-allemandes  qui 
cherchent  à  couper  la  ligne  Lublin — Cholm — Kovel, 
celui  du  centre  seul  a  quelque  peu  progressé.  Les 
Russes  résistent  partout  et  se  renforcent. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  15 

Des  avions  autrichiens  bombardent  Bari  ;  l'un  est 
descendu  par  les  Italiens  à  son  retour.  On  dit  que  le 
Pape  a  protesté  contre  ce  bombardement. 

Une  procession  de  4o-ooo  femmes  traverse  les  rues 
de  Londres  avec  un  étendard  :  «  Les  hommes  doivent 
se  battre  et  les  femmes  doivent  travailler.  »  Déjà  5o.ooo 
femmes  travaillent  aux  munitions. 

Deux  cent  mille  mineurs  gallois  sont  en  grève,  créant 
de  gros  embarras  au  Gouvernement  ancflais.  Soup- 
çonnant une  manigance  allemande,  un  journal  offre 
125.000  francs  à  qui  saura  la  découvrir. 

Le  Times  dit  qu'il  faudra  encore  deux  ans  pour 
obtenir  une  victoire  écrasante  et  que  la  grande  offensive 
des  Alliés  ne  pourra  pas  se  produire  avant  neuf  mois. 

Romain  Rolland  écrit  au  directeur  de  V International 
Review  :  «  C'en  est  trop.  Je  me  retire  momentanément 
d'une  aveugle  mêlée  où  chacun  des  combattants  n'é- 
coute que  sa  propre  passion  et  réédite  à  tue-tête  ses 
propres  arguments.  » 

Dimanche  18  juillet.  —  Le  président  du  Conseil 
suédois  parle  d'une  guerre  possible  pour  d'autres  mo- 
tifs que  l'invasion  du  territoire  suédois,  mais  il  refuse 
d'indiquer  ces  motifs. 

Le  prince  de  Hohenlohe-Langenburg,  ambassadeur 
extraordinaire  d'Allemagne  à  Constantmople,  est  reçu 
par  le  roi  Ferdinand  à  Sofia. 

Encore  60  obus  sur  Arras. 

Au  sud  des  Éparges  et  à  la  Tranchée,  les  Allemands 
avouent  avoir  perdu  du  terrain. 

Les  Italiens  s'emparent  du  haut  plateau  du  Carso 
(2.000  prisonniers). 

L'artillerie  lourde  de  Novo-Georgievsk  canonne  les 
têtes  de  colonnes  allemandes. 

Les  Allemands  prennent  Windau  et  Krasnotav;  ils 
passent  sur  la  rive  droite  du  Bug. 

L'incident  de  VOrdiina  irrite  l'opinion  américaine  ; 
le  Président  revient  en  hâte  à  Washington. 

Des  cuirassés  italiens  bombardent  le  chemin  de  fer 


16  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

de  Cattaro  et  les  dépôts  de  Gravosa;  l'un  d'eux,  le 
Garibaldi,  est  coulé  par  une  torpille. 

D'Annunzio  est  nommé  chroniqueur  officiel  de  la 
guerre. 

On  communique  le  texte  d'une  lettre  bienveillante 
que  le  cardinal  Gasparri,  secrétaire  d'État,  a  adressé  k 
Van  den  Heuvel,  ministre  de  Belgique  près  le  Vatican. 
Il  dénie  toute  valeur  à  l'entrevue  publiée  par  la  Liberté 
et  réprouve  la  violation  de  la  neutralité  belge.  (Journal 
de  Genève,  28  juillet.) 

Le  pasteur  Roberty  dit  k  l'Oratoire  :  «  Celui  qui  ne 
croit  pas  à  notre  victoire  finale  fait  preuve  de  neu- 
rasthénie, d'un  affaiblissement  intellectuel  inquiétant.  » 

Lundi  19  juillet.  —  Les  Anglais  prennent  des 
tranchées  k  l'est  d'Ypres. 

Les  Allemands  attaquent  k  l'ouest  et  au  sud-ouest  de 
Souchez  et  sont  repousses;  ils  continuent  k  attaquer 
autour  des  Épai-ges  et  bombardent  violemment  Soissons 
et  Reims. 

Les  Allemands  progressent  sur  la  rive  gauche  du 
Niémen  ;  les  Russes  font  5oo  prisonniers  sur  le 
Dniester. 

La  réouverture  du  Parlement  grec  est  reportée  du 
20  juillet  au  16  août.  Le  mouvement  vénizéliste  gagne 
du  terrain,  par  réaction  contre  la  politique  germano- 
phile de  Gounaris. 

Quatre  avions  français  lancent  48  obus  sur  la  gare 
de  Challerange  (sud  de  Vouziers)  ;  six  autres  bombar- 
dent la  gare  de  Colmar. 

La  presse  allemande  s'élève  contre  la  cherté  des 
vivres  et  réclame  l'emprisonnement  des  spéculateurs. 

Des  Allemands  notables  signent  un  manifeste  hostile 
à  toute  annexion  ;  le  Gouvernement  n'en  autorise  la 
publication  qu'k  la  fin  d'août.  (Temps,  4  septembre.) 

Les  pertes  anglaises  aux  Dardanelles  s'élèvent  k 
42.000  nommes. 

On  dit  que  les  Empires  du  centre  préparent  un  ulti- 
matum k  la  Roumanie,  au  sujet  du  passage  des  muni- 
tions destinées  k  la  Turquie. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  17 

Mardi  20  juillet.  —  Les  Français  repoussent  les 
Allemands  en  forêt  d'Apremont  et  progressent  dans  les 
Vosges. 

Soissons  et  Reims  sont  de  nouveau  bombardés. 

«  Les  Allemands  se  vantent  d'avoir  remporté  des 
succès  dans  l'Argonne  ;  en  réalité,  ils  ont  fait  trois  ten- 
tatives coûteuses  pour  atteindre  le  chemin  de  for 
Châlons — Verdun  et  ne  l'ont  pas  atteint,  à  beaucoup 
près.  »  (Rousset,  Liberté  du  21.) 

Les  Italiens  font  encore  5oo  prisonniers  sur  le  Carso. 

On  se  bat  des  abords  de  Riga  a  la  frontière  rou- 
maine, sur  un  front  de  1.200  kilomètres.  Les  Allemands 
bombardent  Ostrolenka  ;  les  Russes  se  sont  retirés  des 
bords  de  la  Bzura  et  de  la  Ravka,  à  mi-chemin  vers 
Varsovie. 

Un  dit  à  Constantinople  qu'une  révolte  générale  a 
éclaté  en  Arménie  ;  c'est  pour  justifier  d'horribles  mas- 
sacres que  l'on  fait  courir  ce  bruit. 

Les  Russes  ont  coulé  5g  voiliers  turcs  près  de  Trébi- 
zonde. 

Les  avions  français  bombardent  les  gares  de  Colmar 
et  de  Gonflans-en-Jarnisy. 

Un  journal  de  Vienne  publie  des  propos  extraordi- 
naires de  Guillaume  II  (Temps  du  28),  oii  il  parle 
encore  de  la  mission  divine  de  l'Allemagne  qui  est 
d'être  la  libératrice  de  l'Europe  et  la  gardienne  de  la 
civilisation.  Il  a  plusieurs  fois  affirmé  sa  conviction  que 
la  fin  de  la  guerre  était  proche.  II  appelle  les  Alliés 
«  lâches  bandits  coalisés  contre  l'impérissable  puissance 
germanique  ». 

Les  Allemands  disent  qu'il  y  a  sur  le  front  russe 
4o  corps  allemands  à  So.ooo  hommes  et  i4  corps  aus- 
tro-hongrois k  5o.ooo  hommes,  ce  qui  fait  moins  de 
2  millions.  Ils  prétendent  avoir  devant  eux  4"5oo.ooo 
Russes. 

Mercredi  21  juillet.  —  On  fait  circuler  à  Buca- 
rest une  lettre  de  Guillaume  II  à  la  reine  de  Grèce,  sa 
sœur,  disant  que  les  Russes  sont  paralysés  pour  six 
mois  et  que  les  Allemands  sont  à  la  veille  de  porter  sur 

94.  CHRONOLOGIE    DE   LA    GUEURE  2 


18  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

le  front  occidental  un  coup  qui  fera  trembler  toute 
l'Europe. 

Succès  français  auReichackerkopf,  k  l'ouest  de  Muns- 
ter (107  prisonniers). 

Les  Italiens  commencent  à  bombarder  Gorizia. 
Depuis  trois  jours,  ils  ont  fait  4-ooo  prisonniers  au 
Garso. 

On  dément  l'arrestation  de  Ghenadief  à  Sofia. 

Bataille  acharnée  entre  la  Vistule  et  le  Bug.  Au-dessus 
de  Sokal,  les  Russes  ont  fait  i.5oo  prisonniers. 

Le  Lokal-Anzeiger  publie  un  télégramme  du  front 
russe  insistant  sur  la  t'orce  du  triangle  où  les  Russes 
organisent  la  résistance.  «  Même  en  mettant  les  choses  au 
mieux,  des  semaines  s'écouleront  avant  que  l'ennemi  ne 
faiblisse.  »  Hindenburg,  qui  dirige  l'attaque  au  nord 
et  au  sud  de  Varsovie,  a  i4  corps  du  Bug  à  la  Vis- 
tule et  8  du  Bug  au  Dniester. 

Pendant  la  semaine  qui  s'est  terminée  le  21,  aucun 
navire  anglais  n'a  été  coulé,  alors  que  6.826  navires 
sont  entrés  dans  les  ports  ou  les  ont  quittés. 

Les  avions  français  bombardent  la  gare  d'Autrj,  au 
nord-ouest  de  Binarville. 

La  grève  du  charbon  dans  le  pays  de  Galles  est  ter- 
minée. 

L'Italie  a  22.000  prisonniers  autrichiens,  dont  2.000 
officiers. 

Toute  l'Allemagne  travaille  k  la  fabrication  de  sacs  de 
sable  pour  tranchées  ;  on  y  fait  même  travailler  les  pri- 
sonniers. 

Jeudi  22  juillet.  —  La  Bulgarie  et  la  Turquie  ont 
signé  une  convention,  cédant  à  la  Bulgarie  une  portion 
turque  du  chemin  de  fer  de  Dédéagatch. 

Les  Français  prennent  les  positions  du  Lingekopf 
dans  les  Vosges. 

Les  Italiens  ont  fait  encore  i.5oo  prisonniers  au 
Carso. 

Les  Allemands  attaquent  les  têtes  de  pont  de  la 
Narev  à  Rozan.  Ils  donnent  l'assaut  aux  ouvrages  avancés 
d'ivangorod,  mais  sont  repoussés. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  19 

On  annonce  que  des  voiliers  turcs  venant  de  Syrie 
ont  transporté  3o  officiers  turcs  et  des  armes  en 
Tripolitaine.  Les  journaux  italiens  demandent  que  l'Ita- 
lie déclare  la  guerre  à  la  Turquie. 

La  viande  est  devenue  rare  en  Suède  par  suite  d'une 
exportation  intensive  en  Allemagne. 

Grâce  à  la  «  récolte  de  l'or  »  en  France,  l'encaisse 
de  la  Banque  a  augmenté  de  i64  millions. 

Roosevelt  dénonce  les  Américains  pusillanimes  qui 
veulent  réduire  leur  pays  à  l'état  de  la  Chine.  II  dit  que 
les  pacifistes  américains  sont  les  alliés  de  fait  du  mal- 
faiteur international  le  plus  cynique  et  qualifie  ainsi 
l'invasion  de  la  Belgique  :  «  le  crime  le  plus  abomi- 
nable qui  ait  été  commis  depuis  plus  d'un  siècle  ». 

Vendredi  23  juillet.  —  La  réponse  des  États-Unis 
à  l'Allemagne  est  partie  pour  Berlin.  La  Tribune  (New- 
York)  dit  que  l'Amérique  est  à  bout  de  ses  ressources 
de  conciliation. 

Des  attaques  allemandes  sont  repoussées  en  Alsace. 

Les  Allemands  ont  passé  la  Narev  avec  2  bataillons. 
Les  Russes  prennent  des  mesures  pour  l'évacuation  des 
villes  de  la  Lithuanie,  Vilna,  Grodno,  Kovno  (Biali- 
stok). 

Au  cours  de  la  révolte  des  Senoussi  en  Tripolitaine, 
plusieurs  garnisons  italiennes  ont  été  massacrées.  Celle 
de  Nalut  s'est  réfugiée  en  Tunisie  et  y  a  reçu  le  meil- 
leur accueil.  Les  Italiens  ne  tiennent  plus  que  la  côte 
avec  quelques  oasis.  Les  insurgés  sont  commandés  par 
des  officiers  allemands  et  turcs,  amenés,  dit-on,  par 
des  bateaux  grecs. 

Des  croiseurs  autrichiens  bombardent  la  voie  ferrée 
sur  la  côte  italienne. 

L'adjonction  à  l'escadre  de  la  Mer  Noire  de  V Impéra- 
trice-Marie, navire  plus  fort  que  le  Gœben,  y  consacre 
la  supériorité  de  la  flotte  russe. 

La  disette  en  Allemagne  produit  un  renchérissement 
de  5o-6o  "/o  (Lokal-Anzeiger). 

La  Gazette  de  l'Allemagne  du  Nord  affirme  que  la 


20  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

destruction  de  Sermaize  n'a  pas  été   ordonnée  par  le 
major  von  Asten. 

Lors  de  l'anniversaire  de  la  déclaration  de  guerre  de 
l'Autriche  à  la  Serbie,  le  ministre  de  Serbie  en  France, 
Vestnitch,  dit  au  P^//YPam/^n  (cf.  Revue  hebdomadaire, 
'il  juillet,  p.  683)  :  «  L'ultimatum  à  la  Serbie  ne  s'est 
rattaché  que  par  la  forme  k  l'assassinat  de  l'archiduc. 
Ce  crime  exigera  un  autre  procès  que  celui  qui  a  été  jugé 
dans  le  cliquetis  des  armes.  Dans  cet  autre  procès, 
Prinkip  et  Cabrinovitch  ne  seront  que  des  figurants.  Les 
principaux  coupables  de  la  mort  de  François-Ferdinand 
et  de  son  épouse  se  trouvent  à  Vienne  et  k  Budapest.  La 
morale  publique  et  la  justice  réclament  d'autres  débats. 
Nous  tenons  déjà  en  main  certaines  prouves  qui  seront 
évoquées  dans  le  nouvel  acte  d'accusation  ;  mais  je  ne 
vous  en  dirai  pas  plus  long  là-dessus.  »  (Cf.  sur  ce  point, 
Revue  critique,  igiS,  II,  p.  i.) 

Samedi  24  juillet.  —  On  dément  à  Rome  la  nou- 
velle allemande  d'une  imminente  rupture  bulgaro-serbe. 

Nouveau  bom])ardement  de  Dunkerque. 

Un  corps  allemand  a  été  débarqué  près  de  Liban  et 
marche  vers  le  sud.  Les  Allemands  ont  franchi  la  Narev 
depuis  le  sud  d'Ostrolenka  jusqu'k  Pultusk  ;  au  sud-est 
de  Pultusk,  les  Allemands  approchent  du  Bug.  Ils  sont 
k  20  kilomètres  au  sud  du  centre  de  Varsovie,  dont  la 
presse  française  prévoit  l'évacuation. 

La  Grèce  a  envoyé  une  escadrille  dans  les  eaux  de 
Vourla  et  de  Smyrne. 

Vainqueurs  des  Turcs  k  Nasirieh  (Mésopotamie),  les 
Anglais  y  prennent  quinze  canons  et  trois  cent  mille 
cartouches. 

Le  Rreslau,  torpillé  dans  la  Mer  Noire,  est  rentré  à 
Constantinople. 

Les  grèves  et  les  attentats  allemands  contre  les  usines 
de  munitions  exaspèrent  l'opinion  aux  Etats-Unis. 

L'armée  serbe  compte  280.000  hommes,  avec  une 
forte  artillerie. 

La  dette  britannique  s'est  élevée  de  706  millions  .ster- 
ling (191 4)  à  1.1G2  millions  (mars  1910). 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  21 

Dimanche  25  juillet.  —  Les  Français  remportent 
un  succès  au  sud  du  Ban  de  Sapt,  où  ils  prennent 
760  hommes  et  8  mitrailleuses  (détails  dans  le  Temps, 
6  août). 

Les  Allemands  ont  été  repoussés  sur  la  Narev  et 
devant  Ivangorod.  La  bataille  continue  entre  Vieprz 
et  Bug.  Les  Allemands  ont  atteint  la  Dvina,  sur  le 
Iront  Poneviez-Keidanj.  Dans  la  région  de  Tukkum, 
ils  ont  été  repousses  avec  le  concours  de  la  flotte 
russe. 

Le  Gouvernement  russe  a  fait  évacuer  les  usines  de 
Varsovie  et  de  Riga.  L'Administration  postale  russe  a 
quitté  Varsovie. 

Les  Anglais  sont  maîtres  du  vilayet  de  Bassora 
(iSo.ooo  kilomètres  carrés). 

Jusqu'à  ce  jour,  les  sous-marins  allemands  ont  coulé 
229  navires  anglais,  3o  navires  alliés  et  G  neutres.  Le 
nombre  des  tués  sur  les  navires  anglais  est  de  2.25o. 

On  dit  qu'il  y  a  seulement  i.ooo  prisonniers  italiens 
en  Autriche. 

Le  roi  de  Grèce,  convalescent,  est  conduit  à  Tatoï. 

Lundi  26  juillet.  —  L'Angleterre  répond  à  la  note 
américaine  du  3o  juin  au  sujet  des  conditions  du 
blocus  ;  cette  réponse  est  favorablement  accueillie. 

Le  baron  de  Wangenheim,  ambassadeur  d'Alle- 
magne, rentrant  de  Constantinople,  confère  à  Sofia  avec 
le  roi  et  Radoslavov. 

Les  Italiens  occupent  l'île  de  Pelagosa. 

Violents  combats  près  de  Novogrodek  sur  la  Narev, 
ainsi  qu'entre  Vieprz  et  Bug,  où  les  Russes  font  i.5oo 
prisonniers.  Des  troupes  allemandes  ont  passé  le  Bug 
vers  Sokal. 

On  annonce  que  le  Nedjed  (Arabie)  s'est  déclaré 
indépendant  et  a  chassé  les  garnisons  turques. 

Le  contre-torpilleur  Bisson  a  détruit  une  station  de 
sous-marins  et  avions  autrichiens  dans  l'île  de  Magosta. 
Le  sous-marin  Mariette  a  été  coulé  dans  la  Marmara. 
Un  sous-marin  autrichien,  capturé  avec  son  équipage, 
a  été  conduit  à  l'arsenal  de  Venise. 


22  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Le  vapeur  américain  Leelanav  a  été  torpillé  sur  la 
côte  d'Ecosse  ;  l'équipage  est  sauf. 

On  apprend  que  des  munitions  sont  envoyées  des 
États-Unis  dans  l'Amérique  du  Sud  et  de  la  en  Alle- 
magne par  des  vapeurs  suédois  et  norvégiens. 

La  Gazette  de  Cologne  invite  la  Russie  à  conclure 
une  paix  séparée.  Le  même  journal  déclare  que  l'Al- 
lemagne continuera  la  guerre  de  sous-marins  comme  par 
le  passé,  sans  se  soucier  des  réclamations  de  l'Amérique. 

tin  grand  incendie  ravage  Constantinople. 

Mardi  27  juillet.  —  Les  Français  bombardent  les 
cantonnements  allemands  de  Westende  et  de  Middel- 
kerke. 

Lutte  très  vive  au  nord  de  Souchez. 

Nouveau  bombardement  de  Soissons  et  de  Reims. 

Les  Français  achèvent  d'occuper  la  crête  du  Linge, 
au  nord  de  Munster. 

Les  Italiens  prennent  le  Monte  Dei  Sei  Busi,  entre 
Gradisca  et  Monfalcone,  avec  3. 200  Autrichiens. 

Les  Rus.ses  attaquent  au  sud  de  Sokal. 

Renforcés  vers  Mush,  les  Turcs  font  reculer  les 
Russes. 

On  annonce  la  présence  d'un  sous-marin  allemand 
dans  la  Mer  Blanche,  près  d'Arkhangel. 

Un  ukase  appelle  sous  les  drapeaux  les  Russes  nés 
en  1896. 

Hindenburg  a  invité  Sven  Hesdin  h  assister  à  la 
prise  de  Varsovie. 

Les  versements  d'or  à  la  Banque  de  France  attei- 
gnent 222  millions;  l'encaisse  or  dépasse  4  milliards 
5oo  millions. 

Les  pertes  anglaises  s'élèvent  k  SSo.ggô,  dont  6g.3i3 
tués,  1 97 .494  blessés,  64- 1 88  manquants  ;  5 1 .000  Anglais 
ont  été  tués  en  France,  8.000  aux  Dardanelles. 

Mercredi  28  juillet.  —  Une  attaque  autrichienne 
vers  Gorizia  est  repoussée  avec  pertes. 

Les  Allemands  reculent  devant  Novo-Georgievsk  et 
tentent  vainement  de  forcer  la  Vistule  entre  Ivangorod 
et  Varsovie. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  23 

Les  Turcs,  vainqueurs  au  combat  de  Probedo,  font 
reculer  les  Russes. 

Un  avion  allemand  jette  des  bombes  sur  Calais, 
d'autres  bombardent  Gérardmer. 

La  Gazette  de  Cologne  prétend  que  l'Allemagne 
possède  des  avions  invisibles  à  partir  de  1.800  mètres 
(procédé  déjà  connu). 

A  la  Chambre  des  Communes,  Lloyd  Georges  annonce 
qu'on  a  créé  16  manufactures  nationales  de  munitions 
et  qu'on  va  en  créer  10  autres.  Asquith  dit  :  «  A-t-on 
jamais  plus  calomnié  notre  peuple  qu'en  niant  qu'il 
ait  pu  s'élever  à  la  hauteur  de  circonstances  extraor- 
dinaires ?  Et  pourtant,  si,  il  y  a  une  calomnie  encore 
pire  :  c'est  celle  qui  prétend  que  nos  alliés  n'ont  pas 
pleinement  apprécié  notre  concours.  »  (Allusion  aux 
bruits  d'origine  germanique  d'après  lesquels  la  France 
trouverait  le  concours  anglais  insuffisant.) 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  les  Anglais  ont  perdu 
182  navires  et  168  chalutiers. 

Jeudi  29  juillet.  —  Une  note  officieuse  roumaine 
affirme  que  les  munitions  destinées  k  la  Turquie  ne 
passent  pas  par  la  Roumanie. 

Nouveau  bombardement  de  Reims. 

L'Angleterre  annonce  à  la  Grèce  que  les  Alliés  vont 
occuper  provisoirement  Mitylène. 

Tandis  que  les  Russes  inlligent  des  pertes  aux  Alle- 
mands sur  la  Narev  et  chassent  les  Autrichiens  de  leurs 
tranchées  près  de  Sokal,  les  Allemands  passent  la  Vis- 
tule  sur  des  pontons,  des  deux  côtés  de  l'embouchure 
de  la  Radomka,  et  gagnent  du  terrain  sur  la  rive 
gauche  de  la  Vieprz,  qu'une  de  leurs  divisions  a  même 
traversée. 

Les  avions  français,  très  actifs,  bombardent  une 
usine  de  gaz  asphyxiants  à  Dornach,  et  les  usines  à 
pétrole  de  Pechelbronn  près  de  Wissembourg. 

Le  gouverneur  d'Albany  a  ordonné  le  désarmement 
des  sociétés  autrichiennes  de  Little  Falls,  qui  sortaient 
en  armes  et  gardaient  leurs  armes  k  domicile. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  1.6 16. 000  hommes. 


24  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Vendredi  30  juillet.  —  Washington  proteste  h 
Berlin  contre  la  fabrication  de  faux  passeports  améri- 
cains par  des  fonctionnaires  allemands  en  Hollande. 

Les  Anglais  perdent  une  tranchée  au  nord  et  au  sud 
de  Hooge. 

Échec  d'une  attaque  autrichienne  sur  Pelagosa. 

Le  choléra  est  dans  l'armée  turque  à  Constantinople. 

On  dit  que  les  Allemands  vont  envoyer  trois  corps 
contre  la  Serbie.  A  Rome,  il  est  question  d'un  «  coup 
de  théâtre  balkanique  ». 

Les  Russes  ont  évacué  sans  combat  Lublin,  ainsi 
que  la  voie  ferrée  entre  Novo-Alexandria  et  Reiovitz. 
La  ligne  Cholm-Lublin  est  perdue  pour  eux.  Ils  ont 
aussi  reculé  entre  la  Vistuîe  et  le  Bug,  Les  ^ens 
riches,  les  employés,  les  fabriques,  les  marchandises, 
Tor  et  l'argent  ont  été  évacués  de  Varsovie. 

L'Iberian,  de  la  compagnie  Leyland,  a  été  torpillé  et 
coulé  ;  7  personnes  ont  été  tuées  par  un  obus  du  sous- 
marin  allemand. 

Des  avions  français  bombardent  Fribourg-en-Brisgau. 

Sur  Château-Salins,  6  avions  allemands  livrent  un 
combat  à  i5  avions  français. 

Le  baron  Hayashi,  ambassadeur  du  Japon  à  Rome, 
dit  que  son  pays  ne  cesse  de  fournir  des  munitions  à  la 
Russie,  qu'il  pourrait  envoyer  aussi  5oo.ooo  hommes, 
mais  que  son  concours  militaire  n'a  pas  encore  été 
«  instamment  sollicité  ». 

Le  Pape  envoie  une  lettre  aux  belligérants  pour  les 
exhorter  à  la  paix  et  à  la  réconciliation  des  Etats  : 
«  Qu'une  fois  l'empire  du  droit  établi,  ils  décident  de 
confier  dorénavant  la  solution  de  leurs  différends,  non 
plus  au  tranchant  du  glaive,  mais  aux  raisons  de  justice 
et  d'égalité  étudiées  avec  calme.  » 

Samedi  3i  juillet.  —  On  estime  k  tort,  en  Alle- 
magne, que  l'incident  du  Lusitania  est  clos. 

Bombardement  à  grande  distance  de  Gompiègne. 

Les  Italiens  sont  à  12  kilomètres  de  Tolmino  et  à  4  ki- 
lomètres ouest  et  sud  de  Gorizia. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  25 

Des  avions  allemands  bombardent  Saint-Omer  et 
Nancy. 

Le  sultan  est  de  nouveau  malade. 

La  presse  roumaine  proteste  contre  les  menaces  de 
l'Allemagne.  On  croit,  à  Rome,  que  Bratiano  est  un 
autre  Salandra. 

La  Gazette  de  Cologne  dit  que  l'Allemagne  désire- 
rait obéir  aux  conseils  pacifiques  du  Pape,  car  elle  ne 
combat  que  pour  le  maintien  de  ses  frontières  ;  mais 
c'est  à  Londres,  Petrograd,  Paris  et  Rome  qu'on  répond 
non.  L'Allemagne  doit  conquérir  une  paix  honorable 
par  son  épée. 

A  Saint-Brieuc,  du  i  i-3i  juillet,  la  Banque  de  France 
a  reçu  4  millions  d'or. 


AOUT 


Dimanche  i*""  août.  —  Progrès  français  dans  le 
chemin  creux  d'Albain. 

Bombes  sur  Pont-à-Mousson. 

L'archiduc  Eugène  demande  en  vain  loo.ooo  hommes 
de  renfort  pour  le  front  italien.  Le  colonel  Barone 
écrit  dans  le  Temps  :  a  Notre  action  sur  l'Isonzo  est  une 
charge  à  la  baïonnette  contre  le  cœur  de  l'Empire.  » 

Les  Autrichiens  progressent  devant  Ivangorod  (2.800 
prisonniers,  29  canons)  et  prennent  la  gare  de  Novo- 
Alexandria. 

Cholm  a  été  occupé  ;  Kovno  est  menacé  de  trois 
côtés.  «  La  ligne  de  défense  formée  par  le  Niémen,  la 
Narev  et  la  VisLule  est  presque  forcée  aux  deux 
ailes.  «  (Roussel,  Liberté.) 

Un  sous-marin  anglais  endommage  le  pont  de  Galala. 

Les  avions  français  bombardent  la  gare  de  l'usine 
Aviatik  à  Fribourg-en-Brisgau. 

Guillaume  II,  dans  un  manifeste,  jure  devant  Dieu  et 
l'histoire   que  sa  conscience  est   nette,    qu'il    n'a   pas 


26  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

voulu  la  guerre,  que  les  Puissances  de  l'Entente  ont 
voulu  humilier  l'Empire  qui  soutenait  loyalement 
l'Autriche-Hongrie . 

Gazette  de  Cologne  :  «  Nous  n'évacuerons  les  terri- 
toires occupés  que  lorsque  les  négociations  réglant  la 
situation  future  de  la  Belgique,  de  la  Pologne  et  des 
colonies  allemandes  auront  été  terminées.  » 

A  la  Douma,  le  minisire  de  la  Guerre  annonce  l'éva- 
cuation imminente  de  Varsovie.  Sazonov  parle  de 
l'entente  russo-japonaise  et  d'une  alliance  encore  plus 
étroite  en  perspective.  Goremvkine  confirme  solennelle- 
ment les  promesses  du  Tsar  à  la  Pologne,  qui  doit 
recevoir,  après  la  guerre,  le  droit  d'organiser  libre- 
ment sa  vie  nationale  sur  la  base  de  l'autonomie. 

L'Angleterre  a  commandé  en  Amérique  loo  canots 
automobiles  très  rapides  contre-sous-marins;  la  Russie 
en  a  commandé  60. 

Lundi  2  août.  —  Les  Russes  évacuent  Mitau  et  se 
replient  au  delà  de  l'Eckau  vers  Riga.  Les  Allemands 
prennent  Mitau. 

Combats  acharnés  sur  la  Narev. 

Les  Russes,  sur  le  littoral  de  la  Mer  Noire,  ont  détruit 
45o  voiliers  et  4  chantiers. 

L'épidémie  de  choléra  augmente  en  Hongrie. 

Un  groupe  de  banquiers  austro-allemands  remet  k  la 
Bulgarie  un  versement  de  25o  millions  sur  l'emprunt 
de  5oo  millions  promis  en  1914- 

L'Allemagne  a  déjà  dépensé  26  milliards  et  y  ajoute 
12  milliards  5oo  millions  qui  viennent  d'être  votés.  La 
guerre  coûte  à  l'Allemagne  76  millions  par  jour.  La 
circulation  de  la  Banque  atteint  9.4oo  millions  contre 
3.000  millions  d'or. 

Mardi  3  août.  —  Vifs  combats  dans  l'Argonne  et 
dans  les  Vosges. 

La  résistance  russe  se  prolonge  sur  la  Narev. 

Les  Turcs  disent  avoir  enlevé  aux  Russes  Alachgert, 
au  nord-ouest  de  Kara-Kilissi. 

Un  cuirassé  français  bombarde  Slgadjik  (Téos). 

Des  avions  russes  survolent  Constantinople. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  27 

Revenu  à  Petrograd,  le  savant  byzantiniste  Uspenski 
annonce  qu'à  l'instigation  d'agents  allemands,  la  foule 
turque  a  détruit  l'Institut  archéologique  de  Constanti- 
nople,  avec  près  de  200  manuscrits. 

Les  journaux  allemands  publient  des  articles  paci- 
fiques. La  Gazette  de  Francfort  écrit  :  «  Nous  dépose- 
rons les  armes  le  jour  où  l'on  nous  donnera  l'assurance 
qu'on  nous  laissera  poursuivre  en  toute  tranquillité 
notre  développement  qui  ne  menace  personne.  » 

D'un  nouveau  livre  gris  publié  par  la  Belgique,  il 
résulte  que  l'Allemagne,  quatre  mois  avant  la  guerre, 
avait  proposé  à  la  France  de  partager  le  Congo  belge. 

Goremykine  dit  à  la  Douma  que  la  politique  inté- 
rieure sera  désormais  pénétrée  d'un  principe  d'impar- 
tialité et  de  bienveillance  envers  tous  les  citoyens 
russes  fidèles,  sans  distinction  de  nationalité,  religion 
ou  langue. 

A  l'unanimité,  la  Douma  décide  qu'il  n'y  aura  pas  de 
paix  avant  la  victoire  et  que  le  concours  de  toute  la 

Eopulation  est  acquis  pour  la  continuation  de  la  lutte.  A 
i  presque  unanimité,  elle  demande  des  poursuites 
contre  ceux  qui  sont  responsables  du  manque  d'obus 
et  de  munitions. 

E.  Lavisse  écrit  dans  le  Temps  (du  4)  :  «  A  côté  du 
congrès  de  la  paix,  prévoyons  un  congrès  de  la  jus- 
tice. Dans  le  premier,  siégeront  les  délégués  nommés 
par  les  gouvernements  ;  dans  le  second,  les  députés 
nommés  par  les  peuples.  Les  électeurs  de  ces  députés 
des  peuples  seront  les  Parlements.  Devant  cette  haute 
Cour  d'humanité  sera  plaidé  le  grand  procès...  Le  plus 
grand  crime  qui  ait  été  commis  contre  l'humanité  doit 
être  jugé  par  elle...  Le  monde  ne  peut  rester  dans  l'é- 
tat où  la  guerre  l'a  surpris.  Ce  monde  chaotique,  anar- 
chique,  l'Allemagne  prétendait  l'organiser  en  le  sub- 
juguant ;  libéré  du  péril,  il  faudra  qu'il  s'organise 
lui-même  dans  la  liberté.  L'essentielle  institution  sera 
le  grand  jury  nommé  par  les  peuples.  Un  premier  acte 
sera  de  juger  le  dernier  crime  du  passé.  Par  là  il  inau- 
gurera l'avenir  que  nous  voulons  gouverné  par  le  droit 
et  la  justice.  Ensuite,  il  siégera  en  permanence.  » 


28  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Mercredi  4  août.  —  En  commémoration  du  début 
de  la  guerre,  le  roi  d'Angleterre  et  le  président  Poin- 
caré  échangent  des  télégrammes,  marquant  le  ferme 
propos  des  alliés  de  poursuivre  la  guerre  jusqu'à  la 
victoire  que  suivra  la  paix.  Un  service  solennel,  où 
assistait  la  famille  royale,  a  eu  lieu  à  Saint-Paul. 

Légers  progrès  allemands  sur  la  crête  du  Linge,  qui 
est  continuellement  bombardée. 

Six  corps  d'armée  autrichiens,  tirés  du  front  oriental, 
sont  arrivés  sur  l'Isonzo. 

Les  Russes  évacuent  Ivangorod.  Les  Allemands 
avancent  vers  Vilna  et  Ostrov.  Les  Russes  cèdent  du 
terrain  sur  la  Narev  et  se  replient  sur  Varsovie. 

Deux  navires  français  bombardent  Scalanova. 

Discours  de  Balfour  :  «  Le  monde  a  été  .sauvé  d'une 
tyrannie  comme  il  n'en  avait  jamais  connu,  par  le  fait 
que  la  maîtrise  de  la  mer  n'a  jamais  été  dans  les  mêmes 
mains  que  la  prédominance  militaire.  »  Il  dit  aussi  : 
«  Nous  n'avons  pas  encore  lancé  nos  foudres  ;  nous  n'a- 
vons pas  même  été  en  état  d'envoyer  sur  terre  nos, 
forces  complètes.  »  • 

Le  toLal  des  pertes  britanniques,  pour  la  première 
année  de  la  guerre,  atteint  882.000  hommes,  dont 
76.000  tués,  202.000  blessés,  55. 000  manquants. 

Jeudi  5  août.  —  Les  Italiens  occupent  le  col  de 
Lana;  le  bombardement  de  Gorizia  continue. 

Les  Russes  évacuent  Varsovie  après  avoir  fait  sauter 
les  ponts.  Les  Allemands,  entrés  sur  leurs  traces,  ne 
font  presque  aucun  butin. 

Un  dirigeable  italien  survolant  Pola  est  atteint  par 
des  projectiles  et  tombe  ;  l'équipage  est  prisonnier. 

Le  Sénat  de  l'Université  de  Bucarest  prend  des  me- 
sures sévères  contre  les  étudiants  qui  ont  accepté  de 
l'argent  allemand. 

Vendredi  6  août.  —  Les  ministres  des  Alliés  pré- 
sentent à  Bucarest,  Sofia,  Athènes,  Nisch  et  Cettigné 
une  note  identique,  proposant  aux  x^tats  balkaniques 
un  accord  qui  réglerait  les  différends  créés  par  la 
guerre  de  1918,   leur  permettrait  de  reconstituer  une 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  29 

ligue  et  d'entrer  en  campagne  à  côté  de  l'Entente  pour 
atteindre  leurs  buts  particuliers  (Journal  de  Genève, 
i4  août). 

De  nouvelles  forces  anglaises  débarquent  par  sur- 
prise dans  la  baie  de  Suvia  ;  mais  leur  chef  semble  n'a- 
voir pas  tiré  parti  de  ses  avantages. 

Le  gf'-néral  Sarrail  est  nommé  commandant  de  l'ar- 
mée française  d'Orient. 

Les  Russes  ne  gardent  plus,  sur  la  Vistule,  que  la 
forteresse  de  Novo-Georgievsk. 

Les  Allemands  donnent  l'assaut  à  Ossovetz,  mais 
sont  repoussés.  Ils  progressent  vers  Ostrov. 

L'archiduc  Joseph-Frédéric  est  entré  à  Lublin. 

On  constate,  en  Italie,  la  grande  proportion  d'offi- 
ciers (5-10  °/o)  parmi  les  prisonniers  autrichiens. 

Samedi  7  août.  —  Attaques  très  violentes  des  Alle- 
mands en  Argonne  et  dans  les  Vosges  ;  ces  dernières 
sont  repoussées  avec  grandes  pertes. 

Les  Allemands  attaquent  Kovno,  que  les  Russes  se 
préparent  à  évacuer.  Près  de  600  ballons  à  gaz  as- 
phyxiants sont  lancés  sur  Ossovetz  ;  par  suite  d'une 
saute  de  vent,  beaucoup  d'Allemands  sont  asphyxiés. 

Dans  la  région  de  Riga,  les  Russes  repoussent  les 
Allemands  entre  la  Dvina,  l'Eckau  et  le  cours  inférieur 
de  l'Aa. 

Dans  le  Caucase,  les  Russes  reprennent  l'offensive 
\  ers  Alachgert. 

La  Roumanie  mobilise  dix  classes  de  réservistes. 

La  récolte  de  fourrages  a  été  presque  nulle  en  Alle- 
magne. 

Dimanche  8  août.  —  Reprise  vigoureuse  des  opé- 
ralions  aux  Dardanelles. 

Une  attaque  de  la  flotte  allemande  contre  Riga  est 
repoussée  ;  trois  navires  allemands  sont  endommagés 
par  les  mines. 

Les  Russes  repoussent  une  attaque  très  violente 
■notre  le  front  ouest  de  Kovno,  bombardé  avec  les 
pii'ces  les  plus  lourdes. 

Les  Allemands  occupent  Praga,  à  l'est  de  Varsovie. 


30  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Au  Caucase,  l'aile  droite  russe  se  contente  de  tenir 
le  littoral  et  d'empêcher  le  ravitaillement  des  Turcs 
par  mer.  Le  centre  (Olty — Sarikamish — Alachgert)  est 
sujet  à  d'incessantes  attaques  des  Turcs  ;  l'aile  gauche 
poursuit  sa  marche  à  travers  les  territoires  de  Van  et  de 
Bitlis.  Le  front  russe,  de  700  kilomètres,  est  faible  au 
centre  et  doit  compter  avec  l'hostilité  des  Musulmans. 

Les  Anglais  occupent  Bouchir  (Perse),  sans  opposition. 

Le  cuirassé  turc  Kheredin  Barbarossa  est  torpillé 
dans  la  Marmara.  ^, 

«  Le  sommet  s'éloigne  pendant  que  l'alpiniste  aile-  m 
mand  gravit  la  pente  »  (colonel  Feyler).  * 

Lundi  9  août.  —  Les  Anglais  reprennent  toutes  les 
tranchées  perdues  par  eux  le  3o  juillet  près  d'Ypres  et 
s'étendent  vers  le  nord  et  l'ouest  d'Hooge. 

Les  Allemands  se  replient  dans  la  région  de  Dvinsk, 
perdant  des  prisonniers  et  du  matériel. 

Gomme  les  Allemands  préparent  un  nouvel  assaut 
sur  Ossovetz,  ordre  est  donné  d'évacuer  la  forteresse 
après  l'avoir  rasée  jusqu'au  sol. 

Des  avions  français  bombardent  Sarrebruck. 

D'Annunzio  survole  Trieste,  lançant  des  proclama- 
tions. 

Les  Turcs  inaugurent  la  ligne  de  Jérusalem  à  Bir  es 
Seba. 

Sur  le  bruit  que  des  propositions  de  paix  auraient 
été  faites  à  la  Russie  par  l'entremise  du  Danemark,  le 
Novoié  Vrémia  répond  :  «  La  Russie  ne  veut  pas  la  paix, 
mais  la  victoire.  » 

Lokal-Anseiger  :  «  On  a  remarqué  le  ton  de  modes- 
tie qu'affectait  le  télégramme  de  l'Empereur  au  roi  de 
Wurtemberg  au  sujet  de  la  prise  de  Varsovie.  Tous  les 
milieux  militaires  sont  dans  les  mêmes  sentiments,  car 
ils  n'oublient  pas  qu'à  la  guerre  il  ne  suffît  pas  de 
conquérir  des  territoires  :  il  faut  écraser  l'ennemi.  » 
Cet  article  a  pour  objet  de  réagir  contre  l'enthousiasme 
et  les  vaines  espérances  que  la  prise  de  Vai'sovie  a 
suscitées  en  Allemagne. 

Mardi  10   août.  —  Les  États-Unis    répondent  à 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  31 

l'Autriche  et  affirment  que  l'exportation  des  munitions 
est  conforme  à  la  neutralité. 

Les  Allemands  ont  perdu  plusieurs  kilomètres  de 
tranchées  à  l'ouest  du  château  d'Hooge  et  n'ont  pu, 
malgré  de  violentes  attaques,  les  reconquérir. 

Les  Allemands  s'emparent  du  nœud  de  voies  ferrées 
au  sud-est  d'Ostrov.  Les  administrations  russes  éva- 
cuent Vilna  et  Kovno. 

Les  Russes  poursuivent  les  Turcs  sur  l'Euphrate,  fai- 
sant un  grand  butin. 

Les  Arméniens  de  la  région  de  Van,  au  nombre  de 
255.000,  ont  abandonné  leur  pays  pour  se  retirer  en 
Transcaucasie. 

Des  navires  anglais  bombardent  la  côte  belge.  La 
flotte  allemande  attaque  sans  succès  vers  Riga.  Un 
croiseur  français  a  bombardé  et  presque  détruit  Gaza. 

Bombes  d'avions  alliés  sur  Bruges.  Les  hydravions 
de  Dunkerque  bombardent  le  port  d'Ostende  et  détrui- 
sent un  dirigeable. 

Mercredi  11  août.  —  Violents  combats  en  Ar- 
gonne. 

Lutte  à  3.600  mètres  d'altitude  dans  le  Trentin  occi- 
dental. 

On  annonce  que  120.000  Austro-Allemands,  avec  une 
puissante  artillerie,  se  concentrent  entre  ïemesvar, 
Neusatz  et  Orsova. 

Les  Allemands,  maîtres  d'Ostrov  et  de  Lomza,  mar- 
chent vers  Bialistok.  Les  Russes  repoussent  des  attaques 
à  l'est  d'Ostrov. 

La  population  de  Dvinsk  a  évacué  la  ville. 

Les  Russes  reprennent  l'offensive  dans  le  Caucase. 

Un  sous-marin  italien  coule  le  sous-marin  autrichien 
qui  avait  torpillé  le  Jean-Bart. 

Le  Ramsay,  navire  de  patrouille  anglais,  est  coulé 
par  le  vapeur  allemand  Meteor,  qui,  poursuivi  par  des 
croiseurs  anglais,  se  fait  sauter  dans  la  mer  du  Nord. 

Dans  la  semaine  terminée  le  1 1  août,  les  Anglais  ont 
perdu  2  vapeurs  et  17  chalutiers,  sur  un  mouvement  de 
i.3g6  navires. 


32  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

A  Bucarest,  le  Conseil  des  ministres  refuse  à  l'una- 
nimité d'autoriser  le  transit  des  munitions  allemandes 
vers  la  Turquie. 

Les  consuls  italiens  quittent  la  Turquie. 

La  Douma  tient  une  séance  secrète  oîi  le  Gouverne- 
ment fait  des  déclarations  rassurantes. 

On  dit  à  Milan  que  l'Allemagne  demande  la  média- 
tion du  Pape  sur  la  base  de  la  restitution  de  la  Belgique. 

Le  Temps  parle  du  «  piège  de  la  paix  boiteuse  que 
l'Allemagne  continue  à  nous  tendre  avec  une  inlassable 
obstination  ». 

Jeudi  12  août.  —  Les  Italiens  sont  en  possession 
des  trois  quarts  du  Garso  gorizien. 

Les  Autrichiens  ayant  recommencé  à  bombarder  Bel- 
grade, les  Serbes  ont  bombardé  Semlin  et  Pantchevo. 

Les  armées  austro-allemandes  du  nord  et  du  sud  font 
leur  jonction  à  l'ouest  de  Brest  et  forment  de  nouveau 
un  front  ininterrompu. 

Les  Russes  ont  terminé  l'évacuation  de  Riga,  empor- 
tant jusqu'aux  rails  des  tramways  et  aux  toits  de  cuivre. 

La  situation  de  l'aile  gauche  russe  au  Gaucase,  qui 
avait  dû  reculer,  a  été  rétablie  par  la  réoccupation  de 
la  région  de  Melazgert. 

Un  sous-marin  autrichien  est  coulé  par  un  torpilleur 
français  dans  l'Adriatique. 

Un  croiseur  français  détruit  un  dépôt  de  munitions  à 
Jatïa. 

Deux  dirigeables  survolent  l'est  de  l'Angleterre  (29  vic- 
times civiles). 

Les  Grecs  sont  très  maltraités  autour  d'Andrinople  et 
dans  toute  la  Thrace  turque. 

On  dit  que  Guillaume  II  a  répondu  au  Pape  qu'il 
accepterait  de  négocier  pour  la  paix  si  les  Alliés  en  pre- 
naient l'initiative. 

Depuis  le  27  mai,  l^iô  millions  en  or  ont  été  versés  à 
la  Banque  de  France. 

New-York  Nation  :  «  Si  la  ligue  des  Alliés  peut  rester 
intacte  malgré  les  revers,  les  chances  sont  encore  très 
fortes  contre  le  Kaiser.  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  33 

Vendredi  13  août.  —  La  Grèce  a  répondu  négati- 
vement aux  propositions  de  l'Entente. 

Attaques  allemandes  repoussées  en  Argonne. 

Les  Allemands  bombardent  Raon-l'Étape. 

Assauts  furieux  contre  Kovno  ;  les  Allemands  pro- 
gressent au  sud. 

Les  Allemands,  qui  s'étaient  emparés  de  Vlodava  sur 
le  Bug,  ont  été  rejetés  après  trois  jours  de  combats  à 
20  milles  en  arrière.  Leur  mouvement  menaçait  d'en- 
cercler les  trois  quarts  des  armées  russes  entre  Bug  et 
Vistule. 

Une  commission  a  été  instituée  k  Petrograd  pour 
rechercher  les  causes  du  retard  et  de  l'insuffisance  des 
fournitures  de  munitions. 

«  Comme  il  y  a  cent  vingt  ans,  la  lutte  est  entre  les 
trônes  et  la  liberté,  et  le  bonheur  n'existerait  plus  pour 
ceux  qui  retomberaient  sous  l'hégémonie  des  trônes.  » 
(Colonel  Feyler.) 

Samedi  14  août.  —  Les  Russes  attaquent  sur  le 
front  de  Bessarabie,  vers  Czernovitz. 

Le  Royal  Edward,  transport  anglais,  est  coulé  dans 
la  mer  Egée  (6oo  hommes  sauvés  sur  i.4oo).  C'est  le 
premier  transport  anglais  qui  ait  été  perdu. 

Séance  «  historique  »  à  la  Douma,  également  ardente 
pour  la  résistance  et  pour  la  conquête  des  libertés  indis- 
pensables (Journal  de  Genève,  3i  août). 

L'Etat-maj or  russe  publie  une  liste  d'espions  exécutés, 
entre  autres  le  colonel  Miassayedov,  chef  de  la  police 
secrète  et  se  prétendant  farouche  nationaliste. 

On  déclare  à  Petrograd  que  les  pertes  allemandes, 
au  i4  août,  atteignent  2.400.000  hommes  et  que  les 
Allemands  perdent  Soo.ooo  hommes  par  mois,  dont  un 
tiers  seulement  peut  reprendre  du  service. 

Un  journaliste  américain  répète  ce  propos  d'officiers 
français  :  a  Si  les  Allemands  voulaient  se  frayer  un 
chemin  vers  Calais  ou  Paris,  ils  y  trouveraient  leur 
Waterloo.  » 

Dimanche  15  août.  —  Violent  bombardement  sur 
le  front  de  l'Yser. 

94.    CHRONOLOGIE   DK   LA.    GUERRE  3 


34  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Russes  tiennent  les  Allemands  en  échec  sur  leur 
nouveau  front. 

Pendant  la  seconde  semaine  d'août,  il  y  a  eu  565  cas 
de  choléra  en  Hongrie. 

«  Les  Impériaux  ont  perdu  la  campagne  de  191 5 
comme  celle  de  1914-  Us  ont  conquis  du  terrain,  et 
Varsovie  après  Anvers  ;  ils  n'ont  pas  conquis  les  hom- 
mes. »  (Colonel  Feyler.) 

Lundi  16  août.  —  Le  ministère  grec  donne  sa 
démission,  le  candidat  vénizeliste  ayant  été  nommé  à  la 
présidence  de  la  Chambre. 

Après  un  combat  dans  les  rues  de  Mitau,  les  Alle- 
mands ont  dû  battre  en  retraite.  DejDuis  quinze  jours, 
ils  s'efforcent  en  vain  de  franchir  la  rivière  Eckau. 

Devant  Kovno  qu'ils  bombardent  sans  relâche,  les 
Allemands  ont  enlevé  un  fortin,  puis  fait  irruption  entre 
les  fortins  du  secteur  ouest. 

Un  détachement  russe  est  entré  à  Van. 

La  flotte  allemande  attaque  à  l'entrée  du  golfe  de 
Riga. 

ÎJn  sous-marin  allemand,  dans  la  mer  d'Irlande,  a 
détruit  une  fabrique  de  benzol  près  de  Harrington. 

La  Sozialdemocratie  allemande,  repoussant  toute 
politique  d'annexion,  déclare  repousser  aussi,  sous 
quelque  forme  que  ce  soit,  la  rétrocession  de  l' Alsace- 
Lorraine. 

La  Post  écrit  :  «  Nous  pouvons  dire  au  groupe  pai'- 
lementaire  polonais  du  Reichsrath  d'Autriche  que  ce 
n'est  pas  pour  faire  couronner  un  roi  de  Pologne  que 
les  troupes  allemandes  sont  entrées  à  Varsovie.  » 

Le  New-York  World  publie  des  documents  établis- 
sant l'existence  d'un  vaste  complot  allemand  aux  Etats- 
Unis. 

Mardi  11  août.  —  Les  Français  gagnent  des  tran- 
chées au  sud-est  de  Sondernach. 

Les  avant-gardes  allemandes  sont  à  35  kilomètres  au 
nord-ouest  de  Brest.  Les  Allemands  s'emparent  des 
fortifications  de  Kovno  sur  la  rive  gauche  du  Niémen  ; 
Novo-Georgievsk  est  vivement  pressé  au  nord-est. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  35 

Les  critiques  allemands  reconnaissent  que  la  retraite 
russe  s'effectue  régulièrement  et  que  la  résistance  des 
Russes  augmente  à  mesure  que  le  front  allemand  s'ap- 
proche de  la  ligne  Brost-Bialistok. 

I2.000  rebelles,  dans  le  district  de  Peshaver  (Inde), 
attaquent  le  camp  anglais  de  Rustam.  La  révolte  n'était 
pas  encore  domptée  le  4  septembre. 

Un  sous-marin  allemand  canonne,  sans  faire  de  vic- 
times, quelques  localités  de  la  côte  anglaise. 

Les  Allemands  prétendent  et  les  Anglais  nient  qu'un 
grand  croiseur  anglais  et  un  contre-torpilleur  auraient 
été  coulés  près  du  bateau-phare  de  Hornstriff. 

Dans  la  nuit  du  17  au  18,  des  dirigeables  allemands 
lancent  des  bombes  sur  Londres,  Woodbridge  et  Ips- 
wich. 

Les  Austro-Allemands  disent  avoir  2  millions  de  pri- 
sonniers (33 1. 000  Français,  Belges  et  Anglais;  23. 000 
Serbes;  i.654.ooo  Russes,  dont  3oi.ooo  capturés  en 
mai,  220.000  en  juin). 

Mercredi  18  août.  —  Serbes  et  Monténégrins  re- 
poussent des  attaques  autrichiennes. 

Les  Allemands  ont  pris  Kovno,  avec  240  canons  et 
4.5oo  prisonniers. 

L'état-major  russe  déclare  que  les  livraisons  de  muni- 
tions se  poursuivent  et  que  l'industrie  russe  accroît  son 
rendernent. 

Les  Portugais,  attaqués  dans  l'Angola,  repoussent  les 
Allemands. 

La  flotte  russe,  dans  le  golfe  de  Riga,  se  replie  de- 
Ivant  la  flotte  allemande. 

093  nouvelles  fabriques  d'obus  travaillent  en  Angle- 
terre. 

i  Les  pertes  de  la  Prusse  s'élèvent  à  i. 616. 000  hom- 
jmes,  plus  800.000  Bavarois,  Saxons,  etc.,  auxquels  il 
ifaut  ajouter  120.000  entre  Vistule  et  Bug,  au  total 
ja.  540.000. 

New-York  Times  :  «  L'Allemagne  des  Hohenzollern 
st  au  ban  de  l'humanité.  Dans  mille  ans,  l'effroyable 
listoire  de  la  Belgique  violée  sera  lue  par  les  enfants 


36  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

des  écoles,  comme  ils  lisent  aujom'd'hui  celle  des  mé- 
faits des  Huns  et  des  Sarrasins.  Il  y  a  un  an,  l'Alle- 
maqne  était  une  nation  respectée  ;  c'est  maintenant  une 
nation  honnie.  » 

Jeudi  19  août.  —  Les  Allemands  reprennent  les 
tranchées  perdues  par  eux  le  i8  sur  le  chemin  d'Ablain 
à  Angres. 

Les  Italiens  prennent  d'assaut  une  partie  de  Tol- 
mino. 

Les  Allemands  prennent  Novo-Georgievsk  avec  700  ca- 
nons, 85.000  hommes  et  6  généraux.  La  situation  des 
Russes  paraît  très  grave.  Une  ofFensive  allemande  se 
dessine  à  l'est  de  Brest,  sur  la  rive  droite  du  Bug.  La 
ligne  du  Niémen  est  considérée  comme  perdue. 

Un  sous-marin  anglais  s'est  échoué  sur  une  île  da- 
noise. 

L'Arabie,  de  la  White  Star  Line,  allant  de  Liverpool 
en  Amérique,  est  coulé  sans  avertissement;  8  passagers 
manquent,  dont  4  Américains. 

Les  Turcs  empêchant  les  Italiens  de  quitter  SmjTne, 
les  relations  italo-turques  sont  très  tendues. 

Le  ministre  de  la  guerre  bulgare  a  donné  sa  démis- 
sion. 

A  la  réouverture  du  Reichstag,  Bethmann-Hollweg 
accuse  l'Angleterre  et  la  Russie  d'être  causes  de  la  guerre 
que  l'Allemagne  ne  voulait  pas  :  «  La  guerre  devint  iné- 
vitable seulement  à  cause  de  la  mobilisation  russe. 
Nous  sortirons  victorieux  du  combat  contre  les  calom- 
nies, comme  du  combat  sur  les  champs  de  bataille.  » 
Le  Reichstag  vote  10  milliards.  Le  soir,  Bethmann-Holl- 
weg, parlant  à  la  foule,  dit  que  les  forteresses  russes 
ont  été  brisées  comme  de  la  vaisselle  de  terre. 

L'Angleterre  a  sous  les  drapeaux  2.5oo.ooo  hommes, 
dont  plus  de  2  millions  ont  six  mois  d'entraînement. 
Coloniaux  inclus,  leurs  forces  atteignent  8.826.000 
hommes  ÇNeiv-York  Nation). 

Vendredi  20  août.  —  Quatre  sommets  du  Carso 
sont  au  pouvoir  des  Italiens. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  37 

Les  Russes  évacuent  Bialistok,  bien  que  les  Alle- 
mands aient  échoué  dans  une  tentative  de  forcer  la 
Narev  près  de  cette  ville. 

Dans  le  golfe  de  Riga,  les  Allemands  perdent  2  croi- 
seurs et  8  torpilleurs. 

Un  dirigeable  allemand  est  capturé  près  de  Vilna. 

Deux  avions  russes  bombardent  l'arsenal  de  Top- 
Hané. 

Jusqu'à  ce  jour,  l'Autriche  a  perdu  17  avions,  l'Italie 
2  dirigeables. 

Trioiine  de  New-York  :  «  L'attaque  de  V Arabie  ré- 
pond exactement  à  la  définition  que  le  président  Wil- 
son  a  donnée  de  l'acte  inamical  exécuté  de  propos 
délibéré.  L'heure  est  venue  d'agir.  Parler  plus  long- 
temps serait  encourager  l'assassinat  et  non  l'empêcher  ; 
ce  serait  transiger  avec  l'infamie  que  de  continuer  des 
relations  avec  des  sauvages.  » 

Millerand  dit  à  la  Chambre  :  «  Nos  alliés  comptent 
sur  notre  sagesse;  nos  ennemis  n'ont  d'espoir  que  dans 
nos  divisions.  » 

Dunkerque  a  fourni  à  la  Banque  plus  de  10  millions 
d'or. 

Samedi  21  août.  —  L'Italie  déclare  la  guerre  à  la 
Turquie. 

Encore  4o  obus  sur  Reims. 

La  flotte  allemande  se  retire  du  golfe  de  Riga.  La 
tentative  de  débarquement  a  échoué  désastreusement. 

Le  correspondant  du  Tyd  à  Cologne  dit  que  l'Alle- 
magne ne  compte  pas  annexer  la  Belgique,  mais  tenir 
la  promesse  faite  par  elle  le  4  août  en  réparant,  aux 
frais  de  l'Entente,  le  mal  qui  a  été  fait  à  ce  pays. 

L'Acleverul  (Bucarest)  publie  le  fac-similé  d'une 
lettre  adressée  par  un  hobereau  allemand  à  un  de  ses 
amis.  «  Quand  on  pense  combien  il  fut  difficile  a 
H...  de  convaincre  notre  Empereur  que  le  dernier  mo- 
ment était  arrivé  de  laisser  le  cours  libre  à  la  guerre!... 
Nous  allons  être  les  maîtres  absolus  du  monde.  Toutes 
les  chimères  et  les  bêtises,  comme  la  démocratie,  seront 
chassées  du  monde  pour  un  temps  infini...  Nous  avons 


3è  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

à  purger  notre  propre  pays  de  toutes  les  idées  révolu- 
tionnaires, afin  que  notre  noblesse  puisse  recouvrer  sa 
splendeur,  sa  puissance  et  son  autorité  anciennes.  » 

Les  Anglais  ont  perdu  aux  Dardanelles  80.000 
hommes,  dont  17.000  tués. 

Dimanche  22  août.  —  Les  Français  occupent  le 
sommet  du  Schratzmsennele  (détails  dans  le  Temps, 
4  septembre). 

La  résistance  des  Russes  s'affirme  sur  la  route  de 
Vilna,  devant  Bielsk  et  Brest. 

Les  Allemands  prennent  Tikocin. 

Les  Russes  poursuivent  les  Turcs  dans  le  Caucase. 

Au  large  d'Ostende,  deux  torpilleurs  français  coulent 
un  destroyer  allemand. 

Le  coton  est  déclaré  contrebande  de  guerre. 

Lundi  23  août.  —  En  Grèce,  nouveau  cabinet  Ve- 
nizelos. 

Les  Allemands  prennent  Ossovetz,  évacué  le  22  après 
destruction  de  tous  les  ouvrages.  Les  Russes  se  replient 
sur  la  rive  gauche  du  Bobr. 

Les  navires  anglais  bombardent  la  côte  belge  de  Zee- 
brugge  à  Knocke. 

Un  avion  russe  bombarde  la  gare  de  Lemberg. 

Le  Parlement  serbe  accepte  l'arbitrage  de  l'Entente 
pour  régler  les  questions  territoriales  en  suspens,  par 
io3  voix  contre  22  et  89  abstentions  (Temps,  26  août). 

Mardi  2i  août.  —  L'Allemagne  prie  les  États-Unis 
de  ne  point  prendre  de  décision  au  sujet  de  l'affaire  de 
\ Arabie  avant  d'être  complètement  informés  et  exprime 
le  regret  que  des  Américains  aient  été  noyés. 

L'Allemagne  fait  des  excuses  au  Danemark  au 
sujet  de  l'attaque  d'un  sous-marin  anglais  dans  les 
eaux  danoises. 

Les  Autrichiens,  renforcés,  reprennent  l'ofTensive  sur 
tout  le  front  italien. 

Il  est  avéré  que  les  Austro-Allemands,  sur  le  front 
russe,  perdent  en  moyenne  10.000  hommes  par  jour. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  1.740.000  hommes. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  39 

a  Je  soutiens  que  la  France  elle-même  ne  savait  pas, 
il  y  a  un  an,  ce  qu'elle  était.  »  (Rudyard  Kipling.) 

Mercredi  25  août.  —  Vif  combat  entre  Monténé- 
grins et  Autrichiens  près  de  Cattaro. 

Les  marécages  et  les  boues  arrêtent  l'ennemi  aux 
abords  de  Vloaava  et  de  Brest. 

Les  Russes  hâtent  l'évacuation  de  Riga,  Dvinsk  et 
Vilna.  On  écrit  de  Czernovitz  à  un  journal  de  Vienne 
que  les  Russes,  depuis  quelques  jours,  emploient  des 
canons  et  des  obus  japonais. 

Le  consul  d'Italie  à  Trébizonde,  i^evenu  à  Rome,  ra- 
conte les  horribles  massacres  d'Arméniens  par  les 
Turcs;  il  se  demande  si  tous  les  cannibales  et  toutes 
les  bêtes  féroces  du  monde  ne  se  sont  pas  réunis  à 
Stamboul. 

Les  côtes  de  l'Asie  Mineure  et  de  la  Syrie  sont  dé- 
clarées en  élat  de  blocus. 

Un  avion  serbe  bombarde  Peterwardein. 

Soixante  avions  français  lancent  i5o  obus  sur  les 
hauts  fourneaux  de  Dillingen. 

L'état  sanitaire  est  redevenu  normal  en  Serbie. 

Les  Allemands  enlèvent  des  rails  de  Belgique  pour 
les  transporter  en  Pologne. 

A  la  fin  de  juillet,  l'Allemagne  avait  1.800.000 
hommes  à  l'ouest,  1.400.000  à  l'est,  plus  1. 120.000  Au- 
trichiens. 

Le  président  de  la  Commission  de  Défense  nationale 
à  la  Douma  déclare  que  la  crise  des  obus  est  passée, 
la  quantité  d'obus  expédiés  au  front  ayant  doublé  depuis 
deux  mois. 

Stancioff,  ministre  de  Bulgarie,  dit  à  Rome  :  «  L'hé- 
gémonie austro-allemande  dans  les  Balkans  serait  la  fin 
de  toute  indépendance  pour  toutes  les  nations  balka- 
niques. » 

«  Entre  tant  de  choses  que  la  guerre  a  détruites,  il  en 
est  une  qu'elle  a  tuée  et  que  nul  ne  regrettera  :  c'est 
l'apologie  même  de  la  guerre...  V.  Hugo  voulait  qu'on 
déshonorât  la  guerre  :  c'est  chose  faite,  et  bien  faite, 
par  le  désaveu  même  des  fous  ou  des  misérables  qui 


40  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

l'ont  déchaînée.  »  (Ruyssen,  La  Paix  par  le  Droit, 
25  août,  p.  387.) 

Jeudi  26  août.  —  Violent  bombardement  de  Reims. 

Les  Austro-Allemands  massent  des  troupes  sur  le 
Danube,  à  l'ouest  de  la  Serbie. 

Les  Russes  ont  évacué  Brest,  que  l'ennemi  a  occupé. 

Sir  Edward  Grey,  dans  une  lettre  adressée  à  la 
presse,  répond  aux  allégations  de  Bethmann-HoUweg  : 
«  S'il  doit  y  avoir  des  garanties  contre  la  guerre  dans 
l'avenir,  il  faut  que  ce  soient  des  garanties  effectives, 
pareilles  et  égales  pour  tous.  Haut  l'Allemagne  aussi 
bien  que  les  autres  nations,  y  compris  nous-mêmes.  » 

Viviani  prononce  à  la  Chambre  un  discours  très 
applaudi,  suivi  d'un  vote  de  confiance  :  «  La  France 
ne  cessera  la  lutte  qu'après  avoir  assuré  le  triomphe  du 
droit  ;  qu'après  avoir  banni  la  possibilité  du  retour  de 
pareils  crimes  ;  qu'après  avoir  restauré  dans  son  indépen- 
dance politique  et  économique  l'héroïque  Belgique  ; 
qu'après  avoir  repris  notre  Alsace  et  notre  Lorraine.  » 
Personne  n'a  proposé  le  comité  secret,  auquel  le  Gou- 
vernement déclarait  qu'il  ne  s'opposerait  pas. 

On  rapporte  ce  mot  de  French  :  «  La  lutte  reste  main- 
tenant entre  Krupp  et  Birmingham.  » 

«  Les  hommes  valent  la  cause  ;  jamais  un  plus  haut 
courage  ne  s'égala  à  un  plus  haut  devoir.  »  (Pierre 
Lalo,  Temps,  26  août.) 

Le  Tsar  sanctionne  la  décision  du  Conseil  des  minis- 
tres abolissant  temporairement  les  restrictions  apportées 
au  droit  de  séjour  des  israélites,  sauf  à  Petrograd  et 
Moscou. 

Vendredi  27  août.  —  Bernstorfï  aurait  déclaré  à 
Lansing  que  l'Allemagne  modifierait  sa  politique  sous- 
marine  et  que  des  navires  portant  des  Américains  ne 
seraient  plus  attaqués  sans  visite. 

Les  Italiens  prennent  le  fort  autrichien  du  Belvédère. 

Les  Autrichiens  attaquent  les  Monténégrins  à  Gra- 
hovo  et  sont  repoussés. 

L'abandon  de  Grodno  est  décidé. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  41 

Les  Allemands  essaient  de  forcer  la  ligne  ferrée  de 
Kreuzbour^  h.  Mitau. 

Les  Autrichiens  ont  pris  pied  sur  la  rive  gauche  de 
la  Zlota  Lipa.  On  annonce  que  les  Allemands  emploient 
sur  le  front  russe  des  appareils  électriques  qui  détrui- 
sent à  distance  toutes  les  défenses  métalliques  (?) 

Les  Russes  repoussent  une  offensive  turque  sur  le 
littoral  de  la  Mer  Noire. 

Près  de  Téhéran,  le  vice-consul  d'Allemagne,  à  la 
tête  d'une  bande,  attaque  les  consuls  d'Angleterre  et 
de  Russie  et  les  oblige  à  se  retirer. 

Polivanov  dit  que  la  Russie  lève  2  millions  d'hommes 
et  que  Petrograd  est  couvert  par  plusieurs  armées. 

L'Allemagne  dépense  pour  la  guerre  66  millions  de 
marks  par  jour;  en  octobre,  elle  aura  dépensé  22  mil- 
liards. 

Un  communiqué  allemand  condamne  la  mode  des 
jupes  amples  qui  implique  une  trop  grande  dépense 
d'étoffe. 

Gazette  de  Voss  :  «  Nous  sommes  le  peuple  suprême  ; 
notre  devoir  est  désormais  de  conduire  la  marche  de 
l'humanité.  C'est  un  péché  contre  notre  Empire  de 
ménager  les  peuples  qui  nous  sont  inférieurs.  » 

Samedi  28  août.  —  Bombes  sur  Compiègne  ;  trois 
victimes. 

Le  27  et  le  28,  progrès  des  Alliés  dans  la  presqu'île 
de  Gallipoli. 

Les  Russes  évacuent  Olita,  au  sud  de  Kovno.  La 
droite  russe  se  replie  à  l'est  de  Lutsk. 

Quatre  avions  allemands,  volant  vers  Paris,  ont  été 
arrêtés.  L'un  a  lancé  5  bombes  sur  Montmorency,  sans 
résultat;  un  autre  a  été  descendu  dans  la  forêt  de 
Hallatte. 

Suivant  l'amirauté  anglaise,  les  dirigeables  allemands, 
pendant  un  an,  ont  tué  8g  Anglais,  dont  18  enfants. 

L'agence  Havas  dément  que  les  Français  se  servent 
de  gaz  qui  aveuglent  les  Allemands  et  voit  dans  ce 
mensonge  l'annonce  de  quelque  infamie  allemande  de 
cette  espèce. 


42  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Dimanche  29  août.  —  Lutte  d'artillerie  très  vive 
en  Argonnc. 

Les  Italiens  investissent  Plezzo. 

Les  Allemands  avancent  sur  Riga  et  atteignent  la 
Dvina  à  Friedrichstadt.  Les  Russes  répondent  en  mena- 
çant les  derrières  des  Allemands  sur  la  Missa. 

Les  Autrichiens  repoussent  les  Russes  de  leurs  der- 
nières positions  en  Galicie. 

Moscou  a  manifesté  pour  la  guerre  à  outrance  ;  on  y 
demande  la  constitution  d'un  cabinet  de  la  Défense 
nationale. 

«  L'unanimité  s'est  faite  contre  l'entreprise  d'intimi- 
dation, de  meurtre  et  de  rapine  par  laquelle  les  Alle- 
mands ont  surpris  l'Europe,  qui  était  déshabituée  de 
ces  violences  d'un  autre  âge  et  qui  ne  déposera  pas  les 
armes  avant  d'être  délivrée  de  ce  cauchemar.  »  {Temps 
du  3o.) 

Lundi  30  août.  —  Les  Italiens  chassent  les  Autri- 
chiens de  Monte-iMaronia,  au  nord  de  Monte-Maggio. 

Les  Russes  prennent  l'oflensive  au  nord  de  la  Vilia, 
à  l'ouest  de  Vilna. 

Sur  la  Strypa,  en  Galicie,  les  Russes  battent  les 
Autrichiens,  prenant  '6o  canons,  24  mitrailleuses, 
7.000  hommes. 

On  dit  qu'il  y  a  4.600.000  réfugiés  à  Petrograd, 
Moscou,  Kiev,  etc. 

Récemment,  à  l'hôtel  de  l'Esplanade,  à  Berlin,  la 
princesse  Victoria-Louise,  fille  de  Guillaume  II,  dit  à 
haute  voix,  après  avoir  feuilleté  le  Matin  :  «  C'est  mal 
d'attaquer  ainsi  mon  père,  qui  n'a  pas  voulu  la  guerre.  » 

On  prouve  que  les  listes  des  pertes  allemandes  ne 
comprennent  que  les  blessés  ramenés  en  Allemagne. 
(France  de  Demain,  i^^  septembre.) 

Un  bénédictin  français,  dom  Germain  Morin,  interné, 
puis  mis  en  liberté  à  Munich,  a  protesté  violemment 
contre  le  livre  La  Guerre  allemande  et  le  Catliolicisme, 
et  loué  les  Allemands,  «  qui  ont  donné  des  preuves  d'un 
dévouement  admirable  à  la  cause  religieuse  ». 

Le   correspondant   parisien  du  Journal   de   Genève 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  43 

(4  septembre)  proteste  contre  les  nombreuses  indiscré- 
tions relatives  aux  mouvements  de  l'armée  qui  se  com- 
mettent en  France,  a  Tout  le  mal  vient  du  bavardage 
h  l'arrière,  alimenté  par  les  bavards  venus  du  front.  » 
Le  quartier  général  allemand  dit  que  les  Russes, 
depuis  le  2  mai,  ont  perdu  1.400.000  hommes,  dont 
1. 100. 000  prisonniers,  et  que  a  les  armées  contre 
lesquelles  se  heurte  notre  onensive  ont  été  complète- 
ment anéanties  ».  Les  troupes  russes  en  campagne 
seraient  des  divisions  rappelées  du  sud  de  la  Russie,  où 
elles  étaient  destinées  à  combattre  les  Turcs.  Ces 
contre-vérités  ne  s'accordent  pas  avec  les  assortions  de 
la  presse  allemande  elle-même. 

Mardi  31  août.  —  Le  Gouvernement  serbe  informe 
la  Grèce  qu'il  accordera  à  la  Bulgarie  ce  que  la 
Quadruple  Entente  l'engage  à  céder. 

Gros  obus  sur  Arras. 

Les  Allemands  disent  avoir  repris  dans  les  Vosges  la 
ligne  des  crêtes  Linge — B&reukopf. 

Des  troupes  serbes  gardent  le  consulat  de  Durazzo. 

Il  y  a  maintenant  en  Russie  deux  théâtres  de  la  guerre, 
séparés  par  les  marais  du  Pripet. 

On  annonce  l'apparition  de  bandes  de  paysans, 
détruisant  voies  ferrées  et  télégraphes. 

Les  Allemands  prennent  Orany,  sur  la  voie  ferrée 
Grodno — Vilna. 

Pendant  le  mois  d'août,  les  Allemands  ont  coulé  110 
navires  (170.000  tonnes);  c'est  le  chiffre  le  plus  élevé 
qu'ils  aient  encore  atteint. 

La  Suède  interdit  l'exportation  du  bétail  et  de  la 
viande. 

«  La  vieille  Russie  bureaucratique,  orthodoxe  et  à 
demi  germanisée  par  l'influence  des  camarillas  alleman- 
des, se  voit  demander  des  comptes  par  la  Russie  libé- 
rale et  populaire  que  menace  la  victoire  du  Kaiser.  » 
(Rouanet,  L'Humanité.) 

A.  H.  Pollen  a  déclaré  au  New-York  American  :  «  A 
la  fin  de  la  première  année  de  la  guerre,  les  forces  des 
Alliés  étaient  à  celles  des  Empires   centraux  comme 


44  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

cinq  à  quatre.  Cette  proportion  continuera  à  changer  à 
l'avantage  des  Alliés  :  elle  sera  de  six  à  quatre  avant 
Noël,  de  sept  à  quatre  en  mars  1916,  et  pour  juin  (en 
hommes  et  en  canons)  de  huit  à  quatre.  Alors  la  guerre 
sera  finie.  » 


SEPTEMBRE 


Mercredi  1"  septembre.  —  L'Allemagne  accepte 
les  demandes  des  Etats-Unis  au  sujet  de  la  guerre  sous- 
marine  (prévenir  et  inspecter  les  navires  de  commerce 
avant  de  les  attaquer).  La  question  des  réparations  à 
fournir  est  différée. 

A  Rome,  on  considère  que  la  Bulgarie  est  perdue 
pour  la  Quadruple  Entente. 

L'artillerie  italienne  atteint  la  coupole  du  fort  Her- 
mann,  au  nord  de  Plezzo.  Les  Autrichiens  ont  reçu  des 
renforts. 

Les  habitants  de  Riga  sont  autorisés  à  rentrer  dans 
la  ville. 

Les  armées  russes  sont  concentrées  autour  de  Vilna. 

Les  Autrichiens  progressent  dans  la  région  de  Tar- 
nopol. 

L'île  de  Ruad  (Syrie)  est  occupée  par  des  marins 
français. 

Des  avions  allemands  bombardent  Lunéville. 

Le  Lokal-Anzeiger  dit  que  l'importation  du  coton 
est  indispensable  à  l'Allemagne.  L'Allemagne  offre  aux 
États-Unis  d'acheter  100.000  balles,  livrables  dans  im 
port  allemand. 

La  Bibliothèque  universelle  de  Lausanne  publie  un 
article  de  P.  Stapfer  réclamant  la  mise  en  jugement  de 
Guillaume  II  :  «  Le  jugement  public  et  solennel  devant 
un  tribunal  européen,  suivi  de  l'exécution  capitale  du 
bandit  couronné  qui  a  commis  le  plus  grand  crime  de 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  45 

l'histoire,  nous  donnerait  un  tel  soulagement,  etc.  »  Cet 
article  est  poursuivi  par  la  justice  fédérale. 

Jeudi  2  septembre.  —  Depuis  plusieurs  jours, 
canonnades  intenses  sur  le  front  français. 

Dans  la  région  de  Linden,  les  Russes  se  replient  sur 
la  rive  droite  de  la  Dvina.  Ils  repoussent  les  Allemands 
dans  la  région  de  Friedrichstadt  et  progressent  vers 
Vilkomir, 

Les  Allemands  passent  sur  la  rive  droite  du  Niémen 
et  pi'ennent  les  forts  à  l'ouest  de  Grodno. 

Les  Russes  évacuent  Lutsk. 

On  prépare  le  transport  à  Moscou  des  trésors  de 
l'Ermitage  et  du  musée  Alexandre  III. 

Paul  Michaelis  écrit  de  Kovno  au  Berliner  Tage- 
blatt  :  «  Péniblement,  pas  à  pas,  semblable  au  cheva- 
lier d'Albert  Durer,  derrière  qui  marchent  la  Mort  et  le 
Diable,  l'armée  allemande  s'avance  vers  les  hauteurs  en 
traversant  des  fourrés  presque  impénétrables.  La  force 
de  résistance  des  Russes  n'est  pas  réduite  ;  elle  est 
encore  très  loin  d'être  brisée.  » 

Le  transport  anglais  Southland  est  torpillé  dans  la 
mer  Egée. 

L'empereur  de  Russie  préside  le  premier  Conseil  de 
défense  et  fait  un  discours  préconisant  la  guerre  à 
outrance. 

La  Roumanie  interdit  l'exportation  des  céréales  et  le 
transit  de  l'or. 

Vendredi  3  septembre.  —  Le  prince  Jean-Albert 
de  Mecklembourg,  appai-enté  à  la  reine  de  Rulgarie, 
arrive  k  Sofia. 

Les  troupes  autrichiennes  de  Transylvanie  et  du 
Banat  sont  dirigées  vers  le  front  italien. 

Près  de  Linden,  les  Russes  repassent  sur  la  rive 
gauche  de  la  Dvina,  mais  sont  refoulés  sur  la  rive 
droite.  Les  Allemands,  renforcés  sur  la  Sventa,  arrêtent 
les  progrès  des  Russes  vers  Vilkomir. 

Grodno  est  pris,  après  des  combats  acharnés  dans  les 
faubourgs.  Les  Russes   rentrent  par  surprise   dans  la 


46  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

ville  et  protègent  ainsi  le  repliement  des  troupes,  mena- 
cées d'encerclement. 

Les  Russes  abandonnent  la  Strypa  et  se  replient  à 
l'est  du  Séreth. 

«  Les  armées  du  Tsar  ne  sont  pas  détruites.  Pour  des 
armées  de  cette  grandeur,  il  n'est  pas  de  Sedan  pos- 
sible. »  {Gazette  de  Francjort.') 

Le  général  Alexeiev  est  nommé  chef  de  l'Etat-major 
général. 

On  confirme  que  la  production  des  munitions  en 
Russie  a  doublé  depuis  le  mois  d'août.  4o.ooo  ouvriers, 
au  Japon,  travaillent  à  fabriquer  des  munitions  pour 
la  Russie. 

Grave  explosion  dans  une  fabrique  de  produits  chi- 
miques à  Brème. 

Krupp  souscrit  4o  millions  au  nouvel  emprunt  alle- 
mand. 

Le  Gouvernement  turc  abolit  les  privilèges  du 
Patriarcat  grec. 

Lord  Rosebery  dit  à  Glasgow  :  «  La  Grande-Bretagne 
est  actuellement  occupée  à  déchirer  la  trame  du  plus 
infâme  complot  qui  ait  jamais  été  ourdi  contre  les 
libertés  du  genre  humain.  » 

(T  II  n'y  a  rien  de  plus  germanique  ou  germaniste  que 
de  subordonner  à  des  intérêts  politiques  les  droits 
imprescriptibles  du  vrai.  »  (Souday,  Temps  du  5.) 

Samedi  4  septembre.  —  Vif  bombardement  aux 
abords  de  Dixmude;  loo  obus  sur  Reims. 

On  croit  a  Bucarest  que  la  Grèce  soutiendra  la 
Serbie  si  celle-ci  est  attaquée  par  les  Bulgares. 

Renforcés,  les  Allemands  ont  progressé  sur  les 
routes  de  Dubno  et  de  Rovno,  à  l'est  de  Lutsk.  On  se 
bat  près  de  Dubno. 

L'empereur  de  Russie  part  pour  le  front. 

Le  3  et  le  4?  des  hydravions  allemands  bombardent 
les  torpilleurs  russes  à  l'entrée  du  golfe  de  Riga. 

La  neige  est  tombée  dans  les  Pyrénées  et  dans  les 
Alpes  autrichiennes  et  suisses. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  47 

On  dément  officieusement  que  le  pape  ait  écrit  à 
Wilson. 

Le  roi  de  Roumanie  aurait  dit  :  «  Je  me  sentirais 
indigne  de  mon  peuple  si  je  refusais  d'accepter  des 
sacrifices  en  vue  de  la  réunion  de  tous  les  Roumains 
sous  le  drapeau  national.  » 

Le  San  écrit  que  le  changement  d'attitude  de  l'Alle- 
magne envers  les  Etats-Unis  est  une  phase  de  la  nou- 
velle campagne  pour  la  paix.  L'Empereur  et  ses  minis- 
tres font  flèche  de  tout  bois  pour  mettre  fin  au  conflit. 
La  Tribune  (N.Y.)  compare  l'Allemagne  à  un  joueur  de 
poker  qui,  au  début  d'une  partie  nocturne,  gagne 
Beaucoup  de  points  et  prétexte  tout  à  coup  qu'il  a  froid 
aux  pieds  pour  s'en  aller,  ce  que  les  autres  joueurs  ne 

Permettent  pas.  «  Ce  sont  précisément  les  raisons  que 
Allemagne  a  de  désirer  la  paix  qui  valent  impérieuse- 
ment pour  les  Alliés  en  faveur  de  la  continuation  de  la 
lutte.  »  (Temps  du  5.) 

Hilaire  Relloc  {Land  and  Water)  discute  en  grand 
détail  la  question  des  eff'ectifs  et  des  pertes.  Jusqu'au 
3i  juillet,  les  Austro-Allemands  avaient  perdu  6.5oo.ooo 
hommes,  portés  à  7  millions  jusqu'au  i^''  septembre, 
dont  5.25o.ooo  hommes  de  pertes  définitives.  Ils  ont 
1.800.000  hommes  sur  le  front  ouest,  2.600.000 
hommes  sur  le  front  est,  260.000  sur  le  front  italien, 
160.000  sur  le  front  danubien,  au  total  et  au  minimum 
4.800.000  hommes  en  campagne.  Il  reste  moins  de 
2  millions  d'hommes,  dont  à  peine  i  million  disponi- 
ble pour  renforts,  sur  un  total  de  12  millions.  Contre 
les  5.800.000  Allemands,  il  y  a  3  millions  de  Français, 
I  million  d'Italiens  et  au  moins  2.5oo.ooo  Russes,  avec 
réserves  illimitées.  L'arithmétique  est  une  science  posi- 
tive. 

Dimanche  5  septembre.  —  Le  5  et  le  6,  le 
général  Jofl"re  a  conféré  en  Italie  avec  le  roi  et  le  géné- 
ral Cadorna. 

L'offensive  allemande  se  porte  sur  les  régions  de 
Volkovisk  et  de  Dubno— Rovno.  On  se  bat  sur  le  Sé- 
reth. 


48  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Deux  torpilleurs  russes  ont  attaqué,  près  do  Zingul- 
dak,  le  HamidieJt,  qui  a  été  avarié,  et  deux  torpilleurs 
turcs.  Quatre  charbonniers  qu'ils  convoyaient  ont  été 
coulés. 

Un  torpilleur  allemand  avarie  le  paquebot  Ilesperian 
sur  la  côte  d'Irlande  ;  l'équipage  est  sauvé,  mais  le  pa- 
quebot coule  lundi  matin.  Grande  indignation  en  Angle- 
terre et  aux  Etats-Unis.  Le  paquebot  allait  de  Liverpool 
à  Montréal. 

Le  choléra  est  dans  l'armée  autrichienne  sur  le  front 
italien. 

La  Turquie  a  mobilisé  i.5oo.ooo  hommes,  dont  elle 
a  perdu  5oo.ooo(?).  Restent,  avec  les  blessés  revenus  du 
front,  85o.ooo  hommes,  dont  190.000  à  Gallipoli,  70.000 
à  Constantinople,  Soo.ooo  au  Caucase. 

La  Banque  de  France  a  reçu  63o  millions  d'or.  Des 
inconnus  accaparent  la  monnaie  de  billon. 

Lundi  6  septembre.  —  Le  Tsar  télégraphie  au 
président  Poincaré  qu'il  prend  le  commandement  des 
armées  russes. 

Deux  navires  français  ont  été  coulés  à  l'ouest  de  l'em- 
bouchure de  la  Gironde. 

En  représailles  du  bombardement  de  Lunéville 
(1^'^  septembre),  4o  avions  français  bombardent  la  gare 
et  les  usines  de  Sarrebrùck. 

La  neige  a  fait  son  apparition  dans  le  nord  de  la 
Russie. 

Les  Allemands  construisent  a  Gotha  des  avions 
monstres. 

Un  aviateur  allemand,  survolant  Chavannes-sur- 
Étang,  jette  une  couronne  portant  ces  mots  :  «  A 
Pégoud,  mort  en  héros,  son  adversaire.  » 

La  Gazette  du  Rhin  et  de  Westphalie  dément  les 
nouvelles  pacifiques. 

La  Gazette  de  Voss  demande  que  les  enfants  des 
écoles  fouillent  les  vieux  cimetières  allemands  pour  en 
extraire  les  plaques  de  cuivre  :  «  Nos  aïeux  se  réjoui- 
ront   au    séjour    éternel    à    l'idée    que    leur    dernière 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  49 

demeure   a   offert  sa  quote-part  pour   le    salut  de  la 
patrie.  » 

Mardi  7  septembre.  —  Les  Turcs  envoient  aux 
Dardanelles  des  troupes  de  Thrace  et  du  Caucase. 

Les  Russes  prennent  l'offensive  sur  la  Doljelka  et  le 
Séreth  (ii.ooo  prisonniers,  3o  canons);  mais,  arrêtés 
par  un  feu  formidable,  ils  regagnent  leurs  positions. 
Le  Tsar  félicite  ses  troupes  qui  continuent  leur  offen- 
sive au  sud-ouest  de  Trembovla. 

L'escadre  anglaise  bombarde  les  positions  allemandes 
de  Nieuport  à  Ostende. 

En  réponse  au  bombardement  de  Saint-Dié  et  de 
Gérardmer,  les  avions  français  bombardent  Fribourg- 
en-Brisgau,  Sarrebourg,  les  gares  de  Tergnier  et  de 
Lens. 

Raid  de  dirigeables  allemands  sur  l'est  de  l'Angle- 
terre (56  victimes,  dont  un  soldat). 

La  Gazette  de  Francfort  réclame  l'annexion  des 
districts  de  la  Russie  habités  par  les  Lettons,  les  Lithua- 
niens et  les  Allemands  :  «  La  victoire  nous  offre,  pour 
la  dernière  fois  peut-être,  la  possibilité  d'élargir  le 
domaine  de  notre  race.  » 

Mercredi  8  septembre.  —  Attaque  très  violente, 
avec  obus  suffocants,  dans  l'ouest  de  l'Argonne  ;  les 
Allemands  pénètrent  dans  quelques  tranchées  fran- 
çaises et  sont  violemment  contre-attaques. 

On  assure  que  le  Sultan  s'est  répandu  en  plaintes  dans 
la  première  audience  qu'il  a  donnée  à  Hohenlohe. 

Les  Bulgares  fortifient  Dédéagatch. 

L'offensive  russe  continue  :  les  Allemands  se  replient 
vers  la  Strypa. 

Depuis  le  3,  sur  le  Séreth,  les  Russes  ont  pris 
17.000  hommes,  33  canons,  66  mitrailleuses.  «  En 
somme,  nos  armées  réalisent  fermement  leur  but  et 
envisagent  l'avenir  avec  assurance.  »  (Communiqué 
russe  du  9.) 

On  affirme  en  Russie  que  la  retraite  touche  à  sa  fin 

94.    CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  4 


50  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

et  que  les  Allemands  sont  fatigués.  Varsovie  regorge 
de  malades  allemands. 

Le  grand-duc  Nicolas  est  nommé  vice-roi  du  Caucase 
et  commandant  de  l'armée  russe  dans  cette  région. 

Un  navire  anglais  a  été  coulé  au  sud-ouest  de  Pen- 
march.  Le  croiseur  français  auxiliaire  Indien  a  été  tor- 
pillé près  de  Rhodes. 

Les  avions  français  bombardent  les  hangars  d'Os- 
tende,  Frascati  et  la  gare  des  Sablons  (Metz);  les 
avions  allemands  bombardent  Nancy. 

Un  dirigeable  allemand  a  fait  explosion  près  de 
Bruxelles. 

Des  dirigeables  allemands  survolent  Londres  et  les 
comtés  de  l'Est  (20  morts,  86  blessés);  en  revenant, 
ils  survolent  les  forts  d'Amsterdam. 

La  Grèce  appelle,  pour  le  i"  octobre,  dix  classes  de 
réserves. 

Jeudi  9  septembre.  —  Les  combats  continuent  à 
l'ouest  de  l'Argonne.  Sauf  un  élément  de  tranchée  à 
l'est  de  Binarville,  notre  ligne  a  été  maintenue. 

Les  Allemands  attaquent  dans  les  Vosges  avec  obus 
suffocants  et  liquides  enflammés,  mais  progressent  peu. 
Ayant  pris  pied  au  sommet  du  Hartmannsvsàller,  ils  ont 
été  refoulés  pendant  la  nuit. 

Les  succès  russes  s'accentuent  vers  Trembovla 
(5.000  prisonniers). 

Les  pluies  d'automne  et  le  brouillard  entravent  les 
opérations  allemandes  en  Russie.  Les  journaux  alle- 
mands recommandent  au  public  de  ne  pas  envoyer  de 
paquets  au  front  oriental,  les  routes  étant  imprati- 
cables. 

Le  grand-duc  Nicolas  est  parti  pour  le  Caucase. 

Des  navires  anglais  bombardent  Aïvali. 

Un  sous-marin  allemand  parvient  pour  la  première 
fois  dans  les  eaux  algériennes  et  y  coule  trois  navires. 
français. 

Le  sous-marin  Papin,  près  du  cap  Planka,  coule  un 
torpilleur  autrichien. 

Un  article  du  capitaine   Persius,  dans    le    Berliner 


I 


I 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  51 

Tageblatt,  prépare  l'opinion  allemande  à  l'aveu  de  la 
faillite  de  la  campagne  de  sous-marins  contre  l'Angle- 
terre. 

Les  avions  français  bombardent  la  gare  de  Challe- 
range  (Ardennes)  et  de  Nesle  (Somme). 

Le  communiqué  russe  du  9  parle  pour  la  première 
fois  du  front  français  et  dit  que  l'artillerie  française, 
depuis  quinze  jours,  bombarde  terriblement  le  front 
allemand. 

La  Grèce  rappelle  les  officiers  et  sous-officiers  qui 
sont  à  l'étranger. 

On  annonce  que  les  canons  des  places  du  nord  du 
Japon  ont  été  envoyés  par  Vladivostok  en  Galicie.  La 
Corée  se  couvre  de  fabriques  comme  le  Japon. 

Le  correspondant  de  la  N.-Y.  Tribune  écrit  :  «  Le 
soldat  français  est  une  révélation  du  cœur  profond  de  la 
nation.  » 

Vendredi  10  septembre.  —  L'Allemagne  répond 
aux  États-L'uis  au  sujet  de  VAraôic,  proposant  de  sou- 
mettre la  question  au  tribunal  de  La  Haye  et  préten- 
dant que  le  sous-marin  a  agi  en  état  de  légitime  défense, 
l'Arabie  ayant  fait  mine  de  l'attaquer  (mensonge  avéré). 

A  la  suite  d'intrigues  auxquelles  s'est  livré  aux  États- 
Unis  l'ambassadeur  d'Autriche,  Dumba,  Washington  a 
fait  savoir  à  Vienne  qu'il  n'était  plus  acceptable  comme 
ambassadeur. 

Renforcés  au  nord-est  de  Monfalcone,  les  Autrichiens 
essaient  de  refouler  les  Italiens  sur  Udine,  menaçant  la 
Vénétie. 

De  Riga  à  Czernovitz,  front  de  970  kilomètres. 

Violente  offensive  allemande  à  l'est  de  Vilkomir  ;  les 
Allemands  avancent  sur  la  chaussée  de  Dvinsk  et  se 
retranchent  à  3o  kilomètres  à  l'ouest  de  Vilna.  A  l'est 
de  Grodno,  violents  combats;  Skidel,  pris  et  repris, 
reste  aux  Russes.  Ceux-ci  progressent  dans  la  région 
de  Tarnopol  et  sur  le  cours  inférieur  du  Séreth 
(3.000  prisonniers).  Le  communiqué  russe  dit  que 
l'initiative  dans  les  combats  partiels  «  passe  peu  à  peu 
entre  nos  mains  ». 


52  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

On  signale  des  sous-marins  allemands  sur  les  côtes 
de  Crimée. 

La  police  suisse  découvre  une  vaste  organisation  alle- 
mande d'espionnage  et  arrête  80  personnes. 


Samedi  îi  septembre.  —  Radoslavov  affirme  que 
la  Bulgarie  n'attaquera  pas  la  Serbie  ;  il  fait  part  de  ce 
mensonge  aux  puissances. 

Pressés  sur  la  chaussée  de  Vilkomir  à  Ucianz,  les 
Russes  se  replient  sur  le  lac  Dusiaty.  Ils  font  4oo  pri- 
sonniers sur  la  chaussée  de  Baranovicsi,  4-ooo  dans  la 
région  de  Tarnopol,  où  leurs  automobiles  blindées  ren- 
dent des  services  efficaces.  L'offensive  allemande  se 
poursuit  entre  Sventa  et  Vilia,  vers  Skidel  et  Rajno. 

Apparition  du  choléra  en  Prusse  sur  l'Oder. 

On  se  plaint  vivement,  en  Allemagne,  des  spéculations 
sur  les  vivres. 

Pour  la  première  fois,  un  journal  autrichien,  la 
Reichspost,  avoue  que  l'Allemagne  a  provoqué  la 
guerre  parce  que  l'Angleterre  tendait  à  une  politique  qui 
l'eût  isolée. 

Dimanche  12  septembre.  —  Les  Allemands  lan- 
cent 3oo  obus  sur  Ypres. 

Les  Italiens  ont  gagné  20  kilomètres  dans  le  Val 
Sugana  et  atteint  la  région  de  Sbrigno. 

Les  Allemands  ont  coupé  la  voie  de  Vilna  à.  Dvinsk. 

Nouveau  raid  aérien  sur  la  côte  est  de  l'Angleterre  ; 
pas  de  dégâts. 

On  dit  à  Petrograd  que  depuis  dix  jours  les  Alle- 
mands ont  perdu  en  Galicie  la  valeur  de  deux  corps. 

Le  général  Russky  déclare  que  les  Allemands  visent 
Petrograd,  mais  ne  pourront  y  parvenir. 

Les  forces  ennemies  opérant  en  Russie  atteignent 
2.800.000  hommes,  mais  ne  sont  pas  toutes  sur  le  Iront. 
Il  n'y  aurait  en  première  ligne  que  55  corps  à 
28.000  hommes,  soit  i.5/|0.ooo  hommes.  L'état  des 
routes  est  effroyable. 

En  récapitulant  les  nouvelles  de  l'agence  Wolff,  on 
constate  que,  suivant  cette  officine,  les  Alliés,  aux  Dar- 


I 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  53 

danelles,  auraient  perdu  le  double  de  leurs  effectifs  et 
auraient  été  jetés  clix-sept  fois  h.  la  mer. 

Pour  la  première  fois  en  Allemagne,  dans  un  article 
de  la  Post,  il  est  fait  état  de  la  victoire  française  de  la 
Marne  (Temps  du  17). 

«  La  situation  des  prisonniers  retenus  sur  les  terri- 
toires envahis  a  ceci  d'abominablement  cruel  qu'on  leur 
défend  d'écrire.  »  (Figaro,  avec  preuves.) 

Lundi  13  septembre.  —  Bernstorff  déclare  à 
New- York  que,  s'il  reçoit  ses  passeports,  les  sous- 
marins  allemands  couleront  tous  les  navires  qu'ils  ren- 
contreront, ce  qui  amènera  en  quelques  jours  la  guerre. 

Violent  bombardement  des  positions  belges. 

Les  Allemands  continuent  à  pousser  à  l'ouest  de  la 
ligne  Jakobstadt-Dvinsk. 

Les  Russes  traversent  la  Horyne  près  de  Derajvo  et 
capturent  un  bataillon  autrichien.  Près  d'Oleszva  (est 
de  Lutsk),  ils  font  i.3oo  prisonniers,  7.400  au  sud-ouest 
de  Visznevetz.  Du  3o  août  au  12  septembre,  ils  ont  fait 
plus  de  40.000  prisonniers  austro-allemands. 

On  dit  que  Pnocée  est  en  feu. 

En  représailles  des  bombardements  de  Lunéville  et 
de  Compiègne,  des  avions  français  ont  bombardé  la 
gare  et  la  Banque  impériale  de  Trêves,  ainsi  que  la  gare 
de  Donaueschingen. 

Dans  la  nuit  au  i3-i4,  un  dirigeable  a  bombardé  la 
côte  est  de  l'Angleterre  sans  faire  de  dégâts.  Un  autre, 
dans  l'après-midi  du  i3,  a  fait  sept  victimes. 

Le  Daily  Telegraph  parle  de  la  «  rénovation  des  forces 
russes  ». 

Le  général  Kluege,  rendu  responsable  des  revers  aus- 
tro-allemands sur  le  Séreth,  est  mis  à  la  retraite. 

Mardi  44  septembre.  —  L'artillerie  allemande  en 
Champagne  essaie  de  nous  déloger  de  notre  tête  de 
pont  de  Sapigneul. 

Un  avion  autrichien  bombarde  Vicence. 

Les  dirigeables  allemands  ne  cessent  de  survoler  la 
Hollande. 

On  a  découvert  à  New-York  un  complot  allemand 


54  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

avant  pour  but  de  mettre  le  feu  à  bord  du  paquebot 
SanfAnna. 

Le  remaniement  libéral  du  ministère  russe  est 
ajourné. 

Mercredi  i5sep<emJbre.  —La Quadruple  Entente, 
en  possession  de  la  réponse  serbe,  remet  une  note  col- 
lective à  Sofia. 

Les  Serbes  empêchent  les  Autrichiens  de  franchir  la 
Save. 

La  victoire  russe  entre  Séreth  et  Strypa  est  complète  ; 
les  Autrichiens  reculent  en  déroute.  Ailleurs,  les  Russes 
ont  le  dessous  ;  Pinsk  est  pris  ;  les  Allemands,  au  nord 
de  Viliia,  passent  sur  la  rive  gauche  de  la  Vilia. 

Le  pape  lève  l'interdit  pour  qui  ferait  visite  au  Qui- 
rinal,  a  cause  des  blessés  hospitalisés  au  Palais  Royal. 

Lord  Kitcheuer,  au  Parlement  anglais,  se  plaint  que 
le  recrutement  se  soit  ralenti.  Il  annonce  que  le  front 
anglais  en  France  s'est  étendu  de  20  kilomètres.  Ex- 
posant la  situation  générale,  il  constate  que  les  Alle- 
mands ont  échoué  en  Russie  ;  il  rend  hommage  aux 
méthodes  de  guerre  des  Turcs,  très  supérieures,  au 
point  de  vue  humain,  à  celles  qui  ont  déshonoré  leurs 
maîtres  allemands. 

Jeudi  16  septembre.  —  Des  torpilleurs  russes  ont 
coulé,  près  de  Sinope,  un  convoi  de  voiliers  turcs. 

Daily  Telegraph  :  «  Nous  avons  aujourd'hui  des 
moyens  de  découvrir  les  sous-marins  dès  qu'ils  entrent 
dans  certaines  zones.  L^ne  fois  qu'on  est  sur  sa  trace, 
le  sous-marin  est  perdu.  Il  n'y  a  pas  tant  de  sous-ma- 
rins allemands  à  1  heure  qu'il  est.  » 

Un  ukase  ordonne  l'appel  de  la  réserve  de  la  territo- 
riale ;  un  autre  proroge  la  Douma. 

On  dit  avoir  constaté,  à  Rome,  que  des  bombes  en- 
vovées  sur  le  Carso  contiennent  de  l'acide  prussique. 

Une  société  allemande,  Deutsche  Wacht,  s'est  formée 
k  Francfort  pour  boycotter  les  produits  anglais,  fran- 
çais et  belges. 

Le  Gouvernement  français  annonce  un  prochain 
emprunt. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  55 

Asquith  déclare  aux  Communes  que  l'Angleterre 
dépense  926  millions  de  francs  par  semaine,  qu'elle  a 
3  millions  d'hommes  sous  les  armes,  que  800.000  ou- 
vriers travaillent  dans  716  établissements  à  la  fabrica- 
tion de  munitions  et  de  matériel. 

Vendredi  il  septembre.  —  Le  président  Wilson 
a  déclaré  à  Bernstorfï'  qu'il  compte  que  le  Gouverne- 
ment allemand  tiendra  ses  engagements  et  n'attaquera 
plus  les  paquebots  sans  avertissement. 

La  signature  de  l'accord  turco-bulgare,  annoncée 
pour  le  18,  puis  pour  le  28,  est  reportée  au  5  octobre. 
Le  roi  Ferdinand  reçoit  les  chefs  de  l'opposition,  qui 
l'avertissent  des  dangers  de  sa  politique  et  sont  mena- 
cés par  lui.  On  a  saisi  et  suspendu  à  Sofia  un  journal 
qui  publiait  un  appel  contre  la  politique  allemande  du 
roi. 

L'artillerie  française,  devant  Saint-Mihiel,  a  coupé 
un  grand  pont,  un  pont  de  bateaux  et  trois  passerelles. 

Les  Autrichiens  ont  évacué  le  fort  de  Malborghetto. 

Treize  divisions  de  cavalerie  allemande  s'avancent  à 
l'est  de  la  Gourlande,  cherchant  à  couper  la  retraite 
des  Russes.  Sur  tout  le  front  entre  Vilia  et  Pripet,  les 
Russes  se  retirent,  menacés  d'être  jetés  dans  les 
marais. 

Le  Berliner  Tageblatt  avoue  que  les  Autrichien.^, 
sur  la  Strypa,  ont  reculé  de  i5  kilomètres.  Ils  ont  été 
repoussés  vers  Rovno  et  Kovel. 

Un  navire  français  est  coulé  sur  la  côte  sud  de  la 
Crète. 

L'Espagne  dément  formellement  que  les  sous-marins 
allemands  se  ravitaillent  dans  ses  ports. 

Le  décret  prorogeant  la  Douma  jusqu'au  i4  novembre 
soulève  les  protestations  de  la  presse  russe. 

Il  y  a  1. 100. 000  prisonniers  austro-allemands  en 
Russie. 

Samedi  18  septembre.  —  Kiev  paraît  hors  de 
danger,  mais  les  Allemands  poursuivent  avec  succès 
leurs  opérations  contre  Vilna  et  dans  la  région  de 
Dvinsk , 


56  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Dimanche  i9  septembre.  —  Les  Allemands 
entrent  à  V^iina,  évacuée  par  les  Russes  ;  Riga,  Dvinsk 
et  Minsk  sont  menacés. 

Les  Autrichiens  disent  qu'en  Galicle  les  automobiles 
ne  peuvent  avancer  que  s'ils  sont  tirés  par  6  chevaux. 

Un  transport  anglais  est  coulé  près  d'Anticythère  : 
plus  de  200  Indiens  sont  noyés. 

Des  navires  russes  ont  coulé  un  sous-marin  dans 
la  Mer  Noire. 

Du  i5  au  ig,  les  sous-marins  alliés  ont  coulé  une 
douzaine  de  navires  turcs  et  allemands  chargés  de 
troupes  et  de  munitions. 

Le  colonel  Feyler  démontre,  dans  le  Journal  de 
Genève,  que  l'Allemagne,. en  août  iQiAi  pouvait  comp- 
ter sur  7.750.000  hommes  mobilisables  de  vingt  à  qua- 
rante-cinq ans. 

Lundi  20  septembre.  —  Signature  du  protocole 
turco-bulgare  :  les  territoires  cédés  par  la  Turquie  en 
Thrace  sont  remis  aux  autorités  bulgares. 

L'artillerie  lourde  française  a  atteint  la  gare  de 
Thiaucourt,  à  i5  kilomètres  ouest-nord-ouest  de  Pont- 
à-Mousson. 

L'artillerie  allemande  a  commencé  le  bombardement 
des  positions  serbes  vers  Semendria. 

Les  60.000  cavaliers  lancés  en  avant  par  l'Allemagne 
ont  été  arrêtés  par  la  cavalerie  russe  et  divisés  en  trois 
tronçons. 

Les  Russes  disent  avoir  fait  70.000  prisonniers  en 
août-septembre. 

Mardi  21  septembre.  —  La  mobilisation  bulgare 
est  ordonnée,  à  la  suite  de  la  signature  de  l'accord  turco- 
bulgare. 

Venizelos  demande  aux  Alliés  de  débarquer  i5o.ooo 
hommes,  afin  de  permettre  à  la  Grèce  de  remplir  ses 
obligations  envers  la  Serbie. 

Le  congrès  général  des  villes  russes  à  Moscou  a  ré- 
clamé :  1°  la  convocation  immédiate  de  la  Douma; 
2°  la  formation  d'un  ministère  comprenant  des  repré- 
sentants de  la  nation  ;  3°  une  amnistie  politique  et  reli- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  57 

gieuse  ;  4°  l'égalité  des  droits  pour  toutes  les  nationa- 
lités. 

Canonnade  intense  sur  les  fronts  serbes  du  Danube 
et  de  la  Save. 

Aux  Dardanelles,  les  Anglais  effectuent  la  jonction 
des  troupes  débarquées  à  Suvia  avec  celles  qui  occu- 
pent les  hauteurs  dominant  Gaba-Tépé. 

Les  Russes  ont  repoussé  les  Allemands  à  l'ouest  de 
Molodetchno  et  pris  Smorgoni.  A  l'est  de  Lida,  les  Al- 
lemands qui  avaient  passé  la  rivière  ont  dû  revenir  sur 
la  rive  droite. 

Le  Gœben  aurait  été  revu  dans  la  Mer  Noire. 

Le  colonel  Gaedke  écrit  dans  le  Vorwârts  :  «  Le 
peuple  allemand  ne  doit  pas  croire  que  l'ours  russe  soit 
abattu.  L'armée  russe  est  intacte.  » 

Mercredi  22  septembre.  —  Au  nord  de  Dubno, 
les  Russes  font  i.4oo  prisonniers.  Sur  le  Dniester,  leur 
cavalerie  met  en  fuite  les  Autrichiens. 

Des  avions  français  ont  bombardé  le  palais  et  la  gare 
de  Stuttgart,  faisant  de  grands  dégâts. 

Les  Allemands  quittent  en  masse  Salonique. 

Jeudi  23  septembre.  —  Le  roi  de  Grèce  signe  un 
décret  de  mobilisation  générale  pour  répondre  à  la  mo- 
bilisation bulgare. 

Bombes  incendiaires  sur  Arras. 

Al'  nord-ouest  d'Arsiero,  les  Italiens,  après  plusieurs 
jours  de  lutte,  prennent  la  forte  position  de  Monte  Gos- 
ton,  où  les  Autrichiens  laissent  beaucoup  de  matériel. 

Combats  acharnés  dans  la  région  de  Dvinsk. 

Les  Russes  reprennent  Vileika  et  la  voie  ferrée  de 
Minsk  (8  canons,  7  mitrailleuses).  Ils  prennent  Lutsk 
(G. 000  prisonniers)  et  progressent  au  sud-ouest  de 
cette  place. 

Des  avions  allemands  bombardent  Abbeville. 

Sur  le  front  du  Styr,  du  i4  au  28,  les  Russes  ont 
fait  89.000  prisonniers. 

Une  grande  fabrique  de  munitions  saute  à  Reinsdorf, 
près  de  Wittenberg  (242  morts). 


58  CHRONOLOGIE    DE    L.V    GUERRE 

Vendredi  24  septembre.  —  Les  États-Unis  ont 
accepté  la  proposition  allemande  de  soumettre  le  cas 
du  Frye  à  l'arbitrage. 

Radoslavov  a  exprimé  ses  regrets  aux  représentants 
de  l'Entente,  alléguant  que  la  mobilisation  bulgare  ré- 
pondait seulement  à  la  note  serbe  qui  déclarait  zone  de 
guerre  le  territoire  serbe  près  de  la  frontière  bulgare. 

Gounaris  est  venu  dire  à  Venizelos  que  lui  et  son 
parti  appuieraient  toutes  les  démarches  en  vue  d'un 
renouvellement  de  l'Alliance  balkanique,  oîi  entrerait 
aussi  la  Roumanie. 

Aux  Dardanelles,  les  Turcs  lancent  contre  une  pa- 
trouille française  des  molosses,  qui  sont  tous  tués. 

Les  Allemands  usent  d'obus  asphyxiants  dans  la  ré- 
gion de  Riga.  Ils  ont  éprouvé  des  pertes  énormes  entre 
la  Dvina  et  le  lac  Drisdiaty. 

Les  avions  français  bombardent  la  gare  des  Sablons 
(.Metz). 

En  Russie  et  en  Angleterre,  les  Bulgares  refusent 
de  répondre  à  l'ordre  de  mobilisation  s'ils  n'ont  pas 
l'assurance  de  n'avoir  pas  à  combattre  les  Alliés. 

Samedi  25  septembre.  —  Uoe  nouvelle  note  de 
l'Autriche  aux  Etats-Unis  proteste  contre  l'exportation 
des  munitions. 

Grande  offensive  anglaise,  belge  et  française.  La 
flotte  anglaise  bombarde  les  positions  allemandes  de 
Westende  et  de  Middelkerke.  Les  Anglo-Français  atta- 
quent au  nord  d'Arras.  L'offensive  la  plus  importante  a 
lieu  en  Champagne  entre  Suippes  et  l'Aisne  ;  les  posi- 
tions allemandes  sont  prises  sur  presque  tout  le  front. 
Au  cours  de  la  nuit,  les  progrès  sont  maintenus  (châ- 
teau de  Carleul,  cimetière  de  Souchez,  dernières  tran- 
chées du  Labyrinthe).  En  Champagne,  nos  troupes  ont 
pénétré  dans  les  lignes  allemandes  sur  26  kilomètres 
de  front  et  i  à  4  kilomètres  de  profondeur,  faisant 
plus  de  12.000  prisonniers.  Les  Belges  ont  gagné  du 
terrain  sur  l'Yser. 

L'escadre  russe  fait  taire  les  batteries  allemandes  du 
golfe  de  Riga. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  59 

Ghenadieff  s'est  rencontré  avec  Radoslavov. 

Le  communiqué  allemand  du  26  dit  que  les  Anglais 
«  tentent  d'employer  des  bombes  et  des  gaz  suffo- 
cants ». 

Le  troisième  emprunt  de  guerre  allemand  a  donné 
12  milliards  de  marks  (depuis  le  début  de  la  guerre, 
20  milliards). 

Suivant  les  informations  reçues  à  Washington, 
45o.ooo  Arméniens  ont  été  massacrés  par  les  Turcs; 
600.000  sont  sans  asile  et  meurent  de  faim. 

Dimanche  26  septembre.  —  Le  roi  Ferdinand 
aurait  dit  :  «  Je  n'ai  jamais  eu  l'intention  d'attaquer  la 
Serbie.  Nos  revendications  se  réalisent  parla  force  des 
choses.  Si  l'Entente  envoyait  des  troupes  dans  les  Bal- 
kans, nous  prendrions  des  mesures  pour  la  défense  de 
nos  intérêts.  »  On  dit  que  les  soldats  bulgares  ne  veu- 
lent pas  se  battre  contre  les  Russes. 

L'offensive  alliée  a  continué  en  Artois  et  en  Cham- 
pagne. Les  Allemands  se  sont  retirés  de  Souchez  sur 
les  lignes  de  Loos-les-Lens,  et  d'Auberive  et  Ville-sur- 
Tourbe  vers  le  nord  de  Perthes.  Les  Français  ont  pris 
le  fortin  de  Beauséjour.  On  parle  de  plus  de  20.000  pri- 
sonniers et  de  3o  canons.  Un  officier  allemand  écrit 
dans  son  carnet  le  dimanche  soir  :  «  L'infanterie  a 
éprouvé  des  pertes  colossales  ;  il  s'en  est  fallu  d'un 
cheveu  que  notre  ligne  ait  été  perdue.  »  Mais  l'échauf- 
fem'-at  des  pièces,  le  mauvais  temps,  la  fatigue  des 
hommes  ont  mis  fin  à  l'offensive  vers  la  nuit. 

La  cavalerie  russe  bat  la  cavalerie  allemande  sur  la 
Vilia  supérieure. 

Dans  la  semaine  écoulée,  à  l'est  de  Vileika,  les  Russes 
ont  pris  i3  canons  et  33  mitrailleuses. 

Les  Autrichiens,  renforcés,  attaquent  en  Galicie, 
mais  sont  repoussés. 

Dans  le  golfe  de  Riga,  une  escadrille  russe  est  bom- 
bardée par  des  avions  allemands. 

Manifestations  anti-allemandes  à  Bucarest;  les  étu- 
diants envahissent  les  bureaux  des  journaux  à  la  solde 
de  l'Allemagne. 


60  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Le  ministre  Barzilaï,  parlant  à  Naples,  révèle  que,  le 
i4  juillet  1914?  l'ambassadeur  d'Allemagne  à  Constan- 
tlnople  confia  à  l'ambassadeur  d'Italie  que  la  note  pré- 
parée k  l'adresse  de  la  Serbie  serait  telle  qu'elle  renclrait 
la  guerre  inévitable. 

.On  possède  la  copie,  à  Amsterdam,  d'un  registre  des 
victimes  civiles  pendant  l'invasion  de  la  Belgique.  A 
Dinant,  les  28  et  24  août,  les  autorités  militaires  ont  fait 
fusiller  606  habitants,  entre  autres  deux  prêtres  de 
quatre-vingt-un  et  quatre-vingt-cinq  ans. 

Lundi  21  septembre.  —  On  mande  de  Sofia  que 
le  Gouvernement  bulgare  espère  utiliser  l'armée  comme 
levier  dans  la  lutte  diplomatique. 

Les  Anglais  progressent  k  l'est  de  Loos  vers  Hulluch  ; 
ils  ont  pris  2.85o  hommes,  18  canons  et  82  mitrail- 
leuses. 

Le  communiqué  français  indique  un  arrêt  en  Cham- 
pagne, où  la  seconde  ligne  allemande  paraît  plus  forte 
que  la  première.  Le  nombre  des  officiers  pris  atteint 
3oo.  Les  Dernières  Nouvelles  (de  Munich)  annoncent 
que  la  situation  allemande  est  difficile  k  l'ouest  où  l'on 
envoie  en  hâte  des  renforts. 

Une  offensive  allemande  en  Argonne  est  complè- 
tement arrêtée. 

Violente  offensive  monténégrine  contre  les  positions 
autrichiennes. 

La  Serbie  veut  attaquer  la  Bulgarie,  mais  en  est 
détournée  par  l'Angleterre  (Temps,  12  novembre). 

Sur  un  secteur  occupé  par  un  seul  régiment  russe 
vers  Ochmiany,  les  Allemands  ont  lancé  10.000  obus  de 
gros  calibre. 

On  affirme  k  Petrograd  que  l'attaque  allemande 
contre  Dvinsk  a  échoué,  coûtant  à  l'ennemi  un  septième 
de  ses  effectifs. 

Journal  de  Genève  :  «  L'avance  si  rapide  des  Austro- 
Allemands  tourne  aux  combats  de  consolidation  et 
même  de  défense.  Les  forces  du  Tsar  se  sont  ressaisies.  » 

L'annonce  des  succès  français  provoque  l'enthou- 
siasme k   Bucarest.  Un  journal  allemand  de  Bucarest 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  61 

écrit  :  «  Toute  coopération  amicale  avec  la  Roumanie 
est  finie.  A  partir  de  ce  jour  commence  ce  que  Buca- 
rest avait  toujours  cherché  à  empêcher,  notre  coopéra- 
tion avec  la  Bulgarie,  qui  devient  l'appui  cherché  par 
l'Allemagne  dans  les  Balkans.  » 

Le  3°/o  français  est  tombé  à  67,  en  prévision  du 
grand  emprunt  futur. 

Mardi  28  septembre.  —  Dumba  a  informé  le 
département  d'Etat  de  son  rappel  ;  il  s'embarquera  le 
5  octobre. 

Le  roi  Ferdinand  refuse  la  démission  du  ministre  des 
Finances  bulgare.  A  la  suite  d'un  accord  avec  la  Grèce, 
les  avant-postes  des  deux  armées  sont  éloignés. 

Les  Anglais  ont  fait  3. 000  prisonniers,  pris  21  canons 
et  4o  mitrailleuses.  Ils  combattent  à  peu  de  distance  de 
la  troisième  ligne  allemande. 

L'aile  droite  russe  est  vivement  pressée  près  d'Och- 
miany.  Le  4i'  corps  allemand,  surpris  par  une  inonda- 
tion dans  les  marais  de  Pinsk,  est  presque  détruit. 

Cédant  à  de  nouvelles  attaques,  les  Russes  sont  re- 
foulés sur  la  rive  droite  du  Styr.  Ils  ont  reperdu  Lutsk. 

Le  cuirassé  Benedetto  Brin  coule,  par  suite  d'une 
explosion,  dans  le  port  de  Brindisi. 

Sir  E.  Grey  dit  au  Parlement  :  «  Nous  sommes  pré- 
parés à  donner  k  nos  alliés  des  Balkans,  de  concert 
avec  les  AUiés,  l'entier  appui  dont  nous  disposons.  » 

Mercredi  29  septembre.  —  Au  Parlement  grec, 
Venizelos  a  déclaré  que  la  mobilisation  grecque  répon- 
dait à  la  mobilisation  bulgare,  mais  que  la  Grèce  affir- 
mait ne  nourrir  aucun  dessein  hostile  contre  la  Bulgarie 
et  la  Serbie.  Gounaris  approuve  ces  déclarations  au  nom 
de  la  minorité. 

Les  Français  ont  atteint  le  point  culminant  des  crêtes 
de  Vimy  en  Artois.  Les  pertes  allemandes,  depuis  le 
24,  atteignent  28.000  prisonniers  et  79  canons,  plus 
3oo  prisonniers  faits  du  28  au  29  à  deux  divisions  de 
la  Garde  et  i.ooo  prisonniers  faits  au  nord  de  Mas- 
siges. 

La  Gazette  de  Francfort  admet  le  recul  et  les  grosses 


62  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

pertes  des  Allemands,  mais  nie  que  le  front  ait  été 
percé. 

On  annonce  au  Parlement  anglais  un  succès  des 
Anglais  sur  le  Tigre  (le  27)  et  leurs  progrès  vers  Bag- 
dad. 

L'emprunt  franco-anglais  aux  Etats-Unis  a  été  souscrit 
par  le  syndicat  Morgan. 

Jeudi  30  septembre.  —  Au  sud  de  Ripont,  sur  la 
rive  droite  de  la  Dormoise,  nous  prenons  pied  dans  un 
ouvrage  allemand  qu'une  contre-attaque  nous  oblige  à 
abandonner. 

Sur  le  seul  front  de  Champagne,  les  Allemands  ont 
perdu  121  canons. 

Les  Bulgares  retranchent  et  fortifient  la  ligne  du 
Timok,  pour  établir  une  jonction  entre  l'Autriche  et  la 
Bulgarie. 

On  dit  à  Nisch  qu'il  y  a  sur  la  frontière  sei*be  5oo.ooo 
hommes,  dont  35o.ooo  Allemands. 

On  annonce  à  Petrograd  que  20  autos,  avec  des  ins- 
tructeurs allemands  et  quantités  de  munitions,  sont 
arrivés  à  Erzeroum. 

Pendant  le  mois  de  septembre,  des  sous-marins  alle- 
mands ont  coulé  29  vapeurs  ;  les  mines  en  ont  dé- 
truit 10. 

Il  y  a  25.000  Anglais  prisonniers  en  Allemagne. 

Sur  le  front  oriental,  en  septembre,  les  Allemands  au- 
raient perdu  Soo.ooo  hommes,  les  Autrichiens  260.000; 
avec  les  malades  et  les  soldats  noyés  dans  les  marais  de 
Pinsk,  les  Austro-Allemands  auraient  perdu  l'équiva- 
lent de  douze  corps. 


I 


OCTOBRE 


! 


Vendredi  1"  octobre.  —  On  dit  à  Londres  que 
des  officiers  allemands  arrivés  à  Sofia  ont  pris  en  main 
la  direction  de  l'armée  bulgare. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  63 

L'Entente  exige  de  la  Bulgarie  une  réponse  à  sa  der- 
nière note,  faute  de  quoi  les  propositions  d'agrandisse- 
ment faites  à  la  Bulgarie  seraient  retirées. 

Des  contre-attaques  allemandes  sont  arrêtées  en 
Artois  et  en  Champagne. 

Bombes  allemandes  sur  Verdun. 

Le  centre  russe  a  progressé;  les  Allemands  ont  été 
rejetés  au  delà  de  la  Chara.  On  remarque  le  ton 
confiant  du  communique  russe.  , 

On  assure  que  les  Allemands  ont  perdu,  k  cette 
date,  54  sous-marins. 

Un  dirigeable  français  bombarde  les  gares  d'Attigny 
et  de  Vouziers. 

Une  dépêche  chiffrée  de  BernstorfT  figure  dans  les 
papiers  de  l'Américain  Archibald,  convainquant  de 
mensonge  ce  diplomate,  suivant  lequel  Archibald  n'au- 
rait reçu  de  lui  aucun  papier  diplomatique. 

La  France  a  des  avions-canons  (mentionnés  pour  la 
première  fois  dans  le  communiqué  du  2),  qui  ont  bom- 
bardé les  lignes  allemandes. 

Samedi  2  octobre.  —  Les  Anglais  reprennent 
deux  tranchées  qu'ils  avaient  perdues  le  2g  au  nord- 
ouest  d'Hulluch. 

Le  communiqué  russe  parle  du  passage  méthodique 
des  troupes  du  Tsar  de  la  défensive  k  l'offensive,  mal- 
gré l'avance  des  Allemands  sur  le  Styr  et  dans  la 
région  des  lacs  de  Dvinsk. 

4.000  déserteurs  bulgares  ont  passé  en  Roumanie. 

On  mande  de  Petrograd  au  Carrière  d'Italia  que  la 
Russie  a  2  millions  d'hommes  sur  le  front  contre  2  mil- 
lions 5oo. 000,  mais  qu'une  nouvelle  armée  de  i.5oo.ooo 
hommes,  concentrés  dans  la  région  de  Petrograd,  va 
être  envoyée  sur  le  front  et  que  600.000  hommes  sont 
prêts  dans  la  région  d'Odessa.  Sur  tout  le  parcours 
sibérien,  les  rails'ont  été  doublés. 

Dimanche  3  octobre.  —  L'Entente  fait  savoir  k  la 
Bulgarie  que  les  propositions  faites  par  elle  sont 
retirées. 

Venizelos  invite  le  Gouvernement  roumain  à  faire 


64  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

une  démarche  commune  à  Sofia  pour  avertir  les  Bul- 
gares que  les  conséquences  d'une  attaque  contre  la 
Serbie  seraient  très  graves. 

Suivant  la  Gazette  de  Francfort,  la  Grèce  mettrait 
100.000  hommes  k  la  disposition  de  la  Serbie. 

Nouveau  bombardement  de  la  côte  belge  par  l'es- 
cadre anglaise. 

Les  Russes  continuent  leur  offensive.  Ils  ont  rejeté 
sur  la  rive  gauche  les  Allemands  qui  avaient  passé  le 
Niémen  au  nord-est  de  Novogroudok. 

On  dit  en  Italie  que  les  récents  succès  des  Français 
sont  dus  au  nouvel  obusier  du  Creusot. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  i. 916.000  hommes. 

Lundi  4  octobre.  —  La  Russie  adresse  un  ultima- 
tum à  la  Bulgarie,  qui  commence  à  concentrer  35o.ooo 
hommes.  La  France,  l'Angleterre  et  l'Italie  s'y  asso- 
cient. 

Venizelos  déclare  à  la  Chambre  grecque  que  les 
obligations  de  la  Grèce  envers  la  Serbie  seront  respec- 
tées, même  au  risque  d'une  brouille  regrettable  avec 
l'Allemagne.^  La  Chambre  l'approuve  par  142  voix 
contre  102.  Emotion  intense  k  Athènes. 

Mardi  5  octobre.  —  Le  roi  de  Grèce  déclare  à 
V^enizelos  qu'il  ne  peut  le  suivre  jusqu'aux  conséquences 
extrêmes  de  sa  politique  ;  Venizelos  donne  sa  démission. 

Les  représentants  de  l'Entente  k  Sofia  demandent 
leurs  passeports. 

L'Allemagne  regrette  le  torpillage  de  l'Arabie  et  se 
déclare  prête  k  payer  une  indemnité  pour  les  vies 
américaines  perdues. 

Depuis  plusieurs  jours,  en  Champagne,  les  Allemands 
prodiguent  les  obus  suffocants. 

Commencement  du  bombardement  de  Belgrade, 
extrêmement  violent. 

Les  Français  ont  débarqué  les  premiers  k  4  kilo- 
mètres de  Salonique,  dans  un  territoire  concédé  k  la 
Serbie  pour  ses  entrepôts.  La  Grèce  proteste,  mais 
pour  la  forme  seulement.  Le  premier  contingent  fran- 
çais serait  de  18.000  hommes. 


I, 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  65 

Les  Russes  attaquent  violemment  au  nord-est  de 
Czernovitz.  On  assure  qu'ils  ont  beaucoup  de  munitions. 

Le  dirigeable  Alsace  a  dû  descendre  près  de  Rethel  ; 
l'équipage  est  prisonnier. 

On  prétend  (à  tort)  que  les  corps  austro-allemands 
massés  contre  la  Serbie  comptent  4oo.ooo  hommes  et 
2.000  canons. 

L'Amérique  a  souscrit  800  millions  de  dollars  pour 
l'emprunt  anglo-français. 

Mercredi  6  octobre.  —  Les  Français  enlèvent 
Tahure  et  la  butte  de  ce  nom  ;  ils  progressent  aux 
environs  de  la  ferme  Navarin  (i. 000  prisonniers). 

Les  premiers  soldats  français  sont  reçus  avec  enthou- 
siasme en  Serbie. 

Les  Alliés  se  sont  mis  d'accord  avec  Venizelos  pour  un 
débarquement  en  force  à  Salonique,  moyennant  une 
protestation  grecque  de  pure  forme. 

Succès  russe  au  sud  de  Smorgoni. 

A  la  Chambre  des  Lords,  il  est  question  de  l'extermi- 
nation des  Arméniens  par  les  Turcs  en  Anatolie. 

L'Allemagne  publie  un  Livre  Blanc  protestant  contre 
l'emploi  de  troupes  de  couleur  par  l'Angleterre  et  la 
France. 

Jeudi  7  octobre.  —  Cabinet  Zaïmls — Gounaris  en 
Grèce.  L'Allemagne  proteste  contre  le  débarquement 
des  Alliés  à  Salonique. 

On  dit  qu'un  radiotélégramme  intercepté  atteste  que 
l'armée  turque  est  à  bout  de  ressources. 

Les  Allemands  progressent  un  peu  au  nord-ouest  de 
Dvinsk. 

Les  sous-marins  anglais  se  montrent  actifs  dans  la 
Baltique. 

Le  transport  Amiral-Hamelin  est  coulé,  à  l'ouest  de 
Cerigo,  par  un  sous-marin  autrichien. 

Une  mission  militaire  serbe,  arrivée  à  Rome,  se  rend 
au  quartier  général  italien. 

Le  duc  de  Montpensier  adresse  une  lettre  violente  à 
son  oncle  Ferdinand  de  Bulgarie. 

«  Les  Alliés    doivent  agir   (en  Serbie)  comme  s'ils 

94.    CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  5 


66  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

étaient  seuls,  ce  qui  est  peut-être  le  meilleur  moyen  de 
ne  pas  le  rester.  »  (Rousset,  Liberté.') 

Le  Berliner  Tageblatt  dit  que  le  prix  de  la  vie  a 
augmenté  de  64  °/o- 

Vendredi  8  octobre.  —  Une  violente  offensive 
allemande  contre  Loos  est  repoussée  ;  les  Anglais  contre- 
attaquent  et  gagnent  4oo  mètres  de  tranchées. 

Les  Allemands  ont  franchi  la  Save  et  le  Danube  sur 
plusieurs  points.  Les  Serbes  ont  dû  évacuer  Belgrade, 
à  moitié  détruite  par  un  bombardement  impitoyable.  Les 
artilleurs  français  et  anglais  ayant  coopéré  à  la  défense 
de  Belgrade  se  retirent  à  travers  les  montagnes,  sui- 
vant des  sentiers  pendant  plusieurs  centaines  de  kilo- 
mètres. 

Les  Allemands  affirment  n'avoir  pas  perdu  plus  de 
i5  sous-marins  et  en  posséder  plus  qu'au  début  de  la 
guerre. 

Les  Alliés  bombardent  et  détruisent  les  hangars  d'a- 
viation k  Gand. 

Le  nombre  des  usines,  contrôlées  par  l'État  en  Angle- 
terre, atteint  979. 

Samedi  9  octobre.  — Nouvelle  attaque  allemande, 
plus  faible  et  plus  aisément  repoussée,  k  Loos.  Les 
troupes  qui  ont  effectué  les  deux  attaques  ont  perdu 
presque  tous  leurs  officiers  et  80  °/o  de  leurs  effectifs. 

Les  Allemands  prennent  deux  villages  près  de 
Dvinsk. 

Les  Russes,  avec  une  artillerie  nouvelle,  bombardent 
les  tranchées  autrichiennes  en  Bessarabie. 

Deux  navires  anglais  bombardent  sans  interruption 
la  côte  belge. 

Des  sous-marins  ont  été  aperçus  près  de  la  côte  de 
Grimée. 

Vienne  et  Berlin  célèbrent  la  prise  de  Belgrade. 

La  Gazette  de  Francfort  estime  que  l'offensive 
contre  la  Serbie  est  une  opération  «  très  difficile  et 
digne  de  Napoléon  ». 

On  croit  savoir  à  Athènes  qu'un  traité  secret,  signé 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  67 

le  17  juillet  par  le  prince  d'Hohenlohe  à  Sofia,  assure 
a  la  Bulgarie  Salonique,  Cavala,  Drama  et  Sérès. 

Les  pertes  des  Anglais  à  Gallipoli  atteignent  96.899 
hommes,  dont  19.000  tués.  Jusqu'au  9  octobre,  les 
Anglais  ont  perdu  493.000  hommes,  dont  1 01. 000  morts. 

E.  Lavisse  écrit  dans  le  Temps  (du  10)  :  «  La  vic- 
toire de  l'Allemagne  serait,  pour  les  vaincus,  la  ban- 
queroute, suivie  de  l'universelle  et  incurable  misère... 
La  patience  est  le  courage  des  non-combattants  et  elle 
est  leur  arme.  » 

Dimanche  10  octobre.  —  Les  Allemands,  suivant 
French,  auraient  eu  7.000  à  8.000  tués  au  cours  de 
leurs  attaques  devant  Loos. 

Les  Autrichiens  attaquent  violemment  le  front  mon- 
ténégrin. 

Les  Allemands  sont  refoulés  près  de  Dvinsk  et  sur  la 
rive  droite  du  Styr. 

Un  sous-marin  anglais  torpille  un  vapeur  allemand 
dans  le  Sund. 

Lundi  il  octobre.  —  Le  ministre  de  Bulgarie  à 
Bucarest  déclare  que  la  Bulgarie  renonce  à  ses  pré- 
tentions sur  Cavala  et  sur  les  territoires  occupés  par 
la  Roumanie  en  1918. 

Progrès  français  au  nord-est  de  Tahure  et  à  l'est  du 
chemin  de  Souchez  k  An  grès.  Bombes  allemandes  sur 
Soissons. 

Les  Bulgares  prétendent  mensongèrement  que  les 
Serbes  les  ont  attaqués;  en  réalité,  ce  sont  eux  qui  ont 
attaqué  par  surprise  à  Koritza-Glava  et  occupé  Kita. 

Les  Allemands  occupent  Semendria. 

Succès  allemand  au  nord-est  d'Illutsk,  dans  la  région 
de  Dvinsk. 

Un  échec  autrichien  sur  la  Strypa  vaut  aux  Russes 
2.000  prisonniers  et  4  canons. 

Journal  des  Balkans  (Bucarest)  :  «  La  question  bal- 
kanique se  résoudra  sur  les  ruines  du  royaume  bulgare, 
et  sur  la  tombe  de  la  Bulgarie  on  écrira  comme 
épitaphe  :  Tuée  par  son  Roi.  » 


63  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Mardi  12  octobre.  —  Zaïmis  déclare  que  la  Grèce 
conservera  une  neutralité  armée,  bienveillante  pour 
l'Entente.  Il  fait  savoir  au  Gouvernement  serbe  que  les 
conventions  de  191 3  entre  la  Grèce  et  la  Serbie  visaient 
des  questions  purement  balkaniques  et  ne  peuvent 
avoir  d'effet  actuellement. 

Une  note  de  Washington  k  Berlin  demande  que  lors- 
qu'un navire  devra  être  détruit  pour  transport  de  contre- 
bande, on  transfère  les  passagers  et  l'équipage  par  un 
moyen  moins  dangereux  que  les  petites  barques. 

Violentes  attaques  allemandes,  repoussées  au  nord- 
est  de  Souchez  et  dans  les  Vosges. 

20.000  blessés  Austro-Allemands  arrivent  à  Semlin. 

Des  troupes  anglaises  débarquent  à  Salonique. 

Suite  des  succès  russes  sur  la  Strypa  et  à  l'ouest  de 
Trembovla. 

Cinq  vapeurs  allemands  ont  été  coulés  dans  la  Bal- 
tique par  des  sous-marins  anglais. 

Constantinople  a  déjà  été  ravitaillée  en  farine  par  la 
Bulgarie. 

Le  comte  Reventlov,  dans  la  Deutsche  Tageszeitung, 
justifie  les  massacres  des  Arméniens  par  les  Turcs. 

Viviani  dit  à  la  Chambre  :  «  Sans  affaiblir  notre 
front,  nous  avons  le  devoir  de  remplir  les  missions  que 
nous  imposent  notre  intérêt  et  notre  honneur.  Nous 
sommes  en  parfait  accord  avec  le  général  en  chef... 
L'entente  avec  le  Gouvernement  britannique  est  com- 
plète... La  Russie  a  tenu  à  se  joindre  à  ses  Alliés.   » 

Mercredi  13  octobre.  —  Démission  de  Delcassé, 
ministre  des  Affaires  étrangères,  remplacé  par  Viviani. 
Il  s'ensuit  un  débat  à  la  Chambre;  l'expédition  d'Orient 
est  approuvée  par  un  vote  de  confiance  (872  voix 
contre  9  ;  nombreuses  abstentions). 

Les  Anglais  bombardent  les  tranchées  allemandes  et, 
se  faisant  précéder  de  nuages  de  fumée  et  de  gaz,  en 
conquièrent  plusieurs  au  sud  et  à  l'ouest  d'Hulluch,  mais 
doivent  les  abandonner  sous  le  feu  ennemi. 

Attaquant  violemment  vers  Vimy,  Givenchy  et  Sou- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  69 

chez,  les  Allemands  pénètrent  seulement  dans  quelques 
tranchées  du  bois  de  Givenchy. 

Le  général  Sarrail  est  reçu  avec  enthousiasme  à 
Salonique. 

Les  Serbes  résistent  héroïquement  sur  les  deux  fronts. 

Varna  et  Bourgas  sont  déclarés  en  état  de  siège  ;  les 
ports  bulgares  sont  bloqués  par  la  flotte  anglo-française. 

Echec  des  Turcs  au  sud  du  lac  Van. 

Les  sous-marins  anglais  coulent  des  vapeurs  alle- 
mands en  Baltique. 

Raid  de  dirigeables  sur  Londres  :  55  tués,  1 15  blessés. 

On  annonce  que  le  Japon  envoie  à  la  Russie  de  nom- 
breux canons  lourds  du  type  dit  Ogata. 

L'amiral  Degouj  (Information)  prétend  que  les 
escadres  alliées  pourraient  forcer  le  passage  des  Darda- 
nelles. 

L'entrée  de  la  Serbie  dans  la  sphère  des  opérations 
porte  le  front  allemand  k  1.460  milles,  dont  800  en 
Russie,  4oo  en  France,  200  en  Serbie. 

Jeudi  14  octobre.  —  Un  sous-marin  anglais  coule 
un  torpilleur  allemand  a  l'est  de  l'île  Moen. 

A  Londres,  une  réunion  de  parlementaires  et  de  per- 
sonnages influents  réclame  des  représailles  contre  les 
raids  de  dirigeables  allemands. 

5o.ooo  Bulgares,  refusant  de  répondre  à  l'ordre  de 
mobilisation,  sont  restés  en  R.ussie. 

Viviani  au  Sénat  et  Grey  aux  Communes  annoncent 
la  coopération  de  l'Italie  dans  les  Balkans. 

a  Le  Gouvernement  hellénique  ne  déchire  pas  brutale- 
ment le  traité  d'alliance.  Il  explique  son  abstention 
en  casuiste  byzantin.  »  (Le  Temps.) 

Le  Gouvernement  anglais  demande  35. 000  conscrits 
par  semaine. 

Il  est  établi  que  plus  de  5. 000  civils,  dont  un  grand 
nombre  de  prêtres,  ont  été  fusillés  par  ordre  des  Alle- 
mands en  Belgique.  Pourtant,  l'Espagne  cléricale  est 
liostile  aux  Alliés  et,  comme  le  remarque  le  Temps  : 
«  Le  parti  clérical  est  l'agent  le  plus  actif  de  la  propa- 
gande allemande  en  Suisse.  » 


70  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Sir  Edward  Grey  dit  aux  Communes  :  «  Nous  com- 
battons pour  le  droit  de  vivre,  non  pas  à  l'ombre  du 
militarisme  prussien,  qui  n'observe  pas  les  règles 
acceptées  de  l'humanité  et  de  la  guerre,  mais  libres  de 
menace  et  d'oppression.  » 

Vendredi  15  octobre.  —  Les  Allemands  repren- 
nent des  tranchées  au  sommet  de  l'Hartmannswillerkopf, 
mais  sont  repoussés  ailleurs,  malgré  l'emploi  de  jets  de 
pétrole  enflammé. 

Les  Serbes  ont  franchi  sur  quelques  points  la  fron- 
tière bulgare  dans  la  direction  de  Strumitza. 

La  flotte  anglaise  bombarde  Ostende  et  Westende. 

On  dit  qu'un  traité  secret  entre  la  Bulgarie  et  la 
Grèce  aurait  été  signé  (Voir  le  Matin,  17  novembre)  ; 
mais  la  Grèce  dément  l'existence  de  ce  traité. 

«  Les  Prussiens  des  Balkans  ont  été  à  l'école  de 
Berlin.  Et  la  «  folle  provocation  de  Bielogradjik  », 
comme  le  dit  le  cynique  communiqué  bulgare,  rem- 
place les  imaginaires  bombardements  par  avions  de 
Nuremberg  et  d'autres  villes,  par  quoi  les  Allemands 
justifiaient  leur  déclaration  de  guerre  à  la  France.  » 
{Temps.) 

Le  cabinet  roumain  décide  une  fois  de  plus  en  faveur 
de  la  neutralité. 

Wilamowitz-Moellendorf,  recteur  de  l'Université  de 
Berlin,  déplore,  dans  un  discours  d'ailleurs  injurieux 
pour  la  France,  que  la  solidarité  scientifique  si  labo- 
rieusement établie  soit  compromise  et  ajoute  :  «  Ce 
que  le  patriotisme  ne  peut  m'obliger  à  faire,  est  de 
retirer  à  plusieurs  savants  étrangers  l'estime  et  la  fidèle 
afTection  que  je  leur  porte.  Je  suis  persuadé  que  mes 
sentiments  sont  payés  de  retour,  même  à  l'Institut  de 
France,  qui  m'a  exclu  de  son  sein.  » 

Samedi  16  octobre.  —  L'Angleterre  déclare  la 
guerre  à  la  Bulgarie. 

Les  Alliés  notifient  le  blocus  des  côtes  bulgares. 

Les  Français  reprennent  des  tranchées  sur  l'Hart- 
mannswillerkopf et,  de  plus,  un  fortin. 


CHRONOLOGIE    DE    La'gUERRE  71 

Les  Italiens  prennent  Pregasina  près  du  lac  de  Garde. 

Les  Français  occupent  la  gare  de  Strumitza. 

Échec  complet  des  attaques  autrichiennes  sur  la 
Strypa. 

Les  armées  russes  du  sud  ont  reçu  l'ordre  de  ne 
plus  économiser  les  munitions.  Les  journaux  allemands 
constatent  la  supériorité  de  la  nouvelle  artillerie  russe. 

Des  avions  français  bombardent  la  gare  des  Sablons 
(Metz)  et  Trêves. 

Le  Times  demande  qu'on  prenne  des  mesures  ami- 
cales, mais  énergiques,  pour  faire  préciser  l'attitude  de 
la  Grèce. 

Berliner  Tageblatt  :  «  Le  courage  des  Serbes  est 
colossal.  Ils  ne  se  rendent  jamais  ;  ils  aiment  mieux 
mourir.  » 

Les  Allemands  ont  ramené  en  France,  du  front 
oriental,  la  Garde  et  le  io=  corps.  Les  troupes  atta- 
quant la  Serbie  ont  été  prélevées  entre  Vilna  et  le  Pripet. 

Le  traité  définitif  de  l'emprunt  anglo-français  a  été 
signé  dans  la  banque  Morgan  à  New-York  ;  800  banques 
américaines  étaient  représentées. 

56o  cas  de  typhus  ont  été  constatés  à  léna  :  il  y  a  des 
cas  de  choléra  à  Kiel  et  à  Berlin. 

Owen  Johnson,  revenu  du  front,  écrit  dans  ColUer's 
Weekly,  revue  américaine  :  «  Un  miracle  de  purifica- 
tion et  de  sanctification  a  balayé  la  France.  » 

Harden  (^Zukunft),  après  avoir  énuméré  les  fautes 
de  l'Entente,  notamment  l'erreur  commise  en  ne  pour- 
suivant pas  le  Gœben,  dit  qu'il  faut  faire  la  paix  avec 
la  Serbie,  qui  perdrait  la  Macédoine,  mais  recevrait 
l'Albanie  et  quelques  ports  sur  l'Adriatique  ;  qu'il  faut 
faire  la  paix  avec  l'Italie,  dont  la  ruine  n'est  ni  dans 
le  programme  de  l'Allemagne,  ni  dans  celui  de  l'Au- 
triche ;  enfin,  qu'il  faut  s'entendre  avec  la  Belgique. 
L'Allemagne  doit  profiter  de  ses  avantages  actuels 
pour  faire  la  paix  avec  honneur. 

Dimanche  il  octobre.  —  La  France  déclare  la 
guerre  à  la  Bulgarie. 

La  situation  des  Serbes  devient  périlleuse.  Au  nord, 


72  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

les  Austro-Allemands,  ayant  franchi  la  Save  à  Obre- 
novatz,  remontent  la  vallée  de  la  Kolubra  ;  au  sud  du 
Danube,  ils  sont  près  de  Pojarevatz.  Sur  le  Timok,  les 
Bulgares  avancent;  au  sud,  ils  marchent  sur  Kumanovo. 

Progrès  russes  sur  le  front  de  Dvinsk  et  au  sud  du 
Pripet  (3. 3oo  prisonniers).  L'offensive  allemande  a  cessé 
presque  complètement,  sans  doute  par  suite  du  retrait 
des  troupes  employées  en  Serbie. 

Les  Turcs  ont  évacué  Kirmanshah  (Perse). 

Un  avion  allemand  a  jeté  des  bombes  sur  les  environs 
de  La  Chaux-de-Fonds  (Suisse). 

A  Bucarest,  manifestation  contre  l'ambassade  d'Al- 
lemagne, dont  les  vitres  sont  brisées. 

Dans  les  papiers  d'Arthur  Geissler,  ex-directeur  de 
l'hôtel  Astona  à  Paris,  on  a  trouvé  une  lettre  de  l'aide 
de  camp  de  la  princesse  de  Saxe-Meiningen,  datée  du 
27  juillet,  et  prouvant  qu'à  cette  date  le  monde  officiel 
allemand  avait  décidé  la  guerre. 

«  Désespérant  d'obtenir  la  solution  sur  l'un  quel- 
conque des  anciens  fronts,  le  Kaiser  va  la  chercher  à 
Constantinople.  On  prétend  cju'il  a  dit  :  «  Quand  je  n'au- 
rai plus  assez  de  soldats,  firai  en  prendre  en  Asie.  » 
(Rousset,  Liberté.') 

Lundi  18  octobre.  —  Le  général  Sarrail  est  parti 
pour  la  Serbie. 

Les  Bulgares  ont  coupé  la  voie  Nisch-Uskub. 

Commencement  d'un  bombardement  très  intense  de 
Gorizia. 

Succès  russes  sur  le  Styr  (3. 000  prisonniers);  les 
Allemands  se  replient  sur  Kovel. 

Les  Russes  perdent  du  terrain  vers  Riga  et  Mitau. 

Sir  Jan  Hamilton,  rappelé  des  Dardanelles  en  Angle- 
terre, est  remplacé  par  le  général  sir  C.  Monro. 

Le  registre  national  tenu  en  Angleterre  montre  qu'il  y 
a  1.200.000  hommes  âgés  de  dix-neuf  à  quarante  et  un 
ans  qui  sont  disponibles  pour  le  service. 

On  dit  à  Petrograd  que  l'emploi  des  gaz  asphyxiants 
a  été  longtemps  interdit  par  Guillaume  II,  qui  a  fini 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  73 

Ear  céder  aux  instances  du  Kronprinz  et  de  Hinden- 
urg. 
Les  Grecs  habitant  la  Suisse,  la  Hollande,  la  Chine 
et  d'autres  pays  télégraphient  au  roi  pour  le  prier  de 
sauver  l'honneur  et  l'avenir  de  la  Grèce  en  secourant 
les  Serbes. 

Mardi  19  octobre.  —  Manifeste  de  Nicolas  II,  dé- 
nonçant la  trahison  bulgare  au  nom  du  slavisme  et 
remettant  le  sort  des  traîtres  à  la  justice  divine. 

L'Italie  déclare  la  guerre  à  la  Bulgarie. 

Une  violente  attaque  allemande  vers  Reims  échoue 
complètement. 

Les  Italiens  progressent  dans  la  région  Tjrol-Trentin. 

Les  Bulgares  ont  refoulé  les  Serbes  sur  Uskub,  dont 
la  population  a  quitté  la  ville  et  dont  les  communica- 
tions avec  Nisch  sont  coupées.  Les  ministres  de  l'En- 
tente se  sont  retirés  à  Krajevo.  L'armée  serbe  est 
coupée  de  Salonique. 

La  victoire  des  Russes^sur  le  Styr  est  complète;  en 
amont  et  en  aval  de  Tsartorisk,  l'ennemi  bat  en  retraite, 
abandonnant  des  prisonniers  et  des  canons. 

Le  i8  et  le  19,  les  sous-marins  anglais  de  la  Baltique 
ont  coulé  huit  navires  allemands. 

Le  ministre  Tennant,  questionné  aux  Communes, 
reconnaît  que  lors  du  dernier  raid  allemand  sur  Lon- 
dres, il  n'y  avait  que  trois  avions  pour  défendre  le 
Comté. 

Un  journal  bulgare  menace  la  Grèce,  en  raison  de  sa 
neutralité  trop  complaisante  aux  Alliés. 

Mercredi  20  octobre.  —  L'Entente  a  prié  Zaïmis 
de  renoncer  à  sa  politique  équivoque,  lui  a  demandé 
contre  qui  la  Grèce  avait  mobilisé  et  ajouté  qu'il  était 
du  devoir  de  la  Grèce  d'aider  la  Serbie.  L'Angleterre  a 
offert  l'île  de  Chypre  k  la  Grèce  pour  prix  de  son  inter- 
vention. 

Nouvelle  attaque  allemande  en  Champagne,  avec  des 
gaz  suffocants;  elle  est  repoussée. 

Commencement  de  la  grande  bataille  du  Carso,  où 


74  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 


1 


l'on  dit  que  1.200.000  hommes  et  5. 000  canons  sont  en 
présence. 

Les  Bulgares  ont  repoussé  les  Serbes  jusqu'au  Vardar 
et  l'ont  franchi  à  Velès  (Kuprulu). 

20.000  Austro-Allemands  marchent  contre  le  Monté- 
négro. 

Les  Allemands  cherchent  à  forcer  le  passage  de  la 
Dvina  entre  Riga  et  Friedrlchstadt.  Dans  la  région  de 
Mitau,  ils  tiennent  la  rive  de  la  Dvina,  de  Borkovitz  à 
Bersemunde.  Au  sud-est  de  Baranoviczi,  les  Russes 
enfoncent  les  Allemands  et  font  3.Goo  prisonniers  (dé- 
tails dans  le  Temps,  26  octobre). 

Progrès  russes  sur  la  rive  gauche  du  Styr. 

Un   transport   anglais   est   torpillé   près  de  l'île  de 

Dans  la  semaine  finissant  le  20,  les  sous-marins  alle- 
mands n'ont  coulé  qu'un  bateau  anglais,  sur  1.299 
arrivés  et  partis. 

Depuis  le  début  de  la  campagne  anglaise  dans  la  ■ 
Baltique,  28  navires  allemands  ont  été  coulés;  le  taux  ■ 
des  assurances  a  décuplé.  f 

L'Allemagne  avoue  la  perte  de  [\?>  sous-marins  depuis 
le  début  de  la  guerre. 

On  dit  que  les  Anglais  ont  construit  de  grands  moni- 
tors  avec  canons  de  3o5  portant  à  i5  milles  et  à  l'abri 
des  torpilles. 

Des  dirigeables  et  des  avions  survolent  la  Baltique,  à 
la  recherche  des  sous-marins  anglais. 

En  Roumanie,  V Adeverul  menace  le  roi  d'un  mouve- 
ment populaire. 

La  Suisse  a  protesté  à  Berlin  contre  les  bombes 
lancées  le  17  sur  son  territoire  (4  blessés,  gros  dégâts). 

On  affirme  que  bientôt  un  nouveau  chemin  de  fer 
joindra  Petrograd  à  Ekaterina,  port  libre  de  glaces. 

Le  total  des  dépenses  de  la  guerre,  sans  compter  la 
Turquie,  atteint  122  milliards,  dont  21  pour  la  France, 
3o  pour  l'Angleterre,  18  pour  la  Russie,  87  pour  l'Alle- 
magne. 

L'e.t-président  Tait  écrit  :  «  L'Amérique  ne  doit  pas 
avoir  de  cesse  tant  que  les  Alliés  n'auront  pas  termmé 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  75 

leur  œuvre  et  que  l'Europe  ne  sera  pas  délivrée  du 
militarisme  prussien.  » 

Jeudi  21  octobre.  —  Grande  offensive  italienne  sur 
le  front  de  l'Isonzo,  de  Caporetto  à  la  mer.  Le  front 
autrichien  est  percé  (1.200  prisonniers).  Les  Allemands 
avouent  que  les  Autrichiens  ont  dû  évacuer  leur  pre- 
mière ligne  dans  la  région  du  lac  de  Garde. 

Les  Bulgares  occupent  Pirot  et  marchent  sur  Nisch. 

La  cavalerie  turque  aide  les  Bulgares  à  Velès.  On  dit 
que  la  population  bulgare  de  Stara-Zagora  s'est  révoltée 
en  apprenant  l'arrivée  des  Turcs. 

Les  Français,  ayant  franchi  le  Vardar,  menacent  les 
Bulgares  au  sud  d'Istip. 

Les  Russes  contiennent  les  Allemands  sur  le  front 
Riga-Dvinsk  et  remportent  une  victoire  près  de  Tarno- 
pol  (7.500  prisonniers,  2  mortiers). 

Le  Japon  oppose  son  veto  au  rétablissement  de  la 
monarchie  en  Chine,  favorisé  par  l'Allemagne. 

Les  flottes  anglo-françaises  bombardent  Dédéagatch 
et  Porto-Lagos,  tuant  i.ooo  soldats  bulgares. 

L'importation  des  métaux  de  Suède  en  Allemagne 
est  interrompue  par  l'action  des  sous-marins  anglais. 

Un  meeting  d'indignation  a  lieu  k  Trafalgar-Square 
pour  protester  contre  l'exécution  d'une  nurse  anglaise 
il  Bruxelles,  Miss  Gavell.  On  vote  à  l'unanimité  la  réso- 
lution suivante  :  «  Nous,  citoyens  de  l'Empire  britan- 
nique, déclarons  que  nous  ne  remettrons  pas  l'épée  au 
fourreau  avant  d'avoir  vengé  l'assassinat  de  Miss  Ga- 
vell. »  Cette  infamie  émeut  également  la  Hollande  et 
les  Etats-Unis  ;  on  dit  que  le  pape  aurait  protesté  par 
l'entremise  du  cardinal  Hartmann. 

Gazette  de  Lausanne  :  «  Alors  que  la  Gazette  de 
Voss  annonce  que  la  Grèce  se  prépare  à  dénoncer  son 
traité  avec  la  Serbie,  alors  que  la  Gazette  de  Cologne 
analyse  l'accord  aux  termes  duquel  la  Bulgarie  s'en- 
gage à  fournir  de  blé  la  Grèce,  certains  organes  de  la 
presse  alliée  persistent  à  faire  fond  sur  le  Gouverne- 
ment hellénique.  On  a  peine  à  comprendre  un  tel  aveu- 
glement. » 


76  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Vendredi  22  octobre.  —  Le  roi  Constantin  étant 
formellement  opposé  à  toute  intervention,  la  Grèce 
refuse  l'offre  de  Chypre.  La  Gazette  de  Francfort  dit 
qu'elle  pourra  obtenir  cette  île  a  meilleur  compte  de  la 
Turquie,  comme  prix  de  sa  neutralité. 

Nouvelle  avance  italienne  sur  le  Garso  (2.000  prison- 
niers). 

Pluies  torrentielles  en  Serbie,  arrêtant  les  progrès 
allemands.  Les  Français  repoussent  les  Bulgares,  qui 
les  attaquent  vers  Strumitza. 

Le  Gouvernement  suédois  proteste  contre  le  bombar- 
dement d'un  sous-marin  suédois  dans  les  eaux  alle- 
mandes par  un  chalutier  armé  allemand. 

Des  avions  alliés  détruisent  le  pont  de  l'Escaut  à  Ter- 
monde. 

Deux  avions  allemands  survolent  la  Roumanie. 

Proclamation  du  roi  d'Angleterre  demandant  de  nou- 
veaux enrôlements. 

Le  colonel  Bordeaux,  ancien  membre  de  la  mission 
militaire  française  en  Grèce,  a  paru  dans  la  tribune  di- 
plomatique de  la  Chambre  grecque  et  a  été  acclamé. 

Le  professeur  Fougères  attribue  l'attitude  de  la  Grèce 
à  une  «  crise  de  confiance  ».  {Matin.') 

A.  H.  Pollen  écrit  :  «  Quand  la  guerre  sera  finie,  il 
sera  établi  que  la  flotte  anglaise  a  sauvé  les  libertés  de 
l'Europe.  Il  y  a  des  indices  qu'elle  déploiei-a  bientôt 
toute  sa  puissance,  ce  qui  n'est  pas  peu  dire.  » 

Samedi  23  octobre.  —  Pour  la  huitième  fois 
depuis  cinq  jours,  une  attaque  allemande  sur  le  front 
de  Givenchy  est  repoussée. 

Nouveau  progrès  italien  sur  le  Carso  (i.ooo  prison- 
niers). 

A  la  suite  d'une  attaque  de  flanc  opérée  par  les  Fran- 
çais sur  le  front  Krivolak — Strumitza,  l'offensive  bul- 
gare vers  Velès  a  été  arrêtée. 

Les  Allemands  ont  occupé  Tekia,  se  rendant  maîtres 
des  Portes  de  Fer  ;  ils  peuvent  désormais  ravitailler  les 
Turcs  à  travers  la  Bulgarie. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  77 

Les  Autrichiens  ont  forcé  le  front  monténégrin  près 
de  Visegrad. 

Des  troupes  russes  débarquent  au  nord-ouest  du 
golfe  de  Riga,  menaçant  les  derrières  allemands.  Les 
Allemands  progressent  au  sud-est  de  Riga  et  prennent 
lUuxt  (région  de  Dvinsk). 

Le  grand  croiseur  Prinz-Adalbert  a  été  coulé  près 
de  Libau  par  un  sous-marin  anglais. 

Du  1 1  au  23,  les  sous-marins  anglais  ont  coulé  20  na- 
vires allemands  en  Baltique. 

De  nombreux  déserteurs  bulgai'es  an^ivent  à  Silistrie. 

Harden  {ZukunfC)  conseille  aux  Allemands  la  mo- 
destie et  demande  la  pendaison  des  accapareurs. 

Dimanche  24  octobre.  —  Une  note  américaine  à 
l'Angleterre  conteste  la  légalité  du  blocus  des  côtes 
allemandes. 

Succès  français  en  Champagne  :  prise  de  la  «  Cour- 
tine »,  à  2  kilomètres  au  nord  de  Mesnil-lès-Hurlus 
(200  prisonniei's). 

Prise  d'Uskub  par  les  Bulgares. 

Le  correspondant  militaire  du  Times  est  autorisé  par 
le  quartier  général  russe  à  dire  que  la  crise  subie  par 
l'armée  de  mai  à  septembre  est  terminée. 

Un  transport  anglais  a  été  coulé  au  sud-est  de  Salo- 
nique. 

Une  escadre  italienne  participe  au  blocus  de  la  côte 
bulgare. 

Des  avions  allemands  bombardent  Venise  ;  le  toit  de 
l'église  degli  Scalzi  s'effondre,  entraînant  la  ruine 
d'une  fresque  de  Tiepolo. 

L'Allemagne  fait  des  excuses  à  la  Suisse  pour  le  jet 
de  bombes  k  La  Chaux-de-Fonds. 

Vives  manifestations  à  Bucarest  et  à  las.sy  ;  les  étu- 
diants acclament  la  cause  des  Alliés  et  Filipesco  me- 
nace de  renverser  Bi-atiano  (détails  dans  le  Journal  de 
Genève  du  28). 

Le  New-York  American  publie  une  entrevue  avec 
Hans  Delbrùck,  suivant  lequel  il  serait  possible  de 
faire  la  paix  moyennant  la  cession  à  l'Allemagne  de 


78  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

l'Ouganda  et  des  Congos  ;  une  indemnité  devrait  être 
payée  par  l'Angleterre,  comme  équivalent  à  ses  dé- 
penses de  guerre  d'une  année.  L'Allemagne  garderait 
les  provinces  baltiques. 

«  Seule  la  défaite  pourra  rendre  à  l'Allemagne  sa 
conscience  d'autrefois,  remplacée  aujourd'hui  par 
l'ivresse  guerrière.  »  {Journal  de  Genève.) 

Lundi  25  octobre.  —  Le  Gouvernement  britannique 
déclare  abrogé  le  paragraphe  67  de  la  Déclaration  de 
Londres,  suivant  lequel  la  nationalité  d'un  vaisseau 
est  entièrement  déterminée  par  son  pavillon. 

Une  contre-attaque  allemande  reprend  le  centre  de  la 
ft  Courtine  ». 

Les  Autrichiens  auraient  perdu  20.000  hommes,  dont 
3.000  prisonniers,  dans  la  première  journée  de  la  ba- 
taille du  Carso. 

Les  Autrichiens  et  les  Bulgares  opèrent  leur  jonction 
près  de  Kladovo. 

Les  Autrichiens  passent  la  Drina  près  de  Visegrad. 

Les  Allemands  occupent  un  des  bras  de  l'île  de 
Dahlen,  dans  la  Dvina. 

On  confirme  qu'un  sous-marin  anglais  a  coulé  un  croi- 
seur allemand  près  de  Liban.  L'Allemagne  a  déjà  perdu 
la  moitié  de  ses  croiseurs  cuirassés  et  le  tiers  de  ses 
croiseurs  légers. 

Les  manifestations  interventionnistes  continuent  à 
Bucarest. 

La  police  de  New-York  a  arrêté  un  officier  allemand 
qui    fabriquait   des  explosifs   pour  couler  les  navires 

Sortant  des  munitions.  On  remarque  que,  depuis  le 
ébut  de  la  guerre,  il  y  a  eu  aux  États-Unis  vingt-deux 
explosions  dans  des  usines  travaillant  pour  les  Alliés  et 
quatorze  explosions  dans  des  navires  chargés  de  muni- 
tions. 

L'Italie  dépense,  pour  la  guerre,  i  milliard  5oo  mil- 
lions par  mois. 

Mardi  26  octobre.  —  Une  nouvelle  attaque  alle- 
mande contre  la  «  Courtine  »  est  repoussée. 

Les  Serbes  se  retirent  de  la  ligne  du  Danube.  Le. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  79 

Gouvernement  serbe  quitte  Nisch.  Les  Bulgares  sont  k 
Negotin. 

Le  vapeur  allemand  Zeelandia  s'est  évadé  du  port  de 
New-York  et  a  été  signalé  au  Mexique. 

Guillaume  II  a  fait  appeler  l'ambassadeur  des  Etats- 
Unis  k  Potsdam  et  s'est  loncfuement  entretenu  avec  lui. 

Le  roi  de  Roumanie  a  fait  appeler  Bratiano,  le  chef 
de  police  et  le  chef  d'état-major.  Il  a  ensuite  reçu  le  mi- 
nistre de  Russie. 

Le  colonel  Repington  écrit  :  «  C'est  le  chat  turco- 
bulgare  qui  est  chargé  par  le  singe  allemand  de  lui 
tirer  les  marrons  du  feu.  a 

Mercredi  21  octobre.  —  Los  ministres  de  Turquie 
et  de  Bulgarie  ont  protesté  k  Athènes  contre  la  pi-ésence 
des  troupes  alliées  en  Macédoine.  La  reine  de  Grèce  a, 
dit-on,  empêché  le  roi  de  se  rendre  k  Salonique. 

Les  Bulgares  prennent  Kniasevatz  et  Zajetchar. 

Les  Monténégrins  contiennent  les  Autrichiens  sur  la 
Drina. 

La  flotte  russe  bombarde  Varna  et  repousse  les  atta- 
ques des  sous-marins  allemands. 

Le  roi  d'Angleterre ,  venu  inspecter  les  troupes 
alliées,  adresse  un  ordre  du  jour  amical  aux  «  soldats 
de  France  ». 

Goremykine  déclare  que  le  Gouvernement  russe  est 
décidé  k  réaliser  les  promesses  faites  aux  Polonais. 

Le  général  bulgare  Kirkof,  dans  un  ordre  du  jour, 
promet  k  ses  troupes  la  domination  de  l'Adriatique  k  la 
Thrace  et  ajoute  :  «  Souvenez-vous  de  l'héroïsme  de 
nos  ancêtres  et  faites  renaître  la  gloire  d'Alexandre  le 
Grand,  ce  grand  Bulgare.  » 

Le  3  °/o  français  est  k  66. 

Depuis  le  i"  juillet,  un  milliard  d'or  a  été  versé  k  la 
Banque  de  France. 

On  dénonce  aux  États-Unis  un  vaste  complot  alle- 
mand pour  empêcher,  par  des  violences  criminelles,  la 
fabrication  des  munitions  pour  les  Alliés. 

Jeudi  28  octobre.  —  Les  Bulgares  entrent  à  Pirot. 
Succès  italiens  sur  le  haut  Gordevole. 


80  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

On  annonce  de  Cettigné  qu'un  convoi  de  ravitaille- 
ment pour  l'armée  serbe  a  été  organisé  à  travers  le 
Monténégro,  empruntant  la  voie  ferrée  d'Antivari. 

Le  roi  d'Angleterre  tombe  de  cheval  en  France;  il 
est  gravement  contusionné. 

Les  usines  portugaises  travaillent  pour  l'Angleterre 
et  la  France. 

Vendredi  29  octobre.  —  Démission  de  Viviani  ; 
Briand  est  chargé  de  former  un  Cabinet. 

La  Grèce  met  l'Italie  en  garde  contre  les  faux  bruits 
que  les  Austro-Bulgares  répandent  pour  brouiller  les 
deux  pays. 

Progrès  français  à  la  a  Courtine  »  (200  prisonniers). 

Les  Allemands  annoncent  leur  jonction  avec  les  Bul- 
gares. 

Le  premier  contingent  anglais  arrive  à  Ghevgheli. 

Les  Français  occupent  un  front  bien  fortifié  de 
Ghevgheli  à  Krivolak. 

Le  20  et  le  29,  des  monitors  anglais  bombardent  les 
établissements  militaires  de  Gallipoli  (communiqué 
français).  Nouveau  bombardement  de  Varna  et  de 
Bourgas  par  les  Russes. 

Les  Allemands,  mis  en  échec  sur  la  Missa,  repassent 
cette  rivière. 

La  Turquie  a  accepté  du  Gouvernement  allemand 
une  avance  de  6  millions  de  livres. 

On  dit  qu'Ahmed  Riza  accuse  le  Gouvernement  de 
conduire  le  pavs  k  la  ruine.  Talaat  bey  le  fait  arrêter; 
le  Prince  héritier  le  fait  relâcher.  Cinquante-deux  dépu- 
tés, dit-on,  se  déclarent  d'accord  avec  Ahmed  Riza. 

De  nombreuses  arrestations  sont  opérées  à  Sofia. 

On  trouve  contradictoires  les  assertions  de  neutralité 
bienveillante  que  la  Grèce  réitère  à  Paris  comme  à 
Rome  et  les  nouvelles  de  source  allemande  sur  l'état  de 
l'opinion  dirigeante  à  Athènes. 

La  Patris  (vénizéliste)  s'élève  avec  violence  contre 
les  germanophiles  et  bulgarophiles  d'Athènes  ;  elle  dit 
que  leur  attitude  fait  monter  le  rouge  au  front  des 
Grecs.  " 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  81 

Briand  dit  au  correspondant  du  Times  :  «  La  poli- 
tique de  la  France  se  résume  dans  ces  mots  :  La  paix 
par  la  victoire.  La  paix  est  le  rétablissement  du  droit  de 
chaque  pays  de  cultiver  sa  propre  civilisation  ;  par  la 
victoire,  j'entends  l'écrasement  du  militarisme  alle- 
mand. » 

Samedi  30  octobre.  —  Nouveau  ministère  fran- 
çais :  Briand  aux  Affaires  étrangères  ;  Gallieni  à  la 
Guerre  ;  Lacaze  à  la  Marine  ;  Painlevé  h.  l'Instruction 
publique;  Méline  à  l'Agriculture  ;  Freycinel,  Bourgeois, 
Combes,  Guesde  et  D.  Cochin  sont  ministres  sans 
portefeuille. 

Le  Japon  a  adhéré  au  pacte  de  Londres  (5  sept.  igiA)- 

Les  Autrichiens,  ayant  passé  la  Dvina,  occupent  le 
mont  Gora. 

Un  sous-marin  anglais  a  pénétré  dans  le  port  de 
Constantinople,  donnant  la  chasse  à  un  charbonnier 
qui  s'est  heurté  au  pont  de  Galata. 

La  livre  sterling  perd  5  °/o  k  Nev^'^-York,  le  mark 
i4,5o  °/o. 

Dimanche  31  octobre.  —  Luttes  très  vives  eu 
A-rtois,  au  nord-est  de  Neuville-Saint-Vaast;  nous  avons 
repris  quelques  tranchées. 

Malgré  des  attaques  très  violentes  au  nord  de  Mes- 
nil  avec  obus  suffocants  de  gros  calibre,  les  Allemands 
sont  repoussés  (356  prisonniers). 

L'Autriche  retire  des  troupes  du  front  serbe  pour 
renforcer  le  front  italien. 

Les  Monténégrins  contre-attaquent  avec  vigueur. 

Les  Allemands,  acculés  à  un  marais,  ont  subi  un 
revers  près  de  Komarovo  (Pripet). 

Les  Turcs  coulent  le  sous-marin  français  Turquoise 
et  prennent  l'équipage. 

Tous  les  navires  bulgares  ont  quitté  Varna. 

A  un  conseil  général  de  l'état-major  à  Bucarest,  les 
deux  tiers  des  généraux  se  sont  prononcés  pour  l'inter- 
vention. 

Vingt  mille  réfugiés  serbes  ont  passé  en  Roumanie. 

L'Embros  écrit  :  a  En  aucun  cas  et  pour  aucune  rai- 

94.    CHRONOLOGIE    DM    LA.    GUEniVE  6 


82  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

son  au  monde,  une  main  grecque  ne  pourrait  se  lever 
contre  ceux  qui  ont  versé  pour  la  Grèce  leur  sang  à 
Navarin.  » 

Il  neige  à  Berlin  ;  sur  la  frontière  russe,  la  tempé- 
rature est  de  —  5°. 

Pendant  l'année  (terminée  au3i  octobre),  le  commerce 
des  Etats-Unis  s'est  élevé  à  26  milliards,  dont  18  pour 
l'exportation.  Les  exportations  vers  la  Suède  et  la  Nor- 
vège ont  sextuplé  (496  millions),  alors  que  le  change 
de  ces  pays  sur  l'Amérique  est  resté  favorable,  preuve 
certaine  que  les  marchandises  américaines  importées 
étaient  destinées  à  l'Allemagne,  qui  les  paya  aux  Etats- 
Unis  en  vendant  des  titres  américains.  Cette  démon- 
stration suffit  à  justifier  l'attitude  de  la  Grande-Bretagne 
dans  la  question  du  blocus. 


NOVEMBRE 


i 

Lundi  i"  novembre.  —  Les  Bulgares  ont  pris 
Kragujevatz,  d'où  l'arsenal  serbe  avait  été  évacué. 

Les  Serbes  ont  fermé  le  Danube  à  la  grande  naviga- 
tion en  coulant  des  bateaux. 

Les  Allemands  amènent  beaucoup  d'artillerie  sur  la 
Dvina. 

Sur  la  Strypa,  la  veille  et  ce  jour,  les  Russes  ont  fait 
3.5oo  prisonniers. 

Le  roi  d'Angleterre  est  rentré  k  Londres. 

On  fait  courir  de  nouveau,  en  Italie,  le  bruit  de  la 
mort  ou  de  l'internement  du  Kronprinz. 

On  dit  que  l'armée  de  Mackensen  en  Serbie  a  pris  le 
nom  d'  «  armée  d'Egypte  ». 

Des  Roumains  de  Bukovine  et  de  Transylvanie  atta- 
quent l'ambassade  allemande  à  Bucarest  et  sont  dis- 
persés par  la  police. 

La   Gazette   de  Cologne  porte  comme  manchette  : 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  83 

<f  Entrée  en  ligne  de  la  Grèce  contre  la  Quadruple 
Alliance.  » 

Désordres  à  Berlin  à  la  suite  de  l'ordonnance  inter- 
disant de  vendre  de  la  viande  le  mardi  et  le  vendredi. 

La  police  japonaise  a  découvert  un  complot  contre 
les  usines  fabriquant  des  munitions. 

Dailij  Telegraph  :  «  M.  Asquith  n'aura  affaire  demain 
à  aucun  parti  favorable  à  la  paix,  car  le  peuple  entier  est 
pour  la  guerre  ;  il  est  prêt  à  donner  au  Gouvernement 
tout  ce  que  celui-ci  demandera.  » 

Sir  Fred.  Pollok  écrii,{Bibl.  Univ.  de  Lausanne)  :  «  La 
paix  que  nous  ferons  sera  surtout  une  œuvre  de  restitu- 
tion. Cette  restitution  accomplie,  il  restera  une  œuvre 
bien  plus  grande  h  élaborer  :  la  reconstitution  du  droit 
public  et  la  fondation  d'un  tribunal  véritable  pour  le 
maintenir  et  le  développer.  » 

Mardi  2  novembre.  —  Un  accord  anglo-suédois 
stipule  que  la  Suède  recevra  du  charbon  anglais,  niais 
autorise  en  retour  le  transit  de  matériel  de  guerre  pour 
la  Russie. 

Les  Austro-Allemands  ayant  attaqué  le  front  russe 
au  village  de  Semikovitz  (région  de  Tarnopol),  les 
Russes  les  ont  repoussés,  tuant  ou  prenant  5.ooo 
hommes. 

Venizelos  a  déclaré  que,  s'il  revient  au  pouvoir,  il 
fera  la  guerre  k  la  Bulgarie,  car  c'est  pour  la  Grèce  une 
obligation  souscrite  et  une  obligation  morale. 

On  raconte,  à  La  Haye,  que  d'après  certains  membres 
du  Reichstag,  l'Allemagne  demande  la  ligne  de  la 
Meuse,  la  Courlande  et  3o  milliards  de  mark. 

Au  Parlement  anglais,  Asquith  affirme  l'accord  des 
Alliés  et  leur  inébranlable  résolution.  Il  avoue  que 
l'expédition  des  Dardanelles  aboutit  à  un  échec. 

Les  Français  occupent  un  dixième  de  l'Alsace,  soit 
800  kilomètres  carrés. 

Mercredi  3  novembre.  —  Les  Bulgares  attaquent 
les  Français  k  Krivolak  et  sont  repoussés. 
Les  Serbes  évacuent  Nisch. 


84  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Monténégrins  reprennent  Troglav. 

Les  Austro-Allemands  reconstruisent  les  forteresses 
russes,  face  à  l'est. 

Les  Anglo-Français  occupent  Tibati  (Cameroun  alle- 
mand). 

Des  navires  anglais  bombardent  Tchesmé. 

Des  sous-marins  allemands  pénètrent  par  Gibraltar 
dans  la  Méditerranée. 

La  Gazette  de  Cologne  se  demande  si  les  Grecs  per- 
mettront encore  longtemps  l'avance  bulgare. 

Le  Vorwârts  réclame  la  réunion  immédiate  des 
Parlements  de  l'Allemagne  «  dans  la  situation  tragique 
du  peuple  allemand,  à  la  veille  d'être  affamé  ». 

Briand  dit  à  la  Chambre  française  :  a  Jamais  la 
France  n'a  eu  une  armée  plus  digne  de  vaincre...  Nous 
continuerons  la  guerre  jusqu'au  bout.  La  France  et  ses 
alliés  n'abandonneront  pas  l'héroïque  nation  dont  la 
résistance  fait  l'admiration  du  monde.  » 

Jeudi  4  novembre.  —  A  la  Chambre  grecque, 
Zaïmis  ayant  posé  la  question  de  confiance  à  propos  de 
questions  militaires,  Venizelos  a  déclaré  que  la  poli- 
tique extérieure  du  Gouvernement  était  néfaste;  Zaïmis 
a  été  mis  en  minorité  (i  i4  voix  contre  i47)- 

La  Patris,  organe  de  Venizelos,  lance  un  appel  déses- 
péré en  faveur  de  l'intervention,  seule  possibilité  de 
réaliser  les  aspirations  nationales  de  la  Grèce.  La  Serbie 
abattue,  ce  serait  trop  tard,  car  la  neutralité,  seule 
possible  alors,  serait  le  suicide. 

On  affirme  que  les  Allemands,  depuis  le  20  septem- 
bre, ont  ramené  dix  divisions  de  Russie  en  France. 

Les  sous-marins  allemands  coulent  deux  vapeurs 
français  et  un  italien  dans  la  Méditerranée  occidentale. 

Les  avions  français  bombardent  à  Dornach  une  usine 
où  l'on  fabrique  des  gaz  suffocants. 

Vendredi  5  novembre.  —  Échec  d'attaques  alle- 
mandes en  Champagne. 

Les  Allemands  occupent  la  ligne  Belgrade-Nisch. 
Les  Bulgares,  descendant  on  Macédoine,  sont  repous- 


I 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  85 

SCS  par  les  Serbes  à  l'entrée  du  défilé  de  Babuna  à 
Izvor. 

Les  Russes,  après  avoir  fait  8.5oo  prisonniers  sur  la 
rive  droite  de  la  Strypa  près  de  Semikovitz,  ont  dû  se 
replier  sur  la  rive  gauche,  mais  en  emmenant  leurs 
prisonniers  et  leur  butin, 

La  Russie  et  la  Grande-Bretagne  avertissent  la  Perse, 
travaillée  par  des  intrigues  germano-turques,  que  la 
convention  anglo-russe  garantissant  l'indépendance  de 
ce  pays  est  caduque. 

Les  sous-marins  allemands,  dans  la  Méditerranée, 
coulent  un  croiseur  auxiliaire  anglais  et  un  vapeur  fran- 
çais sur  la  côte  d'Afrique. 

L'escadre  russe  bombarde  les  positions  allemandes 
près  de  Schlock,  à  3o  kilomètres  ouest  de  Riga. 

Le  général  Grigoriev,  commandant  de  Kovno,  est 
condamné  à  quinze  ans  de  travaux  forcés  pour  avoir 
mal  défendu  cette*  place  et  l'avoir  quittée  pendant  le 
combat. 

Les  Russes  ont  augmenté,  dans  la  proportion  de  un 
à  douze,  la  production  de  leurs  munitions. 

«  Qui  triomphera?  Un  roi  germanophile  ou  le  peuple 
de  Grèce?  L'Angleterre,  comme  toujours,  doit  donner 
son  appui  au  peuple  grec.  »  (Globe!) 

Samedi  6  novembre.  —  A  Athènes,  ministère 
Skouloudis,  avec  les  mêmes  ministres  sauf  Zaïmis. 

Le  maréchal  Kitchener,  partant  pour  l'Orient,  se  rend 
d'abord  à  Paris.  Le  Globe  est  saisi  pour  avoir  annoncé 
qu'il  quittait  le  ministère  de  la  Guerre. 

Les  Bulgares  sont  entrés  a  Nisch  ;  la  prise  de  cette 
ville  leur  aurait  coûté  i5.ooo  hommes. 

Les  Austro-Allemands  ont  pris  Kralievo  et  Kruche- 
vatz. 

Les  Bulgares  attaquent  les  Français  à  Krivolak  et 
sont  repoussés. 

Les  Monténégrins  résistent  à  Grahovo. 

Les  Allemands,  sur  le  Pripet,  souffrent  beaucoup  de 
dysenterie. 


86  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Un  débarquement  turc,  protégé  par  un  sous-marin 
allemand,  se  produit  à  Sollum  ;  un  vieux  garde-côtes 
égyptien  est  coulé.  Les  Anglais  se  retirent  à  Matruh. 

Harden  {ZixkunJC)  vante  la  prudence  de  Bismarck, 
qui  sut  toujours  arrêter  une  guerre  quand  il  sentait 
qu'elle  pouvait  devenir  malheureuse. 

«  Rappelons-nous  qu'en  1812  nous  étions  les  maîtres 
à  Berlin,  a  Moscou,  à  Vienne,  à  Rome,  à  Madrid,  et 
pourtant  le  lendemain  c'était  la  catastrophe.  Il  faudrait 
que  l'Europe  fût  bien  dégénérée  pour  ne  pas  recom- 
mencer contre  les  Allemands  de  Guillaume  ce  qu'elle  a 
fait  contre  les  Français  de  Napoléon.  »  {Temps.~) 

La  rente  française  est  à  65. 

Dimanche  7  novembre.  —  Le  Gouvernement 
serbe  s'est  réfugié  à  Rachka. 

La  principale  armée  serbe  s'est  retirée  au  sud  de  la 
Morava  occidentale,  dans  une  région  d'accès  difficile. 

Le  4  et  le  7,  deux  attaques  turques  sur  le  canal  de 
Suez  ont  été  repoussées  par  les  canons  du  Requin. 

Un  sous-marin  coule  le  croiseur  allemand  Undine  à 
22  milles  de  la  côte  suédoise. 

Un  torpilleur  autrichien  (ou  allemand  battant  pavil- 
lon autrichien)  coule  VAncona;  3oo  passagers,  entre 
autres  plusieurs  Américains,  sont  tués  ou  noyés.  Le 
sous-marin  a  tiré  cent  obus  sur  VAncona  avant  de  le 
couler  par  une  torpille  ;  on  assure  aussi  que  les  barques 
de  sauvetage  ont  été  canonnées. 

L'Allemagne  et  l'Autriche  appuient  la  restauration 
monarchique  en  Chine. 

Lundi  8  novembre.  —  Skouloudis  fait  profession 
de  «  neutralité  très  bienveillante  pour  les  Alliés  ». 

La  note  américaine  sur  le  blocus,  publiée  in  extenso 
à  Londres,  est  mal  accueillie  par  la  presse. 

Vives  attaques  bulgares  sur  le  front  français,  qui  s'é- 
tend le  long  de  la  voie  de  Krivolak  vers  Velès. 

Tous  les  tunnels  de  la  ligue  Xisch-Belgrade  ont  été 
détruits  par  les  Serbes. 

Mardi  9  novembre.  —  Romanos,  ministre  de 
Grèce,   se  présente  au  quai  d'Orsay  pour  affirmer  la 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  87 

neutralité  bienveillante  de  la  Grèce  et  son  attitude  ami- 
cale envers  les  troupes  alliées  à  Salonique. 

On  annonce  (prématurément)  que  la  France  prête  à 
la  Grèce  4o  millions  de  francs  et  20.000  tonnes  de  farine. 

Les  Bulgares  ont  pris  Leskovatz,  Alcxinatz  et  tout  le 
front  de  la  Morava. 

Le  duc  de  Mecklembourg  arrive  à  Sofia  sur  un  diri- 
geable parti  de  Temesvar. 

Une  note  italienne  officieuse  dit  que  les  Bulgares,  en 
menaçant  l'Albanie  et  l'Adriatique,  portent  atteinte 
aux  intérêts  de  l'Italie,  qui  saura  se  défendre. 

Les  Russes  progressent  dans  la  région  de  Riga  et  de 
Dvinsk  ;  au  sud-est  de  Boudki  (région  du  Styr),  ils 
prennent  2.000  hommes  et  20  mitrailleuses. 

Un  sous-marin  allemand  a  coulé  un  vapeur  japonais 
près  du  Maroc. 

Asquith  dit  au  Guildhall  :  a  Les  Alliés  sont  unis  dans 
leurs  desseins.  Nous  resterons  debout  ou  nous  tombe- 
rons ensemble.  Que  la  lutte  soit  longue  ou  courte,  nous 
ne  faiblirons  pas  avant  d'avoir  assuré  aux  petits  Etats 
de  l'Europe  leur  charte  d'indépendance  et  au  monde 
entier  l'émancipation  du  régime  de  la  force.  » 

Mercredi  10  novembre.  — Deux  assauts  allemands 
sur  les  pentes  de  Tahiire  sont  repoussés. 

Bulgares  et  Allemands  ont  opéré  leur  jonction  sur  la 
moyenne  Morava. 

Un  million  de  réfugiés  serbes,  sans  moyens  de  se 
nourrir,  sont  au  Monténégro. 

On  prétend  que  Dragoumis,  ministre  des  finances  de 
Grèce,  aurait,  causant  avec  des  journalistes,  envisagé 
l'éventualité  où  la  Grèce  devrait  désarmer  et  interner 
les  troupes  alliées  refoulées  sur  son  territoire. 

Le  général  Monro,  avec  de  gros  contingents,  arrive 
k  Salonique. 

Des  gendarmes  perses  s'emparent  de  Chiraz  et  du 
consulat  d'Angleterre.  Le  centre  de  la  rébellion,  dirigée 
par  les  Allemands,  est  à  Kum. 

Des  navires  de  guerre  suédois  convoient  les  navires 
de  commerce  dans  la  Baltique. 


88  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Le  sous-marin  Turquoise,  coulé  aux  Dardanelles,  a 
été  renfloué  et  ajouté  à  la  flotte  turque. 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  l'Angleterre  a  dépensé 
4i  milliards  5oo  millions;  elle  dépense  actuellement 
loS  millions  par  jour. 

Un  incendie,  probablement  criminel,  détruit  une  des 
plus  importantes  usines  métallurgiques  de  la  Bethlehem 
Steel  Company  ;  800  canons  ont  été  endommagés  ou 
détruits. 

On  dit  à  Petrograd  que  les  Allemands  ont  1.860.000 
hommes  sur  le  front  occidental  et  1.280.000  sur  le  front 
russe,  sans  compter  la  cavalerie,  les  armes  spéciales  et 
les  services  de  1  arrière. 

Sazonov  a  dit  :  «  Il  faut  que  nous  fondions  la  po- 
litique de  ce  siècle  sur  une  alliance  anglo-franco- 
russe.  D'autres  nations  entreront  probablement  dans 
cette  alliance,  mais  nous  devons  en  former  le  noyau.  L'a- 
venir de  la  culture  européenne,  opposée  à  la  Kultur 
allemande,  dépend  de  la  défaite  de  cette  puissance  et 
des  moyens  adoptés  pour  qu'elle  ne  puisse  se  dévelop- 
per à  nouveau.  » 

Jeudi  11  novembre.  — Le  Parlement  grec  est  dis- 
sous par  le  Roi  ;  les  élections  sont  fixées  au  19  décembre. 

Lord  Kitchener  est  arrivé  à  Rome.  Denys  Cochin, 
ministre  français,  part  pour  Athènes. 

Le  Gouvernement  serbe  se  retire  de  Mitrovitza  sur 
Krutchevo. 

On  affirme  que  les  ministres  de  Turquie  et  de  Bul- 
garie ont  protesté  à  Athènes  contre  la  présence  des 
troupes  alliées  en  Macédoine  ;  Skouloudis  aurait  affirmé 
la  bonne  volonté  du  Gouvernement  grec  pour  régler  la 
situation. 

Le  transport  de  l'artillerie,  des  munitions  et  des 
troupes  austro-allemandes  est  très  actif  sur  le  Danube. 
Des  troupes  allemandes  et  une  division  turque  sont 
arrivées  à  Varna. 

Les  Allemands  réquisitionnent  tout  le  cuivre  en 
Serbie. 

Les  Russes,  attaquant  entre  Riga  et  Mitau,  ont  pris 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  89 

pied  dans  les  premières  tranchées  allemandes  {Gazette 
de  Francfort).  Kemmern  a  été  occupé  par  eux  après 
onze  jours  de  combats;  les  Allemands  ont  perdu 
20.000  hommes,  les  Russes  moins  de  7.000.  Les  jeunes 
troupes  russes  ont  fait  preuve  d'un  grand  courage  ;  les 
prisonniers  allemands  sont  affamés  et  démoralisés. 

Des  troupes  russes  sont  à  5o  verstes  de  Téhéran.  Un 
ultimatum  a  été  envoyé  par  les  Alliés  à  la  Perse  ;  on 
lui  demande  de  prendre  des  mesures  pour  mettre  fin 
aux  intrigues  germano-turques.  Le  Parlement  persan  a 
demandé  l'amélioration  des  rapports  avec  la  Russie. 

Un  croiseur  italien  bombarde  Dédéagatch. 

Dans  la  Mer  Noire,  depuis  le  début  de  la  guerre,  les 
Russes  ont  coulé  58  vapeurs  et  ^-ooo  voiliers. 

Parlant  du  torpillage  de  VAncona,  la  Pall  Mail 
Gazette  écrit  :  «  Ce  massacre  délibéré  de  femmes  et 
d'enfants  italiens  est  la  récompense  cynique  et  sinistre 
de  l'abstention  de  l'Italie  qui  n'a  pas  déclaré  la  guerre 
à  l'Allemagne.  » 

La  Gazette  de  Francfort  annonce  k  son  tour  que  la 
Russie  a  établi  des  communications  entre  Petrograd  et 
un  port  sans  glaces  de  la  Mer  Blanche. 

Goremykine  dit  à  un  avocat  polonais  ;  «  De  l'Empe- 
reur au  dernier  moujik,  tous  les  Russes  sont  décidés  à 
ne  déposer  les  armes  que  lorsqu'ils  auront  chassé  l'en- 
nemi et  l'auront  forcé  d'accepter  la  paix  que  nous 
imposerons.  Les  Polonais  de  Prusse  et  d'Autriche 
seront  libérés  et  la  Pologne  sera  indépendante.  » 

Le  nombre  des  usines  contrôlées  par  le  Gouverne- 
ment anglais  atteint  1.67g. 

Le  Berliner  Tageblatt  dit  que  tout  Allemand  raison- 
nable devrait  souscrire  aux  conditions  déclarées  indis- 
pensables par  Lord  Courtney  à  la  Chambre  des  Lords 
pour  l'ouverture  dos  négociations  de  paix  :  la  libération 
des  territoires  français  et  belge,  aucune  indemnité  de 
guerre  à  la  charge  de  l'Angleterre.  On  aurait  tort  d'at- 
tendre, en  Allemagne,  que  ce  discours  ait  des  suites, 
en  présence  de  la  détermination  guerrière  qu'expriment 
si  fortement  les  discours  de  MM.  Briand  et  Asquith. 


90  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Vendredi  12  novembre.  —  Activité  heureuse  des 
mineurs  français  en  Argonne  et  aux  Eparges. 

La  Nouvelle  Presse  Libre  (Vienne)  constate  que  les 
Serbes  éprouvent  peu  de  pertes  dans  leur  retraite, 
parce  qu'ils  suivent  la  méthode  russe.  Leur  artillerie  a 
déjà  été  envoyée  à  l'arrière. 

Le  Gouvernement  grec  renouvelle  les  assurances 
qu'il  a  données  aux  Alliés  et  remercie  le  Gouverne- 
ment français  de  la  confiance  qu'il  témoigne  à  ses 
intentions  :  «  La  France  peut  croire  à  l'amitié  tradition- 
nelle de  la  Grèce.  »  La  presse  gouvernementale  nie  les 
nouvelles  allemandes  :  il  n'y  aurait  pas  de  traité  gréco- 
bulgare  ;  il  n'est  pas  question  d'ime  entrevue  des  trois 
rois  balkaniques  ;  il  n'est  pas  vrai  que  le  ministre  d'Al- 
lemagne ait  demandé  à  Skouloudis  d'abandonner  sa 
neutralité  bienveillante. 

Français  et  Bulgares  se  battent  sur  la  Tcherna. 

Progrès  russes  à  l'ouest  de  Kemmern. 

Hindenburg  concentre  des  renforts  et  une  énorme 
quantité  de  mitrailleuses  sur  son  front  nord. 

La  censure  allemande  interdit  tout  article  relatif  k  la 
paix  et  aux  buts  de  la  guerre. 

Un  membre  du  Parlement  autrichien,  Rud.  Keller, 
propose,  dans  le  Prager  Tageblatl,  que  les  Austro-Alle- 
mands laissent  mourir  de  faim  les  habitants  des  pays 
occupés  à  l'est  et  k  l'ouest,  pour  obliger  la  France  et 
l'Angleterre  à  négocier.  «  Adoptons  cette  mesure  éner- 
gique et  ne  perdons  plus  de  temps  k  faire  la  guerre.  » 
(Journal  de  Genève,  i4  novembre.) 

Winston  Churchill  donne  sa  démission  de  chancelier 
de  Lancastre,  pour  aller  rejoindre  en  France  son  régi- 
ment de  hussards. 

Le  Gouvernement  anglais  met  en  demeure  les  céliba- 
taires valides  de  s'enrôler  avant  le  3o  novembre.  Ils  ne 
sont  plus  admis  k  bord  des  paquebots  en  partance  pour 
l'Amérique. 

Un  incendie  (le  troisième  de  la  semaine)  détruit  k 
Seattle  pour  plus  de  5oo.ooo  dollars  de  munitions  desti- 
nées k  la  Russie. 

Ribot  dépose  à  la  Chambre  le  projet  d'un  emprunt  5  °/o, 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  91 

non  convertible  avant  igSi.  Le  projet  est  voté  à  l'una- 
nimité. 

Samedi  i3  novembre.  —  Le  gros  de  l'armée 
serbe  se  retire  par  Kraljevo  vers  Novi-Bazar  et  l'Al- 
banie; les  Serbes  ont  dû  abandonner  leurs  gros  canons. 

Les  Monténégrins  ont  perdu  du  terrain  vers  Visegrad. 

On  dit  qu'une  mission  austro-allemande,  présentée  au 
roi  de  Grèce,  a  réclamé  contre  le  débarquement  des  Al- 
liés et  offert  à  la  Grèce  les  4o  millions  dont  elle  a  besoin, 
à  condition  qu'elle  arrête,  même  par  la  force,  le  débar- 
quement des  Alliés.  Le  roi  a  renouvelé  sa  déclaration 
de  neutralité  et  ajouté  que,  Salonique  étant  ville  libre, 
le  passage  des  Alliés  ne  compromettait  pas  l'indépen- 
dance du  pays. 

Les  Autrichiens  ont  pris  des  positions  russes  à  l'ouest 
de  Tsartorisk  (i.5oo  prisonniers).  Les  Allemands  bom- 
bardent violemment  les  positions  russes  au  nord-ouest 
de  cette  ville  ;  les  Russes  se  maintiennent  sur  la  rive 
ouest  de  la  rivière. 

L'armée  d'Ivanov  dit  avoir  fait  i25.ooo  prisonniers. 

On  annonce  que  les  provinces  de  Vilna  et  de  Grodno 
sont  enveloppées  d'un  réseau  de  fîls  de  fer  et  qu'à  tous 
les  passages  et  carrefours  s'élèvent  des  tours  blindées, 
des  plates-formes  pour  pièces  lourdes.  Les  Allemands 
ont  construit  de  nombreuses  voies  ferrées. 

Joseph  Gonicar,  ex-consul  d'Autriche  à  San  Fran- 
cisco, tait  savoir  qu'il  y  a  un  complot  autrichien  aux 
États-Unis  pour  empêcher  l'exportation  des  munitions 
et  que  le  consul  général  d  Autriche  à  New-York 
continue  les  agissements  de  Dumba. 

Dimanche  14  novembre.  —  Une  bataille  géné- 
rale est  engagée,  depuis  la  veille,  de  Tolmino  à  Doberdo. 

On  affirme  à  Milan  que  les  Franco-Anglais  ont 
débarqué  loo.ooo  hommes  à  Salonique. 

Le  Gouvernement  serbe  est  k  Mitrovitza. 

Les  Bulgares  ont  repris  Tetovo  ;  les  Sorbes  fléchissent 
à  Babuna.  Une  bataille  acharnée  se  livre  au  défilé  de 
Katchanik,  au  nord-est  d'Uskub. 


92  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Le  maréchal  Mackensen  offre  une  paîx  séparée  au 
prince  Alexandre  de  Serbie,  sur  la  base  du  statu  quo 
militaire.  Ces  propositions  sont  repoussées. 

Les  Russes  ont  été  rejetés  au  delà  du  Styr,  mais  en 
défendent  le  passage.  Les  Allemands  se  renforcent 
devant  Dvinsk. 

Un  navire  de  guerre  russe,  sur  le  lac  de  Van,  bom- 
barde les  positions  turques. 

Le  Teiyips  demande  si  les  Grecs  n'auront  pas  d'autre 
ressource  que  de  faire  appel  aux  puissances  protectrices 
pour  les  délivrer  d'un  régime  à  l'allemande,  comme 
sous  le  roi  Othon. 

Bjœrnson,  voulant  faire  une  conférence  a  Copenhague, 
en  a  été  empêché  par  les  sifflets  de  l'assistance. 

Le  général  Russki  a  dit  :  «  Le  temps  est  notre  cin- 
quième allié.  Le  théâtre  balkanique  est  un  théâtre 
secondaire,  un  théâtre  provincial.  Ce  n'est  pas  sur  ce 
front  que  doit  se  décider  le  sort  des  peuples.  » 

Lundi  15  novembre.  —  Les  Bulgares  ont  retiré 
leurs  troupes  de  la  frontière  grecque,  mais  non  de  la 
frontière  roumaine. 

Le  nord  de  la  Serbie  est  sous  la  neige,  par  —  5°  de 
froid. 

Les  Serbes  fléchissent  vers  Katchanik  et  évacuent  le 
défilé  de  Babuna. 

Les  Bulgares  abandonnent  leurs  attaques  sur  la 
Tcherna,  ayant  perdu  4-ooo  hommes. 

Progrès  des  Anglais  à  Krithia. 

Du  i5  octobre  au  i5  novembre,  les  Russes  disent 
avoir  fait  5o.ooo  prisonniers  et  pris  21  canons, 
118  mitrailleuses,  etc. 

On  rapporte  que  Djemal  pacha,  appuyé  par  les 
Arabes,  aurait  soulevé  les  Druses  contre  les  Jeunes- 
Turcs  (ce  n'est  pas  vrai). 

La  légation  russe  a  informé  la  Perse  que  les  Russes 
allaient  occuper  Téhéran. 

Bombes  sur  Dunkerque  et  sur  Brescia. 

Winston  Churchill  dit  aux  Communes  :  «  Pour  triom- 
pher, il  n'est  pas  nécessaire  que  les  Alliés  percent  les 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  93 

lignes  allemandes.  Notre  maîtrise  absolue  des  mers  et 
la  destruction  rapide  des  combattants  allemands  sont 
des  facteurs  plus  importants.  Pendant  que  la  puissance 
allemande  décline,  la  nôtre  ne  cesse  de  grandir.  Nous 
sommes  pour  les  Alliés  une  réserve.  L'heure  est  venue 
de  la  jeter  tout  entière  dans  la  balance.  C'est  le  manque 
de  munitions  qui  a  dominé  la  campagne  de  igiô;  c'est 
le  manque  d'effectifs  allemands  qui  doit  faire  tourner 
contre  l'Allemagne  la  campagne  de  1916.  » 

Mardi  16  novembre.  —  Les  troupes  anglaises  ont 
quitté  Salonique  pour  Monastir,  que  menacent  les  Bul- 
gares venant  de  Krutchevo. 

Les  Monténégrins  se  replient  sur  la  Drina. 

Le  Schah  renonce  à  quitter  Téhéran,  malgré  la  pression 
des  légations  allemande,  autrichienne  et  turque. 

La  Russie  a  déclaré  k  la  Roumanie  qu'elle  n'a  jamais 
songé  à  traverser,  sans  son  consentement,  une  partie 
quelconque  du  territoire  roumain. 

Noémi  Renan  (^Fiyaro)  et  P.  Souday  {Temps)  répon- 
dent éloquemment  à  un  article  tendancieux  qui  incrimi- 
nait le  patriotisme  d'Ernest  Renan. 

Mercredi  il  novembre.  —  Quatre  ministres  an- 
glais sont  arrivés  à  Paris.  Denys  Cochin  a  été  reçu  à 
Athènes  (la  nuit  du  i6)  avec  des  ovations,  aux  accents 
de  la  Marseillaise. 

Les  Bulgares  approchent  de  Prichtina;  les  Austro- 
Allemands  ont  atteint  la  frontière  du  Sandjak.  La  situa- 
tion de  l'armée  serbe  est  critique. 

Le  1 6  et  le  17,  les  Bulgares  ont  attaqué  sans  succès 
les  Français  vers  Kosturino. 

A  Marseille,  par  ordre,  on  n'embarque  plus  de  mar- 
chandises pour  la  Grèce. 

Le  vapeur-hôpital  Anglia  touche  une  mine  dans  la 
Manche  et  coule  ;  3oo  blessés  sont  sauvés  sur  385. 

Les  Etats-Unis  posent  des  questions  nettes  k  l'Au- 
triche au  sujet  du  torpillage  de  VAncona. 

Le  service  des  colis  postaux  entre  les  États-Unis  et 
l'Europe  est  suspendu  ;  beaucoup  de  colis  servaient  au 
ravitaillement  de  l'Allemagne. 


94  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Carp  aurait  dit  qu'en  décembre  au  plus  tard  la  Rou- 
manie, pressée  par  un  ultimatum  allemand,  s*allierait 
aux  empires  du  Centre. 

«  Il  faut  que  notre  corps  expéditionnaire  ait  ses  der- 
rières assurés.  Sinon,  rembarquons-le  !  »  (Rousset, 
Liberté.') 

Hamburger  Volkszeitang  :  «  L'Allemagne  doit  pro- 
fiter de  sa  situation  favorable  pour  entamer  des  pour- 
parlers de  paix.  Si  elle  laisse  passer  le  moment,  il  sera 
trop  tard.  » 

Jeudi  18  novembre.  —  Les  ministres  anglais  ont 
quitté  Paris. 

Les  Italiens  bombardent  les  casernes  de  Gorizia  et 
repoussent,  sur  le  Garso,  sept  assauts  autrichiens. 

Les  Austro-Allemands  sont  entrés  a  Rachka,  com- 
plétant l'envahissement  de  la  Vieille-Serbie.  Le  Gou- 
vernement serbe  se  retire  à  Prizrend,  sur  la  frontière 
monténégrine.  Les  Bulgares  ont  renouvelé  sans  succès 
leurs  attaques  au  col  de  Kosturino. 

A  Athènes,  la  popularité  du  roi  baisse,  celle  de  Ve- 
nizelos  augmente.  La  grande  majorité  de  l'armée  vou- 
drait secourir  les  Serbes.  A  Salonique,  officiers  et  sol- 
dats grecs  fraternisent  avec  les  Français.  Le  Péloponèse 
seul  est  hostile  à  la  politique  de  Venizelos.  Dousmanis, 
contrairement  k  ce  qu'on  croit,  est  favorable  à  l'inter- 
vention ;  il  est  question  de  la  démission  de  ce  chef  d'é- 
tat-major (Journal  de  Genève,  26  novembre). 

Le  Figaro  affirme  que  les  sous-marins  allemands  se 
ravitaillent  à  l'Achilleion  (Corfou). 

Lansing  informe  Bernstorff  que  l'affaire  du  Lusitania 
n'est  pas  close  et  que  l'Allemagne  doit  désavouer  l'ac- 
tion de  ses  sous-marins. 

Bombes  d'avions  sur  Venise,  Vicence,  Grade  et 
Udine. 

Le  correspondant  de  l'agence  Reuter  affirme  que  les 
Bulgares  observent  les  règles  de  l'humanité  et  ne 
tirent  que  sur  les  militaires;  la  plupart  des  soldats 
croient  qu'ils  se  battent  contre  des  Allemands. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  95 

«  La  guerre  est  une  bête  sauvage  !  »  (Arbeiter-Zei- 
tung  de  Vienne.) 

Lord  Lansdowne  dit  aux  Lords  :  «  L'indépendance 
de  la  Serbie  continue  à  être  un  des  objets  essentiels 
de  la  politique  des  Alliés.  L'Orient  va  devenir  un 
théâtre  nouveau  et  très  important  de  la  guerre.  »  A 
lord  Courtney  qui  parlait  de  paix,  il  répondit  :  «  Ni  les 
ressources  matérielles  ni  les  ressources  navales  ne  nous 
manquent  pour  poursuivre  cette  lutte  jusqu'au  triomphe 
final.  » 

«  Dussent-ils  combattre  jusqu'au  dernier  homme  et 
au  dernier  canon,  les  peuples  libres  épargneront  au 
monde  la  honte  de  la  paix  allemande.  »  (^Temps.) 

Des  journaux  hollandais  annoncent  que  Guillaume  II, 
entrant  à  Gonstantinople,  s'adressera  à  Wilson  pour  lui 
demander  sa  médiation.  Si  elle  était  repoussée,  l'Alle- 
magne commencerait  une  guei*re  d'extermination  (con- 
ditions :  Anvers  réservé,  la  Pologne  indépendante,  la 
Vieille-Serbie  intacte,  la  liberté  des  mers). 

On  déclare  absolument  faux  que  l'Allemagne  puisse 
tirer  du  cuivre  de  la  grande  mine  de  Bor  en  Serbie,  qui  a 
été  mise  hors  d'état  d'être  exploitée  d'ici  très  long- 
temps. 

Vendredi  19  novembre.  —  La  Grèce  dément 
qu'une  mission  militaire  allemande  soit  allée  d'Athènes 
à  Salonique. 

D.  Cochin  a  passé  une  heure  chez  le  roi  Constantin  ; 
il  a  été  acclamé  à  l'aller  et  au  retour. 

Lutte  d'artillerie  très  vive  en  Alsace. 

Les  Italiens  continuent  à  bombarder  Gorizia,  qui 
n'est  plus  qu'un  monceau  de  ruines,  et  attaquent  les 
hauteurs  au  nord-est  d'Oslavia. 

On  dit  que  les  Bulgares  ont  commis  des  crimes  à 
Pirot  et  que  les  Austro-Allemands  ont  dû  intervenir  à 
Nisch  pour  sauver  la  population. 

Attaqués  sur  le  Lim,   les  Monténégrins  se  retirent. 

Grandes  chutes  de  neige  sur  le  front  russe. 

Les  Allemands  continuent  k  ramener  des  troupes  de 
Russie  vers  le  front  des  Flandres. 


96  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Russes  ont  repris  Tsartorisk  sur  la  rive  gauche 
du  Styr  et  repoussé  les  Allemands  à  l'ouest  deDvinsk. 

On  dit  que  les  armées  russes  s'accroissent  de  5oo.ooo 
hommes  par  mois,  alors  que  les  Allemands  perdent 
7.000  hommes  par  jour. 

Le  Schah  annonce  le  rétablissement  de  ses  relations 
amicales  avec  la  Russie.  Le  ministre  d'Allemagne  part 
pour  Ispahan. 

Les  principaux  journaux  italiens  sont  autorisés  par  la 
censure  à  demander  que  l'Italie  déclare  enfin  la  guerre 
à  l'Allemagne. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  2.179.000  hommes. 

Le  Morning  Post  annonce  que  l'Angleterre,  la  France 
et  la  Russie  sont  d'accord  pour  frapper  de  droits  prohi- 
bitifs les  marchandises  importées  d'Allemagne  et  d'Au- 
triche, suivant  une  échelle  progressive  en  proportion 
du  nombre  des  mois  de  guerre.  On  demande  k  l'Italie 
d'adhérer  à  cette  convention. 

Samedi  20  novembre.  —  Une  lutte  violente  de 
grosse  artillerie  sur  l'Aisne  se  termine  à  notre  avantage. 

Progrès  importants  des  Italiens  sur  le  front  de 
risonzo  et  sur  les  hauteurs  au  nord-ouest  de  Gorizia. 

«  Proportionnellement  aux  kilomètres  de  front,  le 
terrain  gagné  par  les  Italiens  de  juin  k  novembre  est 
au  moins  égal  k  celui  gagné  par  les  Alliés,  qui  (sur  le 
front  ouest)  en  ont  plus  gagné  que  les  Allemands.  » 
(Colonel  Feyler.) 

Les  Austro-Allemands  occupent  Novi-Bazar.  Les 
Monténégrins  résistent  efficacement  entre  Drina  et 
Lim.  L'amiral  Troubridge,  avec  les  canonniers  anglais 
de  Belgrade,  arrive  à  Mitrovitza. 

La  légation  d'Angleterre  émeut  la  presse  grecque 
par  un  communiqué  aux  termes  duquel,  vu  les  incerti- 
tudes qui  planent  sur  les  intentions  de  la  Grèce,  les 
facilités  d'ordre  commercial  dont  elle  a  joui  jusqu'à 
présent  seront  interrompues  jusqu'k  nouvel  ordre 
(menace  de  blocus). 

Lord  Kitchener,  à  Athènes,  a  été  reçu  par  le  roi  et 
a  causé  pendant  deux  heures   avec  Dousmanis  et  le 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  97 

colonel  Metaxas.  Il  a  dit  à  des  journalistes  :  «  En  mars 
prochain,  l'Angleterre  aura  4  millions  de  soldats  et 
pourra  armer  et  ravitailler  6  millions  de  Russes.  Il  fau- 
drait être  naïf  pour  croire  que  la  guerre  puisse  se  ter- 
miner autrement  que  par  l'écrasement  de  l'Alle- 
magne. » 

Un  régiment  allemand,  encerclé  par  des  troupes 
russes  débarquées  près  de  Riga,  a  été  anéanti. 

Tous  les  ponts  construits  par  les  Allemands  sur  le 
Styr  ont  été  emportés  ;  le  pays  entier  est  changé  en 
marais.  Depuis  deux  mois,  les  Austro-Allemands  y  ont 
perdu  100.000  hommes. 

Les  Anglais  se  heurtent  à  une  foi  te  résistance  près 
de  Ragdad. 

Près  de  Windau,  les  torpilleurs  russes  coulent  un 
navire-vigie  allemand. 

Douze  avions  alliés  survolent  Anvers. 

Une  conférence  russo-roumaine  se  tient  à  Silistrie. 

L'Allemagne  fait  des  excuses  à  la  Suède  pour  avoir 
tiré  sur  un  sous-marin  suédois.  L'Angleterre  s'excuse 
de  même  du  fait  que  des  sous-marins  anglais  ont  tiré 
contre  un  vapeur  allemand  échoué  dans  les  eaux  sué- 
doises. 

Des  boucheries  ont  été  pillées  à  Rerlin. 

La  Gazette  de  Francfort  dit  qu'il  serait  eu  effet 
temps  de  parler  de  paix,  mais  que  les  ennemis  de 
l'Allemagne  doivent  reconnaître  qu'ils  ont  eu  le  dessous 
et  ne  pas  parler  de  l' Alsace-Lorraine. 

Harden  dit  k  Munich  :  «  Il  n'est  pas  vrai  qu'il  y  ait 
chez  nous  hésitation  et  lassitude.  Le  peuple  ne  veut  pas 
entendre  parler  d'une  guerre  abrégée  d'un  seul  jour 
pour  cause  de  fatigue.  » 

«  Les  seules  réserves  efficaces  des  Allemands  sont  les 
deux  classes  1916  et  1917.  Sur  8  millions  d'hommes,  ils 
en  ont  perdu  3.5oo.ooo  ;  il  leur  en  faut  un  million  pour 
les  services  auxiliaires  ;  restent  sur  les  fronts  8.000.000, 
lavec  un  million  en  réserve.  »  (Hilaire  Relloc.) 

«  Tout  le  problème  est  aujourd'hui  l'équipement  des 
iRusses   en  fusils;   il  en  manque  encore  à  cette  heure 

,5oo.ooo.  »  (Hilaire  Relloc.) 

94.    CHRONOLOGIE   DB   LA    OUBRRE  7 


98  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  fabriques  de  munitions  anglaises  occupent  plus 
d'un  million  d'hommes  et  de  femmes. 
Le  3  °/o  français  perd  le  cours  de  G5  francs. 

Dimanche  21  novembre.  —  «  L'accueil  chaleu- 
reux fait  à  M.  D.  Cochin  exprime  d'une  façon  éloquente 
les  sentiments  du  peuple  k  l'égard  de  la  France  ;  il  ne 
signifie  rien  quant  aux  intentions  du  roi.  »  (Journal  de 
Genève.^ 

Les  Italiens  ont  pris  pied  sur  une  partie  des  crêtes 
du  Monte  San  Michèle. 

L'invasion  du  Sandjak  continue.  Le  Gouvernement 
serbe  a  quitté  Mitrovitza.  Les  Serbes  auraient  remporté 
quelques  succès  devant  Monastir  et  sur  le  front  de 
Katchanik,  où  les  Bulgares  emploient  de  grosses  pièces 
venues  d'Allemagne. 

Le  Gouvernement  grec  dément  officiellement  l'exis- 
tence d'un  accord  gréco-bulgare  ;  il  n'y  a  eu  qu'un 
protocole  du  29  octobre  relatif  a  l'achat  par  la  Grèce 
de  10.000  tonnes  de  céréales  en  Bulgarie. 

Parlant  à  Jassy,  Filipesco  annonce  le  passage  immi- 
nent d'une  armée  russe  par  le  territoire  roumain. 

Contenus  sur  le  Styr,  les  Austro-Allemands  attaquent 
sur  la  Strypa. 

On  dit  f[ue  les  Allemands  ont  perdu  neuf  sous-ma- 
rins dans  la  mer  Egée. 

Dans  le  Berliner  Tageblatt,  Théodore  Wolffdemande 
que  la  presse  allemande  puisse  librement  discuter  les 
conditions  de  la  paix  et  engage  ses  lecteurs  a  ne  pas  se 
faire  de  la  dure  campagne  balkanique  l'idée  d'un  conte 
des  Mille  et  une  Nuits. 

Les  Vénizélistes,  considérant  la  deuxième  dissolution 
comme  illégale,  décident  de  s'al^stenir  aux  futures  élec- 
tions. 

Goremykine  a  informé  la  presse  que  la  Russie  a 
besoin  d'une  quantité  énorme  de  munitions,  d'armes  et 
d'uniformes,  car  elle  mettra  sous  peu  en  campagne  des 
millions  de  soldats  nouveaux. 

«  Je  me  refuse  à  croire  qu'une  amitié  soit  possible 


CHBONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  99 

OU  désirable  entre  Anglais  et  Allemands  pour  la  durée 
d'une  génération.  »  {Daily  Mail.) 

Le  ministre  Orlando  dit  à  Palerme  :  «  Nous  ne  com- 
battons pas  seulement  pour  vaincre  un  ennemi,  mais 
pour  dompter  une  bête  tauve,  et  nous  vaincrons.  Noire 
naine  sera  la  semence  de  l'amour  entre  les  peuples,  et 
notre  vengeance  sera  jugée  par  l'histoire  comme  un 
acte  de  solennelle  justice.  ->■> 

Painlevé  dit  a  la  Sorbonne  :  «  La  France,  de  son 
sein  déchiré,  fera  jaillir  des  générations  nouvelles,  qui, 
dans  leurs  poings  dressés,  porteront  un  flambeau. 
C'est  elle  qui  montrera  à  l'humanité  sa  route  vers 
l'avenir  au  sortir  des  voies  sanglantes.  » 

Lundi  22  novembre.  —  Les  Italiens  ont  passé  au 
nord-est  d'Oslavia  la  tête  de  pont  de  Gorizia  et  sont 
arrivés  au  bord  de  l'Isonzo. 

On  affirme  que  le  col  de  Lana  est  de  nouveau  aux 
mains  des  Autrichiens. 

Les  Serbes  annoncent  qu'ils  ont  refoulé  les  Bulgares 
marchant  sur  Leskovatz.  Ce  succès  est  très  exagéré  par 
suite  d'une  erreur  de  transmission. 

La  Roumanie  ayant  protesté  k  Sofia  contre  l'arresta- 
ion  de  sujets  roumains,  la  Bulgarie  les  remet  en  liberté. 

Les  Russes  progressent  au  noi^d  du  lac  de  Sventen  et 
;ur  la  rive  gauche  du  Stvr. 

L'armée  britannique  se  heurte  contre  les  Turcs  à  Ctési- 
hon,  perdant  2.ooo"hommes  et  faisant  t. 5oo  prisonniers. 

Les  Turcs  auraient  envoyé  4o-ooo  hommes  contre 
►jemal  pacha,  qui  en  aurait  réuni  ijo.ooo  (ce  n'est  pas 
rai). 

Le  Tsar  est  allé  à  Odessa   avec  le  tsarévitch  pour 

specter  la  nouvelle  armée  de  Bessarabie  (200.000 
lommes). 

Le  roi  de  Grèce  a  affirmé  lui-même  que  la  Grèce  n'a 

mais  songé  à  user  d'un  procédé  inamical  contre  les 

oupes  alliées  débarquées  à  Salonique. 

On  dit  que  le  ministre  de  Grèce  à  Berlin  a  transmis 

Athènes  des  menaces  allemandes  pour  le  cas  où  la 

rèce  recevrait  sur  son  territoire  des  Serbes  en  retraite. 


100  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

L'Allemagne  offre,  dit-on,  aux  Etats-Unis  une  indem- 
nité de  25.000  francs  pour  chaque  victime  américaine 
du  Lusitania. 

Commencement,  devant  la  cour  suprême  des  États- 
Unis,  du  procès  de  la  Haniburg-  America ,  accusée 
d'avoir  violé  la  neutralité  américaine  en  ravitaillant  des 
croiseurs  allemands  en  mer. 

Vorivàrts  :  c<  Si  vous  demandez  aux  neutres  de 
nous  dire  ce  qu'ils  entendent  par  «  anéantir  le  milita- 
«  risme  allemand  »,  ils  ont,  eux,  le  droit  de  savoir  quel 
but  nous  poursuivons  en  parlant  de  tenir  jusqu'au  bout.  » 

Le  même  journal  dénonce  l'influence  de  la  grande 
industrie  métallurgique  sur  la  presse  allemande. 

«  La  guerre  était  pour  tous  les  Allemands  la  belle 
opération,  la  loterie  séduisante  où  il  y  aurait  des  lots 
pour  tout  le  monde,  pour  le  dernier  ouvrier  du  Vulkan 
et  d'Essen  comme  pour  Ballin  et  Krupp. . .  Il  y  a  cent  ans, 
l'Allemagne  voulait  une  guerre  d'affranchissement  ;  en 
1914,  elle  s'est  exaltée  pour  une  guerre  de  rapine.  L'at- 
tentat est  celui  d'un  peuple  tout  entier.  »  (Lmdenlaub, 
Temps  du  2 3.) 

Le  comte  de  Reventlov  (Deutsche  Tageszeitung)  dit 
que  ce  l'Allemagne  ne  peut  admettre  que  l'Entente  sub- 
siste après  la  guerre,  car  ce  serait  là  cet  équilibre 
que  l'Angleterre  désire  maintenir.  Quoi  qu'en  disent 
les  financiers  internationaux,  leurs  demandes  sont  en 
opposition  avec  les  intérêts  allemands.  L'idée  de  termi- 
ner la  guerre  comme  une  partie  nulle  risque  de  fausser 
notre  jugement  et  d'amollir  nos  cœurs.  » 

L'emprunt  français  5  °/o  s'annonce  comme  un  succès. 
Le  3  °/o  est  ferme  à  64, 5o. 

Mardi  23  novembre.  —  Remise,  au  nom  des  Alliés, 
d'une  note  au  Gouvernement  grec,  demandant  confir- 
mation formelle  des  assurances  de  la  Grèce.  Cette  note, 
plus  modérée  que  ne  le  craignaient  les  Grecs,  a  été 
remise  k  l'heure  même  où  D.  Cochin  déjeunait  avec  le 
roi. 

Venizelos  publie  un  manifeste  expliquant  pourquoi 
son  parti  s'abstiendra  aux  élections  prochaines. 


I 


CHRONOLOGIE    DE    L.V    GUERRE  101 

Les  Autrichiens  ont  évacué  Mori  et  Rovereto  ;  ils 
demandent  à  l'Allemagne  de  les  secourir  sur  l'Isonzo. 
Les  Italiens  font  5i4  prisonniers  au  Monte  San-Michele 
sur  le  Carso. 

On  annonce  à  Athènes  un  mouvement  offensif  des 
Serbes  sur  la  licjne  Velès — Prilep  et  vers  Babuna. 

Attaquant  les  Bulgares  à  l'ouest  de  Krivolak,  les 
Français  prennent  Brusnik,  qui  met  Krivolak  à  l'abri 
des  bombardements  bulgares. 

Du  21  au  2'i,  vifs  combats  aux  Dardanelles;  les 
Turcs  sont  repoussés. 

On  annonce  que  trois  sous-marins  allemands  ont  été 
coulés  en  Méditerranée,  mais  qu'il  en  reste  huit.  On  dit 
aussi  qu'une  flottille  de  10  à  26  sous-marins  anglais, 
convoyés  jusqu'au  Skager-Rak  par  une  escadre,  vient  de 
pénétrer  dans  la  Baltique. 

L'Allemagne,  s'autorisant  (!)  de  l'article  49  de  la 
Convention  de  La  Haye,  impose  à  la  Belgique  une 
contribution  mensuelle  de  4o  millions  pour  frais  de 
l'armée  et  de  l'administration  du  territoire. 

Lundi  et  mardi,  troubles  à  Vienne,  causés  par  la 
cherté  des  vivres. 

On  attribue  au  ministre  grec  Rhallys  des  propos  très 
violents  contre  l'Angleterre  qui,  toujours  en  retard  elle- 
même,  voudrait  engager  la  Grèce  dans  une  guerre  ter- 
rible. Tirant  un  vieux  numéro  de  Y  Illustration,  avec  des 
images  de  villages  grecs  incendiés  et  saccagés  par  les 
Bulgai-es,  il  aurait  dit  que  la  Grèce  ne  voulait  pas 
devenir  une  nouvelle  Serbie. 

Le  roi  de  Grèce  aurait  dit  :  «  Je  suis  entre  l'enclume 
et  le  marteau.  Mais  la  France  et  l'Angleterre  ne  seront 
jamais  trop  dures  pour  mon  pays,  taudis  que  l'Alle- 
magne serait  implacable.  »  (^Temps  du  25.) 

John  Redmond,  revenant  du  front,  dit  que  l'armée 

iglaise  de  Flandre  est  la  mieux  équipée  du  monde  et 
[ue,  pour  chaque  obus  allemand  qu'elle  reçoit,  elle  en 
renvoie  cinq. 

Le  commandant  de  Civrieux  écrit  dans  le  Matin  : 

Les  deux  tiers  des  armées  allemandes  sont,  en  per- 
manence, maintenus    sur  le    front  occidental.   Or,   la 


102  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

population  de  l'Empire  étant  de  plus  d'un  tiers  supé- 
rieure à  la  population  de  la  France,  il  est  clair  que  les 
efï'ectifs  allemands  stationnés  en  Occident  sont  sensible- 
ment égaux  à  ceux  de  l'ensemble  des  foz'ces  françaises.  » 
Cinq  bâtiments  de  la  Compagnie  canadienne  d'ex- 
plosifs ont  sauté  à  la  même  heure  à  Parry  Sound  (On- 
tario). 

Mercredi  24  novembre.  —  La  Grèce  fait  une 
réponse  satisfaisante  à  la  note  des  Puissances,  donnant 
les  garanties  requises  au  sujet  du  non-désarmement 
des  troupes  alliées  au  cas  où  elles  seraient  refoulées 
sur  le  territoire  grec. 

L'Angleterre  dément  que  des  bateaux  grecs  soient 
retenus  en  Angleterre;  aucun  port  grec  n'est  bloqué. 
Le  départ  des  voyageurs  grecs  retenus  à  Malte  a  été 
autorisé. 

Cent  obus  sur  la  gare  d'Arras. 

Prichtina  et  Mitrovitza  sont  pris.  Le  Gouvernement 
serbe,  après  avoir  successivement  quitté  Nisch,  Kralievo, 
Mitrovitza  et  Prizrend,  se  transporte  à  Scutari  d'Al- 
banie. 

Les  Serbes  se  sont  un  peu  repliés  au  nord  de  Mo- 
nastir. 

Asquith  aurait  télégraphié  au  Gouvernement  serbe  que 
la  France  et  l'Angleterre  préparent  des  surprises  dans 
les  Balkans.  D'autre  part,  on  mande  de  Monastir  au 
Secolo  que  les  Bulgares  préparent  une  surprise 
fâcheuse  pour  lé  corps  français. 

Plusieurs  banquiers  de  Berlin  font  de  fortes  avances 
à  la  Bulgarie. 

Le  neveu  de  Guillaume  II,  prince  de  Schaumburg- 
Lippe,  est  envoyé  à  Bucarest  comme  secrétaire  de  la 
Légation  allemande. 

En  Russie,  les  Allemands,  ayant  épuisé  leurs  réserves 
et  les  ressources  locales,  sont  obligés  de  faire  venir 
d'Allemagne  munitions  et  vivres.  Ils  semblent  d'ailleurs, 
envoyer  le  plus  de  troupes  qu'ils  peuvent  sur  le  front! 
occidental. 

On  a  découvert  au  Caire  une  conspiration  de  Cour 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  103 

contre  le  Sultan  et  l'Angleterre.  4o  personnes  auraient 
été  arrêtées,  25  exécutées. 

Des  gendarmes,  gagnés  par  l'Allemagne,  ont  attaqué 
de  nuit  Hamadan  et  obligé  les  cosaques  persans  à  la 
retraite. 

Le  Tafna  (Touache),  attaqué  par  un  sous-marin 
allemand,  essuie  trente  coups  de  canon,  mais  réussit  à 
regagner  Marseille. 

On  signale  un  nouvel  obus  très  efficace  contre  les 
sous-marins,  inventé  par  un  Irlandais  et  fabriqué  par 
l'amirauté  anglaise. 

Le  ministre  des  Affaires  étrangères  du  Japon  a  dit 
à  un  journaliste  français  que  le  Japon,  à  la  fin  du  mois, 
aura  beaucoup  ("ait  pour  armer  les  deux  tiers  des  mobi- 
lisables russes,  dont  un  tiers  seulement  est  équipé  ; 
deux  arsenaux  japonais  travaillent  sans  cesse  pour  la 
Russie.  Si  le  Japon  se  décidait  à  envoyer  une  armée  en 
Europe,  ce  serait  une  très  forte  armée,  car  il  ne  veut 
pas  risquer  un  échec. 

L'ambassade  d'Angleterre  à  Washington  a  reçu  des 
rapports  sur  le  plan  d'attaque  qui  devait  être  dirigé 
contre  le  Canada  par  les  réservistes  allemands  des 
États-Unis. 

Un  savant  jésuite,  Léonce  de  Grandmaison,  écrit  au 
Temps  que  les  cinq  sixièmes  de  l'Ordre  appartiennent 
aux  pays  alliés  et  neutres,  que  600  sont  mobilisés  en 
France,  que  plus  de  60  ont  été  tués  à  l'ennemi.  Il  pro- 
teste contre  les  bruits  qui  attribuent  des  préférences 
allemandes  au  général  des  jésuites  Ledochovski. 

Jeudi  25  novembre.  —  Il  neige  dans  les  Vosges. 

Mitrovitza  ayant  été  prise  par  les  Autrichiens,  Pristina 
par  les  Allemands,  il  no  reste  de  la  Serbie  qu'une 
bande  étroite  de  territoire  entre  les  frontières  de  la 
Grèce,  de  l'Albanie  et  du  Monténégro. 

L'armée  serbe,  n'ayant  pu  maintenir  ses  positions 
vers  Katchanik,  se  replie  vers  le  sud-ouest. 

Il  reste,  dit-on,  200.000  soldats  serbes,  qui  se  retirent 
lentement  vers  l'Albanie.  On  craint  qu'ils  ne  manquent 
de  munitions  et  de  vivres. 


104  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Français  se  sont  repliés  sur  la  rive  droite  de  la 
Tcherna,  devenue  leur  ligne  de  défense  contre  les  Bul- 
gares. 

La  presse  bulgare  a  hâte  de  voir  finir  l'expédition  en 
Serbie  ;  il  y  a  des  froissements  avec  les  Turcs  au  sujet 
de  la  Thrace,  où  la  Turquie  a  concentré  des  forces 
importantes. 

L'attaché  militaire  bulgare  a  quittéAthènes. 

Les  Roumains  de  Transylvanie  font  appel  à  leur 
patrie  et  dénoncent  les  cruautés  dos  Hongrois  à  leur 
égard. 

Reni,  sur  le  Danube,  est  transformé  en  un  vaste  camp 
militaire  russe  et  en  un  vaste  port  avec  très  nombreux 
chalands. 

Au  cours  d'un  bombardement  intense  aux  Darda- 
nelles, on  constate  l'affaiblissement  du  tir  ennemi. 

Les  troupes  anglaises  sont  maîtresses  du  champ  de 
bataille  de  Ctésiphon,  après  l'avoir  évacué  momen- 
tanément faute  d'eau. 

Les  gendarmes  d'Hamadan,  auxquels  se  seraient 
joints  6.000  Moudhajides,  ont  été  déclarés  rebelles  par 
le  Gouvernement  de  Téhéran. 

Des  avions  alliés  ont  détruit  le  pont  de  l'Escaut  près 
d'Hamme. 

Albert  Thomas  annonce,  à  Londres,  la  création  d'une 
commission  permanente  chargée  de  diriger  la  produc- 
tion des  munitions  pour  les  Alliés. 

Mac  Kenna,  chancelier  de  l'Échiquier,  a  dit  à  la 
New-York  Tribune  que  l'Allemagne  perdait  200.000 
hommes  par  mois  et  que  sa  situation  financière  serait 
bientôt  désastreuse,  tandis  que  l'Angleterre  a  pu  s'im- 

fioser  près  de  g  milliards  d'impôts  et  n'a  pas  le  cours 
orcé. 

Charles  Rivet  écrit  de  Petrograd  au  Temps  :  «  L'Alle- 
magne n'est  pas  vaincue,  tant  s'en  faut,  mais  elle  com- 
mence à  se  rendre  compte  qu'elle  le  sera.  » 

Guillaume  II,  passant  une  revue  à  Baranoviczi,  a  dit  : 
«  Nous  devons  tenir  jusqu'à  ce  que  nous  ayons  mis 
nos  ennemis  à  genoux  et  puissions  leur  dicter  une  paix 
digue  de  nos  sacrifices.  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  105 

L'Allemagne  se  ravitaille  en  Bulgarie,  où  il  y  a 
i3  millions  de  têtes  de  bétail.  Elle  y  a  déjà  acheté 
200.000  quintaux  de  maïs. 

Ce  jour,  il  n'est  pas  arrivé  un  seul  porc  sur  le  marché 
de  Cologne. 

On  annonce  que  la  grande  usine  de  Sprottau  (Silésie), 
qui  fabriquait  des  gaz  asphyxiants,  a  été  détruite  par 
un  incendie. 

Au  Portugal,  une  manifestation  de  sympathie  a  eu 
lieu  devant  le  consulat  serbe  à  Lisbonne.  Le  sentiment 
public  est  en  faveur  d'une  intervention  armée. 

Les  versements  d'or,  à  la  Banque  de  France,  atteignent 
I  milliard  127  millions. 

Vendredi  26  novembre.  —  L'Entente  remet  une 
seconde  note  collective  k  la  Grèce. 

Le  conseil  municipal  d'Athènes  décerne  à  D.  Gochin 
le  titre  de  citoyen  athénien. 

On  dit  que  le  Gouvernement  grec  mettra  k  la  dispo- 
sition des  Alliés  le  chemin  de  fer  de  Salonique  et  reti- 
rera ses  troupes  de  cette  ville.  Il  est  question,  a  Athènes, 
de  libérer  huit  classes. 

Les  Bulgares  et  Allemands  sont  maîtres  de  la  plaine 
de  Kossovo.  Les  Serbes,  repoussés  au  sud  de  Prilep,  se 
retirent.  Leur  retraite  rend  impossible  leur  jonction 
avec  les  Français  dans  la  région  de  Monastir. 

Des  inondations  en  Serbie  entravent  le  ravitaillement 
des  Allemands. 

On  confirme  que  les  mines  de  cuivre  en  Serbie  ont 
été  rendues  inutilisables  pour  plusieurs  mois  (Pester 
Lloyd), 

Les  Alliés  auraient  126.000  hommes  k  Salonique;  il 
en  arrive  4-ooo  par  jour. 

La  Roumanie  interdit  de  faire  passer  des  troupes  sur 
le  Danube  au  delà  de  Uoutschouk.  Le  territoire  rou- 
main, le  long  du  Danube,  est  déclaré  zone  militaire. 

Les  Russes  progressent  au  nord  d'IIlutsk,  vers  Tuk- 
kum  et  Jakobstadt.  Les  Allemands  n'ont  pas  renoncé  k 
prendre  Dvinsk. 

On  croit  k  Vienne  que  les  sous-marins  de  la  Médi- 


106  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

tcrranée  sont  allemands  et  se  ravitaillent  sur  la  côte 
d'Anatolie. 

Des  aviateurs  français  jettent  5o  bombes  sur  Stru- 
mitza. 

A  la  Chambre  bavaroise,  un  député  libéral  dit  que 
son  parti  n'acceptera  pas  une  paix  qui  obligerait  l'Alle- 
magne a  céder  des  territoires.  Un  socialiste  dit  que 
l'Allemagne  devrait  se  contenter  d'obtenir  la  liberté 
des  mers. 

La  Gazette  de  Cologne  prétend  que  les  concessions 
faites  par  la  Grèce  ne  sont  que  des  mirages  destinés  à 
mettre  fin  à  une  tension  économique  insupportable, 
mais  qui,  en  réalité,  ne  signifient  rien. 

On  écrit  de  Bucai-est  au  Temps  (du  3o)  que  l'inter- 
vention de  la  Roumanie  est  certaine,  mais  que  le 
désaccord  porte  sur  l'époque  et  la  modalité  de  cette 
intervention.  Le  parti  germanique  est  peu  nombreux, 
mais  il  faut  faire  des  réserves  au  sujet  de  la  Couronne. 

Une  ligue  germanophile  ayant  tenté  d'organiser  une 
réunion  à  Statina  (Roumanie),  la  foule  a  obligé  les 
délégués  à  prendre  la  fuite. 

Lord  Kitchener  est  arrivé  à  Rome. 

Samedi  27  novembre.  —  Une  attaque  allemande 
au  nord  du  Labyrinthe  est  repoussée. 

Progrès  des  Italiens  au  nord-ouest  de  Gorizia. 

De  grandes  chutes  de  neige,  les  premières  depuis 
huit  ans,  ont  lieu  à  Salonique. 

Le  roi  Nicolas  adresse  une  proclamation  aux  Monté- 
négrins. Ils  résisteront,  unis  aux  Serbes,  jusqu'à  la 
mort,  qu'ils  préfèrent  à  la  servitude  :  «  Nous  combat- 
trons de  montagne  en  montagne.  » 

Pour  la  première  fois,  aux  Dardanelles,  les  Turcs  ont 
employé  des  gaz,  mais  sans  résultats. 

Une  nouvelle  attaque  allemande  sur  la  ferme  de  Bor- 
semunde  (Dvina)  est  repoussée  avec  pertes. 

Les  Russes,  descendant  du  sud  du  lac  d'Ourmiah, 
sont  à  67  kilomètres  de  Téhéran. 

Des  avions  français  bombardent  la  gare  de  Noyon. 

Charles  Humbert  pense  qu'on  appelle  trop  d'hommes 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  107 

en  France,  au  lieu  de  simplifier  les  services  non  com- 
battants. 

Le  blocus  commence  k  peser  lourdement  sur  la  popu- 
lation allemande,  surtout  dans  les  centres  industriels. 

Harden  {Zukanft)  prévient  l'Allemagne  qu'aucun 
des  Alliés  n'aspire  à  la  paix,  que  pas  un  des  ennemis 
de  l'Allemagne  n'est  découragé.  Cette  guerre  est  une 
guerre  d'épuisement  dont  personne  ne  peut  prévoir 
l'issue.  Les  Russes  savent  qu'ils  ont  toujours  une  armée 
de  7  millions  d'hommes  ;  il  n'y  a  pas,  dans  le  pays,  le 
moindre  indice  de  révolution. 

«  Les  Allemands  font  face  à  leurs  nombreux  adver- 
saires avec  une  activité  continue  ;  ils  ne  se  contentent 
pas  de  se  défendre,  ils  attaquent  presque  partout.  » 
(Temps.) 

Une  mission  militaire  russe  est  arrivée  h.  Londres. 

On  annonce  à  Petrograd  que  le  Gouvernement  chi- 
nois engage  des  officiers  de  réserve  allemands. 

Dimanche  28  novembre.  —  La  Grèce  répond  à  la 
seconde  note  des  Alliés  en  réservant  l'étude  de  quelques 
points  et  des  détails  d'application. 

Une  violente  attaque  allemande  est  repoussée  près 
de  Berry-au-Bac  (détails  dans  la  Liberté,  i  o  décembre). 

Les  Italiens,  continuant  leurs  progrès,  font  700  pri- 
sonniers. 

Les  Anglais  remplacent  les  Français  à  l'aile  droite, 
entre  Doiran  et  Kosturino. 

Les  Bulgares  ont  franchi  le  Karasou  et  avancent  vers 
Monastir.  Le  gros  de  l'armée  serbe  se  replie  vers  Scu- 
tari,  Durazzo  et  S.  Quaranta.  Les  journaux  allemands 
évaluent  k  76.000  le  nombre  des  soldats  serbes  entrés 
au  Monténégro.  Le  Gouvernement  serbe  est  à  Scutari. 

Les  1 00  marins  français  qui  ont  coopéré  a  la  défense 
de  Belgrade  arrivent  k  Toulon. 

Les  Austro-Allemands  et  les  Bulgares  fortifient  la 
frontière  roumaine. 

Les  armées  turques  et  bulgares  ont  reçu,  par  la  voie 
du  Danube,  i.5oo  k  2.000  wagons  de  munitions. 

Une  manifestation  pour  la  paix  a  eu  lieu  k  Sofia. 


108  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Russes  prennent  les  faubourgs  à  l'ouest  d'Illutsk. 
Au  sud-est  de  Pinsk.  ils  s'emparent  par  surprise  de 
tout  un  état-major  allemand.  Près  de  Tsarlorisk,  ils 
refoulent  les  Autrichiens  vers  l'ouest. 

Violents  combats  sur  le  haut  Euphrate  (Toutakh)  ;  les 
Turcs  sont  repoussés. 

Les  troupes  anglaises  sont  en  retraite  sur  le  Tigre.  * 

Le  prince  Henri  de  Pieuss,  ministre  d'Allemagne,  est 
le  chef  de  l'insurrection  en  Perse. 

Un  avion  anglais,  au  large  de  Middelkerke,  détruit 
un  sous-marin  allemand. 

Les  avions  anglais,  très  actifs  dans  le  nord  de  la 
France,  endommagent  \me  fabrique  de  munitions  à 
Lachapelette. 

Des  avions  allemands  bombardent  Verdun. 

Dix  avions  français  incendient  les  hangars  de  Habs- 
heim,  à  Test  de  Mulhouse,  qui  sont  évacués. 

Le  roi  de  Roumanie  ouvre  le  Parlement  roumain  en 
prononçant  un  discours  où  il  est  parlé  de  défendre  les 
graves  intérêts  du  pays,  mais  il  ne  dit  pas  k  côté  de 
quelles  Puissances. 

Le  Gouvernement  russe  autorise  le  passage  par  terri- 
toire russe  des  munitions  et  marchandises  destinées  k 
la  Roumanie. 

Lord  Bryce  communique  le  récit  d'atrocités  commises 
par  les  Turcs  contre  les  Arméniens,  parfois  avec  le 
concours  d'officiers  allemands  (Temps  du  3o). 

On  arrête  a  Détroit  un  nommé  Smith,  accusé  d'avoir 
joué  un  rôle  important  dems  les  attentats  allemands  aux 
États-Unis. 

La  Tribune  (New-York)  s'élève  contre  toute  paix 
boiteuse  qui  perpétuerait  les  maux  révélés  par  la 
guerre  actuelle.  «  Une  paix  prématurée  obligerait  la 
prochaine  génération  a  retourner  aux  tranchées,  où 
la  génération  actuelle  souffre  et  meurt  depuis  de  longs 
mois.  Aucune  paix  n'est  possible  jusqu'au  jour  où  le 
peuple  allemand  aura  enfin  renoncé  k  son  rôle  de 
domination  mondiale.  » 

«  Les  efforts  nouveaux  que  Guillaume  II  demande  à 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  109 

son  armée  pour  nous  jeter  à  bas  nous  ti'ouveront  prêts 
a  toutes  les  ripostes.  »  {Temps.') 

Dans  une  réunion  organisée  par  la  Ligue  des  Droits 
de  l'Homme  en  l'honneur  de  Miss  Cavell,  le  ministre 
Painlevé  a  dit  :  a  C'est  précisément  la  légalité  de  ce 
meurtre  qui  en  fait  l'horreur.  Il  n'est  pas  un  homme 
digne  de  ce  nom  qui  ne  préfère  succomber  avec 
Miss  Cavell  que  de  triompher  avec  ses  ennemis.  » 

Lundi  29  novembre.  —  Sur  les  lignes  françaises 
de  la  Tcherna,  le  thermomètre  est  descendu  à  —  i5°. 

Dans  le  combat  qui  a  précédé  la  prise  de  Prizrend, 
les  Bulgares  disent  avoir  pris  iG.ooo  Serbes,  5o  canons 
et  i48  automobiles. 

Suivant  la  presse  austro-allemande,  la  chute  de 
Prizrend  marque  la  fin  de  la  campagne  serbe. 

Les  Monténégrins  repoussent  les  Autrichiens  dans  la 
région  de  Fotcha. 

Le  maréchal  Kitchener  et  le  général  Jilinski,  délégué 
du  Tsar,  sont  arrivés  à  Paris. 

Guillaume  II  rend  visite  à  François-Joseph,  pour 
aplanir,  dit-on,  les  difficultés  qui  se  sont  élevées  entre 
les  deux  Empires. 

Suivant  la  Berliner  Zeitiing  am  Moiitag,  le  pape 
aurait  dit  qu'on  ne  saurait  assurer  une  paix  durable 
sans  régler  la  situation  du  Saint-Siège.  11  aurait  ajouté 
que  le  cas  de  VAncona  était  pire  que  celui  du  Lusitania. 

Le  cardinal  Hartmann  est  à  Rome,  suspect  de  négo- 
cier. Le  pape  y  avait  invité  aussi  le  cardinal  Mercier, 
qui  n'a  pu  venir,  les  Allemands  refusant  d'autoriser  son 
retour  en  Belgique. 

Streit,  ancien  ministre  des  Affaires  étrangères  de 
Grèce,  écrit  au  Te/nospour  protester  contre  l'accusation 
portée  contre  lui  d'avoir  facilité  le  ravitaillement  du 
Gœben  et  du  Breslau  dans  les  eaux  grecques. 

Un  procès  récent  en  Grèce  a  révélé  qu'un  apache  de 
Verroia  était  à  la  solde  du  baron  Schenk,  distributeur 
des  fonds  seci^ets  allemands  et  protégé  de  la  Reine  ;  cet 
individu  aurait  remis  2.5oo  francs  à  VEphemeris  pour 


110  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

la  publication  d'une  seule  dépêche.  Les  Vénizélistes 
réclament  une  enquête. 

La  Russie  émet,  pour  la  première  fois,  un  emprunt 
intérieur  de  2  milliards  et  demi  de  roubles.  La  guerre 
coûte  à  la  Russie  Oo  millions  par  jour. 

On  dément  formellement,  au  Caire,  que  Djemal  se 
soit  insurgé  contre  le  Gouvernement  de  Constanti- 
nople. 

Mardi  30  novembre.  —  On  assure  que  les  Alle- 
mands renforcent  leur  front  ouest,  notamment  vere 
Ypres. 

Les  Alliés  se  retirent  vers  Demir-Kapou. 

L'Allemagne  et  l'Autriche  auraient  déclaré  à  Athènes 
que  si  le  Gouvernement  grec  acceptait  les  demandes 
de  l'Entente,  elles  cesseraient  de  considérer  la  Macé- 
doine grecque  comme  territoire  ami. 

Le  général  de  Lacroix,  dans  le  Temps,  estime  que 
l'armée  serbe  n'est  pas  hors  de  cause. 

Les  Autrichiens  attaquent  en  nombre  les  Monténé- 
grins, qui  se  replient  pour  défendre  Plevlje. 

La  pose  d'un  barrage  de  mines  à  l'entrée  du  Danube 
roumain  est  terminée  ;  les  navires  ne  peuvent  plus 
passer. 

C'est  Tcherbatov,  non  Kouropatkine,  qui  commande 
l'armée  russe  des  Balkans. 

L'armée  anglaise  s'est  retirée  le  long  du  Tigre  vers 
Kut-el-Amara.  Elle  a  dîî  abandonner  deux  canonnières 
endommagées  et  a  perdu  4-6oo  hommes. 

Un  contre-torpilleur  anglais  coule  sur  le  Uoggerbank. 

La  Chambre  française  décide  que  la  classe  19 17  sera 
incorporée  le  5  janvier. 

Au  Parlement  allemand,  le  président  fait  un  discours 
optimiste  :  a  Tous  nos  ennemis  en  sont  arrivés  à  croii'e 
que  nous  sommes  invincibles  sur  les  champs  de  bataille. 
Financièrement  et  économiquement,  nous  avons  toutes 
raisons  de  regarder  l'avenir  avec  confiance.  » 

De  bruyantes  manifestations  se  produisent  devant  le 
Reichstag  aux  cris  de  :  «  La  paix  et  du  pain  !  » 

Lokal-Anzeiger  :  «  Le  Reichstag  ne   peut  que  se 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  111 

réjouir  de  la  situation  militaire  actuelle.  Malheureuse- 
ment, nous  ne  sommes  pas  très  rassurés  sur  l'avenir, 
vu  le  nombre  de  nos  ennemis.  Notre  Gouvernement  est 
toujours  prêt  à  faire  la  paix,  mais  nos  ennemis  pré- 
fèrent doubler  leurs  forces  ;  ils  ne  veulent  pas  conférer 
avec  nos  émissaires  en  pays  neutres.  » 

Berliner  Tageblatt  :  «  Il  ne  faut  pas  croire  que  les 
opérations  soient  terminées  en  Serbie.  Nous  aurons  à 
nous  défendre  contre  5o.ooo  Serbes,  auxquels  s'ajoutent 
5o.ooo  Italiens  et  loo.ooo  Français  et  Anglais,  sans 
compter  la  menace  des  Russes  massés  à  la  frontière 
roumaine.  Nos  troupes  seront  donc  contraintes  de  rester 
en  Serbie.  » 

Ibid.  :  «  Toute  notre  force  militaire  ne  peut  rien 
contre  la  haine  implacable  qui  nous  environne.  » 

Denys  Cochin  est  arrivé  à  Rome,  rapportant  d'Athènes 
des  impressions  favorables. 

Lord  Haldane  dit  à  Londres  :  a  II  est  impossible  de 
penser  k  conclure  la  paix  avant  que  l'Allemagne  ait  été 
débarrassée  de  la  clique  militaire  qui  la  gouverne.  » 

Bonar  Law  dit  à  Londres  :  «  Les  journaux  allemands 
disent  que  nous  avons  provoqué  la  guerre.  Nous  n'y 
avons  rien  à  gagner,  saut  des  garanties  de  paix  future, 
mais  la  guerre  n'aura  pas  été  faite  en  vain  si  nous  obte- 
nons la  destruction  du  militarisme  prussien,  ce  qui  signi- 
fiera qu'il  sera  désormais  impossible  k  un  groupe  d'hom- 
mes quelconque  de  transformer  le  monde  en  charnier.  » 

Trois  cent  vingt  usines,  au  Canada,  fabriquent  des 
munitions. 

Au  Delaware,  une  fabrique  de  poudre  a  sauté  (3o  vic- 
times) ;  on  croit  k  un  attentat  allemand. 


DECEMBRE 


Mercredi  1"  décembre .  —  Sonnino  annonce  au 
Parlement  italien  que  l'Italie  adhère  au  pacte  du  5  sep- 


112  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

tembre  1914  (pas  de  paix  séparée)  et  ajoute  que  l'indé- 
pendance politique  et  économique  de  la  Serbie  reste  un 
des  pivots  de  la  politique  italienne  dans  les  Balkans. 
L'Italie  ne  permettra  pas  que  la  Serbie  soit  absorbée 
par  l'Autriche  ;  elle  fera  au  plus  tôt  ce  qui  dépend  d'elle 
pour  ravitailler  l'armée  serbe  et  lui  porter  secours. 
Des  troupes  italiennes  débarquent  à  Valona. 
Canonnade  violente  à  Krivolak  ;  les  Français  prennent 
une  tranchée  bulgare  avec  2.000  fusils. 
Les  Serbes  ont  évacué  Monastir. 
Des   bandes   albanaises,    recrutées    par    des   agents 
autrichiens,  inquiètent  les  Serbes  et  les  Monténégrins. 
L'Autriche  a  conclu  un  accord  avec  la  Roumanie  qui 
lui  livre  5  millions  de  tonnes  de  maïs. 

Le  télégraphe  de  Berlin  à  Constantinoplc  par  la  Ser- 
bie est  rétabli. 

Deux  régiments  tchèques  se  révoltent  en  Bessarsdïie 
et  se  rendent  aux  Russes  sans  combat. 

Fin  de  la  conférence  entre  les  représentants  des 
Croix-Rouges  (allemande,  anglaise  et  russe)  à  Stock- 
holm. Une  commission  a  été  chargée  de  visiter  les 
camps  d'internement. 

Remaniement  ministériel  en  Autriche. 
La  Russie  a  décidé  la  confiscation  de  2  millions  d'hec- 
tares appartenant  à  des  Allemands  en  Finlande  et  au 
Caucase. 

La  Gazette  de  Francfort  assure  que,  quelle  que  soit 
la  conclusion  de  la  guerre,  le  militarisme,  que  les 
ennemis  de  l'Allemagne  veulent  détruire,  ne  sera  pas 
supprimé. 

Roosevelt  refuse  d'assister  à  un  meeting  contre  les 
massacres  arméniens  ;  il  déplore  de  nouveau  la  faiblesse 
des  États-Unis,  qui  n'ont  pas  su,  dès  le  début,  protes- 
ter contre  l'injustice  et  la  violence. 

Il  y  a  33.0DO  prisonniers  anglais  en  Allemagne,  dont 
i.o5o  marins.  En  Italie,  il  y  a  45. 000  prisonniers  autri- 
chiens. 

On  dit  que  les  pertes  autrichiennes  sur  le  front  italien 
atteignent  Soo.ooo  hommes,  dont  60.000  tués. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  113 

Jeudi  2  décembre,  —  Soixante  obus  sur  Arras. 

Les  Autrichiens,  puis  les  Bulgares,  occupent  Monas- 
tir.  De  nombreux  soldats  serbes,  après  la  chute  de  cette 
ville,  ont  gagné  la  Grèce,  où  ils  ont  été,  non  pas  désar- 
més, mais  cordialement  reçus. 

Toute  la  population  mâle  de  la  Serbie  est  envoyée 
dans  des  camps  de  concentration  en  Autriche-Hongrie. 

Les  Bulgares  poursuivent  les  Serbes  vers  Diakovo, 

La  Roumanie  vend  aux  puissances  du  Centre  de 
grandes  quantités  de  blé. 

La  presse  italienne  met  en  doute  la  loyauté  du  Gou- 
vernement grec.  On  assure  que  de  nouvelles  restrictions 
contre  le  commerce  grec  sont  imminentes. 

Le  roi  des  Bulgares  se  serait  engagé  à  ne  pas  déposer 
les  armes  avant  la  fin  de  la  guerre. 

L'artillerie  russe  refoule  une  violente  attaque  sur  la 
l'ive  gauche  du  Styr,  au  sud-ouest  de  Rafalovka.  Les 
Russes  sont  à  12  kilomètres  de  Tukkum,  clef  de  la 
Gourlande. 

Suivant  un  maître  d'école  fait  prisonnier,  la  moitié 
des  effectifs  allemands  dans  les  tranchées  du  front 
russe  serait  indisponible  pour  cause  de  maladies. 

Un  sous-marin  anglais  dans  la  Marmara  détruit  un 
train  sur  la  ligne  d'Ismid. 

Le  total  des  pertes  anglaisesatteint  5io.ooo  hommes. 

Depuis  le  8  novembre,  le  président  Wilson  a  reçu 
plus  de  2.000  télégrammes  le  suppliant  d'intervenir 
avec  les  neutres  pour  rétablir  la  paix. 

«  Peut-être,  à  la  fin  de  la  guerre,  l'Europe  belligé- 
rante découvrira-t-elle  qu'un  des  faits  les  plus  heureux 
du  conflit,  dans  l'intérêt  de  ceux  qui  s'y  sont  trouvés 
engagés,  c'est  que  les  États-Unis  n'y  ont  pas  participé. 
Ainsi,  au  retour  de  la  paix,  il  existera  au  moins  une 
grande  nation,  financièrement  et  industriellement  capa- 
ble de  répondre  aux  besoins  financiers  et  industriels 
des  auti^es,  et  cela  au  moment  même  où  l'Europe  sera 
économiquement  épuisée.  »  (New-York  Nation,  p.  671.) 

Vendredi  3  décembre.  —  Le  général  Joffre  est 

94.    CHRONOLOGIE   DE   LA   GUERRE  8 


114  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

nommé  commandant  en  chef  des  armées  françaises  pour 
assurer  l'unité  de  direction. 

Le  jury  américain  ayant  condamné  les  fonctionnaires 
de  la  Hamburg-Amerika  pour  complot,  Lansing  fait 
savoir  que  les  attachés  militaires  Boy  Ed  et  von  Papen 
ont  cessé  d'être  personse  gratse. 

Des  attaques  bulgares  sont  repoussées  vers  Kostorino 
et  sur  la  Tcherna. 

Les  Autrichiens  n'ont  plus  que  70.000  hommes  en 
Serbie,  le  reste  ayant  été  envoyé  à  Gorizia. 

L'agence  Woln  dément  la  fable,  inventée  par  elle- 
même,  de  la  formation  en  Roumanie,  sous  la  présidence 
de  Marghiloman,  d'une  ligue  hostile  à  l'Entente. 

Un  sous-marin  anglais  de  la  Marmara  coule  un  des- 
troyer turc  à  l'entrée  du  golfe  d'Ismid. 

Le  socialiste  Raimondi  dit  à  la  Chaml)re  italienne  : 
«  Ce  qui  presse,  c'est  que  la  France  et  l'Italie  se  per- 
suadent de  la  nécessité  d'une  collalDoration  plus  intime, 
car  la  France  supporte  à  elle  seule  presque  tout  le  poids 
énorme  et  glorieux  de  la  guerre  occidentale.  » 

Des  socialistes  autrichiens  publient  une  protestation  : 
«  Lorsque  le  monde  apprendra  ce  qui  se  passe  réelle- 
ment en  Autriche  et  ce  que  la  justice  y  est  devenue,  il 
frémira  d'horreur...  Ce  que  nous  voulons  en  ce  moment, 
ce  n'est  pas  la  guerre,  mais  la  révolution.  Après  la 
guerre,  nous  imiterons  le  peuple  français  qui  a  su  faire 
une  révolution  pour  avoir  la  république.  » 

R.  de  Mares  écrit  :  a  Sans  cette  guerre  voulue,  pré- 
parée et  imposée  au  monde  civilisé  par  les  Teutons,  la 
conquête  économique  de  l'Europe  (par  l'Allemagne) 
eût  été  un  fait  accompli  avant  un  quart  de  siècle.  » 
{Temps  ^, 

Samedi  4  décembre.  —  Des  bandes  de  comitad- 
jis  bulgares  inquiètent  les  Français  vers  Kafadar. 

La  garnison  serbe  de  Monastir  arrive  à  Ghevgheli. 

Le  colonel  Gaedke  (^Vonoârts)  constate  que  l'armée 
serbe  a  pu  s'échapper. 

La  Gazette  de  Francfort  se  plaint  de  l'attitude  équi- 
voque de  la  Grèce. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  115 

Le  Foreign  Office  dément  que  l'embargo  ait  été  mis 
sur  des  navires  grecs. 

Une  escadre  autrichienne  bombarde  Saint-Jean-de- 
Medua  ;  elle  coule  un  vapeur  grec  chargé  de  munitions 
pour  les  Monténégrins,  amsi  que  le  sous-marin  français 
Fvesnel. 

UOsservatore  Romano  dément  la  nouvelle,  de  source 
allemande  (27  novembre),  qui  attribuait  au  pape  des 
propos  hostiles  à  l'Entente. 

Un  grand  banquier  de  New-York  aurait  dit  :  «  L'Al- 
lemagne est  battue.  La  baisse  du  change  de  Berlin  le 
dit  suffisamment.  Les  puissances  de  l'Entente  semblent 
encore  être  tenues  en  échec,  mais  l'Allemagne  est  près 
de  céder  par  l'épuisement  de  ses  ressources  finan- 
cières. » 

Delbrûck  dit  au  Reichstag  que  la  question  des  vivres 
est  la  plus  importante  de  toutes  les  questions  inté- 
rieures. 

Suivant  V Arbeiter-Zeitung  (Vienne),  le  prix  des  vivres 
a  augmenté,  en  Autriche,  de  121  °/o,  en  Allemagne,  de 
65  °/o  seulement. 

Reventlow  (Tageszeitung^  menace  le  Danem.ark  et  la 
Suède,  qu'il  soupçonne  d'être  d'accord  avec  l'Angle- 
terre pour  bloquer  l'Allemagne  par  le  Nord. 

Journal  de  Genève  :  «  L'Entente  n'a  pas  été  habile 
ni  heureuse  dans  les  Balkans.  La  Russie,  en  déclarant 
ses  visées  sur  Constautinople,  a  découragé  les  sympa- 
thies de  la  Roumanie  et  de  la  Grèce  et  facilité  l'action 
de  l'Allemagne  en  Bulgarie.  » 

Dimanche  5  décembre.  —  Le  roi  de  Grèce  s'est 
plaint  au  correspondant  du  l^mes  des  soupçons  «  injustes 
et  cruels  »  qui  pèsent  sur  lui.  Il  a  nié  avoir  conclu  une 
entente  avec  la  Bulgarie,  qu'il  appelle  l'ennemie  hérédi- 
taire de  la  Grèce. 

Les  Bulgares  attaquent  vivement  le  front  français. 

La  retraite  serbe  en  Albanie  est  rendue  très  difficile 
par  l'état  des  chemins  et  par  les  4o-ooo  prisonniers 
autrichiens  que  les  Serbes  traînent  après  eux. 


116  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Des  attaques  allemandes  sont  repoussées  dans  la 
réçjion  de  Dvinsk  et  sur  le  Styr. 

Un  sous-marin  allemand  a  cauouué  un  navire-citerne 
américain. 

Le  Gouvernement  hollandais  fait  arrêter  le  directeur 
du  Telegraaf,  jugé  trop  favoi-able  aux  Alliés.  Vive 
émotion  en  Hollande. 

On  fait  remarquer  la  situation  singulière  du  Portugal 
qui  est  en  conflit  avec  l'Allemagne  en  Afrique,  mais  n'a 
encore  déclaré  la  guerre  à  aucun  pays,  malgré  l'unani- 
mité de  l'opinion  en  faveur  de  l'Entente. 

Le  rapport  adressé  à  Washington  sur  les  intrigues 
allemandes  établit  qu'il  a  été  dépensé  à  cet  effet  27  mil- 
lions de  dollars,  dont  12  millions  pour  fomenter  la 
révolte  du  général  Huerta  au  Mexique. 

Lundi  6  décembre.  —  La  première  réunion  du 
Conseil  de  guerre  de  l'Entente  s'est  tenue  à  Paris.  Il 
s'agit  surtout  de  savoir  si  l'Entente  continuera  d'agir 
dans  les  Balkans. 

Par  une  attaque  brusquée,  les  Allemands  enlèvent 
200  mètres  de  tranchées  au  sud  de  Saint-Souplet  (Cham- 
pagne). 

La  Grèce  n'a  pas  encore  donné  satisfaction  à  toutes 
les  demandes  de  l'Entente. 

Les  Bulgares  attaquent  les  lignes  anglaises  à  Stru- 
mitza. 

On  assure  que  le  drapeau  autrichien  a  été  seul  hissé 
à  Monastir,  par  égard  pour  l'opinion  grecque. 

Des  troubles  auraient  éclaté  à  Nisch  entre  Bulgares 
et  Hongrois,  ces  derniers  voulant  protéger  la  population 
civile  (?).  D'autres  nouvelles  attribuent  aux  Hongrois 
les  pires  atrocités. 

Les  Autrichiens  ont  atteint  Ipek. 

L'armée  serbe,  dans  sa  retraite,  est  menacée  par  le 
soulèvement  des  Malissores. 

Informé  que  des  monitors  autrichiens  s'apprêtaient  à 
quitter  Routschouk  pour  bomi^arder  Reni,  le  Gouverne- 
ment roumain  a  fermé  le  Danube  à  toute  navigation 
étrangère. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  117 

Par  voie  de  Bulgarie,  2.5oo  wagons  de  matériel  de 
guerre  sont  arrivés  à  Constantinople. 

Le  service  des  voyageurs  est  arrêté  sur  les  chemins 
de  fer  d'Anatolie. 

Devant  les  Turcs  renforcés,  les  Anglais  se  retirent 
sur  Kut-el-Amara,  à  i25  kilomètres  au  sud  de  Ctési- 
phon. 

Neuf  unités  autrichiennes  bombardent  Durazzo, 
coulent  plusieurs  voiliers  monténégrins  et  albanais  et 
un  navire  italien. 

On  dit  à  Petrograd  que  les  récentes  démissions  des 
ministres  autrichiens  ont  été  exigées  par  Guillaume  II, 
parce  qu'ils  ne  voulaient  pas  consentir  k  l'union  doua- 
nière que  l'Allemagne  veut  imposer  à  l'Autriche. 

Dans  un  consistoire  secret  au  Vatican,  le  pape  parle 
de  la  a  malheureuse  Arménie  »  et  fait  des  vœux  pour 
la  paix. 

L'Allemagne  demande  aux  Etats-Unis  de  préciser  les 
causes  du  renvoi  des  attachés  Boy  Ed  et  von  Papen. 

Des  agents  de  la  Sûreté  ont  découvert  à  New-York 
un  laboratoire  de  bombes  incendiaires  et  de  gaz  asphy- 
xiants. 

On  fait  circuler  en  Amérique  de  nouvelles  conditions 
allemandes  :  i°  contrôle  absolu  sur  les  Balkans  ; 
2°  Etats  tampons  (Pologne  et  Roumanie  agrandies)  entre 
l'Allemagne  et  la  Russie  ;  3°  rétablissement  de  l'an- 
cienne frontière  à  l'ouest. 

Bryan  publie  un  manifeste  demandant  à  Wilson  d'of- 
frir sans  retard  sa  médiation. 


Daily   Telegraph  :   «  ;Les  Anglais   savent,    et   tous 

?s  peuples  aussi,  que  seul  l'c 

tarisme  allemand  les  empêchera,  dans  l'avenir,  d'être 


les  autres  peuples  aussi,  que  seul  l'écrasement  du  mili- 


étranglés  par  les  plus  sales  mains  de  l'Europe.  Ils  ont 
actuellement  les  moyens  d'obtenir  cet  écrasement.  » 

Mardi   7    décembre.    —  Nouvelle    réunion    du 
Conseil  de  guerre  de  l'Entente. 

Bombardement  très  actif  en  Belgique  et  en  Artois. 
La  nouvelle  inondation  tendue  dans    la    région    de 


118  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

l'Yser  a  obligé  les  Allemands  d'abandonner  leurs  tra- 
vaux avancés. 

Les  Français  reprennent  une  partie  de  la  tranchée 
perdue  au  sud  de  Saint-Souplet. 

Le  6  et  le  7,  violentes  attaques  bulgares  sur  le  front 
anglo-français  entre  la  tête  du  pont  de  Demir-Kapou  et 
la  frontière  grecque.  Les  Anglais,  h.  l'aile  droite,  se 
replient  avec  des  pertes  assez  fortes  ;  les  Français  éva- 
cuent leurs  positions  dans  l'angle  formé  par  la  Tcherna 
et  le  Vardar. 

On  signale  des  Austro-Allemands  sur  le  front  franco- 
anglais. 

Les  Autrichiens  occupent  Ipek  après  plusieurs  jours 
de  combats. 

Nouvelles  déclarations  du  roi  de  Grèce  à  V Associated 
Press  :  «  Il  faut  aux  Alliés  4oo.ooo  hommes  au  mini- 
mum pour  accomplir  quoi  que  ce  soit  dans  les  Balkans... 
Ni  force,  ni  protestations  d'amitié  ne  feront  sortir  la 
Grèce  de  sa  neutralité...  La  Grèce  est  prête  à  protéger 
le  rembarquement  des  Alliés  s'ils  reconnaissent  que 
leur  tentative  dans  les  Balkans  a  pris  fin.  » 

On  annonce  que  la  chasse  aux  sous-marins  allemands 
en  Méditerranée  a  donné  de  bons  résultats. 

Les  relations  seraient  tendues  entre  l'Allemagne  et 
l'Autriche  à  propos  de  la  Pologne,  que  les  Allemands 
traitent  en  pays  conquis. 

Le  discours  du  pape  en  consistoire  secret  indispose 
l'opinion  en  Italie  à  cause  des  allusions  qu'il  a  faites  au 
peu  de  liberté  dont  jouirait  le  Saint-Siège. 

A  l'ouverture  du  Congrès  américain,  Wilson  lit  un 
message  où  le  danger  germano-américain  est  signalé 
avec  insistance  ;  11  parle  de  citoyens  américains  qu'on  a 
honte  de  reconnaître  comme  tels  et  dont  il  est  néces- 
saire, par  des  lois  nouvelles,  de  purger  les  Etats-Unis. 

On  dit  que  l'Allemagne  achète  aux  États-Unis  pour 
5oo  millions  de  cuivre,  coton,  laine,  lard  et  blé,  livra- 
bles soixante  jours  après  la  fin  de  la  guerre. 

Un  journal  socialiste  de  Leipzig  écrit  :  «  Il  n'y  a  pas 
en  Allemagne  un  seul  socialiste  qui  accepte  de  céder  à 
la  France  une  seule  pierre  de  l'Alsace-Lorraine.  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  119 

L'Angleterre  compte  2.026  établissements  fabriquant 
du  matériel  de  guerre. 

Mercredi  8  décembre.  —  Le  Gouvernement 
américain  adresse  une  note  énergique  à  l'Autriche  sur 
le  torpillage  de  VAncona,  demandant  le  désaveu  formel 
de  l'attentat,  la  punition  du  commandant  du  sous-marin, 
une  forte  indemnité  et  l'assurance  qu'un  pareil  crime 
ne  se  renouvellera  pas. 

Etudiant  la  situation  anglo-française  en  avant  de 
Salonique,  le  colonel  Rousset  pose  à  nouveau  le  di- 
lemme :  «  Rembarquement  ou  renforcement.  » 

La  retraite  de  l'armée  française  de  Serbie,  commen- 
cée il  y  a  dix  jours  et  exécutée  en  deux  fois,  a  pris  fin. 
Les  Français  ont  abandonné  Demir-Kapou,  Krivolak, 
Kafadar,  en  faisant  sauter  tous  les  ouvrages  d'art  sur 
la  ligne  d'LIskub. 

Les  Bulgares  occupent  Ochrida  et  Dibra.  Deux  régi- 
ments, l'un  bulgare,  l'autre  autrichien,  seraient  entrés 
k  Monastir. 

De  la  cavalerie  allemande  aurait  été  vue  près  de 
Strumitza. 

Les  Anglais  reprennent  l'offensive  en  avant  de  Kut- 
el-Amara. 

Dans  la  région  d'Hamadan,  les  Russes  ont  battu  les 
insurgés  persans  et  les  poursuivent. 

Max.  Harden  écrit  {Ziikunft)  :  a  La  tâche  de  vaincre 
devient  de  jour  en  jour  plus  difficile...  Le  Gouverne- 
ment doit  éclairer  le  peuple  sur  la  véritable  situation  et 
assurer  l'alimentation  du  pays.  » 

Daily  Mail  :  «  Combien  d'années  s'écouleront  avant 
qu'un  homme  respectable  consente  a  s'asseoir  à  la 
même  table  qu'un  Allemand  et  a  lui  serrer  la  main  ?  » 

Jeudi  9  décembre.  —  Un  nouveau  conseil  de 
guerre  de  l'Entente  se  tient  à  Paris  (Grey,  Kitchener, 
Briand,  Gallieni,  Joffre). 

Le  général  Joffre  a  proposé  et  le  Gouvernement  a 
accepté  le  choix  du  général  de  Castelnau  comme  colla- 
borateur immédiat  du  généralissime  sur  le  front  fran- 
çais. 


120  CHRONOLOGIE    DE    LA.    GUERRE 

Le  comte  de  Romanones,  libéral  et  ami  des  Alliés, 
devient  premier  ministre  en  Espagne. 

Les  Allemands  sont  définitivement  rejetés  de  la  crête 
de  Saint-Souplet  (détails  dans  La  Liberté  du  19).  Les 
Français  ont  fait'  sauter  un  dépôt  de  munitions  au  sud 
de  Saint-Souplet. 

Les  Alliés  se  retirent  sur  Salonique  ;  de  violentes 
attaques  bulgares  sur  les  lignes  anglaises  se  poursui- 
vent le  9  et  le  10. 

Les  Bulgares  ont  occupé  Struga,  la  dernière  ville  de 
la  Serbie  méridionale  qui  eût  échappé  à  l'invasion.  Entre 
Dibra  et  Struga,  ils  touchent  à  la  frontière  albanaise. 

Depuis  le  7,  l'artillerie  turque,  ravitaillée,  bombarde 
incessamment  les  premières  lignes  françaises  aux  Dar- 
danelles. 

On  dit  que  des  régiments  allemands,  avec  de  l'artil- 
lerie, sont  arrivés  à  Gonstantinople  pour  intimider  les 
ennemis  des  Jeunes-Turcs. 

Radoslavov  a  déclaré  que  la  Bulgarie  entendait  gar- 
der toutes  ses  conquêtes. 

A  la  Chambre  hongroise,  Stephan  de  Rakovsky 
dit  qu'on  a  versé   assez    de  sang,  qu'il  faut  faire    la 

Paix,  que  les  vivres  sont  accaparés.  Karoly  dit  que 
Autriche  et  l'Allemagne  ont  voulu  châtier  la  Serbie, 
que  c'est  chose  faite  et  que  la  paix  doit  être  conclue. 

Un  manifeste  portant  10.000  signatures  et  réclamant 
une  paix  séparée  a  été  remis  au  président  de  la  Chambre 
hongroise. 

Au  R  eichstag,  Bethmann-Hollweg  affirme  sa  con  fiance . 
L'Allemagne  n'est  pas  épuisée  du  tout  ;  elle  recevra  du 
coton  de  Turquie.  La  paix  sera  d'autant  plus  dure  pour 
l'Entente  qu'elle  attendra  davantage.  Les  ennemis  de 
l'Allemagne  ayant  l'illusion  qu'elle  veut  la  paix,  faire 
des  propositions  serait  encourager  cette  illusion.  Seuls 
les  socialistes  réclament  énergiquement  la  paix.  Schei- 
demann  déclare  que,  d'accord  avec  les  socialistes  au- 
trichiens, le  peuple  allemand  est  décidé  à  protéger 
la  patrie  contre  les  ennemis  de  l'intérieur  qui  veulent 
prolonger  la  guerre.   II  ajoute  que  le  parti  socialiste 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  121 

est  opposé  h  toute  annexion,  mais  refuse  de  restituer 
l'Alsace-Lorrain  e . 

Helffeiich  annonce  au  Reichstag  un  nouvel  emprunt 
de  12  milliards  dont  le  produit  ne  sera  pas  utilisé  avant 
le  printemps.  A  cette  époque,  l'Allemagne  aura  dépensé 
4o  milliards,  le  double  de  la  valeur  des  chemins  de  fer 
de  l'État. 

Une  violente  démonstration  en  faveur  de  la  paix  a  eu 
lieu  à  Berlin. 

Les  incendies,  attribués  aux  Allemands,  se  multi- 
plient aux  États-Unis.  L'un  d'eux  a  détruit  Hopewell, 
localité  voisine  des  fabriques  de  poudre  Dupont.  Un 
autre,  à  Érié,  a  consumé  5oo.ooo  boisseaux  de  froment 
destinés  aux  Alliés. 

Les  versements  d'or  à  la  Banque  de  France  atteignent 
1.282  millions. 

Vendredi  10  décembre.  —  A  la  suite  d'un  nou- 
veau conseil  de  guerre  de  l'Entente,  l'accord  s'est  établi 
au  sujet  de  l'action  concertée  des  puissances,  notam- 
ment dans  les  Balkans  (voir  Journal  de  Genève,  1 4  jan- 
vier 1916). 

Les  Allemands  ont  fermé  hermétiquement  la  fron- 
tière belge  et  font  courir  le  bruit  qu'ils  préparent  une 
grande  offensive. 

Les  autorités  grecques  auraient  découvert  un  complot 
turc  en  Macédoine. 

Des  soldats  bulgares  ont  violé  le  domicile  de  la  Croix- 
Rouge  américaine  à  Monastir,  confisquant  la  farine  qui 
s'y  trouvait  et  déchirant  le  drapeau. 

Trois  torpilleurs  russes,  dans  la  Mer  Noire,  à  l'est  du 
Bosphore,  ont  coulé  deux  canonnières  turques  et  un 
grand  voilier. 

Des  avions  autrichiens  bombardent  Ancône. 

«  Le  but  principal  de  l'expédition,  qui  était  de  donner 
un  appui  aux  Serbes,  est  manqué.  Reste  l'autre,  qui 
est  de  garder  la  base  de  Salonique.  »  (Rousset.) 

Samedi  11  décembre.  —  Une  division  anglaise, 
dans  sa  retraite  vers  Salonique,  a  perdu  i.5oo  hommes 
et  8  canons. 


122  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Anglais  ont  perdu  iiS.ooo  hommes  aux  Darda- 
nelles; 97.000  malades  ont  passé  par  les  hôpitaux. 

Le  change  allemand  à  Genève  est  tombé  à  100,  le 
change  autrichien  à  69. 

Les  établissements  de  pyrotechnie  du  Gouvernement 
belge  ont  été  détruits  à  Graville-Sainte-Honorine  par 
une  série  d'explosions  (plus  de  100  tués). 

Les  attachés  Boy  Ed  et  von  Papen  sont  rappelés  des 
États-Unis. 

Morning  Post  :  «  Nous  reconnaissons  tous  que  l'Alle- 
magne remporte  des  victoires,  mais  elle  ne  semble  pas 
se  trouver  mieux  de  ses  succès  que  nous  ne  nous  trou- 
vons mal  de  nos  échecs.  Notre  pays,  comme  la  France, 
la  Russie  et  l'Italie,  est  plus  déterminé  à  poursuivre  la 
guerre  jusqu'à  la  victoire  qu'il  ne  l'était  au  début  des 
hostilités.  » 

Yuan-Shi-Kaï,  pressé  par  le  Conseil  d'État,  a  accepté 
la  couronne  impériale  de  Chine,  mais  en  se  réservant 
de  la  ceindre  quand  les  circonstances  seront  favo- 
rables. 

Dimanche  12  décembre.  —  On  dit  qu'une  ren- 
contre sanglante  s'est  produite  à  Istip  entre  Turcs  et 
Bulgares. 

Les  socialistes  grecs  publient  un  manifeste  en  faveur 
de  l'Entente. 

Les  Turcs  attaquent  Kut-el-Amara  le  12  et  le  i3;  ils 
sont  repoussés. 

La  Gazette  de  Francfort  dit  que  Salonique  ne  restera 
pas  grecque,  mais  deviendra  bulgare,  autrichienne  ou 
allemande  si  les  armées  germano-bulgares  y  entrent. 
Le  journal  s'étonne  de  la  «  passivité  »  de  la  Grèce. 

D'après  une  statistique  sujette  à  caution,  la  campagne 
de  Serbie  a  coûté  aux  Allemands  117.000  hommes, 
dont  43.000  blessés  et  47-ooo  malades;  aux  Autrichiens, 
182.000  hommes,  dont  08.000  blessés,  5i. 000  malades; 
aux  Bulgares,  01.000  hommes,  dont  82.000  blessés, 
8.000  malades. 

Les  États-Unis  demandent  à  Vienne  le  rappel  du 
consul  général  d'Autriche-Hongrie  à  New-York. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  123 

Lundi  13  décembre.  —  Les  batteries  françaises 
ont  endommagé  à  Saint-lMihiel  l'unique  pont  allemand 
que  la  crue  de  la  Meuse  eût  épargné. 

Toutes  les  forces  franco-anglaises  se  replient  en  ter- 
ritoire grec,  après  s'être  soustraites  à  la  pression  de 
quatre  divisions  bulgares.  Les  travaux  de  aéfense  sont 
poussés  avec  ardeur  devant  Salonique. 

Les  Bulgares,  poursuivant  les  Serbes  en  Albanie, 
occupent  Kjuks  et  menacent  Elbassan.  Les  tribus 
albanaises  de  la  région  de  Scutari  se  soulèvent  k  l'ins- 
tigation des  Autrichiens  et  des  Bulgares. 

A  l'ouest  de  l'Egypte,  une  colonne  anglaise  a  mis  en 
fuite  1.200  Arabes  pourvus  d'artillerie. 

Un  dirigeable  vole  vers  Paris,  mais,  attaqué,  doit 
rebrousser  chemin. 

L'Allemagne  fait  savoir  aux  Etats-Unis  qu'elle  désa- 
voue les  procédés  du  capitaine  Franz  von  Reutelen, 
chef  de  l'espionnage  allemand  en  Amérique. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  2. 24&.000  hommes. 

Mardi  14  décembre.  —  Les  Bulgares,  après  avoir 
occupé  Ghevgheli  et  Dorian,  s'arrêtent  devant  la  fron- 
tière grecque. 

Devant  Elbassan,  les  Bulgares  sont  repoussés  par 
les  Serbes. 

On  dit  à  Athènes  que  les  troupes  allemandes  atten- 
dent des  renforts  avant  de  pénétrer  en  territoire  grec  et 
qu'il  n'y  a  plus  de  troupes  turques  en  Bulgarie. 

Le  Gouvernement  grec  a  ordonne  au  5*  corps  de 
quitter  Salonique. 

Les  Monténégrins  reculent  devant  les  Autrichiens  qui 
occupent  Rozaj. 

Le  Gouvernement  roumain  a  conclu  un  accord  avec 
les  Empires  du  Centre  pour  l'exportation  de  céréales. 

Des  scènes  violentes  se  produisent  à  la  Chambre  rou- 
maine à  propos  de  la  presse  soudoyée  par  l'Allemagne. 

Il  y  a  240.000  Anglais  en  Egypte  ;  de  grands  travaux 
de  défense  se  poursuivent  sur  le  Canal. 

Onze  avions  français  bombardent  Mûllheim. 

Le    directeur   de  la  Bibliothèque    universelle  (Lau- 


124  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

sanne),  poursuivi  pour  l'article  de  Stapfer,  est  condamné 
à  5oo  francs  d'amende.  En  Hollande,  les  juges  acquit- 
tent le  directeur  du  Telegraaf. 

Le  Gouvernement  anglais  décide  de  porter  les  effec- 
tifs de  3  à  4  millions  d'hommes. 

Une  pétition  signée  de  5oo.ooo  noms  presse  le  Gou- 
vernement hongrois  d'interdire  la  sortie  du  blé  et  des 
œufs  qu'accapare  l'Allemagne. 

«  Le  grand  port  macédonien  n'est  plus  le  point  de 
départ  d'une  expédition  de  secours  ;  il  devient  une  case 
sur  l'échiquier  de  la  guerre  européenne.  »  (Temps.^ 

Mercredi  15  décembre.  —  Le  maréchal  French 
est  nommé  vicomte  et  commandant  des  forces  anglaises 
en  Angleterre.  Il  est  remplacé  sur  le  front  par  le  géné- 
ral Douglas  Haig. 

Les  Français  enlèvent  un  petit  poste  au  sud-est  de 
Vaillj. 

On  annonce  avec  persistance  en  Hollande  que  de 
grands  transports  de  troupes  ont  lieu  vers  l'ouest  et  que 
les  Allemands  veulent  parvenir  coûte  que  coûte  h  Calais. 

Suivant  le  Carrière  délia  Sera,  les  Autrichiens  entre- 
tiennent 5oo.ooo  hommes  sur  le  front  italien. 

Le  commandant  de  la  i5'  division  grecque  a  remis 
au  général  SaiTail  une  protestation  (de  forme)  contre 
les  travaux  de  fortification  commencés  autour  de  Salo- 
nique. 

On  annonce  officiellement  que  des  forces  italiennes 
ont  débarqué  en  Albanie  ;  les  Italiens  n'ont  perdu  qu'un 
torpilleur  et  un  navire  affrétés,  coulés  par  des  mines. 

L'Italie  a  mis  le  château  de  Caserte  à  la  disposition 
du  roi  Pierre  de  Serbie. 

Les  Austro-Allemands  constituent  à  Routschouk  un 
centre  important  de  munitions. 

Les  Russes  ferment  la  frontière  de  Bessarabie. 

Il  y  a  21.000  prisonniers  de  guerre  allemands  en 
Angleterre. 

Pour  la  première  fois  dans  l'histoire,  l'encaisse  de  la 
Banque  de  France  dépasse  5  milliards. 

Le  mark  allemand  en  Suisse  perd  22,5,  la  couronne 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  125 

autrichieune,  3i,  le  franc  de  France,  12,  et  la  livre  ster- 
ling, 3. 

«  Nulle  part  plus  que  dans  la  ruée  actuelle  des  Austro- 
Allemands  vers  Salonique  ne  se  révèle  le  but  commer- 
cial et  économique  de  cette  guerre.  »  (Temps.^ 

Jeudi  16  décembre.  —  Un  déserteur  allemand  à 
Hetsas  a  été  trouvé  porteur  d'une  proclamation  (authen- 
tique ?)  du  prince  Albert  de  Wurtemberg,  annonçant 
l'arrivée  prochaine  de  l'Empereur  et  une  offensive  déci- 
sive sur  l'Yser. 

On  prétend  que  deux  banquiers  américains  ont  été 
fusillés  par  les  Autrichiens  à  Gorizia. 

L'État-major  bulgare  déclare  qu'il  cesse  momenta- 
nément de  publier  des  communiqués. 

La  Grèce  et  la  Bulgarie  se  seraient  mises  d'accord  pour 
l'établissement  d'une  zone  neutre. 

Les  Monténégrins  reculent  dans  le  Sandjak,  mais,  en 
Herzégovine,  rejettent  les  Autrichiens  au  delà  de  la 
Soutieska. 

Les  Russes  occupent  Hamadan  et  marchent  sur  Kum. 

Dans  la  nuit  du  16  au  17,  des  avions  français  bom- 
bardent la  gare  de  Metz-Sablons. 

Le  ministre  d'Allemagne  à  Athènes  aurait  fait  une 
démarche  comminatoire  auprès  de  Skouloudis. 

L'Autriche,  répondant  aux  États-Unis  sur  la  question 
de  YAncona,  se  plaint  de  la  raideur  de  la  note  améri- 
caine et  de  son  manque  de  précision.  La  presse  autri- 
chienne accentue  le  caractère  dédaigneux  de  la  réponse 
de  l'Autriche  ;  la  presse  allemande  envenime  encore  le 
débat  en  tournant  les  États-Unis  en  ridicule.  On  affirme 
que  le  texte  de  la  réponse  autrichienne  a  été  soumis  à 
l'Allemagne. 

Ribot  annonce  que  la  France,  en  191 6,  dépensera 
2  milliards  5oo  millions  par  mois. 

«  Les  réactions  d'un  front  sur  l'autre,  après  avoir  été 
a  peu  près  nulles  en  19 14  et  limitées  pendant  les  pre- 
miers mois  de  1916,  sont  devenues  plus  fréquentes  et 
vont   en   se   multipliant...   Sauf  appoint  d'Orientaux, 


126  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

l'armée  austro-allemande  doit  tomber  peu  à  peu  dans 
le  régime  des  expédients.  »  (colonel  Feyler.) 

Vendredi  11  décembre.  —  Le  correspondant  du 
Dailij  Telegraph  à  Rotterdam  met  en  garde  l'opinion 
contre  les  bruits  lancés  par  les  Allemands  relatifs  à 
leurs  prochaines  offensives  {Temps  du  19). 

Les  Italiens  dominent  le  cours  du  haut  Astico. 

Les  Alliés  fortifient  le  col  de  la  presqu'île  de  Chalci- 
dique.  Ils  ont  pris  livraison  des  voies  ferrées  grecques 
de  la  Macédoine. 

Six  mille  soldats  serbes  ont  rejoint  les  Alliés  à  Salo- 
nique. 

On  annonce  de  Vienne  que  la  Bosnie  a  été  évacuée 
par  les  Monténégrins  et  que  les  Autrichiens  ont  pris 
Bielopolje. 

Le  Gouvernement  américain  a  ordonné  à  son  ambas- 
sadeur de  Rome  d'affi'éter  tous  les  navires  disponibles 
pour  ramener  d'Albanie  en  Italie  les  femmes  et  les 
enfants  serbes  qui  meurent  de  faim. 

Le  roi  de  Roumanie,  recevant  le  serment  de  la  classe 
19 16,  a  évoqué  le  souvenir  de  Plevna. 

A  Bucarest,  on  parle  d'un  complot  de  la  police  hon- 
groise (?)  pour  organiser  un  attentat  à  la  dynamite 
contre  les  partisans  de  l'Entente. 

Le  croiseur  Bremen  et  un  torpilleur  qui  l'accompa- 
gnait ont  été  coulés  dans  la  Baltique  orientale. 

Un  torpilleur  français  coule  un  hydravion  allemand 
près  de  Dunkerque. 

Un  croiseur  français  bombarde  une  usine  allemande 
de  munitions  à  Caïffa. 

De  nombreux  dépôts  de  combustibles  pour  les  sous- 
marins  allemands  auraient  été  détruits  sur  les  côtes 
d'Argolide,  en  Crète  et  à  Cavalla. 

Le  général  Pau  doit  rester  attaché  à  l'Etat-major 
russe. 

L'Allemagne  de  l'Ouest  souffre  d'une  disette  de 
pommes  de  terre,  de  grands  envois  étant  arrivés  gelés. 

On  réquisitionne  en  Allemagne  tous  les  chevaux  lais- 
'sés  jusqu'alors  à  la  culture. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  127 

Le  New-York  Times  dit  que  les  banquiers  américains 
se  moquent  des  vantardises  de  Helffericii,  concernant 
la  solidité  financière  de  l'Allemagne  par  opposition  à  la 
situation  de  l'Entente. 

Les  Allemands  de  New- York  veulent  expédier  en 
Allemagne  i.ooo  livres  de  cuivre  en  200  colis  postaux, 
coûtant  12  francs  chacun. 

Plus  de  11.000  Espagnols,  dont  200  professeurs,  ont 
signé  un  manifeste  exprimant  leur  sympathie  à  l'Alle- 
magne. Toutefois,  il  y  a  un  revirement  dans  le  pays, 
même  parmi  les  Carlistes,  surtout  à  la  suite  de  la  conver- 
sion du  comte  de  Melgar  au  parti  de  l'Entente. 

Samedi  18  décembre.  —  Les  puissances  cen- 
trales, répondant  à  la  Grèce,  disent  que  leur  attitude 
future  dépendra  des  opérations  militaires  et  ne  font 
aucune  allusion  à  la  participation  des  Bulgares  et  des 
Turcs  dans  l'éventualité  d'une  campagne  en  territoire 
grec. 

Les  Anglais  ont  90.000  hommes  à  Salonique. 

Le  ravitaillement  des  Serbes  par  l'Albanie  a  com- 
mencé. 

Le  maréchal  von  der  Goltz  a  été  reçu  à  Alep  par  Djemal. 

Les  Russes  repoussent  une  attaque  violente  entre 
Téhéran  et  Hamadan. 

Un  sous-marin  autrichien  est  coulé  par  une  mine  à 
Cattaro. 

On  a  découvert  aux  États-Unis  un  nouveau  complot 
allemand  organisé  par  le  chef  de  la  police  de  la  ligne 
Hamburg-Amerika,  ayant  pour  but  la  destruction  du 
canal  de  Welland  qui  relie  les  lacs  Érié  et  Ontario. 

A  Londres,  le  3  0/0  allemand  est  à  5o,  le  4  "/o  autri- 
chien à  60,  le  3  °/o  hongrois  à  37. 

On  déclare,  à  l'Académie  de  Médecine,  que  la  morta- 
lité dans  les  hôpitaux  militaires  français  est  tombée  k 
18  °/oo  (367  pendant  la  guerre  de  Crimée,  85  pendant  la 
guerre  d'Italie).  La  mortalité  des  blessés  de  guerre  est 
de  23  °/oo,  après  avoir  été  beaucoup  plus  forte  au  début 
de  la  campagne. 

Dimanche  19  décembre.  —  Duel  d'artillerie  très 


128  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

intense  sur  le  front  nord-est  et  est  d'Ypres,  où  les  Alle- 
mands font  usage  de  gaz.  L'infanterie  allemande  a  été 
repoussée. 

D'après  le  Secolo,  160.000  Alliés  auraient  débarqué 
k  Salonique. 

Les  élections  grecques,  où  les  Vénizélistes  se  sont 
abstenus,  donnent  la  majorité  aux  Gounaristes.  A  Athè- 
nes, 7.Z120  électeurs  ont  voté,  au  lieu  de  120.000  aux 
élections  précédentes.  L'abstention  électorale  est  deve- 
nue la  leçon  du  roi. 

Les  Bulgares  semblent  marcher  sur  Durazzo  pour 
couper  la  retraite  aux  Serbes. 

Des  collisions  ont  eu  lieu  en  Epire  entre  postes  avan- 
cés grecs  et  bulgares. 

Un  sous-marin  autrichien  est  capturé  et  conduit  k 
Malte.  Un  avion  autrichien  bombarde  Scutari. 

Une  nouvelle  note  américaine  demande  l'entière 
adhésion  de  l'Autriche  à  la  note  précédente.  Le  Lokal- 
Anzeiger  avant  été  saisi  à  Berlin,  le  public  crjit  qu'il 
annonçait  îa  déclaration  de  guerre  des  États-Unis  et 
donne  des  signes  d'une  vive  anxiété. 

A  Cleveland,  le  D''  Rilter  est  condamné  a  un  an  de 
prison  pour  complicité  dans  des  complots  allemands 
aux  Etats-Unis. 

La  Commission  française  a  publié  un  cinquième  rap- 
port sur  les  atrocités  allemandes  :  ce  Partout,  autour  de 
l'Austro-AUemague,  la  haine  monte  comme  une  marée 
implacable  et  c'est  elle,  suprême  expression  de  la  cons- 
cience universelle,  qui  brisera  l'orgueil  allemand.  » 
{Temps  du  20.) 

Lundi  20  décembre.  —  Vifs  bombardements  et 
44  combats  aériens  sur  le  front  anglais  de  Belgique. 

Les  Français  évacuent  le  poste  qu'ils  avaient  enlevé 
le  i5  au  sud-est  de  Vailly. 

Trois  bataillons  italiens  occupent  Durazzo. 

Les  Alliés  occupent  et  fortifient  Topchin,  au  nord- 
est  de  Salonique. 

Les  Austro-Allemands  exécutent  d'importants  travaux 
a  Routschouk,  Varna  et  Bourgas. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  129 

On  dit  à  Sofia  que  les  Russes  ont  retiré  leurs  troupes 
(le  Reni  pour  attaquer  sur  la  frontière  de  Bukovine. 

Asquitn  annonce  aux  Communes  que  les  troupes 
anglaises  de  Suvla  se  sont  rembarquées  avec  des  pertes 
insignifiantes. 

Une  escadre  russe  bombarde  à  nouveau  Varna. 

Un  paquebot  de  la  Deutsche  Levant  Linie  est  coulé 
par  un  sous-marin  anglais  devant  Constantinople. 

Six  avions  allemands  bombardent  La  Panne,  man- 
quent y  tuer  le  roi  et  la  reine  des  Belges  et  font  plus 
de  cent  victimes. 

Des  avions  français  bombardent  la  gare  de  Mulhouse. 

Les  Turcs  ont  3  divisions  à  Constantinople,  6  à  An- 
drinople,  ii  dans  le  Caucase,  6  en  Syrie,  i5  aux  Dar- 
danelles, 3  à  Smyrne,  5  en  Syrie. 

De  Wet  et  iio  autres  insurgés  de  l'Afrique  du  Sud 
ont  été  remis  en  liberté. 

Une  communication  du  Foreîgn-Ofjice  réfute  les 
informations  de  la  presse  américaine  suivant  lesquelles 
les  négociants  anglais  profiteraient  des  restrictions  im- 
posées au  commerce  neutre  et  dont  pâtit  le  commerce 
américain. 

Lloyd  Georges  dit  aux  Communes  que  le  Royaume- 
Uni  possède  33  usines  à  obus.  La  fabrication  des 
mitrailleuses  a  quintuplé  depuis  le  mois  de  juin.  «  Li- 
miter la  production  serait  la  pire  des  économies  ;  ce 
qu'on  gagnerait  en  argent,  on  le  gaspillerait  en  vies 
humaines.  » 

Plus  de  I  million  d'ouvriers  travaillent  dans  les  usines 
anglaises  sous  le  contrôle  du  Gouvernement. 

Le  colonel  Shumsky  estime  impossible  que  les  Alle- 
mands dégarnissent  leur  front  oriental,  car  les  Russes 
en  profiteraient  immédiatement. 

Le  comte  Stûrgh  a  reçu  une  déléaation  de  Turcs  et 
de  Tartares  de  la  Russie,  auxquels  il  a  promis  l'appui 
des  Empires  centraux. 

Le  comte  Tisza  fait  un  discours  belliqueux  à  la 
Chambre  des  Magnats. 

Mardi  21  décembre.    —  Les  Allemands  tentent 

94.    CHRONOLOGIE   DE   LA   GUBRIIE  9 


130  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

un  vigoureux  elïbrt  entre  Ypres  et  Armentières,  mais 
sont  repoussés  avec  pertes. 

Progrès  français  sur  les  pentes  est  de  l'Hartmannswil- 
lerkopf  (i .3oo  prisonniers). 

On  reconnaît  que  les  élections  grecques  ont  eu  le 
caractère  d'un  duel  entre  le  roi  et  Venizelos,  qui  est 
resté  vainqueur.  Bien  que  des  circulaires  répandues  à 
flots  demandassent  aux  électeurs  de  choisir  entre  la  paix 
et  la  guerre,  les  deux  tiers  des  électeurs,  en  s'abstenant 
(même  k  Salonique),  ont  exprimé  leur  confiance  à 
Venizelos. 

Le  général  Russky,  malade,  est  relevé  du  comman- 
dement en  chef  des  armées  russes  du  nord. 

Vainqueurs  devant  Kum  (Perse),  les  Russes  occupent 
cette  ville  et  y  font  un  grand  butin. 

Un  paquebot  japonais  est  coulé  sans  avertissement 
en  Méditerranée. 

Asquith  dit  aux  Communes  que  l'Angleterre  a 
1.200.000  hommes  sur  ses  différents  fi^onts  et  demande 
que  les  effectifs  totaux  soient  portés  de  3  à  4  millions 
d'hommes. 

Alors  que  le  parti  irlandais  repousse  toute  conscrip- 
tion, le  travailliste  Stanton  dit  :  «  Si  les  gens  refusent 
de  s'engager,  il  faut  les  aller  chercher.  Quand  un  pays 
est  assez  bon  pour  qu'on  y  vive,  il  doit  l'être  assez  pour 
qu'on  le  défende.  » 

Le  Reichstag  a  voté  le  crédit  militaire  de  lo  mil- 
liards de  marks  ;  44  socialistes,  qui  ont  voté  contre, 
représentent  la  majorité  des  électeurs  socialistes  en 
Allemagne. 

Violents  débats  k  la  Chambre  hongroise,  oîi  l'opposi- 
tion (Andrassy)  décide  d'entrer  en  lutte  avec  le  Gouver- 
nement. 

Les  États-Unis  protestent  contre  la  saisie,  par  les 
Anglais,  de  colis  postaux  de  caoutchouc  soi-disant  des- 
tinés k  la  Suède. 

On  sait  k  Londres  que  de  2  millions  d'Arméniens 
vivant  en  Turquie,  la  moitié  a  été  massacrée. 


i 


CIIUONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  131 

Mercredi  22  décembre.  —  Guillaume  II,  atteint 
d'iiu  phlegmon  (?),  doit  garder  la  chambre. 

Emprunt  français  :  3.ooo.ooo  de  souscripteurs  ont 
apporté  i4  milliards  5oo  millions,  dont  ëo  °/o  en  numé- 
raire et  bons  à  court  terme. 

Une  contre-attaque  allemande  sur  le  sommet  de 
l'Hartmannsvvillerkopf  obtient  un  succès  sensible. 

Le  tsar  de  Bulgarie  est  reçu  avec  apparat  k  Monastir. 

Duel  d'artillerie  au  mont  Lovcen. 

Les  Russes  sont  vainqueurs  des  insurgés  persans  à 
Rabat-Kerim,  k  4o  kilomètres  de  Téhéran. 

Pendant  les  neuf  semaines  de  la  campagne  de  recru- 
tement conduite  par  Lord  Derby,  2  millions  5oo.ooo 
hommes  se  sont  présentés,  dont  i.54o.ooo  pendant  la 
dernière  semaine. 

L'explosion  d'une  poudrerie  à  Munster  fait  4oo  vic- 
times ;  celle  de  la  pouarerie  de  Haskeuï  (Constantinople) 
en  fait  i.ooo  et  dévaste  tout  un  quartier. 

Le  Gouvernement  américain  possède  la  preuve  que 
des  agents  allemands  aux  Etats-Unis  ont  comploté  de 
faire  sauter  le  canal  de  Panama. 

L'Allemagne  et  ses  alliés  occupent  43o.ooo  kilomètres 
carrés,  dont  290.000  en  Russie,  87.000  en  Serbie,  28.000 
en  Belgique,  22.000  en  France,  2.000  au  Monténégro. 

Tribune  (New-York)  :  «  L'Allemagne  est  dans  la 
position  du  cambrioleur  qui,  entré  dans  une  maison  et 
ayant  ramassé  son  butin,  n'en  peut  plus  sortir.  » 

Jeudi  23  décembre.  —  Les  Français  ont  repris 
leurs  premières  positions  sur  les  pentes  nord  de  l'Hart- 
mannswillerkopt  ;  au  sud  et  au  sud-est,  le  terrain  con- 
quis a  été  conservé  sur  un  front  de  2  kilomètres. 

Les  Monténégrins,  attaquant  vers  Lepenatz,  ont  rejeté 
les  Autrichiens  sur  Bielopolje,  leur  tuant  5oo  hommes. 

Un  nouveau  traité  pour  l'exportation  des  céréales  a 
été  signé  entre  la  Roumanie  et  les  Empires  du  Centre. 
On  annonce  qu'à  partir  du  mois  de  janvier,  le  bétail 
roumain  pourra  être  exporté  franc  de  droits. 

Sept  attachés  militaires  alliés  sont  arrivés  au  quartier 
général  russe. 


132  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Anglais  ont  évacué  Sollum,  à  l'ouest  de  l'Egypte. 

Un  sous-marin  autrichien  a  coulé,  près  de  Saint-Jean- 
de-Medua,  un  voilier  monténégrin  chargé  de  vivres. 

Deux  avions  autrichiens  bombardent  Scutari. 

Runciman  dit  aux  Communes  :  «  Au  point  de  vue 
du  commerce,  l'Allemagne  est  battue  :  ce  sera  à  nous 
de  faire  qu'elle  ne  puisse  pas  relever  la  tête  après  la 
guerre.  » 

La  Gazette  de  Cologne  dit  que  l'Allemagne  doit  se 
passer  de  superflu,  lait,  beurre,  rôti  de  porc  «  devenu 
une  rareté  ». 

Un  Indien,  S.  M.  Mitra,  écrit  à  la  Nation  de  New- 
York  (p.  3)  que  sur  les  3i5  millions  d'habitants  de 
l'Inde  anglaise,  les  races  aptes  à  la  guerre  en  comptent 
6i  millions,  parmi  lesquels  il  serait  facile  de  lever  une 
armée  supérieure  en  nombre  à  l'armée  anglaise.  Pour- 
quoi donc  l'Angleterre  et  ses  alliées  soncjeraient-elles 
à  attirer  en  Europe  des  contingents  japonais  ? 

Vendredi  24  décembre.  —  Une  nouvelle  attaque 
allemande  sur  l'Hartmannswillerkopf  est  repoussée. 

Les  Bulgares,  depuis  le  21,  sont  aux  prises  avec  les 
Serbes  près  d'Elbassan. 

On  affirme  (k  tort)  que  les  officiers  allemands  ont 
quitté  l'armée  bulgare  et  l'armée  turque,  où  leur  pré- 
sence était  devenue  une  source  de  conflits. 

La  Roumanie  appelle  la  classe  de  1918. 

Une  attaque  turque  sur  Kut-el-Amara,  le  28  et  le  24, 
est  repoussée,  bien  que  les  Turcs  aient  pénétré  d'abord 
dans  un  fortin. 

Le  paquebot  français  Ville-de-Ciotat  est  coulé  sans 
avertissement  en  Méditerranée  ;  nombreuses  victimes. 

Un  avion  autrichien  a  atterri  en  Roumanie  et  a  été 
saisi. 

Dans  la  nuit  de  Noël,  troubles  à  Gzeraowitz,  à  Vienne 
et  ailleurs,  motivés  par  la  cherté  des  vivres. 

La  Gazette  de  Francfort  dit  que  le  recensement  des 
céréales  fait  en  novembre  montre  que  les  réserves  sont 
inférieures  aux  prévisions.  Le  journal  recommande  à  la 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  133 

population  de  manger  le  moins  possible  «  afin  de  pou- 
voir tenir  ». 

Le  Journal  de  Genève  dit  que  l'Allemagne  a  été 
sauvée  jusqu'à  présent  par  ses  chimistes.  On  annonce 
qu'ils  ont  réalisé  maintenant  la  synthèse  du  caoutchouc, 
mais  on  ne  dit  pas  à  quel  prix,  ni  en  quelle  quantité  on 
peut  le  produire. 

Le  colonel  Feyler  (Journal  de  Genève)  trouve  absurde 
l'assertion  de  Bethmann-Hollweg  au  Parlement  alle- 
mand, que  les  pertes  françaises  auraient  été  supérieures 
aux  pertes  allemandes.  Il  observe  qu'à  raison  de  2.5oo 
hommes  par  kilomètre,  l'occupation  des  i.5oo  kilo- 
mètres du  front  allemand  absorbe  8.750.000  hommes, 
tandis  que  les  5oo  kilomètres  du  front  français  n'en 
exigent  que  1.260.000. 

La  Zukunft  a  été  suspendue  à  cause  d'articles  de 
Harden  dont  la  presse  anglaise  s'est  procuré  le  texte 
(Temps  du  10  janvier  191 6).  En  voici  des  extraits  : 

Alors  que  le  Gouvernement  et  sa  presse  s'emploient  acti- 
vement à  convaincre  la  nation  allemande  que  la  victoire  est 
d'ores  et  déjà  virtuellement  acquise,  la  vérité  est  qu'aucune 
victoire  décisive  n'a  été  remportée,  et  que  l'Allemagne  a 
encore  une  terrible  lutte  à  livrer  pour  son  existence  même. 

Il  serait  plus  sage,  vis-à-vis  d'une  nation  intelligente  et 
patriote  comme  la  nôtre,  de  lui  faire  connaître  la  vérité,  que 
de  la  leurrer  d'illusions  et  d'attirer  ainsi  sur  elle  les  désastres 
qui  ne  peuvent  manquer  de  résulter  de  l'inévitable  effondre- 
ment de  la  confiance  publique  qui  se  produira  quand  les 
éléments  véritables  de  la  situation  seront  connus... 

Bismarck  aurait  évité  les  fautes  commises  par  les  gouver- 
nants actuels  de  l'Allemagne.  Tout  d'abord,  il  aurait  reculé 
toute  déclaration  de  guerre  jusqu'au  moment  ovi  il  aurait  été 
tout  à  fait  certain  de  ne  pas  se  trouver  en  face  d'une  coalition 
ennemie  écrasante,  tandis  que  l'Allemagne  s'est  jetée  dans 
ce  conflit  avec  la  conviction  erronée  que  l'Angleterre  reste- 
rait neutre. 

C'était  là  un  début  suffisamment  déplorable,  mais  il  restait 
alors  des  moyens  de  réparer  le  mal  ;  il  était  encore  temps  de 
rallier  l'opinion  publique  en  proclamant  une  politique  hardi- 
ment progressiste. 

La  promesse  d'un  gouvernement  réellement  parlementaire 
aurait  fait  comprendre  au  peuple  allemand  qu'il  combattait 

CHRONOLOGIE    DE   LA    GUERRE  * 


134  CHRO>'OLOGIE    DE    LA    GUERRE 

pour  lui-même,  et  non  pas  pour  une  clique  de  généraux  et 
de  fonctionna  ires . 

Celle  du  suffrage  universel  pour  les  élections  à  la  Diète  de 
Prusse  aurait  donné  de  l'autorité  aux  socialistes  loyalistes; 
elle  aurait  justifié  leur  politique  aux  yeux  de  la  masse... 

Un  engagement  formel  et  précis  de  répartir  de  telle  façon 
les  nouveaux  impôts  que  les  classes  pauvres  n'en  soient  pas 
écrasées  aurait  aussi  beaucoup  étouffé  les  protestations 
contre  la  guerre  qu'on  entend  maintenant  de  tous  côtés  en 
Allemagne. 

Samedi  25  décembre.  —  Les  Autrichiens  ont 
passé  la  Tara,  rivière  qui  formait,  avant  1918,  la  fron- 
tière entre  le  Monténégro  et  le  Sandjak, 

La  Roumanie  vend  aux  Empires  du  Centre  5oo.ooo 
tonnes  de  blé.  La  situation  économique  et  financière  du 
pays  est  mauvaise  ;  il  doit  vendre  le  plus  qu'il  peut  là 
où  il  trouve  des  clients. 

Le  Tsar  est  parti  pour  le  front. 

Le  Shah  a  choisi  un  nouveau  ministère,  favorable 
aux  Alliés. 

A  l'ouest  de  l'Egypte,  3. 000  Arabes  ont  été  repoussés, 
laissant  200  morts. 

Un  échange  de  notes  au  sujet  de  l'Epire  a  eu  lieu 
entre  la  Grèce  et  l'Italie. 

Des  troubles,  causés  par  la  disette,  sont  signalés  à 
Munster  et  à  Cologne. 

Dimanche  26  décembre.  —  Les  Monténégrins, 
poursuivant  leur  offensive,  reprennent  plusieurs  vil- 
lages. 

Le  général  Castelnau,  revenu  d'une  tournée  d'inspec- 
tion à  Salonique,  est  reçu  à  Athènes  par  le  Roi, 

Les  Russes  occupent  Assad  El  Abad  à  l'ouest  d'Ha- 
madan. 

Sur  le  lac  Tanganyika,  les  Anglais  s'emparent  du 
navire  allemand  Kingani,  dont  tous  les  officiers  ont  été 
tués. 

On  publie  à  Milan  une  proclamation  apocryphe  de 
Guillaume  II  a  à  mon  héroïque  peuple  serbe  ». 

Lundi  21  décembre.  —  Une  proclamation  du  roi 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  135 

d'Angleterre  annonce  que  les  troupes  de  l'Inde  quittent 
la  France  pour  une  autre  destination. 

Après  plusieurs  jours  de  combats,  les  Bulgares 
occupent  Elbassan. 

64.000  soldats  serbes  (sur  80.000)  ont  été  ramenés 
en  Albanie  par  le  général  Stepanovitch. 

Les  Russes  repoussent  une  forte  attaque  allemande 
au  sud  du  lac  Babit  (front  de  Riga). 

Après  avoir  occupé  Kachen,  les  Russes  marchent  sur 
Ispahan. 

On  affirme  à  Rome  que  Guillaume  II  doit  subir  une 
opération  à  la  gorge. 

Les  Débats  réclament  le  blocus  des  ports  Scandinaves 
qui  ravitaillent  l'Allemagne. 

On  assure  que  les  gaz  allemands  ont  détruit  les  rats 
dans  les  tranchées  anglaises  près  d'Ypres. 

Le  Yunnan  se  révolte  contre  Yuan-Chi-Kaï,  peut-être 
à  l'instigation  d'agents  allemands  qui  veulent  créer  des 
embarras  au  Japon. 

Mardi  28  décembre.  — Les  Français  prennent  des 
tranchées  à  l'Hartmannswillerkopf,  entre  les  deux  som- 
mets du  Rehfelsen  et  du  Hirzstein. 

Les  forts  et  les  navires  de  guerre  de  Cattaro  ont  tiré 
plus  de  i.ooo  obus  sur  le  front  du  mont  Lovcen. 

L'opinion  publique  en  Grèce  se  prononce  de  plus  en 
plus  pour  les  Alliés. 

Commencement  d'une  grande  offensive  russe  en  Bes- 
sarabie. 

Les  Français  ont  occupé  (le  27)  l'îlot  de  Castellorizo 
entre  Rhodes  et  Adalia;  le  Gouvernement  grec  pro- 
teste. 

Un  cuirassé  français  bombarde  les  batteries  turques 
de  la  côte  d'Asie  ;  les  troupes  françaises  commencent  à 
évacuer  la  presqu'île. 

Un  vapeur  grec  a  été  coulé  dans  la  mer  du  Nord. 

Une  «  ligue  humanitaire  allemande  »,  organe  de 
socialistes  en  exil,  publie  un  manifeste  de  Noël  décla- 
rant que  la  guerre  n'a  pas  été  entreprise  pour  défendre 
l'Allemagne,  mais  pour  satisfaire  les  appétits  de  cons- 


136  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

pirateurs  prussiens,  et  que  l'Allemagne,  autrefois 
honorée  dans  le  monde  entier,  est  devenue  l'objet  du 
mépris  de  la  civilisation.  Il  conclut  en  demandant  la 
déposition  de  Guillaume  II  et  l'exécution  de  ses  com- 
plices (authentique  ?) 

La  valeur  du  mark  est  tombée  en  Suisse  au-dessous 
de  celle  du  franc. 

Une  ordonnance  prussienne  autorise  les  camions 
automobiles  à  circuler  désormais  sans  pneus. 

855  professeurs  autrichiens  demandent  une  union 
économique  étroite  entre  l'Allemagne  et  l' Autriche- 
Hongrie. 

Bourtsev,  revenu  de  Sibérie,  préconise  à  Petrograd 
la  guerre  à  outrance  :  «  Vaincre  l'Allemagne,  c'est  faire 
triompher  les  principes  de  la  démocratie  russe.  »  {Temps 
du  29.) 

Le  cabinet  de  Londres  a  décidé  d'exiger  le  service 
militaire  des  célibataires. 

10.000  délégués  des  provinces  de  l'Inde,  réunis  k 
Bombay  en  conférence  nationale,  font  profession  de 
loyalisme. 

Mercredi  29  décembre.  —  Depuis  le  début  des 
opérations  sur  l'Hartmannswillerkopf,  les  Français  ont 
fait  1.668  prisonniers  valides. 

Par  suite  de  l'activité  des  sous-marins  autrichiens,  le 
ravitaillement  du  Monténégro  est  très  difficile. 

Une  division  autrichienne  étant  sortie  de  Cattaro 
pour  bombarder  Durazzo  a  rencontré  des  escadrilles 
alliées  et  a  dû  fuir,  ayant  perdu  deux  torpilleurs.  Le 
sous-marin  français  Monge  a  été  coulé. 

Des  avions  anglais  bombardent  la  gare  de  Comines. 

L'Allemagne  avance  4oo  millions  à  la  Turquie. 

Jeudi  30  décembre.  —  Les  Allemands  ont  fait 
éclater  cinq  mines  au  nord  de  Loos,  causant  des  pertes 
aux  Anglais. 

Vers  Armentières,  vive  canonnade  ;  les  gros  mortiers 
anglais  endommagent  les  lignes  allemandes. 

Des  avions  ayant  lancé  des  bombes  sur  Salonique  et 
fait  ainsi  acte  de  guerre,  les  Alliés  arrêtent  les  consuls 


ï 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  137 

d'Allemagne,  d'Autriche,  de  Bulgarie  et  de  Turquie, 
qui  sont  embarqués  pour  Toulon. 

On  affirme  que  des  mouvements  anti-bulgares  ont 
éclaté  dans  plusieurs  garnisons  grecques. 

Un  torpilleur  a  amené  le  roi  Pierre  de  Valona  à  Salo- 
nique. 

Les  Autrichiens  ont  repris  Raskova-Gora  (front  du 
Lovcen)  et  s'y  fortifient. 

Une  violente  bataille  est  engagée  dans  la  Galicic 
orientale.  Les  Autrichiens  reculent. 

Les  Anglais,  en  Mésopotamie,  sont  fortement  canon- 
nés  par  les  Turcs. 

Le  paquebot  Persia,  de  la  ligne  péninsulaire,  allant 
de  Londres  à  Bombay,  est  torpillé  au  sud  de  la  Crète  et 
coule  en  cinq  minutes.  Il  y  a  333  victimes,  dont  le 
consul  des  il,tats-Unis  à  Aden.  Le  sous-marin  n'a  pas 
montré  son  pavillon. 

Au  cours  du  bombardement  de  Durazzo  par  l'escadre 
autrichienne,  un  vapeur  contenant  5oo  tonnes  de  vivres 
pour  le  Monténégro  a  coulé. 

Un  avion  français  a  bombardé  Monastir. 

A  Genève,  le  mark  est  à  99,70  ;  la  couronne  à  07,20  ; 
le  Paris  à  89,85  ;  le  Londres  k  24,90. 

Le  Journal  de  Genève,  montrant  l'absurdité  des  pré- 
tendues conditions  de  paix  allemandes  publiées  à 
Zurich,  conclut  :  «  L'Entente  n'a  pas  voulu  la  guerre  ; 
elle  l'a  subie.  Elle  en  vient  seulement  à  se  sentir  prête 
à  la  soutenir  tant  qu'il  le  faudra.  » 

Le  sénateur  Elihu  Root  dit  au  congrès  panaméi'icaiu 
de  San-Francisco  :  «  A  la  fin  des  hostilités,  des  mesures 
devront  être  prises  par  toutes  les  nations  civilisées  poui- 
que  le  monde  soit  désormais  régi  par  un  code  interna- 
tional défini.  Toute  nation  qui  ne  souscrirait  pas  à  cela 
serait  mise  hors  la  loi.  » 

L'Autriche  répond  aux  Etats-Unis  que  VAncona  a 
essayé  de  fuir,  que  la  mort  des  personnes  qui  se  noyè- 
rent doit  surtout  être  attribuée  à  la  conduite  fâcheuse 
de  l'équipage;  pourtant,  le  commandant  du  sous-marin 
a  été  blâmé  pour  n'avoir  pas  pris  suffisamment  eu  consi- 


138  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

(lération  la  panique  qui  régnait  à  bord  du  navire.  L'Au- 
triche consent  à  indemniser  les  citoyens  américains. 
Le  maréchal  French  prend  le  titre  de  vicomte  d'Ypres. 

Vendredi  31  décembre.  —  Une  attaque  alle- 
mande sur  le  Hirzstein  a  été  repoussée. 

Un  grand  dépôt  allemand  d'obus  saute  en  Alsace. 

Les  ministres  de  l'Allemagne  et  de  ses  alliés  protes- 
tent à  Athènes  contre  l'arrestation  des  consuls  à  Salo- 
nique.  Skouloudis  répond  que  le  Gouvernement  grec 
proteste  de  son  côté.  On  assure,  d'autre  part,  que  le 
Gouvernement  grec  a  protesté  contre  le  bombardement 
de  Saloniquc  par  des  avions. 

Des  troupes  anglaises  ont  débarqué  à  Orfano  (est  de 
la  Chalcidique). 

On  dit  que  les  Italiens,  débarqués  en  Albanie,  ont 
opéré  leur  jonction  avec  les  Serbes. 

Le  grand-duc  Boris,  oncle  du  tsai",  arrive  à  Buca- 
rest. 

Un  violent  combat  d'artillerie  a  lieu  devant  Dvinsk, 

Les  Russes  passent  sur  la  rive  gauche  du  Styr  et 
prennent  Khriasi.  Dans  la  région  d'Oussetchko,  l'en- 
nemi est  refoulé  sur  la  rive  droite  du  Dniester.  Entre  le 
Dniester  et  la  frontière  roumaine,  les  Russes  ont  atteint 
et  détruit  les  fils  barbelés. 

Sur  la  frontière  libyque,  les  Anglais  ont  pris  un  camp 
arabe  abandonné  et  y  ont  fait  un  grand  butin. 

On  dit  que  les  Russes  ont  pris,  à  Kum,  1.600.000 
cartouches  et  3. 000  obus. 

Le  croiseur  cuirassé  anglais  Natal  coule,  par  suite 
d'une  explosion  intérieure,  dans  un  port  anglais. 

Pendant  le  mois  de  décembre,  les  Allemands  ont 
coulé  20  vapeurs  anglais  (/jS.ooo  tonnes). 

Guillaume  II,  toujours  souffrant  de  la  fièvre  (d'autres 
disent  d'un  empoisonnement  du  sang),  adresse  une  pro- 
clamation aux  armées  allemandes,  rappelant  les  victoires 
remportées,  mais  aussi  la  menace  de  famine  et  les 
haines  qui  pèsent  sur  l'Allemagne.  Il  écrit  àl'évêque  de 
Munster  :  «  Puissent  les  ferventes  prières  du  peuple 
allemand,  implorant  l'aide  divine  pour  triompher  des 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  139 

dures  tribulations  qui  nous  éprouvent,  être  entendues 
au  cours  de  l'année  nouvelle  !  » 

Dans  la  nuit,  à  Berlin  et  ailleurs,  manifestations 
bruyantes  pour  la  paix. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  2.536.ooo  hommes, 
dont  600.000  tués  et  356. 000  manquants. 

E.  Lavisse  écrit  dans  la  Revue  ae  Par/.s  (i'^'' janvier)  : 
«  Beaucoup  d'Européens  pensaient  que  les  Etats-Unis 
étaient  de  taille  a  prendre  dans  le  monde  le  rôle  d'une 
qrande  puissance  morale.  Cette  illusion  s'est  évanouie... 
i^e  Souverain  Pontife  a  parlé  plusieurs  fois  d'un  toji 
dolent  et  obscur...  Il  est  temps  de  nous  réduire  au 
nécessaire  pour  conformer  notre  conduite  à  l'état  des 
choses.  C'est  d'ailleurs  notre  devoir  de  faire  des  écono- 
mies pour  payer  notre  dette  aux  œuvres  de  solidarité  et, 
si  cela  est  encore  nécessaire,  pour  prêter  notre  argent 
à  la  France.  » 


NANCÏ,    IMPRIMEHIE    BEnOER-LEVRAULT 


Chronologie 

de   la   Guerre 

(1^^  JANViER=30  JUIN  1916) 


1 


114.   CHRONOLOGIE   DE  LA    GUERRE 


R  a  été  tiré  de  ce  volume  cinquante-cinq  exem- 
plaires numérotés  à  la  presse,  dont  : 
5  sur  papier  du  Japon  (N°^  i  à  5); 
5o  sur  papier  de  Hollande  (N°^  6  à  55). 


Copyright  by  Berger-Lcvraull  1916 


PAGES  D'HISTOIRE  -  1914-1916 

o«  SÉaiE  a,  4 

S.  R. 

MEMBRE  DE  PLUSIEURS  SOCIÉTÉS  SAVANTES 


CHRONOLOGIE 

E  LA  GUERRE 

QUATRIÈME    VOLUME 

(I"  JANVIER-30  JUIN   1916) 


Successu  crescat  honestum 
(Luc AIN,  LX,  571.) 


BRAIRIE    MILITAIRE    BERGER-LEVRAULT 

PARIS  I  NANCY 

5-7,    RUE    DES   BEAUX-ARTS  j  RUE     DES    GLACIS,     l8 

1916 


Chronologie 

de   la  Guerre 

a*'  JANVIER  =  30  JUIN  1916) 


JANVIER 


Samedi  1"  janvier  1916.  —  Dix  obus  k  longue 
portée  sur  Nancy  font  peu  de  dégâts. 

Le  roi  Pierre  de  Serbie  est  arrivé  à  Salonique. 

Les  Monténégrins  résistent  aux  Autrichiens  vers  Be- 
rana. 

Des  avions  autrichiens  jettent  des  bombes  sur  Du- 
razzo. 

Les  Anglais  ont  occupe  Jaunde  (Cameroun),  d'oii  les 
fonctionnaires  allemancfs  se  sont  enfuis. 

Le  ministre  de  la  guerre  Polivanov  a  déclaré  au  cor- 
respondant du  Times  :  «  Je  prévois  pour  l'année  nou- 
velle une  grande  amélioration  de  la  situation  militaire; 
ce  sera  le  résultat  direct  de  la  coopération  plus  intime 
assurée  entre  la  Grande-Bretagne  et  nous.  » 

Gernesson  écTii  (L'Emancipation,  ianv.  1916,  p.  8)  : 
«  Quand  la  guerre  sera  finie,  nous  aurons  notre  Congrès 
de  Vienne  à  tenir  et  à  en  faire  sortir  non  pas  seulement 
un  avenir  diplomatique  précaire,  mais  un  avenir  de 
paix  éternelle  pour  nos  fils,  plus  heureux  que  nous.  » 


b  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

F.-W.  Foerster,  professeur  à  Munich,  déclare,  dans 
une  brochure  publiée  à  Zurich,  que  le  «  bismarckisme  > 
est  responsable  de  la  catastrophe  actuelle  (Voir  Journal 
de  Genève,  8  mai). 

Dimanche  2  janvier.  —  Encore  deux  obus  sur 
Nancy. 

Violent  bombardement  à  rHartmannswillerkopf  ; 
nous  reculons  sur  la  rive  ouest  du  ravin  au  sud  du 
Rehfelsen. 

Combats  acharnés  à  Toporava,  à  la  frontière  de  Bes- 
sarabie ;  les  Russes  progressent  au  nord-est  de  Czer- 
novitz. 

De  nombreux  espions  sont  arrêtés  à  Salonique  par 
les  Alliés. 

La  presse  gounariste  publie  des  articles  violents 
contre  les  Alliés.  Parlant  à  un  journaliste  anglais,  le 
roi  de  Grèce  a  avoué  qu'il  existait  une  entente  entre  la 
Grèce  et  la  Bulgarie,  mais  a  repoussé  l'accusation  de 
nourrir,  à  l'égard  des  Alliés,  des  sentiments  hostiles. 
Si  les  Bulgares  marchent  sur  Salonique,  l'armée  grecque 
restera  t  spectatrice  désintéressée  ». 

Les  Turcs  canonnent  Kut. 

Le  Temps  (du  3)  insiste  sur  la  nécessité  de  mettre 
fin  au  banditisme  naval  en  détruisant  les  repaires  des 
corsaires,  en  ruinant  leurs  possibilités  de  ravitaille- 
ment et  leur  organisation  de  renseignements. 

On  croit  à  Athènes  que  l'explosion  de  la  poudrerie 
de  Haskeui  est  due  k  un  avion  français. 

Le  Tsar,  passant  en  revue  les  chevaliers  de  Saint- 
Georges,  afnrme  qu'il  ne  conclura  pas  la  paix  avant 
d'avoir  chassé  le  dernier  ennemi  du  sol  russe  et  seule- 
ment en  plein  accord  avec  les  Alliés,  auxquels  la  Russie 
est  liée  non  par  des  chiffons  de  papier,  mais  par  une 
amitié  vraie  et  le  sang. 

Les  mineurs  du  pays  de  Galles  repoussent  toute  me- 
sure de  conscription  et  réclament  un  plébiscite  à  ce  sujet. 

La  Société  américaine  de  Droit  international  a  décidé 
que  le  français  serait  désormais  la  langue  officielle  de 
son  administration. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  7 

Lundi  3  janvier.  —  L'offensive  russe  se  précise  en 
Bessarabie  et  sur  le  Dniester,  au  nord-est  de  Zalesz- 
czyki. 

Le  Gouvernement  grec  proteste  contre  les  arresta- 
tions opérées  à  Salonique  ;  il  désavoue,  dans  une  note, 
les  violences  d'une  pai'tie  de  la  presse  grecque  contre 
l'Entente. 

Le  ministre  des  Finances  bulgare  dit  que  l'armée  a 
reçu  l'ordre  de  se  fortifier  sur  la  frontière  gréco-serbe. 
Un  autre  ministre  parle  de  questions  en  litige  entre  la 
Bulgarie  et  la  Roumanie. 

Le  président  Wilson  est  reparti  pour  Washington, 
interrompant  son  voyage  de  noces.  Les  États-Unis 
demandent  à  Vienne  quelle  était  la  nationalité  du  sous- 
marin  qui  a  torpillé  le  Persia. 

Des  avions  autrichiens,  volant  vers  Vérone,  sont  mis 
en  fuite  par  l'artillerie. 

On  affirme  que  Guillaume  II  souffre  d'un  empoison- 
nement du  sang;  le  chancelier  seul  l'a  vu  le  i"  jan- 
vier. 

Le  total  avoué  des  pertes  prussiennes  s'élève  à 
2.3 16.000  hommes.  Hilaire  Belloc  démontre  (Land 
and  Water,  3o  déc.  igiô)  que  les  Allemands  n'avouent 
qu'en  partie  les  manquants,  les  malades  et  les  blessés. 

Mardi  4  janvier.  —  Huit  gros  obus  sur  Nancy. 

Progrès  des  Russes  au  nord-est  de  Czernovitz  (i.o5o 
prisonniers). 

Du  4  au  6,  bombardement  intense  du  mont  Lovcen 
par  les  Autrichiens. 

Le  Paîris  qualifie  la  nouvelle  Chambre  grecque  de 
f  jRe/c/is/fl^  hellénique  ». 

Les  Austro-Allemands  voudraient  faire  croire  que  le 
sous-marin  qui  a  coulé  le  Persia  était  bulgare  ou  turc; 
les  Etats-Unis  ne  sont  pas  dupes. 

A  Genève,  le  mark  est  tombé  à  95,5o. 

On  publie  le  rapport  de  Lord  Derby  sur  les  enrôle- 
ments. Il  reste  Goo.ooo  célibataires  non  enrôlés;  le 
National  Register  indique  5.oi  i  .ooo  hommes  entre  dix- 
huit  et  quarante  ans,  dont  2.180.000  non  mariés. 


8  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Journal  de  Genève  :  «  L'entreprise  allemande  déchaînée 
eu  août  1914  n'a  pas  triomphé;  elle  n'est  pas  brisée.  La 
décision  reste  à  obtenir  et  igi6  recèle  dans  ses  flancs  le  plus 
formidable  secret  qui,  depuis  des  siècles,  ait  pesé  sur  notre 
planète.  » 

Mercredi  5  janvier.  —  Dans  la  nuit  du  4  au  5, 
les  Allemands,  après  un  bombardement  violent,  ont 
attaqué  nos  tranchées  entre  la  cote  198  et  la  butte  de 
Tahure  ;  ils  ont  été  repoussés.  Les  canons  français,  en 
Champagne,  ont  détruit  tout  un  matériel  d'attaque  par 
les  gaz. 

Progrès  italiens  à  San  Giovanni,  dans  la  zone  de  Riva. 

Les  Russes  occupent  le  cimetière  de  Tsartorisk.  Une 
bataille  violente  se  livre  sur  le  front  Tarnopol — Trem- 
bovla  (3.5oo  canons,  800.000  hommes).  Bien  que  les 
blessés  autrichiens  se  comptent  par  dizaines  de  mille, 
les  barrages  de  fils  de  fer  opposent  de  grandes  diffi- 
cultés au  progrès  des  Russes. 

Le  comte  Salis  Leewis,  commandant  militaire  de 
Vienne,  est  nommé  gouverneur  général  de  la  Serbie. 

16.000  Autrichiens,  prisonniers  des  Serbes,  ont  été 
internés  à  l'île  d'Asinara. 

Les  Monténégrins  continuent  a  repousser  les  Autri- 
chiens. 

On  affirme  que  les  documents  découverts  par  les 
Alliés  à  Salonique  démontrent  l'existence  d'un  vaste 
complot  ;  les  Alliés  devaient  être  pris  à  revers  par  de.s 
bandes  organisées. 

Journal  dé  Genève  :  «  Grâce  à  son  roi,  l'HelIade  se 
débat  à  travers  une  perversion  complète  des  lois  natio- 
nales et  internationales.  » 

On  dit  à  Washington  que  le  Gouvernement  améri- 
cain exigera  le  châtiment  du  commandant  du  sous- 
marin  qui  coula  le  Persia  et  tua  un  fonctionnaire  amé- 
ricain. 

Gazette  de  la  Croix  :  «  Il  faut  espérer  que  les  Etats- 
Unis  ne  feront  pas  de  démarches  diplomatiques  avant 
que  tout  soit  élucidé,  car  la  patience  de  l'Allemagne  a 
aussi  des  limites.  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  y 

Un  Livre  Blanc  publié  ce  jour  contient  un  mémo- 
randum de  l'Allemagne  réclamant  la  mise  en  accusation 
pour  assassinat  de  l'équipage  du  croiseur  auxiliaire 
anglais  Baralong,  qui  coula,  sur  les  côtes  d'Irlande,  un 
sous-marin  allemand.  Sir  Ed.  Grey  répond  ironique- 
ment, en  proposant  de  soumettre  l'affaire  du  Baralong 
et  les  crimes  des  Allemands  sur  terre  et  sur  mer  à  une 
commission  d'enquête  formée  d'officiers  de  marine 
américains. 

Des  avions  alliés  ont  bombardé  Guevgeli  et  détruit 
les  hangars  du  camp  d'aviation  allemand. 

Le  grand-duc  Michaïlovitch  est  parti  pour  le  Jajjon 
avec  un  colonel  d'état-major  et  le  directeur  de  la  section 
d'Extrême-Orient  au  ministère  russe  des  Affaires  étran- 
gères. 

Asquith  présente  à  la  Chambre  des  Communes  un 
projet  de  loi  sur  le  recrutement,  valable  pour  l'Angle- 
terre et  l'Ecosse  seulement.  Les  célibataires  ou  veufs 
sans  enfants,  de  dix-huit  à  quarante  et  un  ans,  qui 
n'ont  pas  de  motifs  graves  d'exemption,  seront  appelés 
sous  les  drapeaux.  Cette  loi  donnerait  à  l'Angleterre 
3.400.000  soldats  de  plus  (?). 

Le  Pester  Lloijd,  de  Budapest,  ayant  annoncé  que 
les  papiers  du  prince  Alexandre  de  Serbie  contenaient 
la  preuve  de  la  complicité  de  ce  prince  avec  le  Gouver- 
nement serbe  dans  l'assassinat  de  l'archiduc  Ferdinand, 
le  prêtre  Locali,  chef  transylvain,  déclare,  dans  un 
manifeste  électoral,  que  des  documents  vont  être 
publiés,  établissant  que  le  comte  Tisza  et  de  hauts 
fonctionnaires  austro-hongrois  sont  les  auteurs  véri- 
tables du  crime  {Temps  du  6). 

Jeudi  6  janvier.  —  Les  Russes  ont  progressé  de 
2  kilomètres  à  l'ouest  de  Tsartorisk. 

Dans  la  région  de  Riga  et  au  nord-est  de  Czernovitz, 
Allemands  et  Autrichiens  dirigent  des  jets  de  gaz  asphy- 
xiants contre  les  Russes. 

Le  roi  Nicolas  de  Monténégro  a  dit  k  un  envoyé  du 
Journal  que  la  situation  est  devenue  intenable;  il  lutte 


10  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

contre  un  ennemi  dix  fois  supérieur  avec  des  troupes 
affamées. 

Au  consulat  allemand  de  Salonique,  on  a  trouvé  i8o 
fusils,  2.000  drapeaux  turcs,  des  cartouches  de  dyna- 
mite et  des  mèches  pour  détonateurs. 

Un  sous-marin  anglais  coule  dans  les  eaux  de  l'île 
Texel  ;  l'équipage  est  sauf. 

Un  vapeur  italien,  avec  4^5  recrues  monténégrines 
d'Amérique,  touche  une  mine  devant  Saint-Jean-de- 
Medua  et  coule  ;  il  y  a  200  victimes. 

Le  projet  de  loi  anglais  sur  le  recrutement  a  été 
adopté  en  première  lecture  par  ^o3  voix  contre  io5. 

Le  mark  est  tombé  à  Zurich  à  91,60,  la  couronne  à 
69.  La  livre  sterling,  à  Amsterdam,  vaut  26,33  marks  au 
lieu  de  19,50. 

L'Allemagne  réquisitionne  partout  le  cuivre  et  le 
caoutchouc,  dont  la  fabrication  chimique  n'a  pas  donné 
les  résultats  espérés.  La  fabrication  des  explosifs  est,  par 
contre,  assurée  au  moyen  des  usines  d'ammoniaque. 

A  partir  de  ce  jour,  le  lait  est  rationné  en  Autriche- 
Hongrie. 

La  Bohême  vit  sous  le  régime  de  la  terreur;  plus  de 
100.000  Tchèques  seraient  en  prison. 

Le  Pape  appelle  à  Rome  le  cardinal  Mercier  et  les 
évéques  de  Namur  et  de  Tournai. 

On  compte  que  les  forces  austro-allemandes  sur  le 
front  russe  s'élèvent  à  120  divisions  d'infanterie  et  23 
de  cavalerie. 

Suivant  la  Gazette  de  Zurich,  depuis  le  début  de  la 
guerre,  les  Allemands  auraient  perdu  3.700.000  hommes, 
les  Autrichiens  3. 100.000,  les  Turcs  et  Bulgares  600.000. 

11  y  aurait  goo.ooo  morts  allemands,  84o.ooo  autri- 
chiens, i5o.ooo  bulgares  et  turcs. 

Une  grosse  insurrection,  conséquence  d'une  grève, 
éclate  parmi  les  mineurs  autrichiens  de  Youngstow^n 
(Ohio). 

Vendredi  7  janvier.  —  Les  Allemands  ont  réussi 
à  reprendre  Tsartorisk,  mais  en  ont  été  chassés  de  nou- 
veau, ne  gardant  que  le  cimetière. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  11 

Sur  le  cours  moyen  de  la  Strypa,  les  Russes  avancent 
(i.ooo  prisonniers).  Les  Autrichiens  contre-attaquent 
en  force  au  nord-est  de  Gzernovitz. 

A  l'aide  de  la  flotte  sortie  de  Cattaro,  les  Autrichiens 
ont  pris  pied  sur  le  sommet  du  mont  Lovcen. 

Les  Turcs  dirigent  une  forte  attaque  contre  les  lignes 
anglaises  à  Hellès.  Dans  la  nuit,  l'évacuation  se  pour- 
suit. 

Le  Daily  Mail  publie  le  rapport  de  sir  Jan  Hamilton 
sur  l'attaque  manquée  de  Suvla. 

En  Mésopotamie,  les  Anglais  battent  trois  divisions 
turques  (2  canons,  700  prisonniers). 

BernstorfF  informe  le  Gouvernement  américain  qu'au- 
cun navire  de  commerce  ne  sera  torpillé  sans  avertisse- 
sement  dans  la  Méditerranée  et  que,  dans  la  zone  des 
Iles  Britanniques,  les  paquebots  ne  seront  coulés  que  si 
l'état  de  la  mer  permet  aux  passagers  de  se  servir  avec 
sécurité  des  canots  de  sauvetage.  II  ajoute  que  l'Alle- 
magne est  prête  à  indemniser  les  victimes  du  Lusitania. 

Le  prince  Ghika,  ministre  de  Roumanie  à  Rome,  a 
de  fréquents  entretiens  avec  Sonnino.  On  croit  à  Rome 
que  la  Roumanie  interviendra  au  moment  où  l'on  s'y 
attendra  le  moins. 

Vu  les  obus  de  38o  tombés  récemment  sur  Nancy, 
les  œuvres  d'art  du  musée  de  cette  ville  ont  été  trans- 
férées à  Troyes. 

Samedi  8  janvier.  —  Au  nord  de  l'Aisne,  notre 
artillerie  détruit  les  moulins  de  Chatillon,  à  l'est  de 
Fontenoy,  organisés  défensivement  par  l'ennemi. 

Nouvelle  attaque  allemande  sur  l'Hartmannswiller- 
kopf;  progrès  allemand  au  Hirzstein,  dans  le  secteur 
perdu  le  21  décembre. 

Repington  (Times)  estime  que  les  Allemands  n'ont 
pas  plus  d'un  million  de  baïonnettes  sur  le  front  ouest. 

Un  signale  l'apparition,  sur  le  front  russe,  d'un  grand 
nombre  d'autobus  allemands  blindés. 

Au  dire  d'un  témoin,  a  Salonique  est  devenue  une 
sorte  de  Sébastopol  retourné  du  côté  de  la  terre  » 
(Temps  du  9). 


12  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Bulgares,  renforcés,  ont  repris  l'offensive  contre 
Elbassan. 

L'attaque  autrichienne  contre  le  Monténégro  se  déve- 
loppe sur  trois  fronts. 

Les  communications  entre  Sofia  et  Belgrade  sont 
rétablies. 

Le  consul  d'Allemagne  à  Mitylène  et  son  drogman 
ont  été  arrêtés  par  les  Alliés. 

Les  consuls  arrêtés  à  Salonique  sont  arrivés  à  Toulon 
sur  le  paquebot  où  ils  étaient  internés. 

Dans  la  nuit,  évacuation  totale  de  la  presqu'île  de 
Gallipoli. 

Victoire  russe  k  Assadabad,  entre  Hamadan  et  Kir- 
manshah. 

Le  général  commandant  les  troupes  russes  a  été  reçu 
par  le  Shah  à  Téhéran. 

Le  Goeben  reparaît  dans  la  Mer  Noire  et  poursuit  des 
torpilleurs  russes  ;  l'escadre  russe  le  met  en  fuite  en  lui 
infligeant  des  avaries. 

L'Espagne  interdit  la  vente  de  ses  navires  marchands. 

Radoslavof  a  dit  à  Sofia  :  «  Monastir  restera  à  jamais 
bulgare.  Il  n'y  aura  plus  de  nation  serbe  et  nos  fron- 
tières seront  désormais  communes  avec  l'Autriche- 
Hongrie.  La  question  de  la  présence  des  Franco-Anglais 
à  Salonique  sera  résolue  en  quelques  jours  k  notre 
entière  satisfaction.  »  Ghenadief  s'est  associé  à  ces 
déclarations. 

La  Gazette  de  Francfort  prétend  que  la  Chine  (tra- 
vaillée par  des  émissaires  allemands)  va  instituer  le 
service  obligatoire. 

On  assure  à  Tokio  que  l'Allemagne  aurait  proposé 
une  paix  séparée  au  Japon  et  à  la  Russie,  qui  ont 
refusé.  Suivant  la  Gazette  de  Voss,  le  grand-duc 
Mikhaïlovitch  serait  porteur  d'une  lettre  du  Tsar  à 
l'empereur  du  Japon,  sollicitant  la  coopération  navale 
et  militaire  du  Japon  en  Europe. 

La  Prusse  et  la  Saxe  interdisent  toute  réunion  pu- 
blique au  sujet  de  la  cherté  des  vivres. 

Un  incendie  a  détruit  deux  bâtiments  des  usines 
Krupp  à  Essen. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  13 

La  milice  de  l'Ohio  a  dû  intervenir  à  Youngstown  ;  il 
y  a  des  tués,  des  blessés  et  plusieurs  millions  de  dégâts. 

Dimanche  9  janvier.  —  Les  Français  ont  évacué 
le  sommet  du  Hirzstein,  les  Allemands  s'étant  emparés 
d'un  col  au  nord  de  ce  sommet. 

Les  contre-attaques  dirigées  par  Mackensen  vers 
Sadagora  (front  de  Czernovilz)  échouent  comme  les 
précédentes.  Les  Russes  consolident  leur  avance. 

On  assure  que  les  Anglais  ont  évacué  la  presqu'île 
de  Gallipoli  presque  sans  perles. 

La  Deutsche  Tageszeitung  déclare  que  les  Allemands 
n'attaqueront  pas  Salonique. 

On  annonce  que  82.000  Italiens  ont  été  débarqués  à 
Valona. 

La  colonne  du  général  Aylmer  a  pris  d'assaut  la  posi- 
tion turque  de  Chaïkh-Sad  ;  mais  les  10.000  Anglo- 
Indiens  de  Kut  sont  toujours  cernés  et  en  péril. 

Le  cuirassé  ancjlais  King  Edward  VII  di  touché  une 
mine  et  a  coulé  ;  il  n'y  a  pas  de  victimes. 

Rousset,  sur  l'évacuation  de  Gallipoli  :  «  Ainsi  prend 
fin  une  aventure  mal  engagée,  compromise  presque  aus- 
sitôt qu'engagée,  et  qui,  par  suite  d'erreurs  irréparables, 
aurait  pu  fort  mal  tourner.  Félicitons-nous  donc  qu'elle 
se  soit  terminée  aussi  heureusement.  »  {Liberté  du  12.) 

«  Les  nouvelles  que  l'on  reçoit  d'Allemagne  sont  des 
bruits,  et  ces  bruits  sont  des  craquements,  d  {Journal 
de  Genève.) 

On  écrit  au  Temps  (9  janvier)  :  «  Au  sujet  du  mystère  de 
Sarajevo  (car  c'est  bien  un  mystère),  il  convient  de  rappeler 
qu'à  la  fin  de  juin  igiS  un  journal  viennois  a  écrit  :  «  La 
Suisse  doit  savoir  que  le  meurtre  de  Sarajevo  a  été  machiné 
par  l'Entente  et  exécuté  par  la  Serbie,  son  alliée,  à  laquelle 
les  assassins  à  gages  ont  servi  d'instruments.  »  (Texte  inté- 
gral dans  le  Journal  de  Genève  du  3o  juin). 

L'évidente  ineptie  de  cette  assertion  ne  doit  pas  la  faire 
négliger,  car  ce  n'est  pas  seulement  le  voleur  qui  crie  :  «  Au 
voleur  I  »  ;  cette  tactique  élémentaire  convient  aussi  à  de 
pires  scélérats.  Un  des  premiers  jurisconsultes  de  l'Angle- 
terre, correspondant  de  l'Institut  de  France,  sir  Fred  Pol- 
lock,  écrivait  en  décembre  1914  :  "  Bien  des  gens  en  Russie 


14  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

et  ailleurs  pensent  qu'au  sujet  de  l'attentat  de  Sarajevo  on 
était  aussi  renseigné  à  Vienne  qu'à  Belgrade.  »  S.  Reinach. 
Pertes  anglaises  à  ce  jour  :  520.000  hommes,  dont 
128.000  tués. 

Lundi  10  janvier.  —  A  la  suite  d'un  violent  bom- 
bardement commencé  le  9,  trois  divisions  allemandes 
ont  attaqué  à  quatre  reprises  le  front  de  Champagne 
(La  Courtine — Mont  Têtu)  et  ont  été  arrêtées  par  notre 
tir.  L'ennemi  n'a  pris  pied  que  dans  deux  tranchées 
avancées.  La  lutte  a  continué  le  1 1  en  notre  faveur. 

Les  Allemands,  sur  le  front  russe,  se  servent  de  nou- 
veaux appareils,  répandant  en  abondance  les  gaz  asphy- 
xiants. 

On  fait  remarquer  à  Petrograd  que  l'offensive  russe 
en  Bukovine  n'est  pas  exécutée  avec  tous  les  moyens 
que  le  recrutement  fournit  à  la  Russie. 

Les  Monténégrins  ont  évacué  le  mont  Lovcen,  bom- 
bardé par  terre  et  par  mer.  Les  batteries  autrichiennes 
bombardent  les  avancées  de  Cettigné. 

On  dit  à  Bucarest  que,  depuis  une  semaine,  les 
Autrichiens  ont  perdu  100.000  hommes  (?). 

So.ooo  Italiens  et  autant  d'Albanais  construisent  des 
ponts  et  ouvrent  des  routes  en  Albanie. 

Canonnade  sur  tout  le  front  de  Doiran. 

Le  Gouvernement  grec  a  protesté  contre  l'arrestation 
du  consul  allemand  à  Mitylène. 

Le  colonel  Teodorovich  a  déclaré  à  un  journaliste 
italien  à  Salonique  que  les  dix  divisions  de  l'armée 
serbe,  composées  de  troupes  du  premier  et  du  deuxième 
ban,  ont  été  sauvées  par  le  troisième  ban.  Cette  seconde 
armée,  composée  d'hommes  de  quaranle-cinq  à  cin- 
quante-cinq ans,  s'est  sacrifiée  pour  couvrir  la  retraite 
des  divisions  plus  jeunes.  Elle  a  perdu  5. 000  hommes; 
les  autres  furent  capturés.  Cette  armée  a  soutenu  tous 
les  combats  pendant  deux  mois,  faisant  perdre  au  moins 
100.000  hommes  à  ses  adversaires. 

On  assure  que  les  Turcs  envoient  de  gros  renforts  à 
Bagdad  et  en  Perse  ;  l'expédition  de  Mésopotamie  aurait 
été  substituée  à  celle  d'Lgypte,  reconnue  prématurée. 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  15 

On  dit  k  Rome  que  le  sous-marin  qui  coula  YAncona 
étant  allemand,  l'Autriche  aurait  menti  en  disant  qu'elle 
a  blâmé  le  commandant  de  ce  navire. 

Le  Gouvernement  italien  a  réquisitionné  la  villa 
d'Esté  et  l'a  transformée  en  hôpital  militaire. 

Le  Congrès  hellénique  de  Paris  a  décidé  :  i°  qu'il  est 
urgent  de  faire  respecter  les  libertés  constitutionnelles 
de  la  Grèce  ;  2°  qu'il  est  de  l'intérêt  des  Grecs  de  se 
mettre  du  côté  de  l'Entente. 

La  fabrique  de  poudres  Dupont  à  Carneyspoint  a  fait 
explosion  (malveillance). 

Mardi  11  janvier.  —  Maîtresse  du  mont  Lovcen, 
l'armée  autrichienne  avance  au  delà  du  Lim  vers  la 
Tara. 

Le  débarquement  des  Serbes  à  Corfou  a  commencé, 
préparé  par  un  détachement  français.  Les  Alliés  ont 
avisé  la  Grèce  qu'il  ne  s'agit  nullement  pour  eux  d'oc- 
cuper Corfou. 

A  Athènes,  les  journaux  payés  par  l'Allemagne  accu- 
sent Venizelos  de  conspirer  contre  la  monarchie  avec 
l'appui  de  l'Angleterre  et  de  viser  à  la  présidence  de  la 
République  grecque. 

La  population  de  la  Turquie  est  dans  la  misère,  les 
Allemands  ayant  acheté  tout  ce  qu'ils  trouvaient  dans 
le  pays.  On  dit  que  Talaat  bey,  qui  s'oppose  à  la  ger- 
manisation complète  de  la  Turquie,  est  soutenu  par  le 
Sultan  contre  Enver. 

L'escadre  russe  a  lancé  5o  obus  sur  Varna,  Les  tor- 
pilleurs russes  ont  détruit  dans  la  Mer  Noire  un  sous- 
marin  ennemi  et  deux  voiliers  chargés  de  houille. 

Des  avions-canons  français  ont  descendu  deux  avions 
allemands  d'un  nouveau  type  défensif  (Fokker). 

Un  dépôt  de  munitions  a  fait  explosion  à  Lille,  cau- 
sant de  grands  dommages  à  la  ville.  Les  Allemands 
parlent,  à  ce  propos,  d'un  «  attentant  anglais  ». 

Feyier  {Journal  de  Genève)  :  «  Le  nombre  paraît  grandir 
Ide  ceux  qui  se  demandent  si  l'heure  ne  sonnera  pas  bientôt 
où  le  peuple  libéral  réclamera  la  fm  du  rêve  pangermaniste. 


16  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Une  partie  du  peuple  allemand  est  en  train  de  retrouver  le 
sens  critique.  » 

Mercredi  12  janvier.  —  l'ne  attaque  allemande 
avec  gaz  suffocants,  dans  la  région  de  Forges  (entre 
Argonne  et  Meuse),  s'est  retournée,  par  l'effet  d'une 
saute  de  vent,  contre  les  empoisonneurs. 

Les  Autrichiens  ont  évacué  des  tranchées  au  nord-est 
de  Czernovitz.  Les  Russes  ont  gagné,  en  tout,  de  26  à 
3o  kilomètres  en  Bukovine,  de  12  à  10  en  Galicie.  De 
grands  convois  de  prisonniers  allemands  arrivent  à 
Kiev. 

Une  nouvelle  offensive  turque,  soutenue  par  une  nom- 
breuse cavalerie  kurde,  se  poursuit  dans  le  Caucase. 

Quatre  avions  anglais,  partis  du  front,  ne  sont  pas 
rentrés. 

Bombes  d'avions  autrichiens  sur  Rimini  ;  peu  de 
dégâts. 

Discussion  au  Rcichstag  sur  la  question  des  vivres. 
Le  sous-secrétaire  d'État  Michaelis  déclare  qu'au  lieu 
de  17  millions  de  tonnes  de  céréales,  comme  en  temps 
ordinaire,  l'Allemagne  n'en  a  que  9.  «  Sans  les  réserves 
de  l'avant-dernière  récolte,  nous  nous  trouverions  en 
face  de  difficultés  presque  insurmontables.  Le  consom- 
mateur doit  faire  son  devoir  et  manger  parfois  ce  qu'il 
n'aime  pas.  Il  ne  doit  voir  qu'une  chose  :  que  l'Alle- 
magne puisse  tenir  jusqu'au  bout.  » 

Le  groupe  socialiste  du  Reichstag  a  expulsé  Lieb- 
knecht.  En  revanche,  les  comités  socialistes  des  cir- 
conscriptions II  et  VI  de  Berlin  ont  approuvé  leurs  dé- 
putés d'avoir  voté  contre  les  crédits  militaires. 

De  graves  désordres  ont  eu  lieu  à  Berlin. 

Par  43 1  voix  contre  89,  la  Chambre  des  Communes  a 
adopté,  en  seconde  lecture,  la  loi  sur  l'enrôlement  obli- 
gatoire des  célibataires. 

Jusqu'au  3i  décembre,  la  police  autrichienne  a  pro- 
noncé 10.000  condamnations  contre  des  spéculateurs 
sur  denrées  alimentaires. 

Le  prince  et  la  princesse  Danilo  de  Monténégro  sont 
arrivés  à  Rome. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  17 

Le  grand-duc  Mikhaïlovitch  a  été  reçu  par  l'empe- 
reur du  Japon  à  Tokio. 

De  i5  shillings  par  tonne,  le  fret  de  La  Plata  a 
monté  à  i5o. 

Un  correspondant  du  Daily  Mail,  ayant  fait  une 
enquêté  dans  les  pays  Scandinaves,  conclut  :  «  Nous 
nourrissons  les  Allemands  et  nous  (les  Anglais)  les 
avons  toujours  nourris  depuis  le  début  de  la  guerre.  » 
Il  donne,  à  l'appui,  des  chiffres  sur  les  importations 
énormes  du  Danemark. 

Jeudi  13  janvier.  —  Les  Russes  attaquent  de  nou- 
veau sur  le  front  de  Bessarabie. 

On  assure  que  le  roi  de  Monténégro  a  ouvert  des 
négociations  pour  la  paix. 

Les  Alliés  font  sauter  les  ponts  du  chemin  de  fer  à 
Demir-Hissar  (Struma)  et  k  Kilindir. 

Dans  le  Caucase,  les  Russes  prennent  4oo  Turcs, 
6  canons,  8  mitrailleuses. 

Le  général  Aylmer  repousse  les  Turcs  le  1 3  et  le  i4; 
les  Anglais  sont  à  25  milles  de  Kut. 

Des  troupes  turques  sont  arrivées  à  Kirmanshah. 

On  découvre  k  Constantinople  un  complot  contre 
Enver  et  les  Allemands.  La  population  est  exaspérée 
par  la  misère. 

Des  soldats  serbes  commencent  à  débarquer  k  Bi- 
zerte. 

Le  sous-marin  Foucault  a  coulé,  près  de  Cattaro,  un 
croiseur  autrichien. 

Dubost  dit  au  Sénat  :  «  Silence  k  ceux  qui,  trompés 
par  la  stagnation  apparente  des  fronts  de  combat,  ne 
comprendraient  pas  la  croissance  continue  de  nos  forces 
et  la  décroissance  continue  des  forces  adverses  !  » 

E.  Deschanel,  parlant  k  la  Chambre,  insiste  sur  les 
services  rendus  par  les  commissions  et  défend  le  régime 
parlementaire  incriminé. 

A  la  Diète  prussienne,  lisant  le  discours  du  trône, 
Bethmann-Hollweg  affirme  que  l'Allemagne  tient  la 
victoire  et  accuse  d'aveuglement  les  ennemis  de  l'Alle- 
magne qui  ne  veulent  pas  le  reconnaître.  Non  seule- 

114-    CHRONOLOGIE  DE  LA   OUERIUi  2 


18  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

ment,  k  l'en  croire,  les  Alliés  auraient  déchaîné  la 
guerre,  mais  ils  seraient  cause  que  les  peuples  conti- 
nuent à  s'entre-déchirer. 

Richet  dit  à  l'Université  de  Christiania  :  «  Je  suis 
pacifiste  ;  la  France  est  pacifique;  c'est  justement  pour 
avoir  la  paix  durable  que  nous  lutterons  jusqu'au 
bout.  » 

Pour  la  première  fois  depuis  sa  maladie,  Guillaume  II 
a  reçu  un  diplomate,  le  nouveau  ministre  de  Perse. 

A  partir  du  i"  février,  la  ration  de  pain  k  Berlin  sera 
réduite  de  l'^ggôo  k  l'^sgoo  par  semaine;  les  rations 
complémentaires  seront  réduites  de  5oo  à  35o  grammes. 

L'espion  belge  qui  dénonça  Miss  Gavell  a  été  trouvé 
assassiné  k  Schaerbeek. 

Un  incendie,  attribué  aux  Allemands,  détruit  un 
dépôt  d'équipements  militaires  au  Portugal (lo  millions 
de  dégâts). 

«  Un  réseau  de  fils  de  fer  contre  le  commerce  allemand, 
un  pacte  de  paix  entre  les  Alliés  aussi  efficace  c^ue  le  pacte 
de  guerre,  voilà  les  nécessités  de  demain.  »  (fiaily  Mail.) 

Vendredi  i4  janvier.  —  Attaque  très  vive  des 
Autrichiens  au  nord-ouest  de  Gorizia,  d'abord  heureuse, 
puis  repoussée  avec  pertes. 

Froid  terrible  dans  la  région  Riga-Dvinsk. 

Les  Autrichiens  sont  entrés  sans  résistance  à  Cettigné 
et  ont  occupé  Spizza  (Dalmatie),  en  face  d'Antivari. 

L'Autriche  a  protesté  auprès  des  États-Unis  contre 
l'occupation  de  Gorfou. 

Le  général  Moschopoulos,  dans  un  ordre  du  jour  aux 
troupes  grecques,  dit  que  la  Grèce  est  entourée  de  ses 
ennemis  héréditaires  et  fait  une  claire  allusion  k  la 
possibilité  d'une  action  avec  l'Entente,  ((  quand  le  mo- 
ment sera  venu  ». 

L'Autriche  affirme  k  Washington  qu'aucun  sous- 
marin  n'a  torpillé  le  Persia  et  que  la  catastrophe  doit 
être  due  à  une  mine  ou  k  une  explosion  interne. 

Le  cardinal  Mercier  a  été  reçu  avec  enthousiasme  à 
Rome. 


I 

i 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  19 

Deux  colonels  suisses,  accusés  de  complaisances 
graves  au  profit  de  l'Allemagne,  ont  été  mis  aux  arrêts. 

Le  Journal  de  Genève  se  demande  pourquoi  l'Italie 
n'a  pas  secondé  la  résistance  du  Monténégro  et  conclut 
qu'il  doit  y  avoir  k  cela  des  motifs  que  nous  ignorons. 

Le  colonel  Feyler  démontre  que  les  statistiques  des 
pertes  allemandes  sont  mensongères,  impliquant  une 
proportion  de  1,74  blessés  pour  i  mort,  alors  que  les 
statistiques  de  l'Entente  donnent  4,3  à  4,8.  Il  fait  voir 
aussi  que  les  Allemands  ont  perdu  267.000  hommes  au 
mois  de  septembre  en  Champagne  et  en  Artois,  alors 
qu'ils  ont  prétendu  n'avoir  engagé  qu'une  division  en 
Champagne. 

Croyant  avoir  apaisé  les  Etats-Unis  par  des  conces- 
sions, l'Allemagne  les  sollicite  d'agir  auprès  de  l'Angle- 
terre pour  faire  relâcher  le  blocus, 

«  La  fin  de  cette  guerre  sera  une  affaire  de  négociations 
entre  des  antagonistes  à  peu  près  immobilisés  et  extrême- 
ment délabrés.  »  (Wells,  Temps  du  i5.) 

La  Croix-Rouge  de  Genève  donne  un  tableau  des 

Eertes   subies  jusqu'à   ce  jour  :  Angleterre,    470.000 
ommes  ;  Allemagne,  4-3oo.ooo  ;  Autriche,  4-385. 000; 
Turquie,  345. 000.  Ces  chiffres  sont  sujets  à  caution. 

Samedi  15  janvier.  —  Les  journaux  viennois  pré- 
tendent que  la  «  bataille  du  Nouvel  An  »,  commencée 
le  24  décembre  sur  les  fronts  de  Galicie  et  de  Bessa- 
rabie, s'est  terminée  ce  jour  par  la  défaite  des  Russes, 
qui  auraient  perdu  70.000  hommes,  dont  6.000  prison- 
niers. 

Un  train  direct  circule  entre  Vienne  et  Varsovie. 

L'Autriche  aurait  offert  la  paix  au  Monténégro 
moyennant  la  cession  du  mont  Lovcen  et  la  reddition 
des  20.000  Serbes  qui  ont  coopéré  k  la  défense  du  Mon- 
ténégro. Le  roi  Nicolas  aurait  refusé. 

Le  Gouvernement  serbe  s'est  transféré  d'Albanie  à 
Brindisi. 

Le  premier  train  Berlin — Constantinople  par  Belgrade 
et  Soiîa  est  parti  ce  jour. 

La  révocation  du  préfet  de  police  d'Athènes  et   la 


20  CHRONOLOGIE  DeJlA  GUERRE 

démission  du  ministre  de  la  Marine,  accusés  de  sympa- 
thies pour  Venizelos,  donnent  à  penser  que  le  Roi  prépare 
Quelque  opération  destinée  à  supprimer  ce  qui  reste 
e  libertés  à  la  Grèce. 

La  Patrîs  écrit  :  «  Il  n'existe  et  ne  peut  exister  en 
Grèce  qu'une  politique  :  celle  de  la  volonté  nationale, 
et  elle  sera  suivie.  » 

Dans  le  Caucase,  les  Russes  ont  pris  un  dépôt  d'ar- 
tillerie turque  au  nord-ouest  du  Khorassan,  avec  i  mil- 
lion de  cartouches  et  des  milliers  d'obus. 

Les  Anglais  prennent  la  vallée  de  Wadi  (Mésopota- 
mie) ;  les  Turcs  se  retirent  vers  Essian. 

Guillaume  II,  remis  de  son  indisposition,  a  déjeuné 
chez  Bethmann-Hollweg  ;  il  est  allé  visiter  l'hôpital 
militaire  au  Jardin  zoologique. 

Au  Reichstag,  l'affciire  du  Baralong  (Voir  le  Temps 
du  1 8  janvier)  donne  lieu  à  des  manifestations  de  haine 
contre  l'Angleterre  ;  Liebknecht  seul  refuse  de  s'y  asso- 
cier. 

Une  marée  atteignant  6"  zD  a  causé  de  grands  dégâts 
à  Hambourg  ;  des  magasins  de  denrées  ont  été  détruits. 

Un  grand  incendie  a  ravagé  Bergen  samedi  et  di- 
manche (5o  millions  de  dégâts). 

Parmi  les  papiers  saisis  sur  Von  Papen,  attaché  mili- 
taire allemand,  k  Falmouth,  on  a  trouvé  la  preuve  que 
ce  diplomate  payait  des  gens  accusés  d'avoir  provoqué 
des  explosions  de  munitions  et  des  ruptures  de  ponts 
aux  États-Unis. 

Dimanche  16  janvier.  —  Le  Secolo  publie  une 
correspondance  de  Rome  exprimant  l'avis  que  l'Italie 
doit  retirer  ses  troupes  d'Albanie. 

Une  division  de  croiseurs  japonais  est  partie  pour  le 
canal  de  Suez. 

La  Roumanie  achète  des  milliers  de  chevaux  en 
Russie. 

Guillaume  II  est  reparti  pour  le  front. 

A  la  Diète  prussienne,  le  conservateur  Heydebrand 
ayant  attaqué  violemment  les  États-Unis,  qui,  fournis- 
sant des  munitions  à  l'Entente,  seraient  responsables  de 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  21 

la  prolongation  de  la  guerre,  Liebknecht  a  crié  :  «  Ce 
sang  retombera  sur  vous  !  Vous  ne  dites  pas  la  vérité 
au  peuple  I  »  Il  a  été  hué.  Le  député  Frieaberg  dit  que 
la  Belgique  est  un  gage  aux  mains  de  l'Allemagne  et 
qu'il  y  aurait  folie  à  la  restituer,  comme  le  demandait 
le  socialiste  Hirsch. 

Journal  de  Genève  :  «  Nier  les  succès  allemands  dans  la 

f)éninsule  balkanique  serait  absurde.  Chacun  d'eux  marque 
a  ruine  d'une  espérance.  Mais  il  n'y  a  pas  là  de  surprise, 
ni  même  de  fait  proprement  nouveau.  » 

Lundi  n  janvier.  — Les  Italiens  reprennent  toutes 
les  tranchées  perdues  par  eux  au  nord-ouest  de  Gorizia 
dans  la  nuit  du  i5. 

Une  tempête  de  neige  en  Macédoine  empêche  la 
concentration  des  Allemands  et  des  Bulgares,  en  gênant 
leur  ravitaillement. 

On  écrit  de  Salonique  à  Milan  que  les  200.000  Alliés 
de  Salonique  vont  être  attaqués  par  Soo.ooo  Turcs, 
Bulgares  et  Allemands.  Des  milliers  de  soldats  et  de 

Saysans,  dirigés  par  des  ingénieurs  allemands,  ouvrent 
es  routes  et  construisent  une  voie  ferrée  pour  relier 
les  deux  lignes  du  Vardar  et  de  Velès  en  passant  par 
Babuna. 

Les  avions  français  font  des  ravages  dans  les  lignes 
bulgares. 

Le  bruit  court  que  les  négociations  pour  la  capitula- 
tion de  l'armée  monténégrine  font  des  pi^ogrès.  La 
Gazette  populaire  de  Cologne  écrit  que  cette  capitula- 
tion est  le  premier  résultat  décisif  de  la  guerre. 

Les  torpilleurs  russes,  dans  la  Mer  Noire,  ont  détruit 
i63  voiliers  turcs. 

Cinq  avions  autrichiens  survolent  Ancône. 

Des  avions  allemands  bombardent  Nancy  ;  les  avions 
français  répondent  en  bombardant  les  gares  de  Metz  et 
d'Arnaville. 

On  commente  ces  mots  de  Helfferich  au  Reichstag  : 
«  Financièrement,  il  nous  est  difficile  de  tenir  jusqu'au 
bout.  )) 

En  Autriche,  la  ration  de  pain  est  abaissée  de  /joo  à 


22  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

3oo    grammes.  On  constate  aussi  l'épuisement  rapide 
du  stock  de  plomb. 

A  Stockholm,  le  Roi,  dans  le  discours  du  trône,  se 
plaint  que  les  belligérants  négligent  de  plus  en  plus  les 
droits  des  neutres.  Il  demande  la  nomination  d'une 
délégation  du  Riksdag  pour  délibérer  avec  le  Roi  sur 
les  questions  secrètes. 

«  La  phase  dernière  d'un  processus  d'épuisement  général 
doit  presque  inévitablement  être  une  rivalilé  de  bluff.  Ni 
l'une  ni  l'autre  des  deux  parties  n'avouera  sa  détresse.  » 
(Wells,  Temps  du  i8.) 

Mardi  18  janvier.  —  Les  autorités  russes  sont 
rentrées  à  Dvinsk. 

Le  dégel  a  rempli  d'eau  les  tranchées  allemandes 
dans  la  région  de  Pinsk.  Les  troupes  autrichiennes  de 
Bukovine  et  de  Galicie  souffrent  du  scorbut. 

Des  soldats  serbes  débarquent  à  Salonique  et  y  sont 
équipés. 

On  dit  que  les  Puissances  centrales  ont  présenté  une 
note  à  la  Grèce  lui  demandant  de  préciser  son  attitude. 

La  presse  allemande  cherche  à  faire  croire  que  le 
mouvement  vénizéliste  est  dirigé  contre  le  Roi  et  la 
Reine. 

L'escadre  anglaise  a  retenu  six  transatlantiques  hol- 
landais et  les  a  contraints  de  décharger  une  partie  de 
leur  cargaison  (lard,  viande  salée,  saucisses,  peaux). 

Dix-neuf  combats  aériens,  livrés  sur  le  front  anglais, 
ont  obligé  cinq  avions  allemands  à  atterrir  ;  deux  avions 
anglais  manquent. 

Guillaume  II,  au  cours  d'un  dîner  de  gala  à  Nisch,  a 
proféré  de  vagues  menaces  contre  de  nouveaux  enne- 
mis. Le  roi  de  Bulgarie,  lui  parlant  en  latin,  l'a  qualifié 
sottement  de  miles  gloriosus,  ce  qui  signifie  «  soldat 
fanfaron  ». 

Vif  débat  au  Reichstag  sur  la  question  de  la  censure, 
qui  mutile  jusqu'aux  comptes  rendus  des  séances.  Titt- 
mann  a  dit  que  la  censure  avait  pour  objet  de  cacher 
la  vérité  au  peuple;  si  la  censure  n'existait  pas,  le 
peuple  allemand  aurait  déjà  crié  qu'il  veut  la  paix. 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  23 

Fischbeck  parle  du  mal  que  le  militarisme  a  fait  k  l'Al- 
lemagne. Streissemann  dit  qu'il  n'y  a  plus  de  Parlement 
allemand. 

Le  Reichstag  s'ajourne  au  i5  mars. 

Depuis  juillet  igiA,  les  prix  des  victuailles  ont  aua- 
menté  en  Angleterre  de  45  "/oj  à  Berlin  de  82  °/o,  à 
Vienne  de  1 1 1  °/o. 

Le  mark  a  baissé  k  Zurich  k  94, 5o. 

L'Angleterre  a  acheté  les  stocks  de  blé  disponibles 
en  Roumanie. 

Journal  de  Genève  :  «  Le  triomphe  de  l'Allemagne  est 
dans  la  passivité  de  ritalie  ;  la  défaite  monténégrine  est  sur- 
tout une  défaite  italienne.  L'inaction  de  l'Italie,  dans  la  cam- 
pagne balkanique,  reste  une  énigme.  Pas  une  balle  italienne 
n'a  été  tirée  contre  un  soldat  turc  ni  contre  un  soldat 
bulgare.  » 

Sir  J.  Buchanan,  ambassadeur  d'Angleterre,  parlant 
k  Petrograd,  réfute  les  mensonges  répandus  par  les 
Allemands  pour  troubler  les  relations  anglo-russes  et 
dit  qu'une  alliance  permanente  de  la  Russie  et  de  l'An- 
gleterre sera  désormais  la  plus  sûre  garantie  de  la  paix. 

Les  troupes  navales  anglaises  vont  être  portées  de 
Soo.ooo  k  35o.ooo  hommes. 

Le  total  avoué  des  pertes  prussiennes  atteint 
2.340.000  hommes. 

Mercredi  19  janvier.  —  On  se  bat  de  nouveau  k 
l'est  de  Gzcrnovitz. 

Des  télégrammes  de  Genève  annoncent  que,  vu  les 
exigences  de  l'Autriche,  les  négociations  pour  la  paix 
ont  été  rompues.  Le  roi  de  Monténégro  s'est  embarqué 
pour  l'Italie. 

Les  Serbes  qui  étaient  avec  les  Monténégrins  sont 
parvenus  k  la  côte  d'Albanie  et  s'y  sont  embarqués. 

Le  Gouvernement  serbe  s'est  transporté  de  Brindisi  k 
Corfou. 

En  Mésopotamie,  les  Anglais  sont  immobilisés  par  le 
mauvais  temps. 

A  Téhéran,  le  Conseil  des  ministres  affirme  l'alliance 
de  la  Perse  avec  la  Russie  et  l'Angleterre. 


24  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

L'Allemagne  déclare  aux  États-Unis  qu'aucun  de  ses 
sous-marins  n'a  torpillé  le  Persia. 

La  Suède  demande  à  l'Allemagne  la  restitution  de 
deux  vapeurs  suédois  capturés  dans  les  eaux  alle- 
mandes. 

Sept  avions  et  un  dirigeable  allemand  lancent  70 
bombes  sur  Tarnopol. 

Sir  Conan  Doyle  demande  qu'on  défende  Londres 
contre  les  dirigeables  en  établissant  près  de  Nancy  une 
station  d'avions  anglais  prêts  à  exercer  des  représailles 
sur  les  villes  allemandes. 

Briand,  accompagné  de  l'amiral  Lacaze  et  du  chef 
d'état-major  Graziani,  est  arrivé  à  Londres. 

La  confédération  annuelle  du  parti  ouvrier  anglais  a 
voté  une  résolution  favorable  au  Gouvernement  par 
i.5o3.ooo  voix  contre  602.000. 

Le  Gouvernement  belge  a  terminé  son  enquête  sur 
les  crimes  allemands  en  Belgique.  Sans  compter  les 
Flandres,  18.207  maisons  ont  été  brûlées. 

Le  ministre  Barzilaï,  parlant  à  Ancône,  a  fait  remar- 
quer que  le  Lovcen,  Antivari  et  l'Albanie  ne  sont  pas 
comparables,  aux  yeux  de  l'Italie  et  de  l'Autriche,  à 
Trieste,  Pola  et  Fiume. 

Dans  la  Gazzetta  del  Popolo,  Gius.  Bovione  se  dit  en 
mesure  d'affirmer  que  le  Gouvernement  allemand,  le 
4  août  igiA)  demanda  à  la  Suisse  d'autoriser  le  passage 
des  troupes  allemandes  vers  Belfort.  Le  Gouvernement 
fédéral  refusa. 

Le  Conseil  fédéral  suisse  a  décidé  de  déférer  à  la 
justice  militaire  les  deux  colonels  Egli  et  Wattenvi^vl. 

La  New  York  Tribune,  examinant  les  statistiques  aes 
exportations  américaines  vers  les  ports  neutres  voisins 
de  l'Allemagne,  conclut  que  l'Allemagne  est  beaucoup 
mieux  ravitaillée  que  ne  le  laissent  croire  aux  Anglais 
les  déclarations  de  leur  Gouvernement. 

La  dette  russe,  qui  était  de  4-48o  millions  de  roubles, 
s'élève  à  près  de  17  milliards  de  roubles  aujourd'hui. 

Jeudi  20  janvier.  —  Les  Russes  ont  enlevé  un 
secteur  au  nord  de  Czernovitz. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  25 

On  dit  à  Petrograd  que  l'attaque  russe  en  Bukovine 
a  eu  pour  objet  d'attirer  les  troupes  allemandes  des 
Balkans.  Cette  attaque  a  coûté  k  l'ennemi  loo.ooo 
hommes,  dont  lo.ooo  prisonniers. 

Les  Allemands  fortifient  la  ligne  Doiran — Guevgeli 
— Monastir  et  semblent  avoir  renoncé  à  l'offensive. 

Il  se  confirme  que  l'armée  monténégrine  n'a  pas 
capitulé.  Le  Roi,  après  avoir  conduit  sa  famille  à  Samt- 
Jean-de-Medua,  où  elle  s'est  embarquée  pour  Brindisi, 
a  rejoint  son  armée  à  Podgoritza.  La  Reine,  les  prin- 
cesses et  le  président  du  Conseil  ont  passé  par  Brindisi, 
se  rendant  à  Rome.  L'organisation  de  la  résistance  au 
Monténégro  est  confiée  au  général  Marlinovitch. 

La  Roumanie  emprunte  280  millions  h.  Londres.  Les 
Empires  du  Centre  ont  fait  des  représentations  à  la 
Roumanie  au  sujet  de  la  vente  de  260  millions  de  blé  à 
l'Angleterre  et  de  la  candidature  (d'ailleurs  retirée)  de 
deux  Roumains  de  Transylvanie  à  la  députation. 

Les  Russes  prennent  Koprikeui  et  Hassan -Kala 
(i.5oo  prisonniers,  beaucoup  de  matériel).  Les  Turcs 
se  retirent  sur  Erzeroum. 

En  Perse,  les  Russes  occupent  Sultanabad  après 
Damlatabad. 

Le  général  Aylmcr  est  à  12  kilomètres  de  Kut, 

La  flotte  alliée  bombarde  Dédéag^atchet  Porto-Lagos. 

Trois  bombes  d'avion  sur  Lunéville. 

L'Autriche-Hongrie  lève  les  hommes  jusqu'à  cin- 
quante-cinq ans. 

Le  Sénat  américain  discute  les  droits  des  neutres  ;  un 
représentant  des  cotonniers  de  Géorgie  préconise  l'em- 
bargo sur  les  munitions,  mais  il  est  vivement  combattu 
par  d'autres  sénateurs  qui  rappellent  les  crimes  de 
l'Allemagne  sur  mer. 

Un  New-Yorkais  écrit  à  la  Nation  pour  solliciter  les 
Américains  de  prendre  des  «  filleuls  »  sur  le  front  fran- 
çais. 

Sous  la  signature  de  Hedrik  Hudson,  le  Temps  publie 
(le  21  )  des  faits  nouveaux  et  significatifs  sur  le  rôle  de 
la  coterie  militaire  prussienne  en  juillet  1914.  Après 


26  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

avoir  trompé    Guillaume   II,   cette  camarilla   le   tient 
captif. 

Le  3  °/o  français  est  à  62,60. 

Vendredi  21  janvier.  —  La  reine  de  Monténégro 
et  ses  filles  sont  parties  pour  Lyon,  où  se  transfère  le 
Gouvernement  serbe. 

Le  consulat  du  Monténégro  à  Rome  déclare  que  l'ar- 
mée n'a  jamais  capitulé,  qu'il  n'y  a  jamais  eu  de  négo- 
ciation pour  la  paix  avec  l'Autriche. 

Le  général  Aylmer  attaque  sans  succès  les  positions 
turques  à  Essian  et  perd  3. 000  hommes.  Le  temps  est 
très  défavorable. 

L'artillerie  russe  commence  à  bombarder  les  forts 
d'Erzeroum. 

Les  torpilleurs  russes  coulent  [\0  voiliers  turcs  dans 
la  Mer  Noire. 

Les  Anglais  occupent  Langido  (Afrique  orientale 
allemande).  On  assure  que  les  troupes  allemandes  du 
Cameroun  se  réfugient  dans  la  Guinée  Espagnole. 

Le  colonel  House,  ami  intime  de  Wilson,  arrive  à 
Paris. 

Les  récentes  saisies  opérées  par  la  flotte  anglaise  pro- 
voquent un  vif  mécontentement  à  Stockholm. 

Samedi  22  janvier.  —  Depuis  deux  semaines,  les 
Allemands  jettent  sur  Arras  de  gros  obus  et  des  obus 
asphyxiants. 

Vifs  combats  en  Bessarabie. 

Les  Autrichiens  ont  pris  Antivari  et  Dulcigno  ;  ils 
marchent  sur  Scutari,  que  le  prince  Mirko  et  le  général 
Martinovitch  veulent  tenter  de  défendre. 

A  Cettigné,  des  hommes  d'Etat  monténégrins  ouvrent 
des  négociations  avec  l'Autriche. 

On  assure  que  les  troupes  allemandes  font  régner  la 
terreur  à  Gonstantinople  pour  soutenir  Enver. 

Le  roi  de  Grèce  tient  de  singuliers  propos  à  des  jour- 
nalistes, récriminant  contre  les  Alliés.  Il  pense  que  la 
guerre  restera  indécise  et  que  l'Allemagne  ne  fléchira 
pas.   On  s'étonne  que  ce  prince  ait  pu  comparer  l'oc- 


i 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  27 

cupation  de  Salonique  et  de  Gorfou  k  la  violation  de  la 
neutralité  belge. 

Trente- deux  avions  français  bombardent  Guevgeli 
et  Monastir. 

Il  est  question  à  Londres  d'un  canon  de  43 1  que 
l'usine  Krupp  aurait  fabriqué  pour  la  flotte  allemande. 

Le  Gouvernement  chinois  ajourne  sine  die  le  rétablis- 
sement de  la  monarchie. 

Le  Te/e^rraayapprend  que  i  Go. ooo  kilos  de  plomb  ont 
été  expédiés  en  contrebande  de  Hollande  en  Allemagne. 

L'Illustration  publie  un  article  sur  le  crime  de  Sarajevo, 
fruit  d'un  complot  connu  de  la  police  austro-hongroise, 
sinon  machiné  par  elle. 

Dimanche  23  janvier.  —  Les  Allemands  attaquent 
en  nombre  à  Neuville-Saint-Vaast  et  pénètrent  jusqu'à 
la  tranchée  de  soutien  sur  un  front  de  plusieurs  cen- 
taines de  mètres;  ils  sont  refoulés  par  des  contre-atta- 
ques, mais  conservent  aSo  mèlres  d'une  tranchée  avancée. 

Les  Autrichiens  occupent  Scutari  sans  résistance, 
ainsi  que  Niksic,  Danilovgrad  et  Podgoritza.  L'armée 
monténégrine  s'est  retirée  dans  les  montagnes  alba- 
naises. 

On  annonce  que  120.000  Serbes  ont  été  sauvés  et 
transportés  à  Corfou,  en  Afrique  et  ailleurs. 

Le  roi  de  Monténégro,  arrivé  à  Rome,  est  reçu  par 
le  roi  d'Italie,  puis  il  part  pour  Lyon. 

Les  Alliés  découvrent  de  nouveaux  dépôts  de  pétrole 
pour  sous-marins  allemands  à  Salonique  et  dans  les 
îlots  voisins  de  la  Crète. 

Un  avion  allemand  lance  des  bombes  sur  la  côte  est 
du  Kent. 

Vingt-quatre  avions  français  bombardent  les  gares  et 
casernes  de  Metz  ;  l'un  d'eux  doit  atterrir  au  sud-est  de 
cette  ville. 

Une  escadrille  d'avions  français  bombarde  Monastir. 

Les  Anglo-Indiens  battent  les  Arabes  sur  la  frontière 
de  Libye  et  brûlent  leur  camp. 

Gazette  de  Francfort  :  «  On  trouverait  difficilement  une 
porte  où  n'aient  frappé  la  misère  et  la  mort,  une  maison  où 


28.  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

l'inquiétude  pour  les  destins  de  la  patrie  ne  s'aggrave  pas  de 
souffrances  personnelles.  » 

Lundi  24  janvier.  —  Vers  l'embouchure  de  l'Yser, 
dans  la  région  de  Nieuport,  les  Allemands  envoient 
20.000  obus  et  attaquent,  mais  sont  arrêtés  par  les  tirs 
de  barrage.  Dans  la  région  d'Hetsas,  ils  ne  peuvent 
franchir  le  canal  ;  ils  sont  aussi  repoussés  à  l'ouest  de 
la  route  d'Arras  à  Lens.  En  fin  de  journée,  nouvelles 
attaques  qui  ne  réussissent  pas  davantage. 

Onze  gros  obus  allemands  font  des  dégâts  à  Nancy. 

Les  Russes  sont  à  4  kilomètres  de  Pinsk. 

Fuyant  vers  Erzeroum,  les  Turcs  abandonnent  aux 
Russes  4-000  prisonniers,  i5  canons  et  un  énorme  ma- 
tériel. 

A  cause  des  incursions  aériennes,  le  Gouvernement 
anglais  décide  de  fermer  les  musées  de  Londres. 

Un  corps  belge  d'autos-canons  a  été  reçu  à  Petrograd 
par  le  Tsar. 

Le  Pape  a  dit  à  un  jésuite  que  la  Belgique  a  droit  à 
une  réparation  complète  de  la  part  de  l'Allemagne  et 
qu'il  n  offrira  jamais  ses  bons  offices  pour  le  rétablisse- 
ment de  la  paix,  à  moins  que  la  Belgique  ne  rentre  en 
possession  de  tout  ce  qu'elle  a  perdu  (communication 
de  l'ambassade  d'Angleterre  à  Washington). 

Mardi  25  janvier.  —  Les  Autrichiens  marchent 
sur  Alessio  et  Saint-Jean-de-Medua,  tandis  que  les  Bul- 
gares avancent  par  Elbassan  et  Berat  vers  l'Adriatique 
pour  couper  la  retraite  aux  Serbes. 

On  déclare  à  Vienne  que  le  roi  de  Monténégro  a 
abandonné  son  pays  et  son  armée,  qu'on  ne  sait  en 
quelles  mains  se  trouve  le  gouvernement  effectif,  mais 

3ue  cela  est  sans  importance  pour  le  résultat  militaire 
e  la  campagne. 

Une  capitulation,  stipulant  la  livraison  des  armes, 
aurait  été  signée  ce  jour  par  trois  chefs  monténégrins 
non  autorisés  (on  en  publie  le  texte  à  Vienne  le  27). 

On  parle  d'une  émeute  violente  à  Gonstantinople, 
réprimée  par  les  soldats  allemands. 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  29 

Les  Russes  ont  pris  aux  Turcs,  près  d'Erzeroum,  leurs 
dépôts  et  leur  bétail. 

Un  détachement  français  occupe  Antiphellos,  vis-à- 
vis  de  Castelorizzo. 

Le  Bureau  de  la  presse  anglaise  communique  une 
note  prouvant  que  l'augmentation  des  importations  de 
pays  neutres,  à  destination  de  l'Allemagne,  a  été  fort 
exagérée  par  la  presse. 

Les  Hitats-Unis  rejettent  la  proposition  allemande  de 
régler,  par  une  simple  indemnité  et  sans  désaveu,  l'af- 
faire du  Lusitania. 

Le  Riksdag  de  Suède  nomme,  à  la  demande  du  Roi, 
un  comité  secret. 

Le  3  °/o  français  est  à  6i''5o. 

Mercredi  26  janvier.  —  Violente  offensive  autri- 
chienne autour  d'Oslavia  ;  les  Italiens  se  replient  sur 
leurs  secondes  lignes. 

On  dit,  à  Vienne,  que  le  désarmement  des  Monténé- 
grins se  poursuit  sans  difficulté. 

Les  moines  bulgares  de  l'Athos  ayant  attaqué  les 
moines  serbes,  le  couvent  de  Chiliandri  a  été  briilé. 

Les  Turcs  reprennent  l'offensive  vers  Erzeroum  et  se 
préparent  à  défendre  le  défilé  de  Deré-Buyun,  clef  de 
la  forteresse. 

Aux  Communes,  Grey  démontre  l'inexactitude  des 
statistiques  publiées  sur  le  ravitaillement  de  l'Alle- 
magne par  les  neutres.  Demander  aux  neutres  de  cesser 
tout  commerce  serait  les  armer  contre  l'Angleterre,  qui 
ne  prendra  pas  les  mesures  radicales  qu'on  a  suggérées 
et  ne  bloquera  pas  les  ports  neutres.  Mais  il  fait  obser- 
ver que  les  pays  neutres  qui  prétendraient  empêcher  les 
Alliés  d'arrêter  le  commerce  avec  l'ennemi  cesseraient, 
à  leurs  yeux,  d'être  neutres. 

On  assure  à  Rome  que  l'Allemagne  a  fait  de  nou- 
velles tentatives  en  vue  de  conclure  une  paix  séparée 
avec  la  Belgique  et  que  ses  offres  ont  été  repoussées. 

Un  comité  se  constitue  à  Rio  de  Janeiro  pour  rem- 
placer la  bibliothèque  de  Louvain. 


30  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Jeudi  21  janvier.  —  La  cathédrale  de  Nieuport  et 
la  tour  des  Templiers  ont  été  entièrement  détruites  par 
des  obus  allemands. 

Le  roi  de  Bavière  annonce  à  ses  troupes  une  offensive 
sur  le  front  ouest;  ce  n'est  pas  une  raison  d'y  croire. 

Les  Autrichiens  occupent  Alessio. 

Les  Allemands  construisent  un  vaste  aérodrome  à 
Monastir. 

Les  Russes  prennent  Khilis-Kalé,  entre  Erzeroum  et 
Mush  ;  ils  battent  les  Turcs  au  sud  du  lac  d'Ourmiah. 

Le  paquebot  Plata  (M.  M.),  arrivant  du  Levant  à 
Marsedle,  déclare  avoir  coulé  un  sous-marin  allemand 
avec  ses  canons  d'arrière. 

Une  colonne  française  surprend  le  camp  d'Abd-el- 
Malek  au  Maroc  ;  le  chef  s'enfuit  vers  le  Rif.  Cet  Arabe, 
neveu  d'Abd-el-Kader,  est  à  la  solde  de  l'Allemagne 
{Temps  du  i6  février). 

A  Lausanne,  le  consulat  allemand  ayant  hissé  le  dra- 
peau à  l'occasion  de  la  fête  de  Guillaume  II,  la  foule 
l'a  arraché  ;  des  manifestations  se  sont  produites  dans 
la  soirée  à  Lausanne  et  à  Ouchy.  Le  Conseil  fédéral  et 
les  autorités  vaudoises  expriment  leurs  regrets. 

Le  bourgmestre  de  Berlin  a  dit,  à  l'occasion  de  l'an- 
niversaire de  l'Empereur  :  «  L'Allemagne  ne  soupire  pas 
après  la  paix,  mais  elle  combat  et  travaille  pour  elle.  » 

Wilson,  parlant  à  des  hommes  d'affaires  de  New- 
York,  dit  que  les  Américains  préfèrent  à  la  paix  les 
principes  sur  lesquels  repose  leur  vie  politique.  On  voit 
dans  ces  mots  un  avertissement  à  l'Allemagne. 

Le  Bureau  de  la  presse  anglaise  communique  un 
mémorandum  des  Etats-Unis  (lo  janvier),  protestant 
contre  la  saisie  de  marchandises  américaines  et  de  colis 
postaux.  Grey  répond  qu'il  consultera  à  ce  sujet  le 
Gouvernement  français  et  nie  que  des  courriers  aient 
été  enlevés  k  bord  de  navires  neutres. 

Journal  de  Genève  :  «  La  suppression  presque  complète 
de  l'Empire  colonial  allemand,  habité  par  i3  millions  d'indi- 
vidus, est  un  élément  de  calcul  qu'on  ne  peut  négliger.  Ces 
territoires  sont  des  gages  que  l'Angleterre  de\Ta  faire  valoir... 
Les  territoires  conquis  hors  d'Europe   par  les  Alliés  sont 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  31 

trois    fois    au    moins    plus  étendus    que    ceux    occupés    en 
Europe  par  l'Allemagne  et  ses  satellites.  » 

Vendredi  28  janvier.  —  Lutte  d'artillerie  très 
vive  en  Artois.  Une  attaque  allemande,  au  sud  de  Gi- 
venchy,  nous  fait  perdre  quelques  tranchées  avancées. 
Au  sud  de  la  Somme,  les  Allemands  occupent  le  village 
de  Frise  après  un  combat. 

La  retraite  des  troupes  serbes  d'Albanie  s'opère  régu- 
lièrement. 

Les  Italiens  se  fortifient  à  Valona. 

Les  troupes  navales  des  Alliés  ont  débarqué  à  Kara- 
bouroun  et  occupé  la  forteresse  ;  le  commandant  grec  a 
protesté. 

Le  paquebot  anglais  Appam  est  considéré  comme 
perdu  ;  il  ramenait  en  Europe  des  prisonniers  allemands 
faits  au  Cameroun. 

Dans  la  nuit  du  27  au  28,  en  représailles  d'un  bom- 
bardement effectué  le  25  sur  des  villages  de  la  région 
d'ripernay,  un  dirigeable  français  lance  38  obus  sur 
Fribourg-en-Brisgau. 

Des  avions  français  bombardent  les  cantonnements 
bulgares  au  nord  du  lac  Doiran. 

On  déclare  à  Berlin  que,  depuis  le  1"  octobre  igiS, 
les  Allemands  ont  perdu  iG  avions,  les  Alliés  63.  A  cela 
on  répond  que  ces  chiffres  sont  faux  :  sur  le  front  fran- 
çais, i3  appareils  anglais  et  17  français  ont  été  perdus, 
contre  3i  appareils  allemands  {Journal  de  Genève, 
4  février). 

Dans  la  soirée,  nouvelles  manifestations  contre  le 
consulat  d'Allemagne  à  Lausanne. 

La  Revue  de  New-York,  Outlook,  publie  les  propos  tenus 
à  un  Américain  par  les  socialistes  allemands  Liebknecht, 
Kautsky  et  Bernstcin.  En  voici  quelques  extraits  :  «  C'est 
une  guerre  de  mensonges.  Quand  la  guerre  a  commencé, 
nous  avons  parfaitement  compris,  nous  autres  socialistes, 
qu'elle  était  due  à  des  incitations  capitalistes  austro-hon- 
groises. Nous  avons  tenu  des  douzaines  de  meetings  de 
protestation  à  Berlin.  Mais  la  censure  est  survenue  ;  nous 
n'avons  pu  rien  faire,  rien  dire...  C'est  une  guerre  de 
conquêtes.  Il  y  a  de  riches  mines  en  France  et  en  Belgique  ; 


32  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

on  ne  les  rendra  jamais.  Au  début  de  la  guerre,  la  presse  de 
mensonge  cherchait  à  enflammer  le  peuple  contre  les  Russes, 
les  Français,  les  Belges,  les  Anglais.  Les  journaux  allemands 
étaient  inondés  d'histoires  d'atrocités  commises  sur  des 
soldats  allemands,  faits  qui  ont  depuis  été  prouvés  faux, 
mais  qui  n'ont  jamais  été  démentis.  » 

«  L'impossibilité  de  réparer  les  perles  obligera  fatalement 
à  raccourcir  les  fronts  »  (Général  de  Malleterre,  Temps). 

Samedi  29  janvier.  —  Une  attaque  allemande 
contre  Dompierre,  au  sud  de  Frise,  est  repoussée. 

Un  dégel  persistant  met  en  danger  les  troupes  alle- 
mandes dans  les  marais  de  Pinsk  ;  beaucoup  de  batte- 
ries et  de  caissons  sont  embourbés. 

Un  tremblement  de  terre  détruit  Afium  Karahissar. 

On  annonce  que  les  Allemands,  avec  le  concours  de 
bateaux  neutres,  ont  semé  des  mines  dans  le  golfe  de 
Gascogne. 

Un  dirigeable,  suivant  la  vallée  de  la  Marne,  jette 
i5  bombes  sur  Paris,  détruisant  des  maisons,  tuant 
26  personnes,  en  blessant  28. 

L'État-major  russe  annonce,  avec  détails  précis,  que 
5o  prisonniers  russes  ont  été  fusillés  par  les  Autrichiens 
pour  avoir  refusé  de  creuser  des  tranchées. 

Le  Berliner  Tageblatt  attaque  violemment  la  Rou- 
manie. On  affirme  à  Petrograd  que  Carp  a  été  envoyé 
a  Vienne  par  le  roi  de  Roumanie  pour  demander  à 
l'Autriche  des  concessions  territoriales  en  Bukovine  et 
en  Transylvanie. 

Il  y  a  2.5oo  usines  travaillant  pour  le  Gouvernement 
anglais,  avec  i  million  d'ouvriers  et  260.000  femmes. 
Lloyd  Georges  dit  que  l'Angleterre,  au  printemps, 
aura  plus  de  munitions  que  l'ennemi. 

Lord  Rosebery  exprime  la  crainte  que  les  premiers 
succès  des  Allies  ne  fassent  naître  prématurément  le 
désir  de  la  paix.  Il  faut  que  les  tyrans  sanguinaires  de 
la  Prusse  soient  réduits  à  merci. 

Le  général  Hutton  dit  à  Londres  que  la  guerre  pourra 
durer  plus  de  trois  ans,  car  on  commence  seulement  à 
reconnaître  la  force  et  les  ressources  réelles  de  l'Alle- 
magne. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  33 

Une  pétition,  signée  d'un  million  de  noms,  a  été 
présentée  au  Sénat  américain,  demandant  l'embargo 
sur  les  munitions  destinées  à  l'Europe.  Plusieurs  séna- 
teurs sont  acquis  à  cette  thèse  allemande. 

Wilson  dit  à  Piltsburg  :  «  Le  monde  est  en  feu  ;  les  étin- 
celles peuvent  retomber  n'importe  où.  Si  l'on  pouvait  voir 
les  dépêches  que  je  reçois  à  toute  heure,  on  saurait  combien 
il  est  difficile  de  maintenir  la  paix.  » 

Dimanche   30  janvier.   —  Les  Allemands  ont 

•  gardé   leurs   nouvelles   tranchées    dans    la   région    de 

•  Neuville  et   ont   fait  quelques  progrès   au  nord-ouest 
de  la  ferme  de  La  Folie. 

On  dit  à  Vienne  que  le  butin  fait  au  Monténégro  est 
de  3oo  canons,  5o.ooo  fusils  et  5o  mitrailleuses. 

Une  nouvelle  division  italienne,  avec  de  l'artillerie 
lourde,  est  arrivée  à  Valona. 

Les  troupes  françaises  qui    étaient   à   Scutari    sont 

rivées  à  Durazzo,  où  se  poursuit  l'embarquement 
es  troupes  serbes. 

Des  troupes  françaises  débarquent  à  Mitylène. 

Une  nouvelle  attaque  d'un  dirigeable  sur  Paris  est 
epoussée  ;  les  bombes  tombent  dans  des  bois  et  des 
irdins. 

Recevant  les  représentants  de  la  presse  à  Pétrograd, 
azonov  a  affirmé  les  bonnes  intentions  dé  la  Russie  à 
égard  de  la  Suède  et  de  la  Roumanie.  Il  dit  avoir 
mplement  laissé  sans  réponse  de  nombreuses  offres 
'une  paix  séparée. 

En  raison  de  difficultés  soulevées  en  Suède,  les  colis 
jstaux   destinés    k   la    Russie   sont   expédiés   par   le 

mada  et  le  Japon. 

Journal  de  Genève  :  «  Les  atteintes  de  la  guerre  sont 
laque  jour  plus  sensibles  en  Allemagne.  La  tâche  devient 
mesurée  et  se  complique.  Les  effectifs  baissent.  Les  diffi- 
Ités  économiques  s'accroissent.  Le  change  s'effondre.  Il 
■^le,  comme  grand  espoir,  la  défaillance  d'adversaires 
sunis.  » 

Lundi  31   janvier.    —   L'artillerie   française   fait 

114.    CHRO^0LOGIK   DE   LA.    QU'ERRE  S 


34  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

sauter,  au  nord  de  l'Aisne,  le  dépôt  de  munitions  de 
Puisalenne  {Liberté  du  1 1  février). 

On  signale  de  graves  désordres  à  Danilovgrad  et  à 
Podgoritza.  Les  journaux  austro-allemands  se  plai- 
gnent d'avoir  été  joués  par  le  roi  de  Monténégro,  qui 
a  feint  de  négocier  pour  gagner  du  temps. 

Le  général  Bécir  et  le  major  Lompar,  qui  avaient 
inspiré  la  reddition  du  Monténégro,  ont,  dit-on,  été 
assassinés  par  des  patriotes  serbes. 

Il  y  a  20.000  Allemands  à  Gallipoli  et  aux  Darda- 
nelles ;  ils  occupent  tous  les  forts. 

Les  journaux  allemands  disent  que  le  raid  de  diri- 
geables sur  Paris  a  été  entrepris  comme  représailles  du 
bombardement  de  Fribourg,  «  ville  ouverte  et  éloignée 
du  théâtre  des  opérations  ». 

Pendant  la  nuit,  des  dirigeables  survolent  les  comtés 
du  nord-est  et  du  centre  de  l'Angleterre,  lançant  envi- 
ron 4oo  bombes  (67  tués,  117  blessés). 

Un  dirigecd>le  parti  de  Compiègne  vers  Paris  a  été 
mis  en  fuite. 

Mobilisation  de  la  réserve  égyptienne  (20.000 
hommes). 

Gazette  de  Cologne  :  «  La  guerre  est  toujours  un  mal  au 
point  de  vue  humanitaire,  mais  lorsqu'un  pays  est  attaqué, 
encerclé,  étranglé  comme  l'Allemagne,  il  est  pleinement! 
justifié  de  se  réjouir  des  coups  qu'il  frappe.  » 

Deutsche  Tageszeitung  :  «  Si  la  presse  française  croit 
voir  dans  l'attaque  aérienne  un  signe  de  désespoir  allemand, 
la  France  aura  prochainement  l'occasion  de  voir  maintes 
autres  preuves  de  ce  désespoir,  et  cela  dans  d'autres 
domaines.  » 

Dans  deux  articles  officieux,  le  Tag  et  la  Gazette  de 
Francfort  indiquent  que  l'Allemagne  attend  une  offen- 
sive décisive,  de  préférence  sur  le  front  français  {Temps 
du  3  février). 

La  Gazette  de  Cologne,  pour  concilier  l'Italie,  dit 
que  la  restauration  du  pouvoir  temporel  du  Pape  n'est 
pas  à  désirer. 

Gh.  Lalo  appelle  l'Espagne  «  le  moins  neutre  des, 
pays  neutres  »  et  rappelle  à  son  sujet  le  mot  de  Bos-j 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  35 

suet  :   «  Tout  spectateur  est  en  soi-même  un  acteur 
muet.  » 

Parlant  à  Brooklyn,  Roosevelt  attaque  violemment 

J   la  politique  de  Wilson  et  dit  que  l'Amérique,  en  accep- 

lil  tant  de  l'argent  pour  des  femmes  et  des  enfants  assas- 

(  sinés,  ferait  le  jeu  des  assassins  contre  les  Alliés  qui 

m»  luttent  pour  délivrer  la  Belgique. 

{\       Du  4  août  1914  au  3i  janvier  igiS,  le  pavillon  bri- 
\  tannique  n'a  perdu  que  1/2  °/o  des  marchandises  con- 
j.'(  \ojées  (Journal  de  Genève,  11  mars  191 6). 


FEVRIER 


il  Mardi  l^""  février.  —  Le  prince  héritier  turc, 
iYoussouf  Izeddin,  a  été  assassiné;  on  l'a  trouvé  dans 
son  palais  les  artères  coupées.  Personne  ne  croit  à  la 
nouvelle  de  son  suicide. 

VAppam,  que  l'on  croyait  perdu,  a  été  conduit  dans 
un  port  américain  par  les  officiers  d'un  croiseur  alle- 
mand qui,  déguisé  en  navire  de  commerce,  était  parti 
en  course  et  avait  coulé  six  navires  anglais. 

Un  dirigeable  bombarde  et  coule  un  navii^e  qui  allait 
de  Hartlepool  à  Londres. 

Un  autre  dirigeable  survole  Salonique  et  tue  onze 
j  personnes,  détruisant  le  bâtiment  de  la  Banque. 

Séance  orageuse  à  la  Chambre  k  propos  des  mar- 
chands de  vins  de  Marseille.  Gallieni  fait  mine  de  dé- 
nissionner;  l'opinion  publique  est  tout  entière  avec  lui. 
Goremykine,  démissionnaire  pour  raison  de  santé,  est 
emplacé  par  Sturmer,  membre  du  Conseil  de  l'Em- 
lire. 

H  C'est  parce  que  les  Allemands  ont  reconnu  que  l'expor- 

ation  ne  leur  donnait  pas  tous  les  bénéfices  qu'ils  croyaient 

touvoir  réaliser,  que  l'ambition  de  conquérir  des  territoires 

succédé  à  celle  de  la  pénétration   commerciale  ;  là  est  la 


36  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

cause  principale  du  développement  du  pangermanisme 
depuis  1907  et  le  mobile  déterminant  de  la  guerre  actuelle  » 
(V.  de  Streel,  Revue  de  Paris,  1"  février). 

Dans  le  Nineteenth  Century  du  !«■■  février,  H.  Wickham 
Steed  fait  des  révélations  importantes.  Guillaume  II  était 
allé  trouver  l'archiduc  François-Ferdinand  sous  couleur  de 
voir  les  roseraies  de  Konopischt  ;  au  cours  de  leurs  entre- 
tiens, ils  convinrent  d'un  remaniement  de  l'Europe  centrale. 
L'empereur  d'Autriche  n'en  fut  informé  qu'après  l'assassinat 
de  l'archiduc,  par  l'examen  de  ses  papiers.  Ainsi  s'expli- 
quent les  funérailles  rapides  et  presque  méprisantes  des 
victimes  ;  ainsi  s'explique  aussi  le  mot  de  Guillaume  II  au 
prince  de  Monaco,  lorsqu'il  apprit  à  Kiel  le  meurtre  de  l'ar- 
chiduc :  «  Pour  moi,  tout  est  à  recommencer.  » 

Mercredi  2  février.  —  Une  violente  attaque 
autrichienne  contre  le  col  de  Lana  est  repoussée. 

Les  Russes  repoussent  une  offensive  autrichienne, 
soutenue  par  des  canons  de  12  pouces,  dans  la  région 
d'Uciezko  sur  le  Dniester,  à  l'ouest  de  la  route  Czer- 
novitz — Tarnopol . 

Dans  le  Caucase,  un  détachement  russe  a  rencontré 
298  cadavres  de  Turcs  gelés. 

La  flotte  alliée  bombarde  Dédéagatch  et  Porto-Lagos. 

Seize  avions  français  lancent  181  bombes  sur  la  ville 
bulgare  de  Petrich. 

Un  dirigeable  allemand  est  tombé  dans  la  mer  du 
Nord;  il  semble  avoir  été  frappé,  à  son  retour  d'Angle- 
terre, par  les  canons  hollandais. 

Jeudi  3  février.  —  Lutte  de  mines  très  active  en 
Argonne. 

Depuis  le  début  de  la  campagne,  les  Italiens  ont  pris 
So.ooo  hommes,  5  canons,  65  mitrailleuses;  ils  occu- 
pent 800.000  Autrichiens  {Temps  du  4)- 

Deux  régiments  allemands  ont  remplacé  deux  régi- 
ments bulgares  au  nord  du  lac  Doiran. 

Les  troupes  bulgares,  dans  le  sud  de  l'Albanie,  souf- 
frent du  manque  ae  vivres. 

Jusqu'à  ce  jour,  4o.ooo  Serbes  ont  débarqué  à 
Corfou. 

Le  Kinff  Albert,  sous  pavillon  italien,  transportant 


i 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  37 

3oo  réfugiés  serbes,  a  été  pris  par  un  sous-marin  autri- 
chien et  conduit  à  Cattaro  par  un  torpilleur. 

Des  navires  autrichiens  ont  bombardé  le  port  de 
San  Vito  et  le  chemin  de  fer  d'Ortona  à  la  mer. 

Un  avion  allemand  de  nouveau  modèle,  entièrement 
blindé,  a  été  abattu  sur  le  front  de  Salonique  et  exposé 
devant  les  ruines  de  la  Banque. 

L'aérodrome  de  Johannistal,  près  de  Berlin,  a  été  dé- 
truit par  un  incendie. 

Vendredi  4  février.  —  Les  Allemands  se  renfor- 
cent, dit-on,  sur  le  front  russe,  où  l'on  assure  que  la 
Garde  va  arriver  avec  de  l'ai^tillerie  très  lourde. 

Violent  duel  d'artillerie  à  Doiran. 

La  Chambre  roumaine  a  voté  un  nouveau  crédit 
de  guerre  de  200  millions.  On  parle  de  nouveau  de 
démarches  faites  par  la  diplomatie  allemande  pour 
intimider  la  Roumanie. 

BernstorlF  aurait  reçu  des  instructions  formelles  lui 
interdisant  de  désavouer  le  torpillage  du  Lusitania. 

Des  avions  français  bombardent  Guevgeli. 

Des  avions  roumains,  survolant  le  territoire  bulgare, 
ont  été  canonnés  sans  résultat. 

Le  groupe  parlementaire  belge  s'est  réuni  à  la  léga- 
tion de  Belgique  à  La  Haye. 

Il  est  avéré  que  l'incendie  du  Parlement  canadien, 
qui  a  détruit  les  archives  et  fait  pour  plus  de  25  mil- 
lions de  dégâts,  est  l'œuvre  de  malfaiteurs  allemands. 

a  La  joie  féroce  manifestée  par  rensemble  de  la  presse 
allemande  à  propos  des  derniers  exploits  de  zeppelins  doit 
ruiner  définitivement  la  thèse  des  deux  AUemagnes,  qui  a 
gardé  quelques  partisans,  même  parmi  certains  des  adver- 
saires les  plus  déterminés  de  l'agression  germanique...  Atten- 
dons l'heure  du  repentir,  le  désaveu  des  horreurs  actuelles 
pour  croire  à  l'autre  Allemagne,  à  celle  qu'on  chercherait 
vainement  aujourd'hui.  »  (Temps  du  5.) 

Samedi  5  février.  —  L'artillerie  française,  bom- 
bardant le  plateau  de  Navarin  (Champagne),  a  démoli 
des  réservoirs  à  gaz  dont  le  contenu  a  été  rejeté  par  le 
vent  sur  les  lignes  allemandes. 


38  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Le  coût  de  la  vie  en  Bulgarie  a  augmenté  de  80- 
i5o  °/o,  les  Allemands  ayant  acquis  tous  les  objets 
d'alimentation. 

Le  scorbut  fait  son  apparition  dans  la  garnison  anglo- 
indienne  de  Kut. 

Trois  sous-marins  autrichiens  seraient  entrés  dans  la 
Marmara. 

Neuf  cents  Allemands,  entrés  dans  la  Guinée  espa- 
gnole, y  ont  été  désarmés. 

Nouvelles  émeutes  à  Berlin  dans  le  quartier  de 
Moabit  (?). 

La  Nouvelle  Presse  libre  publie  un  discours  du  prési- 
dent de  la  Chambre  de  commerce  de  Prague,  hostile  à 
l'union  douanière  avec  l'Allemagne. 

Le  Parlement  canadien  s'ctant  réuni  au  Musée  natio- 
nal, le  président  du  Conseil  Borden  a  déploré  la  mort 
de  sept  personnes,  dont  un  député,  dans  la  catastrophe 
récente.  Sir  W.  Laurier  a  dit  que  les  Allemands  étaient 
les  auteurs  du  crime,  que  le  Canada  avait  désormais 
son  Reims  et  son  Louvain.  Pourtant,  le  chef  de  la 
police  canadienne  croit  encore  à  l'origine  accidentelle 
de  l'incendie. 

Dimanche  6  février.  —  A  la  suite  d'une  escar- 
mouche dans  l'Adriatique,  un  croiseur  anglais  et  un 
torpilleur  français  mettent  en  fuite  quatre  destroyers 
autrichiens.  Ceux-ci  reviennent  à  la  charge  le  lende- 
main, mais  le  croiseur  anglais  échappe  à  la  torpille 
d'un  sous-marin  ennemi. 

Des  hydroplanes  misses  bombardent  Zongouldak. 

Un  professeur  de  Heidelberg  a  fait  savoir  à  Jean 
Finot  (voir  le  Temps  du  7)  que  plus  de  cinq  cents  intel- 
lectuels allemands  ont  refusé  de  signer  le  manifeste  des 
quatre-vingt-treize. 

Harden  fait  a  Berlin  une  conférence  où  il  exprime  sa 
confiance  dans  la  force  de  l'Allemagne  et  nie  tous  les 
actes  de  barbarie  qu'on  lui  reproche  :  «  Si  nos  ennemis 
veulent  anéantir  l'Allemagne,  qu'ils  sachent  qu'en  ce 
cas  la  guerre  ne  fait  que  commencer  pour  elle  !  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  39 

Parlant  à  la  section  socialiste  du  Pré-Saint-Gervais, 
Vandervelde  fait  l'éloge  de  l'Internationale  : 

«  L'Internalionale  est  une  grande  puissance  de  paix  ;  elle 
a  proclamé,  de  tout  temps,  le  droit  des  nationalités,  que 
toutes  les  sections  n'ont  cessé  de  reconnaître.  Le  socialisme, 
d'autre  part,  combat  les  guerres  d'agression  et  de  conquête, 
mais  il  légitime  les  guerres  défensives. 

«  La  guerre  actuelle  est  l'événement  le  plus  considérable 
de  l'histoire,  le  plus  révolutionnaire  qui  se  soit  produit 
depuis  1793.  Les  temps  modernes  seront  par  elle  coupés  en 
deux.  L'Internationale  subira  le  même  contre-coup.  Elle 
devra  condamner  et  frapper  ceux  qui  ont  déclenché  la  cata- 
strophe actuelle. 

«  Les  travailleurs  d'Occident  ont  accompli  leur  tâche, 
fidèles  à  leur  devoir.  A  une  guerre  d'agression,  de  conquête 
et  d'oppression,  ils  ont  opposé  la  résistance  que  la  pensée 
socialiste  leur  a  inspirée.  Les  prolétaires  des  empires  cen- 
traux peuvent-ils  se  flatter  d'avoir  servi  le  même  idéal  ? 

«  L'Internationale  retrouvera  sa  vigueur,  sa  prospérité 
après  la  paix,  c'est-à-dire  après  la  victoire  du  droit  et  de  la 
justice,  lorsque  les  nations  alliées  auront  réduit  à  l'impuis- 
sance l'impérialisme  et  le  militarisme  allemands  et  assuré 
aux  peuples  victimes  de  l'agression  germanique  les  répara- 
tions légitimes  auxquelles  ils  ont  droit.  » 

Journal  de  Genève  :  «  La  comparaison  des  mérites  res- 
pectifs de  l'offensive  et  de  la  défensive  ne  se  pose  plus 
comme  jadis,  parce  qu'il  n'y  a  plus,  à  proprement  parler, 
de  défensive.  L'expérience  a  prouvé  qu'une  position  de  cam- 
pagne, fortement  attaquée,  ne  pouvait  pas  être  conservée; 
mais  elle  peut  être  reprise,  par  les  mêmes  raisons  qui  ont 
empêché  de  la  conserver,  parce  qu'une  défense  passive  ne 
lient  pas  devant  une  offensive  active.  Ce  qu'on  appelle  la 
guerre  défensive  que  font  les  Allemands  sur  le  front  d'Occi- 
dent n'est  en  réalité  qu'une  série  de  contre-offensives,  et  les 
attaques  des  uns  s'opposent  aux  attaques  des  autres,  non 
à  leur  défense.  » 

Lundi  7  février.  —  On  dit  que  l'Italie  retire  des 
troupes  du  nord  de  l'Albanie. 

Il  est  question  de  navires  allemands  échappés  des 
ports  sud-américains  qui  feraient  des  raids  dans  l'At- 
lantique et  le  Pacifique. 

Les  policiers  canadiens  ont  découvert  un    complot 


40  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

allemand,  ayant  son  centre  aux  États-Unis,  destiné  k  * 
l'invasion  du  Canada.  De  grandes  quantités  d'armes 
ont  été  cachées  à  cet  effet  près  de  la  frontière. 

Le  Gouvernement  anglais  publie  un  cahier  conte- 
nant les  papiers  de  Von  Papen,  d'où  il  résulte  que  les 
faux  passeports  américains  étaient  fabriqués  à  l'ambas- 
sade d'Allemagne  à  Washington. 

L'Allemagne  dit  avoir  fait,   depuis  le   début  de   la  - 
guerre,    1.429.000    prisonniers    et   s'être    emparée    de 
g. 700  canons. 

Mardi  8  février.  —  Les  Allemands  font  sauter 
deux  mines  k  l'ouest  de  La  Folie  et  pénètrent  dans 
quelques  éléments  de  la  tranchée  bouleversée  et  de  la 
tranctiée  de  doublement,  où  s'engage  un  vif  combat. 

Progrès  français  au  sud  de  la  Somme. 

Une  grosse  pièce  allemande  lance  trois  obus  sur  Bel- 
fort. 

Le  dégel  et  les  inondations  du  Niémen  rendent  la 
situation  des  Allemands  très  difficile  ;  ils  se  ravitaillent 
par  des  canots. 

Vifs  combats  au  nord-ouest  de  Tarnopol. 

On  prétend  k  Bucharest  que  Guillaume  II  aurait  dit 
à  Niscn  :  «  Si  la  leçon  de  la  Serbie  ne  suffît  pas  k  la 
Roumanie,  il  n'y  a  que  60  kilomètres  du  Danube  à 
Bucharest.  » 

La  flotte  anglaise  bombarde  les  défenses  extérieures 
de  Smyrne,  le  quartier  général  de  Clazomène  et  la 
caserne  de  Vourla. 

Sur  la  côte  de  Syrie,  un  sous-marin  allemand  coule 
le  croiseur  français  Amiral-Charner ;  un  seul  marin  est 
sauvé. 

L'Osseruatore  Romano  publie  une  note  énergique 
contre  les  bombardements  aériens  de  villes  ouvertes  et 
de  territoires  non  défendus. 

On  fait  observer  en  Italie  que  le  rayon  d'action  des 
avions  ayant  beaucoup  augmenté,  Vienne  pourrait  subir 
un  jour  les  effets  d'un  raid  de  représailles  (3 00  kilo- 
mètres). 

Le  sous-secrétaire  d'Etat  k  l'aéronautique,  René  Bes- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  41 

nard,  donne  sa  démission  ;  ces  services  sont  replacés 
sous  l'autorité  directe  du  ministère  de  la  Guerre. 

Les  États-Unis  ont  triplé  le  chiffre  de  leurs  affaires 
avec  les  Alliés. 

Un  rapatrié  d'Allemagne,  industriel  connu,  écrit  à  la 
Liberté  :  «  Ce  n'est  pas  par  le  côté  économique  que  l'Alle- 
magne succombe  en  ce  moment,  mais  par  l'effroyable  héca- 
tombe qu'elle  a  subie...  Le  Kaiser  a  gardé  son  autorité  et  son 
prestige;  le  peuple  est  discipliné.  » 

Mercredi  9  février.  —  Briand  et  Bourgeois,  mi- 
nistres français,  partent  pour  Rome  afin  de  se  concerter 
avec  Salandra  et  Sonnino  ;  ils  iront  ensuite  voir  le  Roi 
au  quartier  général. 

Les  Allemands  continuent  à  attaquer  sur  le  chemin 
de  Neuville  k  La  Folie. 

Cinquante  obus  sur  Reims,  sept  sur  Belfort. 

Les  Russes  ont  occupé  Uciezko  et  se  sont  portés 
sur  la  rive  droite  du  Dniester,  gagnant  ainsi  du  terrain 
à  l'ouest  de  Czernovitz. 

Les  Autrichiens  ont  occupé  Tirana,  évacué  par 
Essad  Pacha. 

Progrès  russes  au  sud  d'Hamadan. 

Une  canonnière  allemande  est  coulée  sur  le  lac  Tan- 
ganiyka  par  les  Anglais. 

Deux  hydravions  allemands  jettent  des  bombes  près 
de  Ramsgate  et  de  Broadstairs. 

Les  pertes  prussiennes  atteignent  2.878.000  hommes. 

Une  réunion  tenue  à  Toronto  (Canada)  adopte  ce  pro- 
gramme :  a  Ni  marchandise,  ni  main-d'œuvre,  ni  émi- 
grants  allemands.  » 

Repington  (Times)  estime  qu'en  dix-huit  mois  les 
Allemands  ont  perdu  2.700.000  hommes  et  qu'ils  en 
ont  encore  sur  le  front  3. 600. 000  (total  6,3oo.ooo).  Il 
y  aurait  donc,  sur  un  total  présumé  de  9  millions, 
2.700.000  hommes  de  réserve,  dont  700.000  indispen- 
sables à  la  garde  des  voies  et  frontières.  A  raison  de 
i5o.ooo  hommes  de  déchet  par  mois,  l'armée  allemande 
peut  conserver  sa  force  jusqu'en  février  191 7. 

[Ce  calcul  est  faux  :  1°  parcg  que  l'Allemagne  n'a  jamais 


42  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

pu  avoir  plus  de  8  millions  d'hommes  disponibles;  2°  parce 
qu'il  lui  en  faut  au  moins  i  million  pour  son  industrie.  Le 
chiffre  des  réserves  ne  peut  donc  dépasser  700.000  hommes.] 


tirait  sur  Belfort  a  été  repérée  et  des  tirs  de  représailles 
ont  été  exécutés  sur  les  établissements  industriels  de 
Dornach. 

Une  note  officielle  déclare  que  l'Italie  n'évacuera  pas 
Yalona. 

Les  étudiants  de  Jassy  ont  empêché  les  professeurs 
germanophiles  de  tenir  leurs  cours  à  l'Université. 

La  Chambre  grecque,  à  la  presque  unanimité, 
approuve  la  politique  du  Gouvernement. 

Les  troupes  françaises  occupent  la  ligne  ouest  du 
Vardar. 

L'Allemagne  déclare  qu'elle  traitera  en  belligérants 
tous  les  navires  de  commerce  armés.  Le  nouveau  ré- 
gime sera  appliqué  à  partir  du  29  février.  On  se  demande 
comment  les  sous-marins  s'assureront  que  les  navires 
de  commerce  sont  armés. 

Un  sous-marin  allemand  détruit  deux  dragueurs  de 
mines  anglais. 

L'Angleterre  réquisitionne  des  navires  afin  de  régler 
la  grave  question  du  fret  qui  pèse  sur  l'Italie. 

Lansing  invite  a  dîner  BernstorfF;  on  prétend  qu'il 
veut  ainsi  signifier  que  l'affaire  du  Lusitania  est  réglée, 
alors  qu'elle  ne  l'est  pas  du  tout. 

Les  États-Unis  questionnent  l'Autriche  au  sujet  du 
navire  américain  Petrolite,  canonné  et  pillé  par  un 
sous-marin. 

Le  Matin  publie  la  liste  de  24  dirigeables  allemands 
détruits  depuis  le  début  de  la  guerre,  avec  dates  et 
circonstances. 

Briand  et  la  mission  française  ont  été  reçus  à  Rome. 
Briand  a  dit  :  «  Il  n'y  a  pas  plusieurs  fronts,  il  n'y  en  a 
qu'un  seul.  » 

Parlant  des  nouveaux  bruits  d'une  paix  sans  annexions  qui 
circulent  en  Suisse,  le  Temps  fait  observer  que  les  rumeurs 
de  ce  genre  sont  toujours  d'origine  allemande  et  il  conclut  : 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  43 

«  C'est  en  ennemi  des  nations  et  des  hommes  libres  que  les 
soldats  du  droit  traiteront  l'Allemand  jusqu'à  ce  qu'il  recon- 
naisse la  faillite  du  militarisme  prussien.  » 

A  San  Francisco,  le  grand  jury  a  ordonné  la  mise  en 
accusation  des  consuls  allemand  et  turc  pour  conspira- 
tion contre  la  production  et  l'envoi  des  munitions  ainsi 
que  pour  incendies. 

L'École  normale  supérieure  a  compté  298  élèves  au 
front  ;  86  ont  été  tués,  99  blessés,  24  faits  prisonniers  ; 
18  ont  disparu. 

Vendredi  11  février.  —  Les  Allemands  renou- 
vellent leur  attaque  au  sud  de  Frise,  mais  échouent. 

Au  nord-est  de  la  butte  du  Mesnil,  les  Français  pren- 
nent 3oo  mètres  de  tranchées  et  repoussent  une  contre- 
attaque. 

Dix  obus  vers  et  sur  Belfort. 

Canonnade  extrêmement  violente  en  Alsace;  plusieurs 
villages  sont  détruits  parles  obus  allemands. 

Vifs  combats  dans  la  région  de  Tsebrov  en  Galicie. 

On  dit  à  Londres  que  le  but  principal  du  voyage  de 
Briand  à  Rome  est  d'obtenir  la  coopération  active  de 
l'Italie  dans  les  Balkans. 

Feyler  constate  que  l'Allemagne,  depuis  les  batailles 
des  Flandres,  a  maintenu  sur  le  front  ouest  les  deux 
tiers  de  ses  effectifs,  alors  que  ses  forces  en  Russie  res- 
tent stationnaires  ou  diminuent.  Depuis  septembre  1916, 
il  y  a  i5o  bataillons  de  plus  sur  le  front  français. 

Sazonov  a  dit  à  un  journaliste  de  Moscou  que  l'Alle- 
magne est  trop  épuisée  financièrement  pour  pouvoir 
continuer  longtemps  la  guerre. 

A  la  Chamure  suédoise,  à  propos  du  vote  de  la  liste 
civile,  un  socialiste  a  accusé  le  Roi  d'avoir  fait  pression 
sur  l'Italie  pour  l'empêcher  de  se  joindre  aux  Alliés.  Le 
crédit  a  été  voté  par  86  voix  contre  i4  et  5o  abstentions. 

Une  conférence  neutre  en  faveur  de  la  paix  s'est 
ouverte  a  Stockholm  sous  la  présidence  du  bourgmestre. 
Programme  :  suppression  des  armements  et  création 
d'une  législation  internationale  protégeant  la  liberté  des 
peuples  et  des  individus. 


44  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Par  suite  de  la  congestion  des  ports  et  de  la  disette 
de  navires,  les  exportations  américaines  vers  l'Europe 
sont  momentanément  presque  suspendues.^ 

Garrison,  ministre  de  la  Guerre  aux  États-Unis,  a 
donné  sa  démission. 

Samedi  12  février.  —  Les  Allemands  attaquent 
sans  succès  sur  le  canal  de  l'Yser,  vers  Steenstraate  et 
Hetsas. 

Bombes  anglaises  sur  Lille. 

Une  violente  attaque  allemande  vers  Soissons  est 
repoussée. 

Actions  d'artillerie  très  vives  en  Champagne.  Les 
Allemands  ont  pénétré  dans  un  petit  saillant  de  notre 
ligne,  entre  la  route  de  Navarin  et  celle  de  Saint- 
Souplet. 

Les  Autrichiens  pénètrent  par  surprise  dans  les  retran- 
chements italiens  de  la  zone  du  Rambon,  au  nord  de 
Plezzo. 

Des  134.000  soldats  serbes  sauvés  jusqu'à  ce  jour, 
1 16.000  sont  à  Corfou  et  dans  les  îles  voisines,  10.000  à 
Salonique  et  8.000  en  Tunisie. 

Le  tiers  du  Monténégro  est  encore  libre;  il  n'y  a  que 
4.000  Monténégrins  prisonniers.  La  guerre  de  partisans 
commence  à  inquiéter  les  Autrichiens. 

De  nombreux  soldats  bulgares  désertent  et  entrent 
en  Roumanie. 

On  dit  qu'il  y  a  25. 000  Allemands  à  Roustchouk  et 
5o.ooo  à  Choumla. 

L'incident  du  Lusitania  n'est  pas  réglé  ;  Bernstorff 
demande  de  nouvelles  instructions  a  Berlin.  Les  puis- 
sances de  l'Entente  ont  déclaré  à  Washington  qu  elles 
ne  pouvaient  admettre  la  proposition  américaine  de 
janvier  1916  relative  au  désarmement  complet  des 
navires  de  commerce.  La  presse  allemande  exulte  à 
l'annonce  d'une  guerre  de  destruction  contre  les  marines 
alliées. 

Des  avions  autrichiens  ont  survolé  la  province  de 
Ferrare;  àRavenne,  l'avant-porche  de  Saint-Apollinaire 
a  été  endommagé. 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  45 

Les  planètes  Jupiter  et  Vénus,  très  proches  l'une  de 
l'autre,  sont  prises  à  Rouen  pour  des  zeppelins  silen- 
cieux. 

Par  suite  du  manque  de  matières  premières,  les  ver- 
reries allemandes  ont  fermé  leurs  portes. 

Refaisant  les  calculs  de  Repington,  Chavenon  {Infor- 
mation) admet  que  l'Allemagne,  y  compris  les  trois 
classes  1915-1917,  a  disposé  de  10.200.000  hommes. 
Les  services  intérieurs,  y  compris  les  usines,  en  ré- 
clament 1  million  ;  il  y  a  3.5oo.ooo  hommes  sur  les 
fronts;  restent  5.700.000  hommes,  dont  il  faut  défalquer 
3.800.000  hommes  de  pertes,  ooo.ooo  malades  ou  éclo- 
pés  ;  restent  1.400.000  hommes  de  réserve,  qui  peuvent 
être  portés  à  2  millions  par  les  récupérés. 

[Tous  ces  calculs  sont  faux,  car  ils  supposent  que  les 
hommes  en  âge  de  servir  sont  tous  en  état  de  servir  ;  d'autre 
part,  on  ne  possède  aucime  donnée  positive  sur  le  nombre 
des  récupérés.'] 

Des  banques  de  Berlin  prêtent  200  millions  de  marks 
à  l'Autriche. 

Le  Gouvernement  anglais  contrôle  2.834  usines  de 
guerre. 

Une  imposante  manifestation  a  lieu  à  Rome  ;  Briand 
harangue  la  foule  enthousiaste  sur  la  place  Farnèse. 

La  Gazette  officielle  de  Rome  promulgue  la  défense 
d'importer  des  marchandises  allemandes. 

Dimanche  13  février.  —  Luttes  intenses  au  sud 
de  Frise. 

Vive  attaque  allemande  au  nord  de  Soissons,  re- 
poussée. 

A  l'est  de  Seppois,  nous  perdons  quelque  terrain  (le 
i3  et  le  i4). 

La  capture  par  les  Russes  du  village  de  Garbounovka, 
dans  la  région  de  Dvinsk,  est  considérée  comme  uu 
succès  important. 

On  dit  qu'une  dizaine  de  divisions  allemandes  se 
concentrent  vers  Guevgeli,  Doiran  et  Strumitza. 

Les  Bulgares  ont  occupé  Elbassan. 

Les  Français  appellent  Salonique  le  Calais  des  Bal- 


46  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

kans  ;  les  Italiens  appellent  Valona  la  Salonique  d'Al- 
banie. 

Les  Russes  progressent  autour  d'Erzeroum  par  25° 
de  froid,  au  milieu  d'une  neige  épaisse.  Ils  annoncent 
la  prise  de  700  soldats,  de  7  canons,  de  i.ooo  têtes  de 
bétail.  Un  bombardement  a  produit  une  violente  explo- 
sion dans  un  fort  de  la  place  d'Erzeroum,  vers  laquelle 
on  assure  que  l'armée  turque  des  Dardanelles  se  dirige 
en  hâte. 

Djemal  refuse,  dit-on,  de  prendre  le  commandement 
de  l'expédition  d'Egypte,  qu  il  qualifie  de  folie. 

Les  Russes  occupent  Daoulat-Abad  près  d'Hamadan. 

Bernstorff  affirme  que  l'Allemagne  ne  songe  pas  à 
attaquer  des  paquebots,  armés  ou  non,  mais  seulement 
des  cargos  transportant  des  vivres  ou  des  munitions. 

Briand  et  la  mission  française  se  rendent  au  grand 
quartier  général  italien. 

La  visite  de  délégués  espagnols  à  Perpignan  donne 
lieu  à  de  chaleureuses  manifestations  de  sympathie.  Le 
président  de  l'Athénée  de  Barcelone  a  déclaré  que  les 
vrais  sentiments  de  l'Espagne  étaient  méconnus.  Un 
député  conservateur  aux  Cortès  a  parlé  dans  le  même 
sens. 

Vu  l'augmentation  du  prix  du  papier  (4o  °jo),  2.000 
journaux  et  revues  ont  cessé  de  paraître  en  Allemagne. 

Le  Moniteur  officiel  de  l'Empire  publie  une  nouvelle 
liste  de  sociétés  d'assistance  formées  en  vue  de  la 
guerre,  avec  l'indication  de  leur  durée.  On  remarque 
que  la  date  extrême  prévue  est  le  3o  juin  1916. 

Dans  une  réunion  en  masse,  les  habitants  de  Berlin 
(Ontario)  ont  demandé  que  l'on  changeât  le  nom  de 
leur  ville. 

Lundi  i4  février.  —  Entre  le  canal  Ypres-Comines 
et  le  chemin  de  fer,  les  Allemands  ont  pénétré  dans  les 
tranchées  anglaises  sur  600  mètres.  Leurs  autres 
attaques,  très  violentes,  ont  échoué. 

Un  journal  important  de  Stockholm  annonce  que 
l'Allemagne  réunit  de  très  grandes  forces  pour  une 
offensive  sur  le  front  français. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  47 

Les  Allemands  ont  fortifié  Brest — Litovsk  en  prévi- 
sion d'un  siège. 

L'artillerie  russe  oblige  les  Autrichiens  à  évacuer 
leurs  tranchées  au  nord-ouest  de  Tarnopol. 

Les  Autrichiens  sont  à  lo  kilomètres  de  Durazzo, 
les  Bulgares  à  20  kilomètres. 

Les  Allemands  arrêtent  beaucoup  de  notables  grecs 
et  israélites  à  Monastir. 

La  Boumanie  rappelle  tous  les  réservistes  roumains 
qui  sont  à  Salonique. 

Lucaciu,  le  candidat  transylvain,  en  ballottage  avec 
un  candidat  ministériel,  s'est  désisté  pour  ne  pas  créer 
d'embarras  au  Gouvernement  roumain. 

Le  tsar  Ferdinand  a  été  reçu  k  Vienne  par  l'empereur. 

L'Arethusa,  heurtant  une  mine,  coule  dans  la  mer  du 
Nord. 

Des  avions  autrichiens,  survolant  Milan,  tuent  8  per- 
sonnes et  en  blessent  80.  D'autres  bombes  sont  jetées 
sur  Treviglio,  Bergame  et  Monza. 

Une  proclamation  du  roi  d'Angleterre  appelle  tous  les 
célibataires  sous  les  drapeaux. 

Les  ministres  de  France,  de  Grande-Bretagne  et  de 
Bussie  se  sont  présentés  à  Sainte-Adresse  au  ministère 
des  Allaires  étrangères  de  Belgique  et  ont  déclaré 
1°  que  le  Gouvernement  belge  serait  appelé  à  participer 
aux  négociations  pour  la  paix  ;  2°  que  les  puissances 
alliées  ne  feraient  pas  la  paix  sans  que  la  Belgique  soit 
rétablie  dans  son  indépendance  et  largement  indem- 
nisée. 

L'Italie  et  le  Japon,  n'étant  pas  au  nombre  des  puis- 
sances garantes  de  l'intégrité  de  la  Belgique,  ont  fait 
savoir  qu'elles  n'avaient  rien  à  objecter  aux  déclara- 
tions des  Alliés. 


\ 


Mardi  15  février.  —  Après  dix  jours  de  combats, 
accalmie  sur  le  front  français.  Nous  avons  repris  une 

ftartie  des  éléments  avancés  occupés  par  les  Allemands, 
e  i3  février,  sur  la  route  de  Talmont  à  Saint-Py.  En 
fait,  vingt  attaques  allemandes  ont  été  brisées,  mais 
l'une  d'elles  a  fait  quelques  progrès  sur  le  front  anglais. 


48  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

On  dit  que,  sur  le  front  de  Bessarabie,  les  travaux 
techniques  des  Russes  sont  dirigés  par  des  officiers 
français  et  japonais. 

Le  Tsar  a  télégraphié  à  Poincaré  pour  le  féliciter  du 
sauvetage  heureusement  accompli  de  l'armée  serbe. 

Des  détachements  serbes  résistent  au  nord  de  Du- 
razzo. 

Le  général  Moschopoulos  aurait  dit  à  des  officiers 
français  :  «  Si  vos  ennemis  viennent  vous  attaquer  à 
Salonique,  ils  laisseront  deux  mètres  haut  de  cadavres 
sans  pouvoir  forcer  vos  lignes.  » 

Un  sous-marin  allié  entre  dans  le  Bosphore  et  y  tor- 
pille des  navires  turcs  chargés  de  munitions. 

Wilson  et  les  membres  de  son  cabinet  refusent  de 
reconnaître  la  thèse  allemande  sur  le  torpillage  des 
navires  marchands  soupçonnés  d'être  armés. 

Des  avions  autrichiens  font  peu  de  dégâts  sur  Rimini. 

Quinze  avions  français  lancent  i5o  obus  sur  Stru- 
mitza. 

Le  mouvement  séparatiste  des  provinces  de  Yunnan 
et  de  Koeï-Tcheou  progresse  et  a  gagné  le  Se-Tchouen. 

À  la  Chambre  des  Lords,  après  la  lecture  du  discours 
du  trône,  Asquith  a  dit  :  c(  Je  n'ai  pas  plus  de  doute  sur 
notre  triomphe  final  que  je  n'en  ai  sur  la  justice  de 
notre  cause.  »  Il  a  ajouté  que  les  troupes  britanniques 
en  France  s'étaient  accrues  de  huit  divisions  de  la  nou- 
velle armée  et  déclaré  que  Tow^nsend  avait  encore  des 
vivres  à  Kut. 

L'Angleterre  dépense  actuellement  i25  millions  de 
francs  par  jour. 

D'après  le  projet  de  crédits  déposé  par  Ribot  à  la 
Chambre,  la  France,  le  3o  juin  191 6,  aura  dépensé 
46  milliards  5oo  millions  pour  la  guerre. 

La  Commission  du  buciget  k  la  Diète  prussienne  a 
adressé,  au  chancelier,  une  requête  demandant  à  ne 
tenir  aucun  compte  de  l'opinion  américaine  dans  l'ex- 
tension de  la  guerre  navale.  Les  journaux  officieux 
blâment  vivement  cette  ingérence  de  la  Diète  dans  une 
affaire  relevant  du  Gouvernement  impérial. 

Un    sénateur    républicain    a    déposé   au    Sénat   de 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  49 

Washington  une  résolution  suivant  laquelle  l'ordre  de 
l'Amirauté  allemande  de  couler  sans  avertissement  les 
navires  marchands  alliés  provoque  l'inquiétude  du 
Sénat.  On  dit  que  les  Etats-Unis  vont  demander  à  l'Al- 
lemagne comment  les  sous-marins  reconnaîtront  que 
les  navires  sont  armés. 

A  New-York,  dans  une  assemblée  plénière,  le  parti 
républicain  a  applaudi  le  sénateur  Elihu  Root,  qui  a 
attaqué  le  Gouvernement  actuel  pour  avoir  abandonné 
la  Belgique  :  «  Une  simple  expression  officielle  des 
États-Unis,  déclara  Root,  une  seule  phrase  de  désap- 
probation ou  de  refus  d'approuver  l'acte  de  l'Allemagne 
aurait  fait  des  États-Unis  les  directeurs  de  la  conscience 
et  de  la  moralité  de  tous  les  neutres.  » 

Mercredi  i6  février.  —  L'armée  monténégrine 

(20.000  hommes)  a  été  débarquée  à  Corfou. 

Les  désertions  se  multiplient  sur  le  front  bulgare. 

Venizelos  nie  qu'il  travaille  contre  la  dynastie  et 
adjure  l'opinion  française  de  ne  pas  faire  porter  à  la 
Grèce  la  responsabilité  de  l'attitude  d'un  gouvernement 
irrégulier. 

Après  une  résistance  de  quinze  jours,  Erzeroum  est 
tombé  ;  les  Turcs  sont  en  fuite  vers  l'ouest.  Les  Armé- 
niens échappés  au  massacre  ont  fait  un  accueil  chaleu- 
reux aux  Russes. 

L'Allemagne  mouille  des  mines  devant  la  pointe  sud- 
ouest  de  la  côte  suédoise  ;  la  presse  de  Stockholm  pro- 
teste. 

On  prétend  que  l'Allemagne  vient  de  terminer  loo 
nouveaux  sous-marins  et  de  construire  un  cuirassé  à 
l'abri  des  torpilles. 

Le  colonel  Feyler,  parlant  des  exploits  des  avions 

autrichiens  en  Italie,  écrit  dans  le  Journal  de  Genève  : 

«  Ces  militaires  germains  du  vingtième  siècle  de  l'ère 

chrétienne  finiront  par  lasser  le  mépris.  » 

jk        On  affirme  que  le  dirigeable  qui  attaqua  Paris  est 

1  venu  s'échouer  et  se  perdre  près  d'Ath,  en  Belgique. 

\     Au  Landtag  de  Bade,  le  député  progressiste  Hummel 

■demande  que  les  belligérants  s'accordent  pour  s'inter- 


50  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

dire  le  bombardement  par  avions  de  villes  ouvertes. 
La  Gazette  populaire  de  Cologne  n'est  pas  de  cet  avis 
et  déclare  que  les  zeppelins  feront  encore  beaucoup  de 
mal  k  Paris  (numéro  du  17). 

La  conquête  du  Cameroun  allemand  est  complète, 
sauf  pour  la  position  isolée  de  la  colline  de  Mora, 

Une  explosion,  due  à  la  malveillance,  a  détruit  le 
club  américain  à  Toronto  (Canada). 

A  Brooklyn,  un  incendie  a  détruit  trois  grands  va- 
peurs chargés  de  munitions  pour  Vladivostok  ;  les  pertes 
atteignent  25  millions. 

Commentant  la  réouverture  du  Parlement,  le  Daily 
Telegraph  écrit  : 

«  L'Angleterre  et  ses  alliés  entament  un  nouveau  chapitre 
de  conflit,  sachant  que  les  raisons  de  compter  sur  la  victoire 
n'ont  jamais  été  meilleures.  Les  frais  croissants  de  la  guerre 
étonneront  les  générations  futures,  mais  nous  continuerons  à 
les  supporter  jusqu'à  ce  que  soit  accomplie  la  tâche  de  dé- 
barrasser la  civilisation  du  fléau  le  plus  néfaste  qu'elle  ait 
subi.  » 

Jeudi  17  février.  —  On  constate  sur  le  front  fran- 
çais la  présence  de  soldats  allemands  de  la  classe  1916. 

Le  Gouvernement  turc  ayant  décidé  de  déporter  les 
familles  des  Grecs  de  Turquie  qui  ne  rentreraient  pas 
pour  être  incorporés,  le  Gouvernement  grec,  soutenu 
par  la  presse,  proteste  énergiquement. 

Des  troubles  à  Constantinople  et  à  Smyrne  sont 
réprimés  par  la  police  allemande. 

Dans  sa  réponse  aux  félicitations  à  Poincaré,  le  grand- 
duc  écrit  que  «  la  prise  d'Erzeroum  est  d'une  importance 
capitale  pour  l'heureuse  issue  de  nos  communs  efforts  j». 

Invalide  russe  :  «  L'armée  du  Caucase  a  fait  un  miracle, 
dont  on  parlera  longtemps  dans  l'histoire  militaire.  » 

Novoïé  Vrémia  :  «  Les  Turcs  ne  peuvent  pas  amener  de 
renforts  avant  deux  mois;  nous  saurons  utiliser  ce  délai.  : 

Sir  Arthur  Evans,  dans  le  Manchester  Guardian, 
s'élève  contre  l'abandon  du  Monténégro,  que  l'Angleterre 
n'aurait  pas  secouru  et  ravitaillé  à  cause  de  la  tension 
entre  l'Italie  et  les  Slaves  de  la  côte  adriatique.  Un 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  51 

renfort  de  20.000  hommes  aurait  suffi  à  rendre  le  Lovcen 
inexpugnable. 

Au  Landtag  de  Prusse,  le  sous-secrétaire  d'État  recon- 
naît la  crise  des  céréales,  la  qualité  de  la  récolte  ayant 
été  très  médiocre. 

L'ambassade  de  Russie  à  Rome  déclare  qu'alors  que 
l'Allemagne  n'avoue  que  82.000  hommes  de  pertes  en 
janvier,  elle  a  perdu  plus  de  100.000  hommes  par  le 
froid  sur  le  front  oriental. 

Max.  Harden  {Zukunfi)  conseille  à  l'Allemagne  d'en- 
voyer un  ultimatum  à  ses  ennemis  (c'est-k-dire  de  pro- 
poser la  paix),  ce  Nous,  Allemands,  nous  n'avons  pas  le 
temps  d'attendre.  » 

Le  mark,  à  Amsterdam,  retombe  à  42,60. 

Les  États-Unis  déclarent  qu'ils  ne  peuvent  considérer 
leur  différend  avec  l'Allemagne  comme  réglé  tant  qu'ils 
n'auront  pas  reçu  l'assurance  que  le  nouveau  programme 
de  guerre  sous-marine  ne  mettra  pas  en  danger  les  Amé- 
ricains voyageant  sur  des  paquebots. 

Vendredi  18  février.  —  Les  Russes,  partant  de 
Van,  ont  pris  Musch  et  Akhlat.  Une  division  turque 
a  été  faite  prisonnière. 

La  garnison  allemande  de  Mora  s'étant  rendue,  la 
conquête  du  Cameroun  est  complète. 

On  prétend  que  la  Roumanie,  menacée  d'un  ultima- 
tum des  puissances  centrales,  a  répondu  qu'elle  ne  se 
laisserait  pas  intimider.  Les  interventionnistes  se  sont 
ralliés  à  Rratiano.  Le  Tsar  aurait  exprimé  l'avis  que  la 
Roumanie  doit  suivre  sa  destinée,  qui  est  d'être  opposée 
à  l'Autriche. 

Graves  inondations  dans  la  vallée  du  Rhin. 

Le  ministre  français  pose  la  question  de  confiance 
à  l'occasion  d'une  proposition  sur  le  droit  de  contrôle  ; 
il  obtient  820  voix  contre  i53. 

La  Suisse  est  émue  par  la  publication  d'un  livre  allemand 
sur  la  guerre  dû  à  Ilermann  Fernau,  Allemand  domicilié  à 
Zurich.  Adoptant  la  thèse  de  l'auteur  de  «  J'accuse  »,  Fernau 
pose  au  Gûuyernement  allemand  une  série  de  questions  qui 
ont  fait  saisir  son  livre  en  Allemagne.  «  Pourquoi  le  ton  provo- 


52  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

cateur  de  l'ultimatum  autrichien  à  la  Serbie?  Pourquoi  le 
refus  opposé  par  l'Autriche  à  la  demande  d'un  délai  for- 
mulée par  l'Entente  ?  Pourquoi  l'Autriche  a-t-elle  déclaré 
insuffisante  la  réponse  de  la  Serbie,  dont  l'humilité  étonna 
l'Europe  ?  Pourquoi  l'Allemagne  a-t-elle  déclaré  que  l'Au- 
triche ne  pouvait  être  citée  devant  un  tribunal  européen  ? 
Pourquoi  l'Autriche  a-t-elle  déclaré  qu'elle  ne  pouvait 
accepter  la  proposition  anglaise  ?  Pourquoi  l'Allemagne 
n'a-t-elle  pas  conseillé  la  modération  à  son  alliée  (')?  Pour- 
quoi l'Allemagne  a-t-cUe  tant  insisté  sur  la  localisation  du 
conflit,  alors  que,  comme  le  prouvent  ses  documents 
diplomatiques,  elle  savait  que  la  Russie  était  tenue  d'inter- 
venir ?  Pourquoi  l'ultimatum  autrichien  fut-il  approuvé  à 
Berlin,  alors  qu'il  provo(]uait  évidemment  une  guerre  euro- 
péenne? Pourquoi  le  Gouvernement  allemand  a-t-il  supprimé, 
dans  ses  publications,  toute  mention  des  propositions 
adressées  par  le  Tsar  à  l'Empereur,  à  l'effet  que  toute  la 
question  fût  soumise  au  tribunal  de  La  Haye  ?  » 

Samedi  19  février.  —  On  dit  que  les  Allemands 
ont  amené  devant  Verdun  cinq  divisions  et  une  formi- 
dable artillerie. 

Le  Temps  publie  une  longue  lettre  du  prince  Nicolas 
de  Grèce,  se  plaignant  de  l'injustice  de  l'opinion  fran- 
çaise et  des  doutes  exprimés  en  Angleterre  et  en  France 
sur  la  loyauté  de  la  Grèce,  neutre,  mais  amie. 

P.  Carp,  revenant  de  Vienne,  a  été  reçu  pendant 
plusieurs  neures  par  le  roi  de  Roumanie. 

Lansing  a  protesté,  au  nom  des  Etats-Unis,  auprès 
du  Gouvernement  turc  contre  les  atrocités  commises 
par  les  Turcs  en  Ai'ménie. 


(i)  La  Westminster  Gazette  du  4  août  1914  a  publié  une  ieltre 
de  Berlin  à  l'ambassadeur  d'Allemagne  à  Vienne,  lui  enjoignant  de 
dissuader  l'Autriche  d'opposer  un  refus  aux  demandes  de  négocia- 
tions venues  de  Pétersbourg.  L'authenticité  de  cette  lettre  a  été 
confirmée  au  Rcichstag  par  Bethmana-HoUweg.  Mais  on  remarquera  : 
1°  que  ce  document  n'a  pas  figuré  au  Livre  Blanc  allemand; 
2"  qu'il  n'est  pas  directement  adressé  à  l'Autriche,  mais  à  l'ambassa- 
deur d'Allemagne  ;  3"  que  l'omission  de  ce  document,  là  où  il  aurait 
dû  figurer,  éveille  des  soupçons  graves  sur  l'intégrité  du  texte; 
4°  que  pas  un  conseil  de  modération  n'a  été  donné  à  l'Autriche,  alors 
qu'elle  provoquait  la  Serbie  et  n'acceptait  pas  la  réponse  déférente 
de  ce  petit  pays.  Voir  le  discours  de  Tittoni  à  la  Sorbonne  sur  la 
question  serbe  {Temps  du  26  juin).  —  S.  R. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  53 

Un  sous-marin  autrichien  a  torpillé,  devant  Durazzo, 
le  Memphis,  des  Messageries  Maritimes. 

On  rapporte  que  Guillaume  II  aurait  enjoint  aux 
aviateurs  allemands  d'épargner  Stratford  on  Avon,  pa- 
trie de  Shakspeare  {Liberté  du  20). 

Des  avions  italiens  bombardent  Laibach. 

Un  avion  russe  jette  3o  bombes  sur  le  quartier  géné- 
ral autrichien. 

A  Zurich,  le  mark  est  tombé  à  98,  la  couronne  à  63. 

On  parle  d'une  émeute  causée  par  la  disette  k  Ham- 
bourg. 

Dimanche  20  février.  —  Les  Allemands  essaient 
de  traverser  l'Yser  k  Steenstraate,  mais  sont  repoussés. 

Les  Autrichiens  et  les  Albanais  avancent  vers  Durazzo. 

Une  révolte  de  troupes  bosniaques  se  serait  produite 
en  Albanie  ;  les  révoltés  auraient  été  cernés  et  massacrés 
par  les  Austro-Hongrois. 

La  Grèce  porte  son  armée  à  5oo.ooo  hommes. 

Le  Gouvernement  roumain  demande  à  la  Chambre 
que  le  crédit  de  200  millions  soit  porté  à  600  millions. 

L'Italie  demande  des  explications  à  la  Grèce  au  sujet 
de  paroles  injurieuses  pour  l'Italie  prononcées  à  la 
Chambre  grecque. 

Sur  le  littoral  de  la  Mer  Noire,  les  Russes  ont  re- 
foulé les  Turcs  derrière  la  rivière  de  Bujuk-Déré. 

Quatre  hydravions  allemands  bombardent  Lowestoft 
et  Walmcr  (Kent). 

Des  avions  anglais  bombardent  l'aérodrome  de  Cam- 
brai. 

Des  avions  autrichiens  jettent  des  bombes  sur  Valona 
et  font  80  victimes,  dont  le  consul  d'Italie  et  sa  famille. 

La  Suède  interdit  l'exportation  du  café. 

Lundi  21  février.  —  Dans  le  secteur  de  Lihons, 
très  forte  attaque  allemande  avec  gaz  suffocants. 

Commencement  de  la  grande  bataille  pour  Verdun. 
L'artillerie  allemande  ouvre  un  feu  extrêmement  violent 
sur  les  lignes  françaises,  notamment  sur  les  bois  des 
Caures  et  de  la  Ville. 


54  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Obus  allemands  sur  Saint-Dié. 

Le  Gouvernement  roumain  demande  à  la  Chambre 
d'interdire  d'urgence  toute  exportation  de  céréales  et 
produits  alimentaires  en  dérivant. 

Le  général  Sarrail,  venu  à  Athènes,  y  est  reçu  avec 
enthousiasme  et  voit  longuement  le  roi  Georges. 

Au  cours  de  combats  aériens  sur  les  fronts  d'Alsace, 
d'Argonne  et  de  Champagne,  les  avions  français  dé- 
truisent un  dirigeable  et  quatre  avions. 

Pour  la  première  fois,  nos  avions  ont  eu  affaire  à  une 
escadrille  de  quinze  avions  allemands. 

Washington  se  montre  très  mécontent  des  procédés 
incorrects  de  Bernstorff,  qui  a  rendu  publiques  des 
conversations  secrètes  et  essavé  d'agir  sur  l'opinion 
américaine  en  propageant  de  fausses  nouvelles.  Ainsi 
il  a  fait  annoncer  'que  les  Etats-Unis  étaient  d'accord 
pour  reconnaître  les  prétentions  allemandes  au  sujet 
des  navires  marchands,  alors  que  le  contraire  est  seul 
vrai. 

Mardi  22  février.  — Forte  offensive  des  Allemands 
contre  les  Anglais  sur  le  canal  de  l'Yser.  Une  autre 
offensive  sur  le  bois  de  Givenchy  leur  permet  de  prendre 
des  tranchées  de  première  ligne  et  d'entamer  celles  de 
doublement. 

Devant  Verdun,  les  Allemands  disent  avoir  attaqué 
«  les  positions  fortifiées  qui  gênaient  leurs  communica- 
tions au  nord  de  la  Meuse  >>.  Ils  ont  progressé  de  3  kilo- 
mètres sur  un  front  de  lo  kilomètres,  occupant  le  bois 
d'Haumont  et  un  saillant  au  nord  de  Beaumont. 

En  Haute-Alsace,  progrès  allemands  à  l'ouest  de 
Heidweiler. 

Les  Italiens  prennent  d'assaut  le  sommet  du  Collo. 

Toute  l'armée  autrichienne  du  Monténégro  est  em- 
ployée contre  les  bandes  dans  les  montagnes. 

Les  troupes  d'Essad  ont  réoccupé  Berat. 

Filipesco  et  Take  Jonesco  ont  une  entrevue  avec  le  roi 
de  Roumanie. 

Léon  Maccas  révèle,  dans  une  lettre  au  Temps,  que 
le  traité  serbo-grec  (3  juin    igiS)  prévoyait  bien  l'at- 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  55 

taque  de  la  Serbie  par  une  tierce  puissance.  Il  affirme 
aussi  que  la  Bulgarie  n'a  attaqué  la  Serbie  que  parce 
qu'elle  avait  l'assurance  (du  roi  Georges?)  que  la  Grèce 
resterait  neutre. 

La  colonne  du  général  Aylmer  canonneun  camp  turc 
sur  la  rive  gauche  du  Tigre. 

La  flotte  bulgare,  ayant  essayé  de  sortir,  a  été  obligée 
par  l'escadre  russe  de  se  réfugier  à  Varna. 

Première  séance,  à  Paris,  de  la  Commission  interpar- 
lementaire présidée  par  Clemenceau.  Il  a  dit  aux  députés 
anglais  :  «  Je  vous  attendais  depuis  Hastings,  depuis 
les  jours  du  Prince  Noir.  » 

Le  Tsar  a  ouvert  la  session  de  la  Douma  en  personne. 

Le  Gouvernement  américain  ne  négociera  désormais 
qu'avec  Berlin,  négligeant  Bernstorff,  qui  n'inspire  plus 
confiance. 

Mercredi  23  février.  —  Devant  Verdun,  nous 
avons  perdu  Brabant,  Haumont,  Herbebois,  mais  repris 
une  partie  du  bois  des  Caures.  On  dit  que  sept  corps 
allemands  sont  engagés,  avec  l'artillerie  la  plus  formi- 
dable qui  ait  jamais  été  réunie  sur  un  front  étroit. 

Guillaume  II,  qui  était  à  Wilhelmshafen,  est  parti  ce 
jour  pour  l'armée  de  l'Ouest. 

Le  Tsar  part  pour  le  front. 

Les  Autrichiens  sont  k  lo  kilomètres  au  sud-est  de 
Durazzo,  après  avoir  bousculé  Essad  pacha  et  les  Ita- 
liens à  l'est  de  Bazarciak  (Albanie). 

On  écrit  d'Athènes  que  l'armée  grecque  n'est  nulle- 
ment équipée  pour  une  campagne  et  que  le  peuple  est 
très  désireux  d'éviter  tout  conflit. 

L'évacuation  de  Trébizonde  par  les  Turcs  a  com- 
mencé. Les  Russes  sont  à  deux  jours  de  marche  de 
Rizeh. 

Les  avions  français  lancent  45  projectiles  sur  la  gai^e 
de  Metz-Sablons  et  l'usine  à  gaz,  l^o  sur  la  gare  de 
Mulhouse. 

Lord  Robert  Cecil  est  nommé  ministre,  chargé  d'uni- 
fier les  mesures  de  blocus. 

Le   Gouvernement   portugais   prend    possession  des 


56  CHRONOLOGIE    DE    LA.   GUERRE 

navires  allemands  réfugiés  dans  ses  ports  ;  ce  n'est  pas 
une  confiscation,  mais  une  mesure  de  pi'écaution. 
Sazonov  dit  à  la  Douma  : 

a  Cette  guerre  est  le  plus  grand  des  crimes  de  lèse-huma- 
nité. Le  Gouvernement  allemand  qui  Ta  voulue  cherche  à  se 
justifier  devant  l'opinion  de  son  propre  pays.  Elle  commence 
à  comprendre  que  le  peuple  a  été  dupe  de  ceux  qui,  mal 
informés  par  des  diplomates  incapables,  ont  cru  l'heure 
venue  de  réaliser  leurs  rêves  de  rapine...  Les  Alliés  doivent 
mettre  fin  aux  appétits  voraces  du  pangermanisme,  qui  n'a 
pas  eu  toujours  les  sympathies  de  l'Allemagne  elle-même.  » 
Sazonov  a  aussi  affirmé  que  la  Russie  tout  entière  voulait  la 
réunion  des  tronçons  de  la  Pologne  démembrée,  avec  l'auto- 
nomie complète  pour  le  pays  (Voir  Journal  de  Genève, 
24  février). 

Wilson  refuse  d'admettre  des  restrictions  à  la  liberté 
des  Américains  qui  ont  le  droit,  selon  lui,  de  s'embar- 
quer sur  des  paquebots  de  leur  choix. 

Jeudi  24  février.  —  La  bataille  de  Verdun,  vers 
le  soir,  prend  une  tournure  inquiétante.  Le  bombarde- 
ment s'étend  sur  un  front  de  4o  kilomètres,  de  Malan- 
court  à  Étain  ;  Verdun  est  sans  cesse  arrosé  de  gros 
obus.  Nous  perdons  l'est  du  bois  des  Caures  et  une 
partie  du  bois  des  Fosses.  Le  20*  corps,  au  repos  au 
camp  de  Mailly,  est  dirigé  d'urgence  vers  Verdun. 

Au  sud-ouest  d'Altkirch,  les  Allemands  prennent 
pied  dans  le  bois  de  Carspach. 

Le  général  Moschopoulos  a  dit  à  un  journaliste  que 
Salonique  est  devenu  le  camp  retranché  le  plus  redou- 
table du  monde. 

Essad,  abandonnant  la  partie  en  Albanie,  est  arrivé 
à  Brindisi.  Les  Italiens  évacuent  Durazzo. 

Les  Russes,  poursuivant  les  Turcs  en  retraite  vers 
Kirmanshah,  leur  prennent  du  matériel.  Ils  ont  occupé 
Ispir,  entre  Erzeroum  et  Trébizonde. 

Les  membres  des  Communes  et  des  Lords  de  passage 
à  Paris  ont  déposé  une  palme  au  pied  de  la  statue  de 
Jeanne  d'Arc  (place  des  Pyramides). 

A  la  Chambre  des  Communes,  Snowden  et  Trevelyan 


I 


1 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  57 

ayant  conseillé  des  démarches  en  faveur  de  la  paix, 
Asquith  répond  que  l'Angleterre  ne  remettra  pas  1  épée 
au  fourreau  tant  que  la  domination  militaire  prussienne 
ne  sera  pas  détruite  entièrement  et  pour  toujours. 

Repington  (Times)  se  plaint  que  les  Alliés  n'utilisent 
pas  toutes  leurs  ressources  d'hommes,  notamment 
des  colonies  d'Inde  et  d'Afrique.  Il  estime  à  3. 600.000 
les  Allemands  en  campagne,  à  i  .5oo.ooo  les  Autrichiens, 
à  I  million  les  Turcs  et  les  Bulgares.  L'Angleterre,  a 
elle  seule,  a  des  réserves  presque  égales  à  celles  qui 
restent  aux  empires  du  Centre,  et  la  Russie  en  a  encore 
une  fois  autant,  instruites  et  prêtes. 

Hilaire  Belloc  démontre  que  les  Allemands,  jusqu'à 
la  fin  de  191 5,  avaient  perdu  plus  de  i  million  de  tués, 
ce  qui  implique  de  4  millions  à  4.5oo.ooo  pour  le  chiffre 
total  de  leurs  pertes. 

Après  deux  jours  de  débats  au  Congrès,  Wilson  écrit 
au  président  de  la  Commission  des  Affaires  étrangères 
du  Sénat  qu'il  lui  est  impossible  de  consentir  à  aucune 
restriction  des  droits  américains.  «  Nous  désirons  la 
paix,  ajoute-t-il,  mais  pas  au  prix  de  l'honneur.  » 

Le  3  °/o  français  est  à  6i,5o  après  61. 

Vendredi  25  février.  —  En  Champagne,  nous 
enlevons  un  saillant  ennemi  au  sud  de  Sainte-Marie- 
à-Py. 

Il  neige  abondamment  au  nord  de  Verdun  et  la  vio- 
lence des  attaques  allemandes  ne  diminue  pas.  Nous 
cédons  du  terrain  aux  deux  ailes  et  résistons  sur  la 
ligne  de  Champneuville,  Louvemontet  Douaumont.  La 
population  civile  de  Verdun  a  été  évacuée  ;  les  services 
sont  transférés  à  Bar-le-Duc.  Le  général  Pétain,  avec 
son  «  armée  de  choc  »,  arrive  à  la  rescousse. 

En  Galicie,  la  neige  atteint  de  3  à  4  mètres  de  haut. 

Les  Allemands  disent  qu'ils  vont  reprendre  l'exploi- 
tation des  mines  de  cuivre  de  Bor  (Serbie). 
i         Take    Jonesco    déclare,    dans    VAdeverul,    que    les 
l    Austro-Allemands  n'ont    pas   offert   la   Bukovine  à  la 
m  Roumanie,  mais  bien  la  Bessarabie  et  Odessa,  qui  ne 


58  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

l'intérêt  de  la  Roumanie  se  confondent  avec  ceux  de 
l'Entente. 

Le  roi  de  Grèce  aurait  exprimé  le  désir  de  visiter  les 
fortifications  de  Salonique. 

Les  Russes  ont  occupé  Aschkala  (à  5o  kilomètres 
d'Erzeroum,  sur  la  route  de  Trébizonde). 

Kirmanshah  a  été  occupé  par  les  Russes. 

Les  Portugais  ont  reconquis  tout  l'Angola. 

Une  tempête  de  neige  sévit  sur   Paris,    Lyon,    etc. 

Grièvement  blessé  à  l'œil  droit,  G.  d'Annunzio  a  été 
transféré  à  l'hôpital  de  Venise. 

Le  roi  de  Rulgarie  a  quitté  Vienne  pour  Cobourg, 
allant  visiter  les  tombes  de  ses  ancêtres. 

Samedi  26  février.  —  Une  contre-attaque  alle- 
mande sur  Sainte-Mari e-à-Py  est  repoussée. 

Au  nord  de  Verdun,  la  journée  a  été  la  plus  terrible 
de  la  gnerre( Liberté  du  28).  Après  avoir  pris  le  fort  de 
Douaumont,  Vacherauville  et  la  côte  du  Poivre,  les 
Allemands  ont  dû  évacuer  ces  dernières  positions  ;  les 
Rrandebourgeois  qui  avaient  occupé  les  ruines  du  fort 
de  Douaumont  se  sont  trouvés  presque  encerclés. 
L'arrivée  des  renforts  français  s'est  fait  immédiatement 
sentir.  «  Nos  régiments,  dit  la  Gazette  de  Francfort, 
ont  dû  constamment  traverser  une  mer  de  feu  ;  aussi 
nos  pertes  sont  considérables.  » 

La  prise  du  fort  de  Douaumont  a  été  annoncée  à 
Genève  vers  midi  par  un  communiqué  allemand  spé- 
cial :  ((  Le  fort  cuirassé  de  Douaumont,  le  pilier  angu- 
laire nord-est  de  la  ligne  principale  des  fortifications 
permanentes  de  la  forteresse  de  Verdun,  a  été  pris 
d'assaut  hier  après-midi  par  le  24*^  régiment  d'infanterie 
de  Brandebourg.  »  On  remarque  qu'il  n'est  plus  ques- 
tion de  communications  à  rectifier,  mais  d'une  attaque 
visant  la  prise  de  Verdun. 

Bombardement  prolongé  de  Nancy  et  de  Lunéville. 

Une  attaque  allemande  au  sud-est  de  Celles  (Vosges) 
est  repoussée. 

Kouropatkine  est  nommé  au  commandement  des 
armées  russes  du  Nord. 


f 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  59 

Les  Autrichiens  entrent  à  Durazzo  ;  Vienne  pavoise. 
Les  Italiens  se  sont  rembarques  avec  quelque  peine,  vu 
l'état  de  la  mer. 

Filipesco  est  parti  pour  Petrograd,  avec  un  mandat 
du  roi  de  Roumanie. 

Les  Russes  ont  pris  à  Erzeroum  iS.ooo  hommes  et 
828  canons. 

A  l'ouest  de  l'Égjpte,  succès  anglais  près  de  Barani; 
le  chef  turc,  frère  d'Enver,  aurait  été  tué. 

Le  navire  auxiliaire  Provence  II  a  coulé  dans  la 
Méditerranée  centrale  ;  il  y  a  870  survivants. 

Les  avions  français  lancent  i44  obus  sur  la  gare  de 
Metz-Sablons. 

Le  Congrès  des  républicains  italiens  à  Rome  de- 
mande qu'on  déclare  la  guerre  à  l'Allemagne. 

La  Suède  ayant  proposé  aux  États-Unis  d'intervenir 
avec  les  neutres  pour  protester  contre  les  restrictions 
apportées  au  commerce  maritime,  les  Etats-Unis  ont 
refusé. 

Dimanche  21  février.  —  Progrès  allemands  en 
Champagne  à  la  ferme  Navarin  (nord  de  Souain). 

Devant  Verdun,  grandes  chutes  de  neige.  Les 
Français  tentent  en  vain  de  reprendre  le  fort  de  Douau- 
mont  ;  les  Allemands  ne  réussissent  pas  à  occuper  le 
village.  La  côte  de  Talou,  intenable  pour  les  deux  adver- 
saires, n'est  occupée  par  aucun.  Les  Allemands  tentent 
de  déboucher  en  Woëvre  sur  la  droite  française  ; 
la  station  d'Eix  est  prise  par  eux,  puis  reprise  par 
nous. 

Von  Blume  écrit  à  Berlin  qu'il  ne  s'agit  pas,  pour  les 
Allemands,  de  percer  devant  Verdun,  mais  d'écarter 
l'influence  gênante  de  l'ennemi  sur  les  communications 
allemandes  avec  le  nord  de  la  Woëvre  :  la  preuve,  c'est 
que  l'attaque  a  été  entreprise  dans  la  direction  la  moins 
favorable,  celle  d'une  forteresse  très  solide. 

Trois  vapeurs  anglais,  entre  autres  le  Maloja(P.  0.), 
ont  été  coulés  dans  la  Manche  par  des  mines  flottantes. 

La  lettre  de  Wilson  au  sénateur  Stone  est  très  mal 
accueillie  en  Allemagne. 


I 


60  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Bernstorff  a  remis  à  Lansing  un  mémorandum 
déclarant  que  l'Allemagne  ne  voit  aucune  raison  de 
modifier  ou  d'ajourner  ses  récentes  instructions,  pres- 
crivant de  couler  sans  avertissement  tout  navire  mar- 
chand armé.  Le  chargé  d'affaires  autrichien  s'est  associé 
à  cette  déclaration. 

On  dit  a  Zurich  que  l'Allemagne  a  perdu  de  3o  k 
32  dirigeables,  mais  en  possède  encore  60. 

Le  Gouvernement  allemand  a  protesté  à  Lisbonne 
contre  la  saisie  de  navires  allemands  dans  les  ports 
portugais. 

Le  Moniteur  de  l'Empire  interdit  l'importation  d'ar- 
ticles de  luxe. 

On  dit  que  l'Allemagne  fabrique  7.000  fusils  par 
jour. 

Lundi  28  février.  —  Soixante-dix  obus  sur  Reims. 

La  lutte  continue  sur  les  plateaux  au  nord  de  Vaux. 
Plusieurs  attaques  allemandes,  à  l'ouest  du  fort  de 
Douaumont  et  à  Fresnes  (Woëvre),  ont  échoué  ;  mais, 
dans  cette  région,  ils  ont  pris  Manheulles. 

Les  Autrichiens  se  sont  emparés  à  Durazzo  de  28  ca- 
nons et  de  10.000  fusils. 

Un  vapeur  suédois  a  touché  une  mine  au  nord  de 
Falsterbo,  dans  les  eaux  suédoises,  et  a  coulé. 

Une  escadrille  d'avions  français,  partie  de  Chic,  a 
bombardé  Smyrne  et  les  campements  turcs.  Les  avions 
sont  revenus  indemnes  à  Salonique. 

A  Zurich  commence  le  procès  des  deux  colonels 
suisses.  L'opinion  est  très  émue,  surtout  dans  la  Suisse 
romande. 

Il  n'y  a  plus  de  riz  à  Berlin  que  pour  les  malades. 

Des  1.600.000  kilomètres  carrés  formant  l'empire 
colonial  allemand,  750.000  sont  aux  mains  des  Alliés; 
les  Allemands  ne  conservent  plus  qu'une  partie  de 
l'Afrique  Orientale. 

Mardi  29  février.  —  Le  bombardement  s'atténue 
au  nord  de  Verdun  ;  les  Allemands  se  retranchent  sur 
les  pentes  nord  de  la  côte  du  Poivre,  dont  nous  tenons 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  61 

la  première  crête.  En  Woëvre,  une  contre-attaque  nous 
a  ramenés  à  la  lisière  ouest  du  village  de  Manheulles. 

Guillaume  II  est  reparti  pour  Berlin. 

«  La  situation  est  satisfaisante  ;  elle  reste  néanmoins 
très  sérieuse.  »  {Temps.) 

«  Honneur  aux  troupes  héroïques  qui,  les  pieds  dans  la 
neige  et  la  tête  sous  la  plus  épouvantable  mitraille  dont  le 
fracas  ait  jamais  déchiré  l'air,  ont  arrêté  par  leur  vaillance 
ce  colossal  effort  !  »  (Rousset,  Liberté,') 

«  Il  est  nécessaire  de  mettre  le  public  en  garde  contre  les 
nouvelles  prématurées.  L'expérience  de  plus  de  cent  combats 
nous  a  montré  avec  quel  extraordinaire  courage  les  fils  de 
France  attaquent  toujours  ;  nous  estimons  nos  adversaires  et 
apprécions  leurs  exploits.  »  {Gazette  de  Voss.) 

Dans  les  Vosges,  grande  activité  d'artillerie  dans  la 
région  de  Senones  et  du  Ban-de-Sapt. 

A  l'est  de  Seppois,  nous  perdons,  puis  regagnons 
quelques  tranchées. 

Les  troupes  allemandes  qui  se  trouvaient  à  Varna  ont 
été  déplacées  depuis  le  26  janvier  et  échelonnées  le  long 
de  la  frontière  roumaine. 

Quelques  centaines  d'Albanais  mirdites  ont  arboré  à 
Bérat  le  drapeau  du  prince  de  Wied. 

On  assure  que  la  poudrière  de  Sivas  aurait  sauté, 
détruisant  tout  l'arsenal  et  une  partie  de  la  ville. 

Les  Russes  ont  occupé,  en  Perse,  Khanekin  et 
Kiremd,  k  100  kilomètres  de  Bagdad. 

Le  croiseur  auxiliaire  allemand  Greij,  maquillé  en 
vaisseau  marchand  norvégien,  a  été  coulé  par  le  vapeur 
marchand  anglais  Alcantara,  qui  fut  coulé  lui-même 
par  une  torpille  du  pirate. 

A  Zurich,  les  deux  colonels  ont  été  acquittés  ;  ils  sont 
remis  à  l'autorité  militaire,  pour  être  punis  disciplinai- 
rem  ent 

Une  statistique  porte  les  pertes  allemandes  à  668.000 
morts,  1 .660.000  blessés,  358. 000  manquants  ;  les  pertes 
autrichiennes  à  728.000  morts,  2.192.000  blessés  ou 
malades,  810.000  manquants.  Cette  statistique  est 
sujette  k  caution,  car  le  nombre  des  morts  allemands 
est  certainement  supérieur. 


62  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 


MARS 


Mercredi  1"  mars.  —  Une  violente  attaque  alle- 
mande sur  Fresnes  (  Woëvre)  est  repoussée. 

On  dit  que  l'attaque  sur  Verdun  a  coûté  aux  Alle- 
mands 160.000  hommes,  tiers  des  effectifs  engagés. 

Le  colonel  Fejler  écrit  dans  le  Journal  de  Genève  : 
«  D'assaillants,  les  Allemands  sont  devenus,  pendant 
les  dernières  péripéties  de  la  lutte,  les  assaillis.  Gela 
ressort  de  leurs  communiqués  autant  que  de  ceux  de 
Paris...  Les  péripéties  de  ces  huit  jours  autorisaient, 
semble-t-il,  ce  jugement  que,  en  tant  qu'attaque  brus- 
quée, l'opération  frise  un  échec...  Assisterons-nous  k 
un  nouvel  effort,  en  un  tout  autre  lieu?  C'est  possible  l 
Mais  les  communiqués  ont  si  fort  insisté  sur  la  présence 
des  princes  qu'on  a  peine  à  croire  que  la  véritable  vic- 
toire doive  être  attendue  là  où  ils  ne  seront  pas.  » 

L'artillerie  italienne  bombarde  les  gares  de  Toblach 
et  de  Santa-Lucia  (Tolmino). 

Trébizonde  est  bloquée  par  terre  et  par  mer.  La  flotte 
russe  est  maîtresse  de  la  Mer  Noire  et  dispose  de  nom- 
breux sous-marins. 

Les  colonels  suisses  s'en  tirent  avec  vingt  jours  d'ar- 
rêt; le  Conseil  fédéral  les  met  en  demi-solde. 

Les  Allemands  commencent  la  nouvelle  guerre  sous- 
marine  en  détruisant  un  vapeur  anglais  corps  et  biens. 

Wilson  se  décide  à  convoquer  le  Congrès  pour  faire 
approuver  sa  politique  et  démasquer  les  sénateurs  ger- 
manophiles. 

Les  Anglais  ont  réoccupé  Barrani  (ouest  égyptien). 

La  Gazette  de  Cologne  dit  que  l'Allemagne  veut  finir 
la  guerre  à  tout  prix  par  l'offensive  sur  le  front  occi- 
dental et  la  guerre  sous-marine.  Elle  a  de  nouveaux 
sous-marins  qui  peuvent,  sans  ravitaillement,  aller  à 
New-York  et  revenir. 


\ 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  63 

On  a  saisi  en  Allemagne  la  brochure  de  Hermann 
Fernau,  publiée  à  Zurich  (analyse  détaillée  dans  le 
Bulletin  de  l'Alliance  française,  1916,  p.  4o)- 

En  Suisse,  le  mark  perd  28, 3o,  le  franc  10,76;  aux 
États-Unis,  le  mark  perd  28,20;  le  franc  11,10. 

La  Chambre  italienne  envoie  ses  félicitations  aux 
troupes  françaises  de  Verdun. 

Réouverture  des  salles  de  sculpture  moderne  au 
Louvre. 

Jeudi  2  mars.  —  Les  Anglais  reprennent,  sur  le 
canal  d'Ypres,  les  tranchées  perdues  par  eux  le  i4  fé- 
vrier. 

Devant  Verdun,  bombardement  très  violent  du  Mort- 
Homme,  de  la  Côte  de  l'Oie  et  des  passages  de  la 
Meuse.  L'infanterie  allemande  attaque  en  masses  le 
village  et  la  redoute  de  Douaumont,  qui  sont  pris  et 
repris. 

Poincaré  est  allé  à  Verdun  où  il  a  été  reçu  par  Joffre. 

Une  attaque  allemande  est  repoussée  à  l'ouest  de 
Bezange  (Lorraine). 

Les  Russes  ont  pris  d'assaut  Bitlis,  à  5. 000  pieds 
d'altitude. 

On  dit  à  New^-York  que  les  explications  données 
par  BernstorfF  au  sujet  de  V Arabie  sont  fondées  sur  de 
prétendus  témoignages  de  marins  allemands  qui  avaient 
été  tués  peu  de  temps  avant  (ceux  de  VU-2y). 

Depuis  le  début  de  la  cjuerre,  les  Allemands  ont 
coulé  ôo.ooo  tonnes  de  navires  suédois,  valant  5o  mil- 
lions ;  128  marins  ont  perdu  la  vie. 

L'affaire  des  colonels  suisses  provoque  des  bagarres 
anti-allemandes  à  Lugano  et  à  Fribourg.  Le  colonel 
Egli  a  donné  sa  démission  de  chef  de  section  de  l'Etat- 
Major  général. 

Le  roi  de  Bulgarie  est  malade  h.  Vienne. 

La  reine  douairière  de  Roumanie,  dite  Carmen  Silva, 
est  morte. 

Le  3°/o  est  à  62,80. 

Les  pertes  prussiennes  déclarées  atteignent  2.870.000 
hommes. 


64  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Vendredi  3  mars.  —  La  lutte  redevient  très 
Intense  à  Verdun.  Depuis  la  veille  au  soir,  les  Alle- 
mands sont  maîtres  du  village  de  Douaumont  ;  ils  ont 
attaqué  sans  succès,  le  même  soir,  le  village  de  Vaux. 
En  Woëvre,  des  attaques  allemandes,  préparées  par  un 
bombardement  furieux,  n'ont  pu  déboucher.  L'ar- 
tillerie allemande  est  aussi  très  active  à  l'ouest  de  la 
Meuse  (Malancourt  et  Haucourt). 

Attaque  française  heureuse  à  l'est  de  Seppois. 

Du  25  février  au  3  mars,  Saint-Dié  a  reçu  266  gros 
obus  ;  une  partie  de  la  population  a  émigré. 

Nuit  du  3  mars.  —  Un  incendie  a  détruit  toutes 
les  installations  du  port  de  Routschouk,  la  plupart  des 
magasins  et  dépôts  de  vivres  installés  par  les  Allemands 
et  plusieurs  quartiers  voisins  du  port.  Les  dégâts  dépas- 
sent 20  millions. 

Les  Russes  occupent  Bidjar,  k  7  kilomètres  au  nord- 
ouest  d'Hamadan. 

Le  Sénat  américain,  par  68  voix  contre  i4,  a  ajourné 
la  motion  Gore  ;  c'est  une  victoire  pour  le  président.  Cette 
motion  enjoignait  aux  Américains  de  ne  pas  voyager  sur 
des  navires  marchands  armés. 

Filipesco  a  dîné  avec  le  Tsar. 

Samedi  4  mars.  —  Cinquante  obus  sur  Reims. 

Les  Allemands  attaquent  avec  acharnement  depuis  le 
bois  d'Haudremont  jusqu'à  Douaumont  ;  ils  sont  repous- 
sés. La  nuit,  bombardement  intense  à  l'est  de  la  Meuse 
et  à  l'ouest  sur  le  Mort-Homme  et  la  Côte  de  l'Oie. 

Feyler  écrit  (Journal  de  Genève)  :  «  Inutile  d'attendre 
plus  longtemps  ;  on  peut  conclure.  L'attaque  brusquée 
de  Verdun  a  échoué.  Si  les  Allemands  prétendent 
emporter  la  position,  ils  devront  tenter  l'aventure  une 
seconde  fois.  » 

En  Lorraine,  dans  la  région  des  étangs  de  Thiaville, 
nous  enlevons  des  tranchées. 

Des  troupes  de  débarquement  russes  occupent  Atina, 
k  l'est  de  Trébizonde,  qui  est  bombardée  par  les  torpil- 
leurs russes. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  65 

On  dit  qu'une  partie  des  troupes  turques  de  Smyrne 
se  sont  mutinées. 

Enver  Pacha  aurait  été  vu  en  prière  dans  la  mosquée 
d'Omar  à  Jérusalem. 

Un  fort  à  Saint-Denis,  servant  d'entrepôt  de  muni- 
tions, a  sauté  (45  morts,  260  blessés). 

Depuis  une  semaine,  la  viande  de  bœuf  a  augmenté 
de  28%  à  Berlin.  Depuis  un  an,  le  prix  des  pommes 
de  terre  a  doublé. 

Gabriel  d'Annunzio  écrit  à  Barrés  :  «  Le  sang  français 
n'est  aujourd'hui  que  de  la  lumière  jaillissante,  et  le  ciment 
informe  de  Douaumont  est  plein  de  vie  idéale,  comme  les 
blocs  du  plus  beau  marbre  d'où  sortent  les  statues.  De  ma 
douloureuse  immobilité  toute  mon  âme  se  tend  vers  la 
bataille  sublime.  Nous  voudrions  tous  combattre  à  vos  côtés 
en  cette  heure  de  danger  et  de  gloire  suprême.  Ne  vous 
inquiétez  pas  de  mes  yeux,  mon  frère,  mais  sauvez  la  beauté 
du  monde  pour  les  yeux  nouveaux.  Vive  la  France  !  » 

Le  Temps  écrit  (numéro  du  5)  :  «  Les  journaux  allemands 
regrettent  que  nous  n'ayons  pas  voulu  nous  entendre  avec 
leur  pays  pour  partager  les  possessions  anglaises.  L'Anglais 
a  pu  être  quelquefois  notre  ennemi;  le  Germain  l'a  été  de 
tout  temps  et,  en  ce  siècle,  il  n'a  eu  qu'une  pensée  :  le  dé- 
membrement de  la  France.  » 

Le  Pape  écrit  au  cardinal  vicaire  Pompili  {Revue  da  Clergé, 
avril  1916,  p.  60)  :  «  Nous  nous  sommes  jeté  pour  ainsi  dire 
au  milieu  des  peuples  belligérants,  comme  un  père  au  milieu 
de  ses  fils  en  lutte.  Nous  les  avons  conjurés,  au  nom  de  ce 
Dieu  dont  la  justice  et  la  charité  sont  infinies,  de  renoncer  à 
leurs  desseins  de  destruction  mutuelle,  d'exposer  une  bonne 
fois,  avec  clarté,  d'une  manière  directe  ou  indirecte  (o^re  de 
médiation)  les  désirs  de  chacune  des  parties  et  de  tenir 
compte,  dans  la  mesure  du  juste  et  du  possible,  des  aspira- 
tions des  peuples  (concession  au  principe  des  nationalités). 
Telle  était  du  reste  l'unique  voie  pour  résoudre  le  mons- 
trueux conflit  suivant  les  règles  de  la  justice  et  arriver  à  une 
paix  qui  ne  soit  pas  profitable  à  une  seule  des  parties,  mais 
à  toutes  et  qui  soit,  par  la  suite,  juste  et  durable.  »  Le  Pape 
demande  en  outre  des  prières  pour  la  paix  immédiate.  Cette 
■■\  lettre  n'est  pas  bien  accueillie  dans  les  milieux  politiques 
italiens. 

Dimanche  5  mars. —  Très  violent  bombardement 

114.    CHRONOLOGIE   DE    LA    GUERRE  5 


bb  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

mais  sans  attaque  d'infanterie,  vers  Douaumont.  Une 
attaque  allemande  est  repoussée  dans  le  bois  k  l'est  de 
Vacherauville  (détails  dans  la  Liberté  du  7). 

En  Woêvre,  fort  bombardement  dans  la  région  de 
Fresnes  et  k  l'est  d'Haudremont. 

Trois  dirigeables  jettent  [\o  bombes  sur  le  nord-est 
de  l'Angleterre  et  font  70  victimes,  mais  peu  de  dégâts 
matériels. 

On  prétend  k  Athènes  qu'un  comité  panislamique, 
réclamant  la  paix  avec  l'Entente,  a  été  formé  k  Smyrne 
et  que  les  Jeunes  Turcs  quittent  cette  ville  pour  Gonstan- 
tinople. 

Lundi  6  mars.  —  Attaques  allemandes  en  Cham- 
pagne. 

Les  Allemands  ont  pris  Forges,  à  l'ouest  de  Samo- 
gneux,  mais  n'ont  pu  déboucher  sur  la  Côte  de  l'Oie. 
Ils  semblent  attaquer  surtout  k  l'ouest  de  la  Meuse,  où 
le  bombardement  est  formidable. 

Combats  indécis  en  Argonne. 

«  La  bataille  de  Verdun  en  est  à  son  quatorzième 
jour,  et  notre  ligne  de  défense  demeure  intacte.  » 
(Rousset,  Liberté.) 

Les  Russes  occupent  1 54. 000  kilomètres  carrés  en 
Asie  Mineure  ;  la  retraite  des  Turcs  continue. 

Le  corsaire  Mœwe  est  rentré  k  Kiel  avec  une  cen- 
taine de  prisonniers  et  i  million  en  or,  après  avoir 
coulé  ou  pris  i5  navires. 

Le  nombre  des  établissements  anglais  travaillant 
pour  les  munitions  s'élève  k  3. 062. 

Llpyd  George  déclare  que  les  munitions  fournies  par 
les  États-Unis  ne  font  que  8  °/o  de  celles  qu'on  utilise 
sur  le  front  britannique. 

On  commente  un  article  du  Manchester  Guardian, 
disant  que  les  fronts  de  l'ouest  sont  k  peu  près  inexpu- 
gnables et  que  l'Entente  devrait  agir  de  préférence 
dans  les  Balkans. 

L'Allemagne  appelle,  dit-on,  les  jeunes  gens  de  dix- 
sept  ans. 


à 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  67 

Mardi  7  mars.  —  Les  Français  reprennent,  à  l'est  de 
Maisons-en-Ghampagne,  des  tranchées  enlevées  par  les 
Allemands  le  6  mars. 

Les  Allemands  sont  à  Fresnes  en  Woëvre  ;  à  l'ouest 
de  la  Meuse,  ils  prennent  pied  dans  le  bois  des  Corbeaux. 
Après  Forges,  ils  ont  occupé  Regnéville  et  la  cote  265. 

«  La  prise  du  village  de  Forges  et  celle  de  la  cote  265 
ne  sont  que  des  épisodes;  nous  attendons  sans  émotion 
qu'ils  soient  suivis  de  quelque  chose  de  plus  sérieux.  » 
(Rousset,  Liberté.) 

Le  critique  militaire  du  Berliner  Tageblatt  écrit 
qu'une  décision  de  la  plus  haute  importance  se  prépare 
sur  le  front  occidental.  Il  rend  hommage  à  la  bravoure 
des  Français,  qui  dépassent  de  beaucoup  leurs  grands- 
pères  devant  Metz  et  ajoute  :  «  La  vaillance  avec  laquelle 
se  bat  l'élite  de  l'armée  ennemie  rend  bien  triste  son 
sacrifice  inutile.  Le  sang  de  la  France  coule  à  flots, 
celui  de  l'Angleterre  goutte  à  goutte.  »  [Essai  de  brouil- 
ler les  Alliés.] 

Les  Russes  occupent  Rizeh,  sur  la  côte,  à  85  kilomè- 
tres de  Trébizonde.  En  Perse,  ils  occupent  Senneh,  à 
5o  milles  au  nord  de  Kirmanshah. 

On  considère  comme  avéré,  à  New-York,  que  la 
Turquie  a  fait  des  ouvertures  de  paix  à  la  Russie.  Le 
duc  de  Mecklembourg,  ambassadeur  d'Allemagne, 
aurait  télégraphié  à  Guillaume  II,  pour  le  prier,  au 
nom  du  comité  Union  et  Progrès,  d'envoyer  des  troupes 
au  secours  de  la  Turquie. 

La  Chambre  des  représentants  à  Washington  a  re- 
I  poussé,  par  a56  voix  contre  i5o,  la  résolution  Me  Le- 
I  more,  interdisant  aux  Américains  de  voyager  sur  des 
navires  belligérants. 

Lansing  a  fait  savoir  à  Bernstorff  qu'il  ne  pouvait  pas 
accepter  les  off'res  allemandes  pour  le  règlement  de 
l'aflaire  du  Lusitania. 

Un  dirigeable  bombarde  la  gare  et  la  voie  à  Bar-le- 
Duc. 

Les  troupes  du  gouvernement  chinois  ont  pris  Saïfu, 
un  des  centres  de  la  rébellion. 


\ 


68  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Mercredi  8  mars.  —  Attaques  allemandes  repous- 
sées sur  Béthincourt  et  le  bois  des  Corbeaux.  Dans  la 
nuit,  forte  offensive  entre  Douaumont  et  Vaux  ;  quel- 
ques Allemands  entrent  à  Vaux,  mais  en  sont  chassés. 
Entre  4  et  6  heures,  les  positions  françaises  entre 
Douaumont  et  Vaux  (3  kilomètres)  reçoivent  80.000  pro- 
jectiles envoyés  par  quatre  cents  canons. 

Gazette  de  Francfort  :  «  L'attaque  à  l'ouest  de  la 
Meuse  a  atteint  son  but.  L'état-major  indique  que  ce  but 
était  de  rectifier  nos  lignes.  » 

Les  Français  reprennent  k  l'est  de  Seppois  des  tran- 
chées perdues  le  12  février. 

Les  Russes  repoussent  une  attaque  de  nuit  au  nord- 
ouest  de  Tarnopol. 

La  colonne  Aylmer,  opérant  k  7-8  milles  de  la  rive 
droite  du  Tigre,  a  dû,  faute  d'eau,  se  replier  vers  le 
fleuve. 

Bernstorff  présente  à  Lansing  un  nouveau  mémo- 
randum. L'Allemagne  est  prête  à  renoncer  k  la  cam- 
{)agne  de  sous-marins  si  l'Angleterre  consent  à  desserrer 
e  blocus  des  vivres. 

Les  avions  français  bombardent  la  gare  de  Metz-Sa- 
blons  et  mettent  en  fuite  quinze  avions  allemands. 

Le  Gouvernement  monténégrin  s'est  établi  à  Bordeaux. 

L'Allemagne  donne  quarante-huit  heures  au  Portugal 
pour  lever  la  saisie  des  navires  allemands.  Les  Alle- 
mands quittent  Lisbonne. 

Les  ministres  des  trois  pays  Scandinaves  se  réunis-  ; 
sent  à  Copenhague  pour  discuter  leurs  intérêts  communs.  , 

Jeudi  9  mars.  —  L'Allemagne  déclare  la  guerre  au 
Portugal. 

Nous  reprenons  presque  tout  le  bois  des  Corbeaux 
et  repoussons  plusieurs  assauts  furieux  contre  Vaux. 
Les  Allemands  ayant  annoncé  officiellement  qu'ils 
avaient  pris  le  fort  de  Vaux  et  que  les  Français  y 
étaient  rentrés,  le  Gouvernement  français  déclare  que 
le  fort  n'a  même  pas  été  attaqué. 

On  lit  dans  Ylnjormation  : 

«  Le  pays  est  tout  entier  préoccupé  du  sort  de  Verdun. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  69 

La  configuration  de  nos  positions  dans  ce  secteur  faisait 
que,  si  fortement  qu'elles  fussent  organisées,  elles  n'étaient 
que  médiocres  au  point  de  vue  stratégique,  même  avant 
l'offensive  allemande.  Elles  ne  se  sont  pas  améliorées  depuis. 
Valent-elles  le  prix  onéreux  qu'on  les  paie  ?  » 

Les  Turcs,  avant  d'évacuer  Erzeroum,  ont  massacré 
4o.ooo  Arméniens. 

Les  Russes  occupent  Kerind  en  Perse. 

Un  torpilleur  russe  est  coulé  devant  Varna. 

Deux  vapeurs  français  et  la  barque  norvégienne 
Silius  sont  torpillés  dans  la  Manche  ;  sept  Américains 
qui  étaient  à  bord  du  Silius  sont  sauvés.  Lansing 
adresse  une  protestation  à  l'Allemagne. 

On  a  enlevé  à  Berlin  les  toitures  de  cuivre  des  palais 
impériaux,  entre  autres  la  coupole  de  Potsdam. 

Guillaume  II  a  télégraphié  à  la  Chambre  provinciale 
du  Hanovre  :  «  Je  vous  remercie  pour  les  félicitations 
que  vous  m'avez  adressées  et  pour  l'expression  de  votre 
confiance  dans  l'issue  des  graves  combats  dans  lesquels 
nous  sommes  engagés  et  où  la  patrie  est  forcée  de  dé- 
fendre son  honneur  et  sa  liberté  contre  les  projets 
d'anéantissement  de  ses  ennemis.  y> 

Vendredi  iO  mars.  —  Les  Allemands  attaquent  le 
saillant  du  bois  des  Buttes  (au  nord  de  l'Aisne)  et  sont 
repoussés. 

Devant  Verdun,  après  une  courte  accalmie,  ils 
reprennent  la  partie  du  bois  des  Corbeaux  perdue  le  8, 
pénètrent  dans  un  important  boyau  au  sud  de  Béthin- 
court  et  s'emparent  d'une  partie  du  village  de  Vaux, 
faisant  aussi  quelques  progrès  sur  la  croupe  du  fort. 

La  flotte  russe  bombarde  Varna  et  coule  sept  voiliers. 

A  la  suite  d'une  conversation  de  Bethmann  avec 
l'ambassadeur  Gérard,  le  8,  un  conseil  se  réunit  au 
quartier  général  ;  le  chancelier  y  expose  les  consé- 
quences de  la  guerre  sous-marine  au  point  de  vue 
international.  HelfTerich  (Finances)  et  Falkenhayn 
Guerre)  ayant  appuyé  le  chancelier,  Tirpitz  a  donné  sa 
démission.  L'émotion  fut  telle  dans  la  flotte  que  l'Em- 
pereur dut  la  calmer  en  se  rendant  à  Wilhelmshafen. 


70  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Des  instructions,  non  suivies  d'ailleurs,  furent  données 
pour  interdire  de  torpiller  les  navires  neutres  {Temps 
du  4  avril,  sous  réserves). 

L'Italie  renonce  au  privilège  des  capitulations  dans 
la  région  française  du  Maroc. 

Samedi  îi  mars.  —  Calme  devant  Verdun. 

La  flotte  russe  bombarde  Trébizonde. 

Des  avions  français  bombardent  Guevgeli  et  Doiran. 

Le  général  Porro,  sous-chef  de  l'état-major  italien, 
arrive  à  Paris. 

La  légation  turque  de  Berne  dément  les  bruits  qui 
ont  couru  sur  un  attentat  contre  Enver  et  des  troubles  à 
Constantinople  et  à  Smyrne. 

A  la  suite  d'une  violation  de  la  frontière  américaine 
par  des  bandes  mexicaines  de  Villa,  les  Etats-Unis  mobi- 
lisent leur  flotte  et  organisent  une  expédition  répres- 
sive au  Mexique.  On  ne  doute  pas  que  les  bandits  ne 
soient  payés  et  incités  par  les  Allemands,  qui  veulent 
donner  de  l'occupation  aux  ii,tats-Unis. 

Dimanche  12  mars.  —  Cinquante  obus  sur  Reims. 

Il  se  confirme  que  les  pertes  allemandes  devant  Ver- 
dun ont  été  efl'royables.  «  L'armée  allemande  fait 
preuve,  dans  ces  assauts  sauvages,  d'une  abnégation 
sans  bornes.  Elle  se  soumet  aveuglément  aux  exi- 
gences de  la  tactique  féroce  de  l'état-major.  »  (Temps.) 

Le  lieutenant  Guynemer  abat  un  huitième  avion  alle- 
mand. 

Le  général  Smutz  remporte  un  succès  à  Kitovo  dans 
l'Est  africain. 

Eliot,  ancien  président  de  Harvard,  préconise  une 
alliance  américaine  avec  l'Entente. 

Alors  qu'il  y  a  plus  de  lo  mètres  de  neige  sur  cer- 
tains points  du  front  italien,  les  cigognes  sont  revenues 
en  Alsace  et  un  temps  printanier  règne  à  Paris. 

A  Rio,  grande  manifestation  populaire  en  l'honneur 
du  Portugal.  L'opinion  brésilienne  demande  la  confis- 
cation des  navires  allemands. 


^ 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  71 

Lundi  13  mars.  —  Les  Allemands,  devant  Verdun, 
bombardent  le  Mort-Homme  et  le  bois  Bourru. 

On  affirme  que  les  Allemands  ont  engagé,  devant 
Verdun,  des  éléments  de  leur  classe  1916. 

Quelques  journaux  allemands  déclarent  que  le  but 
de  l'offensive  sur  Verdun  est  atteint,  car  il  a  rendu 
impossible,  pour  de  longs  mois,  toute  offensive  des 
Alliés. 

Trente  obus  français  sur  la  gare  de  Conflans. 

On  remarque  avec  surprise,  à  Genève,  que  l'aviateur 
Gilbert  est  interné  dans  des  conditions  pénibles,  alors 
que  la  Gazette  de  Cologne  écrit  :  «  Nous  avons  confiance 
dans  la  parole  de  Gilbert,  qui  s'est  toujours  montré  très 
brave.  Il  doit  être  traité  en  officier,  non  en  malfaiteur.  » 

Kouropatkine,  Jean  Grave,  Ch.  Malato,  Paul  Reclus 
et  d'autres  a  anarchistes  »  publient  une  déclaration 
exhortant  les  camarades  allemands  k  se  débarrasser  du 
parti  qui  a  transformé  l'Europe  en  camp  retranché 
depuis  quarante-cinq  ans. 

Mardi  i4  mars.  —  Des  attaques  allemandes  sont 
repoussées  au  nord  de  l'Aisne  (bois  des  Buttes). 

Après  72  heures  d'accalmie  (la  première  accalmie, 
29  février-i"  mars,  en  avait  duré  48)>  les  Allemands 
reprennent  l'offensive  entre  Béthincourt  et  Cumières  ; 
ils  ne  progressent  que  sur  deux  points,  entre  Béthin- 
court et  le  Mort-Homme. 

Succès  français  dans  les  Vosges. 

Malgré  le  mauvais  temps,  les  Italiens  progressent 
sur  le  Carso. 

On  dit  que  les  Turcs  ont  évacué  Sivas  et  qu'il  y  a 
100.000  réfugiés  à  Angora,  autant  dans  la  région  de 
Konia. 

Obus  français  sur  la  gare  de  Brieulles. 

Les  Anglais  occupent  SoUum. 

Le  ministre  de  Portugal  à  Berlin,  de  passage  k  Paris, 
rapporte  que,  lorsque  Guillaume  II  visite  les  hôpitaux, 
il  répète  sans  cesse  :  «  Je  n'ai  pas  voulu  cela.  » 

La  Bulgarie  adopte  le  calendrier  grégorien. 

A  Carnegie  Hall  (New-York),  4-ooo  personnes  votent 


72  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

une  résolution  proclamant  le  bon  droit  des  Alliés  et 
demandant  que  la  sympathie  de  l'Amérique  se  traduise 
par  une  coopération  effective.  Les  germanophiles  qui 
protestent  sont  mis  à  la  porte. 

Mercredi  15  mars.  —  Ordre  du  jour  de  Joffre  aux 
soldats  à  Verdun  :  <:(  Le  pays  a  les  yeux  sur  vous.  Vous 
serez  de  ceux  dont  on  dira  :  Ils  ont  barré  aux  Allemands 
la  route  de  Verdun.  »  (Temps  du  26). 

Le  général  de  Lacroix  écrit  dans  le  Temps  :  «  Mon 
humble  avis  est  que  l'ofTensive  allemande  n'aboutira 
pas.  » 

On  assure  que  les  renforts  autrichiens  demandés  par 
l'Allemagne  pour  le  front  français  ont  été  retenus  par 
l'offensive  italienne. 

L'amiral  Tirpitz,  démissionnaire,  a  pour  successeur 
l'amiral  Capelle. 

^  Le  Congrès  américain  a  porté  l'effectif  de  l'armée  des 
États-Unis  à  120.000  hommes. 

Jeudi  16  mars.  —  De  violentes  attaques  sur  le 
Mort-Homme,  vers  le  bois  des  Corbeaux  et  sur  Vaux 
sont  repoussées  avec  pertes. 

Progrès  italiens  dans  la  zone  de  Tofana. 

Les  Russes  prennent  Mamahatun,  à  90  kilomètres 
ouest  d'Erzeroum  (5  canons,  800  prisonniers). 

La  Baltique  est  à  peu  près  libre  de  glaces. 

Le  transatlantique  hollandais  Tabantia  est  coulé  par 
une  torpille. 

Gallieni,  malade,  est  remplacé  à  la  Guerre  par  le 
ministre  de  la  Marine  Lacaze  (intérim). 

Sur  1 5.000  propositions  d'inventeurs,  les  commissions 
compétentes  en  ont  retenu  255  comme  nouvelles  et 
utiles. 

Le  prince  Alexandre  de  Serbie  est  reçu  avec  enthou- 
siasme à  Rome. 

Helfferich  dit  au  Reichstag  que,  jusqu'au  3i  mars, 
l'Allemagne  et  l'Autriche  auront  dépensé  pour  la  guerre 
55  milliards  de  marks,  alors  que  leurs  adversaires  en  au- 
ront dépensé  de  100  à  io5. 


/ 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  73 

La  fabrique  de  munitions  autrichienne  de  Wellersdorf 
est  détruite  par  une  explosion. 

Hilaire  Belloc  démontre  (Land  and  Water)  que  les 
chiffres  des  pertes  allemandes  sont  faux  et  que  l'Alle- 
magne, le  3i  décembre  igiô,  avait  perdu  au  moins 
3.65o.ooo  hommes,  probablement  près  de  4  mil- 
lions. 

Vendredi  17  mars.  —  Une  attaque  allemande  au 
sud-est  du  bois  des  Buttes  (ouest  de  Berrj-au-Bac)  est 
repoussée. 

Les  pièces  françaises  bombardent  la  route  Apremont- 
Vigneulles,  par  où  avancent  des  renforts  allemands. 

Enver  serait  rentré  à  Gonstantinople,  après  une  ins- 
pection en  Syrie,  Palestine  et  Arabie. 

Le  premier  train  pour  Erzeroum  a  quitté  Moscou. 

Obus  d'avions  français  sur  la  gare  de  Gonflans  et  de 
Metz-Sablons. 

La  province  de  Kouang-si  a  proclamé  son  indépen- 
dance. 

Le  général  Roques  est  nommé  ministre  de  la  Guerre 
(Voir  Journal  de  Genève,  22  mars\ 

Ribot  dit  à  la  Ghambre  que  la  guerre  coûte  à  la 
France  98  millions,  dont  6  millions  d'avance  à  ses  alliés  ; 
l'Angleterre  dépense  iio  millions  par  jour.  Le  ministre 
prononce  ces  paroles  très  commentées  :  «  Il  est  permis 
de  dire  aujourd'hui,  sans  vain  optimisme,  que  nous 
apercevons  la  fin  de  cette  guerre.  » 

Le  3  °/o  remonte  à  62^15. 

Le  Gouvernement  russe  a  mis  sous  séquestre  l'usine 
Poutiloff;  un  général  est  nommé  président  du  conseil 
d'administration. 

A  la  Chambre  prussienne,  le  socialiste  Hoffmann  a  dit  que 
la  guerre  était  une  dérision  de  Dieu,  du  christianisme  et  de 
la  nature  humaine  tout  entière. 

«  Pourquoi  le  parti  du  centre  ne  prend-il  pas  position  en 
faveur  des  efforts  du  Pape  pour  la  paix  ?  Tôt  ou  tard,  il 
faudra  en  venir  là,  car  il  faut  mettre  un  terme  aux  souf- 
frances inouïes  de  l'humanité.  Sans  cela,  le  désespoir  et  la 
faim  forceront  les  peuples  à  faire  leur  destinée  eux-mêmes.  >y 


74  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

La  droite  et  le  centre  quittent  la  salle  en  protestant  ;  les 
socialistes  applaudissent. 

On  rentre  pour  entendre  Liebknecht,  qui  soulève  bientôt 
un  plus  grand  tumulte  : 

«  Toute  l'instruction  du  peuple  consiste  à  surexciter  le  sen- 
timent pangermaniste.  Vous  (s'adressant  à  la  droite)  parlez 
d'humanité,  mais  votre  idéal  sont  les  bombes,  les  gaz  asphy- 
xiants, les  sous-marins.  Dans  les  écoles,  on  derrait  discuter 
les  vraies  causes  de  la  guerre  et  attirer  l'attention  des  écoliers 
sur  ce  fait  que,  dans  des  cercles  très  étendus,  le  meurtre  de 
Serajevo  a  été  considéré  comme  un  don  de  Dieu.  » 

SifQets,  cris  ;  les  députés  de  la  majorité  quittent  la  salle. 
Liebknecht  conclut  :  «  Les  soldats  allemands  dans  les  tran- 
chées ne  devraient  pas  diriger  leurs  armes  contre  les  Fran- 
çais ou  les  Russes,  mais  contre  l'ennemi  commun.  »  Le 
président,  à  la  demande  de  la  Chambre,  retire  la  parole  à 
l'orateur. 

Des  cartes  de  café  sont  instituées  en  Allemagne. 

Samedi  18  mars.  —  Des  attaques  allemandes  sur 
le  front  Vaux — Damloup  sont  repoussées. 

On  dit  que  Guillaume  II,  passant  en  revue  le  18'^  corps, 
a  dit  que  la  guerre  devait  se  terminer  à  Verdun. 

Deux  gros  obus  sur  Belfort. 

Commencement  d'une  nouvelle  offensive  russe. 

Dernières  attaques  autrichiennes  sur  les  positions 
italiennes  de  Valona. 

On  apprend  que  la  Russie  a  autorisé  la  Roumanie  à 
acheter  chez  elle  et  à  importer  par  Galatz  100.000  che- 
vaux. 

Le  torpilleur  français  Renaudin  est  coulé  par  un 
sous-marin  dans  l'Adriatique. 

Les  journaux  hollandais,  irrités  de  la  perte  du  Tu- 
bantia,  demandent  une  action  commune  des  neutres 
pour  mettre  fin  k  la  piraterie. 

Obus  d'avions  français  sur  les  gares  de  Metz  et  de 
Mulhouse.  Une  bataille  aérienne  a  eu  pour  résultat  la 
destruction  de  3  avions  allemands  et  de  i  avion  fran- 
çais ;  3  avions  français  ont  dû  atterrir  en  territoire 
ennemi. 

Dans  un  combat  au-dessus  de  Mulhouse,  un  aviateur 


\ 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  75 

français,  dont  l'appareil  a  été  mis  en  feu  par  un  avion 
allemand,  fond  sur  lui  et  l'entraîne  dans  sa  chute  {In- 
transigeant, 29  avril). 

Une  bombe  d'un  avion  turc  atteint  l'hôpital  anglais 
de  Kut  (6  tués). 

L'Autriche  appelle  la  classe  1918;  sauf  en  Bavière,  la 
classe  191 7  a  été  levée  dans  toute  l'Allemagne. 

Strœbel,  directeur  du  Vorioàrts,  prononce  a  la  Diète 
un  discours  011  il  flétrit  le  militarisme  prussien  ;  les 
journaux  n'en  parlent  pas. 

Une  nouvelle  section  socialiste  se  forme  au  Reichstag, 
avec  Haase,  Ledebour,  Dittmann,  Bernstein,  etc.  (18  dis- 
sidents, «  noyau  du  groupe  socialiste  de  l'avenir  » 
Journal  de  Genève,  26  mars). 

Dimanche  19  mars.  —  Attaque  allemande  avortée 
sur  la  côte  du  Poivre. 

Sur  le  moyen  Isonzo,  les  Italiens  reprennent  les  tran- 
chées perdues  (hauteur  de  Santa-Maria),  puis  reculent 
leurs  lignes  de  5oo  mètres  pour  éviter  des  tirs  en  enfi- 
lade. 

En  Galicie,  les  Autrichiens  évacuent  Uziesko  et  les 
Russes  enlèvent  Mikhaltch,  sur  la  rive  droite  du  Dniester. 

A  Sofia,  attentat  manqué  contre  Radoslavov. 

Les  Russes  entrent  à  ïspahan. 

Nouveau  raid  aérien  (le  trente-troisième)  sur  l'Angle- 
terre ;  9  tués.  Un  des  hydravions  allemands  est  détruit. 

La  Chambre  italienne  approuve  le  Gouvernement  par 
894  voix  contre  61. 

Le  premier  ministre  russe  Sturmer  prend  le  porte- 
feuille de  l'Intérieur  a  la  place  de  Khvostov,  démission- 
naire. 

On  annonce  que  i5o.ooo  femmes  américaines  se  sont 
déclarées  prêtes  à  adopter  des  orphelins  français  de  la 
guerre  (mission  Florence  Schofield). 

Lundi  20  mars.  —  Une  forte  attaque  allemande 
avec  jets  de  liquides  enflammés  nous  a  fait  perdre  le 
bois  et  le  réduit  d'Avocourt  (repris  le  29).  Bombarde- 
ment violent  de  la  cote  3o4,  du  bois  Bourru,  de  la 
région  de  Malancourt  et  d'Esnes. 


76  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Progrès  russes  au  sud-ouest  de  la  Naroch  (i.ooo  pri- 
sonniers). Pour  la  première  fois,  le  communiqué  russe 
parle  de  l'usage,  par  les  Russes,  de  gaz  asphyxiants. 

Un  décret  royal  décide  l'annexion  k  la  Grèce  de 
l'Épire  du  Nord  (Koritza  et  Argyro  Castro),  territoire 
qui  était  grec  de  fait  et  nommait  des  députés,  mais 
dont  la  Grèce  s'empare  sans  avoir  consulté  les  Puis- 
sances protectrices. 

Bombardement  de  Zeebrugge  par  des  navires  anglais. 

Les  Allemands  nient  que  le  Tubantia  ait  été  coulé 

Far  un  sous-marin  allemand  ;  certains  journaux  ont 
audace  d'incriminer  un  sous-marin  anglais. 

Soixante-cinq  avions  alliés  ont  bombardé  le  champ 
d'aviation  de  Houttave  à  l'est  d'Ostende  et  la  station 
sous-marine  de  Zeebrugge. 

Le  général  Cadorna  a  été  reçu  avec  enthousiasme  à 
Paris. 

On  démontre  que  le  second  Livre  Blanc  allemand 
est  rempli,  en  ce  qui  concerne  la  Belgique,  de  docu- 
ments tronqués  et  frauduleusement  altérés  (F.  Passe- 
lecq,  L' Altération  officielle  des  documents  belges,  Paris 
et  Nancy,  Berger-Levrault,  mars  1916). 

Hughes,  premier  ministre  australien,  dit  au  Carlton 
Club  qu'il  laut  détruire  à  jamais  l'espoir  qu'entretient 
l'Allemagne  de  reprendre  après  la  guerre  la  position 
qu'elle  occupait  dans  le  commerce  de  l'empire  britan- 
nique. 

Mardi  21  mars.  —  Comme  les  Allemands  affir- 
ment tenir  le  Mort-Homme,  aussi  bien  la  cote  266  que 
la  cote  295,  l'étal-major  français  publie  un  démenti 
formel  :  les  Allemands  ne  sont  jamais  parvenus  à  la 
cote  295. 

En  Macédoine,  les  engagements  se  fnultiplient  entre 
patrouilles  franco-anglaises  et  allemandes. 

L'Italie  saisit  36  navires  allemands  d'un  tonnage  de 
iSo.ooo  tonnes. 

Les  Russes  coulent  sur  la  côte  de  Roumanie  un 
transport  de  7.000  tonnes  allant  à  Constantinople  et 
20  petits  voiliers. 


\ 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  77 

Le  Gouvernement  norvégien  demande  k  Berlin  des 
explications  sur  la  destruction  du  Langeli  et  du  Silius. 

Les  Anglais,  qui  ont  entrepris  une  expédition  contre 
le  sultan  de  Darfour,  occupent  le  mont  Hellé,  à  proxi- 
mité de  la  frontière. 

Le  prince  héritier  de  Serbie  arrive  à  Paris. 

Mercredi  22  mars.  —  Les  Allemands  ne  réussis- 
sent pas  à  déboucher  du  bois  d'Avocourt,  mais  pren- 
nent pied  sur  le  mamelon  de  Haucourt  (i  kilomètre  au 
sud-ouest  de  Malancourt). 

Lutte  intense  dans  la  région  de  Riga  et  du  Pripet, 
ainsi  qu'en  Galicie  au  sud-est  de  Kozlov.  Les  Alle- 
mands reprennent  une  partie  des  tranchées  perdues  le 
21  au  sud  du  lac  de  Drisviaty. 

Les  Russes  sont  à  ii5  kilomètres  à  l'ouest  d'Erze- 
roum.  Les  Turcs  préparent  un  nouveau  front  k  l'arrière 
de  Trébizonde. 

Le  général  Gadorna  est  reçu  avec  enthousiasme  à 
Londres. 

On  accuse  le  nouveau  ministre  de  Suède  k  Bucha- 
rest  de  s'employer  en  faveur  des  Empires  centraux. 

Yuan  Shikaï  déclare  abandonner  tout  projet  de  res- 
tauration monarchique  en  Chine. 

Jeudi  23  mars.  —  Les  Français  canonnent  énergi- 
quement  le  bois  de  Malancourt.  On  assure  que  i.ooo  k 
i.5oo  canons  allemands  auraient  été  mis  hors  d'usage 
par  le  tir  très  intense  autour  de  Verdun. 

Jusqu'au  milieu  de  février  1916,  les  Anglais  auraient 
détruit  cinquante  sous-marins  et  en  auraient  coulé 
trente  (?). 

On  annonce  le  lancement  du  centième  dirigeable 
allemand. 

Le  député  socialiste  Keil  a  dit  au  Reichstag  que 
l'Allemagne  ne  pouvait  plus  guère  compter  sur  des 
indemnités. 

Le  Gouvernement  suédois  fait  emprisonner  trois 
membres  du  groupe  jeune-socialiste  qui,  dans  un 
récent  congrès,  avaient  fait  voter  la  grève  générale 
comme  dernier  moyeu  d'empêcher  la  guerre. 


78  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Hilaire  Belloc  calcule  que  les  pertes  autrichiennes 
atteignent  près  de  3  millions. 

Le  3  °/û  revient  à  63. 

«  Le  peuple  allemand  a  permis  que  les  dirigeants  de 
l'Empire  provoquent  la  guerre  européenne  et  la  poursuivent 
par  les  méthodes  les  plus  barbares  ;  s'il  a  consenti  au  sacri- 
fice de  millions  d'hommes,  c'est  qu'il  croit  à  la  toute-puis- 
sance de  la  force  et  qu'il  attend  de  son  affirmation  les  plus 
grands  bénéfices.  Pour  des  avantages  matériels  escomptés  et 
par  esprit  de  domination,  il  a  admis  toutes  les  forfaitures 
et  s'est  voué  à  tous  les  crimes.  Par  quel  miracle  la  mentalité 
de  ce  peuple  se  trouverait-elle  transformée  du  jour  au  len- 
demain, au  point  qu'il  briserait  de  sa  seule  volonté  l'arme 
effroyable  dont  il  n'a  pas  hésité  à  se  servir  pour  la  satisfac- 
tion de  ses  ambitions  ?  Ne  comprend-on  pas  que  si  cette 
arme  subsiste  entre  ses  mains,  il  voudra  s'en  servir  de  nou- 
veau à  la  première  occasion  qu'il  jugera  favorable,  ne  fût-ce 
que  dans  l'espoir  de  reprendre  parmi  les  nations  la  place 
qu'il  aura  perdue  par  ses  propres  fautes  ?  »  {Temps  du  24.) 

Vendredi  24  mars.  —  Une  attaque  allemande  sur 
Vauquois  réussit  d'abord,  mais  est  ensuite  refoulée. 

Les  succès  russes  s'accentuent  dans  le  secteur  de 
Jacobstadt.  Au  nord  de  Vidzy  (sud  de  Dvinsk),  malgré 
les  balles  explosibles,  les  Russes  ont  progressé  et  forcé 
de  nombreux  barrages. 

Les  Français  bombardent  violemment  Guevgeli  et 
détruisent  le  pont  de  bois  sur  le  Vardar. 

Pachitch,  président  du  conseil  de  Serbie,  dit  au 
Petit  Parisien  que  l'effectif  de  l'armée  serbe  atteint 
160.000  hommes  et  va  être  porté  à  200.000  hommes. 

Mackensen  arrive  à  Gonstantinople,  portant  au  sultan 
le  bâton  de  maréchal. 

On  signale  de  graves  mutineries  dans  les  troupes 
bulgares. 

Le  courrier  régulier  de  Dieppe  à  Folkestonc,  le 
Sussex,  a  été  torpillé,  mais  n'a  pas  coulé.  Il  y  a 
97  victimes,  dont  le  compositeur  espagnol  Enrique 
Granados  (Temps  du  3i). 

On  dit  que  les  Allemands  ont  de  très  grands  sous- 
marins  d'un  type  nouveau. 

Les   puissances    de    l'Entente   informent   les   Etats- 


1 


\ 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  79 

Unis  qu'elles  refusent  de  désarmer  les  navires  de 
commerce;  elles  appellent  l'attention  des  Etats-Unis 
sur  l'illégalité  des  attaques  sans  avertissement  des 
sous-manns  allemands. 

La   Gazette  de   Cologne  a  été  suspendue  pour  un 

Les  souscriptions  à  l'emprunt  allemand  atteignent 
10  milliards  5oo  millions,  dont  2  milliards  d'argent 
liquide,  le  reste  se  composant  de  titres  du  précédent 
emprunt  et  même  de  l'emprunt  en  cours. 

Le  discours  de  Haase  au  Reichstag  a  été  tout  diffé- 
rent de  celui  dont  la  presse  allemande  reproduit  des 
extraits;  il  paraît  avoir  dit  (le  24  mars)  que  l'Alle- 
magne avait  provoqué  et  voulu  la  guerre  (Journal  de 
Genève,  28  mars). 

D'après  les  journaux,  Haase  a  dit  que  la  famine 
menace  et  que  le  peuple  demande  la  paix  :  «  La 
muraille  de  notre  armée  ne  peut  être  brisée,  mais 
l'expérience  de  cette  guerre  nous  fait  comprendre  que 
notre  armée  ne  pourra  jamais  vaincre  l'ennemi.  A  la 
fin  de  la  guerre,  il  n'y  aura  ni  vainqueurs  ni  vaincus.  » 

Le  nombre  des  établissements  anglais  travaillant 
pour  la  guerre  atteint  3.387. 

Repington  (Times)  :  «  Le  seul  moyen  de  vaincre  est 
de  concentrer  tous  les  hommes  et  tous  les  canons 
disponibles  sur  le  seul  front  décisif,  le  front  français.  » 

Le  Temps  écrit  :  a  II  est  urgent  que  la  déclaration 
du  5  septembre  ïgili,  qui  a  reçu  l'adhésion  du  Japon 
et  de  l'Italie,  soit  étendue  au  domaine  économique.  » 

Milioukov  dit  à  la  Douma  :  «  Nous  serons  coupables 
si  nous  revenons  à  la  vieille  Europe  avec  ses  arme- 
ments, son  mépris  des  droits  internationaux  et  son 
droit  international  fictif.  »  Parlant  du  droit  de  la  Russie 
d'avoir  une  entrée  sur  la  mer  libre,  il  a  dit  qu'il  ne 
s'agissait  pas  d'une  annexion  territoriale,  mais  d'un 
passage  :  «  Il  ne  s'agit  pas  de  savoir  si  les  Détroits 
devront  être  russes  ou  turcs,  mais  d'empêcher  qu'ils 
ne  deviennent  allemands.  »  Ces  idées  sont  celles  de  l'o- 
rateur; la  chancellerie  russe  a  fait  savoir  qu'elle  réserve 
l'expression  des  siennes. 


80  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

On  assure  à  Rome  que  le  Japon  fournit  du  matériel  - 
de  guerre  à  la  Roumanie. 

Samedi  25  mars.  —  Depuis  ce  jour,  les  Allemands 
bombardent  la  ville  de  Verdun  avec  des  bombes 
incendiaires. 

Très  violent  bombardement  des  secteurs  Malan- 
court — Esnes— cote  3ol^. 

Le  Daily  Chronicle  publie  une  carte  du  front  britan- 
nique qui  s'étend  aujourd'hui  du  sud  de  Dixmude  à  la 
Somme  (90  milles). 

Le  croiseur  anglais  Cleopalra  a  coulé  un  contre-tor- 
pilleur allemand. 

Du  I*'  au  25  mars,  les  Allemands  ont  coulé  16  na- 
vires anglais,  5  français,  2  hollandais,  5  norvégiens, 
2  danois,  soit  3i  navires  jaugeant  92.000  tonnes. 

D'après  VEvening  Post  {Journal  de  Genève,  26  mars), 
Bethmann-Hollweg  aurait  indiqué  à  Gérard,  en  de- 
mandant la  médiation  de  l'Amérique,  les  conditions 
allemandes  :  restitution  de  la  Belgique,  indemnité 
payée  par  la  France  pour  l'évacuation  de  ses  départe- 
ments envahis,  restitution  des  colonies  allemandes, 
avec,  en  plus,  une  grande  partie  des  Congo  français 
et  belge  ;  autonomie  complète  de  la  Pologne. 

Harden  {Zukunfl)  :  «  Est-ce  que  68  millions  d'Alle- 
mands doivent  croire  que  leur  meilleure  arme  (les 
sous-marins)  a  été  brisée  ou  affaiblie  ?  » 

Un  officier  d'état-major  écrit  au  Berliner  Tageblatt  : 
«  Nos  succès  surprenants  de  rapidité  nous  ont  gâtés. 
L'été  passé,  nous  nous  emparions  au  vol  de  forteresses 
russes.  Or,  aujourd'hui  nous  commettons  une  forte 
erreur  en  nous  obstinant  à  mettre  sur  le  même  pied  la 
forteresse  de  Verdun.  La  comparaison  ne  tient  pas 
debout.  Elle  ne  fait  pas  état  des  conditions  du  terrain, 
ni  de  l'état  respectif  des  armements  français  et 
russes.  » 

Gazette  de  Cologne  :  «  Le  mot  d'ordre  reste  pour  nous  : 
tenir  jusqu'au  bout,  quand  même  les  désagréments  du  temps 
de  guerre  devraient  se  faire  sentir  à  l'intérieur  plus  que  par 
le  passé.  Nous  savons  que  ces  souffrances  sont  peu  de  chose 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  81 

comparées  à  ce  que  nos  fils  et  nos  frères  endurent  et  endure- 
ront encore  dans  les  tranchées.  Nous  savons  que  nous  serons 
dignes  de  leur  héroïsme  pour  peu  que  nous  prenions  exemple 
sur  eux.  » 

On  affirme  que  l'Allemagne  et  l'Autriche  auraient 
conclu  des  achats  énormes  en  Roumanie. 

Herriot,  dans  \' Information,  à  propos  du  succès  de  la  foire 
de  Lyon  :  «  Quand  nous  tous,  Belges,  Serbes,  Italiens,  Por- 
tugais, Anglais,  Russes  et  Français  serons  unis  et  prêts  pour 
la  nouvelle  lutte,  nous  dirons  aux  peuples  libres  :  Si  vous 
croyez  à  la  probité  et  à  l'honneur,  si  vous  voulez,  tout  en 
défendant  vos  intérêts,  rester  des  hommes  dignes  de  ce  nom, 
•  vous  ne  pouvez  plus  travailler  avec  cette  race  allemande  qui 
s'est  désnonorée  aux  yeux  du  monde.  » 

La  limite  d'émission  des  billets  de  la  Banque  de 
France  est  portée  de  i5  à  i8  milliards. 

«  L'ennemi  n'a  cru  trouver  à  Verdun  qu'une  forteresse  ;  il 
y  a  trouvé  une  armée  »  (Temps). 

Dimanche  26  mars.  —  Sonnino,  Salandra,  Asquith, 
Grey,  Kitchener,  Lloyd  George,  etc.,  arrivent  à  Paris 
pour  participer  à  la  conférence  des  Alliés. 

Vifs  combats,  favorables  aux  Italiens,  à  Palpiccolo. 

Par  l'occupation  de  Ruaz  et  de  Vallaz  (Cordevole), 
le  front  italien  a  gagné  lo  kilomètres  sur  une  longueur 
de  25. 

Les  Russes  prennent  deux  lignes  de  tranchées  au 
nord  de  Bojan  (Galicie). 

Après  divers  engagements,  les  détachements  alle- 
mands et  bulgares  qui  s'étaient  avancés  en  territoire 
grec  ont  été  repoussés  au  delà  de  la  frontière. 

Un  attentat  à  la  dynamite  a  été  commis  en  Roumanie, 
sur  la  ligne  stratégique  Sinaïa-Prédéal. 

Une  escadre  d'hydro-aéroplanes  a  bombardé  les  han- 
gars d'aviation  du  Schlesvig-Holstein  ;  3  appareils 
anglais  ne  sont  pas  revenus. 

Sembat  dit  à  la  Sorbonne  :  «  L'Europe  nouvelle  doit  être 
affranchie  du  cauchemar  de  guerre  qui  pesait  sur  l'Europe 
d'hier.  Il  faut  lui  assurer  une  paix  qui  soit  mieux  qu'une 
trêve.  Telle  est  la  plus  claire  et  la  plus  ferme  volonté  de  nos 
héros.    Ils    ont    voulu,   ils    veulent  —    héros    morts,   héros 

114.    CHRONOLOGIE    DE   LA    GUERRE  6 


82  CHRONOLOGIE    DE    LA.   GUERRE 

vivants  —  que  leurs  enfants  soient  mis  par  leur  bravoure  à 
l'abri  du  fléau.  » 

On  annonce  que  189  élèves  de  l'École  des  Beaux-Arts 
ont  été  tués  à  l'ennemi. 

Lundi  21  mars.  —  Ouverture  k  Paris,  au  ministère 

des  Affaires  étrangères,  de  la  conférence  des  Alliés. 

Les  Anglais,  sur  le  saillant  allemand  de  Saint-iiloi, 
prennent  d'assaut  deux  lignes  de  tranchées. 

Une  attaque  allemande  est  repoussée  entre  Somme 
et  Avre,  près  de  Maucourt. 

3oo  gros  obus  sur  Reims  ;  26  victimes. 

La  Gazette  de  l'Allemagne  du  Nord  parle  du  calme 
imposant  avec  lequel  le  haut  commandement  allemand 
prépare  la  prise  de  Verdun. 

On  dit  que  les  Allemands  ont  déjà  eu  i5o.ooo  tués 
devant  Verdun. 

Depuis  quelques  jours,  35o  obus  incendiaires  tombent 
quotidiennement  sur  la  ville. 

Un  coup  de  main  dans  la  région  de  Parroy  a  permis 
de  détruire  une  position  allemande. 

Le  dégel  commence  sur  le  front  russe. 

Il  est  avéré  que  les  Bulgares  emprisonnent  et  mas- 
.sacrent  les  Grecs  en  Serbie.  La  terreur  règne  à  Monastir. 

Les  Russes  prennent  Off,  sur  le  littoral  de  la  mer 
Noire. 

La  Gazette  de  Cologne  menace  la  Hollande,  parce 
qu'elle  refuse  d'accepter  les  dires  du  Gouvernement 
allemand,  qui  nie  le  torpillage  du  Tubantia  par  un  de 
ses  sous-marins. 

Le  Gouvernement  et  l'opinion  aux  Etats-Unis  sont 
très  émus  par  les  torpillages  sans  avertissement  du 
Sussex  et  de  VEnglishman.  Le  New-York  Herald 
demande  combien  il  faudra  d'Américains  tués  avant 
que  Wilson  déclare  la  guerre.  Le  Times  de  New-York 
dit  que  la  dignité  et  îa  sécurité  des  Etats-Unis  leur 
interdisent  de  prétendre  conserver  des  relations  ami- 
cales avec  une  puissance  qui  continue  à  assassiner  les 
citoyens  américains.  Le  World  demande  ce  que  les 
Etats-Unis  ont  à  gagner  à  rester  en  relations  diploma- 


I 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  83 

tiques  avec  une  puissance  manifestement  sans  foi  ni 
honneur.  Le  professeur  Josiah  Royce,  à  Boston,  de- 
mande que  les  Etats-Unis  rompent  avec  l'ennemie  de 
l'humanité  et  remplissent  leur  devoir  envers  le  genre 
humain  en  se  joignant  aux  Alliés. 

Raid  d'avions  autrichiens  sur  Vérone,  Pordenone, 
Grado,  etc.  Plusieurs  ont  été  abattus. 

Sept  avions  allemands,  visant  les  navires  alliés  à 
Salonique ,  sont  mis  en  fuite  ;  deux  appareils  sont 
détruits.  Ce  raid  a  fait  une  vingtaine  de  victimes  dans 
la  ville. 

Daily  Mail  :  «  Un  assassin  n'est  pas  remis  en  liberté 
quand  il  a  été  arrêté  et  que  sa  culpabilité  a  été  prouvée. 
Une  nation  de  criminels  ne  peut  être  laissée  en  situation  de 
machiner  de  nouveaux  actes  d'agression  et  de  meurtre  avec 
ses  avions,  ses  sous-marins,  ses  gaz  empoisonnés,  après 
qu'elle  aura  été  battue  sur  les  champs  de  bataille.  Des 
mesures  doivent  être  prises  en  vue  de  la  sécurité  du 
monde,  » 

Repington  (Times)  :  «  Les  Allemands  produisent  encore 
autant  de  munitions  que  l'Angleterre  et  la  France  réunies. 
Nous  ne  devons  pas  nous  laisser  aller  à  la  tentation  et  jouer 
le  jeu  de  l'Allemagne  en  attaquant  trop  tôt.  » 

Les  listes  prussiennes  avouent  une  perte  de  2.457.000 
hommes. 

Mardi  28  mars.  —  Les  Allemands  attaquent  en 
vain  sur  le  front  Haucourt-Malancourt  ;  les  Français 
progressent  dans  les  boyaux  au  nord  d'Avocourt. 

luarante-huit  heures  de  lutte  au  nord-ouest  de 
les   Italiens   reprennent   les   tranchées  qu'ils 
avaient  perdues  (3oo  prisonniers). 

Lansing  fait  demander  à  Berlin  si  le  Sassex  a  été 
frappé  par  une  torpille  allemande  ;  il  réclame  une 
prompte  réponse. 

Le  professeur  américain  Baldw^in,  dont  la  fille  a  été 
gravement  blessée  sur  le  Sassex,  déclare  dans  une 
lettre  publique  que  «  l'Allemagne  restera  avec  les 
marques  d'infamie  que  lui  ont  imprimées  ses  crimes  ». 

Le  parti  social-démocrate  de  Leipzig,  par  33  voix 
contre  6  et  3  abstentions,  approuve  la  conduite  de  Haase 


Après  qi 
Gonzia,    h 


84  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

et  des  19  députée  qui  l'ont  suivi,  et  invite  les  membres 
qui  sont  hostiles  aux  crédits  de  guerre  à  se  joindre  au 
parti.  i4  autres  socialistes  se  sont  ralliés  aux  dissidents 
groupés  autour  de  Haase. 

L'Autriche-Hongrie  a  dépensé  pour  la  guerre  plus  de 
3o  milliards  de  couronnes;  elle  en  a  emprunté  i4,  dont 
I  en  Allemagne. 

Le  journaliste  Schrœder,  du  Telegraaf,  poursuivi 
pour  un  article  anti-allemand,  est  acquitté  par  le  jury 
hollandais. 

A  propos  de  la  conférence  des  Alliés  à  Paris,  le  Mor- 
ning  Post  écrit  que  l'esprit  résolu  de  la  France  est  le 
drapeau  de  la  civilisation. 

Salandra  dit  à  l'Hôtel  de  Ville  :  «  Les  nations  atten- 
dent maintenant,  dans  une  anxiété  poignante,  desavoir 
si  le  droit  des  gens  sera  restauré  et  maintenu  dans  un 
monde  meilleur,  ou  s'il  est  voué  à  la  destruction  par  la 
force  brutale.  » 

Pemberton-Billing,  le  député  aviateur,  répète  ce  qu'il  a 
déjà  dit  aux  Communes,  à  savoir  que  «  dans  peu  d'années  une 
Puissance  pourra  posséder  100.000  avions  portant  chacun 
200  kilogrammes  d'explosifs  et  capables  de  dévaster  en  une 
nuit  tout  un  pays.  Il  n'y  aura  pas  de  chiffons  de  papier  dans 
la  prochaine  guerre.  Il  y  aura  une  période  de  tension  ;  puis, 
sans  déclaration  de  guerre,  cette  nuée  d'avions  sèmera  la 
destruction  et  la  mort.  La  nation  qui  frappera  le  premier 
coup,  fût-ce  d'une  heure  en  avance,  anéantira  sa  rivale  dans 
une  nuit.  Alors  le  monde  entier  dira  :  Plus  jamais  !  9  {Daily 
Mail,  28  mars  ;  comparer  le  roman  de  Wells,  The  ivorld  set 
free  [Le  monde  libéré],  qui  a  été  publié  au  printemps  de 
1914.) 

Funck-Brentano  écrit  avec  raison  (La  France)  :  «  La 
réforme  de  l'orthographe,  telle  serait  dans  le  monde  la  grande 
victoire  frayant  les  voies  à  la  pensée  et  à  la  langue  fran- 
çaise. » 

Mercredi  29  mars.  —  Les  Français  enlèvent  la 
corne  sud-est  du  bois  d'Avocourt  sur  une  profondeur  de 
3oo  mètres,  ainsi  que  l'ouvrage  dit  réduit  d'Avocourt, 
et  repoussent  sur  ce  point  une  contre-attaque  violente. 
A  Malancourt,   les  Allemands  prennent  pied  dans  un 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  85 

ouvrage  avancé  au  nord  et  s'emparent  de  deux  maisons 
du  village. 

Une  attaque  autrichienne  est  repoussée  au  nord-ouest 
de  Gorizia. 

Les  mobilisés  serbes,  en  Russie,  forment  une  division 
de  20.000  hommes. 

De  graves  désordres,  causés  par  la  disette,  éclatent 
à  Phiiippopoli.  Ghenadieff  et  d'autres  députés  sont 
arrêtés  à  Sofia. 

Une  commission  du  Reichstag,  siégeant  à  huis  clos, 
s'est  prononcée  pour  la  continuation  cle  la  guerre  sous- 
marine  par  tous  les  moyens  possibles. 

L'Amirauté  anglaise  possède  et  fera  remettre  aux 
États-Unis  des  fragments  de  la  torpille  allemande  qui  a 
coulé  le  Siissex.  L'Amirauté  ajoute  que  le  sous-marin 
tira  deux  fois  sur  le  torpilleur  anglais  venu  au  secours 
du  paquebot. 

Obus  d'avions  français  sur  les  gares  de  Metz-Sablons, 
Pagny-sur-Moselle,  Maizières-lfes-Metz. 

Le  ministre  de  la  guerre  russe,  Polivanov,  donne  sa 
démission  et  est  remplacé  par  Chouvaiev. 

Les  journaux  allemands  adjurent  les  femmes  d'ap- 
porter leurs  alliances  a.  la  Banque  d'Empire. 

Le  Gouvernement  anglais  revise  la  loi  du  recrute- 
ment et  remplace  le  plus  possible,  dans  les  usines,  les 
hommes  par  des  femmes,  dont  276.000  ont  offert  leurs 
services. 

«  L'ennemi  du  genre  humain  traverse  une  assez  mauvaise 
phase,  et  la  Déclaration  de  Paris,  signée  hier  au  quai 
d'Orsay,  n'est  certainement  point  faite  pour  calmer  des 
inquiétudes  dont  il  ne  peut  se  défendre  »  (Roussel,  Liberté). 

Le  Temps  explique,  dans  une  note  officieuse,  que  la  pré- 
sence de  débris  métalliques  (pointes  à  deux  dents)  dans  les 
sacs  d'avoine  importés  d'Amérique,  ne  doit  pas  être  attribuée 
à  la  malveillance  ;  ce  seraient  des  déchets  de  maréchalerie, 
demeurés  par  inadvertance  dans  certains  sacs  qui  ont  servi 
à  les  recueillir. 

Jeudi  30  mars.  —  Au  sud  de  la  Somme,  les  Alle- 
mands pénètrent  dans  nos  lignes  à  l'ouest  de  Verman- 
dovillers  (nord  de  Chaulnes),  mais  en  sont  chassés. 


86  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  attaques  allemandes  de  la  nuit  contre  les  posi- 
tions françaises  des  bois  d'Avocourt  ont  échoué.  De 
violentes  attaques  sur  Douaumont  sont  aussi  repous- 
sées. 

La  Gazette  de  Voss  signale  la  présence  d'artillerie 
anglaise  devant  Verdun. 

Les  Allemands  ont  lancé  sur  la  Meuse,  au  nord  de 
Saint-Mihiel,  beaucoup  de  mines  flottantes  qui  n'ont 
pas  causé  de  dégâts. 

Progrès  russes  dans  la  direction  de  Bagdad. 

Un  navire-hôpital  russe,  le  Portugal,  est  torpillé  en 
Mer  Noire  par  un  sous-marin  autrichien  (?);  il  y  a  120 
victimes. 

Lansiug  a  été  informé  que  le  vapeur  Englishman, 
d'abord  bombardé  par  un  sous-marin,  fut  ensuite  tor- 
pillé lorsqu'il  s'arrêta.  Quatre  Américains  ont  été  tués. 

La  Norvège  a  perdu  près  de  cent  navires  par  l'effet 
de  mines  et  de  torpilles  ;  elle  n'a  reçu  de  compensation 
que  pour  quatre  (Land  and  Water,  p.  8). 

Au  cours  d'engagements  aériens,  huit  avions  alle- 
mands ont  été  détruits,  dont  quatre  près  de  Verdun. 

Quatre  hydravions  autrichiens  ont  bombardé  Valona 
et  les  environs. 

Le  général  Dubail  est  nommé  gouverneur  de  Paris, 
en  remplacement  du  général  Maunoury,  relevé  sur  sa 
demande  pour  cause  de  santé. 

Les  armées  françaises  ont  perdu  au  front  onze  géné- 
raux. 

Le  Morning  Post,  commentant  la  Conférence  de 
Paris,  dit  qu'en  voulant  empêcher  chaque  peuple  de 
suivre  librement  sa  destinée,  l'Allemagne  a  forgé  contre 
elle  la  plus  formidable  coalition  que  le  monde  ait 
jamais  connue. 

«  La  juste  colère  contre  la  barbarie  teutonne  gagne  le 
monde  civilisé  tout  entier,  et  les  derniers  exploits  des  sous- 
marins  émeuvent  les  neutres  tout  autant  que  les  belligé- 
rants »  (Temps). 

Rlbot  dit  au  Sénat  :  «  Nous  arriverons  k  une  paix  qui 
restaurera  le  droit  et  qui  délivrera  le  monde  du  cauche- 
mar qui  a  trop  longtemps  pesé  sur  lui.  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  87 

Un  correspondant  neutre  écrit  au  Times  :  a  Verdun 
est  pour  les  Alliés  la  plus  grosse  réclame  qu'ils  aient 
jamais  eue  dans  les  pays  neutres.  Mais  en  Allemagne 
l'effet  a  été  terrible.  » 

Dans  un  article  intitulé  Demain  et  traduit  par  le  Temps, 
Wells  écrit  : 

«  Il  faut  que  la  Belgique  soit  rendue  à  elle-même,  que  sa 
neutralité  fasse  place  à  une  alliance  défensive  avec  les  deux, 
alliés  de  l'ouest,  et,  si  le  monde  doit  encore  compter  avec  les 
HohenzoUern,  il  faut  que  sa  frontière  soit  portée  en  avant  de 
façon  à  réduire  au  minimum  les  risques  d'une  seconde 
attaque  brusquée.  Toute  frontière  qui  donne  sur  les  Hohen- 
zoUern devra  désormais  être  munie  de  lignes  successives  de 
tranchées  et  occupée  en  permanence  ;  c'est  aussi  une  néces- 
sité primordiale  que  la  ligne  franco-belge  soit  aussi  courte  et 
aussi  fortifiée  que  possible.  En  face  d'un  empire  Hohenzol- 
Icrn,  il  faut  que  la  ville  d'Aix-la-Chapelle,  dont  l'Allemagne 
a  fait  un  simple  tremplin  pour  ses  attaques,  soit  aux  mains 
de  la  Belgique.  La  frontière  stratégique  et  douanière  parti- 
rait alors  d'Aix-la-Chapelle  vers  le  sud,  incorporant  à  l'al- 
liance permanente  le  grand-duché  du  Luxembourg.  » 

[Wells  paraît  oublier  qu'avec  les  moyens  de  destruction 
que  fournit  la  science  actuelle,  sans  même  faire  état  de  ses 
inventions  futures,  les  forteresses  et  les  lignes  de  tranchées 
ne  sont  plus  des  obstacles  au  banditisme  des  attaques  brus- 
quées. La  seule  sauvegarde  de  la  civilisation  est  la  prohibi- 
tion des  engins  de  meurtre  collectif  et  leur  monopolisation 
par  la  police  internationale.] 

Vendredi  3i  mars.  —  Des  attaques  violentes,  au 
cours  de  la  nuit,  nous  ont  obligés  k  évacuer  Malan- 
court.  Les  Allemands  ont  aussi  pris  pied  dans  la  partie 
ouest  du  village  de  Vaux,  dont  ils  possédaient  l'est 
depuis  le  12  mars. 

Deux  violentes  attaques  allemandes  sur  le  nord-est 
et  l'ouest  de  la  cote  296  sont  repoussées,  malgré  l'em- 
ploi d'obus  lacrymogènes. 

En  Woëvre,  les  Allemands  ont  vainement  attaqué  à 
l'est  d'Haudiomont. 

On  assure  que  les  prisonniers  français  faits  devant 
Verdun  sont  traités  avec  des  égards  nouveaux  par  les 
Allemands. 


88  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Dégel  partiel  sur  le  front  russe,  qui  devient  imprati- 
cable. 

On  assure  que  87.000  sacs  appartenant  à  la  Russie 
et  réquisitionnés  au  début  de  la  guerre  par  le  Gouver- 
nement grec  pour  son  intendance  ont  été  livrés  par 
Gounaris  à  la  Bulgarie.  L'opinion  à  Athènes  en  est  très 
émue. 

Le  Gouvernement  britannique,  renonçant  k  appliquer 
l'article  19  de  la  Déclaration  de  Londres,  fait  savoir 
que  les  vaisseaux  et  cargaisons  en  route  pour  un  port 
non  bloqué  pourront  être  saisis  pour  contravention  au 
blocus. 

La  Russie  a  racheté  au  Japon  trois  cuirassés  capturés 
pendant  la  guerre  russo-japonaise. 

«  Il  ne  suffit  pas  d'affirmer  que  la  question  de  l'emploi  des 
sous-marins  n'a  pas  encore  été  réglée  en  droit  international 
pour  prétendre  violer  avec  cette  arme  nouvelle  toutes  les 
règles  consacrées  par  le  droit  international.  »  (Temps.') 

Cinq  dirigeables  jettent  des  bombes  sur  la  côte  est 
et  sud-est  de  l'Angleterre  ;  l'un  d'eux  est  pris  et  coule 
ensuite.  Il  y  a  vingt-huit  civils  tués. 

Des  avions  allemands  ont  jeté  des  bombes  sur  la  ville 
suisse  de  Porrentruy.  La  Suisse  proteste  et  demande 
satisfaction. 

L'Allemagne  demande  des  explications  au  Brésil  sur 
les  manifestations  qui  ont  eu  lieu  en  faveur  du  Portu- 
gai  (?). 

Le  prince  de  Serbie  est  arrivé  à  Londres  et  Asquith 
à  Rome,  l'un  et  l'autre  reçus  avec  enthousiasme. 

Le  roi  d'Angleterre  donne  2.5oo.ooo  francs  pour  la 
guerre. 

.  La  Hollande  prend  tout  k  coup  de  sérieuses  mesures 
militaires  ;  l'Allemagne  a  essayé  de  la  convaincre  que 
les  Alliés  songent  k  violer  son  territoire. 

Vasquez  Mella  et  Cerraibo  ont  vainement  essayé  d'ar- 
racher k  Don  Jaime  un  désaveu  du  carliste  Melgar,  qui 
a  fait  adhésion  à  la  cause  de  l'Entente  {Temps,  2  avril). 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 


AVRIL 


Samedi  i"  avril.  —  Le  front  anglais  s'est  étendu 
dans  la  région  d'Arras  et  atteint  i3o  kilomètres. 

Une  attaque  allemande  sur  Vaux  est  arrêtée. 

Une  note  allemande  à  la  Hollande  affirme  que  les 
sous-marins  allemands  ont  reçu  l'ordre  de  ne  pas  atta- 
quer les  neutres,  à  moins  qu'ils  ne  cherchent  à  éviter 
la  visite. 

Les  sous-marins  allemands  et  autrichiens  ont  semé 
des  mines  devant  Gorfou. 

Les  forts  de  l'île  Saint-Georges  et  d'autres  défenses 
côtières  de  Smyrne  ont  été  bombardés  par  un  navire 
anglais. 

Raid  de  deux  dirigeables  sur  la  côte  nord-est  de  l'An- 
gleterre :  i6  tués,  100  blessés. 

A  propos  de  l'incident  de  Porrentruy,  on  fait  remar- 
quer :  1°  qu'immédiatement  après  l'incident  une  note 
officielle  de  l'État-major  suisse  fit  savoir  que  les  avions 
étaient  probablement  français  ;  2°  que  les  troupes  suisses 
de  garde  à  Porrentruy  n'avaient  pas  de  cartouches.  Le 
ministre  d'Allemagne  à  Berne  a  exprimé  ses  regrets. 

Un  romancier  allemand,  Stilgebauer,  publie  en  Hol- 
lande un  article  où  il  dit  que  îa  «  fidélité  »  du  peuple 
allemand,  mal  dirigée,  le  conduit  à  sa  perte  ;  il  fait 
'contraster  l'esprit  prussien  avec  celui  de  l'ancienne  Al- 
lemagne avant  la  mort  de  Goethe,  déplore  la  conduite 
des  Allemands  en  Belgique  et  la  condamne  en  citant 
des  vers  de  Schiller  dans  Don  Carlos. 

Asquith  rend  visite  au  Pape. 

On  arrête  aux  États-Unis  le  capitaine  Hans  Tauscher, 
qui,  sur  les  ordres  de  von  Papen,  aurait  préparé  l'explo- 
sion du  canal  de  Welland.  C'était  l'agent  de  la  maison 
Krupp  à  New-York. 

Les  troupes  américaines,  au  Mexique,  surprennent  et 
battent  celles  de  Villa. 


90  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

L'agence  Gook  de  New-York  aurait  reçu  700.000 
demandes  de  tickets  d'excui'sion  pour  la  France  sitôt  la 
fin  des  hostilités. 

«  On  a  dit  que  cette  guerre  était  une  guerre  d'inventions. 
C'était  déjà  vrai  bien  avant  Archimède,  car  les  premiers 
peuples  qui,  aux  coups  de  poing  de  leurs  voisins,  opposaient 
les  coups  d'une  massue  ou  d'une  lance,  furent  vainqueurs 
par  ces  inventions.  Ce  sera  vrai  aussi  des  guerres  futures, 
car  il  y  en  aura  encore,  n'en  déplaise  aux  pacifistes  » 
(Nordmann,  Matin). 

Dimanche  2  avril.  —  Plus  de  i.ooo  gros  obus  sur 
Reims  ;  220  maisons  sont  atteintes. 

De  fortes  attaques  allemandes  sur  le  réduit  d'Avo- 
court  sont  repoussées  ;  sur  le  front  Douaumont — Vaux, 
les  Allemands  pénètrent  dans  le  bois  de  la  Caillette, 
mais  sont  réjetés  vers  le  nord  de  ce  bois. 

Les  Russes  ont  passé  dans  le  bassin  du  Tchorokh 
supérieur  et  saisi  des  massifs  montagneux  fortifiés  à 
3.000  mètres  d'altitude. 

Le  professeur  Baldwin  télégraphie  k  Wilson  au  nom 
de  sa  fille  blessée  sur  le  Sassex  et  demande  réparation, 

Un  dirigeable  lance  8  bombes  sur  Dunkerque 
(2  tués). 

Nouveau  raid  de  dirigeables  sur  la  côte  d'Ecosse  et 
de  l'Angleterre. 

Devant  Verdun,  les  avions  français  abattent  5  appa- 
reils allemands. 

Paul  Souday  répond,  dans  le  Temps,  à  un  nouveau 
calomniateur  du  patriotisme  de  Renan. 

Lundi  3  avril.  —  Les  Anglais  réparent  à  Sainte 
Eloi  leur  échec  du  3o  mars. 

Encore  109  obus  sur  Reims. 

Forte  attaque  allemande,  entre  Haucourt  et  Béthin- 
court,  sur  des  positions  françaises  au  nord  du  ruisseau 
de  Forges  qui  avaient  été  évacuées  dans  la  nuit  du 
3i  mars  au  i'""  avril.  Surpris  par  le  feu  des  nouvelles 
positions,  les  Allemands  ont  éprouvé  de  grandes  pertes. 

A  l'est  de  la  Meuse,  des  contre-attaques  françaises 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  91 

gagnent  du  terrain  au  bois  de  la  Caillette  et  dans  la 
partie  ouest  de  Vaux. 

Les  Allemands  prodiguent  les  munitions  devant  Ver- 
dun au  point  de  tirer  lo.ooo  obus  de -210  sur  un  front 
de  i.5oo  mètres. 

Examinant  la  situation  devant  Verdun,  la  Gazette 
de  Voss  dit  qu'on  se  sent  par  instants  découragé. 

Canonnade  française  sur  les  positions  allemandes  de 
la  région  Montfaucon — Malancourt. 

Le  Gouvernement  bulgare,  répondant  aux  plaintes 
de  la  Grèce,  ordonne  à  ses  troupes  de  se  retirer  au 
delà  de  la  frontière  et  promet  de  punir  les  comitadiis. 

On  affirme  que  les  Turcs  du  Caucase  ont  reçu  de 
gros  renforts. 

La  Douma  et  le  Conseil  de  l'Empire  ont  protesté 
avec  énergie  contre  le  torpillage  du  navire-hôpital  Por- 
tugal, monstrueuse  atteinte  au  droit  des  gens. 

La  France  et  l'Angleterre  font  savoir  que,  vu  l'inten- 
sité de  la  contrebande  par  colis  postaux,  elles  exerceront 
le  droit  de  saisie  sur  les  sacs  de  la  poste,  tout  en  respec- 
tant les  correspondances. 

Une  escadrille  d'avions  autrichiens  ayant  survolé  An- 
cône,  trois  ont  été  abattus. 

Berlin  exprime  officiellement  ses  regrets  à  Berne  au 
sujet  de  l'incident  de  Porrentruy. 

Il  est  établi  que  i3  dirigeables  allemands  ont  pris 
part  aux  trois  raids  contre  l'Angleterre,  lancé  409  bom- 
Les  et  fait  246  victimes,  dont  69  tués. 

On  affirme  à  Rome  que  depuis  lo  début  de  la  guerre 
l'Allemagne  a  perdu  4?  dirigeables,  368  avions  et 
1.400  aviateurs.  L'Autriche  a  perdu  tous  ses  dirigeables 
et  184  avions. 

Les  social-démocrates  de  Kœnigsberg  ont  approuvé 


leur  député  Haase  par  107  voix  contre  11, 

On  dit  en  Suisse  qu'il  ne  reste  plus  que  700.000 
hommes  de  réserve  h.  l'Allemagne  et  que,  loin  de  rece- 
voir des  renforts  de  Bulgarie  et  de  Turquie,  elle  est 
obligée  de  laisser  26.000  hommes  en  Orient  et  175.000 
en  Autriche.  Celle-ci  n'a  plus  de  réserves. 


92  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

On  annonce  que  la  France  possède  des  canons  aussi 
forts  et  même  plus  forts  que  l'Allemagne. 

Le  Temps  dit  que  l'armée  anglaise  est  arrivée  à  son 
apogée. 

Essad  pacha  a  rendu  visite  à  Briand. 

La  conférence  panamèricaine  s'est  ouverte  à  Buenos- 
Ayres. 

Mardi  4  avril.  —  Très  forte  attaque  allemande  vers 
le  nord  de  Douaumont,  complètement  repoussée.  On 
annonce  que  le  front  français  est  rétabli  dans  la  région 
Vaux — Douaumont. 

Autre  attaque  allemande  repoussée  au  sud-est  de 
Seppois-le-Haut. 

Les  Russes  prennent  Latach,  sur  le  Dniester,  k  l'ouest 
d'Uziesko. 

Débâcle  des  glaces  sur  la  D%dna. 

Venizelos,  dans  un  article  du  Keryx,  pose  nette- 
ment la  question  des  accords  possibles  du  roi  de 
Grèce  avec  l'Allemagne  ;  cet  article  produit  une  vive 
émotion. 

Dans  le  Caucase,  les  Turcs,  appuyés  par  le  B'reslau, 
ont  attaqué  le  flanc  droit  russe  et  ont  été  repoussés. 

Les  navires  anglais  ont  découvert,  dans  les  îles  grec- 
ques, plusieurs  bases  de  sons-marins  allemands. 

On  ditk  Berlin  que  les  notes  présentées  par  les  Etats- 
Unis  sont  amicales,  mais  qu'on  n'y  pourra  répondre 
avant  quelque  temps,  l'Amirauté  allemande  ayantbesoin 
de  se  renseigner. 

\Jr\  dirigeable  survole  la  côte  est  de  l'Angleterre, 
mais  fait  peu  de  dégâts. 

Trois  avions  allemands  sont  abattus  près  de  Verdun. 

On  affirme  que  les  raids  de  dirigeables  sur  l'Ancfle- 
terre  ont  eu  lieu  sur  l'ordre  de  Guillaume  II,  qui  a 
demandé  qu'on  frappât  «  vite  et  fort  y>. 

Les  syndicats  ouvriers  allemands  désavouent  Haase. 

Le  Gouvernement  hongrois  saisit  à  l'avance  les  ré- 
coltes de  1 9 1 6  et  interdit  tout  commerce  sur  ces  récoltes. 

Le  budget  anglais  prévoit  des  dépenses  de  45  milliards 
625  millions.  jL 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  93 

Déclaration  de  Branting,  chef  du  parti  social-démocrate  en 
Suède  :  «  Parmi  les  causes  de  la  guerre,  la  première  de 
toutes,  c'est  l'impérialisme  allemand,  cette  passion  de  l'hé- 
gémonie et  de  la  conquête  qui,  en  Allemagne,  imprègne  la 
mentalité  des  classes  dirigeantes  et  a  malheureusement 
infesté  aussi  une  trop  grande  partie  de  la  classe  ouvrière. 
Quant  à  la  France  et  à  l'Angleterre,  nul  esprit  impartial, 
ayant  pris  connaissance  des  documents  diplomatiques,  ne 
peut  contester  qu'elles  voulaient  la  paix  et  ont  tout  fait, 
lusqu'à  la  dernière  minute,  pour  la  sauvegarder  »  (Temps 
du  6). 

Mercredi  5  avril.  —  Bombardement  intense  en 

Woëvre. 

Des  attaques  allemandes  sont  repoussées  en  Lorraine 
près  d'Arracourt. 

On  dit  que  la  Bulgarie,  par  l'entremise  de  l'Alle- 
magne, s'est  plainte  à  Bucharest  des  mesures  militaires 
de  la  Roumanie. 

Les  Anglais  ont  enlevé  les  tranchées  turques  d'Um- 
cl-Hannali  (rive  gauche  du  Tigre). 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  les  Allemands  ont 
coulé  ou  capturé  91  navires  norvégiens,  causant  une 
perte  de  77  vies  et  de  plus  de  100  millions. 

Trois  dirigeables  survolent  la  côte  anglaise  du  nord- 
est.  Tennant  annonce  aux  Communes  qu'un  second 
dirigeable  allemand  a  été  touché  dans  la  nuit  de  ven- 
dredi à  samedi  ;  il  a  bon  espoir  qu'on  pourra  repousser 
à  l'avenir  les  raids  aériens.  Pemberton  Billing  a  de- 
mandé à  conduire  lui-même  des  raids  de  représailles. 

Une  escadrille  franco-anglaise  coule  un  sous-marin 
allemand  et  fait  l'équipage  prisonnier. 

Discours  de  Bethmann-Hollweg  au  Reichstag  (texte 
intégral,  Temps  du  8  avril).  Il  avoue  que  les  difficultés  de 
l'alimentation  sont  sérieuses,  proteste  contre  le  blocus 
anglais  et  affirme  que  l'Allemagne  ne  se  laissera  frus- 
trer par  personne  des  armes  dont  elle  dispose.  Il  estime 
que  les  opérations  contre  Verdun  ont  été  conçues  avec 
une  ampleur  de  vue  géniale  et  rend  hommage  à  la 
bravoure  des  Français.  Les  Russes,  après  la  prise  d'Er- 
zeroum,   vont  être    arrêtés  par  de    nouveaux    effectils 


94  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

turcs.  Avec  des  formules  diplomatiques,  le  chancelier 
adopte,  pour  l'avenir,  la  politique  (l'annexion.  Spahu 
(Centre)  dit  que  les  frontières  de  l'Allemagne  doivent 
être  élargies  et  que  la  guerre  imposée  à  ce  pays  doit 
avoir  pour  résultat  de  lui  assurer  la  situation  d'une 
puissance  mondiale  (  Weltrnachl). 

Jeudi  6  avril.  —  Les  Allemands  ont  repris,  k  Saint- 
Eloi,  une  partie  du  terrain  conquis  par  les  Anglais  le 
27  mars. 

Les  Français  prennent  une  tranchée  en  Argonne  près 
de  la  route  de  Saint-Hubert,  faisant  usage,  à  leur  tour, 
d'un  projecteur  de  flammes. 

Pendant  la  nuit  du  5  au  6,  attaques  allemandes  très 
violentes  entre  Avocourt  et  Béthincourt  ;  les  Allemands 
prennent  pied  dans  le  village  de  Haucourl.  Dans  la 
nuit  du  Ô-7,  ils  pénètrent  dans  une  tranchée  de 
première  ligne  sur  la  route  Béthincourt — Chattancourt, 
mais  en  sont  délogés,  sauf  sur  un  espace  de  3oo  mètres. 

Les  journaux  russes  constatent  que  des  troupes  alle- 
mandes ont  été  envoyées  de  Poliésie  à  Verdun  et  que 
les  troupes  qui  restent  sont  de  qualité  inférieure. 

Deux  des  quatre  armées  bulgares  sont  à  la  frontière 
roumaine. 

Venizelos  déclare  que  l'occupation  de  la  Macédoine 
parles  Alliés  a  été  le  salut  de  l'hellénisme. 

Un  vaisseau  russe  a  bombardé  le  Breslau,  qui  a  pris 
la  fuite. 

Un  dirigeable,  ayant  survolé  la  côte  nord-est  de  l'An- 
gleterre, fut  bombardé  et  rebroussa  chemin. 

A.  Pollen  (Land  and  Water)  pense  qu'une  tentative 
allemande  d'attaquer  la  flotte  anglaise  par  l'air  semble 
très  probable. 

De  violentes  manifestations,  causées  par  la  disette, 
ont  eu  lieu  à  Berlin. 

Giornale  d'Italia  (à  propos  du  discours  de  Bethmann- 
Hollweg)  :  «  La  paix  viendra  et  sera  durable  et  féconde 
dans  la  fraternité  sincère  des  peuples,  mais  pas  avant  que 
l'on  n'ait  enlevé  d'Europe  les  brigands  qui  ensanglantent  le 
monde  pour  le  triomphe  de  l'ambition  germanique.  » 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  95 

Vendredi  7  avril.  —  Une  forte  attaque  allemande, 
au  débouché  de  Haucourt,  est  arrêtée  par  notre  tir. 

Sous  un  feu  concentré  d'artillerie,  les  Italiens  éva- 
cuent leurs  lignes  avancées  du  Rauchkofel. 

La  Roumanie  conclut  un  accord  avec  l'Allemagne, 
rétablissant  le  libre  trafic  entre  les  deux  pays.  Les  jour- 
naux allemands  s'en  autorisent  pour  annoncer  un  revi- 
rement politique  de  Bratiano. 

Le  Reichstag  a  voté  une  résolution  en  faveur  de  la 
continuation  de  la  guerre  sous-marine. 

On  affirme  que  les  Allemands  ont  maintenant  des 
sous-marins  sans  périscope. 

Samedi  8  avril.  —  Vifs  combats  en  Champagne, 

dans  la  région  de  Navarin. 

Au  cours  de  la  nuit  du  7-8,  attaques  allemandes  au 
sud  et  au  débouché  est  de  Haucourt.  Dans  la  nuit  du 
8-g,  nous  évacuons  la  position  de  Béthincourt.  Progrès 
français  au  sud  de  Douaumont. 

Canonnades  et  petits  engagements  sur  le  front  de 
Salonique. 

A  Salonique,  acquittement,  au  milieu  d'applaudisse- 
ments, d'un  journal  grec  accusé  d'avoir  injurié  l'Alle- 
magne. 

Un  communiqué  grec  dément  l'existence,  à  Corfou, 
de  bases  grecques  pour  sous-marins  allemands. 

Dragoumis,  ministre  des  Finances,  donne  sa  démis- 
sion. 

Les  Anglais  enfermés  à  Kut  n'ont  plus  de  charbon. 

L'Allemagne  nie  le  torpillage  du  Sussex  et  celui  du 
Palembang. 

Un  transport  autrichien  est  coulé  dans  l'Adriatique 
par  un  sous-marin  français. 

Guillaume  II  félicite  Hindenburg  à  l'occasion  du 
cinquantenaire  de  son  entrée  dans  l'armée. 

La  reine  de  Suède,  princesse  badoise,  arrive  k 
Carlsruhe. 

Au  Reichstag,  Liebknecht  dit  qu'il  a  la  preuve 
que  dans  les  camps  de  prisonniers  en  Allemagne  on 
les  pousse  a  exécuter  des  travaux  contre  leur  patrie,  ce 


96  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

qui  est  une  grossière  violation  du  droit  des  gens.  Le 
président  lui  retire  la  parole. 

Le  cours  du  dollar  à  Paris  atteint  6^10. 

Dimanche  9  avril.  —  Bataille  violente  entre  Avo- 
court  et  Cumièrcs.  Les  colonnes  d'assaut  allemandes 
ont  été  fauchées  sur  le  front  Mort-Homme — Cumières. 
Au  nord-est  d'Avocourt,  une  légère  avance  allemande 
a  été  refoulée  par  une  contre-attaque.  En  fin  de  journée, 
les  Allemands  prennent,  sur  5oo  mètres  de  long,  notre 
tranchée  avancée  de  la  cote  2g5. 

Au  cours  d'une  grande  conférence  vénizéliste  à 
Athènes,  Nakos  déclare  que  la  place  de  la  Grèce  est  à 
côté  des  puissances  libératrices  de  l'humanité.  [La  majo- 
rité du  peuple  grec  applaudit  Venizelos,  parce  qu'il 
représente  l'honneur  national,  et  ne  fait  rien  contre  le 
Gouvernement,  parce  qu'il  assure  la  paix.] 

Des  sous-secrétaires  d'Etat  allemands  sont  placés 
dans  toutes  les  administrations  turques  ;  en  province, 
des  fonctionnaires  allemands  sont  adjoints  aux  valis. 
C'est  la  main-mise  allemande  sur  tous  les  rouages  de 
l'Etat  turc,  sauf  dans  la  police,  où  les  Jeunes-Turcs  ont 
refusé  toute  coopération. 

Progrès  russes  dans  la  région  de  Baïbourt  ;  vifs 
combats  dans  la  région  de  Bitlis  et  sur  le  lac  d'Ourmiah. 

Les  Anglais  attaquent  sans  succès  les  lignes  de  San- 
nayat  (Mésopotamie). 

En  Méditerranée,  un  sous-marin  autrichien  torpille  et 
coule  le  vapeur  danois  Caledonia. 

Anatole  France  dit  à  la  Sorbonne  :  «  Après  la  victoire  de 
nos  armées,  qui  combattent  pour  la  justice  et  la  liberté,  les 
Alliés  auront  de  grands  devoirs  à  remplir.  Et  le  plus  sacré  de 
ces  devoirs  sera  de  rendre  la  vie  aux  peuples  martyrs,  à  la 
Belgique,  à  la  Serbie.  Alors  ils  assureront  aussi  la  sûreté  et 
rindépendance  de  TArménie.  » 

Lundi  10  avril.  —  Formidable  attaque  allemande 
sur  le  Mort-Homme,  avec  jet  de  liquides  enflammés  ; 
les  Allemands  ont  pris  pied  dans  quelques  tranchées  k 
l'est  sur  la  rive  droite  de  la  Meuse  ;  échec  d'une  tenta- 


î 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  97 

tive  allemande  pour  reprendre  des  tranchées  au  sud  de 
Douaumont. 

L'artillerie  italienne  endommage  le  fort  de  Luserna. 

On  dit  (à  tort,  mais  non  sans  raisons)  que  la  Russie 
a  fermé  sa  frontière  du  côté  de  la  Roumanie. 

Progrès  russes  au  sud-ouest  d'Erzeroum. 

Pour  100  tonnes  détruites,  l'Angleterre  en  construit 
200  (Lloyd's  Register).  A  la  fin  de  mars,  il  y  avait 
1.428.000  tonnes  en  construction;  depuis  douze  mois, 
l'Angleterre  a  construit  plus  de  2  millions  de  tonnes  et 
en  a  perdu  746.000. 

Le  ministre  de  France  à  La  Haye  a  assuré  la  Hollande 
que  les  Alliés  n'ont  jamais  eu  l'intention,  comme  veu- 
lent le  faire  croire  les  agents  allemands,  d'envahir  la 
Hollande. 

Au  Reichstag,  le  ministre  de  la  Guerre  dit  que 
l'Allemagne  ne  veut  pas  seulement  tenir,  mais  ohtenir 
des  décisions  victorieuses. 

«  Le  jour  où  la  Sainte  Alliance  des  peuples  voudra  s'éle- 
ver, comme  fit  il  y  a  un  siècle  la  Sainte  Alliance  des  rois,  à 
la  synthèse  de  l'immense  tragédie  qui  s'accomplit,  elle  ne  se 
contentera  pas  de  décider  qu'il  n'y  aura  pas  de  paix  séparée, 
mais  elle  décrétera  qu'elle  ne  traitera  pas  avec  l'ennemi  du 
genre  humain  et  que  la  maison  des  Hohenzollern  a  cessé  de 
régner.  »  (Polybe,  Figaro.') 

Discours  d'Asquith  k  Londres  : 

«  La  Grande-Bretagne  et  la  France  ne  sont  pas  entrées  en 
guerre  pour  étrangler  l'Allemagne.  Leur  intention  n'est  nul- 
lement de  détruire  ou  de  mutiler  sa  vie  nationale.  Le  but  des 
Alliés,  dans  la  guerre  qui  leur  a  été  imposée,  est  de  préparer 
les  voies  pour  un  régime  international  assurant  des  droits 
égaux  pour  tous  les  États  civilisés.  Ce  que  nous  attendons  des 
résultats  de  la  guerre,  c'est  d'établir  en  principe  que  tous  les 
problèmes  internationaux  qui  peuvent  surgir  doivent  être 
réglés  par  des  négociations  libres  entre  peuples  également 
libres.  Ce  que  nous  voulons  aussi,  c'est  que  le  règlement  ne 
soît  plus  entravé  et  faussé  par  un  gouvernement  régi  par 
une  caste  militaire.  » 

Les  Anglais  ouvrent  une  campagne  de  recrutement 
il      dans  l'Inde. 

114.    CHRONOLOGIE   DE   LA   GUERRE  7 


98  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Mardi  11  avril.  —  Une  forte  attaque  allemande 
avec  obus  lacrymogènes  entre  Douaumont  et  Vaux  est 
refoulée  par  une  contre-attaque. 

Turcs  et  Bulgares  massacrent  des  Grecs  k  Andri- 
nople. 

A  Athènes,  des  femmes  et  des  enfants  pénètrent  dans 
l'enceinte  du  Parlement  et  exposent  leur  misère,  par 
suite  de  la  cessation  du  paiement  des  allocations  aux 
familles  des  mobilisés. 

A  Rome,  un  décret  royal  appelle  plusieurs  classes 
sous  les  drapeaux. 

Repington  estime  que  les  Allemands  ont  800.000 
hommes  sur  le  front  anglais  et  croit  k  une  offensive. 
Devant  Verdun,  les  Allemands  auraient  3o  divisions  et 
demie,  dont  2  en  réserve.  Sur  les  4oo-ooo  hommes 
engagés  devant  Verdun,  les  Allemands  en  auraient  déjà 
perdu  170.000. 

Le  change  français,  k  Genève,  est  k  85,25  (i4>75  de 
perte);  le  change  allemand  y  est  k  98,15  (3i,85  de 
perte). 

Mercredi  12  avril. —  Au  bois  des  Caurettes,  entre 
le  Mort-Homme  et  Cumières,  une  attaque  allemande  est 
repoussée.  L'artillerie  est  très  active  entre  Douaumont 
et  Vaux. 

Le  Temps  publie  (d'après  le  Bulletin  des  Armées)  le 
récit  officiel  de  la  bataille  de  Verdun  du  24  février  au 
20  mars. 

D'après  les  journaux  autrichiens,  le  IIP  corps  brande- 
bourgeois  a  été  presque  anéanti  devant  Douaumont; 
les  V'IIS  XV«  et  XVIII*  corps  ont  perdu  de  35  k  4o  °/o 
de  leurs  effectifs. 

Dans  la  vallée  de  Sugana,  les  Italiens  prennent  la 
position  de  S.  Osvaldo. 

On  dit  que  l'artillerie  russe  vaut  aujourd'hui  l'arlille- 
rie  allemande  et  que  cette  constatation  inquiète  les  cer- 
cles militaires  allemands. 

Malgré  l'inondation  du  Tigre,  les  Anglais  avancent 
un  peu  en  Mésopotamie. 

La  réponse  allemande   aux  États-Unis  reconnaît  le 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  99 

torpillage  de  plusieurs  navires,  mais  essaie  de  le  justi- 
fier comme  conforme  aux  règles  de  la  guerre.  Elle 
avoue  qu'un  sour.-marin  allemand  a  torpillé  quelques 
navires  dans  le  voisinage  du  Sussex,  mais  nie  avec  im- 
pudence avoir  torpillé  ce  paquebot. 

On  télégraphie  de  Genève  que  l'Allemagne  est  désor- 
mais décidée  à  nier  tous  les  torpillages  et  à  affirmer 
que  les  navires  coulés  l'ont  été  par  des  mines. 

L'Espagne  est  très  émue  par  suite  du  torpillage  de 
plusieurs  navires  portant  son  pavillon. 

Les  élections  espagnoles  ont  donné  une  grosse  majorité 
aux  libéraux  non  germanophiles.  Les  partisans  de  Vas- 
quez  de  Mella  «  restent,  avec  les  jésuites,  les  plus  irré- 
ductibles germanophiles  de  la  Péninsule  »  (Temps 
du  i3). 

Le  Pesti  Hirlap  protc  te  contre  les  projets  de  germa- 
nisation économique  de  la  Hongrie. 

ï 

I        Jeudi  13  avril.  —  Bombardement  ininterrompu  de 

K  la  cote  3o4  et  du  front  Mort-Homme — Cumières. 

f       Progrès  italiens  vers  la  zone  d'Adamello. 

ï        Progrès  russes  dans  la  région  de  la  Strypa. 

On  constate,  sur  le  front  russe,  le  remplacement  gra- 
duel des  Allemands  par  des  Autrichiens. 

Le  bombardement  augmente  sur  le  front  de  Salonique. 

On  affirme  que  l'armée  bulgare  est  plus  nombreuse 
qu'au  début  de  la  campagne  (12  °/o  de  la  population). 

Le  prince  Alexandre  de  Serbie  arrive  à  Gorfou  et 
passe  en  revue  les  troupes  serbes. 

Après  six  jours  d'offensive  sur  le  centre  russe  au 
Caucase,  secondée  par  les  raids  des  tribus  kurdes,  les 
Turcs  sont  mis  en  fuite. 

■  La  ville  de  Ghiraz  a  chassé  le  gouvernement  révolu- 
tionnaire et  emprisonné  les  chefs,  l'un  allemand,  l'autre 
suédois. 

On  assure  que  les  5/6  de  la  flotte  turque  de  la  Mer 
Noire  ont  été  coulés  par  les  Russes. 

Le  Danemark,  depuis  le  début  de  la  guerre,  a  perdu 
42  navires  coulés  par  les  Allemands  (87  victimes). 

L'ambassadeur  d'Allemagne  à  Madrid  ose  démentir 


100  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

formellement  qu'un  sous-marin  allemand  ait  torpillé  le 
Sussex  (Voir  Temps,  1 3  mai). 

Les  Australiens  ont  pris  un  camp  turc  et  occupé 
l'oasis  de  Katia  à  l'est  de  Suez. 

La  police  de  New-York  arrête  quatre  individus,  dont 
trois  employés  d'une  compagnie  allemande,  inculpés  de 
fabrication  de  bombes  incendiaires  et  de  leur  place- 
ment k  bord  de  navires  transportant  des  munitions. 

Le  président  Carranza  envoie  une  note  pressante  à 
Washington,  demandant  le  retrait  des  troupes  améri- 
caines du  Mexique  ;  les  Etats-Unis  refusent. 

Vendredi  14  avril.  —  Une  lorte  reconnaissance 
allemande  se  montre  au  nord  de  Roye. 

Une  attaque  allemande  sur  Douaumont  est  repoussée  ; 
nos  lignes  à  l'ouest  de  la  cote  3o4  sont  violemment 
bombardées. 

Les  Russes  délogent  les  Turcs  d'une  très  forte  posi- 
tion sur  la  rive  gauche  du  Karadéré,  à  25  kilomètres 
est  de  Trébizonde. 

Le  vieux  maréchal  von  der  Goltz  est  assassiné  en 
Asie-Mineure  par  un  officier  turc.  On  essaie  de  faire 
croire  qu'il  est  mort  de  méningite. 

Les  Allemands  ferment  le  Sund  avec  des  mines  et  des 
filets. 

La  presse  américaine  qualifie  d'insolente  la  réponse 
allemande,  mais  ne  veut  pas  encore  de  rupture  diplo- 
matique. 

Trois  avions  anglais  bombardent  la  poudrière  de 
Zeitunlik  près  de  Constantinople  ;  un  autre  bombarde 
la  gare  d'Andrinople.  j 

On  apprend,  de  source  autorisée,  que  certaines  de  j 
nos  fabrications  d'artillerie,  si  l'on  prend  comme  terme 
de  comparaison  le  chiffre  loo  au  début  de  la  guerre, 
dépassent  actuellement  2.000  ;  il  en  est  de  même  pouri 
les  explosifs.  La  production  des  fusils,  en  191 6,  est  sept  i 
fois  plus  considérable  qu'en  mai  1916.  La  production 
quotidienne  des  mitrailleuses  a  quintuplé  depuis  huit 
mois.  I 

On  écrit  de  Budapest  au  Journal  de  Genève  (du  20)  que 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  101 

la  Hongrie  est  lasse  de  la  guerre  :  «  Si  l'on  a  exagéré 
rimportance  du  rôle  joué  jusqu'ici  par  la  Hongrie  dans  le 
conflit  mondial,  on  ne  doit  pas  diminuer  celui  qu'elle 
pourra  jouer  dans  la  phase  qui  commence.  » 

Samedi  15  avril.  —  En  fin  de  journée,  une  contre- 
attaque  française  au  sud  de  Douaumont  met  entre  nos 
mains  quelques  éléments  de  tranchées. 

Le  front  anglais  est  continu  depuis  le  nord  d'Ypres 
jusqu'au  sud  ae  la  Somme  (i/5  de  tout  le  front  occi- 
dental). 

On  dit  k  Rome  que  l'offensive  italienne,  commencée 
au  moment  de  l'attaque  contre  Verdun,  a  fait  gagner  aux 
Italiens  plusieurs  kilomètres  au  sud-est  du  Trentin  et 
3o  villages. 

Progrès  russes  à  l'ouest  de  Dvinsk. 

Le  premier  contingent  de  l'armée  serbe  réorganisée 
arrive  de  Corfou  à  Salonique. 

Des  troupes  allemandes,  retirées  du  front  russe,  sont 
transférées  sur  celui  de  Macédoine. 

La  Chambre  grecque  a  été  prorogée. 

La  Grèce  fait  des  difficultés  pour  laisser  passer  les 
soldats  serbes  par  les  voies  ferrées  Patras — Corinthe — 
Athènes — Larissa — Salonique  (760  kilomètres). 

L'ambassade  de  France  à  Madrid  déclare  formelle- 
ment que  le  Sussex  a  été  coulé  par  un  sous-marin 
allemand,  dont  la  France  connaît  le  numéro  d'ordre  et 
le  comrnandant  (Temps,  i3  mai). 

Les  États-Unis  vont  envoyer  une  note  à  Berlin, 
demandant  :  1°  la  punition  des  commandants  de  sous- 
marins  qui  ont  attaqué  le  Sussex  et  d'autres  navires 
sans  avertissement  ;  2°  des  indemnités  ;  3°  des  garanties 

Sue  la  vie  des  Américains  sur  mer  ne  sera  plus  en 
anger.  Le  Gouvernement  américain  a  reçu  du  Gouver- 
nement français  le  numéro  du  sous-marin  allemand  qui 
a  torpillé  le  Sussex. 

Dimanche  16  avril.  —  Bombardement  extrême- 
ment violent  à  l'ouest  de  la  Meuse. 
Vive  attaque  autrichienne  au  nord-ouest  de  Borgo  ; 


102  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

les  Italiens  reculent  sur  la  Brenta  (val  Sugana),  mais 
progressent  sur  les  pentes  du  mont  Sperone. 

Dans  le  Temps  du  17,  histoire  détaillée  de  la  cam- 
pagne anglaise  en  Mésopotamie  (système  des  petits 
paquets  subdivisés). 

Pendant  la  nuit  du  i5-i6,  un  avion-canon  français  a 
lancé  16  obus  sur  un  navire  ennemi  dans  la  mer  du 
Nord. 

Le  discours  de  Sonnino  au  Parlement  italien  insiste 
sur  l'accord  des  Alliés,  en  particulier  au  sujet  de  la 
Belgique,  et  dit  que  les  yeux  du  monde  entier  se  tour- 
nent avec  admiration  vers  les  héroïques  défenseurs  de 
Verdun.  La  Chambre  entière  crie  :  «  Vive  la  France  !  » 

Le  Temps  publie  une  pétition  des  Israélites  desii,tats- 
Unis  au  Saint-Siège,  pour  solliciter  son  appui  contre 
les  persécuteurs  ;  il  publie  aussi  la  réponse  prudente  et 
favorable  du  cardinal  Gasparri. 

Lundi  n  avril.  —  Formidable  attaque  allemande 
sur  la  rive  droite  de  la  Meuse,  vers  Douaumont,  par- 
tout repoussée,  sauf  au  sud  du  bois  de  Ghauffour  où 
notre  ligne  formait  saillant. 

On  trouve  à  Verdun,  sur  le  corps  d'un  sous-officier 
allemand,  une  lettre  écrite  à  sa  famille  :  «  Rien  k  faire 
ici  tant  que  nous  aurons  devant  nous  les  soldats  de 
Pétain.  »  (Liberté,  3  mai.) 

Une  note  officieuse  donne  un  démenti  formel  aux 
communiqués  allemands  qui  prétendent  avoir  fait 
38.866  prisonniers  valides  du  21  février  au  10  avril.  Le 
chiffre  total  de  nos  disparus  (tués,  blessés,  prisonniers) 
est  notablement  inférieur  à  ce  chiff're. 

Ghenadiefî  et  cinq  autres  députés  bulgares  sont 
remis  en  liberté. 

La  deuxième  conférence  donnée  par  le  parti  venizé- 
liste  à  Athènes  a  été  interrompue  par  la  police,  au 
milieu  d'une  vive  agitation. 

Le  Gouvernement  roumain  confisque  des  obus  envoyés 
d'Allemagne  en  Turquie  dans  des  wagons  de  sucre. 

Les  chefs  du  mouvement  allemand  en  Perse  ont  été 
capturés. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  103 

Des  pêcheurs  ont  recueilli  près  de  Catane  4o  ton- 
neaux contenant  chacun  200  litres  de  benzine. 

Pendant  la  nuit  du  1C-17,  sept  bombes  d'avions 
allemands  sur  Belfort. 

Un  hydravion  italien  et  trois  français  ont  bombardé 
des  positions  militaires  près  de  Trieste. 

On  publie  un  fragment  de  lettre  du  prince  Max  de 
Saxe,  prêtre,  à  un  autre  prêtre  saxon  :  «  Le  traitement 
qu'on  a  infligé  au  pays  belge  crie  vengeance  au  ciel  1  » 

Cinq  cents  Américains  des  plus  éminents  publient 
ime  adresse  de  sympathie  aux  Alliés,  déclarant  que 
l'avenir  de  la  civilisation  dépend  de  la  défaite  de  l'Al- 
lemagne. 

Mardi  i8  avril.  —  On  dit  que  les  Allemands, 
devant  Verdun,  ont  surnommé  le  Kronprinz  Massen- 
môrder  (meurtrier  en  grand).  Nos  soldats  appellent 
leur  général  Pétain  le  Bref. 

Dans  la  nuit  du  17-18,  succès  italien  au  col  di 
Lana  (haut  Corderole)  ;  i64  prisonniers  et  riche  butin. 

L'opposition,  à  Bucharest,  proteste  contre  l'accord 
commercial  avec  l'Allemagne  ;  V Indépendance  rou- 
maine, organe  de  Bratiano,  dit  que  la  Roumanie  ne 
Souvait  pas  rester  sous  le  poids  de  trois  récoltes  inven- 
ues, car  un  peuple  ne  vit  pas  seulement  de  pain.  La 
Roumanie  ravitaille  aussi  la  Turquie  en  farine,  houille 
et  pétrole. 

Après  avoir  pris  d'assaut  le  17  les  forts  extérieurs  de 
Trébizonde,  les  Russes,  aidés  de  leur  flotte,  se  sont 
emparés  de  la  ville,  où  presque  tous  les  Arméniens,  y 
compris  les  femmes  et  les  enfants,  avaient  été  massa- 
crés par  les  Turcs. 

Dans  la  nuit  du  17-18,  les  contre-attaques  des 
Turcs  ont  obligé  les  Anglais  à  reculer  de  5oo  mètres. 

Bombes  d'hydravions  autrichiens  sur  Trévise. 

On  prétend  que  François-Joseph  aurait  ordonné  aux 
aviateurs  autrichiens  d'épargner  Padouc  à  cause  de 
saint  Antoine,  Lorette  à  cause  de  la  Santa  Casa,  et 
Rome  k  cause  du  Pape. 


104  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Wilson  a  dit  aux  Filles  de  la  Bévolution  américaine  : 
«  L'Amérique  ne  combattra  jamais  pour  elle-même;  la  seule 
excuse,  si  elle  tire  l'épée  un  jour,  sera  de  combattre  pour 
l'humanité.  » 

Riciotti  Garibaldi,  dans  l'Outlook,  écrit  que  les  amis  de 
l'Amérique  en  Italie  déplorent  l'attitude  des  États-Unis  dans 
cette  guerre  du  christianisme  et  de  la  civilisation  contre  la 
barbarie  la  plus  atroce  et  la  plus  agressive. 

D'Estournelles  de  Constant  écrit  à  la  Nouvelle  Gazelle  de 
Zurich  : 

«  Le  Gouvernement  qui,  malgré  tout  le  progrès  moderne, 
n'a  pas  craint  de  déchaîner  la  guerre  dans  l'illusion  qu'il  y 
gagnerait,  doit  être  mis  dorénavant  hors  d'état  de  nuire. 
Sinon,  il  proûtera,  après  la  paix,  de  nouveaux  progrès  ou  de 
la  première  occasion  favorable  pour  mieux  tromper  tout  le 
monde  et  mieux  réussir.  Nous  devons  donc  abattre  le  Gouver- 
nement   Le  Gouvernement  allemand  essaie  de  faire  croire 

au  peuple  que  nous  faisons  la  guerre  au  peuple  allemand. 
C'est  faux.  La  France  fait  la  guerre  au  Gouvernement  qui 

exploite  le  peuple  allemand  et  qui  l'amené  à  la  boucherie 

Si  les  Français  pacifiques  commettaient  la  folie  de  faire  grâce 
prématurément  au  monstre  du  militarisme  allemand,  c'est 
le  peuple  allemand  qui  serait  la  première  victime  de  cette 
défaillance.  Notre  devoir  est  de  faire  la  guerre  au  militarisme 
allemand  jusqu'à  ce  qu'il  soit  vomi  par  l'Allemagne  elle- 
même.  Le  jour  seulement  oîi  ce  militarisme  n'existera  plus, 
le  militarisme  d'aucun  pays  n'aura  plus  de  raison  d'être.  » 

Mercredi  19  avril.  —  Attaquant  vers  Ypres,  les 
Allemands  occupent  deux  cratères  à  Saint-ÉIoi  et  une 
tranchée  sur  la  route  Ypres — Langemarck. 

Trois  attaques  allemandes  sont  repoussées  aux 
Eparges. 

Le  Président  de  la  République  a  parcouru  les  sec- 
teurs des  deux  rives  de  la  Meuse  en  compagnie  du 
ministre  de  la  Guerre. 

En  fin  de  journée,  attaque  française  au  nord-ouest  de 
l'étang  de  Vaux  et  prise  d'une  redoute  allemande. 

New-York  Times  :  «  La  tradition  de  l'invincibilité 
allemande  a  été  ruinée  devant  Verdun.  » 

Les  Autrichiens  ont  perdu  la  dernière  cime  du  col 
de  Lana,  par  suite  d'une  gigantesque  explosion  machi- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  105 

née  par  le  ^énie  italien  (nuit  du  17-18).  Tout  un 
bataillon  autrichien  a  été  enseveli. 

Les  Russes  s'avancent  k  l'ouest  d'Erzeroum  et  par  la 
vallée  du  Tchorokh  vers  Baïbourt;  ils  progressent  au 
sud  de  Bitlis. 

Lansing  a  refusé  de  discuter  de  nouveau  avec 
Bernstorn  la  question  de  la  guerre  sous-marine. 

Du  4  août  iQi4  au  i5  avril  1916,  les  sous-marins 
allemands  ont  fait  périr  8.117  non-combattants,  dont 
1.175  passagers  (Runciman  aux  Communes). 

On  assure  que  les  papiers  saisis  chez  von  Igel,  secré- 
taire de  l'attaché  militaire  von  Papen,  compromettent 
les  plus  hauts  personnages  allemands  des  Etats-Unis. 
Un  journal  de  New-York  écrit  à  ce  propos  :  «  Nous  ne 
voulons  avoir  aucun  contact  avec  un  pays  qui  envoie 
chez  nous  des  criminels  déguisés  en  diplomates.  » 

On  dit  en  Italie  qu'un  contingent  portugais  doit  se 
rendre  à  Salonique  et  que  des  sections  de  mitrailleurs 
belges  sont  destinées  à  la  Russie. 

Des  cas  de  typhus  ont  été  constatés  en  Alsace,  par 
suite  du  retour  de  soldats  allemands  du  front  serbe. 

Jeudi  20  avril.  —  Un  ordre  du  jour  de  JofTre 
annonce  que  des  officiers  et  soldats  russes,  arrivés  à 
Marseille,  vont  combattre  dans  les  rangs  français. 

Une  attaque  française  dans  la  région  du  Mort- 
Homme  reprend  quelques  éléments  de  tranchées 
Serdus  le  10.  Les  Français  progressent  aussi  à  l'ouest 
e  Douaumont  (sud  du  bois  de  Haudromont). 

A  l'est  de  la  Meuse,  puissante  offensive  allemande  ; 
l'ennemi  prend  pied  au  sud  du  fort  de  Douaumont  et 
au  nord  de  l'étang,  mais  est  refoulé  au  cours  de  la 
nuit. 

Les  Phocéens  réfugiés  a  Athènes  adressent  une  lettre 
à  la  France  où  ils  souhaitent  la  victoire  «  qui  per- 
mette à  la  France  de  sauvegarder  les  droits  impres- 
criptibles du  peuple  grec  ». 

On  mande  de  Bucharest  que  le  Tchèque  Kramarz, 
traduit  devant  une  cour  martiale,  a  révélé  qu'il  était 
allé  en  Serbie  à  la  veille  de  l'attentat  de  Sarajevo  ;  il  a 


106  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

ajouté  qu'il  ne  pouvait  pas  révéler  la  mission  dont  il 
avait  été  chargé  par  Berchtold,  ayant  juré  le  secret. 
Aussitôt  le  Gouvernement  autrichien  a  ajourné  le 
procès,  tout  en  maintenant  Kramarz  sous  les  verrous. 

Le  soir,  Gérard  remet  à  Berlin  la  note  américaine 
{in  extenso  dans  le  Temps  du  24). 

Wilson  a  convoqué  la  Chambre  et  le  Sénat  en  congrès  et 
a  fait  connaître  la  communication  qu'il  venait  d'adresser  à 
Berlin.  Son  discours,  modéré  dans  la  forme,  est  très  ferme 
dans  le  fond. 

«  Il  a  espéré  contre  tout  espoir  qu'il  serait  possible  à  l'Al- 
lemagne de  donner  des  instructions  et  de  contrôler  les  actes 
des  commandants  de  sous-marins  de  manière  à  accorder  sa 
politique  avec  les  principes  codifiés  du  droit  des  gens. 

«  Aujourd'hui,  il  obéit  au  devoir  d'avertir  l'Allemagne 
qu'une  rupture  des  relations  deviendra  inévitable  si  elle  ne 
renonce  pas  à  ses  méthodes  impitoyables  de  guerre. 

«  Porte-parole  responsable  des  droits  de  l'humanité,  par- 
lant au  nom  des  Etats-Unis  comme  en  celui  des  neutres,  le 
Président  ne  peut  garder  le  silence  quand  ces  droits  menacent 
d'être  emportés  par  le  tourbillon  de  la  guerre.  » 

Un  Livre  Bleu  publié  à  Londres  révèle  un  complot 
formé  aux  Etats-Unis  en  vue  d'une  invasion  du  Canada 
sous  la  haute  direction  de  von  Papen.  Il  s'agissait  aussi 
de  faire  sauter  à  la  dynamite  les  écluses  des  grands 
lacs,  etc. 

Commentant  un  discours  prononcé  la  veille  au 
Creusot  par  Albert  Thomas,  le  Temps  refuse  d'admettre 
avec  lui  v  l'organisation  supérieure  d'Etat  »  comme  la 
loi  nouvelle  de  l'industrie  française. 

«  Une  organisation  sociale  !  La  réorganisation  de  la 
France  !  Abuse-t-on  assez  de  ces  mots  depuis  quelque 
temps?  Il  semblerait  que  la  France,  avant  la  guerre,  ne  fût 
plus  bonne  à  rien.  Il  n'y  a  eu  ni  apparition  d'un  monde 
industriel  nouveau,  ni  «  miracle  de  la  Marne  ».  La  France  a 
pu  être  méconnue,  mais  elle  était  la  France,  aux  ressources 
individualistes  infinies,  et  la  guerre  n'a  fait  qu'en  mettre  en 
pleine  lumière  la  valeur...  Ne  ménageons  pas  à  l'ennemi  celte 
revanche,  qui  consisterait  pour  lui  à  nous  voir  nous  inspirer 
de  ses  théories  et  de  ses  méthodes.  » 

Gazette  de  Francfort  :  a  Nous  nous  trouvons  dans 
une  forteresse  assiégée.  > 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  107 

Vendredi  21  avril.  —  Les  Anglais  reprennent  une 
tranchée  perdue  sur  la  route  d'Ypres. 

Douze  gros  obus  sur  Reims. 

Des  attaques  allemandes  très  violentes  sur  le  nord  du 
Mort-Homme,  le  nord  du  bois  des  Gaurettes  et  le  front 
de  l'étang  et  du  fort  de  Vaux  sont  arrêtées  par  l'artil- 
lerie; la  première  seule  a  fait  quelques  progrès. 

Vive  attaque  autrichienne  repoussée  dans  la  vallée 
de  la  Sugana.  L'avance  italienne  continue  dans  le 
haut  Cordevole. 

On  annonce  des  massacres  de  Grecs  dans  la  région 
de  Smyrne.  Le  parti  libéral  grec  redevient  actif;  la 
crise  financière  est  très  inquiétante. 

c(  Notre  armée  d'Orient  a  mieux  a  faire  que  de  garder 
une  défensive  que  personne  ne  songe  plus  à  troubler.  » 
(Rousset,  Liberté.) 

Pendant  la  nuit  de  jeudi  k  vendredi,  un  navire 
auxiliaire  allemand,  déguisé  en  cargo  neutre  et  escorté 
d'un  sous-marin,  essaie  de  débarquer  des  armes  en 
Irlande  ;  dans  l'équipage  fait  prisonnier  on  trouve 
l'Anglais  Sir  Roger  Gasement. 

Les  anciens  présidents  Taft  et  Roosevelt  approuvent 
la  note  de  Wilson. 

Rernstorff  informe  Lansing  qu'en  raison  des  fêtes  de 
Pâques  l'Allemagne  ne  peut  pas  répondre  avant  une 
douzaine  de  jours. 

On  révèle  l'existence,  en  Allemagne,  d'une  médaille 
célébrant  le  torpillage  du  Lusitama  (Polybe,  Figaro). 

Deux  avions  alliés  ont  survolé  Sofia:  l'un  a  bombardé 
un  hangar  de  dirigeables,  l'autre  a  laissé  tomber  des 
feuilles  annonçant  la  chute  de  Trébizonde  (600  kilom. 
aller  et  retour). 

Le  ministère  anglais,  menacé  d'une  crise,  s'est  mis 
d'accord  pour  proposer  le  service  militaire  obligatoire, 
avec  cette  réserve  qu'il  ne  sera  pas  immédiatement 
appliqué. 

Suivant  le  Temps,  la  production  de  l'Angleterre  en 
munitions  n'atteint  pas  la  moitié  de  celle  de  la  France. 

A  partir  de  ce  jour,  les  banques  américaines  refusent 
les  chèques  sur  les  banques  allemandes. 


108  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Vandervelde,  dans  V Humanité,  déclare  fabriquée  de  toutes 
pièces  une  lettre  de  Jaurès  qui  a  été  produite  au  Reichstag 
par  Scheidemann,  lequel  disait  l'avoir  tirée  de  la  Braun- 
schweigische  Landes zeilang,  feuille  gouvernementale.  Au 
moment  où  Jaurès  aurait  écrit  cette  lettre  à  Vandervelde,  ils 
étaient  ensemble  et  n'avaient  pas  lieu  de  correspondre. 

Fait  inouï  ;  à  Stuttgart,  des  femmes  affamées  ont  crié  : 
«  A  bas  l'Empereur  !  » 

On  annonce  qu'un  prisonnier  français,  disparu  le 
i8  août  1914»  vient  seulement  d'être  autorisé  à  aviser 
sa  famille  ;  il  avait  été  enfermé  et  mis  au  secret  avec 
nombre  de  ses  camarades  {Liberté). 

Samedi  22  avril.  —  Deux  attaques  allemandes 
entre  le  Mort-Homme  et  le  ruisseau  de  Béthincourt  sont  ' 
arrêtées  par  notre  tir. 

Le  correspondant  militaire  de  la  Post  de  Stras- 
bourg écrit  que  les  Allemands  n'ont  pas  eu  pour  but  de 
prendre  Verdun,  mais  d'user  les  réserves  françaises. 
Jamais  les  communiqués  officiels  allemands  n'ont  fait 
allusion  à  la  chute  future  de  la  ville  (pas  vrai  ;  voir 
26  février). 

Feyler  :  «  L'attaque  de  Verdun  va  s'épuisant.  Trente 
divisions  ont  été  mises  en  ligne  pour  1  enlèvement  de 
la  place.  Leurs  efforts,  si  violents  et  si  tenaces  qu'ils 
aient  été,  se  sont  brisés  devant  l'obstacle.  »  (Journal 
de  Genève.) 

On  annonce  que  le  maréchal  Haeseler,  conseiller  du 
Kronprinz  devant  Verdun,  est  revenu  à  Berlin,  peut-être 
en  disgrâce. 

Nouveau  succès  italien  sur  le  Carso,  à  l'est  de  Selz. 

Les  ministres  grecs  à  Berlin  et  à  Sofia  protestent 
contre  les  incursions  germano-bulgares  en  territoire 
grec.  On  dit  que  c'est  la  63^  protestation  adressée  par  la 
Grèce  aux  belligérants. 

Le  professeur  Foerster,  de  l'Université  de  Munich, 
pacifiste,  répond  dans  la  Nouvelle  Gazette  de  Zurich 
à  d'Estournelles  de  Constant  (voir  18  avril)  : 

«  Soyez  sûr  que  s'il  était  possible  de  jeter  l'Allemagne 
à   terre,    militairement    ou    économiquement,    de    nouveaux 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  109 

Scharnhorst  et  de  nouveaux  Stein  naîtraient  parmi  nous, 
nous  relèveraient  de  notre  humiliation  et,  unis  à  quelqu'un 
de  nos  adversaires  actuels,  renouvelleraient  le  spectacle  de 
i8i3.  »  (Journal  de  Genève  du  28.) 

A.  Chuquet  {Revue  critique,  p.  272)  rappelle  ces  mots  de 
Guibert  (1778)  :  «  Je  vois  l'Europe  redevenir  la  proie  d'une 
autre  espèce  de  barbares,  plus  éclairés  et  non  moins  des- 
tructeurs. » 

Dimanche  23  avril.  —  Progrès  français  au  nord- 
ouest  du  bois  des  Gaurettes. 

Un  poste  allemand  est  enlevé  vers  le  Bonhomme 
(Vosges). 

Une  attaque  anglaise  sur  la  position  turque  de  San- 
naiyat  est  repoussée  ;  les  inondations  rendent  les  opéra- 
tions très  difficiles. 

Parlant  de  l'ultimatum  américain,  le  Temps  conclut  : 
«  Les  deux  alternatives  en  face  desquelles  se  trouve 
Guillaume  II  sont  également  désastreuses  pour  lui.  » 

Trois  dirigeables  ont  jeté  des  bombes  sur  l'est  de 
l'Angleterre. 

Les  troupes  montées  britanniques,  attaquées  par  les 
Turcs  k  Katia,  se  replient  après  avoir  subi  des  pertes. 

Le  prédicateur  Dœhring  compare  l'Allemagne  à 
Jésus-Christ;  elle  est  injustement  méconnue  et  honnie 
par  les  hommes. 

La  Groix-rouge  de  Petrograd  fait  savoir  que  le  pro- 
fesseur Nedigalelof  et  la  doctoresse  Bourova  ont  décou- 
vert, sur  le  front  oriental,  le  bacille  générateur  du 
typhus. 

Lundi  24  avril.  —  200  obus  sur  Beims  et  les  envi- 
rons. 

Les  Français  repoussent  trois  grandes  attaques  sur  le 
Mort-Homme  et  la  région  d'Avocourt. 

Fermeture  de  la  frontière  germano-suisse,  indiquant 
des  mouvements  de  troupes. 

Un  navire  anglais,  parti  pour  ravitailler  Kut,  qui 
souffre  de  la  famine,  s'échoue  à  6  kilomètres  de  la 
ville  et  est  capturé  par  les  Turcs. 


110  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Une  escadre  anglaise  bombarde  la  côte  belge  ;  trois 
contre-torpilleurs  allemands  sont  mis  en  fuite. 

Pendant  la  nuit  du  24-25,  un  dirigeable  jette 
70  bombes  sur  la  côte  anglaise. 

Un  dirigeable  français  bombarde  la  gare  de  Conflans. 

Les  Anglais  ont  occupé  à  nouveau  la  région  de  Katia 
et  détruit  le  camp  turc. 

A  midi,  des  conspirateurs  irlandais  se  précipitent 
sur  un  magasin  de  Dublin  d'où  ils  retirent  des  fusils  ; 
ils  arrêtent  les  automobiles  qui  passent  et  occupent  par 
surprise  les  trois  quarts  de  la  ville.  La  foule  croit 
d'abord  à  une  plaisanterie. 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  la  Bulgarie  aurait 
perdu  127.000  hommes,  dont  87.000  tués. 

Mardi  25  avril.  —  Les  Français  enlèvent  un  petit 
bois  au  nord  de  l'Aisne  (sud  du  bois  des  Buttes). 

Bombardement  intense  du  bois  d'Avocourt  et  des 
lignes  françaises  au  nord  de  la  cote  3q4.  Haudiomont  et 
Ronvaux  en  Woëvre  sont  aussi  bombardés. 

Une  forte  attaque  allemande  en  Lorraine,  au  sud-est 
de  Badonviller,  est  repoussée. 

Nouveau  débarquement  de  Russes  à  Marseille. 

Une  escadre  de  croiseurs  allemands  jette  des  bombes 
sur  Lowestoft  et  Yarmouth  ;  attaquée,  elle  bat  en 
retraite.  C'est  le  troisième  raid  naval  allemand. 

Bombes  d'avions  sur  Dunkerque  ;  plusieurs  victimes. 

Un  avi  n-canon  français,  volant  à  4-ooo  mètres,  lance 
ig  obus  sur  un  dirigeable  au  large  de  Zeebrugge  ;  un 
autre  bombarde,  au  large  d'Ostende,  un  torpilleur  alle- 
mand. 

Pour  la  première  fois  dans  l'histoire,  le  Pai'lement 
anglais  tient  une  séance  secrète. 

Les  troupes  anglaises  commencent  à  opérer  k  Du- 
blin, où  les  rebelles,  maîti^es  de  la  Poste,  ont  coupé  les 
communications  télégraphiques. 

Des  rebelles  irlandais  attaquent  Galway  et  y  sont  ca- 
nonnés  par  un  navire  anglais. 

Le  département  de  la  Guerre  annonce  que  le  Gouver- 
nement  des   Etats-Unis    ne    songe    pas   à    retirer   les 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  111 

troupes   du   Mexique  ;  d'ailleurs,   le   général  Garranza 
n'insiste  plus  sur  leur  retrait. 

«  Le  jour  où  l'impuissance  prussienne  sera  démontrée  et 
où  il  sera  avéré  que  toutes  ces  privations  ont  été  endurées, 
tous  ces  deuils  supportés  sans  résultats  et  par  la  volonté 
d'une  caste  ambitieuse,  les  yeux  se  dessilleront.  »  (Temps.) 

Mercredi  26  avril.  —  Luzzatti  et  d'autres  mem- 
bres du  Parlement  italien  sont  arrivés  à  Paris  pour 
prendre  part  à  la  Conférence  interparlementaire  du 
commerce. 

Bombardement  incessant  de  nos  lignes  devant  Ver- 
dun. Une  attaque  au  nord  du  fort  de  Vaux  est  arrêtée. 

Les  Germano-Bulgares  ont  occupé  la  gare  grecque 
de  Doiran. 

L'Angleterre  envoie  aux  États-Unis  une  longue 
réponse  à  la  note  du  5  novembre,  relative  à  l'arresta- 
tion de  navires  neutres,  au  blocus  et  aux  décisions  du 
tribunal  des  prises.  La  France  s'est  associée  à  la  ré- 
ponse courtoise  et  amicale  de  son  alliée. 

Par  une  déclaration  officielle,  les  États-Unis  recon- 
naissent aux  navires  marchands  le  droit  de  s'armer 
pour  leur  défense  ;  mais  les  navires  marchands  armés 
dans  un  dessein  agressif  ne  pourront  entrer  dans  les 
ports  américains.  Le  droit  de  fuite  et  de  résistance  est 
reconnu,  mais  justifie  l'emploi  de  la  force  de  la  part  du 
navire  agresseur. 

Un  avion  allemand  survole  deux  fois  le  territoire 
suisse. 

L'état  de  siège  a  été  proclamé  la  veille  dans  la  ville 
et  le  comté  de  Dublin.  Les  opérations  militaires  com- 
mencent contre  Liberty  Hall  où  flotte  le  drapeau  de  la 
République  irlandaise  ;  deux  canons  de  campagne  met- 
tent le  bâtiment  en  ruine  et  les  soldats  anglais  le  pren- 
nent d'assaut. 

On  écrit  de  Vienne  au  Journal  de  Genève  qu'il 
n'y  a  dans  cette  ville  de  haine  que  pour  l'Italie.  On 
y  désire  d'autant  plus  la  paix  qu'on  voit  s'élever,  sur 
la  ruine  de  tous,  des  fortunes  scandaleuses. 


112  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Jeudi  27  avril.  —  Moraht  (Tageblatt)  constate  un 
arrêt  devant  Verdun  et  estime  qu'il  ne  faut  pas  perdre 
de  vue  le  renforcement  du  front  anglais. 

Suivant  le  Times,  les  pertes  allemandes  devant  Ver- 
dun dépassent  280.000  hommes. 

Avance  russe  au  sud-ouest  de  Tarnopol. 

Une  bombe  a  fait  explosion  k  l'entrée  de  la  légation 
bulgare  à  Athènes. 

On  croit  savoir,  à  Odessa,  qu'un  grand  complot  mili- 
taire contre  le  Sultan  et  ses  ministres  a  été  découvert  à 
Gonstantinople. 

Le  cuirassé  anglais  Russell  saute  dans  la  Méditerranée 
au  contact  d'une  mine  ;  il  y  a  1 24  manquants.  C'est  le 
vingt-deuxième  navire  de  guerre  perdu  par  les  Anglais. 

uerard  est  parti  pour  le  quartier  général,  appelé  par 
Guillaume  II. 

La  presse  allemande  se  radoucit  à  l'égard  des  Etats- 
Unis  et  manifeste  l'espoir  d'un  arrangement. 

Aux  Communes,  le  projet  du  Gouvernement  i*elatif 
au  recrutement  est  combattu  par  des  orateurs  de  diffé- 
rents partis. 

La  lutte  continue  dans  les  rues  à  Dublin,  où  s'allument 
de  nombreux  incendies  ;  il  Y  a  aussi  des  centres  d'insur- 
rection à  Killarney  et  à  Gamay. 

Les  membres  de  la  Conférence  internationale  du  com- 
merce ont  été  reçus  à  l'Elysée.  Luzzatti,  ministre  d'État 
italien,  a  répondu  au  Président  de  la  République.  Les 
travaux  de  la  Conférence  ont  commencé  au  Luxem- 
bourg sous  la  présidence  de  Chaumet;  il  a  dit  que  l'union 
des  Alliés  après  la  guerre  était  nécessaire  pour  briser, 
après  le  militarisme  prussien,  le  militarisme  commer- 
cial de  l'Allemagne. 

Poincaré,  parlant  k  l'Elysée,  a  affirmé  de  nouveau 
que  les  Alliés  combattraient  jusqu'au  bout  pour  la  di- 
gnité des  peuples,  contre  la  rage  des  ennemis  du  genre 
humain.  c(  La  conscience  révoltée  ne  sera  pas  dupe 
des  mensonges  et  des  échappatoires  ;  les  Empires  du 
Centre  en  ont  trop  fait.  » 

Vendredi  28  avril.  —  Une  activité  croissante  se 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  113 

manifeste  sur  le  front  anglais  ;  les  combats  aériens  se 
multiplient. 

Plusieurs  attaques  allemandes  sont  repoussées  devant 
Verdun,  en  Lorraine  et  dans  les  Vosges.  L'artillerie 
française  a  gagné  en  nombre  et  en  puissance. 

Le  temps  est  redevenu  beau  sur  le  front  russe. 

Les  Allemands  reprennent  les  tranchées  qu'ils  ont 
perdues  le  20  mars  au  sud-ouest  du  lac  Narotch  ;  ils  atta- 
quent aussi  du  côté  de  Dvinsk. 

On  dit  à  Petrograd  que  l'armée  autrichienne  a 
dépensé  i5  milliards  de  cartouches  et  12  millions 
d'obus. 

Après  un  siège  de  cent  quarante-trois  jours,  le  gé- 
nérai Townsend,  qui  n'a  plus  ni  vivres  ni  charbon,  lait 
savoir  aux  Turcs  qu'il  doit  rendre  Kut-el-Amara.  Les 
canons  et  les  munitions  ont  été  détruits.  2.970  Anglais 
et  6.000  Indiens  sont  prisonniers. 

Les  Russes  avancent  vers  Erzindjan,  refoulant  les 
Turcs. 

La  navigation  a  repris  dans  le  golfe  de  Bothnie. 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  le  Danemark  a  perdu 
43  navires  jaugeant  36. 000  tonnes. 

On  publie  une  lettre  du  cardinal  Gasparri  k  l'évêque  de 
Trévise,  protestant,  au  nom  du  Pape,  contre  le  ratof  autri- 
chien sur  cette  ville  et  regrettant  que  les  exhortations 
paternelles  du  Saint-Père  trouvent  endurcis  les  cœurs 
de  ses  fils. 

Une  canonnière  postée  sur  la  Liffey  a  achevé  de  dé- 
truire Liberty  Hall  k  Dublin  ;  ^oo  insurgés  se  sont 
rendus. 

Des  soldats  russes  ont  été  envoyés  en  Angleterre  ; 
Kitchcner  les  passe  en  revue  au  War  Office. 

A  l'occasion  de  la  «  fête  des  trois  Gardes  »  au  Troca- 
déro,  la  caserne  de  la  Pépinière  abrite  des  contingents 
français,  anglais,  russe  et  italien. 

La  Gazette  da  Rhin  et  de  Westphalie  demande  la  créa- 
tion d'une  «  mode  de  l'Europe  Centrale  »,  qui  serait 
propagée  par  les  Cours  de  Berlin  et  de  Vienne. 

Pertes  allemandes  avouées  à  ce  jour  :  2.887.000, 
dont  712.000  morts,  363. 000  manquants. 

114.    CHRONOLOGIE   DE   LA   GUERRE  8 


114  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Samedi  29  avril.  —  En  face  d'HulIuch,  les  Alle- 
mands lancent  des  nuages  de  gaz  que  le  vent  ramène 
sur  leurs  tranchées. 

Une  attaque  allemande  vers  Attlchy,  à  8  kilomètres 
au  nord  de  Novon,  est  repoussée. 

Dans  la  nuit,  les  Français  prennent  une  tranchée 
allemande  au  nord  du  Mort-Homme. 

On  donne  des  détails  circonstanciés  sur  les  prépara- 
tifs d'une  grande  offensive  allemande  contre  les  Russes 
(Temps  du  3o). 

Des  officiers  grecs  déclarent,  dans  VEmbros,  qu'ils 
ne  reculeront  pas  devant  les  actes  extrêmes  pour 
défendre  le  Roi  contre  les  ennemis  du  trône  et  de  la 
patrie.  Le  Gouvernement  les  prie  de  se  taire. 

La  population  de  Salonique  manque  de  pain,  étant 
mal  ravitaillée  par  la  Banque  nationale  chargée  de  ce 
service. 

Les  Turcs  se  sont  beaucoup  renforcés  sur  les  fronts 
de  Trébizonde  et  d'Erzeroum  ;  ils  ont  reçu  de  gros 
mortiers  autrichiens. 

Une  publication  du  Gouvernement  anglais  justifie  la 
saisie  des  courriers  maritimes  en  démontrant  que  les 
colis  postaux  et  les  échantillons  servaient  à  la  contre- 
bande du  caoutchouc. 

L'État-major  allemand  a  interdit  tous  les  vols  d'avions 
près  de  la  frontière  suisse. 

Les  chefs  des  provinces  chinoises  insurgées  ont 
reconnu  le  vice-président  Li-Yuan-Hong  comme  prési- 
dent de  la  République  chinoise. 

La  comtesse  Markievicz,  ancienne  actrice,  qui  occu- 
pait le  Collège  de  médecine  de  Dublin  avec  1.200  hom- 
mes, hisse  le  drapeau  blanc  et  rend  son  revolver.  La 
grande  Poste  de  Dublin  a  été  brûlée.  H.  Pearse,  se 
disant  président  de  la  République  irlandaise,  est  blessé 
et  pris.  Les  insurgés  se  rendent  en  masse. 

La  France,  l'Angleterre  et  la  Russie  ont  garanti  à  la 
Belgique  l'intégrité  du  Congo  belge. 

Berlin  pavoise  pour  célébrer  la  chute  de  Kut-el- 
Amara. 

Aux  États-Unis,  le  grand  jury  met  en  accusation  huit 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  115 

Allemands  qui  ont  essayé  de  placer  des  bombes  sur  des 
navires  transportant  des  munitions.  Deux  inculpés  ont 
avoué. 

Chuquet,  dans  la  Revue  critique  (p.  287),  signale  que 
Michelet,  en  1870,  prédit  que  la  machine  transformerait  la 
guerre,  qu'elle  servirait  de  plus  en  plus  à  la  destruction  et 
que  cette  mécanique  de  mort  aurait  une  rivale  dans  la  chimie 
militaire.  [En  attendant  la  bactériologie  militaire  ?  D'oià  il 
résulte  que  la  civilisation,  mère  de  la  science,  sera  tuée  par 
sa  fdle,  si  une  convention  internationale,  appuyée  sur  une 
force  seule  détentrice  des  grands  instruments  de  meurtre 
collectif,  n'en  interdit  pas  à  tout  jamais  la  fabrication  en 
dehors  de  l'Arsenal  de  la  Paix.  —  S.  R.] 

Wells  écrit  :  «  La  grande  poussée  révolutionnaire  des 
Français  fut  généreuse  et  passionnée.  La  poussée  révolution- 
naire des  Allemands  sera  peut-être  plus  implacable  encore  ; 
elle  sera  peut-être  méprisante.  Peut-être  ne  prendront-ils 
même  pas  la  peine  de  renverser  leur  Empereur  et  leurs 
nobles,  et  se  contenteront-ils  de  les  pousser  vers  la  porte.  » 
Wells  prédit  qu'une  fois  dissipé  le  cauchemar  qu'est  le  sys- 
tème Hohenzollern,  l'Allemagne  deviendra  une  république, 
plus  moderne  et  plus  vaste  que  la  troisième  République  Fran- 
çaise. 

Dimanche  30  avril.  —  Des  attaques  allemandes 
avec  gaz  axphyxiants,  sur  le  front  anglais,  sont  repous- 
sées. 

Le  tir  français  brise  une  très  forte  attaque  allemande 
sur  les  tranchées  conquises  par  nous  au  nord  du  Mort- 
Homme.  Trois  attaques  au  nord  de  Gumières  ont  le 
même  sort. 

Sur  les  pentes  nord  du  Mort-Homme,  les  actions  du 
29-80  avril  nous  ont  rendus  maîtres  de  i.ooo  mètres  de 
tranchées  sur  600  mètres  de  profondeur. 

Sur  le  haut  Avisio,  les  Italiens  conquièrent  une  forte 
position  à  3. 000  mètres  d'altitude.  Ils  repoussent  une 
nouvelle  attaque  sur  le  col  de  Lana. 

L'Italie  prend  des  mesures  sur  la  frontière  suisse 
pour  parer  a  une  attaque  allemande. 

Les  Russes  reprennent  sur  l'Ikva,  au  nord  de  Mara- 
vitzi,  les  tranchées  que  les  Autrichiens  leur  avaient 
enlevées  le  28. 


116  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

L'activité  de  l'artillerie  et  des  avions  reprend  sur  le 
front  de  Saloniquc.  Les  avant-postes  britanniques  et 
allemands  entrent  en  contact. 

La  Roumanie  réquisitionne  des  vivres  et  organise  des 
hôpitaux  de  campagne. 

A  Patras,  Repoulis,  ancien  ministre  de  Venizelos, 
prononce  un  discours  patriotique.  A  Salonique,  un 
autre  orateur  libéral  est  acclamé  ;  on  crie  :  C(  A  bas  la 
Bulgarie  I  » 

Progrès  russes  vers  Diarbekir  et  Bagdad.  On  dit  que 
les  Tui'cs  évacuent  les  ports  de  Tiraboli  et  d'Ordou  sur 
la  Mer  Noire. 

«  Les  Turcs,  pressés  au  sud  par  les  Anglais,  avec  leurs 
lignes  de  commimicalions  menacées  au  nord  par  les  Russes, 
restent  dans  une  situation  précaire,  que  la  reddition  de  Kut 
ne  modifie  que  très  incidemment.  »  (Temps.) 

En  Allemagne,  la  majorité  conservatrice,  la  majorité 
socialiste  et  la  Ligue  hanséatique  protestent  contre 
toute  concession  dans  la  guerre  sous-marine. 

Malgré  les  dénégations  allemandes,  il  est  prouvé  que 
le  Tubantia  a  été  torpillé  par  un  submersible  allemand. 

Pendant  le  mois  d'avril,  les  sous-marins  austro-alle- 
mands ont  coulé  g6  navires  de  commerce,  jaugeant 
225.000  tonnes. 

Pendant  le  mois  d'avril,  la  flotte  aérienne  française 
a  perdu  6  unités;  3i  avions  allemands  ont  été  abattus. 

La  situation  s'améliore  en  Irlande,  mais  la  ville  d'En- 
niscorthy  est  encore  au  pouvoir  des  rebelles  et  il  y  a 
des  bandes  dans  le  comté  de  Galway. 

Le  Gouvernement  des  Indes  néerlandaises  a  institué 
une  enquête  sur  deux  administrateurs  allemands  d'une 
compagnie,  soupçonnés  d'avoir  ourdi  parmi  les  Arabes 
un  complot  contre  le  Gouvernement  hollandais. 

Le  Journal  de  Genève  dénonce  une  brochure  intitulée  : 
La  Vérité,  œuvre  d'un  prétendu  Français  nommé  Ber- 
tourieux,  qui,  répandue  à  des  milliers  d'exemplaires  en 
Suisse,  est  l'œuvre  d'un  Allemand  ne  sachant  pas  le 
français.  «  La  propagande  allemande  fait  trop  de  fond 
sur  la  naïveté  des  neutres  ;  elle  se  moque  de  nous.  » 


i 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  117 


MAI 


Lundi  i"^"  mai.  —  Cinquante  obus  sur  Reims. 

Progrès  français  au  sud-est  de  Douaumont. 

Les  Italiens,  après  deux  joui'S  de  combats,  s'emparent 
de  quatre  sommets  à  pbis  de  3.ooo  mètres  de  hauteur 
dans  la  zone  d'Adamello. 

La  plus  grande  partie  des  troupes  bulgares  de  la 
frontière  roumaine  auraient  été  transférées  sur  le  front 
macédonien. 

L'Angleterre  a  acheté  le  stock  de  farine  disponible 
en  Roumanie,  ce  qui  prive  de  tout  ravitaillement,  pour 
quatre  mois,  la  Bulgarie  et  la  Turquie. 

Un  vénizéliste  a  été  nommé  à  Chios,  h  une  énorme 
majorité. 

Progrès  russes  vers  Diarbekir. 

Gérard,  après  cinq  jours  passés  chez  l'Empereur, 
rentre  à  Berlin. 

Le  prince  de  Bûlow  aurait  dit  que  l'Allemagne  a 
220  grands  sous-marins,  construits  depuis  le  début  de 
la  guerre. 

On  trouve  dans  la  Mer  Noire  des  mines  de  fabrica- 
tion bulgare. 

On  dit  à  Rome  que  le  dépôt  d'hydroplanes  autrichiens 
au  sud  de  Trieste  a  été  détruit  par  des  avions  italiens. 

Les  rebelles  se  sont  rendus.  Les  dégâts,  à  Dublin, 
sont  supérieurs  à  5o  millions.  Sackville  Street,  la  plus 
belle  rue,  n'est  plus  qu'un  monceau  de  ruines. 

988  ouvriers  annamites  sont  arrivés  à  Marseille. 

Terrible  explosion  dans  une  usine  de  La  Palice  ;  plus 
de  100  morts,  i5o  blessés. 

Des  troubles  graves  se  produisent  à  Berlin  et  à 
Stuttgart.  A  Berlin,  i5o  magasins  sont  pillés.  Lieb- 
knecht  est  arrêté  et  livré  k  l'autorité  militaire  ;  on  a 
trouvé  sur  lui  des  manifestes  au  peuple  allemand 
déclarant  que  la  guerre   était  l'œuvre  des  agrariens, 


118  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

de  la  grande  industrie  et  de  l'esprit  d'oppression  du 
gouvernement. 

Deux  millions  d'ouvriers  se  sont  mis  en  grève  aux 
États-Unis. 

Repinglon  (Times)  dit  que  les  Allemands,  sur  le 
front  russe,  n'ont  que  1.200.000  hommes,  soit  environ 
-700. 000  combattants;  ce  front  «  est  un  nouveau  mur 
de  Chine  derrière  lequel  il  n'y  a  rien  ». 

«  La  lutte  économique  reprendra  demain,  d'autant  plus 
âpre  que  le  peuple  allemand  devra  réparer  ses  pertes.  Si 
nous  n'y  prenons  pas  garde,  l'araignée  tissera  de  nouveau 
sa  toile  ;  elle  aura  vite  fait  de  prendre  sa  revanche  et  nous 
nous  réveillerons  dans  dix  ans  de  nouveau  asservis  par  le 
peuple  que  nous  aurons  vaincu.  »  (Hauser,  Les  Méthodes 
allemandes  d'expansion  économique,  ouvrage  commenté 
dans  le  Journal  de  Genève  de  ce  jour.) 

Mardi  2  mai.  —  Vaines  attaques  allemandes  k 
l'est  d'Ypres  et  au  nord  d'Albert.  Les  Allemands  atta- 
quent entre  La  Harazée  et  le  Four-de-Paris  et  sont 
repoussés  après  avoir  pris  pied  dans  nos  tranchées. 

On  repêche  60  torpilles  allemandes  autour  de 
Corfou  ;  trois  d'entre  elles  ont  manqué  de  détruire  le 
paquebot  Sidney  (Messageries  Maritimes). 

Trentième  raid  de  dirigeables  sur  l'Angleterre, 
notamment  sur  le  comté  d'York.  Les  villes  d'York  et 
de  Deal  ont  souffert. 

Asquith  annonce  au  Parlement  un  projet  de  loi 
établissant  le  service  obligatoire  de  dix-huit  à  quarante 
et  un  ans.  Il  dit  que  l'Empire  a  maintenant  plus  de 
5  millions  de  soldats  et  de  marins,  sans  compter  les 
troupes  indiennes,  mais  qu'il  faut  pouvoir  combler  les 
vides. 

Le  Président  de  la  République  et  le  roi  d'Angleterre 
échangent  des  télégrammes  au  sujet  du  tricentenaire 
de  la  mort  de  Shakespeare.  Poincaré  parle  de  la  «  voix 
qui  nous  rend  familière  l'âme  éternelle  d'un  peuple 
ami  ». 

Un  nouveau  contingent  russe  arrive  à  Marseille. 

«  Une  confédération  anti-allemande  sera  d'autant  plus  na- 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  119 

turelle  qu'à  la  suite  d'une  guerre  aussi  inexpiable  une  bri- 
sure se  sera  produite  dans  la  société  morale  des  nations...  Une 
confédération,  un  cercle  de  fer^  et  non  pas  pour  un  jour, 
mais  pour  des  années  1...  Ainsi  s'inaugurera  l'organisation 
internationale  du  monde.  L'Allemagne  aura  frappe  le  coup 
qui  devait  déterminer  la  cristallisation  du  mélange  confus 
des  nations.  L'organisation  ne  se  fera  pas  comme  elle  l'espé- 
rait :  ce  ne  sera  pas  sous  son  hégémonie,  ce  sera  contre 
elle.  »  (M.  Hauriou,  doyen  de  la  Faculté  de  Droit  de  Tou- 
louse, dans  le  Figaro.) 

Mercredi  3  mai.  —  L'artillerie  française  bombarde 
les  organisations  de  la  Grande-Dune  (Belgique). 

Les  Français  prennent  des  positions  allemandes  au 
nord-ouest  du  Mort-Homme. 

Les  Allemands  sont  repoussés  à  l'est  de  Saint- 
Mihiel. 

Soukhomlinov,  ancien  ministre  de  la  Guerre  russe,  est 
enfermé  dans  la  forteresse  de  Pierre-et-Paul  ;  il  est 
accusé  d'incurie  et  soupçonné  de  pis. 

Gotinesco,  ministre  des  Finances,  estime  k  120.000  le 
nombre  des  bestiaux  sortis  en  contrebande  de  Rou- 
manie pour  alimenter  les  Empires  centraux. 

25.000  Serbes  sont  arrivés  à  Corinthe  par  la  voie 
de  mer. 

Le  maréchal  Liman  von  Sanders  arrive  à  Smyrne 
pour  organiser  la  défense  de  la  côte  asiatique. 

La  presse  brésilienne  proteste  avec  énergie  contre 
le  torpillage  du  Rio-Branco  et  demande  que  l'Amé- 
rique tout  entière  s'associe  aux  remontrances  des 
États-Unis. 

Des  avions  autrichiens  bombardent  la  caserne  de 
Ravenne. 

Trois  chefs  de  la  rébellion  irlandaise  sont  condamnés 
par  un  conseil  de  guerre  et  fusillés. 

La  loi  du  service  obligatoire  est  adoptée  k  mains 
levées  en  première  lecture. 

Les  États-Unis  ont  décidé  d'accorder  à  l'Angleterre 
l'extradition  de  Tribitch  Lincoln,  ancien  membre  du 
Parlement  anglais,  réputé  escroc  et  espion. 


120  CHRONOLOGIE    DE    LA.   GUERRE 

Jeudi  4  mai.  —  Une  division  fraîche  attaque 
violemment  au  nord  de  la  cote  3o4  (Verdun)  et  fait 
quelques  progrès.  Les  Français  abandonnent  un 
ouvrage  faisant  saillie  à  l'ouest  d'Avocourt. 

Une  attaque  allemande  sur  Dubrovka,  au  nord-ouest 
de  Krochine,  est  repoussée  par  les  Russes. 

Dans  la  direction  d'Erzindjan,  les  Turcs  prennent 
l'offensive  avec  de  l'artillerie. 

La  note  allemande  en  réponse  aux  États-Unis  est 
remise  à  5^  [i.o. 

Au  large  du  Slesvig,  un  bateau  de  guerre  anglais 
détruit  un  dirigeable. 

Un  sous-marin  français  coule  un  torpilleur  autrichien 
dans  l'Adriatique. 

L'Espagne  dément  de  nouveau  que  les  sous-marins 
allemands  se  ravitaillent  dans  les  eaux  espagnoles. 

Des  avions  autrichiens  bombai'dent  Brindisi. 

Nouveau  débarquement  de  Russes  à  Marseille. 

La  loi  anglaise  sur  le  service  obligatoire  est  adoptée 
en  seconde  lecture  (828  voix  contre  38). 

Vendredi  5  mai.  —  Progrès  français  près  de  Las- 
signy  (bois  d'Orval)  et  en  Argonne,  à  l'est  de  la  route 
de  Binarville. 

Après  un  très  violent  bombardement,  la  division  alle- 
mande de  renfort  a  réussi  à  occuper  une  partie  de  nos 
tranchées  sur  les  pentes  nord  de  la  cote  3o4. 

Progrès  russes  vers  Erzindjan  et  Bitlis. 

L'ambassade  d'Autriche  à  Madrid  déclare  que  le 
navire-hôpital  Portugal  a  été  coulé  par  un  sous-marin 
autrichien. 

Dans  la  séance  secrète  du  Reichstag,  Bethmann- 
Holhyeg  aurait  dit  que  l'Allemagne  a  rédiqé  sa  réponse 
aux  États-Unis  de  manière  à  réserver  sa  linerté  d'action 
et  à  reprendre,  au  premier  jour,  ses  concessions.  Un 
télégramme  de  Berne  révèle  ces  propos  k  New-York 
(le  i4  naai)  et  y  cause  une  vive  irritation. 

Journal  de  Genève  :  «  Le  brigandage  auquel  se  livrent  les 
sous-marins  n'est  pas  sans  analogie  avec  celui  qui  illustra 
jadis  la  bande  à  Bonnot  de  tragique  mémoire.  Dans  l'un  et 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  121 

l'autre  cas,  il  s'est  agi  de  l'utilisation  inédite  d'une  invention 
mécanique  récente.  » 

Au  cours  d'une  bourrasque,  une  vingtaine  de  nos 
ballons  captifs  ont  rompu  leurs  amandes  ;  quelques 
observateurs  ont  été  tués,  d'autres  faits  prisonniers. 

Un  dirigeable  allemand  survolant  Salonique  est 
abattu  par  les  canons  des  escadres. 

Les  journaux  brésiliens  disent  que  l'Allemagne  se 
considère  comme  en  guerre  avec  le  monde  entier  et  que 
le  devoir  de  toutes  les  nations  est  de  combattre  le  prus- 
sianisme. 

«  L'Allemagne,  ayant  surpris  par  son  agression  trois  puis- 
sances qui  n'étaient  pas  prêtes,  avait  cru  un  moment  jouer 
sur  le  velours.  Elle  commence  à  s'apercevoir  que  la  partie 
devient  pénible  à  soutenir  et  que  les  atouts  changent  de 
côté.  »  (Rousset.) 

Lord  Curzon  dit  à  Caxton  Hall  :  a  J'entends  discuter  beau- 
coup de  choses  dans  le  Cabinet,  mais  on  n'y  parle  jamais  de 
la  paix.  Ce  mot,  pour  le  moment,  a  été  supprimé  de  notre 
vocabulaire.  » 

Samedi  6  mai.  —  Une  attaque  allemande  est 
repoussée  au  sud  de  Lihons. 

Journal  de  Genève  :  «  Le  roi  de  Grèce  s'acharne  à  la  poli- 
tique germanisante.  Sa  malheureuse  patrie  s'enfonce  dans  sa 
situation  fausse  comme  dans  un  marécage.  » 

Assimilant  à  des  naufragés  d'un  navire  de  guerre 
l'équipage  du  dirigeable  L.  20,  le  Gouvernement  nor- 
végien le  remet  en  liberté,  comme  il  avait  fait  pour  les 
équipages  des  navires  anglais  Weimar  et  India. 

On  connaît  la  substance  de  la  réponse  de  l'Allemagne 
aux  États-Unis  : 

1°  L'Allemagne  admet  la  possibilité  que  le  Susseœ 
ait  été  torpillé  par  un  sous-marin  allemand  ; 

2°  Elle  proteste  qu'elle  a  donné  des  ordres  à  ses  sous- 
marins  de  se  conformer  toujours  aux  lois  du  droit  des 
gens  ; 

3°  Elle  ne  renoncera  pas  à  l'emploi  des  sous-marins 
contre  le  commerce  ennemi  ; 

4°  Elle  accuse  l'Angleterre  d'avoir  étendu  les  effets 


122  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

de  la  guerre  aux  non-combattants  qu'elle  cherche  à 
affamer  ; 

5°  Le  Gouvernement  allemand  a  annoncé  deux  fois 
qu'il  était  prêt  à  faire  la  paix  sur  une  base  qui  sauve- 
garderait les  intérêts  vitaux  de  l'Allemagne; 

6°  Il  tient  infiniment  à  ce  que  la  paix  soit  maintenue 
entre  l'Allemagne  et  les  Etats-Unis  ; 

7°  Pour  attester  ce  désir,  il  a  donné  ordre  que  les 
navires  marchands  ne  soient  pas  coulés  sans  avertisse- 
ment ; 

8°  Mais  il  a  confiance  qu'en  retour  les  Etats-Unis 
se  joindront  à  l'Allemagne  pour  rétablir  la  liberté  des 
mers  et  insisteront  pour  que  l'Angleterre  observe  les 
règles  du  droit  international; 

9°  Faute  de  quoi  l'Allemagne  reprendrait  sa  liberté 
complète  de  décision. 

On  fait  remarquer  que  Wilson,  dans  sa  note  de  juillet 
igio,  avait  déjà  refusé  de  suivre  l'Allemagne  sur  le  ter- 
rain du  marchandage. 

«  La  réponse  allemande  à  la  mise  en  demeure  digne  et 
ferme  du  président  Wilson  donne  l'impression  d'une  lourde 
compilation  rédigée  par  un  procureur...  Il  n'apparaît  pas  clai- 
rement en  quoi  diffèrent  les  offres  actuelles  de  l'Allemagne 
des  promesses  faites  au  début  de  janvier  par  Bernstorff  à 
Lansing.  »  (Temps  du  7.) 

Chicago  Herald  :  «  Pendant  qu'elle  déclare  qu'il  est 
impossible  de  l'affamer,  l'Allemagne  nous  demande  de 
partir  en  guerre  contre  la  Grande-Bretagne  afin  d'empêcher 
que  des  femmes  et  des  enfants  allemands  souffrent  de  la 
faim.  Affamer  des  femmes  et  des  enfants,  c'est  exactement 
ce  qu'a  fait  l'Allemagne  pendant  le  siège  de  Paris  ;  mais 
alors  les  affamés  n'étaient  pas  allemands.  » 

Sur  la  frontière  tripolitaine,  k  3o  kilomètres  au  nord 
de  Sollum,  les  Italiens  ont  occupé  le  fort  de  Bardia. 

Le  Pape  a  adressé  k  Guillaume  II  et  k  Wilson  des 
télégrammes  les  exhortant  k  la  conciliation. 

Dimanche  7  22231'.  —  Très  forte  attaque  allemande 
entre  la  cote  3o4  et  le  Mort-Homme,  repoussée  partout 
excepté  sur  un  point  à  l'est  de  la  cote  oo4.  Sur  la  rive 
droite  de  la  Meuse,  attaque  sur  les  tranchées  entre  le 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  123 

bois  d'Haudromont  et  le  fort  de  Douaumont;  à  l'ouest, 
les  Allemands  prennent  5oo  mètres  d'éléments  avancés; 
leurs  attaques  sont  brisées  au  centre  et  à  l'est. 

Le  prince  de  Galles  arrive  au  quartier  général  ita- 
lien, 
■     Lutte  d'artillerie  sur  le  Vardar. 

On  signale  un  mouvement  insurrectionnel  en  Alba- 
nie contre  les  Bulgares. 

Venizelos  est  élu  à  Mitylène  (presque  à  l'unanimité). 

Progrès  russes  vers  Erzindjan. 

Le  Breslau  bombarde  Eupatoria. 

Entre  le  7  mars  1916  et  le  7  mars  191 6,  87  navires 
anglais  non  armés  et  22  neutres  ont  été  torpillés  sans 
avertissement. 

5o  journaux  notables,  aux  Etats-Unis,  désapprouvent 
la  réponse  allemande  ;  28  l'approuvent.  Le  Journal  de 
Genève  dit  que  l'Allemagne  offre  un  œuf  pour  un  bœuf. 
Whitney  Warren  écrit  dans  le  Petit  Journal  :  «  Le 
peuple  américain  ne  veut  pas  la  guerre,  mais  il  ne  veut 
pas  non  plus  être  jeté  dans  la  lutte  à  coups  de  pied 
dans  l'échiné.  » 

A  la  Sorbonne,  réunion  de  la  Ligue  nationale  contre 
l'alcool.  Marie  Vérone  menace  les  parlementaires  de  la 
colère  des  femmes  s'ils  ne  font  pas  droit  a  leurs  requêtes 
angoissées.  Ce  sont  eux  qui  ont  amené  les  femmes 
françaises  à  regretter  qu'il  n'y  ait  pas  en  France,  fût-ce 
pendant  vingt-quatre  heures,  un  tsar  assez  puissant 
pour  supprimer  le  privilège  dont  la  race  se  meurt. 

Lundi  8  mai.  —  Succès  de  contre-attaques  fran- 
çaises au  nord-ouest  de  la  ferme  de  Thiaumont.  Les 
Allemands  sont  chassés  du  boyau  qu'ils  avaient  occupé 
à  l'est  de  la  cote  3o4.  Bombardement  intense  de  nos 
lignes  entre  Douaumont  et  Vaux,  ainsi  que  dans  les 
secteurs  d'Eix  et  de  Châtillon-en-Woëvre. 

Les  troupes  australiennes  et  néo-zélandaises,  qui  ont 
quitté  l'Egypte  en  mars,  ont  été  passées  en  revue  k  Mar- 
seille ;  elles  vont  occuper  une  partie  du  front  français. 

Les  Allemands  paraissent  avoir  dégarni  le  front  russe 
et  se  bornent  à  d'intenses  canonnades. 


124  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Beaucoup  de  déserteurs  bulgares  se  rendent  aux 
Alliés. 

L'agence  Wolf  lance  un  télégramme  pour  préciser  la 
réponse  allemande  et  affirmer  que  les  concessions  faites 
aux  Etats-Unis  sont  applicables  sans  délai. 

«  Guillaume  II  ne  veut  pas  se  brouiller  avec  le  président 
Wilson.  Il  espère  toujours  pouvoir  invoquer  sa  médiation  et 
c'est  pour  tenter  les  plus  nobles  ambitions  du  Président 
américain  que  la  note  allemande  mentionne  les  désirs  paci- 
fiques de  l'Allemagne.  »  (Temps  du  g.) 

Dans  une  grande  réunion  tenue  à  Boston,  le  juris- 
consulte Beck  a  dit  que  le  crime  du  Lusitania  n'a  pas 
été  vengé,  qu'il  fallait  que  la  tombe  de  ces  victimes 
innocentes  devînt  aussi  celle  de  la  dynastie  des  Hohen- 
zollern. 

Bombes  d'avions  ennemis  sur  Port-Saïd. 

Viviani  et  Albert  Tbomas  sont  reçus  par  le  Tsar  à  Tsar- 
koié-Sélo. 

L'Allemagne  convoque  la  classe  1919. 

Arrivé  à  Berlin,  Bùlow  a  été  mandé  aussitôt  au  quar- 
tier général. 

Les  nouvelles  de  Hollande  insistent  sur  la  disette  qui 
s'aggrave  en  Allemagne. 

Kigali,  chef-lieu  de  la  province  allemande  de  Buanda, 
et  l'île  de  Kivijivi  ont  été  occupés  par  les  Belges. 

Colonel  Rousset  {Liberté)  :  «  Il  est  surprenant  que  cette 
guerre,  alors  qu'elle  a  mis  sur  pied  environ  28  millions 
d'hommes  et  a  pour  théâtre  presque  toute  l'Europe  et  un 
coin  de  l'Asie,  en  vienne  à  se  localiser  sur  un  espace  de 
20  kilomètres...  Pour  la  quatrième  fois,  l'ennemi  entame  une 
grande  ofTensive,  avec  des  moyens  sans  cesse  augmentés.  Il 
est  considérablement  renforcé,  parce  que  rien  ne  l'empêche 
de  l'être.  »  Bien  des  gens  font  les  mêmes  réflexions,  en 
moins  bons  termes. 

Mardi  9  mai.  —  Le  bombardement  se  ralentit  dans 
la  région  de  Verdun.  Escarmouches  dans  le  bois  d'Avo- 
court  et  au  sud  du  fort  de  Douaumont. 

Les  Busses  repoussent  une  forte  offensive  turcjue 
vers  Erzindjan  ;  ils  occupent  Kasrischiriu,  à  160  kilo- 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  125 

mètres  de  Bagdad,  et  y  prennent  une  quantité  de  muni- 
tions et  de  vivres. 

L'ambassadeur  de  Turquie  à  Berlin  dit  à  la  Gazette 
de  Munich  que  la  Turquie  va  entreprendre  une  grande 
attaque  contre  Suez. 

^  Wilson  répond  brièvement  k  la  note  allemande.  Les 
États-Unis  comptent  que  l'Allemagne  observera  désor- 
meds  le  droit  des  gens  dans  la  guerre  sous-marine  ;  ils 
repoussent  la  sugcfestion  allemande  qui  tendrait  à  faire 
dépendre  le  maintien  de  la  promesse  de  Berlin  du  résul- 
tat des  négociations  entre  les  États-Unis  et  une  autre 
puissance. 

Un  sous-marin  français  coule  un  transport  autrichien 
dans  l'Adriatique. 

Un  avion  ennemi,  venu  de  Budrun,  bombarde  Rho- 
des; des  avions  français,  en  retour,  bombardent  Budrun. 

On  dit  à  Copenhague  qu'une  explosion  k  Altona  a 
détruit  une  usine  et  72  avions. 

Un  médecin  français  publie  dans  le  Temps  des  ren- 
seignements précis  sur  la  condition  effroyable  des 
prisonniers  russes  en  Allemagne  ;  on  les  laisse  littérale- 
ment mourir  de  faim. 

Mercredi  10  mai.  —  Une  attaque  allemande  sur 
la  cote  287  est  repoussée. 

Le  Bulletin  des  Armées  publie  l'historique  de  la 
bataille  de  Verdun,  du  20  mars  au  9  avril  (Liberté, 
II  mai). 

Les  Italiens  enlèvent  une  ligne  de  tranchées  et  des 
redoutes  sur  le  mont  Cucla. 

Forte  offensive  allemande  dans  le  secteur  de  Jacob- 
sladt  (Courlande). 

Des  renforts  allemands  arrivent  sur  le  front  du  Cau- 
case. Les  Turcs  organisent  fortement  Khanikin,  à 
l'entrée  de  la  vallée  du  Tigre. 

L'article  de  la  Gazette  de  Cologne  sur  la  réponse  de 
Wilson  est  intitulé  :  «  L'Amérique  cède.  » 

Les  Italiens  occupent  Marsa-Moresa  et  Porto-Bardia 
en  Cyrénaïque,  centres  de  ravitaillement  pour  sous- 
marins  allemands. 


126  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Delbriick,  secrétaire  d'État  à  l'Intérieur,  se  retire, 
soi-disant  pour  cause  de  santé,  en  réalité  à  cause  de  la 
crise  des  subsistances  qu'il  n'a  pu  surmonter. 

Le  ministre  australien  Hughes,  à  Queen's  Hall, 
s'élève  contre  la  politique  anglaise  du  laisser-faire  et 
de  la  porte  ouverte  :  «  Sur  l'autel  de  la  nourriture  à 
bon  marché,  nous  avons  fait  un  perpétuel  sacrifice  de 
notre  force  et  de  notre  indépendance.  » 

Le  Gouvernement  américain  enjoint  à  ses  nationaux 
de  quitter  Mexico  et  refuse  une  fois  de  plus  à  Garranza 
de  retirer  ses  troupes,  de  nouveaux  raids  s'étant  pro- 
duits k  la  frontière. 

Jeudi  11  mai.  —  Progrès  allemands  vers  Hulluch. 

Deux  attaques  de  nuit  sur  les  pentes  ouest  du  Mort- 
Homme  (positions  prises  le  lo)  sont  repoussées.  Bom- 
bardement intense  de  la  région  d'Avocourt  et  du  bois 
de  La  Caillette. 

Une  note  officieuse  dément  le  récit  tendancieux  fait 
récemment  dans  un  journal,  suivant  lequel  le  haut 
commandement  avait  donné  l'ordre  d'évacuer  la  rive 
gauche  de  la  Meuse  au  début  de  la  bataille  de  Verdun. 

On  annonce  une  forte  offensive  autrichienne  à  l'ouest 
du  Trentin,  vers  Brescia  et  Milan. 

Les  Autrichiens  se  préparent,  dit-on,  à  attaquer 
Valona.  Escarmouches  au  nord  de  cette  ville,  sur  la 
Vojuca. 

Kistitch  dit,  à  Rome,  que  la  moitié  de  la  population 
serbe  a  disparu  dans  la  catastrophe.  Les  bibliothèques 
serbes  ont  été  transférées  à  Sofia. 

On  assure  que  le  commandant  du  sous-marin  qui 
torpilla  le  Sassex  vient  de  recevoir  la  croix  pour  le 
mérite. 

«  Pour  accepter  la  réponse  allemande  à  son  presque  ulti- 
matum, il  a  fallu  que  le  président  Wilson  lui  fît  dire  ce 
qu'elle  ne  dit  pas  et  tînt  pour  non  existant  un  des  passages 
essentiels  de  ce  document.  »  (Journal  de  Genève.) 

Les  avions  français  bombardent  les  camps  bulgares 
de  Guevgeli. 

Du  9  au  II,  dans  l'Afrique  Orientale  allemande,  des 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  127 

attaques  sur  Koudoa-Nangi  sont  repoussées  par  les 
Anglais. 

Le  Reichstag  a  refusé  de  demander  la  mise  en 
liberté  de  Liebknecht  (229  voix  contre  m). 

L'Allemagne  crée  un  office  central  de  l'alimentation. 

Grand  incendie  aux  docks  de  Hambourg. 

Séance  orageuse  à  la  Chambre  des  Communes  à 
propos  des  affaires  d'Irlande.  Les  perles  civiles  et  mili- 
taires se  sont  élevées  à  i.3i5  personnes,  dont  3o4  tués. 
On  a  exécuté  i4  rebelles.  Asquith  a  fait  savoir  qu'il 
allait  partir  pour  l'Irlande. 

«  L'examen  de  tous  les  communiqués  donne  Timpression 
que  les  combattants  des  autres  fronts  ont  leurs  pensées 
dirigées  sur  la  formidable  bataille  qui  se  livre  au  nord  de 
Verdun,  au  point  d'oublier  les  adversaires  qu'ils  ont  devant 
eux.  »  (Temps.) 

Vendredi  12  mai.  —  Les  Belges  repoussent  une 
attaque  sur  l'Yser. 

Les  Anglais  perdent  5oo  mètres  de  tranchées  devant 
Vermelles  et  en  regagnent  une  partie. 

Progrès  français  au  sud-est  de  Haucourt;  des  atta- 
ques allemandes  sont  repoussées  au  sud-est  du  fort  de 
Douaumont  et  au  nord  de  la  ferme  de  Thiaumont. 

Lutte  très  vive  au  nord  de  la  gare  de  Selburg,  au 
nord-ouest  de  Jacobstadt  (Courlande). 

Le  Temps  (du  i3)  donne  des  détails  précis  sur  l'ex- 
ploitation de  la  Pologne  par  l'Allemagne  :  «  Les 
territoires  occupés  ne  sont  plus  seulement  un  gage  :  ils 
sont  un  expédient...  Après  les  grandes  allures  du 
conquérant,  voici  celles  du  cambrioleur.  » 

Le  candidat  vénizéliste  a  obtenu  une  majorité  écra- 
sante à  Drama,  fief  de  Gounaris. 

Les  Russes  prennent  un  massif  fortifié  vers  Erzin- 
djan  (4oo  prisonniers). 

Lansing  a  déclaré  que  la  teneur  de  la  note  allemande 
rendait  impossible  aux  États-Unis  toute  tentative 
auprès  de  1  Angleterre  concernant  le  blocus.  Il  assure 
cju'il  va  demander  à  l'Allemagne  quelle  punition  a  été 
infligée  au  commandant  du  sous-marin  qui  torpilla  le 


128  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Sussex,  et  à  l'Autriche  comment  ont  été  punis  les  com- 
mandants qui  torpillèrent  VAncona  et  VArabic. 

Un  dirigeable  de  la  marine  française  a  pris  feu  en 
Provence  et  est  tombé  en  mer  en  vue  des  côtes  de  Sar- 
daigne  ;  l'équipage  a  péri. 

Les  Allemands  inondent  le  Portugal  de  proclama- 
tions destinées  k  provoquer  des  refus  d'obéissance  dans 
l'armée  et  la  marme. 

On  prétend  k  Londres  (Journal  de  Genève  du  i4) 
que  Guillaume  II  aurait  manifesté  à  l'ambassadeur  des 
lîtats-Unis  son  désir  de  conclure  une  paix  immédiate  : 
l'Allemagne  serait  prête  à  évacuer  et  k  indemniser  la 
Belgique,  k  rétablir  l'indépendance  de  la  Serbie  et  du 
Monténégro,  à  condition  que  les  puissances  consentent 
à  la  création  d'un  vaste  royaume  indépendant  de  Polo- 
gne (invraisemblable). 

On  dit  k  Rome  que  Bûlow,  pendant  son  séjour  à 
Lucerne,  a  eu  de  fréquents  rapports  avec  les  Jésuites 
allemands  du  couvent  de  Dissentis,  ayant  pour  but  de 
concerter  avec  le  Pape  une  démarche  en  mveur  de  la 
paix  (Journal  de  Genève,  20  mai). 

Samedi  13  mai.  —  Des  attaques  allemandes  sont 
repoussées  k  l'ouest  de  la  cote  3o4  et  au  nord-est  du 
Mort-Homme. 

Une  brigade  allemande  est  détruite  dans  une  atta- 
que sur  le  village  d'Iépoukna  (région  de  Dvinsk). 

L'artillerie  allemande  bombarde  Mayadag,  sur  le 
front  de  Macédoine  ;  il  y  a  /jo  victimes  ofrecques. 

On  dit  à  Athènes  que  le  prince  Boris  a  été  nommé 
chef  du  parti  russophile  en  Bulgarie,  afin  de  pouvoir 
devenir,  au  besoin,  le  souverain  de  la  Bulgarie  repen- 
tante. 

Le  Conseil  des  ministres  roumains  a  décidé  que 
l'exportation  de  blé  et  de  maïs  ne  pourrait  excéder 
60  '/o  des  stocks  existant  en  Roumanie. 

Une  vive  offensive  turque  vers  Aschkala,  dans  la  ré- 
gion d'Erzindjan,  oblige  les  Russes  à  céder  du  terrain. 

Vers  Mossoul,  les  Russes  occupent  la  région  de 
Revandouz  et  y  font  un  grand  butin. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  129 

Un  dirigeable  allemand  so  pei'd  sur  la  côto  de  Nor- 


veqe. 

Ôbi 


us  d'avions  français  sur  le  hangar  de  dirigeables 
de  Metz-Frescaty  et  sur  la  région  de  Montfaucon, 

Troubles  graves  à  Mannheim,  causés  par  la  disette  ; 
pillage  de  boucheries  et  de  maisons  privées.  La  police 
Fait  maintenant  partout  des  enquêtes  à  domicile  pour 
découvrir  des  stocks  cachés  ;  on  dénonce  des  familles 
à  Francfort  qui  possèdent  loo  livres  de  sucre, 

200.000  personnes  ont  manifesté  à  New-York  en 
faveur  de  l'accroissement  de  l'armée  et  de  la  marine. 
Les  commissions  militaires  de  la  Chambre  et  du  Sénat 
se  sont  mises  d'accord  pour  porter  l'armée  à  200.000 
hommes,  plus  425. 000  miliciens. 

Roosevelt  pose  sa  candidature  à  la  présidence. 

On  s'est  assuré  qu'il  existe  un  plan  pour  la  mobili- 
sation des  Germano-Américains  au  Mexique. 

Six  puissances  de  l'Amérique  méridionale  et  centrale 
ont  offert  leur  appui  aux  États-Unis  pour  le  rétablisse- 
ment de  l'ordre  au  Mexique. 

Bergerat  {Information  du  i4)  rappelle  ces  mots  d'Henri 
Heine  :  «  C'est  une  déplorable  chose  que  la  noblesse  alle- 
mande. Toutes  les  constitutions,  y  compris  la  meilleure,  ne 
peuvent  nous  être  d'aucune  utilité  tant  que  cette  noblesse  ne 
sera  pas  arrachée  jusqu'à  la  dernière  racine.  »  Il  ajoute  : 
.«  Le  dernier  mot  de  rAllemagne  n'est  pas  dit.  Le  peuple  y 
est  en  servage,  la  noblesse  en  démence,  le  clergé  en  terreur  : 
reste  la  bourgeoisie,  qui  ronqe  son  frein.  Elle  parlera  après 
la  guerre.  Chez  nous,  elle  a  fait  la  Révolution.  » 

Dimanche  14  mai.  —  On  dit  que  des  troupes  alle- 
mandes se  massent  devant  Ypres  et  que  la  Garde  est 
entre  la  Somme  et  l'Oise. 

Des  coups  de  main  français  réussissent  à  Vermando- 
villers  (sua  de  la  Somme)  et  en  Champagne  (ouest  du 
Mont  Têtu). 

Accalmie  à  Verdun,  mais  bombardement  continuel 
du  bois  d'Avocourt  et  de  la  cote  3o4. 

Lutte  d'artillerie  sur  le  front  de  Macédoine. 

Les  Bulgares,  dépouillés  par   les  Allemands,    sont 

114.    CHRONOLOGIE    DE    LA    CiUEKRE  9 


130  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

obligés  de  rationner  les  vivres.  On  dit  qu'une  émeute 
militaire  a  été  réprimée  à  Philippopoli. 

Les  scellés  mis  sur  les  portes  du  consulat  grec  à 
Uskub  ayant  été  brisés,  le  Gouvernement  grec  envoie 
une  protestation  à  Sofia. 

L'État-major  grec,  se  disant  diffamé  par  le  Keryx 
(de  Venizelos),  a  porté  plainte  au  procureur  général. 

Take  Jonesco  recommence  une  vive  propagande  en 
faveur  de  l'intervention  de  la  Roumanie. 

L'Allemagne  exprime  ses  regrets  à  l'Espagne  pour  le 
torpillage  du  Sussex  et  la  mort  du  musicien  Granados; 
elle  offre  une  indemnité. 

Les  avions  français  lancent  4oo  bombes  sur  le  camp 
germano-bulgare  de  Xanthi. 

Viviani  et  Albert  Thomas  sont  reçus  à  Moscou. 

La  Commission  du  budget  du  Reichstag  émet  un  vote 
contre  la  censure. 

Berlin  est  au  régime  de  260  grammes  de  viande  par 
personne.  A  Munich,  la  plupart  des  boucheries  sont 
fermées.  Le  bétail  fait  défaut  partout. 

La  pénurie  des  vivres  s'accentue  à  Vienne. 

Le  Gouvernement  belge  publie  un  Livre  Gris,  en 
réponse  au  Livre  Blanc  allemand  du  10  mars  1916.  a  II 
constitue  le  plus  formidable  acte  d'accusation  dressé 
jusqu'ici  contre  l'Allemagne.  »  {Temps  du  i5.) 

P.  Souday  écrit  au  Temps  :  «  L'idée  d'une  activité  intel- 
lectuelle exclusivement  nationale,  hermétiquement  close  et 
imperméable,  si  elle  se  répandait  chez  tous  les  peuples,  se 
retournerait  contre  nous.  Ce  nationalisme  aveugle  et  outre- 
cuidant a  été  une  des  tares  de  la  nouvelle  Allemagne.  Gar- 
dons-nous de  l'imiter  en  ce  point  !  Ne  permettons  pas  à  la 
barbare  agression  d'altérer  nos  principes  de  vie  ni  notre 
développement  normal  :  voilà  qui  serait  dégradant.  » 

Le  Président  de  la  République  prononce  un  impor- 
tant discours  à  Nancy.  Il  dit  entre  autres  : 

«  Ni  directement  ni  indirectement,  nos  ennemis  ne  nous 
ont  offert  la  paix.  Mais  nous  ne  voulons  pas  qu'ils  nous 
l'offrent  :  nous  voulons  qu'ils  nous  la  demandent  ;  nous  ne 
voulons  pas  subir  leurs  conditions  :  nous  voulons  leur 
imposer  les  nôtres  ;  nous  ne  voulons  pas  une  paix  qui 
laisserait  l'Allemagne  impériale  maîtresse  de  recommencer 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  131 

la  guerre  et  qui  suspendrait  sur  l'Europe  une  menace  éter- 
nelle :  nous  voulons  une  paix  qui  reçoive  du  droit  restauré 
de  sérieuses  garanties  d'équilibre  et  de  stabilité. 

«  Tant  que  cette  paix-là  ne  nous  sera  point  assurée,  tant 
que  nos  ennemis  ne  se  reconnaîtront  pas  vaincus,  nous  ne 
cesserons  pas  de  combattre.  » 

A  la  suite  d'une  tentative  d'insurrection  (3  mai),  le 
roi  d'Anna  ni  est  déclaré  déchu  et  la  France  lui  donne 
un  successeur. 

Lundi  15  mai.  —  Sur  les  hauteurs  de  Vimy,  les 
Anglais  occupent  25o  mètres  de  la  ligne  allemande 
avancée. 

Westminster  Gazette  :  «  La  physionomie  de  la  guerre 
s'est  modiflée  du  fait  du  succès  de  la  défense  de  Verdun. 
Après  onze  semaines  de  combats,  les  Allemands  sont  aussi 
peu  avancés  qu'après  les  trois  premiers  jours.  Nous  regret- 
tons que  les  circonstances  nous  aient  obligés  à  rester  spec- 
tateurs passifs  de  ce  conflit.  » 

Feyler  estime  que  jusqu'à  cette  date  les  Allemands 
ont  perdu  Soo.ooo  hommes  devant  Verdun. 

Violente  attaque  autrichienne  dans  le  Trentin  ;  les 
Italiens  perdent  quelques  positions. 

Des  soldats  italiens  ont  pénétré  dans  Rovereto,  mais 
n'y  sont  pas  restés. 

La  Suède  s'agite  au  sujet  des  travaux  que  font  les 
Russes  dans  les  îles  d'Aland.  Une  interpellation  est 
déposée  au  Parlement. 

Le  député  Tsoukalas,  dans  VAletheîa,  attaque  vio- 
lemment le  chef  d'état-major  grec  Dousmanis,  qu'il  ac- 
cuse de  diriger  les  affaires  de  la  Grèce  en  dictateur. 

Avions  autrichiens  sur  Venise  et  sur  Mestre  ;  une 
maison  est  détruite  à  Venise. 

Avions  anglais  sur  Porto-Lagos,  base  de  sous-marins 
allemands. 

Asquith  déclare  à  une  délégation  de  la  Douma  que 
l'Angleterre  et  la  Russie  sont  pleinement  d'accord  sur 
leur  politique  orientale,  tant  en  Turquie  qu'en  Perse. 

Grey,  parlant  au  correspondant  du  Chicago  Daily 
News,  dit  que  l'Entente  ne  peut  accepter  aucune  paix 
qui  ne  réparerait  pas  les  torts  causés  par   la  guerre, 


132  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

mais  que  jamais  la  Grande-Bretagne  n'a  voulu  détruire 
l'unité  allemande.  La  présente  guerre  a  pour  but  d'af- 
franchir le  monde  du  spectre  de  la  guerre  et  de  celui 
de  la  paix  dans  les  fers  de  la  Prusse. 

W.  Loubat  écrit  dans  le  Temps  (du  i6)  :  «  Les  lois  de  la 
guerre  ue  semblent  pouvoir  triompher  que  par  la  garantie 
réciproque  des  Puissances  dont  elles  sont  la  sauvegarde.  Il 
faut  que  les  nations  sans  honneur  sachent  que  le  mépris  de 
leurs  engagements  aura  pour  elles  des  conséquences  terribles. 
Ce  n'est  pas  seulement  de  la  flétrissure  de  l'histoire  et  de 
l'opinion  qu'il  faut  les  menacer,  mais  du  châtiment  suprême 
dont  disposent  les  nations.  » 

P.  Seippel  {Journal  de  Genève)  montre  que  le  parti 
clérical  et  les  jésuites  des  pays  neutres  ont  été  parmi 
les  apologistes  les  plus  audacieux  de  l'agression  des 
Empires  centraux.  «  Là  où  il  n'y  a  pas  à  tenir  compte 
d'un  courant  d'opinion  national,  les  influences  catho- 
liques s'exercent  partout  au  profit  des  puissances  cen- 
trales. » 

Dillon,  dans  la  Fortnightly  Review,  publie  un  article 
plein  d'erreurs  que  relève  Land  and  Water  (i8  mai), 
article  qui  semble  avoir  pour  but  de  troubler  la 
confiance  des  Anglais  dans  leurs  forces  grandissantes  en 
exagérant  celles  de  l'ennemi. 

Suivant  Repington  {Times),  les  Allemands  ont  119  di- 
visions à  l'ouest,  49  à.  l'est,  2-3  au  sud  du  Danube.  Les 
Autrichiens  ont  42  divisions  sur  le  front  russe  et  3o  sur 
le  front  italien,  plus  4  ailleurs.  Les  Turcs  ont  62  divi- 
sions, les  Bulgares  une  douzaine.  Les  Alliés  ont  donc 
devant  eux  3ii  divisions;  ils  en  possèdent  eux-mêmes 
beaucoup  plus. 

Mardi  16  mai.  —  Une  tentative  allemande  sur  le 
Mort-Homme  a  été  repoussée.  Le  duel  d'artillerie 
continue. 

L'offensive  autrichienne  devient  plus  Intense  dans  le 
Trentin. 

Enver  se  serait  adressé  directement  à  Guillaume  II 
pour  obtenir  des  secours  contre  les  Russes. 

Le  roi  de  Grèce,  recevant  le  colonel  Vassitch,  dit 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  133 

qu'il  n'a  jamais  cessé  de  considérer  la  Serbie  comme 
une  alliée. 

Deux  navires  de  guerre  anglais  endommagent  des 
destroyers  allemaudssur  la  côte  belge. 

Le  vapeur  hollandais  Batavia  V  coule  au  large  des 
côtes  orientales  de  l'Angleterre  ;  plusieurs  Américains 
périssent.  On  attribue  la  catastrophe  à  une  mine  flot- 
tante. 

Dans  la  nuit  du  1G-17  mai,  les  avions  français  bom- 
bardent Ars,  Metz-Frescaty  et  Arnaville. 

On  annonce  que  la  maison  Krupp  fonde  une  nouvelle 
usine  près  de  Munich. 

Le  New-York  World  dit  que  la  lutte  est  désormais 
entre  l'estomac  allemand  et  l'étreinte  anglaise. 

On  fait  observer  qu'en  191 3,  sur  une  importation 
totale  de  10  milliards  767  millions  de  marks,  l'Alle- 
magne recevait  près  de  3o  °L  de  matières  alimentaires 
et  de  bétail.  Les  pays  avec  lesquels  elle  est  en  guerre 
lui  fournissaient  plus  des  trois  quarts  de  ces  importa- 
tions. 

«  Il  y  aurait  quelque  chose  de  barbare  à  se  féliciter  de  voir 
une  partie  de  l'humanité  soulTrir  de  la  faim  si  l'on  ne  se  rap- 
pelait le  siège  de  Paris,  si  l'on  n'avait  sous  les  yeux  les 
pages  où  Bernhardi  se  promet  d'affamer  l'Angleterre.  » 
{Information.) 

La  Gazette  de  Cologne  s'élève  contre  les  déclarations 
de  Grey.  Si  l'Allemagne  n'a  pas  voulu  une  conférence 
sur  la  querelle  austro-serbe,  c'est  qu'elle  était  sûre 
d'être  majorisée  comme  à  Algésiras;  alors  Grey  aurait 
atteint  pacifiquement  le  but  que  l'Angleterre  est 
impuissante  à  atteindre  par  la  guerre.  Grey  ment 
quand  il  dit  qu'il  n'y  avait  pas  de  coalition  contre  l'Al- 
lemagne avant  la  guerre,  ou  bien  il  oublie  l'activité 
d'Edouard  VIL  En  ce  qui  concerne  le  militarisme  prus- 
sien, la  Gazette  dit  que  ce  qui  a  fait  faillite  dans  cette 
guerre,  ce  n'est  pas  le  militarisme,  mais  la  démocratie. 

La  loi  anglaise  sur  le  service  obligatoire  a  été  adop- 
tée en  troisième  lecture  aux  Communes  (35  voix 
contre). 

Le   ministre  des  Affaires  étrangères  de   Suède  fait 


134  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

au  Riksdag  des  déclarations  pacifiques  sur  la  question 
des  îles  dAland,  dont  les  fortifications  ne  sont  que 
temporaires;  Branting;  le  leader  socialiste,  en  prend 
acte. 

Grand  banquet  à  Petrograd  pour  célébrer  le  vingt- 
cinquième  anniversaire  de  1  alliance  franco-russe  ; 
Rodzianko,  Paléologue  et  Sazonov  prennent  la  parole  ; 
Chaléapine  chante  la  Marseillaise. 

«  Alceste  »  écrit  dans  la  Presse  :  «  Les  Allemands  savent 
que  ceux  qui  les  combattent  ne  sont  pas  des  peuples  de 
proie  recherchant  les  conquêtes  et  la  domination  ;  ils  savent 
donc  ce  qu'ils  ont  à  faire  pour  obtenir  cette  paix  qu'ils  se 
flattent  d'avoir,  et  par  deux  fois,  prqj)osée  au  monde.  Quand 
ils  le  voudront  ou  quand  ils  y  seront  amenés,  la  chose  ne 
traînera  pas.  On  le  leur  a  dit  en  France  et  en  Angleterre  ;  il 
ne  tient  qu'à  eux  de  l'aller  dire  à  Rome  ou  à  Madrid  ou  à 
Washington.  » 

Mercredi  17  mai.  —  Les  Allemands  ont  vaine- 
ment attaqué  le  bois  d'Avocourt  ;  les  Français  ont  pris 
un  fortin  sur  la  pente  nord  de  la  cote  3o4. 

On  annonce  l'arrivée  de  deux  nouvelles  divisions 
allemandes  dans  la  région  de  la  cote  3o4- 

L'offensive  autrichienne  a  gagné  tout  le  front  entre 
la  vallée  de  l'Adige  et  le  val  Sugana.  Les  Autrichiens 
attaquent  avec  25o.ooo  hommes  et  une  formidable 
artillerie. 

Un  violent  tremblement  de  terre  endommage  près 
de  i.ooo  maisons  à  Rimini. 

Nombreux  combats  sur  le  Vardar. 

On  dit  à  Francfort  que  le  Gouvernement  roumain  a 
fait  de  grosses  commandes  de  drap  aux  fabriques 
japonaises  de  Vladivostok. 

Journal  de  Genève  :  «  C'est  à  la  flotte  russe  que  les  Alliés 
doivent  la  conservation  du  front  oriental.  Un  critique  mili- 
taire anglais  a  dit  qu'il  y  a  eu  deux  tournants  dans  cette 
guerre  :  la  Marne  et  le  golfe  de  Riga.  Paris  fut  sauvé  sur  la 
Marne  et  la  lutte  pour  Petrograd  se  régla  dans  les  eaux  du 
golfe  de  Riga.  » 

Intense  activité  aérienne   :  36  combats  sur  le  front 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  135 

français,  27  sur  le  front  anglais;  9  appareils  allemands 
ont  été  détruits. 

Lord  Curzon  est  nommé  président  du  Comité  aérien 
anglais  (Air  board).  Tennant,  questionné  au  Parle- 
ment, dit  que  les  Anglais  ont  deux  types  d'avions  plus 
rapides  que  les  avions  allemands. 

Seul  des  journaux  allemands,  le  Vorwàrts  trouve 
de  l'intérêt  aux  déclarations   de  Grey;   les  conditions 

3u'il    indique    ne    doivent   pas   être   repoussées   avec 
édain. 

On  annonce  que  l'Allemagne  mobilise  le  plus  pos- 
sible d'ouvriers  pour  les  remplacer  par  des  réformés  et 
des  femmes. 

Deux  cuisines  de  Charlottenburg,  contenant  chacune 
une  réserve  de  3oo  livres  de  purée  de  pois  pour  les 
pauvres,  sont  prises  d'assaut  par  une  foule  de  4-ooo 
personnes. 

Les  exécuteurs  testamentaires  de  Cecil  Rhodes  ont 
demandé  au  Parlement  anglais  l'annulation  du  codicille 

Sar  lequel  Rhodes  accordait  k  des  étudiants  allemands 
es  bourses  k  l'Université  d'Oxford;  ces  bourses  seront 
attribuées  à  des  Anglais  {New-York  Herald,    18  mai). 

«  Si  l'Angleterre  eût  vu  clair  et  parlé  plus  tôt,  l'Alle- 
magne se  fût  peut-être  arrêtée.  Mais  le  souci  de  la  mesure, 
la  crainte  d'être  entraîné  retiennent  le  Gouvernement,  et 
huit  jours  durant,  il  réserve  son  sentiment  et  dose  ses  décla- 
rations. »  (Temps,  à  propos  du  livre  de  Chevrillon,  L'Angle- 
terre et  la  guerre.') 

«  L'Allemagne  et  l'Autriche -Hongrie  constituent  un 
immense  camp  retranché,  dont  presque  toutes  les  commu- 
nications sont  gardées  par  les  Alliés.  Les  résultats  du  blocug 
sont  encourageants.  L'énervement  des  assiégés,  leur  afîai- 
bHssement  moral  et  matériel  indiqueront  le  moment  de 
l'assaut.  »  (Temps.) 

Jeudi  18  mai.  —  Deux  divisions  allemandes 
fraîches  attaquent  d'Avocourt  à  la  cote  3o4  et  saisissent 
un  petit  ouvrage  au  sud  de  la  cote  287.  Les  autres 
assauts  sont  repoussés. 

On  dit  a  Petrograd  que  toutes  les  réserves  alle- 
mandes sont  sur  le  front  occidental. 


136  CHRONOLOGIE    DE    LA.   GUERRE 

La  lutte  continue  avec  violence  dans  le  Trentin  ;  les 
Italiens  se  replient  entre  Rovereto  elle  lac  de  Garde. 

On  s'inquiète,  à  Pctrograd,  des  accords  commerciaux 
conclus  par  la  Roumanie  avec  les  Puissances  centrales. 
Les  Puissances  de  l'Entente  se  renseignent  k  Bucharest 
sur  la  nature  des  engagements  conclus. 

Les  sous-marins  anglo-russes  coulent  quatre  navires 
allemands  en  Baltique. 

Les  avions  allemands  bombardent  Gérardmer,  le 
camp  de  Mailly  et  les  camps  franco-anglais  de  Salo- 
nique. 

Le  sous-lieutenant  Navarre  a  abattu  son  dixième 
avion  allemand. 

Des  avions  anglais  bombardent  El  Arish. 

Grey,  aux  Communes,  nie  que  le  Pape  ait  fait  des 
démarches  pour  la  paix,  mais  confirme  que  Sa  Sain- 
teté a  fait  des  représentations  à  l'Allemagne  au  sujet  de 
la  guerre  sous-marine. 

La  prétention,  émise  par  Jagow,  que  le  blocus, 
mesure  de  représailles  contre  la  guerre  sous-marine 
(chronologiquement-inexact),  doive  cesser  avec  elle,  est 
traitée  de  peu  sérieuse  par  la  presse  de  l'Entente.  Le 
blocus  n'est  pas  contraire  au  droit  des  gens,  comme  le 
sont  la  piraterie  et  l'assassinat  des  non-combattants 
(Voir  Herbette  dans  l'Echo  de  Paris  du  i8). 

Pour  contenter  les  États-Unis,  Bernstorfî  publie  un 
appel  aux  Allemands  de  ce  paj^s,  leur  enjoignant  de 
respecter  les  lois  américaines.  Il  croit  ainsi  rejeter  la 
responsabilité  des  attentats  que  ses  auxiliaires  ont 
perpétrés. 

Ribot  dépose  un  projet  qui  augmente  les  impôts  de 
900  millions.  Les  dépenses  militaires,  du  i"^août  1 914  au 
3o  septembre  1916,  sont  évaluées  à  38  milliards  5oo  mil- 
lions, les  dépenses  totales  à  54  milliards  5oo  millions, 
dont  près  de  4  milliards  pour  le  service  de  la  dette.  La 
moyenne  mensuelle  des  dépenses  a  passé  de  i  milliard 
4oo  millions  à  2  milliards  610  millions. 

Contrairement  à  un  jugement  de  la  Cour  d'appel  de 
Paris  (20  avril),  le  président  du  tribunal  de  la  Seine 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  137 

rend  une  ordonnance  qui  interdit  aux  étrangers    des 
pays  ennemis  d'ester  en  justice  {Temps,  lo  mai). 

P.  Souday,  répondant  à  un  article  de  Boutroux  dans  la 
Revue  des  Deux  Mondes^  essaie  de  montrer  qu'il  n'y  a  de 
«  germes  de  pangermanisme  »,  ni  dans  Goethe,  ni  dans 
Kant  {Temps  du  19). 

La  New-York  Nation  regrette  que  la  diplomatie  alle- 
mande, par  ses  mensonges  continuels  (avions  sur  Nurem- 
berg, violation  de  la  neutralité  belge  par  les  Français  et  les 
Belges,  démentis  relatifs  au  Lusi/aru'a,  à  l'Arabie,  au 
Sussex),  ajoute  gravement  au  discrédit  moral  dont  la 
guerre  l'a  déjà  afÙigé.  «  La  réponse  allemande  relative  au 
Sussex  était  faible;  pourtant,  elle  n'aurait  pas  été  écartée 
aussi  sommairement  si  la  réputation  de  véracité  du  Gouver- 
nement allemand  n'avait  été  compromise  depuis  longtemps 
et  sans  espoir  de  retour.  »  (P.  533.) 

Vendredi  19  mai.  —  Sur  le  front  de  Champagne, 
les  Allemands  émettent  des  gaz  vers  le  Souplet  ;  leur 
attaque  est  arrêtée  par  notre  tir. 

Les  Russes  ont  occupé  Sakkis  (Kurdistan  perse),  à 
120  kilomètres  sud-sud-est  du  lac  d'Ourmiah  ;  ils 
s'approchent  ainsi  de  la  vallée  du  Petit  Zab,  qui 
conduit  à  la  plaine  du  Tigre. 

Bombes  d  avions  allemands  sur  Dunkerque  et  Ber- 
gues. 

Navarre  abat  son  onzième  avion,  Nungesser  son  cin- 
quième. 

Hydravions  allemands  sur  la-côte  de  Kent  (87  bombes); 
un  des  appareils  allemands  est  abattu  par  une  patrouille 
navale. 

On  annonce  que  Wendel,  député  au  Reichstag,  a 
publié  sous  les  auspices  du  Vorwàrts  une  brochure 
sur  l'Alsace-Lorraine,  où  le  parti  socialiste  s'élève 
contre  tout  projet  de  restitution  de  ce  pays  à  la  France. 

Samedi  20  mai.  —  Trente-cinq  obus  sur  Reims. 

Les  Allemands  ont  attaqué  le  Mort-Homme  au  nord, 
à  l'est  et  à  l'ouest;  à  l'ouest  et  au  nord,  ils  ont  occupé 
quelques  tranchées,  mais  ont  dû  reculer,  décimés  par 
notre  feu. 


138  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

En  Lorraine,  les  Allemands  pénètrent  dans  une 
tranchée  k  l'ouest  de  Chazelles  et  en  sont  chassés. 

Rousset  {Liberté)  :  «  Revenus,  comme  les  Allemands 
eux-mêmes,  à  leur  plan  d'opérations  d'avant-querre,  les 
Autrichiens  essaient  de  pénétrer  dans  la  plaine  de  Vicence, 
afin  de  menacer  à  revers  les  troupes  engagées  dans  le  Carso 
et  sur  risonzo.  » 

Une  explosion,  probablement  criminelle,  détruit  la 
pyrotechnie  de  Bucharest. 

En  Mésopotamie,  des  cosaques  russes  rejoignent,  à 
la  suite  d'un  raid  audacieux,  le  général  Gorringe, 
toujours  arrêté  devant  Samayat. 

Des  représentants  du  Conseil  de  l'Empire  et  de  la 
Douma  arrivent  à  Paris. 

A  2  heures  du  matin,  la  loi  sur  l'avance  de 
l'heure  (pour  économiser  l'éclairage)  entre  en  vigueur 
en  Angleterre  et  en  Norvège.  La  Hollande  et  1  Alle- 
magne ont  pris  cette  mesure  le  i^^  mai,  le  Danemark  et 
la  Suède  le  i5. 

Chuquet  {Revue  critique,  p.  336)  signale  ces  lignes 
d'Agénor  de  Gasparin  (1871)  :  «  La  chimie,  se  mettant  en 
campagne,  nous  trouvera  bien  quelque  bombe  asphyxiante, 
quelque  façon  merveilleuse  de  détruire  un  corps  d'armée  à 
distance,  sans  qu'on  ait  même  la  peine  de  se  battre.  » 


Dimanche  21  mai.  —  Les  Allemands  reprennent 
aux  Anglais  l'extrémité  nord  de  la  crête  de  Vimy  sur 
i.5oo  mètres  de  long. 

Nous  enlevons  deux  tranchées  allemandes  sur  la 
route  d'Esnes  à  Haucourt  et  bouleversons  complète- 
ment le  petit  ouvrage  au  sud  de  la  cote  287,  occupé 
le  18  par  les  Allemands.  Des  attaques  violentes  à  l'est 
de  la  cote  3o4  et  à  l'ouest  du  Mort-Homme  sont  repous- 
sées. Sur  la  rive  droite  de  la  Meuse,  nous  enlevons  les 
carrières  d'Haudiomont. 

L'offensive  autrichienne,  dirigée  par  le  prince  héri- 
tier Charles-François-Joseph,  continue  sur  un  front  de 
3o  kilomètres.  On  dit  qu'il  y  a  des  officiers  allemands 
parmi  les  prisonniers. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  139 

Les  Russes  ont  pris  Serdocht  (Kurdistan  perse),  dans 
la  direction  de  Mossoul. 

Une  division  autrichienne  est  à  Bagdad,  où  l'on 
attend  4-ooo  Allemands.  C'est  Bronsart  von  Schellen- 
dorf  qui  commande  les  Turcs  en  Arménie  et  en  Méso- 
potamie, où  leurs  forces  s'élèveraient  à  520.ooo  hommes. 
La  côte  asiatique  est  sous  les  ordres  de  Liman  von 
Sanders  (180.000  hommes).  Les  35. 000  hommes  de 
Thrace  sont  commandés  par  le  général  autrichien  von 
Trommer;  les  70.000  hommes  de  Syrie  par  Dj'emal.  Au 
total,  sur  le  papier,  860.000  hommes (Tem/^s  du  28). 

La  Norvège  demande  des  explications  à  l'Allemagne 
au  sujet  de  trois  navires  torpillés. 

Cent  bombes  d'avions  sur  Dunkerque  ;  bombes 
d'avions  alliés  sur  Zeebruggo.  Des  avions  ennemis  ont 
lancé  16  bombes  sur  le  quartier  arabe  de  Port-Saïd 
.(Egypte). 

Batocki  est  nommé,  en  Allemagne,  «  dictateur  de  l'ali- 
mentation ». 

Le  Comité  central  du  parti  national-libéral  allemand 
vote  en  faveur  de  la  guerre  à  outrance  et  d'importantes 
I  annexions  ;  il  réclame  la  reprise  de  la  guerre  sous-ma- 
rine sans  égard  pour  qui  que  ce  soit. 

Le  président  Poincaré  remet  la  croix  de  guerre  à  la 
reine  des  Belges. 

Freycinet,  parlant  de  Gambetta  aux  Jardies,  s'exprime 
;  ainsi  :  «  Il  voulait  que  l'agression  nous  trouvât  calmes  et 
forts.  Les  temps  sont  révolus  :  l'agression  est  venue,  plus 
brutale,  plus  inique,  plus  inhumaine  qu'il  ne  l'avait  sans 
doute  prévue.  Pénétrés  de  ses  leçons,  opposons  à  l'envahis- 
seur une  invincible  constance.  Déjà  son  élan  fléchit.  A  travers 
le  fracas  des  armes  apparaissent  les  signes  de  lassitude.  Le 
règne  du  droit  s'approche.  A  la  France  l'honneur  d'avoir 
combattu  au  premier  rang  pour  en  assurer  le  triomphe  !  » 

Lundi  22  mai.  —  En  Champagne,  vers  Saint-Sou- 
jtlot,  les  Allemands  émettent  des  gaz  qui  se  retournent 
contre  eux. 

Offensive  française  devant  Verdun.  Les  Allemands, 
au  sud  de  la  cote  287,  ont  évacué  le  petit  ouvrage  qu'ils 
tenaient  depuis   le    18.    Attaquant   depuis    Thiaumont 


140  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

jusqu'à  l'est  du  fort  de  Douaumont,  les  Français 
reprennent  le  sud  de  ce  fort.  Sur  les  Hauts  de  Meuse, 
au  bois  Bouchot,  un  coup  de  main  nous  met  en  posses- 
sion de  3oo  mètres  de  tranchées. 

Les  Italiens  ont  encore  cédé  un  peu  de  terrain  entre 
l'Astico  et  le  Val  Sugana.  L'artillerie  italienne  fait 
exploser  des  dépôts  de  munitions  à  Rovereto  ;  la  ville 
est  en  flammes. 

Les  Russes  repoussent  les  Allemands  au  delà  de  la 
rivière  Veseluhu,  affluent  du  Pripet. 

A  Athènes,  le  ministre  Rhallys  prononce  un  discours 
agressif  contre  les  Alliés. 

On  affirme  à  Londres  que  les  Allemands  ont  approuvé 
le  massacre  des  Arméniens  à  Trébizonde  et  que  des 
jeunes  filles  arméniennes  ont  été  cédées  par  les  Turcs 
aux  Allemands  {Temps  du  28). 

Les  Elats  allemands  du  Sud  réclament  contre  la  dic- 
tature alimentaire  qui  a  pour  but  de  les  spolier  au 
profit  de  la  Prusse. 

La  Chambre  des  Lords  adopte  la  loi  du  service  obli- 
gatoire. 

Le  Temps  regrette  ces  mots  de  Wilson  dans  une 
entrevue  :  «  Si  le  reste  du  monde  est  fou,  pourquoi  ne 
pas  refuser  d'avoir  rien  à  faire  avec  le  reste  du  monde?  » 
C'est  ce  que  P.  Hyacinthe  Lojson  a  appelé  «  la  neutra- 
lité devant  le  crime  ». 

P.  Deschanel  dit  aux  délégués  russes  :  «  L'Allemagne 
s'est  Irompce  sur  vous  comme  sur  nous.  Elle  a  cru  que  la 
guerre  déchaînerait  en  Russie  une  révolution.  Oui,  ce  fut 
une  révolution,  en  effet,  mais  une  révolution  pacifique  et 
bienfaisante,  un  renouveau  moral,  patriotique,  militaire, 
industriel.  » 

Dubost,  président  du  Sénat  :  «  En  succombant  sous  le 
poids  de  ses  fautes  criminelles,  l'ennemi  aura  le  spectacle  le 
plus  cruel  pour  lui,  celui  de  nous  avoir  ouvert  à  nous-mêmes 
et  révélé  les  profondeurs  puissantes  de  nos  âmes  nationales, 
de  nous  avoir  appris  que  la  fraternité  et  l'idéalisme  slaves, 
l'ardeur  démocr.itique  française,  le  génie  anglais  de  la  liberté, 
sont  les  trois  forces  nécessaires  de  la  civilisation.  » 

Briand,  président  du  Conseil  :  «  L'Allemagne  fait  circuler 
le  mot  prestigieux  de  paix.  Ce  mot  est  sacrilège  s'il  signifieJ 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  141 

que  l'agresseur  ne  sera  pas  puni  et  si  demain  l'Europe 
risque  encore  d'être  livrée  à  l'arbitraire  d'une  caste  militaire 
assoiffée  d'orgueil  et  de  domination.  Ce  serait  le  déshonneur 
des  Alliés.  Que  diraient  les  générations  futures,  si  nous 
laissions  échapper  l'occasion  d'établir  sur  des  bases  solides 
une  paix  durable  ?  La  paix  ne  doit  pas  être  une  vaine  for- 
mule ;  elle  doit  être  fondée  sur  un  droit  international  garanti 
par  des  sanctions  contre  lesquelles  aucun  pays  ne  pourra  se 
dresser.  C'est  cet  idéal  qui  fait  la  grandeur  de  notre  tâche. 
Cette  victoire,  nous  la  devons  à  l'humanité.  » 

Mardi  23  mai.  —  Les  Allemands  contre-attaquent 
avec  violence  ;  dans  la  nuit,  ils  prennent  Giimières  et 
la  partie  est  du  fort  de  Douaumont. 

L'offensive  autrichienne  s'accentue  à  l'est  de  la  valh'-e 
d'Assa.  Les  Italiens  évacuent  les  bassins  supérieurs  de 
Posina  et  de  l'Astico. 

On  annonce  qu'une  commission  de  savants  à  Rome  a 
établi  que  les  balles  explosives  employées  par  les  Au- 
trichiens étaient  de  faorication  allemande  et  conte- 
naient du  nitrate  de  mercure. 
j  Les  Anglais  occupent,  après  un  combat,  la  capitale 
du  Darfour. 

Remaniement  ministériel  en  Allemagne  ;  Helffericli 
devient  secrétaire  d'État  à  l'Intérieur. 

Asquith  demande  aux  Communes  un  crédit  de 
7  milliards  5oo  millions,  portant  l'ensemble  des  crédits 
de  guerre  à  69  milliards  5oo  millions. 

Winston  Churchill  se  plaint  aux  Communes  que 
l'Angleterre  n'emploie  pas  toutes  ses  grandes  forces;  il 
prétend  que  les  200.000  officiers  anglais  enlèvent  au 
service  200.000  domestiques  et  5o.ooo  grooms. 

«  La  théorie  que  la  guerre  est  l'œuvre  de  l'artillerie  et  que 
l'infanterie  n'a  d'autre  tâche  que  de  prendre  ce  que  les 
canons  ont  gagné  n'a  jamais  été  suivie  plus  strictement  que 
dans  l'offensive  des  Allemands  sur  la  crête  de  Vimy.  » 
{Daily  Mail  du  26.) 

Mercredi  24  mai.  —  Les  Allemands  n'ont  pu 
déboucher  de  Cumières,  mais  deux  nouvelles  divisions 
bavaroises  ont  repris  les  restes  du  fort  de  Douaumont 


142  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

et  nous  avons  perdu  une  tranchée  au  nord  des  carrières 
d'Haudlomont. 

Les  Italiens  font  tête  dans  la  vallée  de  Lagarina  et 
réoccupent  la  hauteur  de  Parmesan. 

Violent  duel  d'artillerie  dans  la  région  jDorian-Guev- 
geli. 

Le  roi  de  Monténégro  désavoue  son  fils,  le  prince 
Mirko,  qui  est  allé  se  soigner  (?)  à  Vienne. 

Un  nouveau  complot  allemand  a  été  découvert  k  New- 
York  ;  une  Allemande  a  avoué  avoir  reçu  de  l'ai^gent 
pour  faire  sauter  un  paquebot  de  la  Compagnie  Cunard. 

Jeudi  25  mai.  —  Violent  combat  entre  le  bois 
d'Haudiomont  et  la  ferme  de  Thiaumont,  sans  résultats 
marqués  :  outre  trois  divisions  nouvelles  dans  la  région 
du  Mort-Homme,  les  Allemands  en  ont  amené  deux  à 
l'est  de  la  Meuse.  Rousset  (Liberté)  est  d'accord  avec  le 
critique  militaire  du  Temps  pour  regretter  l'existence 
de  «  fronts  dormants  »,  qui  permettent  aux  Allemands 
et  aux  Autrichiens  les  déplacements  de  troupes  qui  font 
leur  force. 

Les  Autrichiens  sont  repoussés  à  l'assaut  de  Coni- 
Zugna  et  du  col  de  Boule  ;  les  Italiens  évacuent  le 
Monte  Givarone  dams  le  Val  Sugana. 

Enver  est,  dit-on,  arrivé  à  Bagdad. 

Avions  autrichiens  sur  Bari  (18  morts). 

Le  roi  d'Angleterre  a  signé  la  loi  instituant  le  service 
obligatoire.  Il  déclare,  à  cette  occasion,  que  les  engage- 
ments volontaires  ont  fourni  à  l'Angleterre,  depuis  le 
début  de  la  guerre,  5.o4i-ooo  hommes  (il  doit  bien  en 
rester  4-3oo.ooo,  c'est-à-dire  la  valeur  de  100  corps). 

Des  députés  turcs  déposent  à  Potsdam  des  cou- 
ronnes sur  les  tombes  de  Frédéric  le  Grand  et  de  Fré- 
déric-Guillaume. Le  bourgmestre  leur  dit  :  «  Nos  enne- 
mis connaissent  bien  le  vieil  esprit  de  Potsdam;  c'est 
lui  qu'ils  ont  juré  d'anéantir.  »  Le  bourgmestre  a  raison. 

Le  correspondant  du  Sun  à  Washington  dit  que  des 
demandes  de  plus  en  plus  pressantes  pour  la  paix  par- 
viennent de  Berlin  aux  cercles  américains. 

Vendredi  26  mai.  —  Intense  activité   des   deux 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  143 

artilleries  au  nord  de  Verdun.  Nous  avons  repris  une 
partie  de  Gumières. 

Le  général  Blume  (Gazette  de  l'Allemagne  du  Nord) 

E rétend  que  la  France  a  engagé  à  Verdun  800.000 
ommes,  le  moitié  de  son  armée,  et  qu'elle  n'a  plus  de 
réserves  (faux).  Les  Allemands  ont  prélevé  en  quelques 
jours  cinq  divisions  sur  leur  front  nord  (Voir  le  Temps, 
i"  juin). 

L'armée  serbe  est  réunie  à  Salonique. 

Les  Russes  brisent  une  offensive  des  Turcs  et  des 
Kurdes  vers  Serdrecht. 

Obus  français  sur  le  poste  allemand  de  Didymes  (Milet). 

3o.ooo  tètes  de  bétail  hollandais  sont  entrées  depuis 
une  semaine  en  Allemagne. 

Un  officier  supérieur  allemand  aurait  assuré  que  les 
Allemands  ont  déjà  eu  1.700.000  morts,  ce  qui  impli- 
querait une  perte  totale  de  4  millions  d'hommes  environ 
(d'accord  avec  les  calculs  d'Hilaire  Belloc). 

Répondant  à  une  conversation  de  Bethmann-Hollweg 
qui  demande  aux  Alliés  de  s'assurer  de  leur  défaite  en 
regardant  la  carte,  les  journaux  américains  conseillent 
au  chancelier  de  regarder  aussi  la  carte  des  mers,  d'où 
les  Allemands  sont  totalement  chassés. 

Samedi  27  mai.  —  Mort  du  général  Gallieni. 

Vifs  combats  à  l'ouest  de  la  route  de  Navarin  (Cham- 
pagne). 

Préparant  une  nouvelle  et  formidable  offensive  sur 
Verdun,  Falkenhajn,  dans  un  ordre  du  jour,  prescrit 
de  pousser  les  attaques  jusqu'à  l'extrême  limite  et  de 
ne  s'arrêter  que  sur  l'ordre  formel  du  commandement, 
quelles  que  soient  les  pertes  subies. 

Les  Bulgares  bombardent  Kilindir,  en  territoire  grec, 
et  s'emparent,  après  un  simulacre  de  défense,  du  fort 
grec  de  Rupel,  qui  commande  le  défilé  de  Demirhissar 
à  Sérès.  La  Grèce  proteste  à  la  fois  contre  l'invasion 
bulgai*e  et  conti-e  la  présence  des  troupes  alliées  à 
Salonique. 

L'Université  de  Berlin  a  perdu  au  feu  882  étudiants. 

Le  député  Hirsch  a  révélé  au  Reichstag  que  la  censure 


144  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

avait  supprimé  deux  phrases  dans  un  récent  discours 
de  Guillaume  II. 

A  la  demande  pressante  de  Lloyd  George,  les  travail- 
leurs anglais  renoncent  aux  congés  de  la  Pentecôte. 

Le  président  de  la  Douma  dit  à  un  journaliste  amé- 
ricain qu'il  n'y  a  pas,  en  Russie,  de  parti  de  la  paix,  et 
que  le  bruit  d'après  lequel  ce  parti  existerait  est  un 
mensonge  allemand.  Le  sort  de  la  guerre  peut  varier, 
mais  la  Russie  combattra  jusqu'à  la  défaite  complète 
de  l'Allemagne. 

Important  discours  de  Wilson  devant  la  Ligue  américaine 
pour  la  paix.  Les  Etats-Unis,  dit-iL  sont  prêts  à  participer  à 
toute  union  de  nations  ayant  pour  but  de  mettre  en  pratique 
et  d'assurer  contre  toute  violation  ces  deux  principes  :  liberté 
des  peuples,  de  choisir  leur  forme  constitutionnelle,  respect 
des  petits  Etats.  Il  préconise  aussi  une  association  univer- 
selle des  nations  :  i°  pour  assurer  la  liberté  des  mers; 
2°  pour  mettre  obstacle  à  toute  guerre  entreprise  sans  aver- 
tissement et  négociations  préalables. 

Dimanche  28  mai.  —  La  Grèce  a  licencié  ses 
réservistes  des  classes  1898-1900  ;  elle  retire  son  armée 
entre  Drama  et  Gavalla.  La  collusion  du  Roi  avec  la 
Bulgarie  paraît  évidente.  Une  très  vive  agitation  en 
faveur  des  Alliés  se  manifeste  k  Salonique.  On  dit  que 
les  Bulgares  occupent  Demirhissar. 

Les  Russes  repoussent  une  forte  offensive  turque 
vers  Kargabazar  et  Gariret  (direction  de  Diaibekir). 

Quinze  combats  aériens  se  terminent  par  la  chute  de 
cinq  avions  allemands. 

Une  fabrique  de  caoutchouc  a  été  détruite  à  Munich 
par  un  incendie. 

On  annonce  que  le  professeur  Schwalde,  directeur  de 
la  Bévue  hebdomadaire  de  Médecine  allemande,  vient 
de  déclarer  fausse  l'accusation  portée  par  Schœn  le 
3  août  contre  des  aviateurs  français,  laquelle  a  servi  de 
prétexte  à  la  déclaration  de  guerre.  Le  bourgmestre  de 
Nuremberg  a  écrit  qu'il  n'a  jamais  eu  connaissance 
d'un  bombardement  aérien  (Matin  du  28).  Le  Gouverne- 
ment allemand  n  a  rien  objecté.  Ce  mensonge,  fabriqué 
le  i^''août  1 914,  en  même  temps  que  la  fausse  nouvelle  de 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  145 

la  marche  des  cosaques  vers  Johannisburg,  est  encore 
plus  honteux  que  le  remaniement  de  la  dépêche  d'Ems 
en  1870. 

Discours  d'Emile  Vandervelde  à  Rouen  :  «  La  guerre 
ayant  complètement  changé  de  caractère,  il  serait  ansurde 
que  les  conventions  qui  y  mettent  fin  fussent  calquées  sur 
celles  du  passé...  Toute  mesure  de  précaution  prise  contre 
l'Allemagne  seule  serait  insuffisante.  Ce  dont  il  s'agit  est 
de  museler  solidement  et  pour  toujours  le  «  chien  enragé  » 
qui  menace  le  monde,  d'interdire,  dans  l'univers  entier,  les 

Eréparatifs  de  meurtre  collectif,  d'enchaîner  la  mécanique  et 
i  chimie  aux  œuvres  de  paix.   Que  faut-il  pour  cela?  Un 
accord  international.  »  (Journal  de  Rouen,  29  mai.) 

Lundi  29  mai.  —  Des  attaques  d'une  extrême  vio- 
lence nous  obligent  à  nous  replier  au  sud  du  chemin 
Béthincourt — Cumières  ;  nous  avons  perdu  la  partie 
précédemment  regagnée  de  ce  village. 

Le  Times  dit  que  Verdun  n'est  pas  une  bataille, - 
mais  toute  une  (juerre. 

Le  centre  italien  recule  encore  ;  les  ailes  tiennent. 

On  remarque  que  les  opérations  bulgares  dans  la 
Macédoine  orientale  ont  été  entreprises  au  lendemain  de 
la  visite  des  députés  bulgares  à  Berlin,  Vienne  et  Bu- 
dapest ;  ils  ont  sans  doute  exigé  une  nouvelle  part  de 
butin. 

«  Par  crainte  de  Guillaume  II,  la  Grèce  a  laissé  écraser  ses 
alliés  serbes  par  les  Bulgares.  Ceux-ci  poursuivent  aujour- 
d'hui leur  conquête  en  leur  enlevant  la  Macédoine.  Les  pré- 
dictions de  Venizelos  se  réalisent  de  point  en  point.  »  (Temps.) 

Une  forte  attaque  turque  oblige  les  Russes  à  évacuer 
Manahatum,  entre  Erzeroum  et  Erzindjan. 

Gardner,  représentant  républicain  au  Congrès  améri- 
cain, a  déposé  une  motion  :  la  Chambre  déclarerait 
voir  avec  appréhension  une  paix  prématurée,  car  elle 
favoriserait  la  croyance  que  les  nations  peuvent  impu- 
nément violer  toutes  les  lois  divines  et  humaines.  Gard- 
ner ne  veut  pas  que  les  États-Unis  deviennent  les 
complices  de  l'efTort  de  l'Allemagne  pour  échapper  au 
châtiment  de  son  crime  contre  l'humanité. 

Depuis  décembre  1916,  21.000  bâtiments  marchands 

114.    CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  10 


146  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

ont  passé  le  Pas  de  Calais;  21  seulement  ont  été  coulés 
ou  endommagés  sérieusement. 

Mardi  30  mai.  —  Au  sud  du  bois  des  Gaurettes, 
nous  évacuons  les  tranchées  de  première  ligne  ;  au  sud 
de  Cumières,  nous  reculons  jusque  vers  Ghattancourt, 
puis  progressons  de  nouveau  jusqu'aux  abords  de  Cu- 
mières. 

Les  Italiens  évacuent  Pria  Tora  et  Punta  Gorbin.  Les 
Autrichiens  ont  occupé  3oo  kilomètres  carrés  de  terri- 
toire italien  et  disent  avoir  pris  3o,ooo  hommes  et 
3oo  canons. 

On  dit  à  Vienne  que  la  Bulgarie  et  la  Grèce  sont  tout 
à  fait  d'accord  ;  les  journaux  allemands  affirment  que 
les  empires  centraux  respecteront  les  droits  de  la  Grèce. 

A  l'issue  des  manœuvres  grecques,  le  ministre  de  la 
Guerre  prononce  un  discours  singulier,  où  il  annonce 
que  l'armée  grecque  montrera  bientôt  sa  valeur  sous  le 
commandement  du  Roi. 

Bratiano  a  dit  k  un  congrès  de  médecins  que  la  Rou- 
manie aurait  bientôt  besoin  de  leurs  services. 

Sir  Robert  Gecil  est  arrivé  à  Paris  pour  discuter  les  î 
questions  relatives  au  blocus. 

On  dit  en  Suisse  que  la  récolte  allemande  sera 
pauvre,  par  suite  du  manque  d'engrais. 

On  a  soumis  à  la  Diète  de  Prusse  un  mémoire  sur 
les  dégâts  causés  par  les  Russes  dans  la  Prusse  orien- 
tale (districts  de  Gumbinnen  et  d'Allenstein).  Ces  dégâts 
sont  estimés  à  35o  millions  de  marks,  plus  i  milliard  de 
dégâts  dans  les  maisons  (?). 

Pai'lant  à  Washington,  Wilson  dit  que  les  États- 
Unis  sont  prêts  k  faire  partie  de  l'alliance  des  nations 
pour  la  défense  des  droits  de  l'humanité. 

La  province  de  Hounan  (Chine)  a  proclamé  son 
indépendance. 

Mercredi  31  mai.  —  Centième  jour  de  la  bataille 
de  Verdun. 

Les  Français  enlèvent  un  ouvrage  allemand  sur  les 
pentes  sud-ouest  du  Mort-Homme. 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  147 

Furieuse  canonnade  dans  la  région  de  Douaumont. 

Les  Autrichiens  occupent  Arsiero  et  s'avancent  k 
l'est  d'Asiago. 

Les  Russes  bombardent  les  positions  ennemies  en 
Volhynie  et  sur  le  front  de  Bessarabie. 

Les  Alliés  attaquent  au  sud  du  lac  de  Doiran. 

Un  incendie,  dû  sans  doute  à  la  malveillance,  détruit 
la  pyrotechnie  de  Bucharest. 

Les  deux  alliés  eut  laissé  aux  Bulgares  la  charge  des 
Balkans.  Les  Bulgares  veulent  se  payer  de  la  confiance 
qu'on  leur  fait  {Temps). 

Bataille  navale  du  Skagerrak  ou  de  Horn  Rifffvoir  les 
détails  dans  le  Journal  de  Genève  du  ii  juin).  Une 
escadre  de  croiseurs  anglais  combat,  non  sans  pertes 
graves,  la  flotte  allemande  de  haute  mer  ;  l'arrivée  de 
la  grande  flotte  anglaise,  à  la  tombée  de  la  nuit,  met 
les  Allemands  en  fuite.  Gomme  l'amirauté  anglaise 
avoue  des  pertes,  tandis  que  les  Allemands  commen- 
cent par  dissimuler  les  leurs,  le  bruit  se  répand  que 
les  Anglais  ont  eu  le  dessous.  En  réalité,  les  pertes  alle- 
mandes sont  notablement  plus  fortes  (i8  contre  i4), 
les  Anglais  n'ayant  perdu  que  des  croiseurs  et  des 
contre-torpilleurs,  mais  aucun  grand  cuirassé  de  combat. 

Un  avion  anglais,  parti  de  Farnborough,  atterrit  à 
Lille,  le  pilote  ignorant  la  géographie. 

Pendant  le  mois  de  mai,  les  Allemands  ont  perdu 
cinquante-huit  avions,  les  Alliés  quarante. 

Le  Gouvernement  met  sous  séquestre  la  récolte  hon- 
groise. 

L'Angleterre  achète,  pour  une  année,  le  produit 
complet  des  pêches  en  Norvège. 

Au  Reichstag,  le  conservateur  Graafe  attaque  vive- 
ment le  Gouvernement,  qu'il  accuse  de  faiblesse  ;  c'est 
la  thèse  nouvelle  des  Junkers,  des  pangermanistes  et 
des  Tirpitziens. 

Faute  d'essence,  l'Allemagne  interdit  la  circulation 
des  automobiles  privés,  même  diplomatioues. 

Une  dépêche  de  Londres  au  Journal  de  Genève  pré- 
tend que  Bcthmann-Hollweg,  d'accord  avec  Gérard  et 


148  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Wilson,  élaborerait  un  projet  de  paix,  rendant  l'Alsace- 
Lorralne  à  la  France.  Rien  de  moins  vraisemblable. 

Le  total  des  pertes  allemandes  avouées  atteint 
2.940.000  hommes,  dont  742.500  tués. 

Une  nouvelle  note  mexicaine  demande  le  retrait  des 
troupes  américaines  du  territoire  mexicain. 

Huit  provinces  chinoises  sur  dix-huit  sont  en  état  de 
révolte. 


JUIN 


Jeudi  1"  juin.  —  Violent  combat  sur  le  saillant 
d'Ypres  ;  les  Allemands  pénètrent  sur  quelques  points 
dans  les  tranchées  anglaises.  On  parle  d'une  offensive 
allemande  préparée  sur  ce  front  parla  concentration  de 
troupes  entre  Tournai  et  Baisieux,  du  21  au  27  mai. 

Les  Allemands  pénètrent  dans  nos  tranchées  de  pre- 
mière ligne  entre  le  fort  de  Douaumont  et  l'étang  de 
Vaux;  ailleurs,  ils  sont  repoussés. 

Times  :  «  La  résistance  résolue  de  nos  alliés,  la  valeur  fa- 
rouche avec  laquelle  ils  défendent  chaque  pouce  de  terrain, 
la  rapidité  et  le  succès  de  leurs  contre-attaques  ont  soulevé 
l'admiration  et  provoqué  les  hommages  de  tous.  La  France, 
à  Verdun,  supporte  tout  le  poids  de  la  guerre  et,  bien  que 
ses  sacrifices  y  aient  été  lourds,  ses  soldats  y  ont  acquis  une 
gloire  impérissable.  » 

«  Les  Allemands  sont  prisonniers  de  leur  offensive  devant 
Verdun.  »  (Commandant  de  Civrieux,  Matin.) 

Les  Alliés  ont  occupé  les  fronts  de  la  Struma,  prolon- 
geant leurs  lignes  avancées  en  Macédoine. 

New-York  Times  :  «  Le  Roi  a  conduit  le  peuple  grec  de 
honte  en  honte.  Mais  si  le  peuple  s'éveille,  certaines  ques- 
tions constitutionnelles  et  même  dynastiques  pourraient  bien 
être  réglées.  » 

Pendant  le  mois  de  mai,  les  sous-marins  ou  torpilles 
ont  coulé  56  navires  de  l'Entente  (ii8.5oo  tonnes). 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  149 

Des  avions  allemands  tuent  i8  civils  k  Bar-le-Duc. 
Liebknecht  a  été  approuvé  par  ses  électeurs  de  Pots- 
dam. 

Obsèques  nationales  de  Gallieni.  Le  ministre  de  la  Guerre 
dit  :  «  Le  peuple  de  France  qui  vous  aimait  a  reçu  mandat 
de  sauver  la  civilisation  et  la  liberté.  Gomme  vous,  ce 
mandat,  il  le  remplira  jusqu'au  bout.  » 

Les  autobus  reparaissent  sur  les  boulevards. 

Dans  la  Bibliothèque  universelle  (Lausanne),  Lorenzo 
d'Adda  estime  que  les  Allemands  ont  119  divisions  à 
l'ouest,  49  sur  le  front  russe,  3  au  sud  du  Danube.  Les 
Autrichiens  ont  34  divisions  face  à  la  Russie  et  38  oppo- 
sées à  l'Italie .  Les  Turcs  ont  52  divisions,  les  Bulgares  1 2 . 
Lorenzo  d'Adda  estime  que  les  49  divisions  allemandes 
sur  le  front  russe  forment  un  rideau  trop  faible  (760 
hommes  par  kilomètre). 

Alhenœum,  ler  juin,  p.  3o3  :  «  Nous  sommes  aujour- 
d'hui confrontés  avec  les  résultats  effroyables  d'un  christia- 
nisme purement  nominal,  sans  aucune  pensée  de  vivre  en 
accord  avec  les  idées  attribuées  au  Christ.  » 

Vendredi  2  juin.  —  Une  lutte  d'une  violence 
inouïe  se  poursuit  sur  la  rive  droite  de  la  Meuse. 
Refoulés  devant  le  fort  de  Vaux,  qu'ils  cherchent  à 
enlever  à  tout  prix,  les  Allemands  pénètrent  dans  le 
village  de  Damloup,  puis  dans  le  fossé  nord  du  fort  de 
Vaux,  qui  se  trouve  attaqué  de  trois  côtés. 

Rousset,  Liberté  :  «  Nous  voici  donc  revenus  à  peu  près, 
sur  la  rive  droite  de  la  Meuse,  à  la  situation  d'il  y  a  un 
mois,  avant  la  reprise  de  la  partie  sud  du  bois  de  la  Cail- 
lette. Il  serait  puéril  de  nier  la  valeur  du  fait.  »  Rousset 
demande  avec  instance  une  diversion. 

Une  nouvelle  armée  italienne,  formée  depuis  le 
22  mai,  attendant  les  Autrichiens  dans  la  plaine  de 
Vicence  (Temps,  i"  juillet),  ceux-ci  renoncent  à  leur 
marche  en  avant  ;  les  Italiens  attaquent  à  leur  tour  et 
reprennent  Belmonte  au  nord-est  du  mont  Asiago. 

Après  une  bataille  de  trois  jours,  les  Turcs  se  sont 
retirés  à  l'ouest  de  Revanduz. 


150  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Con^é  est  donné  aux  écoles  allemandes  pour  le  5,  à 
l'occasion  de  la  prétendue  victoire  navale. 

Dans  la  nuit  du  2  au  3,  la  flotte  russe  bombarde 
Bourgas  où  les  Allemands  montent  des  sous-marins. 

La  Hollande  prohibe  l'exportation  du  bétail. 

Samedi  3  juin.  —  Violents  combats  au  sud-est 
d'Ypres  ;  les  Allemands  s'avancent  à  travers  les  lignes 
anglaises  vers  Zillebeke,  mais  sont  repoussés  par  une 
contre-attaque  des  Canadiens. 

De  nouvelles  attaques  allemandes  contre  le  fort  de 
Vaux  ont  échoué. 

L'offensive  russe  sur  le  front  autrichien  s'annonce 
par  un  violent  bombardement. 

Les  Russes  battent  les  Turcs  près  de  Hanekin,  à  i3o 
kilomètres  nord-est  de  Bagdad. 

Le  général  Sarrail  proclame  l'état  de  siège  dans  la 
zone  occupée  par  les  armées  alliées  ;  les  bureaux  de 
police,  les  chemins  de  fer,  les  postes,  le  gaz,  etc.,  ont 
été  occupés. 

Le  ministre  de  France  à  Athènes  confère  longuement 
avec  Skouloudis.  Il  est  établi  que  la  légation  d'Alle- 
magne h.  Athènes  organise  des  manifestations  pro- 
germaniques que  le  Gouvernement  tolère. 

Un  officier  allemand,  parlant  près  de  Bar-le-Duc  à 
un  officier  français,  dit  que  la  plaine  hongroise  est  le 
grenier  des  empires  du  centre  et  que,  si  l'Autriche  était 
envahie,  l'Allemagne  devrait  céder  devant  la  famine 
(Liberté,  21  juin). 

A  minuit,  l'heure  légale  en  Italie  a  été  avancée  de 
Go  minutes. 

Le  Bazar  des  Alliés,  au  Parc  central  à  New-York,  a 
rapporté  5  millions. 

Dimanche  4  712222.  —  Dans  la  soirée  et  la  nuit,  des 
attaques  furieuses  au  nord-ouest  du  fort  de  Vaux  sont 
arrêtées,  ainsi  que  des  assauts  contre  le  fort  et  le  village 
de  Damloup. 

Dans  les  Vosges,  à  l'ouest  de  Carspach,  les  Allemands 
ont  pris  trois  éléments  de  tranchées,  mais  en  ont  été 
chassés  par  une  contre-attaque. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  151 

L'offensive  russe  se  dessine  depuis  le  Pripet  jusqu'à 
la  frontière  roumaine.  L'artillerie  russe  démolit  les 
ouvrages  et  abris  ennemis.  Le  succès  le  plus  important 
a  été  remporté  à  Olyka,  au  nord-ouest  de  Rovno 
(Volhynie).  Les  Russes  ont  fait  iS.ooo  prisonniers. 

Des  bombes  allemandes  font  six  victimes  à  Toul. 

La  Nouvelle  Presse  libre  (Vienne)  fait  l'éloge  du 
courage  français  et  exhorte  le  peuple  à  pratiquer  cette 
vertu  en  renversant  le  Gouvernement  et  en  provoquant 
une  cinse  présidentielle. 

Daily  Mail  :  «  Un  assassin  a  essayé  de  poignarder  l'Eu- 
rope ;  nous  ne  connaîtrons  pas  de  repos  avant  d'avoir 
arraché  le  poignard  de  ses  mains.  » 

Temps  :  a  La  seule  paix  durable  sera  celle  qui  sera 
dictée  à  rAUemague  battue.  Toutes  les  autres  auraient  pour 
mesure  le  délai  nécessaire  aux  Germains  pour  préparer  une 
seconde  agression.  » 

Lundi  5  juin.  —  Bombardement  continu  du  fort  de 
Vaux.  Deux  attaques  de  nuit  entre  Vaux  et  Damloup 
sont  repoussées. 

Les  Autrichiens  reculent  ou  sont  contenus  partout, 
sauf  dans  la  région  du  Pasubio,  oij  ils  ont  progressé. 

L'offensive  russe  se  poursuit  avec  éclat  (25.5oo  pri- 
sonniers, 27  canons,  5o  mitrailleuses).  On  constate 
à  Insprûck  que  des  trains  de  troupes  partent  du 
Trentm  vers  la  Galicie. 

Lord  Beresford  affirme  que  la  bataille  du  Skagerrak 
a  été  une  grande  victoire  pour  les  Anglais,  car  l'Angle- 
terre, qui  possède  des  croiseurs  en  nombre,  n'a  pas 
perdu  un  seul  cuirassé. 

Le  croiseur  Hampshire,  ayant  à  bord  Kitchener  et 
son  état-major,  se  rendant  à  Arkhangel,  est  coulé  et 
perdu  corps  et  biens,  à  l'ouest  des  îles  Orkney,  par 
une  mine  flottante  (?).  Il  n'y  a  qu'une  douzaine  de  survi- 
vants. Profonde  émotion  en  Angleterre. 

Depuis  le  milieu  d'avril,  les  Belges  ont  gagné  200  kilo- 
mètres carrés  dans  l'Afrique  orientale  allemande. 

Le  mark  perd  21, 35  en  Suisse,  le  franc  11,10. 

Cartes  de  viande  à  Berlin  (i5o  grammes  par  jour,  sauf 


152  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

deux  jours  sans  viande).  Au  Wurtemberg,  la  ration  de 
viande  quotidienne  est  abaissée  de  i6o  à  i4o  grammes. 

Un  recensement  fait  à  Reims  accuse  moins  de 
20.000  habitants,  dont  lo.ooo  femmes  et  4-ioo  enfants. 

Bethmann-Hollweg  prononce  au  Reichstag  un  grand 
discours  plein  des  contre-vérités  habituelles.  L  Alle- 
magne a  voulu  la  paix,  elle  a  été  forcée  à  la  guerre 
par  la  Russie.  Les  puissances  de  l'Entente  s'obstinent 
à  ne  pas  regarder  la  carte,  à  ne  pas  se  reconnaître  vain- 
cues ;  mais  les  Allemands  ne  veulent  signer  la  paix 
qu'en  vainqueurs.  «  Nous  ne  craignons  ni  la  mort  ni  le 
diable.  Il  y  a  des  privations,  je  le  dis  ouvertement, 
même  à  l'étranger,  mais  nous  savons  les  supporter. 
Un  ciel  favorable  mûrit  une  bonne  moisson.  La  victoire 
navale  du  i^"^  juin  est  d'un  heureux  présage  pour  l'ave- 
nir. L'Allemagne  rouvrira  les  mers  fermées  par  l'Angle- 
terre et  assurera  la  liberté  des  petites  nations.  » 
{Applaudissements  frénétiques.) 

Rousset,  Liberté  :  «  L'action  germanique,  à  la  fois  si  vio- 
lente et  si  diffuse,  semble  devoir  provoquer  une  prochaine 
et  vive  réaction.  » 

Mort  de  Yuan  Chikai,  président  de  la  République 
chinoise. 

Mardi  6  juin.  —  A  la  suite  d'explosions  de  mines, 
les  Allemands  pénètrent  dans  les  premières  lignes 
anglaises  entre  Hooghe  et  le  canal  Ypres-Comines. 

Une  puissante  attaque  allemande  sur  le  fort  de  Vaux 
est  brisée  par  nos  feux.  Le  bombardement  se  poursuit 
avec  une  extrême  violence. 

Les  Autrichiens  avouent  avoir  reculé  de  5  kilomètres 
au  sud  du  Dniester,  près  d'Okna. 

L'offensive  russe  a  devant  elle  4o  divisions  d'infan- 
terie, dont  2  allemandes,  et  lo  divisions  de  cavalerie. 

Vers  Erzindjan,  les  Russes  repoussent  une  forte  of- 
fensive turque. 

Le  Gouvernement  grec  proteste  contre  l'établissement 
de  la  loi  martiale  à  Salonique  ;  l'Entente  met  le  littoral 
grec  en  état  de  blocus.  A  la  Chambre  grecque,  Skou- 
loudis  s'élève  contre  les  reproches  faits  à  son  gouver- 


1 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  153 

nement  de  léser  les  intérêts  militaires  de  l'Entente.  Le 
fait  que  la  garnison  du  fort  Rupel  a  tiré  sur  les  Bul- 
gares (comédie  ?)  prouve  qu'il  n'existait  aucun  accord 
entre  eux  et  le  Gouvernement  grec. 

Schroeder  (Telegaaf)  se  moque  des  prétentions 
allemandes  à  une  victoire  navale  et  demande  quand  un 
«  grand  vainqueur  »  a  pris  la  fuite. 

«  L'Allemagne  cherche  à  provoquer  des  interventions  paci- 
flques.  Elle  entend  traiter  en  vainqueur.  Elle  a  besoin  de 
manifester  sa  puissance.  De  là,  le  grand  branle-bas  sur  terre 
et  sur  mer.  »  (Temps.) 

Mercredi  7  juin.  —  Vers  le  point  du  jour,  le  fort 
de  Vaux,  avec  lequel  aucune  liaison  n'était  plus  pos- 
sible, tombe  aux  mains  des  Allemands. 

Les  Autrichiens  renforcent  leur  front  russe;  leurs 
attaques  se  multiplient  dans  le  Trentin. 

La  victoire  russe  sur  le  front  Olyka — Mlynovleura  valu 
4i.ooo  prisonniers,  77  canons,  i34  mitrailleuses;  sur 
certains  points,  les  Autrichiens  ont  reculé  de  20  kilo- 
mètres. 

Les  Russes  reprennent  Lutsk. 

Journal  de  Genève  :  «  Pour  le  lecteur  attentif,  éloigné  de 
l'atmosphère  surchauffée  du  Parlement,  le  discours  de  Beth- 
mann-Hollweg  est  un  tableau  saisissant  de  la  phase  difficile 
et  de  plus  en  plus  tragique  que  l'Allemagne  traverse  à  cette 
heure.  » 

Jeudi  8  juin.  —  Attaques  violentes  à  l'est  et  à 
l'ouest  de  la  ferme  de  Thiaumont.  Entre  cette  ferme  et  le 
bois  de  la  Caillette,  les  Allemands  ont  pénétré  dans  une 
tranchée. 

«  La  perte  du  fort  de  Vaux  est  regrettable,  mais  elle  est 
loin  de  mettre  Verdun  en  danger;  derrière  cet  ouvrage  se 
trouvent  encore  de  très  solides  lignes  de  défense.  »  (Temps.) 

Les  Italiens  perdent  un  peu  de  terrain  vers  Asiago. 

Des  renforts  allemands  arrivent  du  nord  sur  le  front 
autrichien  de  Galicie.  Les  Russes  passent  la  Strypa 
et  atteignent  la  Zlota  ;  ils  ont  déjà  66.000  prisonniers. 

L'Allemagne  se  décide  à  avouer  la  perte  des  vais- 


154  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

seaux  Lûtzoïo  et  Rostock  (dans  la  bataille  du  Skager- 
rak),  jusque-là  dissimulée  (,(  pour  des  raisons  mi- 
litaires D.  On  en  conclut  que  les  Allemands,  pour  des 
raisons  de  cette  sorte,  ne  cessent  de  mentir. 

Vendredi  9  juin.  —  L'artillerie  française  canonne 
à  son  tour  le  fort  de  Vaux.  Les  Allemands  commencent 
à  bombarder  les  secteurs  de  Souville  et  de  Tavannes. 

Grande  bataille  sur  le  plateau  des  Sept-Communes; 
on  dit  que  les  Autrichiens  ont  4oo.ooo  hommes  et 
2.000  canons.  Les  Italiens  ne  cèdent  pas. 

Les  Russes,  ayant  forcé  le  passage  du  Styr  k  Lutsk, 
enlèvent  la  tête  de  pont  de  Rojistche  (vole  ferrée  de 
Rovno-Kovel).  La  largeur  de  la  trouée  russe  dépasse 
5o  kilomètres. 

Quelques  troupes  russes  ont  violé  par  mégarde  la 
frontière  roumaine  ;  la  presse  allemande  essaie  de 
grossir  cet  incident. 

L'artillerie  germano-bulgare  bombarde  le  front  fran- 
çais de  Macédoine. 

Aucun  navire  n'a  quitté  le  Pirée.  L'armée  grecque 
se  concentre  à  Volo.  Le  Gouvernement  proteste  contre 
le  blocus  et  nie  avoir  traité  avec  les  Bulgares.  Le  Roi  a 
signé  le  décret  de  démobilisation  des  classes  1892-1908, 
mais  on  a  des  doutes  sur  la  prompte  exécution  de  cette 
mesure. 

Le  Reichstag  s'ajourne  au  26  septembre. 

Le  général  Douglas  Haig  déclare  qu'il  attaquera  à 
son  heure,  sans  se  soucier  de  répondre  au  sentiment 
populaire  qui  devient  impatient. 

Samedi  iO  juin.  —  Rousset  affirme,  de  source 
sûre,  que  les  pertes  allemandes  devant  Verdun  attei- 
gnaient, à  la  fin  de  mai,  45o.ooo  hommes. 

Le  commandant  du  fort  de  Vaux,  Raynal,  est  pri- 
sonnier à  Mayence  ;  il  a  conservé  son  épée  et  ses  déco- 
rations. 

L'offensive  italienne  se  dessine  de  l'Adigek  laBrenta. 

Les  Russes  poursuivent  activement  leurs  avantages 
aux  deux  extrémités  de  leur  front,  dans  la  région  de 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  155 

Lutsk  et  au  nord  du  Dniester.  Les  Autrichiens  ont 
évacué  la  rive  orientale  de  la  Strypa.  Une  violente 
bataille  est  engagée  au  nord  de  Czernovitz.  Les  Autri- 
chiens disent  avoir  refoulé  les  Russes  à  l'est  de  Kolki 
et  repris  une  hauteur  au  nord  de  Tarnopol. 

Le  butin  russe  s'élève  actuellement  à  io5.ooo  prison- 
niers et  100  canons. 

Les  Turcs  attaquent  sans  succès  vers  Platina,  à 
20  kilomètres  à  l'ouest  de  Trébizonde. 

Prévenant  les  Bulgares,  les  Alliés  ont  occupé  Thasos. 

Trois  barques  anglaises,  chargées  de  munitions,  sont 
coulées  dans  le  Tigre  par  l'artillerie  turque. 

Des  avions  français  bombardent  le  fort  de  Rupel 
(Macédoine). 

A  la  suite  d'un  vote  défavorable  k  la  Chambre  ita- 
lienne, le  cabinet  Salandra — Sonnino  donne  sa  démis- 
sion. 

Un  conseil  de  guerre  des  Alliés,  auquel  assistent 
Joffre  et  Briand,  se  réunit  à  Londres. 

Au  Landtaa  de  Prusse,  on  retire  la  parole  au  socia- 
liste Strœbel  pour  avoir  dit  que  le  Gouvernement 
trompait  le  peuple  sur  la  situation  économique  et  mili- 
taire. 

Les  paris  pour  Wilson  sont  à  3  contre  i  ;  Roosevelt 
a  déclaré  qu'il  se  retirait  de  la  lutte  pour  la  prési- 
dence. 

Dimanche  11  juin.  —  Bombardement  intense 
d'Ypres. 

Les  Italiens  avancent  sur  toute  la  ligne. 

Violentes  attaques  allemandes  sur  le  front  de  Jacob- 
stadt,  au  sud  du  lac  Drisviaty  et  au  sud  de  Krevo  ;  elles 
sont  contenues  ou  repoussées. 

Les  Autrichiens  battent  précipitamment  en  retraite 
au  sud  de  Lutsk  sur  le  front  de  l'Ikva.  L'État-major 
autrichien  avoue  que,  devant  des  forces  très  supérieures, 
les  armées  ont  dû  «  rompre  le  contact  et  se  replier  ». 
On  admire  cet  euphémisme  nouveau. 

Bombes  d'avions  autrichiens  sur  Vicence,  Venise  et 
Mestre. 


156  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

L'agence  Wolff  prétend  que  les  rations  de  pain,  de 
viande  et  de  beurre  ont  été  augmentées  k  Berlin. 

Lundi  12  juin.  —  A  la  suite  de  violentes  attaques 
à  l'ouest  de  la  ferme  de  Thiaumont,  les  Allemands  ont 
pénétré  dans  quelques  éléments  sur  les  pentes  est  de  la 
cote  321  (i.5oo  mètres  au  nord  de  la  côte  de  Froide- 
Terre). 

Les  Italiens  ont  repris  d'assaut  la  ligne  Parmesan — 
Rio-Romini. 

Les  Allemands  de  Linsingen,  arrivés  au  secours  des 
Autrichiens,  ont  obligé  les  Russes  à  repasser  le  Styr. 

Un  individu,  probablement  de  la  police,  menace  le 
roi  de  Grèce  au  Stade,  ce  qui  donne  lieu  à  des  démons- 
trations antivénizélistes.  Des  manifestations  injurieuses 
pour  les  Alliés  ont  lieu  à  Athènes.  La  démobilisation, 
décidée  en  principe,  ne  se  fait  pas. 

On  remarque  qu'aucun  des  souverains  alliés  de  l'Al- 
lemagne n'a  félicité  Guillaume  II  de  sa  prétendue 
((  victoire  navale  ». 

On  parle  de  troubles  graves  à  Magdebourg. 

Le  Bundesrat  a  créé  des  cai^tes  d'étoffe  ;  les  étoffes 
existant  en  stock  sont  réquisitionnées. 

Dans  l'état  actuel  des  dépenses,  l'Allemagne  et  l'Au- 
triche, pour  payer  les  intérêts  de  leurs  dettes,  devront 
augmenter  leurs  budgets  de  6  milliards  5oo  millions  et 
de  5  milliards,  ce  qui  est  jugé  impossible  aux  Etats- 
Unis. 

Mardi  13  juin.  —  Les  Canadiens   ont  repris  les 
tranchées  perdues  au  sud-est  de  Zillebeke. 
Fejler  écrit  (Journal  de  Genève)  : 

«  Le  point  d'appui  de  Souville  commande  celui  de  Vaux  ;  ce 
dernier  n'a  de  valeur  qu'autant  que  le  terrain  peut  être  uti- 
lisé, et  il  ne  peut  l'être  que  lorsque  le  point  d'appui  de  Sou- 
ville aura  subi  le  sort  de  Vaux...  Autant  qu'on  peut  en 
juger  par  les  apparences,  la  bataille  de  Verdun  aura  été  une 
des  lourdes  fautes  de  l'Elat-major  impérial.  » 

Les  Russes  prennent  Zaleszyki  et  Sniatyn.  On  se  bat 


i 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  157 

avec  acharnement  au  nord  de  Buczacz  et  près  de  Gzer- 
novitz. 

Les  Anglais  entrent  à  Kerman  (Perse). 

Les  Arabes  s'emparent  de  La  Mecque. 

Un  convoi  de  navires  allemands  escortés  par  un  croi- 
seur et  trois  torpilleurs  est  attaqué  par  six  torpilleurs 
et  trois  sous-marins  russes  dans  la  Baltique  ;  les  Alle- 
mands perdent  deux  navires,  dont  le  croiseur. 

L'Allemagne  affirme  officiellement  que  le  Tubantia 
a  été  coulé  par  une  torpille  perdue,  lancée  le  6  mars 
contre  un  torpilleur  anglais  qu'elle  manqua. 

Un  avion  ennemi  bombarde  le  Sérapéum  et  le  canal 
de  Suez,  sans  causer  de  dégâts. 

On  signale  sur  le  front  italien  un  moine  aumônier  qui 
s'empresse  autour  des  mourants  et  passe  pour  invulnérable. 
Le  bruit  se  répand  que  c'est  saint  Antoine  de  Padoue  ressus- 
cité (Journal  de  Genève). 

Mercredi  14  juin.  —  Les  Italiens  progressent  à 
l'est  de  Monfalcone  et  au  sud  de  San-Antonio  (5io  pri- 
sonniers). 

Violent  bombardement  bulgare  vers  Kilindir.  La 
chaleur  est  excessive  en  Macédoine. 

Des  avions  autrichiens  survolent  Padoue  ;  peu  de 
dégâts. 

A  1 1  heures  du  soir,  l'heure  française  est  avancée 
de  60  minutes  (économie  d'éclairage). 

Ouverture  à  Paris  de  la  conférence  économique  des 
Alliés. 

Asquith,  parlant  en  Ecosse,  dit  que  le  concours  des 
forces  britanniques  a  été  offert  à  Jotl're. 

Des  orages  et  le  froid  ont  endommagé  les  récoltes  en 
Allemagne. 

Pour  la  première  fois  depuis  1870,  le  drapeau  ponti- 
fical flottera  sur  un  navire  —  le  vapeur  espagnol 
Nuncius,  transportant  à  Buenos-Ayres  le  nouvel  inter- 
nonce. 

Jeudi  15  juin.  —  Les  Français  enlèvent  i  kilo- 
mètre de  tranchées  sur  les  pentes  sud  du  Mort-Homme. 
Trois  violentes  attaques  allemandes  sont  repoussées. 


158  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

De  fortes  attaques  autrichiennes,  dirigées  sur  Sera- 
valle,  Coni-Zugna  et  le  plateau  d'Asiago,  sont  repous- 
sées. 

On  dit  que  60.000  Allemands  ont  quitté  la  Belgique 
pour  le  front  oriental,  où  se  portent  également  les  deux 
dernières  divisions  allemandes  de  Bulgarie. 

Sur  le  littoral,  les  Turcs  prennent  Serpul,  mais  en 
sont  délogés  aussitôt. 

L'Autriche  appelle  la  classe  de  1919. 

On  saisit,  en  Allemagne,  même  chez  les  particuliers, 
le  cacao  et  le  chocolat  dépassant  25  kilos. 

Les  prisonniers  allemands,  interrogés  par  les  Russes, 
appellent  les  Autrichiens  «  nos  misérables  alliés  ». 

Des  magasins  sont  mis  au  pillage  à  Kiel. 

A  cette  date,  un  mineur  de  Westphalie  écrit  à  un  ca- 
marade sur  le  front  que  la  pluie  a  gâté  les  récoltes  et  il 
ajoute  :  «  Je  crois  que  les  Anglais  ont  acheté  le  bon 
Dieu  avec  de  l'argent.  »  (Lettre  trouvée  sur  un  prison- 
nier, Temps  du  20  juillet.) 

Première  séance  secrète  de  la  Chambre  française. 

Dans  la  Nation  de  New- York,  S.  Reinach  dénonce  le 
danger  mortel  que  fait  courir  à  la  civilisation  la  science 
mise  au  service  de  l'esprit  de  destruction  sans  scrupule;  il 
demande  rorganisation  d'une  police  internationale,  aux 
ordres  de  la  Conférence  permanente  de  La  Haye,  qui  dispo-, 
serait  seule  des  moyens  de  destruction  les  plus  redoutables, 
dont  la  fabrication  serait  prohibée  ailleurs  et  dont  les  engins, 
actuellement  en  service,  devraient  être  Ii\Tés  à  La  Haye  par 
toutes  les  puissances.  Des  projets  analogues  ont  été  exposés 
en  1914,  avant  la  guerre,  par  Wells  (The  world  set  freé)  et 
récemment  par  Vandervelde,  à  Rouen  (28  mai). 

Vendredi  Î6  juin.  —  Les  Allemands  font  de  vains 
efforts  pour  reprendre  les  tranchées  perdues  au  sud  du 
Mort-Homme. 

On  publie  une  lettre  d'un  officier  allemand  d'où  il 
résulte  que  l'offensive  allemande  devait  avoir  lieu  plus 
au  nord  que  Verdun  et  que  l'insistance  du  Kronprinz  est 
seule  cause  que  des  masses  de  troupes  fraîches  ont  été 
amenées  contre  cette  place. 

Succès  italien  sur  le   plateau  des  Sept-Communes. 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  159 

Une  attaque  autrichienne  a  atteint  le  sommet  du  mont 
Lemerle,  mais  en  a  été  délogée. 

Contre-attaques  autrichiennes  sur  le  Styr.  Les  Russes 
occupent  Radzivilov.  Vifs  combats  sur  la  Strypa  et 
dans  les  faubourgs  de  Czernovitz.  Les  Russes  ont 
actuellement  167.000  prisonniers. 

Le  X^  corps  allemand  arrive  à  Vladimir-Volynski. 

Un  contre-torpilleur  anglais  est  coulé  dans  la  Manche 
par  un  navire  de  commerce  allant  au  Havre. 

Les  Anglais  bombardent  la  côte  près  d'Ostende. 

Deux  vapeurs  allemands  sont  coulés  dans  la  Baltique. 

Bombes  d'avions  sur  Bar-le-Duc  (4  tués). 

La  Reichspost  raille  le  discours  de  Vandervelde  à 
Rouen  :  c'est  pai-ce  que  la  science  allemande  s'est  mon- 
trée si  supérieure  à  celle  de  l'Entente  que  Vandervelde 
parle  d'enchaîner  la  science. 

La  nouvelle  base  navale  russe  de  Kilden,  sur  la  côte 
de  Murmane,  est  terminée;  le  port,  libre  de  glaces,  est 
relié  par  une  voie  ferrée  à  Murmane. 

Les  Mexicains  menacent  les  États-Unis  de  la  guerre. 

Samedi  11  juin.  —  De  fortes  attaques  allemandes 
sont  repoussées  sur  nos  nouvelles  positions  du  Mort- 
Homme,  le  nord  de  ïhiaumont  et  les  abords  de  la 
cote  320.  Lutte  d'artillerie  très  vive  au  nord  de  Souville. 

L'offensive  autrichienne  reprend  avec  violence  au 
sud-ouest  d'Asiago. 

Combats  sanglants  à  l'ouest  de  Lutsk  et  dans  la 
région  de  Buczacz.  Le  X^  corps  allemand,  arrivé  la 
veille,  attaque  les  Russes  à  Kiselin  et  est  repoussé. 

Les  Russes,  après  un  combat  acharné,  occupent 
Czernovitz. 

Nombreuses  contre-attaques  allemandes  sur  tout  le 
front  russe  ;  parmi  les  prisonniers,  on  a  reconnu  des 
Allemands  ramenés  du  front  français. 

Les  Russes  se  servent  de  gaz  asphyxiants.  Un  offi- 
cier autrichien,  dans  la  Gazette  de  Voss,  se  plaint  qu'on 
fasse  usage  «  d'une  arme  aussi  lâche  ». 

Jusqu'à  ce  jour,  les  Russes  ont  pris  173.000  hommes, 
iq8  canons  et  35o  mitrailleuses. 


160  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

La  famille  royale  de  Grèce  s'installe  k  Décélie 
(Tatoï). 

Un  haut  fonctionnaire  allemand  aurait  dit  :  «  Le  rôle 
de  la  Grèce  est  d'agacer  les  Alliés,  sans  se  déclarer  ou- 
vertement. »  (Journal  de  Genève.) 

Deux  bombes  d'avion  sur  Nogent^sur-Seine.  D'au- 
tres avions  bombardent  Pont-k-Mousson,  Nancy  et 
Baccarat. 

Sur  le  front  de  Verdun  et  en  Lorraine,  les  avions 
français  abattent  7  appareils  allemands.  4Des  bombes 
françaises  provoquent  deux  explosions  dans  les  usines 
de  Thionville. 

La  conférence  économique  des  Alliés  a  terminé  ses 
travaux  ;  le  délégué  belge  Brocqueville  en  a  résumé 
l'esprit  par  ces  mots  :  «  Défense,  oui  !  Guerre,  non  !  » 

Une  usine  de  saucisses  et  de  viandes  conservées  k 
Halberstadt  a  été  la  proie  des  flammes  ;  de  grands  stocks 
ont  été  détruits. 

Vendredi  et  samedi,  troubles  violents  k  Munich;  on 
remarque  que  des  soldats  y  prennent  part  {Journal  de 
Genève,  27  juin).  D'autres  manifestations  se  produi- 
sent à  Aix-la-Chapelle. 

Dimanche   i8  juin.   —  Elchecs    d'attaques    aile-     J 
mands  k  Lihons  et  au  nord    de   la    cote   821   devant 
Verdun. 

La  démobilisation  des  réservistes  athéniens  a  com- 
mencé. 

Bombardement,  par  des  avions  français,  de  la  gare  et 
des  casernes  de  Vouziers. 

Ministère  Boselli-Bissolati-Sonniao  k  Rome. 

Mort  de  Helmuth  de  Moltke  k  Berlin,  au  cours  d'un 
service  funèbre  en  mémoire  de  von  der  Goltz. 

Manifestations  tumultueuses  k  Dublin,  où  l'on  déploie 
le  drapeau  républicain  en  tête  d'un  cortèae. 

Ahmed  Riza  arrive  à  Lausanne  ;  il  est  nien  reçu  par 
la  colonie  arménienne,  parce  qu'il  a  pi'otesté  au  Sénat 
turc  contre  les  massacres  d'Arménie. 

Lundi  19  juin.  —  Trois  nouvelles  attaques  au  nord- 
ouest  de  Thiaumont  sont  repoussées. 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  161 

Les  Russes  progressent  de  3o  kilomètres  au  delà  de 
Czernovitz  ;  ils  passent  le  Pruth  et  marchent  vers  le 
Sereth.  Une  attaque  autrichienne,  au  sud-est  de  Loka- 
tori  (région  de  Rogoviczi),  enfonce  une  troupe  russe  et 
lui  prend  3  canons,  que  reprend  une  contre-attaque, 
avec  3oo  prisonniers.  Des  renforts  allemands  très 
nombreux,  venant  de  tous  les  fronts,  se  concentrent 
vers  Baranoviczi. 

Les  Russes  ont  176.000  prisonniers,  274  canons, 
43o  mitrailleuses  ;  les  pertes  autrichiennes  dépassent 
Soo.ooo  hommes.  L'artillerie  russe  paraît  supérieure  à 
celle  des  ennemis. 

Les  Etats-Unis  envoient  une  note  sévère  à  l'Autriche 
au  sujet  de  l'attaque  du  bateau-citerne  américain 
Petrolitè  par  un  sous-marin  qui  s'est  ravitaillé  k  ses 
dépens. 

Grrave  incendie  aux  docks  de  Marseille. 

La  presse  italienne  fait  bon  accueil  au  nouveau 
«  ministère  de  l'union  sacrée  ». 

On  dit  que  l'Allemagne  convoque  les  jeunes  gens  de 
dix-sept  ans. 

Le  professeur  Fœrster,  à  l'Université  de  Munich, 
s'explique  avec  franchise  devant  ses  étudiants,  donnant 
lecture  de  lettres  d'injures,  mais  aussi  d'adhésions  que 
lui  ont  envoyées  des  soldats  du  front.  Ses  réflexions 
l'ont  conduit  à  devenir  un  adversaire  radical  de  Bismarck 
et  de  Treitschke  ;  il  faut,  dit-il,  s'affranchir  de  leurs  tradi- 
tions pour  être  à  la  hauteur  des  tâches  de  demain 
{Journal  de  Genève,  26  juin), 

Garranza  adresse  une  sorte  d'ultimatum  aux  États- 
Unis  ;  Wilson  répond  que  les  r-jtats-Unis  ne  retireront 
leurs  troupes  que  lorsque  les  bandes  mexicaines  auront 
été  capturées  et  les  dommages  causés  par  elles  aux  ci- 
toyens américains  réparés.  Le  Gouvernement  demande 
à  la  commission  militaire  de  la  Ghambre  le  droit  d'em- 
ployer les  milices  en  dehors  du  territoire. 

Mardi  20  juin.  —  Échec  d'une  attaque  allemande 
au  sud  de  Berry-au-Bac. 

Combats  acharnés  sur  le   Styr  ;  l'aile   gauche  russe 

114.    CHRONOLOGIE    DE   LA    GUERRE  11 


162  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

traverse  le  Sereth.  Dans  la  nuit,  une  offensive  allemande 
au  sud  de  Smorgoni  est  repoussée. 

Le  général  Vechovitch,  ancien  ministre  de  la  Guerre, 
est  à  la  tête  d'une  insurrection  au  Monténégro.  Les 
Autrichiens  mettent  sa  tête  à  prix. 

Dans  la  nuit  du  20  au  21,  les  avions  français  jettent 
210  obus  sur  la  gare  d'Arnaville  et  276  sur  les  établis- 
sements militaires  de  la  gare  de  Metz. 

Un  aviateur  français,  parti  de  Nancy,  survole  Berlin, 
y  jette  des  liasses  de  proclamations  pour  apprendre  la 
vérité  aux  habitants  et  se  voit  forcé  d'atterrir  à  Cholm, 
après  avoir  parcouru  i.3oo  kilomètres;  il  est  prisonnier 
des  Autrichiens. 

L'Allemagne  fait  .savoir  à  la  Suisse  que  si  elle  ne  lui 
livre  pas  les  produits  achetés  pour  elle  en  Suisse  et 
séquestrés  en  vertu  d'une  ordonnance  sur  l'accapare- 
ment, elle  ne  lui  enverra  plus  les  produits  de  son  sol, 
notamment  le  charbon.  Le  charbon  allemand  ne  peut 
être  remplacé  en  Suisse  par  le  charbon  anglais,  qui 
coûterait  cinq  ou  six  fois  plus  cher.  Cette  menace  de 
l'Allemagne  constitue  un  chantage.  Il  s'agit  d'obliger  la 
Suisse  k  la  ravitailler.  Une  délégation  suisse  part  pour 
Paris  afin  de  chercher  une  solution  k  cet  incident. 

Le  mark  perd  aux  Etats-Unis  21^09,  le  franc  14^28. 

Les  nouvelles  des  récoltes  austro-allemandes  ne  sont 
pas  bonnes,  sauf  pour  les  fourrages. 

Gazette  de  Cologne  :  «  Nous  traversons  actuellement  la 
crise  intérieure  que  nos  ennemis  attendent  depuis  le  com- 
mencement de  la  guerre.  » 

Une  lettre  écrite  de  Berlin  k  un  soldat  du  front  se  ter- 
mine ainsi  :  «  Prends  patience,  nous  réglerons  cela  au 
dernier  jour;  l'Allemagne  connaîtra  aussi  sa  révolution.  » 
{Liberté,  4  août.) 

On  croit  k  New-York  qu'il  y  a  des  officiers  allemands 
dans  l'armée  mexicaine  et  cjue  des  munitions  sont  four- 
nies au  Mexique  par  des  maisons  allemandes  de  l'Amé- 
rique du  Sud. 

Un  réserviste  d'un  régiment  d'infanterie,  disparu 
depuis  août  1914»  est  revenu  k  Eymoutiers,  son  pays, 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  163 

amputé  d'une  jambe.  Il  déclare  qu'il  n'a  jamais  pu 
donner  de  ses  nouvelles  et  qu'un  grand  nombre  de  pri- 
sonniers (malgré  les  affirmations  contraires  de  l'Alle- 
magne)  se  trouvent  dans  le  même  cas  (Temps  du  21). 

Mercredi  21  juin.  —  Encore  deux  assauts  alle- 
mands à  l'ouest  et  au  sud  du  fort  de  Vaux  et  un  sur  les 
tranchées  sud  du  Mort-Homme. 

Le  correspondant  de  la  Gazette  de  Voss  rend  hom- 
mage au  moral  des  troupes  françaises,  d'après  les  lettres 
trouvées  sur  les  prisonniers  faits  devant  Verdun. 

Bataille  sur  le  front  de  Dvinsk,  sur  le  canal  Oginsky 
et  près  de  Radzivilov.  Près  de  Kiselin,  le  X=  corps 
allemand  est  retiré  du  combat  ;  il  a  perdu  les  trois  quarts 
de  ses  officiers  et  plus  de  la  moitié  de  ses  elïectifs.  De 
la  20'  division  de  Brunswick  (division  d'acierj,  il  reste 
4oo  hommes  seulement. 

Les  Russes  occupent  la  ligne  du  Sereth  sur  33  kilo- 
mètres et  prennent  Radautz. 

Les  Puissances  protectrices  de  la  Grèce  remettent 
une  note  à  Athènes  demandant  immédiatement  ;  la 
démobilisation  effective  de  l'armée  ;  un  changement  de 
cabinet;  la  dissolution  de  la  Chambre  et  de  nouvelles 
élections  ;  la  destitution  des  fonctionnaires  de  la  police 
dont  les  Puissances  protectrices  ont  eu  à  se  plaindre. 
Une  escadre  alliée  croise  devant  le  Pirée.  La  Grèce  cède  ; 
Skouloudis  démissionne  et  Zaïmis  forme  un  cabinet. 

Un  sous-marin  allemand  arrive  à  Carthagène,  soi- 
disant  pour  remettre  une  lettre  de  Guillaume  II  au  roi 
d'Espagne  et  des  médicaments  pour  les  réfugiés  alle- 
mands. C'est  VU.  35,  qui  a  torpillé  la  Provence.  Il 
repart  le  22  au  matin,  échappe  à  la  surveillance  des 
croiseurs  de  l'Entente  et  continue  ses  méfaits  en  Médi- 
terranée. 

En  représailles  des  bombardements  aériens  de  Bar-le- 
Duc  et  de  Lunéville,  des  avions  français  jettent  des 
bombes  sur  Trêves,  Carlsruhe  etMùllheim.  À  CarIsruhe 
il  y  a  267  victimes,  dont  iio  morts.  Aux  protestations 
indignées  de  l'Allemagne  les  neutres  répondent  qu'elle 


164  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

a  commencé  ces  raids  quand  elle  a  envoyé,  en  août 
1914,  des  taabes  sur  Paris. 

Hughes,  président  du  Conseil  d'Australie,  fait  un  dis- 
cours au  Mansion  House  à  Londres  sur  les  relations 
commerciales  de  l'Empire  britannique  avec  les  Empires 
du  Centre.  Il  ne  peut  plus  être  question,  avec  ces  pays, 
de  relations  amicales  ;  les  résolutions  de  la  Conférence 
de  Paris  devront  être  strictement  appliquées. 

Jeudi  22  juin.  —  Des  attaques  allemandes  sont 
repoussées  entre  Maisons-en-Ghampagne  et  le  Mont 
Têtu. 

Formidables  attaques  allemandes,  avec  grand  emploi 
d'obus  lacrymogènes,  sur  les  deux  rives  de  la  Meuse. 
Les  Allemands  gagnent  un  peu  de  terrain  entre  le  bois 
de  Fumin  et  le  bois  du  Cliénois.  Une  contre-attaque 
nous  rend  quelques  tranchées  perdues. 

Progrès  italiens  dans  le  val  d'Arsa  ;  les  Autrichiens 
sont  sur  la  défensive. 

Les  Russes  passent  la  Moldava,  au  sud  de  Gzerno- 
vitz. 

On  remarque  que,  parmi  les  captures  russes,  il  y  a 
moins  d'un  officier  pour  5o  soldats. 

La  famine  règne  à  Vai'sovie,  où  l'on  mange  des 
chiens.  Les  Allemands  interdisent  tout  arrivage  d'ali- 
ments pour  obliger  les  Polonais  à  accepter  du  travail  en 
Allemagne. 

Le  chériff  de  La  Mecque  a  proclamé  l'indépendance 
des  Arabes;  le  soulèvement  a  commencé  le  2  juin.  Les 
Arabes  ont  pris  La  Mecque,  Djedda  et  Taïf,  capturant 
les  garnisons  turques;  Médine  est  assiégée. 

Après  sept  jours  de  huis  clos  à  la  Chambre,  le  cabinet 
Briand  obtient  444  voix  contre  80,  sur  624  votants.  La 
Chambre  décide  de  former  une  délégation  directe  qui, 
avec  le  concours  du  Gouvei'nement,  contrôlera  sur 
place  les  services  qui  ont  mission  de  pourvoir  aux 
besoins  de  l'armée. 

L'ambassadeur  italien  Tittoni,  dans  un  discours  à  la 
Sorbonne,  dit  qu'il  ne  faut  pas  chercher  la  cause  de  la 
guerre  ailleurs  que  dans  l'agression  de  l'Autriche  contre 


CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  165 

la  Serbie;  il  ajoute  que  les  précédents  de  la  question 
serbe  sont  trop  négligés  par  les  historiens. 

«  Sur  la  carte  de  guerre  que  le  Chancelier  prétend  imposer 
au  monde,  nous  lisons,  nous  Alliés,  très  clairement  déjà,  la 
carte  de  la  paix  de  1917,  qui  remettra  l'Allemagne  dans  les 
limites  qu'elle  n'aurait  pas  dû  dépasser  et  qui  vengera  les 
deuils  et  les  ruines  sur  les  dynasties  responsables.  »  (Général 
de  Malleterre,  Temps.) 

Vendredi  23  juin.  —  Les  Allemands  commencent 
à  attaquer  la  ligne  principale  des  défenses  de  Verdun 
sur  la  rive  droite  de  la  Meuse  :  Thiaumont,  Fleury, 
Souville,  Tavannes.  Ils  enlèvent  Thiaumont  et  parvien- 
nent jusqu'à  Fleury,  occupant  aussi  les  trancnées  de 
première  ligne  entre  les  cotes  821  et  820.  Pendant  la 
nuit,  les  Allemands  ont  été  refoulés  jusque  sous  Thiau- 
mont. 

Les  Russes  prennent  Kimpolung  ;  les  Autrichiens 
évacuent  Kouty.  Jusqu'à  ce  jour  les  Russes  ont  pris 
igS.ooo  soldats,  4-ooo  officiers,  289  canons,  644  mi- 
trailleuses. 

On  croit  que  la  destruction  de  la  pyrotechnie  de 
Bucharest  est  due  à  une  conspiration  ayant  pour  chef 
le  ministre  de  Bulgarie  à  Bucharest,  qui  est  parti  en 
congé. 

Le  croiseur  auxiliaire  italien  Cité  de  Messine  est 
coulé  dans  le  canal  d'Otrante.  Le  contre-torpilleur 
français  Fourche,  qui  l'escortait,  attaque  le  sous-marin 
et  est  coulé  à  son  tour. 

Avions  autrichiens  sur  Venise  ;  6  victimes. 

Samedi  24  juin.  —  Les  Anglais  envoient  des 
nuages  de  gaz  contre  le  front  allemand  au  nord 
d'Albert. 

Le  matin,  les  Allemands  occupent  quelques  maisons 
de  Fleury,  à  5  kilomètres  de  Verdun. 

Les  Russes  sont  arrêtés  en  Volhynie,  mais  tiennent 
tête  aux  attaques  allemandes. 

Bucharest  manifeste   contre  le    parti  germanophile. 

Le  roi  de  Grèce  a  signé  un  décret  ordonnant  la  démo- 
bilisation générale  sur  terre  et  sur  mer. 


166  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Succès  anglais  sur  la  rivière  Lukigura  (Est  afincain 
allemand). 

A  Leipzig,  la  foule  pille  800  boutiques,  boulangeries 
et  boucheries;  des  soldats  tchèques  tirent  sur  les  émeu- 
tiers.  D'autres  pillages  se  produisent  à  Nuremberg. 

La  Hollande  fournit  2.000  chevaux  à  l'Allemagne. 

La  Volkszeitung  de  Leipzig  dit  que  les  résolutions 
de  la  Conférence  de  Paris  sont  une  nouvelle  provocation 
à  une  guerre  à  mort. 

Maximilien  Harden  écrit  dans  la  Zakanft  : 

«  Qui  est  vaincu?  Est-ce  l'Angleterre?  Est-ce  la  France  qui, 
depuis  1914,  conserve  ses  positions  essentielles?  Les  Alle- 
mands qui  ne  veulent  pas  s'illusionner  peuvent-ils  considérer 
les  Russes  comme  battus,  au  lendemain  de  leurs  grands 
succès  d'Arménie  et  de  Galicie  ?  En  nourrissant  le  peuple  de 
la  superstition  dans  nos  victoires,  on  affaiblit  la  force  offen- 
sive et  défensive  dont  nous  aurions  encore  besoin...  Nos 
ennemis  écoutent  à  droite  et  à  gauche;  ils  n'arrivent  jamais 
à  percevoir  la  vraie  voix  du  peuple  allemand,  mais  seule- 
ment la  voix  de  quelques  agités  qui  crient  très  fort  derrière 
le  berger.  Si  nos  ennemis  entendaient  jamais  ce  que  désire 
non  pas  Pierre  et  Paul,  mais  le  peuple  allemand,  nous 
serions  plus  près  de  la  paix.  » 

Dimanche  25  juin.  — Des  troupes  anglaises  en  re- 
connaissance pénètrent  sur  dix  points  du  front  alle- 
mand. L'artillerie  est  très  active  de  part  et  d'autre.  On 
parle  de  singulières  lueurs  bleues  aperçues  d'Amiens 
dimanche  soir  vers  le  nord-est  (Temps  du  29,  avec  cou- 
pures) ;  ce  sont  des  fusées  qui  détruisent  des  ballons 
captifs  allemands. 

Une  attaque  allemande  à  l'ouest  de  Thiaumont  est 
repoussée.  On  se  bat  dans  le  village  de  Fleury.  Les 
Allemands  bombardent  avec  intensité  la  côte  de  Froide- 
Terre. 

Les  Autrichiens  commencent  leur  repli  dans  le 
Trentin,  poursuivis  par  les  Italiens  qui  sont  rentrés  à 
Asiago.  Les  Italiens  reprennent  pied  sur  le  plateau  des 
Sept-Communes  et  dépassent  Matassone,  à  2  kilomètres 
nord-est  de  Gogni-Zugna. 

Les  cosaques  ont  passé  le  Dniester  dans  la  direction 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  167 

de  Buczacz  et  sont  à  3o  kilomètres  de  Kolomea.  Les 
Russes  sont  maîtres  de  la  Bukovine.  Un  régiment 
tchèque  et  un  régiment  hongrois  se  sont  rendus.  Les 
Autrichiens  se  retirent  entre  Kimpolung  et  Jacobeni. 

On  assure  que  Djemal  marche  vers  La  Mecque  ;  l'A- 
rabie est  en  armes  contre  les  Turcs. 

Des  torpilleurs  italiens  échangent  des  obus  avec  la 
ville  de  Pirano  (pointe  est  du  golfe  de  Trieste).  Les  Ita- 
liens coulent  deux  grands  vapeurs  chargés  d'armes  en 
rade  de  Durazzo. 

Le  socialiste  Hermann  Mûller,  adhérent  de  Lieb- 
knecht,  est  élu  à  Breslau. 

Wilson  envoie  une  note  à  Garranza,  exigeant  le 
désaveu  de  toute  responsabilité  dans  le  massacre  |des 
troupes  américaines  à  Garrizal.  Il  demande  la  mise  en 
liberté  immédiate  des  22  prisonniers. 

Le  colonel  Feyler  écrit  que  «  la  stratégie  allemande 
n'a  été  qu'apparence  et  façade  ». 

La  presse  française,  préoccupée  de  la  situation  de 
Verdun,  s'étonne  que  le  reste  du  front  paraisse  inactif. 

Lundi  26  juin.  —  Action  d'artillerie  très  vive  sur 
le  front  anglais  de  La  Bassée  à  la  Somme. 

Depuis  le  24  septembre  i9i4)  Reims  a  reçu  plus  de 
82.000  obus. 

Le  communiqué  autrichien  dit  :  c(  Pour  nous  assurer 
notre  entière  liberté  de  mouvements,  notre  front  a  été, 
par  places,  ramené  entre  le  Brentaet  l'Adige.  Cela  s'est 
fait  sans  être  remarqué,  sans  gêne  et  sans  pertes.  » 

Rome,  Venise  et  Milan  pavoisent  à  J'annonce  de  la 
retraite  autrichienne. 

La  Roumanie  rappelle  six  classes  pour  le  i^"'  juillet. 

Depuis  quatre  mois,  les  Turcs  massacrent  sans  re- 
lâche les  chrétiens  du  Liban  (Temps  du  27). 

Les  Arabes  ont  pris  Djeddah  et  se  sont  emparés  d'une 
batterie  d'artillerie,  de  mitrailleuses  et  de  fusils.  La 
voie  du  chemin  de  fer  du  Hedjaz  a  été  détruite. 

Briand  rentre  à  Paris,  ayant  passé  deux  jours  sur  le 
front  anglais. 


168  CHRONOLOGIE    DE    LA.   GUERRE 

Le  procès  de  Roger  Gasement  commence  à  Londres. 
55.000  ouvriers  se  sont  mis  en  grève  en  Allemagne. 

Mardi  27  juin.  —  Les  Allemands  ont  déjà  beau- 
coup souffert  du  bombardement  continuel  de  leurs 
lignes  par  les  Anglais  et  de  leurs  attaques  sur  le  front 
d'Ypres.  Les  prisonniers  disent  que  la  Belgique  sera 
le  tombeau  des  Allemands  (Uns  aller  Grab). 

Vifs  combats  k  Fleury  et  aux  abords  de  Thiaumont. 

Les  Italiens  sont  maîtres  de  Posina  et  d'Arsiero. 

Dans  la  nuit,  forte  attaque  allemande  au  sud-est  de 
Riga,  refoulée  par  les  réserves  russes. 

Il  pleut  depuis  quinze  jours  en  Pologne  et  les  routes 
sont  devenues  des  rivières  de  boue,  ce  qui  retarde  l'a- 
vance des  Russes. 

La  bataille  continue  dans  le  cercle  de  Lutsk.  Les 
Russes  reçoivent  des  renforts. 

Quelques  centaines  de  hussards  autrichiens  pénètrent 
en  Roumanie  et  y  sont  internés. 

Le  Gouvernement  hongrois  ordonne  de  rentrer  les 
moissons  avant  complète  maturité,  par  crainte  d'une 
invasion  russe. 

L'agence  Wolff  oppose  un  démenti  k  l'assertion  d'un 
communiqué  russe,  suivant  laquelle  les  Allemands  se 
serviraient  de  balles  explosives. 

Les  Italiens,  partis  de  Valona,  occupent  Bérat. 

Trois  avions-canons  français  bombardent  des  bateaux 
allemands  sur  la  côte  belge. 

Pertes  prussiennes  avouées  :  2.740.000  hommes. 

Vingt-cinq  mille  personnes  manifestent  k  Berlin  en 
faveur  de  Liebknecht. 

Sazonov  dit  k  un  rédacteur  du  Rousskoie  Slovo  : 

«  La  mobilisation  russe  intervint  seulement  après  la  mobi- 
lisation autrichienne  et  après  la  mobilisation  d'une  partie 
considérable  de  l'armée  allemande.  L'annonce  prématurée 
de  cette  mobilisation  à  la  population  allemande  par  le 
Lokal-Anzeiger  est  un  fait  indéniable.  Toute  l'Europe  a  la 
ferme  assurance  que  l'ultimatum  à  la  Serbie  fut  rédigé  sous 
l'influence  directe  d'un  des  principaux  diplomates  de  l'Alle- 
magne (Tchirsky),  qu'il  fut  soumis  à  l'approbation  de  l'Em- 
pereur en  dehors  du  chef  de  la  politique  allemande  et  que 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  169 

M.  de  Bethmann-Hollweg  n'était  pas  maître  dans  sa  propre 
maison...  La  guerre  actuelle  est  due  exclusivement  au  cancer 
du  pangermanisme  qui  ronge  l'Allemagne  depuis  vingt  ans. 
Avant  que  tous  les  voisins  de  rAUcmagne  soient  sûrs  que  le 
pangermanisme,  dont  le  militarisme  prussien  est  l'arme  prin- 
cipale, ait  cessé  d'être  un  danger  mondial,  aucune  paix  n'est 
possible  entre  les  Alliés  et  l'Allemagne.  » 

Rousset,  Liberté  :  a  L'unité  de  front  commence  à  se  réa- 
liser aux  dépens  de  l'entreprise  tudesque  et  un  seul  front, 
celui  de  Salonique,  demeure  encore  silencieux.  » 

Le  Temps  (du  28)  publie  une  lettre  de  Buenos-Ayres  attes- 
tant qu'en  Argentine  comme  ailleurs  le  parti  clérical  et  les 
jésuites  sont  germanophiles  à  outrance. 

Mercredi  28  juin.  —  Les  Anglais  détruisent 
méthodiquement  les  premières  et  deuxièmes  tranchées 
allemandes,  complétant  l'action  de  la  grosse  artillerie 
par  celle  des  gaz.  Les  Allemands  prétendent  à  tort 
que  les  gaz  anglais  sont  inopérants. 

En  Garnie,  les  Italiens  prennent  d'assaut  le  Zellen- 
kofel. 

Il  est  avéï'é  que  les  Allemands  ont  dégarni  leur  front 
Riga — Dvinsk  et  que  les  attaques  de  Hindenburg  ont 
pour  objet  de  dissimuler  sa  faiblesse. 

Les  Allemands  passent  le  Niémen  au  nord-est  de 
Novogroudok  et  s'emparent  d'un  bois  au  sud  de 
Baranoviczl. 

Bataille  violente  entx-e  Dniester  et  Pruth  ;  les  Russes 
font  11.000  prisonniers. 

La  Garde  prussienne  est  à  Kovel. 

Les  Russes  repoussent  une  violente  attaque  turque 
vers  Gumush — Hané  (à  5o  kilomètres  au  sud  de  Trébi- 
zonde). 

Les  réservistes  grecs  libérés,  poussés  par  leurs  offi- 
ciers, se  livrent,  sur  plusieurs  points  de  la  Grèce,  à  des 
manifestations  violentes  contre  Venizelos,  qu'ils  quali- 
fient de  traître  à  la  patrie  et  de  vendu  à  l'étranger. 

Les  agents  allemands  fomentent  des  grèves  en  Rou- 
manie ;  celle  de  Galatz  a  fait  couler  du  sang. 

On  annonce  aux  Communes  que  la  France  et  la 
Grande-Bretagne  ont  décidé  d'abroger  la  déclaration  de 
Londres  (1909). 


170  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Le  ministère  Boselli  a  été  acclamé  à  Montecitorio  ; 
on  a  crié  aussi  Vive  Salandra  !  et  Vive  Cadorna! 

Liebknecht  a  été  condamné,  par  le  conseil  de  guerre 
de  Berlin,  à  trente  mois  de  travaux  forcés  et  k  l'exclu- 
sion de  l'armée.  Une  manifestation  à  Berlin  a  donné 
lieu  à  vingt  arrestations. 

On  dit  à  Washington  que  l'agent  allemand  von  Rin- 
telen  a  dépensé  260  raillions  pour  la  propagande  germa- 
nique au  Mexique. 

Le  Journal  de  Genève  approuve  Henri  Hauser  d'avoir 
défini  le  principe  des  nationalités  «  une  fausse  idée  claire  » 
et  ajoute  :  «  Dire,  comme  on  le  fait  à  cette  heure  dans  les  ha- 
rangues politiques  de  tous  les  Parlements,  qu'on  va  recons- 
tituer l'Europe  suivant  le  principe  des  nationalités,  c'est 
affirmer  une  chose  contraire  à  la  science,  à  l'histoire,  au 
simple  bon  sens...  Nous  ne  voulons  connaître  qu'un  droit 
des  nationalités  fondé  sur  la  volonté  des  individus.  » 

Jeudi  29  juin.  —  Le  bombardement  anglais  aug- 
mente d'intensité  depuis  Ypres  jusqu'à  la  Somme. 
Beaucoup  de  ballons  d'observation  allemands  sont  dé- 
truits. 

Le  Journal  de  Genève  estime  les  forces  anglaises  en 
France  à  1.200.000  fusils;  le  colonel  Feyler,  qui  lésa 
visitées,  écrit  :  «  Le  spectacle  offert  par  l'équipement 
de  l'armée  britannique  dépasse  tout  ce  qu'on  peut  ima- 
giner :  c'est  iiTéprochable.  » 

Un  coup  de  main  français  vers  Tahure  et  à  l'ouest  de 
la  butte  du  Mesnil  nous  met  on  possession  de  quelques 
tranchées. 

Dans  la  soirée  et  pendant  la  nuit,  très  vives  attaques  des 
Allemands  devant  Verdun,  avec  projection  de  liquides 
enllammés  ;  à  l'est  de  la  cote  3o4,  ils  prennent  un  ou- 
vrage fortifié  de  notre  première  ligne,  mais  en  sont 
chassés  le  matin  par  une  contre-attaque. 

L'ofTensive  italienne  se  ralentit  devant  la  seconde 
ligne  des  défenses  autrichiennes  ;  mais  les  Italiens 
reprennent  leurs  opérations  sur  le  Carso. 

Violentes  attaques  autrichiennes,  avec  gaz  asphy- 
xiants, dans  la  zone  de  San  Michèle.  Les  Autrichiens 
avaient    formé    des    détachements  munis   de   massues 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  171 

armées  de  clous  pour  assommer  les  soldats  italiens 
asphyxiés.  Surexcités  par  celte  nouvelle  infamie,  les 
Italiens  reviennent  k  la  charge  et  repoussent  l'ennemi. 

On  calcule  que  les  Italiens  ont  repris  les  deux  tiers 
du  terrain  gagné  par  l'offensive  autrichienne. 

Quelques  critiques  militaires  de  Londres  croient  à 
une  offensive  de  Hindenburg,  appuyée  par  la  flotte 
allemande  qui  serait  à  Danzig. 

Du  4  au  29  juin,  les  Russes  ont  pris  212.000  Autri- 
chiens. 

Le  colonel  grec  Gravanis  s'engage  dans  l'armée 
française. 

L'Adeveral  proteste  contre  la  permission  donnée  par 
le  Gouvernement  roumain  d'exporter  des  pâtes  alimen- 
taires, du  pétrole,  de  l'alcool  et  du  bronze.  La  disette 
de  blé  se  fait  sentir  en  Roumanie,  par  suite  de  ventes 
excessives  aux  Empires  centraux. 

Deux  torpilleurs  russes  s'emparent  d'un  grand  vapeur 
allemand  allant  k  Stettin  avec  une  cargaison  de  gou- 
dron. D'autres  détruisent  54  voiliers  turcs  sur  les  côtes 
d'Anatolie. 

Bombes  autrichiennes  sur  Brescia  et  Bassano  ; 
bombes  allemandes  sur  Lutsk. 

Aux  protestations  de  l'Allemagne  contre  le  bombarde- 
ment de  Garlsruhe,  on  répond  que  du  3  février  au 
19  mai  191 6  les  Français  se  sont  abstenus  de  tout 
bombardement  de  ville  en  arrière  du  front  ennemi, 
alors  que  les  Allemands  ont  bombardé  Béthune  six  fois, 
Amiens  six  fois,  Gérardmer  cinq  fois,  Lunéville  neuf 
fois,  etc. 

Suivant  le  Times,  un  traité  secret  va  lier  l'Allemagne 
et  l'Autriche-Hongrie  pour  vingt-cinq  ans;  l'Autriche 
accepterait  la  tutelle  diplomatique,  militaire  et  écono- 
mique de  l'Empire  allemand,  d'où  un  nouveau  et  redou- 
table péril  pour  l'Europe. 

Le  Tagbiatt  de  Berlin  est  suspendu  pour  avoir  relaté 
les  manifestations  (qui  continuent)  en  faveur  de  Lieb- 
knecht. 

Casement  est  condamné  k  être  pendu. 

Le   Mexique,  sur  la  sommation   des   Etats-Unis,  a 


172  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

remis   en   liberté    les   Américains    faits   prisonniers    à 
Garrizal. 

Vendredi  30  juin.  —  Entre  Neuve-Chapelle  et  La 
Bassée,  une  reconnaissance  anglaise  a  pu  atteindre  la 
ligne  de  soutien  allemande. 

Vers  10  heures  du  matin,  les  Français  enlèvent 
Thiaumont,  le  perdent  à  3  heures,  le  reprennent  à 
4*"  3o  et  le  perdent  encore  une  fois  dans  la  soirée. 
Bombardement  intense  du  bois  Fumin  et  du  Chénois. 
Des  attaques  allemandes  sont  repoussées  k  l'est  et  à 
l'ouest  de  la  cote  3o4. 

Les  Italiens  occupent  tout  le  Monte  Majo. 

On  dit  à  Rome  que  les  Autrichiens  ont  perdu 
160.000  hommes  dans  le  Trentin. 

L'offensive  autrichienne  au  nord-ouest  de  Kimpolung 
est  brisée.  Les  Russes  prennent  Kolomea. 

Jusqu'au  3o  juin,  les  Russes  ont  fait  217.000  prison- 
niers. 

Un  ordre  du  jour  du  ministre  de  la  Guerre  grec 
interdit  aux  militaires  toutes  manifestations  politiques. 
Cela  n'empêche  pas  les  ligues  de  mobilisables  d'en- 
voyer des  télégrammes  de  dévouement  au  Roi,  et  des 
ligues  de  mobilisables  vénizélistes  de  donner  leur 
adhésion  à  Venizelos. 

Sur  les  observations  de  l'Entente,  le  Gouvernement 
grec  a  promis  de  hâter  la  démobilisation,  qui  sera 
terminée  fin  juillet. 

Dans  la  Baltique,  combat  entre  escadrilles  russes  et 
allemandes. 

Au  cours  du  mois  de  juin,  l'Entente  a  perdu  61  na- 
vires, jaugeant  61.000  tonnes. 

Pendant  le  mois  de  juin,  les  aviateurs  alliés  ont 
perdu  dans  l'ouest  22  appareils,  les  Allemands  28. 

Nouvel  incendie  suspect  à  Marseille,  non  loin  des 
dépôts  d'alcool  et  de  pétrole. 

Pertes  allemandes  avouées  :  3.o3i.ooo  hommes, 
marine  comprise,  dont  766.000  tués,  874.000  disparus. 

Le  plus  grand  des   égyptologues,  Gaston  Maspéro, 


CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE  173 

meurt  d'apoplexie  à  la  fin  de  la  séance  de  l'Académie 
des  Inscriptions. 

Paul  Fournier,  dans  la  même  séaace,  a  commenté  une 
décision  du  deuxième  Concile  de  Latran,  tenu  en  i  iSg  sous  la 
présidence  du  pape  Innocent  II.  Le  Concile  prohibe  l'usage, 
dans  les  guerres  entre  chrétiens,  de  l'arc  et  de  l'arbalète, 
considérés  comme  des  engins  trop  meurtriers.  «  Cette  déci- 
sion fut  insérée  au  siècle  suivant  dans  le  recueil  officiel  des 
Décrétales.  Elle  fait  partie  d'une  série  de  mesures  prises  par 
l'Eglise  pour  atténuer  les  maux  de  la  guerre  {Trêve  de  Dieu). 
«  Alors  prit  naissance  un  courant  qui  reparut  à  l'époque 
moderne  et  trouva  son  expression  dernière  dans  les  conven- 
tions diplomatiques  méconnues  et  violées  par  nos  adversaires 
d'aujourd'hui.  » 

[On  se  demande  si  le  Vatican  ne  voudra  pas  se  montrer 
fidèle  à  la  tradition  de  l'Eglise  en  préconisant  de  son  côté  les 
mesures  de  salut  mondial  suggérées  par  Vandervelde  et 
d'autres  (Voir  plus  haut,  28  mai  et  i5  juin).] 


NANCY,    IMPI'.IMEHIK    BERCKIl-LE  VRA  ULT   —    SEPTEMBRE     lyl 


Chronologie 

de   la    Guerre 

(1-  JUILLET=3I  DÉCEMBRE  1916) 


Il  a  été  tiré  de  ce  volume  cinquante-cinq  exem- 
plaires numérotés,  dont  : 

5  sur  papier  du  Japon  (N°^  i  à  5); 
5o  sur  papier  de  Hollande  (A'°*  6  à  55). 


Copyright  by  Berger-Levrault  1917 


PAGES  D'HISTOIRE  —  1914-1917 


'  SiiniE  a,  5 

s.   R. 

MEMBRE   DE   PLUSIEURS  SOCIÉTÉS  SAVANTES 


CHRONOLOGIE 

DE  LA  GUERRE 

CINQUIÈME    VOLUME 

(1"  JUILLET  ^31   DÉCEMBRE  1916) 


Saccessa  crescat  honestum  I 
(LucAiN,  IX,  571.) 


BRAiRiE  Militaire  Berger-Levrault 

PARIS  j  NANCY 

5-7,    RUE    DES    BRAUX-ARTS  \  RUE     DES     GLACIS,     l8 

1917 


Chronologie 

de  la  Guerre 

(^  JUlLLET-3!  DÉCEMBRE  1916) 


JUILLET    1916 


Samedi  1"  juillet.  —  Offensive  franco-anglaise 
sur  la  Somme  (front  de  4o  kilomètres).  Les  Français 
prennent  Dampierre  et  Curlu,  gagnant  4  kilomètres 
vers  Péronne.   Ils  ont  3.5oo    prisonniers,   les    Anglais 

2.000. 

A  10  hem*es  du  matin,  les  Français  reprennent 
Thiaumont. 

A  Salonique,  des  officiers  grecs  frappent  et  blessent 
le  directeur  du  /îaof/ca/ (vénizéliste)  et  lacèrent  un  por- 
trait de  Venizelos. 

Progrès  austro-allemands  au  nord-ouest  deTarnopol. 
Les  Russes  avancent  à  l'ouest  de  Kolomea. 

Une  offensive  turque  se  dessine  vers  Kerind. 

La  réponse  mexicaine  à  la  note  de  Lansing  est  un 
acte  d'accusation  assez  injurieux  contre  des  Etats- 
Unis. 

Le  capitaine  Tauscher,  accusé  de  complicité  dans  la 
tentative  de  destruction  du  canal  de  Welland,  est  ac- 
quitté à  New-York. 


b  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Un  aviateur  anglais,  descendant  à  3oo  mètres,  a  fait 
flamber  un  train  entier  entre  Douai  et  Cambrai. 

Pendant  le  mois  de  juin,  les  pertes  navales  se  sont 
élevées  à  60  unités  (io3.ooo  tonnes);  5i  navires  ont  été 
coulés  par  des  sous-marins.  L'Entente  a  perdu  49  na- 
vires (81.600  tonnes);  c'est  l'Italie  qui  a  le  plus  souf- 
fert. 

La  solde  et  les  rations  des  soldats  allemands  en  Bel- 
gique sont  réduites  ;  on  ne  donne  plus  de  graisse  et 
seulement  260  grammes  de  pain  par  jour. 

La  réclamation  la  plus  importante  de  l'Allemagne, 
dans  son  différend  avec  la  Suisse,  porte  sur  i5.ooo 
balles  de  coton  dont  la  Suisse  prohibe  la  sortie  (Temps 
du  3). 

Moraht  écrit  (Berliner  Tageblatt)  :  a  Si  les  Anglais 
se  décident  vraiment  k  tenter  la  grande  offensive  straté- 
gique, on  peut  prédire  avec  certitude  la  fin  de  l'armée 
continentale  de  l'Angleterre.  » 

D'après  une  statistique  officielle,  753  communes 
françaises  ont  souffert  de  l'invasion  ;  17.000  maisons 
ont  été  détruites,  26.000  endommagées  (lô.ooo  dans  la 
Marne,  i3.5oo  dans  le  Pas-de-Calais);  2.554 communes 
sont  encore  occupées  par  l'ennemi. 

Dimanche  2  juillet.  —  Les  Français  enlèvent 
un  terrain  fortifié  à  l'est  de  Curlu.  Au  nord  de  la 
Somme,  ils  pénètrent  dans  la  seconde  position  alle- 
mande ;  Frise  et  Herbécourt  sont  pris.  Les  Anglais 
prennent  Fricourt.  Le  i*^""  et  le  2,  les  Alliés  ont  fait 
8.5oo  prisonniers.  Le  communiqué  allemand  reconnaît 
que,  de  Gommécourt  à  La  Boisselle,  l'attaque  ennemie 
à  obtenu  quelques  avantages  importants.  ^ 

Obus  allemands  sur  Nancy  et  Belfort  ;  bombes  d'à-  | 
vions  sur  Lunéville.  ; 

Onze  des  officiers  grecs  qui  ont  saccagé  le  Radical 
à  Salonique  ont  été  arrêtés  par  les  autorités  françaises. 

Succès  russe  au  sud-ouest  de  Lutsk  (8.000  prison- 
niers). 

Les  Belges  refoulent  les  Allemands,  dans  l'Est  afri-  | 
cain,  vers  la  Rhodésie  et  le  Mozambique.  j 


JUILLET    1916  7 

Un  sous-marin  russe  détruit  un  grand  voilier  turc 
près  du  Bosphore. 

On  affirme  que  l'artillerie  lourde  anglaise  de  2G0  et 
de  3oo  est  supérieure  aux  pièces  allemandes  de  môme 
type. 

Les  Dernières  Nouvelles  de  Munich  disent  que  les 
forces  de  l'Entente  trouveront  sur  tous  les  fronts  le 
double  des  forces  dont  elles  disposent  et  qu'une  attaque 
russe  au  nord  se  heurterait  à  une  armée  de  millions 
d'hommes  (Jnjormation  du  4)- 

A  Potsdam  et  à  Brème,  manifestations  violentes  en 
faveur  de  Liebknecht. 

Lundi  3  juillet.  —  Les  Anglais  entrent  à  La  Bois- 
selle.  La  lutte  reste  très  vive  au  sud  de  l'Ancre.  Les 
Allemands  ont  repris  quelques  positions  au  sud  de 
Thiepval.  Les  Français,  au  sud  de  la  Somme,  prennent 
Feuillères  et  Asservillers. 

Six  attaques  allemandes  sur  Thiaumont  sont  repous- 
sées. Une  attaque  allemande  s'empare  de  l'ouvrage  de 
Damloup,  qui  est  repris  aussitôt. 

Les  Italiens  ont  gagné  5  kilomètres  au  nord  de  Goni- 
Zugna. 

La  révolte  s'accroît  au  Monténégro  et  gagne  le  nord 
de  l'Albanie. 

La  Roumanie  prohibe  les  exportations  pour  la  Turquie. 

Vers  Baranoviczi,  les  Russes  rompent  deux  lignes 
allemandes,  faisant  2.800  prisonniers  avec  11  canons. 

Les  Belges  attaquent  sur  les  bords  du  lac  Victoria  et 
font  prisonnier  le  commandant  de  la  colonie  allemande. 

Des  avions  français  bombardent  Sofia. 

Mardi  4t  juillet.  —  Les  Français  prennent  une 
partie  d'Estrées  et  Belloy-en-Santerre,  repoussant  des 
contre-attaques.  On  annonce  qu'un  seul  corps  français 
a  pris  3o  canons. 

Nous  avons  reperdu  Thiaumont.  Les  Allemands  at- 
taquent violemment  vers  Avocourt  et  la  cote  3o4  ;  bom- 
bardement intense  dans  la  région  Thiaumont-Chénois. 

Les  Italiens  prennent  le  mont  Seluggio. 


8  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Sur  le  Styr,  k  l'ouest  de  Kolki,  les  Russes  font  5.ooo 
prisonniers.  Ils  progressent  sur  la  voie  de  Kolomea  à 
Delatjn. 

Devant  des  forces  supérieures,  les  Russes  évacuent 
Kirmanshah  et  se  retirent  dans  les  collines,  à  80  milles 
de  là,  pour  y  passer  le  temps  des  grandes  chaleurs. 

Une  note  modérée  de  Carranza  écarte  le  danger  d'un 
conflit  immédiat  entre  les  États-Unis  et  le  Mexique. 

La  presse  allemande  commence  à  manifester  quelque 
inquiétude  et  qualille  de  malencontreuse  l'offensive  au- 
trichienne dans  le  Trentin.  Mais  on  rassure  l'opinion  en 
parlant  des  sept  lignes  de  défense  allemande  sur  le 
front  ouest. 

On  commente  une  brochure  de  Bûlow,  nettement 
militariste  et  annexioniste  {Temps  du  6). 

L'Allemagne,  dit-on,  n'achète  plus  de  souliers  en 
Suède,  ne  croyant  pas  à  une  campagne  d'hiver. 

Le  Messagero  écrit  que  l'Allemagne  doit  être  réduite 
à  la  condition  d'un  peuple  qui  ne  puisse  plus  troubler 
les  autres  et  qu'il  faut  lui  «  arracher  les  dents  »,  la 
coudamaer  au  désarmement. 

Mercredi  5  juillet.  —  Les  Anglais,  après  émission 
de  gaz  et  de  fumée,  font  des  raids  heureux  au  nord  du 
canal  de  La  Bassée  et  près  d'Hulluch.  Sur  la  Somme, 
ils  résistent  k  de  fortes  attaques,  ayant  devant  eux  la 
Garde  prussienne. 

Les  Français  occupent  entièrement  Estrées  et  la 
deuxième  position  allemande  au  sud  de  la  Somme  ;  ils 
tiennent  Hem. 

Les  Allemands  bombardent  la  cathédrale  de  Verdun. 
Deux  corps  allemands  ont  été  prélevés  sur  le  front  de 
Verdun  «  pour  des  emplois  plus  impérieux  »  (Feyler, 
Journal  de  Genève  du  i4)- 

En  Alsace,  dans  la  région  de  Burnhaupt,  un  de  nos 
détachements  a  pénétré  dans  une  tranchée  allemande, 
qu'il  a  trouvée  pleine  de  cadavres  {sic). 

Les  Autrichiens  évacuent  en  hâte  le  massif  de  Prima 
Lunetta,  abandonnant  munitions  et  vivres. 


JUILLET    1916  9 

L'agitation  anti-vénizéliste  prend  en  Grèce  un  carac- 
tère inquiétant. 

Un  Conseil  de  couronne  est  tenu  par  le  roi  de  Rou- 
manie à  Sinaïa.  On  croit  à  Milan  que  la  Roumanie  est 
décidée  à  rester  neutre. 

Dans  plusieurs  secteurs  du  front  de  Riga,  les  Russes 
ont  pénétré  dans  les  premières  tranchées  allemandes. 

Les  Russes  occupent  la  voie  ferrée  de  Kolomea  k 
Delatjn  et  mettent  l'ennemi  en  déroute  sur  la  rive 
droite  du  Dniester.  En  ce  jour,  ils  ont  fait  lo.ooo  pri- 
sonniers. 

La  Turquie  appelle  tous  les  hommes  de  dix-huit  à 
cinquante  ans. 

On  affirme  que  Zeebrugge  est  devenue  un  forteresse 
puissante,  avec  de  nombreux  navires  de  guerre. 

Le  Gœben  et  le  Breslaii  ont  bombardé  Tuapse  et 
Solchi,  au  nord  de  la  Mer  Noire. 

Gaedke  (Vorioàr/s)  estime  qu'il  y  a  près  de  i4  mil- 
lions d'hommes  en  présence,  bien  armés  et  équipés. 

Jeudi  6  juillet.  —  Des  contre-attaques  allemandes 
sont  repoussées  de  part  et  d'autre  de  la  Somme,  mais 
elles  marquent  la  fin  momentanée  de  l'offensive.  Les 
Anglais  sont  arrêtés  devant  Thiepval. 

Hilaire  Belloc  estime  que  l'attaque  du  Trentin  a  été 
<s  un  second  Verdun  »  (Land  and  Water,  p.  g). 

Bombes  d'avions  sur  Lure,  tuant  onze  femmes  et 
enfants. 

L'Amirauté  anglaise  publie  un  rapport  sur  la  bataille 
du  Skagerrak.  Les  Allemands  ont  perdu  6  vaisseaux  de 
guerre,  5  croiseurs  légers,  6  torpilleurs,  3  contre-tor- 
pilleurs, I  sous-marin  ;  les  Anglais  ont  perdu  6  vais- 
seaux de  guerre  et  8  contre-torpilleurs. 

Lloyd  George  succède  à  Kitchener  comme  ministre 
de  la  Guerre. 

On  constate  que  les  Allemands,  grâce  sans  doute  aux 
bavardages  des  clubs  de  Londi-es ,  savaient  qu'ils 
seraient  attaqués  le  i*""  juillet  vers  Albert. 

Troubles  à  Stuttgart  ;  nombreux  blessés. 


10  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Des  banquiers  de  Berlin  auraient  dit  à  un  Suédois 
{Temps  du  24)  : 

a  Nous  ne  pouvons  tenir  indéflniment,  j)uis(jue  nous  sommes 
assiégés;  mais  nous  combattrons  jusqu'au  bout  et  vendrons 
cîier  notre  vie.  Nous  pouvons  supporter  encore  une  campayne 
d'hiver.  »  On  ajoute  que  le  Gouvernement,  jetant  du  lest, 
s'écarte  de  la  droite  pour  se  rapprocher  des  partis  popu- 
laires. 

«  Obliger  l'ennemi  à  payer  ce  que  la  guerre  aura  coûté  à 
l'Entente,  à  lui  verser  les  milliards  qu'il  consacrait  chaque 
année  à  ses  armements,  c'est  le  moyen  —  le  seul  moyen  — 
de  le  river  à  la  paix  pour  un  siècle.  La  paix  sera  une  paix 
financière,  une  paix  de  remboursement,  ou  elle  ne  sera  pas.  » 
{Temps  du  7.) 

Vendredi  7  juillet.  —  Les  Anglais  gagnent  du 
terrain  vers  Ovillers  et  prennent  Contalmaison,  mais  ne 
peuvent  s'y  maintenir. 

Le  mauvais  temps  gène  les  opérations  sur  la  Somme. 
Jusqu'à  présent,  les  Alliés  ont  fait  17.000  prisonniers. 

Violents  combats  à  l'est  de  Baranoviczi.  Les  Russes 
prennent  Doljitsa,  sur  la  route  de  Kolki  à  Grouziatin. 
Les  Allemands  avouent  avoir  abandonné  le  secteur  de 
Tsartorisk.  Bothmer,  qui  disait  avoir  remporté  une  vic- 
toire près  de  Tlumacz,  se  retire  sur  la  Zlota-Lipa. 

Les  Russes  font  800  prisonniers  turcs  à  l'ouest  d'Er- 
zeroum. 

Les  Etats-Unis  adressent  des  représentations  à  la 
Porte  au  sujet  des  chrétiens  de  Svrie  dont  5o.ooo,  affa- 
més par  les  Turcs,  ont  déjà  péri.  Ils  demandent  l'auto- 
risation de  les  ravitailler. 

Les  Anglais  occupent  Tanga  (Est  africain). 

Lloyd  George  aura  Lord  Derby  comme  sous-secré- 
taire à  la  Guerre;  le  général  Robertson  devient  chef 
d'Etat-major. 

Il  y  a  en  Angleterre  près  de  4-ooo  usines  fabriquant 
des  munitions  ;  3.5oo.ooo  hommes  et  666.000  femmes 
travaillent  au  matériel  de  guerre. 

Le  3  °/o  français  monte  à  63'  5o. 

Le  Neiv-York  Herald  commente  le  mot  d'un  officier 
allemand  qui  s'est  rendu  aux  Anglais  avec  ses  hommes, 


JUILLET    1916  11 

disant  qu'il  voulait  garder  ces  soldats  à  son  pays  pour 
recommencer  la  guerre  dans  quatre  ans. 

Jeudi  et  vendredi,  troubles  sérieux  à  Munich. 

Le  professeur  Glotz  rappelle  que,  d'après  Strabon,  deux 
villes  d'Eubée,  au  sixième  siècle  avant  Jésus-Christ,  s'enga- 
gèrent par  traité  à  ne  point  se  servir  d'armes  portant  au 
ioin  ;  ce  n'est  donc  pas  l'Eglise  qui  a  eu  la  première  idée  de 
rendre  les  guerres  moins  sanglantes  par  la  prohibition  de 
certains  [engins  (Voir,  t.  IV,  '60  juin  et  Rev.  des  Etudes 
grecques,  191 6,  p.  log). 

Samedi  8  juillet.  —  Les  Anglais  s'emparent  de  la 
partie  sud  du  bois  des  Trônes  ;  les  Français  prennent 
Hardecourt.  Il  pleut  sans  relâche. 

Le  prince  Demidov,  ministre  de  Russie,  déclare  à  la 
Patris  que  l'Entente  ne  veut  nullement  entraîner  la  Grèce 
dans  la  guerre,  mais  la  défendre  contre  l'influence  mal- 
saine de  ses  ennemis. 

Avance  importante  des  Russes,  qui  passent  le  Stokhod 
près  d'Ougly.  Les  renforts  autrichiens  dévalant  des  Car- 
pathes  sont  défaits  près  de  Kimpolung  ;  les  Russes 
prennent  Delatjn.  Du  4  au  7  juillet,  entre  Styr  et 
Stokhod,  ils  ont  pris  12.000  hommes,  45  canons  et 
45  mitrailleuses. 

Un  autre  navire-hôpitalrusse  a  été  coulé  sans  aver- 
tissement dans  la  Mer  Noire  (7  victimes). 

Nouvel  ordre  du  Conseil  anglais,  mettant  en  pleine 
évidence  le  principe  de  la  destination  finale  des  mar- 
chandises. 

Lord  Derby  dit  :  «  Nous  battrons  l'Allemagne  par  une 
pression  incessante.  Tout  ce  qui  décime  l'armée  alle- 
mande fait  partie  de  la  grande  poussée.  » 

On  lit  dans  le  Journal  de  Genève  : 

Il  n'y  a  pas  d'exemple  dans  l'histoire  de  l'Allemagne  mo- 
derne qu'un  homme  d'Etat  en  disgrâce  soit  revenu  au  pou- 
voir. Le  prince  de  Bùlow  cependant  paraît  avoir  le  désir  et 
l'espoir  de  rompre  cette  tradition. 

Un  industriel  venu  de  Cologne  dit  à  Amsterdam  : 

Dans  toutes  les  conversations  une  idée  domine  :  la  colère 
rageuse  contre  l'Autriche  qu'on  accuse  de  gâcher  la  guerre 
après  l'avoir  exigée. 


12  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Désordres  à  Aix-la-Chapelle  ;  les  uhlans  chargent  la 
foule.  ' 

Dimanche  9  juillet.  —  Progrès  au  sud  de  la 
Somme  ;  les  Français  prennent  Biaches  et  approchent 
de  Barleux. 

Heureux  coup  de  main  français  aux  environs  de 
Tahure  et  à  l'ouest  de  la  butte  du  Mesnil. 

Sur  le  front  italien,  en  mai  et  juin,  les  Autrichiens 
ont  perdu  180.000  hommes,  dont  3o.ooo  morts. 

Entre  Styr  et  Stokhod,  en  quatre  jours,  les  Austro- 
Allemands  auraient  perdu  4o.ooo  hommes. 

Progrès  russes  à  l'ouest  de  Platana,  vers  Gumishan 
et  dans  le  sud  du  Taurus. 

Dans  la  nuit  du  9  au  10,  des  avions  allemands  bom- 
bardent la  côte  sud  de  l'Angleterre. 

Le  croiseur  autrichien  Novara  coule  deux  navires 
anglais  dans  l'Adriatique. 

Un  sous-marin  russe  coule,  dans  la  Baltique,  un 
navire  allemand  chargé  de  minerai  de  fer. 

Un  sous-marin  commercial  allemand  prend  terre  a 
Norfolk  et  part  pour  Baltimore. 

Après  six  séances  secrètes,  le  Sénat  français  approuve 
la  politique  du  Gouvernement  par  25 1  voix  contre  6. 

On  assure,  à  Rotterdam,  que  l'opinion  allemande 
est  déprimée  depuis  quatre  jours.  Les  pangermanistes 
s'agitent  et  veulent  remplacer  le  chancelier  par  un 
annexioniste,  Tirpitz  ou  Bûlovs\ 

Désordres  à  Cologne. 

On  apprend  {Débats  du  10)  que  l'ambassadeur  fran- 
çais Jusserand,  revenant  a  Washington  d'une  absence 
d'un  seul  jour,  a  trouvé  à  l'ambassade  220.000  francs 
de  dons  pour  la  France. 

Lundi  10  juillet.  — Les  Anglais  prennent  pied  dans 
le  bois  de  Mametz  et  progressent  à  l'est  d'Ovillers  ;  ils 
livrent  des  combats  acharnés  dans  le  bois  des  Trônes. 

Les  Français  prennent  d'assaut  la  hauteur  97,  au 
sud-est  de  Biaches. 

Les  Italiens  occupent  le  col  degli  San  Ucelli,  à  la 
tète  du  Val  de  Gia. 


JUILLET    1916  13 

Les  Autrichiens  ont  ramené  des  troupes  sur  le  front 
italien. 

Les  Russes  combattent  sur  la  rive  gauche  du  Stok- 
hod.  D'énormes  incendies,  allumés  par  les  Allemands, 
arrêtent  leur  avance  sur  Kovel;  les  Allemands  ont 
d'ailleurs  amené  sur  le  front  une  puissante  artillerie. 

Un  sous-marin  autrichien  coule  un  contre-torpilleur 
italien  dans  l'Adriatique. 

Le  sous-marin  commercial  Deutschland  est  en  sur- 
veillance ;  il  a  apporté  i.ooo  tonnes  de  matières  tincto- 
riales et  un  important  courrier.  Bernstorff  déclare  que 
ce  navire  n'est  pas  armé  et  qu'il  vient  pour  embarquer 
du  nickel. 

Le  comte  Karolyi  et  trois  de  ses  amis  se  retirent  du 
parti  de  l'indépendance  hongroise  et  rejettent  toute 
responsabilité  de  la  guerre. 

Rosa  Luxemburg  est  arrêtée  à  Berlin  et  conduite  en 
prison. 

Le  Temps  publie  une  lettre  d'un  prisonnier  français 
qui,  disparu  le  3  septembre  1914»  n'a  reçu  permission 
d'écrire  à  sa  famille  que  le  i4  mai  191 6. 

Mardi  11  juillet.  —  Les  Anglais  reprennent 
Gontalmaison  et  la  plus  grande  partie  du  bois  de 
Mametz.  Le  commandement  anglais  dit  qu'après  dix 
jours  de  lutte  les  troupes  ont  conquis  la  totalité  des 
défenses  ennemies  sur  un  front  de  i3  kilomètres 
(7.600  prisonniers,  3o  canons). 

Une  violente  attaque  allemande  sur  le  front  de  Ver- 
dun fait  quelques  progrès  à  l'est  du  bois  de  Fumin  et 
dans  le  bois  du  Chénois  ;  les  Allemands  reprennent 
pied  dans  la  batterie  de  Damloup.  La  nuit,  une  contre- 
attaqne  nous  rend  une  partie  du  terrain  perdu  au  bois 
de  Fumin. 

Les  Allemands  tentent  de  passer  le  Stokhod,  mais 
sont  repoussés. 

Après  cinq  semaines  d'offensive,  les  Russes  ont  pris 
266.000  soldats,  5.620  officiers,  3 12  canons  et  870  mi- 
trailleuses. 


14  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Les  Russes  reprennent  Mamahatum  sur  le  Frat-Sou, 
affluent  de  l'Euphrate. 

Dans  la  nuit  du  lo  au  ii,  bombes  d'avions  alle- 
mands sur  la  côle  de  Douvres,  Calais  et  le  camp  de 
Bray-Dunes. 

Un  sous-marin  allemand  jette  12  obus  sur  Seaham; 
peu  de  dégâts. 

Les  États-Unis  ont  reconnu  au  Deutschland  la.  qualité 
de  navire  marchand.  Brème  pavoise  en  l'honneur  du 
sous-marin  qui  a  franchi  l'Atlantique. 

Les  torpilleurs  russes  capturent  un  vapeur  turc 
chargé  de  pétrole  et  d'orge. 

Les  princes  Nicolas  et  André  de  Grèce  partent  pour 
la  Russie. 

On  dit  en  Italie  que  la  Bulgarie  fait  des  efforts  à 
Bucarest  pour  décider  la  Roumanie  à  attaquer  la 
Russie. 

Une  trombe  fait  de  nombreuses  victimes  à  Vienne. 

Mercredi  12  juillet.  —  Coup  de  main  anglais  au 
sud-est  de  Loos. 

Les  Anglais  tiennent  tout  le  bois  de  Mametz  et  re- 
poussent des  attaques  contre  Contalmaison.  Les  Alle- 
mands ont  reçu  de  gros  renforts. 

Arrêt  des  progrès  français  sur  la  Somme. 

Très  forte  attaque  allemande  sur  le  fort  de  Souville, 
qui  progresse  aux  abords  de  la  chapelle  Sainte-Fine,  à 
l'intersection  des  chemins  de  Fleury  et  de  Vaux.  Le 
bombardement  est  très  violent. 

Les  officiers  grecs  arrêtés  à  Salonique  (affaire  du 
Radical)  ont  été  remis  à  la  justice  grecque  par  les 
autorités  françaises. 

11  y  a  9.000  déserteurs  autrichiens  et  bulgares  en 
Roumanie. 

Les  Russes  livrent  de  vifs  combats  sur  la  Dvina,  le 
Stokhod  et  à  l'ouest  de  la  basse  Sti-ypa. 

Dans  la  région  Baiburt-Mamahatum,  les  Pvusses  ont 
rompu  le  front  turc. 

L'insurrection  arabe  progresse  en  Arabie  et  en 
Syrie  ;  plusieurs  garnisons  turques  sont  prisonnières. 


JUILLET    1916  15 

Sur  la  proposition  du  ministre  de  l'Intérieur,  adoptée 
par  les  Communes,  46o  prisonniers  irlandais  sont  li- 
bérés. 

On  dit  que  Hindenburg  et  Mackensen  réclament 
20  divisions  de  renfort. 

A  Berlin,  la  ration  de  viande  est  réduite  à  90  grammes. 
Premier  «  repas  collectif  »  dans  cette  ville. 

Malgré  les  affirmations  du  pseudo-archéologue  E.  von 
Mach,  professeur  à  Harvard,  que  les  bébés  allemands 
meurent  faute  de  lait,  l'ambassade  américaine  à  Berlin 
déclare  que  la  mortalité  infantile  n'a  jamais  été  moindre. 

Dans  une  dépêche  adressée  do  Berlin  au  World  (New- 
York),  K.  von  Wiegand  laisse  percer  pour  la  première 
fois  la  crainte  d'une  défaite  allemande  et  dit  que  les 
Allemands,  sur  le  front  russe,  combattent  souvent  un 
contre  cinq. 

«  D'ici  vingt-cinq  ans,  un  sous-marin  pourra  aller  partout. 
Si  quelque  petite  puissance  est  prise  de  la  manie  homicide 
des  Allemands,  elle  disposera  ainsi  d'une  arme  terrible.  » 
(Daili/  Mail.) 

Jeudi  13  juillet.  —  A  la  tête  du  torrent  de  Posina, 
les  Italiens  ont  pris  d'assaut  de  fortes  positions  au  sud 
de  Corne  del  Corton.  Ils  ont  bombardé  et  incendié  la 
gare  de  Toblach. 

Des  comitadjis  bulgares,  franchissant  la  frontière 
grecque  près  de  Nayadag,  assassinent  i5  habitants  de 
ce  village. 

Au  théâtre  Athineon  à  Athènes,  à  la  suite  de  vio- 
lentes attaques  contre  Venizelos  publiées  dans  une 
feuille  subventionnée  par  Schenk,  les  spectateurs  ont 
acclamé  Venizelos,  hué  Schenk  et  Gounaris. 

Les  Russes  ont  pris  d'assaut  Massadéré  et  mis  en 
fuite  les  Turcs. 

Les  forts  de  La  Mecque  se  sont  rendus  aux  Arabes 
(i.ooo  prisonniers  turcs,  4  canons). 

En  représailles  du  bombardement  de  Lunéville  (24- 
20  juin),  un  avion  français  lance  des  bombes  sur  Mûll- 
heim. 

i3  navires  allemands,  dont  cinq  dreadnoughts,  sont 
en  réparation  dans  les  chantiers. 


16  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Par  suite  des  pertes  de  la  flotte  allemande,  200  cargos 
anglais  ont  pu  sortir  des  ports  de  la  Baltique. 

On  apprend  à  Washington  que  le  Dentschland  a  été 
convoyé  par  un  navire  neutre. 

Un  communiqué  allemand  conteste  la  véracité  des 
communiqués  alliés,  en  particulier  de  ceux  de  l'Angle- 
terre. 

La  carte  de  graisse  instituée  dans  tout  l'Empire 
donne  droit  à  90  grammes  de  graisse,  beurre  ou  huile 
par  semaine  et  par  personne. 

L'Allemagne  saisit  tous  les  pneus  de  bicyclettes. 

Elle  défend  aux  banques  tout  paiement  à  un  citoyen 
italien  ;  les  pensions  dues  à  des  ouvriers  italiens  sont 
suspendues. 

La  National  Zeitung  déc\a.re  qu'on  abuse  des  mitrail- 
leuses, qui  exigent  trop  de  personnel,  et  préconise  le 
fusil  automatique. 

«  La  question  posée  à  Berlin  :  les  mercenaires  de  Kitchener 
combattront-ils?  a  reçu  une  réponse  définitive.  »  (New-York 
Nation,  p.  aS.) 

«  Il  y  a  un  élément  nouveau  dans  l'offensive  de  la  Somme, 
qui  ressort  moins  de  l'avantage  relatif  d'une  reprise  de  ter- 
rain que  de  l'allure  progressive  de  l'opération  et  des  prises 
successives  de  prisonniers...  Pendant  les  trois  mois  de  prin- 
temps, les  disponibilités  austro-allemandes  ne  sauraient 
s'être  appauvries  de  moins  d'un  million  d'hommes.  Cela 
explique  le  rappel  des  troupes  des  Balkans  et  rend  vrai- 
semblables les  informations  d'après  lesquelles  l'État-major 
impérial  solliciterait  des  renforts  de  ses  alliés  d'Orient.  Il 
cherche  des  nègres  en  Bulgarie.»  (Feyler,  Journal  de  Genève.) 

Un  incendie  consume  la  forêt  de  Tatoï  et  gagne  la 
résidence  royale. 

Anatole  France,  après  de  longues  années  d'absence, 
reprend  sa  place  à  l'Académie. 

Vendredi  i4  juillet.  —  Duel  d'artillerie  intense 
sur  le  front  belge. 

Les  Anglais  pénètrent  dans  les  deuxièmes  lignes 
allemandes  sur  un  front  de  6.400  mètres,  de  Bazentin- 
le-Petit  à  Longueval  (y  compris  le  bois  des  Trônes). 


JUILLET    1916  17 

Leur  front,  ayant  avancé  de  i.5oo  à  3.ooo  mètres,  est 
désormais  à  l'alignement  du  front  français. 

«  La  Grande-Bretagne  a  célébré  la  fête  nationale  de  la 
France,  à  Londres,  par  des  manifestations  d'enthousiasme 
pour  la  cause  que  nous  défendons  dans  une  alliance  inébran- 
lable —  sur  la  Somme,  par  un  grand  succès  militaire.  » 
{Temps  du  i6.) 

Suivant  le  Times,  les  Allemands  ont  devant  Verdun  2.000 
canons  dont  l\o  de  très  gros  et  700  de  gros  calibre.  Notre 
artillerie,  à  peine  équivalente,  est  plus  difficile  à  ravitailler, 
la  ligne  Lérouville-Verdun  étant  narrée  par  le  camp  des 
Romains. 

Grandes  manifestations  francophiles  à  Athènes,  au 
Pirée,  à  Lesbos. 

Des  bandes  de  paysans  serbes  combattent  les  Bul- 
gares en  Macédoine. 

La  contre-offensive  autrichienne  au  sud  de  la  Buko- 
vine  a  échoué;  les  Russes  ont  fait  3. 200  prisonniers  k 
l'ouest  de  Bucacz. 

Les  Anglais  prennent  Muanza,  le  principal  fort  alle- 
mand sur  le  lac  Victoria. 

Des  sous-marins  allemands,  dont  deux  de  2.000  ton- 
nes, seraient  arrivés  à  Constantinople. 

A  Paris,  fête  nationale  en  l'honneur  des  morts.  Des 
troupes  russes,  anglaises,  canadiennes,  néo-zélandaises 
et  belges  défilent  avec  les  troupes  françaises. 

Fin  d'un  discours  du  président  Poincaré  : 

Non  !  par  le  deuil  des  familles  françaises,  par  le  long  sup- 
plice de  nos  régions  occupées,  par  le  sang  de  nos  soldats, 
non,  nous  ne  laisserons  pas  nos  souffrances  amollir  nos 
volontés  !  Plus  nous  avons  horreur  de  la  guerre,  plus  nous 
devons  travailler  passionnément  à  en  empêcher  le  retour,  plus 
nous  devons  souhaiter  et  vouloir  que  la  paix  nous  apporte, 
avec  la  restitution  totale  de  nos  provinces  envahies  —  enva- 
hies hier  ou  envahies  depuis  quarante-six  ans  —  la  répara- 
tion des  droits  violés  aux  dépens  de  la  France  ou  de  ses 
alliés  et  les  garanties  nécessaires  à  la  sauvegarde  définitive 
de  notre  indépendance  nationale. 

Une  réunion  du  parti  bourgeois,  à  Munich,  flétrit 
l'idée  d'une  paix  conciliante  et  réclame  des  annexions 
k  l'est  et  à  l'ouest. 

128.    CHRONOLOGIE   DE  LA   GUERRE  2 


18  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Samedi  15  juillet.  —  Les  Anglais  ont  atteint  sur 
un  point  la  troisième  ligne  allemande  et  fait,  depuis 
vingt-quatre  heures,  2.000  prisonniers,  dont  un  colonel 
de  la  Garde.  Pour  la  première  fois  depuis  1914»  la 
cavalerie  anglaise  a  chargé. 

Les  Allemands  ont  repris  Biaches  et  la  Maisonnette, 
mais  en  ont  été  chassés  aussitôt. 

L'Italie  apprend  avec  indignation  que  Gesare  Battisti, 
député  de  Trente,  a  été  fusillé  par  les  Autrichiens  et 
ensuite  pendu. 

Les  Russes  délogent  les  Turcs  de  leurs  positions  au 
sud-ouest  de  Mush. 

Wilson  accepte  la  proposition  de  Carranza  consistant 
à  soumettre  à  l'arbitrage  les  questions  pendantes  enti^e 
les  Etats-Unis  et  le  Mexique. 

Depuis  vingt-quatre  heures,  malgré  le  mauvais 
temps,  les  Anglais  ont  détruit  9  avions  allemands  sans 
en  perdre  un  seul. 

Sous  la  présidence  du  prince  de  Wedel  s'est  formé 
un  comité  national  allemand  pour  la  préparation  de  la 
paix. 

Une  note  officieuse  allemande  met  le  public  en  garde 
contre  les  espérances  exagérées  fondées  sur  la  pro- 
chaine récolte. 

La  guerre  coûte  k  l'Angleterre  i5o  millions  par  jour. 

La  France  émet  à  New-York  un  nouvel  emprunt  de 
5oo  millions. 

Mort  k  Paris  du  célèbre  savant  Metchnikoff. 

Dimanche  16  juillet.  —  L'artillerie  belge  boule- 
verse les  organisations  défensives  de  Steenstraate. 

On  annonce  que  le  contingent  russe  a  déjà  combattu 
et  fait  des  prisonniers  sur  le  front  de  Champagne. 

Progrès  français  k  l'ouest  de  Fleury. 

L'incendie  de  Tatoï  (Décélie)  est  maîtrisé  ;  il  y  a  de 
nombreuses  victimes. 

Victoire  de  Sakharov  sur  la  rive  droite  de  la  Lipa 
(i 3.000  prisonniers  et  3o  canons). 

On  signale  des  contingents  bulgares  sur  le  front  de 
Baranoviczi. 


JUILLET    1916  19 

Les  Russes  prennent  Baïburt  ;  les  Turcs  se  replient 
en  détruisant  leurs  dépôts. 

Gujnemer  abat  son  dixième  avion. 

Un  dirigeable  allemand  arrive  à  Constantinople. 

Bombes  d'avions  sur  Trévise  ;  peu  de  dégâts. 

Un  nouveau  contingent  russe  débarque  k  Brest. 

On  fait  remarquer  k  Petrograd  que  les  alliés  de 
l'Allemagne  sont  devenus  des  fardeaux  pour  elle. 

Cinq  cents  catholiques  espagnols  ont  remis  k 
Ms""  Deploige,  pour  être  déposée  plus  tard  à  la  biblio- 
thèque de  Louvain,  une  adresse  de  sympathie  pour  la 
Belgique,  d'un  ton  très  hostile  k  l'Allemagne  {Temps 
du  i8). 

Lundi  17  juillet.  —  Sur  un  front  de  i.4oo  mètres, 
les  Anglais  prennent  d'assaut  la  2'^  ligne  allemande  au 
sud-ouest  du  bois  de  Bazentin.  A  l'est  de  Longueval, 
ils  occupent  la  ferme  de  Waterlot  et  enlèvent  entière- 
ment Ovillers — La  Boisselle,  disputé  depuis  le  7.  Les 
prisonniers  faits  k  Ovillers  appartiennent  k  la  Garde. 

Les  Allemands  reprennent  la  partie  est  de  Biaches. 

Au  sud-ouest  de  Kimpolung,  la  cavalerie  russe  dé- 
bouche sur  la  chaussée  de  Kirilibaba  k  Maramaros- 
Sziget. 

Le  colonel  Gaedke  écrit  (Vorwârts)  :  «  Les  succès 
du  général  Broussilov  sur  Linsingen  vont  tendre  au 
maximum  les  nerfs  allemands  pendant  les  jours  qui 
vont  venir.  » 

Forte  offensive  turque  vers  Revanduz. 

Treize  bombes  sont  lancées  par  un  dirigeable  sur 
Riga. 

Des  avions  français  incendient  des  récoltes  bulgares 
dans  la  région  de  Monastir. 

On  parle  k  Copenhague  de  nouveaux  dirigeables 
géants,  en  construction  k  Friedrichshafen. 

La  France  appelle  une  partie  de  la  classe  1888. 

«  Il  y  a  ea  Allemagne,  depuis  plusieurs  semaines,  un  mé- 
contentement diffus.  C'est  une  crise  des  partis  greffée  sur 
une  crise  nationale...  L'Allemagne  politique  donne  le  spec* 


20  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

tacle  d'une  bande  associée  pour  un  coup  manqué,  qui  vou- 
drait bien  faire  payer  l'échec  à  ses  chefs.  »  {Temps.) 

Le  Parlement  brésilien  manifeste  en  faveur  de  l'Ea- 
tente  en  inscrivant  dans  ses  annales  le  discours  pro- 
noncé par  Ruy  Barbosa  à  Rio. 

Selon  le  Lokal-Anzdgcr ,  des  documents  découverts  à 
Nisch  par  les  Bulgares  établiraient  que  le  colonel  serbe 
Radovitch,  actuellement  prisonnier,  aurait  participé  à  l'assas- 
sinat de  Serajevo,  après  avoir  été  un  des  auteurs  du  meurtre 
du  couple  royal  de  Serbie. 

A  propos  de  la  mort  de  Metchnikoff  (le  i5),  L.  Forest 
écrit  dans  le  Matin  :  «  Il  faudra  qu'on  trouve  des  mots  pour 
séparer  la  science  de  la  maiscience  »  et  il  cite  ce  propos  du 
savant  russe,  lors  du  manifeste  des  gS  :  «  La  science  qui  ne 
tend  pas  au  bonheur  humain  n'est  pas  une  science.  La 
science  doit  supprimer  le  crime.  » 

Polybe  explique  (Z'/V/aro)  pourquoi  il  faut  écrire  Pelror/rad, 
non  Pétrograde. 

Mardi  18  juillet.  —  Contre-attaque  allemande  sur 
les  positions  anglaises  de  Longueval  et  du  bois  Delville 
(Devil's  ivood,  par  étymologie  populaire). 

Les  Français  chassent  les  Allemands  de  Biaches. 

Les  Autrichiens  se  renforcent  dans  le  Trentin. 

Les  Russes  occupent  i6  kilomètres  de  défenses  sur 
la  rive  gauche  de  la  Lipa,  à  partir  du  confluent  du 
Styr. 

Les  Russes  occupent  Kughi  dans  la  région  d'Er- 
zindjan. 

Un  communiqué  turc  annonce  à  tort  une  grande 
victoire  près  de  Misrata  en  Libye. 

Des  avions  de  marine  allemands  Ijombardent  des 
navires  russes"  dans  le  port  de  Reval. 

Nombreuses  arrestations  à  Stuttgart;  troubles  en 
Saxe.  L'état  de  siège  est  renforcé  à  Leipzig. 

La  délégation  parlementaire  des  Colonies  et  Domi- 
nions britanniques  est  reçue  à  l'Elysée. 

On  répète  un  mot  de  Barthou  :  c(  Il  faut  que  la  paix 
soit  dure,  afin  qu'elle  soit  durable.  » 

L'Italie  dénonce  la  convention  conclue  en  mai  igiô 
avec  Bùlow  pour  garantir  les  droits  privés  des  ressortis- 


JUILLET    1916  21 

sants  allemands  et  italiens  en  cas  de  conflit.  Un  décret 
assimile,  avec  certaines  réserves,  les  Allemands  aux 
Austro-Hongrois. 

On  dit  à  Rotterdam  que  l'entrée  en  jeu  de  l'armée 
anglaise,  dont  la  qualité  est  une  surprise  pour  les 
Allemands,  exerce  une  influence  déprimante  :  c'est 
comme  si  un  nouvel  ennemi  s'était  déclaré. 

Mercredi  19  juillet.  —  L'assaut  allemand  sur  les 
positions  anglaises,  commencé  le  i8,  reprend  le  bois  de 
Delville  et  le  village  de  Longueval  ;  mais  une  contre- 
attaque  fait  des  progrès. 

Les  Anglais  font  120  prisonniers  au  sud  d'Armen- 
tières. 

Suivant  un  officier  d'artillerie  anglais,  les  Anglais 
ont  dépensé,  depuis  trois  semaines,  dix  millions  d'obus  ; 
il  faut  donc  accroître  sans  relâche  la  pi'oduction  des 
munitions. 

Les  Russes  attaquent  avec  violence  sur  le  front  de 
Riga. 

Le  17,  le  18  et  le  19,  bombardement  aérien  de 
Baccarat  et  de  Lunéville  ;  dégâts  matériels. 

On  parle  de  nouveaux  dirigeables  allemands  longs 
de  280  mètres  et  pourvus  de  quatre  nacelles  blindées. 

Le  père  jésuite  Durbar,  soupçonné  d'être  un  des 
rédacteurs  du  journal  clandestin  La  Libre  Belgique, 
a  été  condamné  par  les  Allemands  à  douze  ans  de 
travaux  forcés. 

La  Roumanie  interdit  l'exportation  du  maïs. 

Il  résulte  du  rapport  d'un  délégué  delà  Croix-Rouge 
(section  caucasienne)  que  l'extermination  systématique 
des  Arméniens  a  été  dirigée  par  des  officiers  et  agents 
allemands. 

«  Le  service  de  la  presse  à  l'Etat-major  impérial  allemand 
est  entré  depuis  quelques  semaines  dans  la  phase  critique. 
Cela  devait  arriver.  Les  procédés  étaient  trop  artificiels,  trop 
en  dehors  de  la  vérité,  pour  ne  pas  finir  par  succomber  de- 
vant elle.  »  (Journal  de  Genèue). 

Jeudi   20  juillet.    —  Les  Anglais   regagnent   du 


22  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

terrain  dans  le  bois  Delviile  et  à  Longueval.  Au  nord 
de  la  ligne  Bazentin-Longueval,  ils  avancent  d'un 
kilomètre. 

La  classe  allemande  de  19 17  commence  à  paraître 
sur  le  front  britannique. 

Attaque  française  de  part  et  d'autre  de  la  Somme. 
La  première  position  allemande  est  enlevée  d'Estrées  à 
Vermandovillers  (2.900  prisonniers,  3  canons,  3o  mi- 
trailleuses). 

Au  sud  de  Fleury,  les  Français  enlèvent  un  fortin 
(i5o  prisonniers). 

Les  Russes  délogent  l'ennemi  de  Verbene  et  s'em- 
parent des  passages  du  Styr.  Un  combat  violent  se  livre 
près  de  Berestechko  (1.600  prisonniers). 

Sur  la  route  de  Trébizonde  à  Erziudjan,  les  Russes 
prennent  Gumishkaneh. 

Le  grand  quartier  allemand  signale  le  bombardement 
des  villages  de  la  Forêt-Noire  par  des  avions  et  menace 
de  représailles  ce  un  grand  nombre  de  pacifiques  villes 
françaises  se  trouvant  en  dehors  des  opérations  ». 

Imposante  manifestation  à  Rome  en  l'honneur  du 
martyr  trentin  Battisti  ;  on  crie  :  «  Guerre  à  l'Alle- 
magne !  » 

Manifestations  à  Bucarest  en  faveur  des  AlHés 
Filipesco  dit  que  Bratiano  lui  avait  promis  que  la  Rou- 
manie interviendrait  en  même  temps  que  l'Italie,  mais 
qu'il  s'est  dérobé  en  disant  que  l'armée  n'était  pas  prête. 

«  M.  de  Bethmann,  au  rebours  des  conservateurs,  n'a  pas 
voulu  la  guerre.  Le  malheur  de  l'humanité  a  été  qu'en  un 
pareil  moment  le  chef  responsable  du  Gouvernement  fût 
inférieur  aux  circonstances.  »  {Journal  de  Genève). 

Vendredi  21  juillet.  —  Les  Anglais,  dans  la  nuit 
de  jeudi,  ont  pris  le  bois  des  Foureaux,  mais  ont  été 
rejetés  de  la  partie  nord  du  bois  par  une  contre-at- 
taque. 

On  assure  que,  depuis  trois  semaines,  les  Allemands 
ont  envoyé  34o.ooo  hommes  sur  le  front  français 
(100.000  hommes  de  troupes  fraîches,  240.000  blessés 
guéris). 


JUILLET    1916  23 

Les  Allemands  disent  avoir  repoussé  de  violentes 
attaques  russes  sur  le  front  de  Riga. 

Les  aviateurs  anglais  détruisent  six  avions  allemands 
et  en  perdent  trois. 

Les  aviateurs  français  lancent  ii5  obus  sur  la  gare 
de  Metz-Sablons. 

Bombes  d'avions  sur  Suez. 

Le  Volksfreund  de  Carlsruhe  revient  sur  l'histoire 
des  prétendues  bombes  lancées  le  2  août  par  un  avion 
français  et  sur  l'enquête  du  professeur  Schwalbe, 
concluant  que  l'accusation  était  mensongère  (18  mai 
igiG).  Le  journal  allemand  demande  que  cette  affaire 
soit  éclaircie  (Voir  le  Matin  du  28  juillet). 

Bruxelles  célèbx^e  la  fête  belge.  En  punition,  elle  est 
frappée  d'une  amende  de  i  million  de  marks. 

Appel  de  la  presse  allemande  : 

Une  offensive  beaucoup  plus  violente  qu'on  ne  saurait  se 
l'imaginer  s'est  déclenchée.  Les  armées  russes  reconstituées 
et  munies  d'un  nombreux  matériel  se  sont  lancées  contre 
notre  rempart  à  l'est.  La  France,  qui  a  fait  preuve  d'une 
recrudescence  de  vie  dont  elle-même  ne  se  serait  pas  crue 
capable,  a  entraîné  sur  la  Somme  l'armée  anglaise  en  des 
combats  où  une  nombreuse  artillerie  renforce  l'infériorité 
numérique  des  hommes.  Un  ouragan  de  fer  est  lancé  sur 
nos  soldats;  des  troupes  noires  et  blanches  attaquent  conti- 
nuellement avec  énergie.  L'armée  allemande  s'est  surpassée 
et  continuera  à  le  faire  jusqu'à  la  victoire.  Mais  notre 
peuple  doit  se  demander  s'il  a  fait  tout  son  devoir.  Notre 
confiance  dans  la  victoire  est-elle  encore  la  même  qu'au 
début  de  la  guerre?  Tout  découragement  est  une  trahison, 
toute  plainte  est  un  crime.  Ne  mettez  pas  en  danger  le  salut 
de  la  patrie  par  des  querelles  intestines.  Que  chacun  fasse 
preuve  de  bonne  volonté  et  de  solidarité  envers  son  pro- 
chain I 

Manifeste  du  Comité  national  allemand  pour  une  paix 
avec  honneur  :  avancement  des  frontières  dans  1  est, 
garanties  dans  l'ouest.  Les  pangermanistes  condamnent 
cet  appel  comme  beaucoup  trop  modéré. 

Le  professeur  Delbriick  (Tag)  demande  que  l'Alle- 
magne cherche  des  compensations  à  l'est  ;  à  l'ouest,  la 
garantie  des  sous-marins  doit  suffire  (Voir  Journal  de 


24  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Genève,  24  juillet).  La  Kreiizzeitung  proteste  et  voit  là 
une  tentative  pour  accommoder  l'intérêt  de  l'Angleterre 
au  goût  du  peuple  allemand. 

Samedi  22  juillet.  —  Au  sud-est  de  Tatarov,  les 
Autrichiens  se  sont  retirés  de  la  Magura  sur  la  crête 
principale  des  Carpathes. 

Les  Russes,  avançant  vers  Erzindjan,  traversent 
l'Euphrate.  On  se  bat  avec  acharnement  vers  Revanduz. 
Les  Turcs  attaquent  les  Russes  vers  Mossoul. 

L'Italie  nie  absolument  les  succès  turcs  annoncés  en 
Libye. 

Douze  avions  français  ont  bombardé  la  gare  et  les 
casernes  de  Mûllheim.  Au  retour,  ils  abattent  4  avions 
allemands  et  en  perdent  2. 

Nungesser  abat  son  dixième  avion. 

Malgré  la  fusillade,  un  avion  italien,  survolant  le 
château  de  Trente,  laisse  tomber  une  couronne  en 
l'honneur  de  Battisti  et  jette  des  proclamations  dans  la 
campagne  voisine  :  «  L'Autriche  mourra  étranglée.  » 

On  dit  que  2  torpilleurs  russes  ont  poursuivi  4  va- 
peurs allemands  dans  les  eaux  suédoises. 

A  l'unanimité  moins  8  voix,  le  Comité  directeur  du 
parti  socialdémocrate,  réuni  à  Berlin,  repousse  tout 
projet  d'annexion. 

L'archevêque  de  Cologne  affirme  que  le  Pape  a  plu- 
sieurs fois  prié  les  belligérants  de  conclure  la  paix. 
c(  Seul,  dit-il,  l'empereur  d'Allemagne  tendit  la  main 
pour  une  paix  juste,  mais  ses  ennemis  la  repoussèrent.  » 

On  écrit  de  Paris  au  Secolo  que  l'Italie  manque  de 
gros  canons  et  que  l'Entente  s'occupe  de  constituer  une 
grosse  artillerie  interalliée. 

«  Il  sera  permis  un  jour  de  préciser  dans  quelles  condi- 
tions l'Allemagne  fit  des  oflres  à  la  Suisse,  et  quelles  offres. 
Ce  que  l'on  peut  dire  dès  à  présent,  car  tout  le  monde  le 
sait,  c'est  comment  la  Suisse  répondit  :  en  mobilisant  avant 
les  belligérants  eux-mêmes.  »  (Hauser,  Revue  critique,  p.  62.) 

Dimanche  23  juillet.  —  Sazonov  donne  sa  démis- 
sion pour  «  cause  de  santé  »  (en  réalité,  à  cause  de  la 


JUILLET  1916  25 

question  polonaise)  et  est  remplacé  par  Boris  Sturmer, 
président  du  Conseil  ;  Khvostov  est  à  l'Intérieur,  Makarov 
à  la  Justice. 

Les  Anglais  reprennent  Longueval.  Combats  acharnés 
de  Pozières  à  Guillemont. 

Après  quatre  jours  de  combats  sur  le  front  de  Riga, 
les  Russes  ont  progressé  dans  la  région  d'Uxhull,  avec 
l'assistance  des  cuirassés  russes  dans  le  golte  de  Riga. 

Belfort  est  violemment  bombardé  par  obus  monstres 
et  projectiles  aériens. 

Le  journaliste  américain  Wiegaud  a  vu  Guillaume  II 
sur  la  Somme  et  lui  a  trouvé  l'aspect  d'un  vieillard 
préoccupé. 

«  Depuis  le  début  de  la  guerre,  nous  avons  appris  bien  des 
choses.  Nous  avons  appris  que  le  peuple  français,  dont  la 
décadence  nous  était  s;m8  cesse  annoncée,  a  trouvé  en  lui 
des  forces  de  résistance  qui  nous  imposent  le  respect.  Les 
malins  qui  allaient  l'épétant  que  les  Anglais  se  battraient 
«  jusqu'au  dernier  Belge  »  se  taisent  enfin,  et  c'est  cela  de 
gagné.  »  (Gazette  de  Firincfort.)] 

«  Par  tout  ce  que  je  vois  ou  entrevois,  j'en  arrive  à  conce- 
voir une  situation  très  favorable  aux  Alliés.  »  (Général  de 
Lacroix,  Temps  du  2l\.) 

Un  défilé  historique,  organisé  par  Miss  Pankhurst,  a 
parcouru  les  rues  de  Londres,  pour  affirmer  la  volonté 
de  victoire  des  femmes  britanniques.  Des  femmes  à 
cheval  représentaient  saint  Michel,  Jeanne  d'Arc  et  les 
divers  pays  alliés.  Le  cortège  a  déposé  des  fleurs  au 
pied  des  statues  de  Nelson  et  de  Wellington  (Voir 
Journal  de  Genève  du  24). 

A  San-Francisco,  lors  d'une  procession  en  faveur  de 
la  préparation  militaire  des  Etats-Unis,  une  bombe  a 
fait  explosion,  tuant  G  personnes  et  en  blessant  4o.  On 
croit  à  un  attentat  allemand. 

Lundi  24  juillet. — Les  Anglais  occupent  en  grande 
partie  Pozières. 

Les  Français  prennent  une  redoute  à  l'ouest  de 
Thiaumont. 

Les  Italiens  enlèvent  complètement  le  mont  Cismon. 


Zb  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Le  général  Danglis,  ancien  ministre  de  la  Guerre, 
accepte  la  présidence  d'une  ligue  de  réservistes  véni- 
zélistes. 

Les  Russes  sont  à  i6  kilomètres  d'Erzindjan  ;  les 
Turcs  brûlent  leurs  dépôts. 

Le  Gouvernement  roumain  a  fermé  la  frontière  du 
côté  de  la  Bulgarie.  On  prétend  à  Bucarest  qu'il  est 
arrivé  un  deuxième  transport  de  matériel  de  guerre, 
venant  de  Russie. 

Asquith  demande  aux  Communes  un  nouveau  crédit 
de  12  milliards.  Lloyd  George  dit  que  la  production 
des  canons  de  gros  calibre  est  supérieure  tous  les  mois 
au  stock  possédé  par  les  Anglais  avant  la  guerre. 

Le  général  Jofîre  et  Sir  Douglas  Haig  expriment  l'un 
et  l'autre  (Matin  et  Écho  de  Paris)  leur  entière  con- 
fiance. 

Le  général  Alexeiev  dit  au  correspondant  du  Times 
que  les  ressources  de  l'Allemagne  en  nommes  s'épuisent 
et  qu'il  n'y  a  pas,  à  proprement  parler,  d'armée  de 
réserve.  Huit  divisions  ont  été  envoyées  de  France  sur 
le  front  russe  du  sud. 

Des  socialistes  dissidents  allemands  sont  arrêtés  k 
Elberfeld.- 

La  Hongrie  a  déjà  dépensé  ii  milliards;  elle  dépense 
600  millions  de  couronnes  par  mois. 

«  Le  redoublement  d'attaques  dont  Kant  est  l'objet,  depuis 
la  guerre,  de  la  part  de  quelques-uns,  semble  provenir  non 
pas  tant  de  sa  qualité  d'Allemand  que  du  caractère  essen- 
tiellement laïc  et  libéral  de  sa  pensée.  C'est  avant  tout  le 
champion  de  l'autonomie  de  la  conscience  et  de  la  raison  que 
plusieurs  ne  parviennent  pas  à  admirer.  »  (Journal  de  Ge- 
nève.) 

Mardi  25  juillet.  —  Les  Allemands,  renforcés  sur 
la  Somme,  attaquent  les  Anglais. 

Violent  bombardement  dans  la  région  de  la  Laufée 
(rive  droite  de  la  Meuse). 

Une  attaque  allemande  est  repoussée  au  nord-est 
d'Altkirch. 

Jusqu'à  présent,  les  Alliés  ont  pris  dans  la  Somme 


JUILLET    1916  27 

26.000  hommes,  i4o  canons  et  plusieurs  centaines  de 
mitrailleuses. 

On  affirme  que  les  munitions  russes  ne  sont  pas 
arrivées  à  Bucarest,  mais  sont  restées  à  la  frontière. 

Guillaume  II  et  Falkenliayn  sont  sur  le  front  russe. 

Sur  la  rive  droite  du  Styr,  les  Russes  pénètrent  en 
teri'itoire  galicien  et  marchent  sur  Brodj-.  Sur  le  front 
de  la  Slonovka,  affluent  du  Styr,  ils  passent  sur  la  rive 
gauche  et  font  4-ooo  prisonniers. 

Du  i5au  25,  les  Russes,  en  Volhynie,  ont  pris  il^.ooo 
hommes,  4^  canons,  71  mitrailleuses.  Pendant  leur 
dernière  offensive,  ils  ont  capturé  5.225  officiers,  nombre 
supérieur  au  chiffre  total  d'officiers  pris  par  eux  depuis 
le  début  de  la  guerre. 

Les  Russes  prennent  Erzindjan,  achevant  ainsi  la 
conquéfe  de  l'Arménie. 

Les  Etals-Unis  sont  d'accord  avec  le  Gouvernement 
danois  pour  acheter  les  trois  Antilles  danoises  moyen- 
nant 125  millions. 

Bombes  d'avions  italiens  sur  les  jetées  et  hangars  de 
Durazzo. 

La  peste,  le  choléra  et  le  typhus  s'étendent  en  Syrie. 

La  presse  allemande  s'inquiète  de  l'attitude  de  la 
Roumanie. 

On  cite  à  Zurich  des  faits  précis,  prouvant  que  des 
désaccords  profonds  se  font  jour  entre  l'armée  alle- 
mande et  l'armée  austro-hongroise. 

Le  nouveau  parti  de  l'indépendance,  constitué  en 
Hongrie  par  Karolyi,  réclame  l'institution  d'une  juri- 
diction internationale,  avec  obligation  d'y  avoir  re- 
cours. 

Mercredi  26  juillet.  —  Les  Anglais  prennent 
des  tranchées  à  l'est  de  Pozières. 

Une  offensive  allemande  est  repoussée  à  Kemmern 
(golfe  de  Riga). 

Des  troupes  turques  sont  arrivées  en  Galicie  pour 
soutenir  les  Autrichiens. 

Dans  la  nuit  du  25  au  26,  nos  avions  bombardent  les 
établissementsmilitaires  de  Thionville. 


28  CHRONOLOGIE    DE    LA.   GUERRE 

Le  Dreslaa,  se  dirigeant  vers  Novorossyisk,  est  mis 
en  fuite  par  une  escadre  russe. 

Tumulte  dans  une  réunion  socialiste  a  Francfort; 
on  empêche  Scheidemann  de  parler. 

F.  VVeill,  ex-député  socialiste  au  Reichstag,  dit  au 
Dailij  Mail  que  l'atmosphère  politique  faisant  complè- 
tement défaut  en  Allemagne,  il  ne  faut  pas  croire  k  la 
f)ossibilité  d'une  révolution.  Les  résultats  obtenus  sur 
es  champs  de  bataille  briseront  seuls  l'orgueil  des 
hobereaux. 

Le  Times  confirme  que  le  massacre  de  plus  d'un  mil- 
lion d'Arméniens  a  eu  lieu  par  ordre  de  Constantinople 
et  a  été  exécuté  avec  l'aide  d'officiers  allemands  (Z'e/n/)S 
du  28). 

Le  total  des  crédits  de  guerre  votés  par  le  Parlement 
britannique  s'élève  à  70  milliards  5oo  millions. 

Les  États-Unis  envoient  une  note  à  l'Angleterre,  pro- 
testant contre  l'inscription  de  maisons  américaines  sur 
«  la  liste  noire  »  publiée  à  Londres  (maisons  avec  les- 
quelles les  Anglais  ne  doivent  pas  commercer). 

On  écrit  au  Daily  Mail  que  les  champs  labourés  par  des 
obus  augmentent  merveilleusement  de  force  productrice, 
même  quand  ils  étaient  presque  stériles. 

Jeudi  27  juillet.  —  Les  Anglais  chassent  les  Alle- 
mands du  bois  Delville. 

On  signale  k  Amsterdam  de  grands  mouvements  de 
troupes  allemandes  en  Belgique. 

Une  reconnaissance  russe  enlève  une  tranchée  en 
Champagne  près  de  Hauterive. 

«  Quand  l'histoire  de  la  grande  guerre  pourra  être  écrite, 
aucun  chapitre,  si  ce  n'est  celui  des  actions  décisives,  ne 
prendra  autant  de  relief  que  celui  de  la  prise  et  de  la  ferme- 
ture par  les  Italiens  de  la  muraille  des  Alpes.  »  (Hilaire  Belloc, 
Land  and  Water,  p.  8.) 

Les  Serbes  attaquent  les  Bulgares  en  territoire  grec, 
au  nord  de  Vodena. 

Famine  et  choléra  à  Constantinople. 

Les  Russes  franchissent  la  Boldourovka,  affluent  du 


JUILLET   1916  29 

Styr(2.5oo  prisonniers).  Les  Autrichiens  évacuent  Rad- 
zivlov. 

Une  violente  offensive  turque  vers  Mossoul  est 
repoussée. 

Le  chérif  Je  La  Mecque  a  pris  Yambo,  avec  toute  la 
garnison  turque. 

Bombes  allemandes  sur  Crépy-en-Valois  ;  bombes 
autrichiennes  sur  Bari,  Molfetta,  Otrante,  Mola  di  Bari. 
Les  Allemands  bombardent  la  station  aérienne  russe  de 
l'île  d'Oesel. 

Un  groupe  d'intellectuels  hollandais  adresse  aux  pays 
neutres  un  appel  relatif  au  sort  de  la  Belgique;  il  s'agit 
de  soutenir  ceux  qui,  en  Allemagne,  combattent  les  pro- 
jets d'annexion. 

L'Angleterre  a  acheté  toute  la  récolte  des  pommes  de 
terre  en  Hollande. 

Les  blés  de  Bohême  ont  été  très  éprouvés  par  la 
grêle. 

Les  Allemands  jugent  et  fusillent  Fryatt,  capitaine 
de  paquebot,  pour  avoir  essayé  de  couler  un  sous-marin 
le  28  mars. 

«  Rendre  impossible  pour  toujours  une  pareille  tuerie  !  La 
rendre  impossible  en  instituant  une  justice  internationale 
(jui  aura,  pour  faire  exécuter  ses  arrêts,  la  police  interna- 
tionale constituée  par  l'armée  des  Alliés^  par  l'armée  du  droit  ! 
Dans  cette  milice  [sainte,  le  peuple  allemand  aura  sa  place, 
quand  il  en  sera  digne.  »  (G.  Hervé,  La  Victoire.') 

Vendredi  28  juillet.  —  Les  tentatives  allemandes 
pour  reprendre  le  bois  Delville  sont  repoussées.  Les 
Anglais  progressent  au  nord  et  au  nord-est  de  Pozières, 
malgré  une  résistance  acharnée,  et  occupent  les  der- 
nières positions  fortifiées  de  Longueval. 

Le  nombre  des  déserteurs  allemands  en  Hollande 
s'accroît  ;  on  signale  un  poste  allemand  de  1 1  hommes 
qui  s'est  rendu  avec  un  sous-officier,  titulaire  de  la  croix 
de  fer. 

Les  Français  repoussent  deux  attaques  allemandes 
au  sud  du  col  de  Sainte-lMarie  (Vosges). 

Les  Russes  amènent  des  renforts  dans  le  secteur  de 
Riga. 


30  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

A  l'ouest  de  Lutsk,  ils  enfoncent  le  front  austro-alle- 
mand. Après  une  bataille  acharnée ,  ils  occupent 
Brodj.  Ce  jour,  ils  ont  pris  20.5oo  hommes  et  55  ca- 
nons. 

Le  Sénat  américain  a  voté  i  milliard  56o  millions 
pour  accroître  la  marine  et  l'armée. 

Des  sous-marins  allemands  ont  coulé  huit  bateaux 
de  pêche  dans  la  mer  du  Nord. 

Le  Temps  publie  une  lettre  de  Lille ,  datée  du 
3o  avril,  relatant  d'abominables  enlèvements  de  jeunes 
gens,  envoyés  au  loin  pour  cultiver  la  terre  ;  des  Alle- 
mands eux-mêmes  se  montraient  indignés  de  la  besogne 
infâme  qu'on  leur  imposait.  Le  Gouvernement  français 
proteste  contre  ces  déportations  de  civils  {\o\v\q Matin 
du  29). 

On  assure  que  483  millions  de  marks  ont  été  payés 
pour  la  remise  en  état  du  territoire  de  la  Prusse  Orien- 
tale occupé  temporairement  par  les  Russes. 

Nicolas  de  Grèce  est  parti  de  Petrograd  pour  le 
quartier  général  russe,  où  il  doit  être  reçu  par  le  Tsar. 

Les  Etats  Scandinaves  ont  protesté  contre  l'abrogation 
de  la  Déclaration  de  Londres. 

On  annonce  qu'un  maire  bavarois  a  refusé  des  cartes 
de  viande  et  de  pain  aux  Prussiens  de  passage. 

Kitchener  proposait  d'exclure  les  Allemands  de  la  Grande- 
Bretagne  et  de  ses  colonies  pendant  vingt  et  un  ans.  Sir 
G.  Forster,  ministre  canadien,  propose  aussi  de  mettre  l'Al- 
lemagne en  quarantaine  pendant  une  génération.  «  Je  ne 
suis  pas,  dit-il,  un  apôtre  de  la  haine,  mais  j'ai  de  la  mémoire.  » 
{DaihjMail,  3i  juillet.) 

Samedi  29  juillet.  —  Les  Anglais  pénètrent  dans 
les  tranchées  allemandes  au  sud  d'Ypres  et  dans  le 
saillant  de  Loos;  ils  repoussent  deux  coups  de  main 
allemands  vers  la  redoute  Hohenzollern. 

Les  Autrichiens  eni^ôlent  de  force  les  Serbes  valides 
pour  les  envoyer  en  Galicie;  ils  abattent  des  forêts 
en  Serbie. 

Le  choléra  étant  dans  l'armée  bulgare,  la  Grèce 
prend  des  précautions  à  la  frontière. 


JUILLET    1916  31 

a  Quand  oa  publiera  le  traité  d'alliance  conclu  après  la 
guerre  balkanique,  on  constatera  que  la  Grèce  s'est  couverte 
de  honte.  Il  nous  eût  été  possible  de  sauver  les  Serbes,  car, 
avec  le  concours  des  Alliés,  nous  aurions  pu  écraser  la  Bul- 
garie et  empêcher  la  jonction  de  ses  armées  avec  celles  de 
l'Europe  centrale.  »  (^Kijrix,  journal  de  Venizelos.) 

Les  Russes  rompent  de  nouveau  le  front  ennemi  dans 
la  direction  de  Kovel. 

Progrès  russes  à  l'est  et  au  sud  d'Erzindjan. 

Douze  dirigeables  lancent  82  bombes  sur  la  côte 
orientale  de  l'Angleterre  ;  pas  de  victimes. 

Guynemer  abat  son  onzième  avion. 

La  Cour  fédérale  a  décidé  que  VAppam  n'est  pas 
prise  de  guerre  et  doit  être  rendu  aux  autorités  britan- 
niques. 

On  a  appris  à  Londres  que  l'assassinat  juridique  du 
capitaine  Fryatt  a  été  sanctionné  par  l'Empereur.  On 
demande  que  les  assassins  soient  jugés  k  leur  tour. 

Le  Daily  Mail  suggère  la  confiscation  des  biens  des 
Allemands  en  Angleterre.  Les  appels  k  la  décence  et  à 
l'humanité  sont  inutiles,  ces  sentiments  étant  inconnus 
des  Huns.  On  pourrait  aussi  bien  envoyer  des  billets 
doux  à  un  tigre. 

Les  États-Unis  publient  une  note  déclarant  que  l'Alle- 
magne a  refusé  les  propositions  de  l'Angleterre  et  de  la 
France  de  laisser  passer  des  vivres  américains  destinés 
à  la  Pologne. 

Le  Journal  de  Genève  dit  qu'en  Allemagne  on  com- 
mence à  croire  que  l'heure  de  la  Roumanie  a  sonné. 

Une  note  officieuse  dit  qu'il  y  a  3o  divisions  turques 
dans  le  Caucase,  8  en  Arabie  et  en  Syrie,  10  dans  le 
reste  de  l'Empire,  en  tout  48-  Les  ressoui'ces  en  hommes 
paraissent  épuisées. 

Dimanche  30  juillet.  —  L'ofïensive  française 
reprend  au  nord  de  la  Somme  ;  on  enlève  3. 800  mètres 
de  tranchées  vers  Maurepas-Monacu,  tandis  que  les 
Anglais  avancent  à  l'est  du  bois  Delville. 

Violente  attaque  autrichienne  repoussée  dans  la  zone 
de  Tofana. 

Premier  débarquement  de  troupes  russes  à  Salonique. 


32  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Depuis  huit  semaines,  les  Russes  ont  fait  3oo.ooo  pri- 
sonniers. 

On  prétend  qu'une  forte  armée  russe  est  concentrée 
en  Bessarabie,  prête  à  attaquer  la  Bulgarie  en  passant 
par  la  Roumanie. 

On  annonce  que  les  Français  sont  pourvus  de  fusils- 
mitrailleuses. 

Les  Allemands  ont,  dit-on,  122  divisions  sur  le  front 
anglo-français  ;  ils  ont  concentré  3oo  batteries  sur  la 
Somme. 

A  New- York,  cent  wagons  de  munitions  sautent  dans 
les  docks  de  Leighvalley  ;  nombreux  morts,  126  mil- 
lions de  dégâts. 

Commémoration  de  la  mort  de  Jaurès  au  Trocadéro.  Van- 
dervelde  dit  :  «  Je  n'ai,  nous  n'avons  qu'une  crainte  :  ce  n'est 
pas  que  la  victoire  nous  échappe,  mais  bien  que  notre  propre 
victoire  nous  domine.  Il  y  a  quelque  part  chez  Nietzsche,  le 
grand  Allemand  qui,  plus  que  personne,  détesta  le  milita- 
risme prussien^  un  mot  admirable  :  «  Celui  qui  lutte  contre 
«  des  monstres  doit  prendre  garde  de  ne  pas  devenir  monstre 
«  lui-même.  » 

Des  professeurs  de  l'Université  de  Berlin,  entre  autres 
Ed.  Meyer  et  Wilamowitz,  adressent  un  appel  au  peuple 
allemand,  affirmant  le  pacifisme  de  l'Allemagne,  mais  deman- 
dant que  la  paix  future  soit  marquée  par  un  accroissement 
de  puissance,  une  extension  du  domaine  allemand. 

La  Gazette  de  Francfort  dit  que  la  situation  des  Empires 
alliés  serait  très  grave  s'ils  ne  pouvaient  compter  sur  une 
grosse  indemnité  de  guerre. 

Le  Pape  a  reçu  une  délégation  de  jeunes  gens  de 
Rome  ;  le  Temps  écrit  : 

«  Le  point  de  vue  pontifical  reste  tel  qu'on  l'a  connu  depuis 
deux  ans  :  gémir,  prier,  ne  pas  juger...  Le  souverain  pon- 
tife est  neutre,  ce  qui  convient  mal  à  un  souverain  spirituel. 
Benoît  XV  doit  se  demander  si,  par  sa  politique  présente,  il 
ne  prépare  pas  des  églises  nationales.  La  neutralité  du  Pape 
est  une  défaite  de  la  Papauté.  » 

Une  ligue  dite  League  of  Britons  s'est  formée  dans 
le  dessein  de  faire  juger  le  Kaiser  et  ses  complices  pour 
l'assassinat  de  Fryatt  et  leurs  autres  crimes. 

Indignés  de  l'exécution  de  Fryatt,  des  habitants  de 


JUILLET    1916  33 

Rotterdam  manifestent  devant  le  consul  allemand   en 
criant  :  «  A  bas  l'Allemagne  !  » 

«  L'Empire  de  refficacité  a  commencé  la  guerre  du  terro- 
risme le  i^'  août  igiA-  I-'C  i^''  août  igiS,  les  perspectives 
de  la  liberté  et  de  la  démocratie  étaient  très  sombres.  La 
seconde  année  se  terminera  mardi  ;  Taube  paraît.  »  {New-York 
limes.) 

Lundi  31  juillet.  —  Proclamation  de  Guillaume  II 
et  rescrit  de  François-Joseph.  Guillaume  fait  observer 
que  la  puissance  et  la  volonté  de  l'ennemi  ne  sont  pas 
encore  Drisées. 

Les  Anglais  repoussent  une  attaque  sur  Bazentin-le- 
Petit. 

La  canonnade  augmente  sur  la  rive  droite  de  la 
Meuse. 

Le  ministre  d'Allemagne  fait  une  démarche  commi-- 
natoire  à  Bucarest  «  pour  arrêter  le  Gouvernement  rou- 
main avant  qu'il  fasse  un  saut  dans  l'abîme  au  fond 
duquel  deux  rois  balkaniques  reposent,  les  os  brisés  ». 
(Journal  de  Genève  du  2  août,  d'après  les  Dernières 
Nouvelles  de  Munich.) 

On  s'inquiète,  à  Bucarest,  de  la  propagande  anti- 
roumaine faite  par  les  Bulgares  dans  la  Dobrudja. 

Les  Russes  font  prisonnier  tout  un  régiment  hon- 
grois sur  le  Stokhod.  Ils  franchissent  à  la  nage  la 
rivière  Koropetz. 

Des  avions  anglais  lancent  7  tonnes  de  projectiles 
sur  les  lignes  de  communication  et  les  cantonnements 
allemands. 

La  passe  du  Sund  ayant  été  fermée  par  la  Suède, 
des  navires  anglais  sont  embouteillés  dans  la  Baltique. 

Au  Parlement  anglais,  à  propos  de  l'assassinat  de 
Frjatt,  Carson  demande  le  vote  d'une  loi  déclarant  que 
le  peuple  allemand  ne  sera  pas  admis  dans  la  commu- 
nauté des  nations  avant  la  réparation  de  ses  crimes. 

Les  perles  prussiennes  atteignent  2.844-ooo  hommes, 
les  pertes  allemandes  3. 1 53. 000,  dont  800.000  tués, 
890.000  disparus,  1.970.000  blessés  (jusqu'au  i"  juil- 
let). 

128,    CHRONOLOGIE   DE   LA    GUERRE  3 


34  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 


AOUT    1916 


Mardi  i^^  août.  —  Violentes  attaques  allemandes 
à  l'ouest  et  au  sud  de  Thiaumont,  ainsi  que  sur  le  front 
Vaux-Chapitre — Le  Chénois. 

L'insurrection  s'aggrave  en  Albanie,  par  suite  des 
attentats  des  soldats  bulgares  contre  les  femmes. 

Bataille  furieuse  sur  le  Stokhod. 

La  cession  des  Antilles  aux  États-Unis  rencontre 
une  forte  opposition  au  Danemark. 

Hughes,  candidat  à  la  présidence  des  États-Unis, 
s'élève  contre  les  intrigues  étrangères  sur  le  sol  de 
l'Amérique  et  demande  des  mesures  énergiques  pour 
les  empêcher. 

Trente-trois  combats  aériens  sur  le  front  de  la 
Somme;  i5  appareils  allemands  sont  touchés. 

Dans  la  nuit  du  3i,  sept  dirigeables  ont  jeté  60  bom- 
bes sur  sept  comtés  anglais  de  l'est  et  du  sud-est,  sans 
faire  de  victimes  ;  ils  ont  aussi  jeté  des  torpilles 
aériennes  (82=  raid). 

Vin  jt-quatre  avions  italiens  bombardent  les  bâtiments 
militaires  de  Fiume  et  de  Volosca. 

Le  sous-marin  commercial  Deutschland  a  quitté  les 
États-Unis,  avec  une  cargaison  de  nickel,  de  caout- 
chouc et  d'or. 

Par  suite  de  la  guerre  sous-marine,  les  Alliés  et  les 
neutres  ont  perdu  au  mois  de  juillet  98.000  tonnes. 

Toutes  les  frontières  de  l'Allemagne  sont  fermées 
jusqu'à  nouvel  ordre,  même  du  côté  Scandinave. 

L'Italie  dénonce  le  traité  de  commerce  qui,  si^né  en 
1891  et  renouvelé  en  1904,  la  rendait  tributaire  de 
l'Allemagne. 

Le  président  Poincaré  adresse  une  lettre  aux  soldats 
de  France  : 

«  Gloire   à  Verdun,  qui  a  préparé  l'action  commune  des 


AOUT  1916  35 

années  alliées  !  Gloire  à  vous,  mes  amis,  qui  avez  sauvé  la 
France  et  vengé  le  droit  insulté  !  » 

A  l'occasion  du  deuxième  anniversaire  de  la  déclara- 
tion de  gueiTe  à  la  Russie,  Donnay  écrit  dans  le 
Figaro  : 

«  Il  fallait  peut-être  que  Guillaume  II  déchaînât  cette  guerre 
horrible  pour  inspirer  au  monde  une  définitive  horreur  de  la 
guerre.  Une  telle  guerre  avance  sans  doute  l'ère  de  bonheur 
et  de  paix  que  les  hommes  de  bonne  volonté  espèrent  depuis 
des  siècles.  Après  ce  tremblement  de  la  civilisation,  ces 
hommes-là  pourront  prêcher  par  toute  la  terre  la  douceur  et 
la  fraternité  avec  l'espoir  d'être  entendus.  » 

«  Le  traité  qu'on  signera  en  191 7  ne  sera  pas  un  traité  ordi- 
naire. On  a  dit  qu'il  s'agira  d'arracher  les  dents  à  l'Alle- 
magne; c'est  vrai,  ne  l'oublions  pas.  Une  Allemagne  .vaincue, 
mais  capable  de  préparer  et  de  faire  la  guerre,  serait  la 
condamnation  des  Alliés  et  un  outrage  à  leurs  morts.  » 
(Temps.) 

Les  journaux  allemands  consacrent  des  articles  au  début 
de  la  troisième  année  de  la  guerre  et  disent  qu'il  faut  tenir. 
«  Nous  n'avons  pas  de  pitié  à  attendre  »,  écrit  la  Gazette  de 
Cologne. 

Il  y  a  4.002  usines  de  munitions  contrôlées  en  Angle- 
terre. 

Dans  le  Mercure,  Jules  Chopin  prétend  savoir  que  le  com- 
plot de  Serajevo  fut  tramé  par  l'archiduc  François-Ferdinand 
lui-même;  il  voulait  0  sa  guerre  »  et  il  avait  reçu  carte 
blanche  de  Guillaume  II  à  Konopischt.  Le  premier  attentat, 
petit  projectile  à  détonation  faible,  fut  l'œuvre  de  Cabri- 
novitch,  fils  d'un  mouchard  autrichien.  C'est  cet  attentat 
qui  devait  être  exploité.  Le  second  fut  commis  par  Prinkip, 
tout  jeune  homme,  qui  tua  le  couple  impérial  à  coups  de 
revolver;   cet  attentat,  fruit  du  fanatisme,  ne  pouvait  être 

Prévu,  l'auto  du  prince  ayant  passé  par  un  endroit  où  on  ne 
attendait  pas.  L'archiduc,  organisateur  d'un  complot  man- 
qué, fut  victime  du  fanatisme  d'un  isolé  (Cf.  Temps  du  2). 

«  Le  dumping  peut  se  retourner  contre  le  pays  qui  le  pra- 
tique et  favoriser  au  contraire  l'industrie  du  pays  importa- 
teur... Quand  la  Conférence  économique  a  décidé  d'adopter 
un  régime  spécial  pour  permettre  de  lutter  contre  toute  ten- 
tative de  dumping,  elle  a  imposé  aux  plénipotentiaires 
futurs  une  tâche  plus  difficile  qu'on  ne  croit.  »  (Ch.  Gide, 
L'Emancipation  y  p.  107.) 


36  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Mercredi  2  août.  —  Le  roi  de  Monténégro  rend 
visite  au  Président  de  la  République. 

Les  Allemands  ont  un  peu  progressé  au  bois  de  Vaux- 
Chapitre  et  au  Chénois;  les  Français  ont  avancé  sérieu- 
sement au  sud  de  Fleury  et  fait  700  prisonniers. 

Les  Allemands  attaquent  avec  des  gaz  près  de  Smor- 
goni,  mais  sont  repoussés. 

Le  colonel  Feyler  écrit  : 

«  Quelqu'un  ment  de  nouveau.  Est-ce  Petrograd  en  annon- 
çant les  victoires  de  Lutsk  et  de  Brody  ?  Est-ce  Vienne  et 
Berlin  en  les  contestant?  », 

Des  avions  alliés  bombardent  un  aérodrome  et  des 
dépôts  de  munitions  dans  la  région  de  Gand. 

Le  grand  cuirassé  italien  Léo/zarc^c^e  Fmc/ est  détruit 
par  un  incendie  et  une  explosion;  200  morts.  On  croit 
à  un  crime. 

D'après  certains  avis,  le  Bremen  aurait  été  pris  dans 
les   filets  de  la  Manche  (New-York  Herald,    i^'  oct. 

Un  submersible  italien  torpille  un  contre-torpilleur 
autrichien  dans  l'Adriatique. 

De  nouvelles  troupes  russes  ont  débarqué  à  Brest. 

L'encaisse  du  Trésor  public  à  Washington  atteint 
près  de  12  milliards. 

On  publie  à  Londres  des  documents  officiels  sur  les 
atrocités  commises  en  Afrique  par  les  Allemands  :  tor- 
tures infligées  aux  indigènes,  puits  empoisonnés  avec 
de  l'arsenic  (Sud-Ouest  africain). 

Le  Gouvernement  français  distribue  aux  neutres  un 
recueil  de  documents  sur  la  conduite  des  autorités  alle- 
mauides  dans  les  départements  occupés. 

Un  décret  du  Conseil  fédéral  allemand  autorise  le 
Chancelier  à  ordonner  la  liquidation  forcée  des  entre- 
prises dont  le  capital  appartient  en  majorité  à  des 
ressortissants  britanniques. 

Th.  WoliT  écrit  dajis  le  Berliner  Tageblatt  : 

«  Après  que  la  terreur  des  événements  aura  pour  toujours 
effacé  le  mot  de  poésie  de  la  guerre,  il  sera  nécessaire  qu'on 
mette  fin  à  une  théorie  comme  celle  de  la  guerre  inévitable.  » 

Le  groupe  hongrois  indépendant  (Karolyi)  réclame 


AOUT  1916  37 

la  constitution  d'une  armée  hongroise  séparée,  réservée 
à  la  défense  du  territoire  national. 

Parlant  à  l'ouverture  de  la  session  d'été  à  Cambridge, 
Lord  Robert  Cecil  a  dit  : 

«  Les  hommes  d'Etat  d'Allemagne  sont  des  menteurs,  les 
officiers  des  brutes,  les  marchands  des  fripons.   » 

«  On  ne  pouvait  pas  se  donner  tout  de  suite  les  canons  qui 
manquaient  ;  mais  tout  de  suite  on  pouvait  se  donner  la  force 
d'àme  qu'il  fallait  pour  tenir,  en  attendant  qu'on  eût  aussi  les 
canons.  »  (Bergson,  Figaro.) 

Jeudi  3  août.  —  Violents  combats  sur  le  front 
Thiaumont — Fleury.  Les  Allemands  reprennent  le  sud 
de  Fleury;  nous'^  prenons  Thiaumont,  mais  devons 
l'évacuer  sous  un  bombardement  intense. 

La  Epoca  de  Bucarest  publie  en  fac-similé  une  lettre 
adressée  à  Marghiloman  par  un  député  autrichien,  annon- 
çant qu'il  avait  transmis  sa  lettre  au  comte  Tisza.  Dans  cette 
lettre  il  est  dit  que  Marghiloman  était  «  beaucoup  plus  que 
les  dieux  en  faveur  de  l'Autriche  »  et  que  Marghiloman  et 
Tisza  se  préparaient  à  combattre  l'ennemi  commun.  Cette 
publication  crée  une  grande  sensation. 

Chute  de  grêle  dans  la  région  de  Larissa,  détruisant 
les  oliviers  et  les  plants  de  tabac. 

Dousmanis  a  été  mis  en  congé  par  Zaïmis.  Il  est 
accusé  d'avoir  remis  aux  Bulgares  le  fort  Rupel  à  l'insu 
du  roi. 

Hindenburg  est  nommé  généralissime  sur  le  front 
russe,  où  la  lutte  continue  avec  acharnement  sur  le 
Stokhod.  Les  Russes  ont  dû  abandonner  Rudka-Mirnis- 
kaya  sur  le  Stavok,  affluent  de  gauche  du  Stokhod, 
après  avoir  enlevé  ce  village  avec  6oo  prisonniers. 

Guynemer  abat  son  douzième  avion. 

Nouveau  raid  de  dirigeables  sur  l'est  de  l'Angleterre, 
dans  la  nuit  du  2  au  3;  peu  de  dommages. 

Au  Parlement,  Pemberton-Billing  demande  des 
représailles  par  la  voie  des  airs. 

C.  von  Wiegand  dit  que  deux  des  dirigeables  qui  ont 
survolé  l'Angleterre  font  190  kilomètres  à  l'heure  et 
sont  d'une  grandeur  sans  précédent. 


38  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

La  Hollande  se  plaint  d'être  survolée  sans  cesse  par 
des  dirigeables  allemands. 

Une  poudrière  allennande  fait  explosion  à  Givet 
(4o  morts). 

Roger  Gasement  a  été  exécuté,  après  avoir  reconnu 
que  sa  condamnation  était  juste. 

A.  Pollen  écrit  dans  Land  and  Water  (p.  2)  : 

«  Excepté  le  cannibalisme,  il  n'y  a  pas  de  crime  contre 
l'humanité  que  les  Teutons  n'aient  commis  depuis  deux  ans. 
Le  terrorisme  de  l'Allemagne  a  pour  objet  d'associer  le 
peuple  entier  à  la  dynastie,  afin  qu'il  se  défende  jusqu'au 
bout  avec  elle,  au  lieu  de  chercher  son  salut  en  la  rejetant.  » 

«  Nous  n'entendons  pas  faire  de  la  paix  une  trêve  entre 
deux  carnages.  Mais  on  ne  négocie  pas  avec  celui  qui  a 
prémédité,  voulu,  commandé  tous  ces  crimes.  On  le  juge.  » 
(Polybe,  Figaro.) 

«  On  ne  parlera  plus  chez  nous  de  la  dégénérescence  du 
peuple  français.  Dans  les  peuples,  comme  dans  chaque  orga- 
nisme, vit  une  force  de  renouvellement  qui  en  France  aussi 
s'est  conservée,  malgré  tous  les  signes  de  décadence.  Deux 
ans  de  guerre  nous  ont  appris  combien  reste  dangereux  cet 
irréconciliable  ennemi.  Une  autre  surprise  de  cette  guerre  est 
qu'elle  ait  amené  l'Angleterre  au  changement  le  plus  profond 
de  son  histoire  moderne,  à  l'introduction  du  service  obliga- 
toire. Un  jugement  équitable  reconnaîtra  la  grandeur  de  ce 
sacrific'e,  que  les  Anglais  eux-mêmes  n'avaient  jamais  rêvé. 
Rien  ne  montre  mieux  combien  est  sérieux,  chez  nos  enne- 
mis, le  dessein  de  nous  anéantir.  »  {Gazette  de  Cologne.) 

Vendredi  4  août.  ■ —  Les  Anglais,  au  nord  de 
Pozières,  ont  pris  sur  un  front  de  2.000  mètres  la  posi- 
tion principale  allemande  de  deuxième  ligne  et  fait 
plusieurs  centaines  de  prisonniers. 

Pour  la  seconde  fois,  en  douze  heures,  les  Français 
ont  pris  Thiaumont  et  Fleury  (en  grande  partie). 

Commencement  de  l'offensive  italienne  sur  l'Isonzo. 
Une  ligne  de  tranchées  est  enlevée  a  l'est  deMonfalcone. 

La  Roumanie  est  disposée  à  entrer  en  campagne.  Le 
Roi  et  Bratiano  quittent  Bucarest  pour  ne  pas  alarmer 
l'opinion. 

Violents  combats  sur  le  Sereth;  les  Russes  passent 
sur  la  rive  droite  vei\s  Peniaki,  mais  perdent  du  tei'- 
rain  au  sud-est  de  Kuty. 


AOUT  1916  39 

On  dit  que  les  autorités  et  la  population  civile 
évacuent  Lemberg. 

Moraht  {Berliner  Tageblatt)  déclare  que  les  Alle- 
mands aiment  mieux  reculer  graduellement  sur  le  front 
oriental  et  renoncer  ainsi  aux  applaudissements  des 
lecteurs  des  communiqués. 

Jusqu'à  ce  jour,  les  Russes  ont  pris  aux  Autrichiens 
35o.ooo  hommes,  7.100  officiers,  5o4  canons  (dont 
5o  lourds)  et  1.200  mitrailleuses. 

Dans  la  nuit  du  3  au  4>  i4-ooo  Turcs  attaquent 
Romani  à  i4  kilomètres  de  Port-Saïd  et  perdent,  par 
une  contre-attaque  (le  5),  2.600  prisonniers  et  4  canons. 

Attaque  de  dirigeables  sur  Sveaborg. 

Un  sous-marin  aux  couleurs  autrichiennes  a  coulé 
en  Méditerranée  le  paquebot  italien  Letimbro  et  tiré 
sur  les  embarcations  de  sauvetage.  De  178  personnes 
à  bord,  il  n'y  a  que  28  survivants.  Le  crime  est  aussi 
horrible  que  celui  du  Lusitania. 

A  partir  de  ce  jour,  la  vente  de  la  viande  est  inter- 
dite en  Russie  pendant  quatre  jours  de  la  semaine. 

Kautsky,  dans  le  Vorwârts,  propose  de  réunir  une 
assemblée  des  délégués  du  socialisme  international  pour 
élaborer  un  programme  de  paix. 

Le  Journal  de  Genève  résume  un  livre  de  Chéradame,  Le 
Plan  pangermaniste,  d'après  lequel  la  «  paix  blanche  » 
serait  pour  les  Alliés  un  piège  mortel.  Maîtresse  de  l'Au- 
triche, de  la  Bulgarie,  de  la  Turquie,  l'Allemagne,  aurait 
formidablement  accru  sa  puissance,  tandis  que  les  Etats  de 
l'Entente  seraient  dans  une  situation  financière  presque 
désespérée. 

Dans  3.000  réunions  convoquées  sur  tous  les  points  de 
l'Empire  britannique,  en  mémoire  du  troisième  anniversaire 
de  la  guerre,  on  a  voté  un  ordre  du  jour  affirmant  la  volonté 
de  soutenir  la  lutte  à  tout  prix  jusqu'à  la  victoire  finale. 
«  Nous  voulons,  a  écrit  le  général  Haig,  une  paix  triom- 
phante. » 

Parlant  à  Queen's  Hall,  Asquith  a  pris  l'engagement 
de  punir  les  auteurs  des  atrocités  allemandes. 

Vandervelde  dit  que  la  Belgique,  ne  pouvant  arrêter 
le  train  allemand,  a  été  du  moins  la  pierre  qui  l'a  fait 
dérailler. 


40  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Samedi  5  août.  —  Progrès  anglais  à  l'ouest  de 
Pozières. 

Malgré  des  contre-attaques,  nous  gardons  Thiaumont 
et  une  grande  partie  de  Fleury.  Deux  puissantes  atta- 
ques sur  le  bois  de  Vaux-Chapitre  sont  repoussées. 

L'Italie  accepte  les  boy-scouts  comme  estafettes  dans 
les  services  de  l'arrière. 

A  la  suite  d'incidents  de  frontière,  les  rapports  bul- 
garo-roumaius  sont  tendus. 

Les  Russes  rencontrent  une  vive  résistance  dans  la 
boucle  du  Stokhod,  à  l'est  de  Kolki  et  k  l'ouest  de 
Kimpolung  dans  les  Carpathes.  Au  sud  de  Brody,  ils  font 
1.200  prisonniers. 

Près  de  Lissa,  un  dirigeable  italien  prend  feu  et 
tombe  à  la  mer  carbonisé. 

Tirpitz  adresse  une  lettre  ouverte  à  la  Gazette  de  la 
Croix,  demandant  la  reprise  de  la  guerre  sous-marine 
à  outrance. 

Les  États-Unis  interrogent  l'Allemagne  sur  le  torpil- 
lage du  Letimbro. 

JofTre  dit  à  des  correspondants  américains  que  les 
effectifs  français  sur  le  front  sont  supérieurs  à  ceux  du 
début  de  la  guerre. 

Depuis  le  4  juin,  sur  les  fronts  franco-anglais  et  russe, 
les  Austro-Allemands  ont  perdu  38o.ooo  prisonniers, 
870.000  tués  et  blessés,  soit  760.000  hommes,  dont 
600.000  définitivement  hors  de  combat,  plus  600  canons 
et  i.5oo  mitrailleuses. 

Les  Etats-Unis  sont  menacés  d'une  grève  générale  de 
transports. 

On  raconte  à  Berne  que,  l'empereur  Guillaume  ayant 
demandé  à  la  supérieure  des  Bénédictines  de  Namur  com- 
ment il  pourrait  lui  être  agréable,  celle-ci  a  répondu  :  «  Je 
ne  veux  rien  devoir  aux  oppresseurs  de  mon  pays.  » 

Dimanche  6  août.  —  Violentes  attaques  alle- 
mandes, avec  liquides  enflammés,  sur  les  positions 
conquises  par  les  Anglais  au  nord-ouest  de  Pozières. 
Grande  activité  de  l'artillerie  vers  Carency  et  Loos. 

Les  Français  repoussent  des  attaques  sur  Thiaumont 
et  le  bois  de  Vaux-Chapitre. 


AOUT  1916  41 

On  affirme  à  Rome  ([ii'il  existe  à  Athènes  des  preuves 
écrites  de  la  trahison  de  Dousmanis  (livraison  du  fort 
Rupel  aux  Bulgares). 

Les  Dernières  Nouvelles  de  Munich  disent  tenir  de 
source  bulgare  la  teneur  d'une  convention  militaire 
entre  la  Roumanie  et  la  Russie. 

Victoire  russe  au  sud  de  Brody,  sur  les  rivières  Gra- 
berka  et  Sereth.  Les  Russes  prennent  six  villages  et 
font  3.100  prisonniers.  Du  4  au  6,  ils  ont  pris  8.600 
hommes,  4  canons  et  19  mitrailleuses. 

Pressés  par  les  Turcs,  les  Russes  se  replient  à  l'est 
de  Kirmanshah.  Les  Turcs,  aidés  par  les  Kurdes,  atta- 
quent violemment  dans  la  région  de  Bitlis, 

Lundi  7  août.  —  Les  Français  prennent  une  ligne 
de  tranchées  entre  le  bois  de  Hem  et  la  rivière,  à  1  est 
de  la  ferme  Monacu  ;  ils  progressent  au  sud  de  Thiau- 
mont  et  dans  l'ouest  de  Fleury. 

L'offensive  italienne  à  l'est  de  Monfalcone  se  poursuit; 
le  6  et  le  7,  les  Italiens  ont  pris  8.000  hommes,  11  ca- 
nons et  une  centaine  de  mitrailleuses.  Des  incendies  se 
sont  déclarés  à  Gorizia.  Pendant  l'action,  les  torpilleurs 
italiens  ont  bombardé  la  côte  entre  Duino  et  Mira- 
mar. 

Prenant  l'offensive  sur  un  front  de  25  kilomètres  au 
sud  du  Dniester,  les  Russes  ont  pris  Tlumacz;  une 
division  russe  a  capturé  2.000  Allemands  et  beaucoup 
de  canons.  Les  Russes  ont  employé  des  obus  qui  anes- 
thésiaient  les  artilleurs  ennemis. 

Un  avion  lance  4  bombes  sur  Nancy  et  blesse 
5  civils. 

Le  Gouvernement  suédois  proteste  contre  les  torpil- 
lages répétés  de  navires  suédois  par  les  Allemands. 

Le  dépôt  d'artillerie  de  Rothenstein  (Prusse  Orien- 
tale) fait  explosion  (60  victimes). 

Au  cours  d'une  séance  solennelle,  les  Chambres 
portugaises  sont  informées  que  la  Grande-Bretagne 
accepte  l'offre  d'une  armée  portugaise  et  spécifie  son 
concours  financier. 

A  la  majorité  de  1.824  voix  contre  676,  le  Conseil 


42  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

national  du  parti  socialiste  s'est  prononcé  contre  la 
reprise  immédiate  des  relations  internationales. 

Manifeste  des  intellectuels  argentins  en  faveur  des 
Alliés  (texte  dans  le  Temps,  i4  août). 

Llyod  George  dit  aux  troupes  canadiennes  que  le 
Canada  a  envoyé  en  Europe  autant  d'hommes  que  l'An- 

gleterre  en  a  envoyé  en  France  en  1914-  H  dit  qu'à  la 
ataille  d'Ypres  le  Canada  a  sauvé  Calais. 
On  dit  à  Rome  que  le  Pape  a  protesté  auprès  de 
Guillaume  II  contre  les  enlèvements  de  civils  opérés 
dans  le  nord. 

«  A  l'abri  de  tranchées  douanières  abondamment  garnies  de 
tarifs  protecteurs,  le  monde  civilisé  pourra  réorganiser  son 
industrie  et  se  défendre  contre  le  cambriolage  industriel  pré- 
médité par  les  Allemands.  »  (Houllevigue,  Temps.') 

Mardi  8  août.  —  Progrès  français,  le  7  et  le  8,  au 
nord  de  la  Somme,  sur  un  front  de  6  kilomètres  et  une 
profondeur  de  3oo-5oo  mètres. 

Les  Allemands  ont  repris  Thiaumont,  mais  ont  été 
arrêtés  le  long  de  la  route  de  Fleury  et  à  Fleury 
même.  Les  Français  ont  ensuite  repris  ce  qu'ils  avaient 
perdu  au  nord-ouest  et  au  sud  de  Thiaumont  et 
pénétré  à  nouveau  dans  l'ouvrage.  Sur  le  front  Vaux- 
Chapitre — Le  Chénois,  nous  avons  pris  deux  lignes  de 
tranchées. 

Les  Serbes  ont  repris  aux  Bulgares  les  positions 
avancées  que  ceux-ci  avaient  occupées  lors  de  la 
retraite  des  Grecs. 

Les  Russes  occupent  Tysmenitza,  prennent  7.600 
hommes,  5  canons,  63  mitrailleuses  et  arrivent  aux 
portes  de  Stanislau. 

Washburn,  correspondant  du  Times  sur  le  front 
russe,  écrit  que  les  Allemands  peuvent  être  avalés 
bouchée  par  bouchée,  mais  qu'il  ne  peut  être  question 
de  les  balayer  comme  le  furent  les  Autrichiens. 

Dans  le  Caucase,  les  Russes  reprennent  l'offensive  ; 
combats  acharnés  au  nord  de  la  licfne  Mush — Bitlis. 

Dans  la  nuit  de  mardi  à  mercredi,  dix  dirigeables  lan- 
cent 160  bombes  sur  l'Angleterre  (6  morts,  12  blessés). 


AOUT  1916  43 

La  Gazette  de  Lausanne  appelle  Briand  «  le  grand 
chef  civil  de  la  Quadruple  Entente  »  et  lui  attribue 
l'honneur  d'avoir  enfin  organisé  le  front  unique. 

Meeting  socialiste  à  Leipzig  ;  le  député  Geyer 
explique  la  cherté  par  l'influence  des  agrariens  et 
demande  une  paix  sans  annexion  ;  le  député  Libinski 
dit  que  l'Allemagne  a  fait  la  guerre  par  soif  de 
conquêtes  (Voir  L' Information  du  i3). 

Le  cardinal  Hartmann  a  répondu  à  la  protestation 
du  Pape  au  sujet  des  déportés  du  Nord,  en  alléguant 
qu'il  s  agit  de  remédier  aux  difficultés  d'alimenter  la 
population  ;  les  déportés  sont  occupés  aux  récoltes  et 
seront  ensuite  renvoyés  dans  leurs  foyers. 

La  Turquie  emprunte  5oo  millions  à  l'Allemagne. 
Elle  réquisitionne  les  femmes  des  musulmans  entre 
dix-huit  et  trente-cinq  ans,  pour  remplacer  les  fonc- 
tionnaires civils  appelés  sous  les  drapeaux. 

Mercredi  9  août.  —  Attaque  allemande  avec  gaz 
toxiques  sur  le  saillant  d'Ypres. 

Au  nord  de  la  Somme,  nous  reprenons  une  tranchée 
perdue  du  bois  de  Hem. 

Les  Allemands  reprennent  pied  à  Thiaumont;  ils 
attaquent  sans  succès  au  nord-ouest  d'Altkirch. 

Ayant  passé  l'Isonzo  dans  la  nuit  de  mardi  à  mer- 
crecfi,  les  Italiens  sont  entrés  mercredi  matin  àGorizia; 
ils  ont  repoussé  les  contre-attaques  autrichiennes  sur 
le  Carso,  entre  le  Mont-Saint-Michel  et  San-Martino. 
Rome  pavoise. 

Les  Français  ont  occupé  la  gare  de  Doiran. 

Une  grave  explosion  se  produit  dans  la  poudrerie  et 
fabrique  d'armes  de  Dudest,  près  de  Bucarest  ;  dégâts 
très  importants  (62  tués,  108  blessés). 

Après  des  combats  acharnés,  les  Russes  franchissent 
le  Koropetz  et  s'établissent  sur  la  rive  gauche. 

Des  hydravions  allemands  bombardent  des  monitors 
anglais  sur  les  côtes  de  Flandre  et  les  stations 
aériennes  russes  de  l'île  d'Oesel. 

Des  aéroplanes  de  la  marine  anglaise  bombardent 
les  hangars  de  dirigeables  d'Evere,  près  de  Bruxelles. 


44  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Des  avions  alliés  bombai^dent  les  ouvrages  de 
Namur. 

Dans  la  nuit  du  9,  des  avions  autrichiens  tuent  deux 
personnes  à  Venise  et  endommagent  gravement  Santa 
Maria  Formosa. 

L'Allemagne  ayant  interdit  le  trafic  dans  le  golfe  de 
Bothnie,  nombre  de  navires  suédois  ont  été  torpillés. 

Réunion  du  Conseil  fédéral  à  Berlin.  Le  Chancelier 
explique  que  la  guerre  sous-marine  à  outrance  entraî- 
nerait la  rupture  avec  les  Etats-Unis  et  que  d'ailleurs 
on  a  reconnu  l'inefficacité  de  ce  système  pour  affamer 
l'Angleterre. 

Un  ordre  (secret)  de  la  I""^  armée  allemande  fait 
connaître  que  beaucoup  de  pièces  éclatent  et  qu'une 
augmentation  du  ravitaillement  en  canons  et  en  obus 
n'est,  pour  le  moment,  pas  possible  {Temps  du  2  nov.). 

Les  négociations  économiques  des  délégués  suisses 
avec  l'Entente  n'ont  pas  abouti. 

Le  prix  des  vivres,  depuis  le  début  de  la  guerre,  a 
augmenté  en  Angleterre  de  65  °/o,  celui  des  autres 
objets  nécessaires  de  4o°/o- 

On  fait  observer  que  Guillaume  I^f,  le  18  juin  1866,  déclara, 
dans  un  manifeste,  que  la  Prusse  faisait  la  guerre  à  regret 
et  combattait  pour  son  existence,  alors  que  Moltke,  dans  son 
ouvrage  sur  la  guerre  franco-allemande,  dit  que  la  guerre 
de  1866  n'a  pas  eu  lieu  parce  que  la  Prusse  était  menacée, 
ni  pour  obéir  à  l'opinion,  mais  pour  l'établissement  de  l'hégé- 
monie  prussienne  en  'Allemagne.  Les  mêmes  mensonges  se 
répètent  à  cinquante  ans  de  distance  (Temps). 

Jeudi  iO  août.  —  Le  mauvais  temps  suspend  l'ac- 
tivité sur  le  front  français. 

Les  Italiens  passent  l'Isonzo  ;  leur  cavalerie  poursuit 
les  Autrichiens.  Sur  le  plateau  du  Carso,  ils  prennent 
Boschini. 

On  crie  k  Milan  :  a  A  bas  les  neutralistes  !  Guerre  à 
l'Allemagne!  » 

Les  Russes  prennent  Stanislau  et  Delatyn  (14.000 
prisonniers).  Ils  occupent  Monasteriska. 

En  Perse,  sous  la  pression  des  Turcs,  les  Russes 
évacuent  Hamadan. 


AOUT  1916  45 

La  flotte  allemande  sort  du  canal  de  Kiel  et  paraît 
dans  le  Petit  Belt. 

Les  journaux  conservateurs  approuvent  Tirpitz  d'avoir 
dit  que  l'Allemagne  a  besoin  de  la  côte  de  Flandre 
pour  avoir  une  position  solide  contre  l'anglo-américa- 
nisme  (sic). 

Lord  Grey  remet  à  l'Allemagne,  par  l'entremise  des 
États-Unis,  une  protestation  formelle  contre  le  meurtre 
juridique  de  Fryatt. 

Un  décret  italien  interdit  tout  commerce  avec  les 
ennemis  des  Alliés  et  de  l'Italie. 

Souday  parle,  dans  le  Temps,  d'un  célèbre  romancier  de 
rAcadémie  Française  qui  aurait  écrit,  peu  de  temps  avant 
la  guerre  :^  «  Quatre  barrières  nous  séparent  de  la  barbarie  : 
le  grand  Etat-major  allemand,  la  Chambre  des  Lords,  l'Ins- 
titut de  France  et  le  Vatican.  »  Le  même  psychologue  est 
aujourd'hui  à  la  tète  de  ceux  qui  veulent  noter  d'infamie 
tout  ce  qui  a  été  allemand  et  qui  accusent  de  trahison  les 
admirateurs  de  Goethe,  de  Kant  et  de  Wagner.  «  Est  fran- 
çais tout  ce  qui  leur  agrée,  est  boche  tout  ce  qui  les  gêne.  » 

Vendredi  il  août.  —  Les  Français  prennent  au 
nord  de  la  Somme  plusieurs  tranchées,  une  carrière 
fortifiée  et  deux  petits  bois. 

Les  Italiens  occupent  le  Garso  jusqu'à  Doberdo  et 
avancent  au  sud  de  Gorizia. 

Les  Serbes  ont  pénétré  dans  l'ancien  territoire  serbe 
le  jour  même  de  la  prise  de  Gorizia. 

Une  division  italienne  arrive  à  Salonique. 

Du  4  au  1 2  août,  les  Russes  ont  pris  36o.ooo  hommes, 
4o5  canons,  1.326  mitrailleuses. 

Un  sous-marin  nommé  Bremen  aurait  été  capturé  par 
un  bateau-patrouille  anglais. 

On  annonce  que  le  musée  de  Péronne  a  été  détruit 
(Temps  du  18). 

Diverses  influences  s'employant  en  France  à  plaider 
la  cause  de  l'Autriche,  le  Matin  écrit  :  «  Une  guerre  de 
libération  et  de  justice  qui  respecterait  les  Habsbourg 
serait  une  comédie.  »  (Voir  aussi  le  Temps  du  11.) 

Samedi  12   août.    —   Les   Français   attaquent   la 


46  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

troisième  position  allemande  au  nord  de  la  Somme, 
sur  un  front  de  6  kilomètres  (Hardecourt  à  Bascourt)  ; 
ils  prennent  une  partie  de  Maurepas  (i.ooo  prisonniers, 
3o  mitrailleuses). 

Duel  d'artillerie  intense  dans  la  région  Fleury — Vaux- 
Chapitre. 

Les  Italiens  prennent  Oppachiasella  sur  le  Cai'so, 
mais  rencontrent  une  très  forte  résistance  à  l'est  de 
Gorizia.  A  la  lisière  nord  du  Carso,  ils  prennent  la 
hauteur  de  Nad-Logem  (i.4oo  prisonniers). 

Des  convois  de  munitions  venant  de  Russie  arrivent 
à  Jassy.  On  dit  que  les  Russes  concentrent  des  troupes 
en  Bessarabie. 

Les  Russes  sont  maîtres  de  la  ligne  de  la  Strypa  et 
prennent  Nadvornaïa. 

Dans  la  nuit  du  12-1 3,  bombes  sur  Metz-Sablons  et 
les  casernes  de  Metz. 

Des  avions  autrichiens  détruisent  la  coupole  dç  San 
Pietro  di  Gastello  k  Venise. 

U Humanité  résume  un  article  de  Bernstein,  reconnaissant 
que  la  guerre  a  été  déclarée  par  l'Allemagne  à  la  France 
pacifique. 

Sir  Edw.  Carson  a  déclaré  que  l'Allemand  est  un  barbare 
en  paix  comme  en  guerre  ;  il  demande  que  les  Alliés  fassent 
savoir  au  peuple  allemand  que,  même  après  la  paix,  il  n'y 
aura  pas  de  relations  diplomatiques  avant  que  les  Allemands 
eux-mêmes  n'aient  châtié  ceux  qui  ont  violé  les  lois  interna- 
tionales {Matin).  Polybe  {Fir/aro)  revient  sur  l'idée  que  les 
puissances  de  l'Entente  devraient  déclarer  qu'elles  ne  traite- 
ront pas  avec  Guillaume  II,  seul  responsable  de  la  guerre. 
«  Il  s'agit  de  mettre  l'Allemagne  devant  la  vérité  des  choses. 
Il  faut  faire  à  l'Allemagne  une  immense  opération  de  la 
cataracte.  » 

Même  opinion  dans  la  Liberté  (du  i3)  :  «  Accusé  Hohen- 
zoUern,  levez-vous  !  Quel  épilogue  du  grand  crime  !  quelle 
préface  pour  les  temps  nouveaux  !  »  (Berthoulat.) 

«  La  Turquie,  l'Autriche  et  l'Allemagne  reposent  sur  la 
même  conception.  Elles  représentent  le  mépris  de  la  natio- 
nalité et  de  la  liberté.  C'est  pour  étendre  cette  conception 
à  des  victimes  nouvelles  qu'elles  ont  voulu  et  déchaîné  la 
guerre.  Il  nous  appartient  de  nous  rappeler  pourquoi  elles  se 
battent  et  pourquoi  nous  nous  battons.  »  {Temps.') 


AOUT  1916  47 

Dimanche  13  août.  —  Du  6  au  i3,  au  sud  de  la 
Somme,  les  Français  ont  pris  2.000  hommes  et  70  mi- 
trailleuses. 

4  obus  de  gros  calibre  sur  Nancy. 

Depuis  le  6  août,  les  Italiens  ont  pris  i5.4oo  hommes 
et  16  canons. 

Cadorna  ordonne  de  passer  par  les  armes  tous  les 
Autrichiens  qui  seraient  porteurs  de  balles  explosives 
ou  habillés  d'uniformes  italiens. 

Les  Russes  prennent  Podhaïtza  sur  le  Koropetz  et 
Mariampol  sur  le  Dniester. 

La  cavalerie  anglaise  a  refoulé  les  Turcs  à  80  kilo- 
mètres du  canal  de  Suez  (5.5oo  prisonniers,  4  canons, 
1  million  de  cartouches). 

Bombes  d'avions  sur  l'hôpital  civil  de  Reims,  qui 
est  détruit  (détails  dans  le  Temps  du  18;. 

On  lit  dans  VEvening  Sun  (iNew-York)  à  propos  des 
massacres  d'Arménie  et  de  Syrie  : 

«!Nul  n'hésite  à'reconnaître  le  droit  que  la  Turquie  a  con- 
quis par  sa  brutalité  et  qui  est  le  droit  à  rextiaction.  » 

Le  Temps  révèle,  d'après  von  Hûgel,  que  l'interven- 
tion de  la  Bavière  à  côté  de  la  Prusse,  le  ig  juillet  1870, 
fut  obtenue  par  l'assurance  mensongère  que  les  Fran- 
çais avaient  envahi  le  Palatinat. 

Lundi  14  août.  —  Progrès  français  au  nord  de  la 
chapelle  de  Sainte-Fine  (Verdun). 

Entre  le  Sereth  supérieur  et  la  Strjpa,  les  Russes 
sont  arrêtés  par  de  violents  feux  d'artillerie.  On  affirme 
que,  pour  défendre  Kovel,  les  Allemands,  depuis  le 
5  juin,  ont  enlevé  28  divisions  à  leurs  autres  fronts. 

Les  Russes  occupent  le  défilé  de  Jablonitza  dans  les 
Carpathes  boisées. 

Longs  conseils  des  ministres  à  Vienne  et  à  Budaj)est. 

Le  Temps  publie  le  texte  du  traité  entre  la  Serbie  et 
la  Grèce  ;  on  voit  que  la  Grèce  s'était  engagée  sans 
réserve  à  aider  la  Serbie,  comme  la  Sex'bie  à  aider  la 
Grèce.  Le  déshonneur  de  ce  dernier  pays  est  complet. 

«  La   situation  en    août    1916  est  autant  à  l'avantage  des 


48  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Alliés  que  celle  d'août  1916  Tétait  au  profit  des  Impériaux.  » 
(Général  Malletei-re.) 

«  L'Allemaqne  doit  être  vaincue,  si  nous  voulons  retirer  le 
prix  de  nos  victoires.  »  (Popolo  d'Italia.') 

«  L'humanité  doit  avoir  sa  police  et  la  science  doit  fournir 
à  cette  police,  à  elle  seule,  les  moyens  de  tenir  en  respect 
les  nations  de  proie,  les  bandits  et  pirates  internationaux,  » 
(S.  Reinach,  Journal  de  Genève.) 

Mardi  15  août.  —  Burian,  ministre  des  Affaires 
étrangères  d'Autriche,  est  remplacé  par  Andrassy. 

Les  Anglais  reprennent,  entre  Thiepval  et  Pozières, 
des  tranchées  perdues  le  i3. 

A  l'ouest  de  Grado  et  de  Recinka,  les  Italiens  font 
1.400  prisonniers. 

On  dit  que  i5o.ooo  personnes  sont  mortes  de  faim  en 
Albanie,  où  la  révolte  s'étend. 

Des  ulémas  hostiles  aux  Jeunes-Turcs  sont  exécutés  à 
Constantinople. 

Sur  le  front  russe,  on  croit  à  une  contre-oftensive  ; 
les  Autrichiens  attaquent  avec  violence  vers  Kirilibaba 
et  Kapul. 

L'offensive  turque  a  fait  des  progrès  en  Asie  ;  les 
Turcs  ont  réoccupé  Mush,  Bitlis,  Revenduz  ;  les 
Russes  ont  évacué  Kirmanshah  après  Hamadan. 

Depuis  le  4  niai,  date  de  l'engagement  pris  par 
l'Allemagne  envers  les  Etats-Unis,  4  navires  marchands 
anglais  et  3  neutres  ont  été  coulés  sans  avertissement. 

On  saisit  en  Allemagne  des  pamphlets  réclamant  la 
paix.  Des  troubles  auraient  eu  lieu  à  Berlin. 

A  Dresde,  devant  6.000  socialistes,  Scheidemann 
développe  les  idées  du  Chancelier  sur  la  «  carte  de 
guerre  ». 

Une  ligue  de  neutres  est  créée  à  La  Haye. 

L'Angleterre  produit  aujourd'hui  en  quatre  jours 
autant  de  munitions  pour  obusiers  qu'elle  en  a  pro- 
duit en  un  an,  de  1914  à  1910.  La  fabrication  des  gros 
canons  donne  chaque  mois  deux  fois  autant  d'unités 
qu'il  en  existait,  pour  le  service  de  terre,  lors  de  la 
création  du  service  des  munitions  (E.  S.  Montagu  aux 
Communes). 


AOUT  1916  49 

Mercredi  16  août.  —  Les  Français  progressent 
sur  la  Somme,  au  nord  et  au  sud  de  Maurepas  et  de 
Belloy-en-Santerre. 

Les  Dernières  Nouvelles  de  Munich  disent  que  «  la 
situation  en  Roumanie  est  grave  pour  les  puissances 
centrales  ». 

Tremblement  de  terre  en  Italie  ;  les  dégâts  sont 
sérieux  à  Rimini. 

L'offensive  allemande  se  poursuit  entre  Brzezany  et 
le  confluent  de  la  Zlota-Lipa  et  du  Dniester. 

Constatant  que  les  Allemands  ont  torpillé  4  navires 
grecs  valant  35  millions,  la  Nea  Hellas  demande  la 
confiscation  des  navires  allemands  réfugiés  dans  les 
ports  grecs. 

D'après  le  bureau  Veritas,  la  navigation  commer- 
ciale a  perdu,  depuis  le  début  de  la  guerre,  plus  de 
6  "/o  de  son  tonnage,  soit  1.470  navires  (3. 325. 000  ton- 
nes). Les  Anglais  ont  perdu  i.45o.ooo  tonnes,  les 
Français  i48.ooo,  les  Portugais  623  ;  l'Allemagne  a 
perdu  1. 107. 000  tonnes. 

Le  Landsthing  danois  a  repoussé  le  projet  de  vente 
des  Antilles  danoises. 

Parlant  k  Tacoma,  le  candidat  Hughes  déclare  qu'il 
ne  reculerait  pas  devant  la  guerre  si  elle  était  néces- 
saire pour  la  protection  des  citoyens  américains. 

«  L'armée  italienne  fait  sienne  cette  devise  qui  est  égale- 
ment celle  de  l'Europe  civilisée  :  Delenda  Austria.  »  (Temps.) 

Répondant  à  Sir  Ed.  Carson,  Asquith  dit  aux  Communes 
que  le  Gouvernement  anglais  n'admettrait  pas  la  reprise  de 
relations  diplomatiques  avec  l'Allemagne  après  la  guerre 
tant  que  réparation  n'aurait  pas  été  obtenue  pour  le  meurtre 
de  Fryatt.  Le  Daily  Graphie  fait  observer  que  la  seule  répa- 
ration possible  est  l'exécution  des  assassins.  Le  Daily  Tele- 
graph  demande  qu'on  dresse  la  liste  des  coupables. 

Jeudi  il  août.  —  De  violentes  attaques  allemandes 
sur  les  positions  anglaises  de  la  Somme  sont  repous- 
sées. 

Les  Français  enlèvent  une  grande  partie  de  Fleury 
et  progressent  vers  Thiaumont. 

128.    CHRONOLOGIE    DE   LA    GUERRE  A 


50  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Les  Bulgares  attaquent  les  Serbes  et  occupent 
Florina. 

Un  accord  secret  est  signé  entre  la  Roumanie  et 
l'Entente. 

On  signale  d'énormes  concentrations  de  matériel 
allemand  (artillerie,  avions,  pontons)  à  la  frontière  rou- 
maine, près  de  Lom  Palanka. 

Kouropatkine  est  nommé  gouverneur  du  Turkestan 
et  Roussky  commandant  des  armées  russes  du  nord. 

Guynemer  abat  son  i3®  avion. 

Le  Gouvernement  anglais  interdit  toute  exportation 
en  Suède  de  marchandises  dont  la  destination  ne  lui 
serait  pas  connue.  C'est  la  réponse  à  la  loi  suédoise  du 
17  avril  1916,  défendant  aux  importateurs  de  renseigner 
la  Grande-Bretagne  sur  la  destination  des  marchandises. 

Washington  informe  Berlin  que  la  parole  d'officiers 
allemands  ne  sera  plus  acceptée,  plusieurs  officiers  de 
croiseurs  auxiliaires,  internés  sur  parole  aux  Etats- 
Unis,  s'étant  évadés. 

A  la  Chambre  hongroise,  Polenyi  a  reproché  au 
Gouvernement  d'avoir  permis  la  nomination  de  Hinden- 
burg  au  commandement  en  chef  de  l'armée  hongroise. 
Les  attaques  contre  les  généraux  autrichiens  ont  été 
applaudies. 

Repington  (Times)  prétend  qu'avec  les  classes  19 17- 
18,  les  récupérés  et  les  ouvriers  remplacés  par  des 
Belges,  Polonais,  etc.,  l'Allemagne  disposera  encore  de 
2  millions  d'hommes  pour  maintenir  ses  effectifs. 

Un  neutre,  qui  affirme  avoir  été  reçu  à  Berlin  par  Guil- 
laume II,  dit  que  l'Empereur  se  défend  toujours  d'être  res- 
ponsable de  la  guerre.  «  J'affirme  que  j'ai  toujours  agi  de 
bonne  foi  et  que  j'ai  ardemment  voulu  conserver  la  paix, 
même  quand  la  guerre  était  inévitable.  »  Il  a  reproché  aux 
neutres  de  parler  toujours  du  militarisme  allemand,  mais 
jamais  du  despotisme  russe  et  des  rêves  de  revanche  fran- 
çaise. Il  a  parlé  aussi  de  la  perfidie  anglaise;  le  ^(/o/'/ijVîi/Pojf^ 
se  demande  à  quels  engagements  il  a  pu  faire  allusion.  Le 
New-York  Globe  dit  que  les  incessantes  protestations  de 
l'Empereur  trahissent  un  trouble  de  conscience  et  qu'il  se 
réfère  toujours  à  l'état  de  choses  antérieur  à  la  guerre,  se 
taisant  sur  les  événements  de  la  dernière  semaine  (Voir  le 
Temps  du  18). 


AOUT  1916  51 

Vendredi  18  août.  —  Sauf  sur  un  point  au  nord 
de  Maurepas,  de  violentes  attaques  allemandes  au  nord 
de  la  Somme  sont  repoussées. 

Les  Français  reprennent  tout  Fleury  et  deux  redoutes 
au  nord-ouest  de  Thiaumont. 

Les  Italiens  prennent  le  sommet  du  Cauriol. 

Les  Bulgares  prennent  Demirhissar,  repoussent  les 
Serbes  près  de  Florina  et  occupent  les  stations  de 
Banitza  et  d'Ekchisou  sur  le  chemin  de  fer  de  Salo- 
nique. 

Fortifiés  par  des  contingents  turcs,  les  Autrichiens 
font  reculer  les  Russes  dans  la  région  de  Kirilibaba; 
mais  les  Russes  progressent  sur  le  Stokhod  et  prennent 
Toboly. 

La  Gazette  populaire  de  Cologne  dit  que  la  nomina- 
tion de  Hindenburg  au  commandement  suprême  sur 
le  front  russe  a  déjà  agi  comme  une  contre-offensive. 

Le  Journal  de  Genève  insiste  sur  le  repli  des  Russes 
en  Arménie,  résultat  d'un  grand  efTort  des  Turcs,  char- 
gés par  l'Allemagne  de  conserver  la  barrière  du  Taurus 
arménien  qui  couvre  la  vallée  du  Tigre,  les  communica- 
tions avec  Bagdad  et  la  ligne  future  du  chemin  de  fer. 

Guynemer  abat  son  i4*  avion. 

Pour  la  première  fois  on  parle  de  dirigeables  rigides 
anglais,  plus  rapides  et  moins  encombrants  que  les 
dirigeables  allemands. 

Le  Frànkischer  Kurier  écrit  :  «  Nous  tuerons  autant 
de  Fryatt  que  nous  pourrons  en  attraper.  La  fureur 
anglaise  fait  notre  joie.  » 

La  Zukunft  a  été  saisie  en  Autriche  parce  que 
Harden  y  a  publié  les  textes  relatifs  à  l'ultimatum  à  la 
Serbie  et  la  réponse  serbe. 

Suivant  un  statisticien  danois,  les  Allemands  ont  perdu 
3.154.000  hommes,  dont  4?  °\o  légèrement  blessés;  mais  il 
faut  y  ajouter  2.5oo.ooo  malades  (?).  Il  y  aurait  6f>5.ooo  inva- 
lides de  guerre  en  Allemagne. 

Samedi  19  août.  —  Les  Anglais  ont  pris  le  sud-est 
de  Thiepval  et  la  hauteur  qui  domine  le  village.  Ils 
tiennent  la  station  et  la  carrière  de  Guillemont. 


52  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Violentes  et  vaines  attaques  allemandes  pour  repren- 
dre Fleury  et  au  nord-ouest  de  Thiaumont. 

Les  Bulgares  passent  le  Nestos  et  envoient  des  pa- 
trouilles vers  Cavalla  ;  avec  la  complicité  des  Grecs,  ils 
occupent  deux  forts  dans  la  région  de  la  Struma. 

Alors  que  la  presse  russe  se  montre  énervée  des  ter- 
giversations de  la  Roumanie,  les  Dernières  Nouvelles 
de  Munich  insistent  sur  l'hostilité  croissante  de  ce  pays. 
Les  ambassadeurs  des  puissances  centrales  ont  avisé 
Bucarest  que  le  droit  de  passage  accordé  aux  Russes 
était  incompatible  avec  la  neutralité. 

Le  sultan  du  Darfour  a  été  déposé  par  l'Angleterre  ; 
le  pays  est  confié  aux  autorités  anglo-égyptiennes. 

Du  17  au  19,  violent  bombardement  d'Arras  ;  dégâts 
importants. 

La  flotte  allemande  étant  sortie  est  avisée  de  l'ap- 
proche de  la  flotte  anglaise  et  regagne  ses  bases.  Les 
Anglais  ont  perdu  deux  croiseurs  légers,  les  Allemands 
deux  sous-marins  (?). 

Un  sous-marin  anglais  torpille,  sans  le  couler,  le 
cuirassé  Wesip/talen. 

On  dit  à  New-York  que  l'empereur  d'Autriche  aurait  écrit 
il  y  a  ua  mois  à  Guillaume  pour  lui  demander  d'importants 
secours,  sans  quoi  il  devrait  faire  la  paix  avant  l'hiver. 

La  Gazette  de  Francfort  se  moque  de  ceux  qui  disent  :, 
«  L'argent  dépensé  par  l'Allemagne  reste  dans  le  pays.  » 
Cet  argent  ne  reste  pas,  car  les  obus  éclatent,  les  canons 
sont  usés,  les  automobiles  réduites  à  l'état  de  ferraille,  les 
uniformes  mis  en  lambeaux.  En  réalité,  ce  qui  demeure,  ce 
sont  les  dettes.  Aux  3o  milliards  de  dettes  d'avant  la  guerre 
s'en  ajoutent  déjà  43;  il  faudra,  pour  les  intérêts  seuls, 
sans  compter  l'amortissement,  2  milliards  et  demi  de  marks 
par  an.  » 

Dimanche  20  août.  —  Entrée  triomphale  du  roi 
d'Italie  à  Gorizia. 

Les  troupes  germano-bulgares  ont  pénétré  en  Grèce; 
les  troupes  grecques  reculent  par  ordre,  sans  résister. 

Les  Russes  annoncent  qu'ils  ont  fait  devant  Riga  des 
prisonniers  bulgares.  Toutun  corps  d'armée  bulgare  a  été 
réparti  entre  les  armées  Pflanzer,  Linsingen  et  Below. 


AOUT  1916  53 

Après  une  lutte  très  vive ,  les  Anglais  occupent 
Kidete  (Afrique  orientale  allemande). 

Un  Allemand  écrit  de  Saint- Quentin  {Temps  du 
35  septembre)  que  l'armée  allemande,  depuis  le  2 1  juin, 
perd  8.000  à  10.000  hommes  par  jour. 

Lord  NorthclitFe  déclare,  à  Rome,  que  l'Angleterre 
ne  fera  pas  la  paix  avant  d'avoir  Guillaume  II  entre 
ses  mains. 

Rockefeller  donne  un  million  pour  hospitaliser  en 
Suisse  i.5oo  enfants  belges,  polonais  et  serbes. 

Discours  de  Llojd  George  : 

«  L'Angleterre  est  entrée  en  guerre,  non  par  sa  faute,  mais 

f)arce  que  son  honneur  était  profondément  engagé...  Il  nous 
aut  une  victoire  telle  qu'elle  avertisse  tous  les  rois  et  leurs 
conseillers  que  la  conscience  des  nations  civilisées  leur 
demandera  compte  de  leurs  méfaits  contre  le  droit  des  gens 
et  l'honneur.  Il  nous  faut  donc  une  victoire  complète,  que  les 
professeurs  allemands  ne  puissent  pas  dénaturer  aux  yeux 
d'un  peuple  crédule.  Sinon,  nos  sacrifices  auront  été  vains  et 
il  faudra  les  renouveler  sur  une  échelle  plus  vaste,  plus 
sombre,  plus  sanglante.  Finissons-en  avec  la  guerre  aujour- 
d'hui, et  pour  toujours.  » 

Lundi  21  août.  —  On  calcule,  à  Bucarest,  que  les 
Bulgares  ont  12  divisions  et  072  canons. 

Parlant  de  la  Roumanie,  la  Gazette  de  Cologne  dit 
que  les  Empires  centraux  pouvaient  espérer  le  concours 
roumain  quand  ils  escomptaient  la  victoire,  mais  que 
maintenant  ils  n'ont  plus  rien  à  attendre  de  ce  côté.  C'est 
la  première  fois  qu'un  journal  allemand  avoue  indirecte- 
ment que  les  Empires  ne  comptent  plus  sur  la  victoire. 

Succès  russe  à  l'ouest  du  lac  de  Van. 

Le  correspondant  berlinois  du  World  parle  de 
((  Titans  superzeppelins  »  qui  seraient  destinés  à  dé- 
truire Londres. 

On  assure  à  Nev^^-York  que  tout  sous-marin  signalé 
dans  les  eaux  britanniques  peut  être  pris  ou  coulé  en 
vingt-cinq  minutes  au  moyen  d'un  piège  d'acier. 

Explosion  d'une  usine  de  munitions  dans  le  Yorkshire; 
20  morts. 

Le  Berliner  Tageblatt  est  autorisé  à  rc[)araître,  mais 


54  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

à  la  condition  que  le  directeur  Théodore  Wolfï  n'y 
écrive  plus. 

Fondation  d'une  Ligue  de  l'Europe  centrale,  ayant 
pour  but  de  constituer  une  Europe  centrale  fédérative  ; 
le  manifeste  est  signé  de  nombreux  députés  et  profes- 
seurs badois. 

La  récolte  hongroise  en  blé  et  en  orge  est  mauvaise. 

Asquith,  interrogé  aux  Communes,  nie  que  l'Allema- 
gne ait  jamais  fait  des  propositions  de  paix;  il  n'y  a  eu 
que  des  articles  de  journaux. 

«  Que  l'Allemagne,  trouvant  contre  elle  quatre  grandes 
puissances,  supérieures  par  le  nombre  des  hommes  et  la 
quantité  des  ressources,  maîtresses  de  la  mer,  puisse,  au  bout 
de  vingt-cinq  mois,  défendre  encore  les  positions  qu'elle 
occupe  chez  ses  adversaires,  c'est  un  grand  enseignement 
d'humilité  pour  ceux  qui  ont  eu  charge  de  nos  destinées.  » 
(Temps.)  I 

I 

Mardi  22  août.  —  Progrès  anglais  vers  Thicpval,! 
Pozières,  Martinpuich. 

Nous  perdons,  au  sud  de  la  Somme,  quelques  élé-j 
ment  de  tranchées  pris  la  veille.  j 

Progrès  français  entre  Fleury  et  Thiaumont  (200  pri-' 
sonniers).  1 

Sur  le  front  de  Salonique,  les  Alliés  avancent  au! 
centre,  tandis  que  les  Bulgares  progressent  aux  ailes.     \ 

Le  roi  de  Roumanie,  revenu  de  Sinaïa,  reçoit  à  Bu- 
carest les  ambassadeurs  d'Allemagne  et  d'Autriche. 

Les  Anglais  ont  pris  Kilossa  (Afrique  orientale  allc-i 
mande). 

On  dit  à  Londres  que  les  Allemands  ont  perdu 
35  dirigeables. 

Churchill  dit  aux  Communes  :  «  Ce  serait  folie  de 
ne  pas  établir  un  plan  en  vue  d'une  longue  durée  de  la 
guerre.  »  Lloyd  George  dit  que  la  victoire  est  en  vue, 
mais  qu'elle  n'est  pas  proche. 

Le  Times  publie  une  lettre  du  directeur  de  la  Deutsche 
Bank  à  son  neveu.  L'Allemagne  ne  peut  compter  sur  aucune 
pitié;  on  projette  de  la  morceler,  de  lui  faire  payer  une 
indemnité   de    i5   milliards  de    livres    anglaises.    Ne    point 


AOUT  1916  55 

vaincre,  c'est,  pour  elle,  la  ruine  complète.  Aussi  doit-elle 
résister  jusqu'au  dernier  homme,  au  dernier  sou. 

1.700  Chinois  sont  arrivés  en  France  pour  travailler 
aux  munitions. 

René  Pichon  écrit  dans  VŒiivre  : 

«  Je  m'adresse,  de  toute  mon  àme,  aux  publicistes  catho- 
liques et  je  leur  dis  :  «  De  grâce,  dans  l'intérêt  de  la  cause 
qui  vous  est  chère  et  pour  laquelle  j'ai  un  infini  respect,  ne 
donnez  pas  à  penser  qu'on  ne  peut  être  catholique  sans 
aimer  l'Autriche  !  Ne  répétez  pas  chaque  jour  qu'elle  est 
catholique  ;  vous  finiriez  par  rendre  anticléricaux  ceux  qui 
ont  le  moins  envie  de  l'être.  » 

Un  soldat  de  la  Garde  allemande  a  écrit  sur  son 
carnet  {Temps  du  26  septembre)  : 

«  Si  cette  saloperie  pouvait  bientôt  finir  !  Mais  il  serait  plus 
facile  d'inculquer  le  bon  sens  à  un  âne  qu'à  l'humanité.  » 

Mercredi  23  août.  —  Attaques  allemandes  re- 
poussées au  sud  de  la  Somme  et  en  Champagne. 
Violent  bombardement  des  positions  reconquises  par 
nous  entre  Fleury  et  Thiaumont. 

Von  Below  (quartier  général  de  Cambrai)  écrit  que 
les  pertes  d'hommes  sont  telles  qu'il  ne  faut  jamais 
contre-attaquer  sans  ordre  formel. 

L'offensive  bulgare  est  enrayée  sur  la  Struma  et  vers 
le  lac  d'Ostrovo. 

Les  Bulgares  ayant  attaqué  le  fort  grec  de  Startila,  le 
colonel  Chagas  et  la  garnison  ont  opposé  une  vive 
résistance. 

UEmbros  (gounariste)  dit  que,  si  l'Entente  l'emporte,  elle 
écrasera  les  Bulgares  et  ménagera  la  Grèce  ;  si  l'Allemagne 
l'emporte,  la  Grèce  a  la  parole  de  l'Empereur  qu'elle  ne  sera 
pas  amoindrie.  Conclusion  :  ne  pas  bouger. 

L'offensive  turque  en  Perse  et  dans  le  Caucase  est 
brisée.  Les  Russes,  près  de  Rayât  (direction  de 
Mossoul),  cernent  et  prennent  un  régiment  turc  (2.800 
hommes,  3  canons). 

Un  dirigeable  lance  des  bombes  incendiaires,  sans 
faire  de  dégâts,  sur  la  côte  est  d'Angleterre. 


56  CHRONOLOGIE    CE    LA   GUERRE 

«  Instrumeot  d'observation  pour  la  guerre  maritime,  le 
dirigeable  doit  être  utilisé;  instrument  d'attaque,  il  est 
inutile.  ^^  {New-York  Herald.) 

On  annonce  officiellement  que  le  Deutschland  est 
arrivé  à  l'embouchure  du  Weser  après  vingt-deux  jours 
de  traversée. 

En  appel,  la  peine  de  Liebknecht  est  aggravée 
(quatre  ans  et  un  mois  de  travaux  forcés,  six  ans  de 
privation  des  droits  civils). 

La  Russie  a  commandé  dans  le  Yorkshire,  pour  le 
printemps  de  191 7,  2  millions  de  mètres  de  drap. 

A  la  suite  de  la  note  fi^ançaise  sur  les  déportations 
dans  le  Nord,  le  roi  d'Espagne  a  convoqué  d'urgence 
un  conseil  des  ministres  à  Saint-Sébastien  ;  il  a  été 
décidé  de  procéder  à  une  enquête. 

Les  pertes  prussiennes  avouées  atteignent  2.990.000 
hommes. 

Jeudi  24  août.  —  Les  Anglais  repoussent  une 
violente  attaque  allemande  et  prennent  4oo  mètres 
de  tranchées  vers  Thiepval. 

Les  Français  enlèvent  Maurepas  (200  prisonniers, 
10  mitrailleuses).  Lutte  d'artillerie  dans  les  secteurs 
d'Estrées  et  de  Lihons.  Une  tentative  allemande  sur 
Fleury  est  repoussée. 

Les  Serbes  livrent  bataille  au  nord  du  lac  d'Ostrovo. 

Les  Bulgares  bombardent  Sérès  et  le  fort  grec  de 
Krushevo,  qui  refuse  de  se  rendre. 

A  une  délégation  de  i5o  personnes,  venues  pour 
prier  Venizelos  de  sauver  la  Grèce,  il  a  répondu  : 
«  Une  chance  de  salut  nous  reste,  c'est  de  nous  réfugier 
dans  les  bras  de  l'Entente.  Notre  constitution  nous 
donne  le  droit  de  manifester  notre  volonté  :  organisons 
une  manifestation  et  que  ceux  qui  nous  gouvernent 
entendent  le  peuple  proclamer  que  la  nation  grecque 
ne  veut  pas  mourir.  » 

Le  roi  de  Roumanie  aurait  refusé  de  recevoir  le  duc 
Albert  de  Mecklembourg,  que  Guillaume  II  proposait 
de  lui  envoyer  comme  ambassadeur  extraordinaire. 
L'Adeveral  dit  qu'au  dernier  conseil  de  la  Couronne  il  a 


AOUT  1916  57 

été  décidé  que, la  Roumanie  ne  pouvait  marcher  derrière 
la  Bulgarie. 

On  signale  des  troupes  turques  sur  l'Isonzo  et  sur  la 
Zlota-Lipa. 

Les  Russes  reprennent  Mush. 

Dans  la  nuit  de  jeudi  à  vendredi,  36^  raid  de  diri- 
geables sur  les  côtes  sud  et  sud-est  de  l'Angleterre  ; 
quelques  bombes  tuent  i6  personnes  et  en  blessent 
28  dans  les  faubourgs  de  Londres.  «  Attaque  sur  la 
place  forte  de  Londres  »,  dit  une  dépêche  allemande 
de  ce  jour. 

La  Kôlnische  Volkszeitung  proclame  que  «  l'avenir 
de  l'Allemagne  est  sous  les  eaux  ». 

Les  Allemands  accaparent  la  monnaie  de  cuivre  en 
Suède  et  en  Danemark. 

On  apprend  à  Londres  que  12.000  Arméniens  ont  été 
massacres  par  les  Turcs  dans  le  Taurus. 

Le  député  Rakovsky  dit  à  la  Chambre  hongroise  : 
«:  Les  derniers  moments  de  notre  existence  politique 
approchent.  »  Puis  il  déclare  que  les  Hongrois  sont  prêts 
à  lutter  jusqu'au  dernier  homme. 

Dans  un  document  saisi  plus  tard  {Matin,  21  sep- 
tembre), Falkenhayn  dit  que  la  consommation  des 
canons  et  des  munitions  excède  considérablement  la 
production  et  qu'il  faut  économiser  le  matériel. 

La  Morgen-Post  de  Berlin  proteste  contre  Bureaucra- 
ticas  {M.  Lebareau). 

«  Nous  avons  une  religion  que  tous  les  Français  proclament 
et  pratiquent,  dont  ils  sont  les  fidèles  exaltés  ou  les  martyrs  : 
la  religion  de  l'indépendance  nationale,  le  culte  de  la  patrie.  » 
{Temps.) 

Vendredi  25  août.  —  La  Garde  prussienne  attaque 
au  sud  de  Thiepval  et  est  repoussée  avec  pertes. 

A  Maurepas,  nous  avons  capturé  600  hommes  et 
18  mitrailleuses. 

Une  violente  attaque  allemande  est  arrêtée  à  l'ouest 
de  Tahure. 

Le  Temps  (du  26)  publie  le  carnet  d'un  officier  allemand 
sur  la  Somme  où  il  est  dit  que  les  Français  sont  «  maîtres 


58  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

de  l'air  »,  que  les  aviateurs  allemands,  en  moyenne,  ne  valent 
pas  les  Français  et  les  Anglais.  Le  8  août,  il  se  plaint  vive- 
ment des  déserteurs  et  des  faux  malades. 

L'Autriche  accuse  l'Italie  d'avoir  bombardé  sans 
raison  la  basilique  de  Parenzo. 

Les  Italiens  occupent  Palermo  et  Kalarat  en  Albanie. 

Les  Anglais  bombardent  les  forts  de  Gavalla,  occupés 
par  les  Bulgares. 

A  la  suite  d'une  démonstration  à  Athènes,  le  ministre 
de  Bulgarie  menace  de  partir. 

Plus  de  600  Grecs  se  sont  engagés  à  Salonique  pour 
défendre  le  pays  contre  les  Bulgares  ;  la  plupart  sont 
des  soldats  démobilisés. 

La  Patris  attaque  vivement  l'Etat-major  grec  et  lui 
demande  de  faire  place  à  d'autres. 

Les  Allemands  ont  amené  200  canons  et  70.000 
hommes  de  renfort  devant  Kovel. 

On  dit  à  Petrograd  que  les  pertes,  depuis  le  mois  de 
juin,  sont  inférieures  de  30  %  à  celles  qu'on  avait 
prévues  et  que  la  Russie  pourrait  faire  des  pertes 
égales  pendant  trois  ans  sans  risquer  de  manquer  de 
soldats. 

Les  Turcs  évacuent  Bitlis. 

Graves  désordres  entre  la  troupe  et  la  population 
en  Catalogne. 

Le  grand  chérif  de  La  Mecque  publie  une  procla- 
mation au  monde  musulman  pour  expliquer  sa  rébel- 
lion contre  la  Turquie  (Temps  du  26).  Il  reproche  entre 
autres  aux  Jeunes  Turcs  d'avoir  détruit  le  tombeau 
d'Abd-el-Kader  et  d'avoir  bombardé  la  Pierre  Noire. 

On  signale,  en  Allemagne,  l'apparition  de  dirigeables 
anglais  dans  la  mer  du  Nord. 

Bombes  d'avions  anglais  sur  les  hangars  de  diri- 
geables près  de  Namur. 

Nungesser  descend  son  onzième  adversaire. 

L'Allemagne  a  pavoisé  en  l'honneur  du  sous-marin 
commercial  Deatschland ;  l'ambassadeur  des  Etats-Unis 
a  félicité  le  Sénat  de  la  ville  de  Brème. 

Le  Journal  de  Genève  publie  le  texte  de  la  pétition 


AOUT  1916  59 

socialiste  allemande  pour  la  paix,  protestant  à  la  fois 
contre  les  annexions  et  contre  la  paix  à  tout  prix. 

Les  États-Unis  s'inquiètent  du  manifeste  de  Tirpitz 
réclamant  la  reprise  de  la  guerre  sous-marine  à  ou- 
trance ;  on  se  demande  s'il  sera  désavoué. 

Plus  de  25o.ooo  Galiciens  de  Bukovine,  réfugiés  en 
Autriche,  y  compliquent  le  problème  de  l'alimentation. 

Repington  dit  que  les  canons  lourds  nécessaires  à 
l'armée  anglaise  ne  seront  achevés  qu'au  début  de 
l'hiver.  Au  point  de  vue  des  effectifs,  il  estime  les 
réserves  anglaises  à  3. 800.000  hommes. 

VOsservatore  romano  nie  que  Pie  X,  à  la  veille  de 
la  guerre,  ait  adressé  à  François-Joseph  une  lettre  qui 
aurait  été  interceptée. 

Samedi  26  août.  —  Les  Bulgares  occupent  Drama 
et  trois  fortins  grecs,  après  un  combat  qui  a  coûté  aux 
Grecs  quelques  morts. 

En  réponse  à  des  allégations  de  journaux  allemands, 
on  fait  connaître  que  les  indisponibles  de  l'armée  d'O- 
rient atteignent  à  peine  3i  pour  i.ooo.  Il  n'y  a  pas  eu 
un  seul  cas  de  typhus. 

«  L'Hcllade  refuse  de  faire  le  sacrifice  définitif  de  son  hon- 
neur et  de  son  avenir  pour  être  agréable  au  beau-frère  de  son 
souverain.  »  (Temps.) 

La  Roumanie  mobilise  ses  réserves;  la  Banque  Na- 
tionale émet  pour  83  millions  de  petits  billets. 

Les  Russes  de  Bessarabie  commencent  à  franchir  le 
Danube  ;  ils  sont  accompagnés  de  troupes  serbes  cons- 
tituées de  réfugiés  en  Roumanie  et  de  volontaires 
venus  d'Amérique. 

Harden  écrit  :  «  Avec  qui  ira  la  Roumanie?  Avec  le 
vainqueur,  car  lui  seul  a  raison.  » 

Un  important  article  du  Journal  de  Genève,  de 
source  roumaine,  explique  que  la  Roumanie  n'aurait 
pu  s'engager  plus  tôt  dans  la  lutte  sans  y  risquer  un 
désastre,  car  elle  manquait  totalement  de  gros  canons 
et  de  munitions. 


60  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Anglais  occupent  M'govo  (Afrique  orientale 
allemande). 

Le  manifeste  du  Comité  indépendant  pour  une  paix  alle- 
mande, présidé  par  l'historien  D.  Schaefer  (Journal  de  Ge- 
nève du  28),  demande  l'annexion  des  pays  russes  entre  la  mer 
Baltique  et  les  marais  de  V'olhynie,  le  protectorat  sur  la 
Belgique,  etc.  Le  professeur  Wundt  est  un  des  signataires. 

Le  palais  de  Venise  à  Rome,  siège  de  l'ambassade 
d'Autriche,  est  ajouté  par  décret  au  domaine  national 
italien. 

Dimanche  21  août.  —  L'Italie  prie  la  Suisse  d'a- 
vertir l'Allemagne  qu'elle  se  considère,  depuis  le  28, 
en  état  de  guerre  avec  elle. 

«  La  déclaration  de  guerre  de  l'Italie  est  à  la  fois  un  acte  de 
sincérité  et  d'opportunité.  Elle  consacre  l'union  et  la  soli- 
darité qui  existent  entre  les  Alliés;  elle  'souligne  la  portée 
de  la  participation  italienne  àla  campagne  des  Balkans.  » 
{Tribuna.) 

La  Roumanie,  à  la  suite  d'un  conseil  tenu  le  matin, 
déclare  la  guerre  à  l'Autriche  ;  dans  le  texte  remis  k  la 
chancellerie,  elle  rappelle  que  la  Roumanie  avait 
adhéré  à  la  Triple  Alliance  défensive,  mais  s'était 
trouvée  dégagée  par  le  caractère  offensif  de  la  guerre 
de  igiA-  «  Je  me  suis  vaincu  moi-même  »,  a  dit  le  roi 
de  Roumanie.  Sur  quoi  Carp  a  dit  qu'il  souhaitait  la 
défaite  de  la  Roumanie;  le  Roi  lui  a  serré  la  main, 
exprimant  ses  condoléances. 

Attaques  allemandes  repoussées  sur  le  bois  de  Vaux- 
Chapitre  et  à  la  Croix-Saint-Jean  (forêt  d'Apremont). 

Progrès  de  l'offensive  serbe  du  côté  de  Vetrenik  ;  de 
violentes  attaques  bulgares  sont  repoussées  sur  la  route 
d'Ostrovo. 

Un  Te  Deum  est  célébré  à  Varna  pour  l'occupation  de 
Florina,  Demirhissar  et  Sérès. 

5o,ooo  personnes  parcourent  Athènes,  acclamant 
Venizelos  et  les  Alliés. 

Par  décret  royal,  Dousmanis  et  Metaxas,  chef  et 
sous-chef  de  l'État-major,  sont  relevés  de  leurs  fonc- 
tions ;  Moschopoulos  est  nommé  chef  de  l'Etat-major. 


AOUT  1916  61 

Le  soir,  les  troupes  roumaines  entrent  en  Hongrie. 

Depuis  le  début  de  la  guerre  mondiale,  près  de 
700.000  hommes  ont  passé  sous  les  drapeaux  en  Rou- 
manie. 

Bombes  d'avions  sur  Gand,  faisant  sauter  les  dépôts 
de  munitions. 

Des  hydravions  russes  bombardent  le  port  de  Varna. 

On  apprend  que  l'officier  qui  commandait  le  sous- 
marin  qui  torpilla  le  Lusitania,  Max  Valentiner,  a 
reçu  de  nombreuses  décorations. 

L'Italie  interdit  l'exportation  du  fromage  et  des 
figues. 

Le  colonel  Fejler  estime  que  l'armée  allemande  doit 
choisir  entre  l'obligation  de  raccourcir  ses  fronts  ou  de 
forcer  la  victoire  au  moyen  d'une  tentative  désespérée. 

«  Le  principal  mérite  delà  Somme  est  d'avoir  démontré  que 
les  ennemis  n'ont  plus  de  réserves  pour  entretenir,  sur  ce 
front,  deux  secteurs  actifs.  La  Picardie  a  instantanément  tari 
Verdun.  C'est  là  qu'est  la  victoire  et  la  promesse  de  vic- 
toires, et  non  dans  les  kilomètres  gagnés.  »  (W.  M.,  Journal 
de  Genève.) 

Contrairement  au  démenti  publié  la  veille  par  VOsserva- 
tore  romano,  un  prélat  de  l'entourage  de  Pie  X  communique 
de  nouveaux  détails  à  la  Iribiina  {Temps  du  28).  Dès  que 
l'ultimatum  à  la  Serbie  fut  connu,  Pie  X  fit  appeler  l'ambas- 
sadeur d'Autriche  au  Vatican  et  lui  dit  :  a  Je  veux  conti- 
nuer à  croire  que  votre  Gouvernement  ne  vise  pas  à  déchaî- 
ner une  guerre  mondiale.  L'Empereur  approche  de  son  jour 
suprême  ;  il  ne  va  pas  tacher  de  sang  la  fin  de  sa  vie.  » 
L'ambassadeur  répondit  par  des  phrases  banales  et  embar- 
rassées, faisant  entendre  que  la  situation  était  grave.  Le  Pape 
envoya  au  nonce  de  Vienne  l'ordre  de  voir  François-Joseph. 
Ce  prélat  passa  une  journée  entière  dans  l'antichambre,  s'en- 
tretenant  avec  de  nombreux  aides  de  camp  et  officiers  qui 
entraient  et  sortaient  du  cabinet  impérial,  mais  ne  fut  point 
reçu.  Les  dépèches  qu'il  adressa  à  ce  sujet  au  Vatican 
furent  interceptées.  II  ne  parvint  à  annoncer  la  déclaration 
de  guerre  que  par  le  mot  Janus,  dont  la  censure  ne  comprit 
pas  le  sens.  Lorsque  l'ambassadeur  autrichien  vint  annoncer 
au  Pape  le  fait  accompli  et  demander,  au  nom  de  François- 
Joseph,  la  bénédiction  pour  les  armées  autrichiennes.  Pie  X 
répondit  sévèrement  :  «  Dites  à  l'Empereur  que  je  ne  saurais 
bénir,  ni   la  guerre  ni   ceux  qui   l'ont  voulue.  »   Et  comme 


62  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

l'ambassadeur  insistait  pour  obtenir  au  moins  une  bénédic- 
tion spéciale  pour  TEmpereur,  le  Pape  déclara  :  «  Je  ne  pour- 
rai que  prier  Dieu  qu'il  lui  pardonne.  » 

Lundi  28  août.  —  A  la  suite  d'une  réunion  du 
Conseil  fédéral,  l'Allemagne  déclare  la  ouerre  à  la 
Roumanie,  attendu  que  celle-ci  a  déclaré  la  guerre  à 
l'Autriche  et  violé  les  traités  conclus  avec  les  Empires 
centraux.  C'est  la  trente  et  unième  déclaration  de 
guerre;  il  y  a  actuellement  i4  belligérants,  lo  d'un 
côté,  4  de  l'autre. 

Contre-manifestation  antivénizéliste  k  Athènes;  quel- 
ques cris  de  c(  Vive  la  Bulgarie  !  » 

Trois  colonels  grecs  de  l'xLtat-major  donnent  leur 
démission. 

Le  roi  de  Grèce  subit  une  petite  opération  et  ne 
reçoit  personne. 

«  En  Grèce,  il  n'y  a  que  les  militaristes  qui  ne  veulent  pas 
agir  en  militaires.  »  {New-York  Herald.) 

Les  Autrichiens  évacuent  Brasso  (Transylvanie). 

La  flotte  russe  est  à  Constantza  ;  les  monitors  austro- 
hongrois  tirent  sur  Turnu-Severin  et  Giurgevo. 

Une  grande  fabrique  de  poudre  saute  au  Canada. 

«  L'Orient  devient  le  foyer  principal  du  conflit  européen. 
La  paix  peut  s'obtenir  à  Vienne,  à  défaut  de  Berlin.  «  (Rous- 
sel, Liberté.) 

Mardi  29  août.  —  Depuis  le  i^""  juillet,  les  Anglais 
ont  pris  1 5.470  hommes,  86  canons,  166  mitrailleuses. 

On  a  trouvé  sur  un  prisonnier  allemand  de  la 
Somme  un  ordre  adressé  aux  soldats  du  XIII*  corps, 
leur  enjoignant  de  ne  plus  faire  de  prisonniers  (Li- 
berté du  3o). 

Le  roi  de  Bulgarie  est  parti  pour  Vienne. 

On  apprend  que  les  Bulgares  ont  massacré  des  pri- 
sonniers serbes  par  sections  entières,  ainsi  que  des 
femmes  et  des  enfants.  Des  prisonniers  bulgares  ont 
dit  :  «  Notre  Tsar  lui-même  a  donné  l'ordre  que  tout  le 
monde  soit  tué,  afin  que  la  race  serbe  cesse  d'exister.  » 

Le  roi  de  Roumanie  ordonne  la  mobilisation  gêné- 


AOUT  1916  63 

raie.  Les  Roumains  entrent  en  Hongrie  par  sept  cols 
et  occupent  Petroseny  et  Brasso  (Kronstadt).  Les  Autri- 
chiens reculent. 

Bombes  d'avions  allemands  sur   Bucarest. 

Falkenhayn,  chef  d'Etat-major  général,  est  remplacé 
par  Hindenburg. 

Le  socialiste  allemand  Heilmann  annonce  qu'il  a 
découvert  une  maladie  nouvelle  dite  Social-cretinismus, 
dont  le  principe  serait  :  «  Être  socialiste  signifie  d'abord 
être  antirévolutionnaire.  » 

La  foire  de  Leipzig,  qui  devait  durer  jusqu'au  i5  sep- 
tembre, a  été  brusquement  close. 

Il  est  démontré  à  l'Académie  de  Médecine  que,  seuls 
de  tous  les  belligérants,  les  Autrichiens  ont  fait  usage 
de  balles  explosibles,  fabriquées  par  l'État  et  distri- 
buées aux  meilleurs  tireurs. 

La  Gazette  de  Francfort  dit  que  la  Roumanie, 
conduite  par  des  chevaliers  d'industrie  et  des  catins, 
n'a  pas  voulu  laisser  à  l'Italie  la  gloire  de  rester  le  plus 
grand  filou  de  l'Histoire  {Journal  de  Genève  du  3i). 

«c  Pourquoi  ne  pas  le  dire?  Des  Français  n'ont  pas  le  droit 
de  dissimuler  les  mérites  de  la  France.  Ils  ont  le  devoir,  au 
contraire,  de  rehausser  par  leur  témoignage  unanime  le 
prestige  d'un  Français  que  nos  alliés  admirent  et  que  nos 
ennemis  craignent.  La  réputation  de  M.  Briand  fait  partie  du 
patrimoine  national.   »  (Jean  Herbette,  Echo  de  Paris.) 

«  Sept  cent  mille  hommes  au  moins  vont  rejoindre  l'armée 
unique  des  Alliés...  Nous  voici  à  la  dernière  phase  de  la 
lutte  européenne.  »  (Petit  Parisien.) 

Mercredi  30  août.  —  La  Turquie  déclare  la  guerre 
à  la  Roumanie. 

Les  Anglais  émettent  des  gaz  près  d'Arras  et  d'Ar- 
mentières. 

Près  de  Martinpuich,  un  bataillon  bavarois  se  rend 
aux  Anglais. 

Les  Italiens  occupent  Tepe-Leni  sur  la  Volussa  en 
Albanie. 

Les  Autrichiens  achèvent  de  détruire  l'hôpital  de  la 
Miséricorde  à  Gorizia,  bombardé  depuis  le  22. 

On  constate  à  Salonique  que  les  Bulgares,  forts  de  la 


64  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

connivence  du  Gouvernement  grec,  se  sont  emparés 
de  17  forts  ayant  coûté  plus  de  100  millions,  et  de 
100  canons.  Un  seul  fort  près  de  Cavalla  a  tenté  quel- 
que résistance. 

Deux  proclamations,  l'une  au  peuple,  l'autre  à 
l'armée,  sont  affichées  sur  les  murs  de  Salonique;  elles 
invitent  le  peuple  grec  à  prendre  les  armes  pour 
l'honneur  et  l'intégrité  de  la  patrie.  Le  texte  de  l'appel 
au  peuple  est  sévère  pour  le  Roi.  Le  signal  du  soulève- 
ment est  donné  par  le  12'  régiment  d'infanterie;  le 
chef  du  mouvement  est  le  colonel  Zimbrakakis,  qui  a 
dit  :  c(  L'arbre  planté  par  Schenk  sera  déraciné.  » 

Au  dire  des  Serbes,  leurs  prisonniers  bulgares  dé- 
clarent que  les  Allemands  et  les  Turcs  sont  des  misé- 
rables et  qu'ils  ne  veulent  pas  se  battre  pour  eux. 

Grand  Conseil  de  Cabinet  à  Sofia  :  il  s'agit  d'amuser 
la  Roumanie  par  une  apparence  d'hésitation.  La  presse 
allemande  fait  semblant  de  se  méfier  de  la  Bulgarie, 
qui  tarde  à  déclarer  la  guerre  a  la  Roumanie. 

La  New-York  Tribune  dit  que  la  Roumanie  vient  à 
l'Entente  comme  l'Autriche  à  la  Coalition  en  181 3. 

Les  R.usses  occupent  Rabastov  sur  la  Bistritza  et 
bordent  la  frontière  hongroise  sur  20  kilomètres. 

L'Italie  a  confisqué  36  navires  allemands  (142.000 
tonnes). 

Les  édifices  publics  à  Paris  sont  pavoises  en  l'hon- 
neur de  l'Italie  et  de  la  Roumanie. 

Alors  que  beaucoup  d'enfants  allemands  sont  hospi- 
talisés en  Hollande,  le  Gouvernement  allemand  s'op- 
pose à  ce  qu'on  reçoive  dans  ce  pays  des  enfants 
français  des  départements  envahis. 

Le  mark  perd  25,27  ^^  Suisse,  28,16  en  Hollande. 

Jeudi  31  août.  —  Les  Anglais  émettent  des  gaz 
sur  le  saillant  d'Ypres. 

Les  Bulgares  occupent  Klissura. 

Un  communiqué  serbe  déclare  que  tous  les  succès 
bulgares  se  limitent  à  l'occupation  de  territoires  grecs 
non  défendus. 

Le  Comité  de  défense  nationale,  formé  à  Salonique, 


AOUT  1916  65 

ordonne  la  mobilisation  générale  en  Macédoine.  Les 
troupes  royalistes  ont  été  cernées  dans  une  caserne. 

Le  Gouvernement  grec  interdit  toute  manifestation 
pour  huit  jours. 

On  affirme  que  l'armée  de  Sarrail  compte  120.000 
Français,  120.000  Anglais,  iSo.ooo  Serbes,  26.000  Ita- 
liens et  8.000  Russes,  en  face  de  200.000  Bulgares. 

Mackensen  est  nommé  commandant  en  chef  des 
armées  austro-allemandes  dans  les  Balkans. 

Le  commandant  des  forces  russes  en  Roumanie 
arrive  à  Bucarest. 

Les  Roumains  ont  avancé  de  25  milles  en  territoire 
hongrois  et  occupé  Hermannstadt.  Au  cours  des  pre- 
miers combats  (3o  et  3i),  ils  ont  fait  2.000  prisonniers. 

Reprise  de  l'offensive  russe.  Entre  la  Zlota-Lipa  et  le 
Dniester,  les  Russes  enfoncent  le  front  austro-allemand 
et  prennent  Horozanka  (16.000  prisonniers,  6  canons, 
55  mitrailleuses).  Dans  les  Carpathes,  les  Russes 
joignent  les  Roumains  k  l'ouest  de  Dorna-Vatra. 

Au  mois  d'août,  la  guerre  sous-marine  a  détruit 
102  navires  (124.000  tonnes).  Les  Alliés  ont  perdu 
76  navires  (96.000  tonnes).  Les  Italiens  en  ont  perdu 
plus  que  les  Anglais  (43. 000  tonnes)  ;  de  tous  les 
neutres,  les  Norvégiens  en  ont  perdu  le  plus. 

L'Italie  confisque  la  villa  d'Esté  à  Tivoli. 

Un  correspondant  du  Journal  est  reçu  par  le  cardinal 
Gasparri.  Le  Pape  demande  la  paix  et  reste  impartial,  mais 
non  inactif  dans  sa  bienveillance.  Le  Sainl-Siège  n'a  pu 
condamner  tel  ou  tel  belligérant  sur  un  cas  particulier,  car 
il  n'était  pas  suffisamment  instruit  des  faits;  il  a  préféré  se 
tenir  au-dessus  de  la  mêlée. 

Jusqu'à  ce  jour,  les  Allemands  ont  perdu  S.SgS.ooo 
hommes,  dont  240.000  au  mois  d'août. 

La  Bulgarie  déclare  la  guerre  k  la  Roumanie. 


128.    CHROKOLOOIE    DB   LA    OU«RR« 


66  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

SEPTEMBRE    1916 


Vendredi  i"    septembre.    —   Les  Anglais  ont 
repris  quelque  terrain  perdu  la  veille  au  noid-ouest  du 
bois  Delville  et  repoussé  une  attaque  sur  le  bois  de 
Ginchy.  Les  Allemands  lancent  beaucoup  d'obus  à  gaz  i 
sur  leurs  lignes.  i 

Au  sud  d'E>strées,  les  Allemands  reprennent  quelques  ': 
tranchées  prises  par  nous  le  3i  août. 

La  retraite  des  Bulgares  opérant  sur  la  gauche  dès] 
Alliés  a  commencé  ;  ils  ont  évacué  Sorovitz. 

A  II  heures,  le  sémaphore  du  Pirée  annonce  l'arrivée 
de  3o  navires  de  la  flotte  alliée  (détails  dans  New-York\ 
Nation,  1916,  II,  p.  871). 

Les  réfugiés  de  la  frontière  roumaine  encombrent 
Budapest. 

Des  avions  ennemis  lancent  25  obus  sur  Port-Saïd. 

Le  commandant  des  armées  allemandes  sur  la  | 
Somme  fait  l'éloge  des  troupes  françaises,  s'étonne  du 
manque  de  liaison  entre  les  opérations  françaises  et 
anglaises  et  ajoute  :  «  L'armée  anglaise  est  loin  de 
valoir  les  troupes  françaises;  les  recrues  de  Lord  Derby 
sont  encore  moins  bonnes  que  les  soldats  de  Kitchener.  »  I 
{Matin  du  4.)  | 

Du  I""  juillet  au  i""  septembre,  la  nombre  des  divi- 
sions allemandes  a  passé  de  181  à  2o3;  mais  ces  divi- 
sions, très  fortes  en  artillerie,  sont  réduites  à  trois  régi- 
ments d'infanterie  {Temps  du  2  novembre). 

L'Agence  WoltF  désavoue  k  moitié  le  manifeste  de 
Tirpitz,  alléguant  qu'il  a  été  fabriqué  a  l'aide  d'un  télé- 
gramme privé. 

Contrairement  à  des  bruits  calomnieux,  on  assure 
que  tous  les  giands-ducs  de  vingt  k  quarante-cinq  ans 
servent  sur  le  front  russe. 

«  Ne  nous  laissons  pas  duper  ;  la  politique  bulgare  rappelle 


SEPTEMBRE    1916  6/ 

la  politique  socialiste  des  Allemands.  En  Bulgarie,  on  met 
en  avant  les  slavophiles,  ([uitle  à  s'allier  le  lendemain  avec 
les  Turcs.  »  {New-iork  Herald.) 

Samedi  2  septembre.  —  Violent  bombardement 
de  nos  positions  entre  Thiaumont,  Fleurj  et  le  bois  de 
Vaux-Chapitre. 

Les  troupes  royalistes  de  Salonique  se  sont  rendues; 
la  garnison  de  Vodena  a  fait  adhésion  au  Comité 
national 

La  flotte  alliée  a  saisi,  au  Pirée,  les  navires  austro- 
allemands. 

Le  Gouvernement  grec  décide  d'ajourner  les  élec- 
tions. 

«  On  ne  soulève  pas  un  peuple  pour  une  politique  d'abdi- 
cation, et  c'est  à  quoi  s'efforcent  les  résidus  de  l'Etat-major 
décapité.  »  (Temps.) 

Les  Bulgares  sont  entrés  dans  la  ville  roumaine  de 
Dobrich  (Dobrudja). 

La  Gazette  de  Francfort  parle  d'écraser  la  Rou- 
manie pour  envahir  ensuite  la  Russie  méridionale. 

Les  Russes  occupent  le  mont  Ploska,  au  sud-ouest 
de  Rafalovka. 

La  nuit,  trente-septième  raid  sur  l'Angleterre;  un 
des  dirigeables  est  détruit  dans  le  district  de  Londres 
et  tombe  en  flammes  près  d'Enfîeld. 

Des  avions  de  la  marine  anglaise  bombardent  Ho- 
boken,  près  d'Anvers. 

Bombes  d'avions  français  sur  la  gare  de  Metz-Sablon 
et  les  établissements  militaires  au  nord  de  Metz. 

Le  projet  allemand  de  proclamer  l'autonomie  de  la 
Pologne  ayant  donné  lieu  à  des  difficultés  avec  l'Au- 
triche, on  s'étonne,  à  Genève  et  ailleurs,  que  la  Russie 
ne  profite  pas  de  cette  occasion  pour  faire  honneur  aux 
engagements  du  grand-duc  Nicolas,  confirmés  au  nom 
du  Tsar  par  Goremykine  (Journal  de  Genève). 

Wilson,  dans  un  discours  à  Long-Branch,  dit  que  les 
Etats-Unis  devront  jouer  un  grand  rôle  dans  le  monde, 
en  appelant  les  nations  spoliatrices   à  rendre  compte 


b»  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

de  leurs  actes  et  en  contribuant  à  l'établissement  d'une 
paix  dur.'.ble. 

Le  Conseil  municipal  de  Berlin  donne  600  millions 
de  mark  au  nouvel  emprunt  de  guerre,  qui  s'ouvre 
lundi. 

L'Allemagne  achète  dans  toutes  les  villes  des  bijoux 
d'or. 

Une  fabrique  de  munitions  saute  k  Aix-la-Chapelle. 

Les  négociations  économiques  de  l'Allemagne  avec 
la  Suisse  ont  abouti  ;  l'Allemagne  renonce  à  importer 
le  stock  accaparé  par  ses  agents. 

Harden  écrit  dans  la  Ziikanft  : 

«  C'est  notre  existence  qui  est  en  jeu.  Si  l'eanemi  nous 
impose  sa  volonté,  la  Bulgarie  sera  écrasée,  la  Grèce 
entraînée  dans  le  tourbillon,  la  Turquie  cernée,  la  Hongrie 
démembrée,  l'Allemagne  traquée  partout  comme  une  bête 
mauvaise.  » 

François-Joseph  arrive  k  Budapest. 

Le  colonel  suisse  de  Loys,  auteur  d'une  lettre  belli- 
queuse publiée  par  la  Gazette  de  Soleare  (germano- 
phile), déclare  que  c'était  une  missive  privée,  publiée 
sans  son  autorisation.  Son  fils  s'engage  aussitôt  dans 
l'armée  française. 

Il  neige  dans  les  Pyrénées  oiuentales. 

Dimanche  3  septembre.  —  Les  Anglais  prennent 
Guillemont  et  une  partie  de  Ginchy,  avançant  leur  front 
de  5oo  mètres. 

Au  nord  de  la  Somme,  attaquant  sur  un  front  de  6  ki- 
lomètres, les  Français  prennent  Forest  et  Cléry-sur- 
Somme  (2.000  prisonniers,  1 4  canons,  5o  mitrailleuses). 

Sur  la  rive  droite  de  la  Meuse,  les  Allemands  pren- 
nent un  saillant  à  Vaux-Chapitre,  mais  perdent  du 
terrain  k  l'est  et  au  nord-ouest  de  Fleury  (3oo  prison- 
niers). 

Il  est  établi  que  les  journées  de  Gorizia  et  du  Carso 
ont  valu  aux  Italiens  19.000  prisonniers,  3o  canons 
92  mitrailleuses,  5  millions  de  cartouches. 

Les  Serbes  repoussent  une  attaque  bulgare  à  l'ouest 
du  lac  d'Ostrovo. 


I 


SEPTSMBHE    1916  69 

Les  Bulgares,  qui  avaient  occupé  Kastoria,  en  sont 
chassés. 

On  ne  doute  pas  à  Salonique  de  la  trahison  de  l'Etat- 
major  grec.  En  plus  de  six  forteresses  de  la  frontière, 
onze  forts  de  la  défense  de  Cavalla  ont  été  livrés  aux  Bul- 
gares. 

Les  Alliés  demandent  k  la  Grèce  :  i°  d'exercer  à  sa 
place  le  contrôle  postal  et  télégraphique;  2°  l'éloigne- 
ment  de  Schenk  et  autres  agents  étrangers;  3°  des 
mesures  contre  les  Grecs  coupables  d'espionnage  et  de 
corruption. 

Le  roi  de  Roumanie  entre  à  Brasso. 

Les  Roumains  prennent  en  Hongrie  3oo  wagons  et  un 
hôpital  de  campagne. 

Les  Bulgares  attaquent  Tutrakan  (Turtukaï)  et  sont 
d'abord  tenus  en  échec. 

Les  Russes  traversent  la  Ceniovka  (affluent  de  la 
Zlota-Lipa)  pi'ès  de  Prezcjany  et  font  2.700  prisonniers; 
ils  progressent  aussi  dans  les  Garpathes.  Du  3i  août  au 
3  septembre,  Broussilov  a  pris  20.000  hommes, 
12  canons,  71  mitrailleuses. 

Les  Anglais  bombardent  par  avions  l'aérodrome  de 
Ghistelles. 

Pendant  la  nuit,  deuxième  incursion  d'avions  sur 
Bucarest. 

Wilson  dit  à  Shadow  Lawn  : 

«  Aucune  nation  ne  doit  désormais  rester  neutre  en  pré- 
sence d'un  attentat  voulu  à  la  paix  du  monde.  Les  nations 
doivent  s'unir  pour  garantir  conjointement  que  toute  tenta- 
tive de  troubler  la  paix  du  monde  doit  être  d'abord  soumise 
au  tribunal  de  l'opinion  universelle.  Une  nouvelle  atmo- 
sphère de  justice  et  de  bonne  volonté  doit  être  créée  par  des 
méthodes  nouvelles.  » 

Il  y  aura  désormais,  en  Autriche,  un  troisième  jour 
sans  viande. 

Dix  jours  d'arrêts  sont  infligés  au  colonel  de  Loys. 

Le  Temps  écrit,  à  propos  de  l'entrevue  du  cardinal 
Gasparri  : 

ce  Rappeler  à  tous  les  belligérants  l'observation  des  lois  de 
ia  guerre,  c'est  confondre  dans  une  même  leçon,  qui  confi- 


70  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

nerait  bien  vite  à  l'injustice,  ceux  qui  les  ont  violées  dès  le 
début  et  ceux  tjui  ont  conscience  de  n'y  avoir  point  manqué... 
On  eût  rêvé  — •  était-ce  donc  un  rêve  ohiméricjue?  — 
d'une  papauté  qui,  se  souvenant  qu'elle  est  la  plus  haute 
puissance  morale  du  monde,  aurait  laissé  entendre  la  voix 
éternelle  du  droit.  » 

«  Dans  l'Europe  entière,  le  philhellénisme  est  grièvement 
blessé,  s'il  n'est  pas  mort.  »  (Journal  de  Genève.) 

«  Le  Figaro  pense  que  l'idée  d'exclure  pour  dix  ans  la 
marine  allemande  du  canal  de  Suez  mérite  d'être  étudiée. 
Il  n'est  pas  nécessaire  de  l'étudier  longtemps  pour  en 
découvrir  l'ineptie.  »  (New-York  Herald.) 

Lundi  4  septembre.  —  Au  prix  de  violents  com- 
bats, les  Anglais  prennent  Guillemont,  mais  doivent 
céder  une  partie  de  Ginchy, 

Depuis  le  début  de  leur  offensive,  les  Anglais  ont  fait 
17.000  prisonniers. 

Au  nord  de  la  Somme,  nouveaux  progrès  français  ; 
au  sud,  nous  prenons  Sojécourt  et  Chilly  (2.700  pri- 
sonniers). 

Une  violente  attaque  allemande  enlève  un  fortin  de 
la  route  de  Vaux  ;  nous  le  reprenons  (5oo  prisonniers). 

Le  roi  de  Monténégro  visite  le  front  italien  avec  le 
roi  d'Italie. 

Des  patrouilles  bulgares  pénètrent  dans  Cavalla. 

La  Grèce  accepte  les  demandes  de  l'Entente,  qui 
contrôle  depuis  la  veille  les  postes  et  télégraphes. 

On  prétend  que  le  roi  de  Grèce  aurait  déclaré  aux 
ministres  de  l'Entente  qu'à  la  suite  de  l'intervention 
roumaine,  il  était  disposé  à  examiner  à  nouveau  la 
politique  grecque. 

Se  disant  malade,  le  Roi  refuse  de  recevoir  la  délé- 
gation vénizéliste,  qui  dépose  son  mandat. 

«  Nous  avons  accumulé  à  l'égard  de  la  Grèce  et  de  sa 
dynastie  les  actes  de  bienveillance  et  de  temporisation.  On 
ne  saura  que  plus  tard  dans  quelle  mesure  notre  patience 
a  gêné  notre  organisation  militaire  à  Salonique.  »  (Temps.) 

Les  Roumains  sont  entrés  à  Hermannstadt  (Sibiu), 
évacué  par  les  Autrichiens,  qui  ont  aussi  évacué  Orsova 
et  Herkulcsbad. 


SEPTEMBRE    1916  71 

La  cavalerie  russe  se  heurte  k  la  cavalerie  bulgare 
dans  la  Dobrudja. 

Nouvelle  attaque  des  Germano-Bulgares  sur  Tu- 
trakan. 

Dar-es-Salaam,  capitale  de  la  dernière  colonie  alle- 
mande en  Afrique,  s'est  rendu  aux  Anglais. 

Un  deuxième  dirigeable  allemand,  endommagé  par 
le  feu  anglais,  est  tombé  en  mer.  5oo.ooo  personnes 
ont  visité  la  carcasse  du  dirigeable  abattu  k  Enfield. 

«  Plus  rAllemagne  approchera  de  la  défaite,  plus  elle 
commetlra  de  pillages  et  d'assassinats.  Nous  devons  donc 
nous  attendre  à  de  nouveaux  raids;  mais  le  temps  est  passé 
où  cela  pouvait  priver  les  plus  nerveux  d'une  heure  de 
sommeil.  »  {Daily  TelegrapJi.) 

Vingt  bombes  d'avions  sur  Venise  ;  dégâts  insigni- 
fiants. 

Des  avions  allemands  bombardent  les  positions  rou- 
maines en  Dobrudja  et  la  gare  de  Constantza. 

L'Angleterre,  ayant  perdu  8  contre-tor[)illeurs  dans  la 
bataille  du  Skageiiak.  en  a  lancé  i5  nouveaux  en  une 
seule  semaine.  On  parle  de  bâtiments  d'un  nouveau 
modèle  en  construction. 

Le  change  allemand,  qui  perdait  i5,02  à  New-Yoïk 
fin  juin  1915,  y  perd  aujourd'hui  26,81  (à  Amsterdam, 

29)- 

L'Agence  Wolff,  démentant  les  nouvelles  d'émeutes 
en  Allemagne,  dit  que  personne  n'a  été  tué  jusqu'à 
présent  à  cause  des  difficultés  de  ravitaillement. 

A  Milan,  en  commémoration  de  la  bataille  de  la 
Marne,  Ferrero  dit  que  la  France  a  sauvé  l'Europe,  en 
donnant  aux  Alliés  le  temps  de  s'organiser  contre  l'en- 
nemi commun. 

Mardi  5  septembre.  —  Les  Anglais  avancent  à 
l'est  de  Guillemoiit  et  prennent  le  bois  de  Leuze. 
Depuis  le  3,  ils  ont  fait  i.ooo  prisonniers;  ds  tiennent 
toute  la  deuxième  ligne  allemande  de  la  ferme  de 
Mouquet  à  Salsemont. 

Au  nord  de  la  S.imme,  malgré  le  mauvais  temps, 
nous  enlevons  Ommiécourt  ;   au  sud,  nous  repoussons 


72  CHRONOLOGIE   DE    LA  GUERRE 

des  attaques  acharnées  et  atteignons  les  lisières  du  parc 
de  Deniécourt.  Depuis  le  3  septembre,  nous  avons 
capturé  sur  la  Somme  6.65o  hommes,  36  canons  et  un 
dépôt  d'obus  de  i5o.  La  route  de  Péronne  à  Bapaume 
est  sous  notre  feu. 

Premières  neiges  sur  le  front  italien. 

Violentes  actions  d'artillerie  sur  le  front  de  la  Struma 
et  du  lac  Doiran. 

Les  Roumains  disent  que  les  attaques  sur  Tutrakan 
ont  faibli. 

La  Roumanie  met  sous  séquestre  plus  d'un  milliard 
de  capitaux  allemands. 

Bombes  d'avions  sur  Bucarest,  Ploesti,  Gonstantza, 
etc.  Les  Roumains  vont  réunir  des  notables  allemands 
dans  les  immeubles  du  centre  de  Bucarest. 

Un  incendie  détruit  la  fabrique  d'avions  d'Adlershof. 

Guynemer  abat  son  quinzième  adversaire. 

Bombes  anglaises  sur  l'aérodrome  turc  d'El-Arish. 

On  croit  que  les  sous-marins  allemands  ont  une  base 
aux  îles  Baléares. 

Dans  le  Vorcoârts ,  le  député  socialiste  Haenisch 
s'associe  à  1'  «  annexionisme  modéré  »  de  Bethmann- 
Hollweg,  exposé  dans  le  discours  du  g  décembre. 

Séance  orageuse  à  la  (]hambre  hongroise  ;  Tisza  est 
accueilli  aux  cris  de  :  Démission  ! 

Le  colonel  suisse  de  Lojs  est  réprimandé  pour  sa 
lettre  imprimée  dans  la  Gazette  de  Soleiire. 

Mercredi  6  septembre.  —  Au  sud  de  la  Somme, 
nous  prenons  une  partie  de  Berny-en-Santerre  et  le 
nord  ae  Vermandovillers  ;  notre  ligne  borde  Chaulnes 
et  la  voie  de  Chaulnes  à  Roye. 

Une  attaque  sur  les  organisations  allemandes  des 
bois  de  Vaux,  du  Chapitre  et  du  Chénois  enlève,  sur 
i.5oo  mètres,  toute  la  ligne  des  premières  tranchées 
(200  prisonniers). 

La  Grèce  rappelle  cinq  classes. 

On  assure  (mensongèrcment)  que  Zaïmis,  au  nom  du 
Roi,  aurait  renoncé  à  la  diplomatie  secrète,  constituée 
par  la  Cour  en  dehoi^s  de  la  diplomatie  officielle. 


SEPTEMBRE   1916  73 

Le  colonel  Christodoulos,  avec  deux  régiments,  arrive 
à  Cavalla  et  somme  les  Bulgares  d'évacuer  les  forts.  Il 
occupe  les  hauteurs  autour  de  la  ville. 

Les  AuLrichieus  évacuent  la  région  Olak-Toplitza  en 
Transylvanie. 

Les  Germano-Bulgares  prennent  Tutrakan  (Turtukaï), 
tête  de  pont  sur  la  rive  droite  du  Danube  dans  la 
Dobrudja,  à  la  suite  d'une  bataille  de  quatre  jours  et 
d'un  bombardement  avec  de  la  très  grosse  artillerie. 
On  parle  de  26.000  prisonniers  roumains. 

Au  nord  de  Dvinsk,  les  Russes  traversent  la  Zapa- 
dinaja-Dvina  et  refoulent  les  Allemands. 

Combats  violents  vers  Brzezany  et  Halicz.  Les  Russes 
traversent  la  Marainka,  aftluentde  la  Gnita-Lipa.  Halicz, 
bombardé,  est  en  flammes.  Dans  la  région  de  cette 
ville,  les  Russes  ont  capturé  5. 600  prisonniers,  dont 
3.000  Allemands  et  690  Turcs. 

On  assure  que  les  derniers  civils  ont  quitté  Lemberg. 

Les  premières  automobiles  circulent  sur  la  voie  Pe- 
trograd — Arkhangel . 

Un  aviateur  anglais  coule  un  sous-marin  dans  le  port 
de  Zeebrugge  et  rentre  à  Dunkerque. 

Une  flotte  de  3o  à  l{0  vapeurs  japonais  fait  le  service 
de  Seattle  et  Tacoma  à  Vladivostok. 

La  Gazette  du  Rhin  et  de  Westphalie  parle  d'enlever 
à  la  France  ses  régions  minières  du  nord  et  de  l'est, 
dont  on  expulserait  la  population,  et  d'imposer  Caillaux 
à  la  France  comme  premier  ministre  (!). 

Les  articles  de  Reventlow  dans  la  Tageszeilung  sont 
supprimés  par  la  censure  préventive. 

Première  séance  secrète  du  Parlement  hongrois. 

A  la  suite  de  longues  négociations,  les  soldats  fran- 
çais des  camps  dits  de  représailles  en  Pologne  et  en 
Gourlande  sont  transférés  dans  des  camps  ordinaires. 

Le  colonel  Feyler  écrit  {Journal  de  Genève)  : 

«  La  partie  reste  formidable.  Les  Empires  du  Centre  béné- 
ficient de  l'unité  de  commandement  que  n'ont  pas  su  se 
donner  leurs  adversaires.  Mais  la  Quadruple  Entente  dis- 
pose d'autres  cléments  de  supériorité.   » 

«  L'Allemagne  sait  qu'elle  ne  peut  battre  les  Alliés  ;  mais 


74  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

elle  continuera  à  lutter  désespérément  pour  sauver  le  trône 
des  Hohonzollern  et  la  roule  de  l'KsI  (Berlin-Bagdad), 
aclueilement  entre  ses  mains.  Si  les  Alliés  occupent  cette 
roule,  l'Allemagne  saura  qu'elle  a  pcr.lu  sdu  grand  objectif 
et  la  durée  de  la  guerre  sera  abrégée.  »  (^Daily  Mail.) 

Jeudi  7  septembre.  —  De  violentes  contre-attaques 
allemandes  sont  repoussées  au  nord  de  la  Somme 
(200  prisonniers). 

Schenk  a  été  prié  de  quitter  la  Grèce;  il  est  parti 
pour  Cavalla. 

Le  Temps  et  d'au'res  journaux  continuent  k  s'étonner 
de  l'inaction  du  front  de  Salonique,  alors  que  les  Bul- 
gares attaquent  la  Roumanie  par  le  sud,  à  peu  de  dis- 
tance de  Bucarest. 

Les  Russo-Roumains,  attaquant  dans  la  région  de 
Dobritch,  trouvent  devant  eux  des  Germano-Bulgares  et 
des  Turcs.  Combats  acharnés  du  5  au  7. 

On  dit  que  les  Roumains,  en  retraite  dans  la  Do- 
brudja,  incendient  les  récoltes. 

Un  dirigeable  italien  fait  sauter  une  poudrière  autri- 
chienne avec  4-000  tonnes  d'explosifs  à  Lussin-Piccolo. 

Des  torpilleurs  russes  bombardent  le  port  bulgare  de 
Ballchik  et  coulent  21  barques. 

La  flotte  alliée  bombarde  les   forts  de  Cavalla. 

L'Italie  a  saisi  pour  6  millions  de  propriétés  alle- 
mandes à  San  Remo. 

Milioukov  dit  que  la  dislocation  de  l'Autriche  est 
une  nécessité  historique. 

Ballin  dit  à  l'Américain  K.  von  Wiegand  :  «  Tenir, 
endurer  et  se  taire,  tel  est  notre  mot  d'ordre.  » 

L'abbé  Wetterlé  écrit  dans  le  Matin  : 

«  Avant  de  proclamer  la  paix  universelle  et  durable,  il  est 
absolument  nécessaire  de  mettre  la  camisole  de  force  à 
ceux  qui  se  déclarent  prêts  à  constamment  la  menacer.  Les 
honnêtes  gens  ne  .seront  tranquilles  (jue  quand  on  aura  mis 
à  l'ombre  les  détrousseurs  de  grands  chemins.  N'oilà  pour- 
quoi l'Empire  créé  à  Versailles  doit  disparaître.  » 

Vendredi  8  septembre.  —  Dans  la  nuit  de  ven- 


SEPTEMBRE    1916  75 

dredi  à  samedi,  violentes  attaques  jiHemandes  sur  le 
front  de  la  Somme,  quatre  fois  ropoussées. 

Depuis  le  3,  nous  avons  fait  7.700  prisonniers  au 
nord  de  la  Somme. 

Une  attaque  allemande  vers  Vaux-Chapitre  et  Le 
Chénois  est  rejetée  après  quelques  progrès. 

Les  Bulgares  occupent  Silistrie. 

Hiudenburg  félicite  le  général  bulgare  Jekol  pour  la 
prise  de  Tutrakan. 

Les  Roumains  bombardent  Vidin,  Lom  Palanka  et 
Rahovo  sur  le  Danube. 

Les  Russes  enlèvent  une  série  de  hauteurs  dans  les 
Carpathes  boisées  (ôoo  prisonniers). 

Les  Autrichiens  font  sauter  le  grand  pont  du  Dniester 
devant  Halicz. 

Combats  acharnés  dans  la  région  d'Oghut  (Mésopo- 
tamie). 

Un  décret  interdit  l'usage  de  l'allemand  dans  les 
établissements  scolaires  russes  à  partir  de  la  prochaine 
année  scolaire. 

Le  Sénat  américain  ratifie  le  projet  d'achat  des 
Antilles  danoises. 

Ribot  déclare  que  le  total  des  crédits  depuis  le  début 
de  la  guerre  a  atteint  60  milliards,  et  demande  8  mil- 
liards 347  millions  pour  le  dernier  trimestre  de  19 16. 

Lloyd  George,  dans  les  casemates  de  Verdun,  fait 
aux  officiers  qui  le  reçoivent  un  discours  touchant  : 

«  Le  souvenir  de  la  victorieuse  résistance  de  VerJun  sera 
immortel,  parce  que  Verdun  a  sauvé  non  seulement  la 
France,  mais  notre  grande  cause  commune  et  l'humanité 
tout  entière.  Sur  les  hauteurs  qui  entourent  cette  vieille 
citadelle,  la  puissance  malfaisante  de  l'ennemi  est  venue  se 
briser,  comme  une  mer  furieuse  sur  un  roc  de  granit.  Elles 
ont  dompté  la  tempête  qui  menaçait  le  monde.  Pour  moi,  je 
me  sens  remué  profondément  en  touchant  ce  sol  sacré.  Je 
ne  parle  pas  en  mon  nom  seul  et  je  vous  apporte  l'admira- 
tion émue  de  mon  pays  et  du  grand  Empire  dont  je  suis 
ici  le  représentant.  Ils  s'inclinent  avec  moi  devant  le  sacri- 
fice et  devant  la  gloire.  Une  fois  de  plus,  pour  la  défense 
des  grandes  causes  auxquelles  son  avenir  même  est  attaché, 
l'humanité  sp  tourne  vers  la  France.  « 


76  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Samedi  9  septembre.  —  Les  Anglais,  attaquant 
sur  un  (Vont  de  6  kilomètres,  prennent  tout  le  village 
de  Ginchy  et  progressent  au  nord-est  de  Pozières. 

A  l'est  de  Fleury,  nous  prenons  un  système  de  tran- 
chées, avec  200  prisonniers. 

Les  Autrichiens  bombardent  Gorizia  avec  des  obus 
de  3o5,  détruisant  l'église,  le  thràtre  et  l'hôpital. 

La  garnison  de  Verria  se  révolte  contre  le  Gouverne- 
ment d'Athènes  et  se  déclare  prête  à  lutter  aux  côtés 
de  l'Entente. 

Schenk,  en  quittant  Athènes,  a  dit  que  l'organisa- 
tion créée  par  lui  survivrait  à  son  départ. 

Le  soir,  à  Athènes,  une  trentaine  d'individus  ont 
pénétré  dans  le  jardin  de  la  légation  de  France, 
criant  :  a  Vive  le  Roi  !  A  bas  la  France  !  A  bas  l'Angle- 
terre !  ))  Ils  ont  tiré  des  coups  de  revolver  en  l'air, 
puis  ont  pris  la  fuite,  Zaïmis  a  présenté  aussitôt  des 
excuses  à  la  légation. 

Le  roi  Constantin,  qui  a  refusé  de  recevoir  la  délé- 
gation vénizéliste,  a  reçu  en  audience  les  officiers  qui 
furent  désarmés  à  Salonique  par  le  Comité  de  défense 
nationale. 

Les  Roumains  avancent  dans  la  vallée  du  Marcs  et 
occupent  Czik-Szerada. 

Rratiano  télégraphie  à  Venizelos,  exprimant  l'espoir 
de  voir  se  renouer  la  fraternité  d'armes  entre  la  Rou- 
manie et  la  Grèce. 

Le  tsar  Ferdinand,  avec  le  prince  héritier,  est  au 
quartier  général  allemand. 

On  dit  que  5ii  usines  de  munitions  fonctionnent  en 
Roumanie. 

Dans  les  Carpathes,  au  sud  de  Dorna-Vatra,  les 
Russes  ont  pris  contact  avec  les  Roumains. 

Les  Autrichiens  reculent  au  sud-ouest  de  Kimpolung. 

Quatre  bombes  d'avions  sur  Bclfort. 

Bombes  d'avions  sur  Cavalla. 

Troubles  à  Hambourg;  on  pille  des  magasins  aux 
cris  de  «  A  bas  la  guerre  !  A  bas  les  bourreaux  du 
peuple!  »  Il  y  a  déjà  eu  des  troubles  le  19  août  et  le 
12  septembre  (Voir  le  Matin  du  17  décembre). 


SEPTEMBRE    1916  77 

On  commente  {Temps  du  20)  l'affirmation  de  Tisza 
au  Parlement  hongrois,  disant  que  les  offres  de  com- 
pensations territoriales  faites  à  l'Italie  par  l'Autriche 
en  igi5  n'étaient  pas  sérieuses  et  avaient  pour  but  de 
gagner  du  temps.  —  Dans  la  même  séance,  Tisza  a  dit 
qu  il  avait  confiance  dans  la  protection  du  Dieu  des 
Magyars. 

Un  comité  s'est  constitué  à  SchafThouse  sous  le  nom 
de  c(  Comité  allemand  pour  la  conclusion  d'une  paix 
durable  et  pour  l'entente  entre  les  peuples  ». 

Le  général  Malleterre  écrit  dans  la  France  mili- 
taire :  «  Le  nœud  gordien  de  la  guerre  est  à  Sofia  et  à 
Gonstantinople.  » 

L'Association  britannique,  réunie  à  Newcastle,  a 
demandé  l'adoption  immédiate  du  système  métrique  et 
décimal. 

Dimanche  10  septembre.  —  Progrès  anglais 
entre  Neuville-Saint-Vaast  et  le  canal  de  La  Bassée. 

Dans  la  nuit,  au  sud  de  la  Somme,  cinq  attaques 
allemandes  avec  jets  de  flammes  sont  repoussées  avec 
pertes. 

A  la  suite  de  l'attentat  du  g,  l'Entente  adresse  une 
note  collective  au  Gouvernement  grec,  demandant  la 
punition  des  coupables  et  des  autorités  restées  indilTé- 
rentes,  ainsi  que  la  dissolution  de  la  Ligue  des  réser- 
vistes et  la  clôture  de  leurs  lieux  de  réunion.  Zaïmis 
accepte  ces  conditions.  Un  détachement  de  25  marins 
du  Bruix  vient  assurer  la  garde  de  la  légation  fran- 
çaise. 

Dans  la  nuit,  ultimatum  bulgare  à  Ghristodoulos,  qui 
commande  k  Gavalla.  Le  colonel  grec,  avec  ses  i.5oo 
hommes,  part  pour  Thasos.  Les  avions  bulgares  sur- 
volent Gavalla,  où  pénètrent  les  comitadjis.  Beaucoup 
de  Grecs  se  réfugient  k  Thasos. 

Les  Anglais  franchissent  la  Struma  et  attaquent  les 
Bulgares. 

Un  journal  vénizéliste  révèle  que  le  24  septembre 
191 5,  deux  jours  avant  la  mobilisation  grecque,  les 
Epipires  du  Centre  ont  pi'oposé  à  Venizelos  la  prési- 


78  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

dence  du  conseil  à  vie  et  des  morceaux  de  la  Serbie 
s'il  laissait  l'Autriche  c'craser  Taliiée  de  la  Grèce.  Veni- 
zelos  refusa. 

Des  avions  français  bombardent  la  poudrière  de  Rott- 
weil,  les  usines  militaires  au  sud  de  Bruges,  les 
dépôts  au  nord  de  Sommepy  et  l'aérodrome  de  Sarre- 
bourg. 

Un  grand  hangar  de  dirigeables  a  été  détruit  par  un 
incendie  près  de  Francfort  ;  des  dirigeables  et  i5  avions 
ont  été  brûlés. 

Premières  neiges  dans  les  Alpes  de  Suisse. 

Maura,  prenant  la  parole  près  de  Bilbao,  déclare  que 
l'Espagne  doit  sortir  de  son  isolement  et  éviter  de  se 
créer  des  difficultés  avec  la  France  et  l'Angleterre. 

«  Il  viendra  un  jour  où  personne,  aux  Etats-Unis,  ne  vou- 
dra avoir  été  progermain.  »  {i\ew-York  Herald.) 

Lazare  Weiller  écrit  au  Temps  que  les  Allemands 
en  Suisse  savent  ce  qui  s'est  dit  dans  les  comités 
secrets  de  la  Chambre  française. 

On  célèbre  à  Meaux  le  deuxième  anniversaire  de  la 
bataille  de  la  Marne. 

«  Que  l'armée  turque  serve  à  maintenir  la  puissance  des 
chrétiens  en  Orient  et  des  Bulgares  dans  les  Balkans,  c'est 
un  spectacle  peu  banal.  La  Turquie  ne  se  résigne  à 
démentir  ainsi  son  passé  que  parce  que  sa  propre  existence  j 

est  en  jeu.  »  {Temps.) 

Le  total  avoué  des  pertes  allemandes,  non  compris  la 
marine  et  les  colonies,  atteint  8.876.000  hommes, 
dont  882.000  morts,  1 65. 000  prisonniers. 

Lundi  11  septembre.  —  On  saisit  à  Rome  un 
manifeste  antimilitariste  venu  de  Zurich  et  adressé 
aux  soldats  du  front;  plusieurs  socialistes  sont  arrêtés. 

Progrès  anglais  sur  la  Struma.  A  l'ouest  du  Vardar, 
progrès  des  Alliés  sur  3  kilomètres  de  long  et  8  kilo- 
mètres de  profondeur. 

Les  journaux  antivénizélistes  laissent  entendre  que 
l'attentat  du  9  a  été  organisé  parles  partisans  de  Veni- 
zelos. 

Le  Popolo  d'Italia  dit  que  l'armée  grecque  n'accroî- 


SEPTEMBRE    1910  79 

trait  pas  les  forces  alliées,  mais  j  apporterait  un  élé- 
ment de  trouble  et  de  méfiance. 

Les  Roumains  ont  occupé  12.000  kilomètres  carrés 
en  Transylvanie. 

Il  y  a  10  divisions  bulgares  sur  le  front  de  Macé- 
doine, I  à  Monastir,  i  à  Guevgheli.  Sur  la  frontière 
roumaine,  il  y  a  4  divisions  bulgares,  renforcées  de 
Turcs  et  d'Allemands. 

Les  Russes,  dans  les  Carpathes  boisées,  enlèvent  le 
mont  Kapul  (goo  prisonniers). 

La  neige  tombe  dans  le  Caucase. 

Attaqués  par  des  irréguliers  turcs  près  de  Nasirieh 
(Euphrate),  les  Anglais  leur  infligent  de  grosses  pertes. 

Les  Belges  ont  pris  Tabora,  prmcipale  citadelle  alle- 
mande dans  l'Afrique  Orientale. 

Réunion  du  Parlement  serbe  à  Corfou. 

Romanonès  se  déclare  d'accord  avec  Maura  touchant 
la  politique  de  l'Espagne  (on  ne  comprend  pas  au  juste 
ce  qu'ils  veulent  dire). 

Le  prince  héritier  de  Bavière  dit  que  les  forces 
de  l'Entente  s'épuisent  contre  les  positions  allemandes 
qui  sont  imprenables. 

Le  mark  perd  28,87  en  Hollande,  le  franc  i3. 

Mardi  12  septembre.  —  Les  Français  attaquent 
au  nord  de  la  Somme  sur  un  front  de  6  kilomètres.  En 
une  demi-heure  toute  la  première  ligne  allemande  est 
enlevée  (i.5oo  prisonniers).  La  nuit  et  le  lendemain 
matin,  les  Français  enlèvent  Bouchavesnes  et  pro- 
gressent de  600  mètres  au  delà  de  la  route  Péronne — 
Béthune.  C'est  la  dernière  ligne  de  la  position  alle- 
mande primitive  sur  la  Somme. 

Les  Bulgares  occupent  Cavalla  au  nom  du  tsar  de 
Bulgarie.  Le  général  grec  Hadjopoulos  trahit  et  livre 
10.000  soldats  grecs  aux  Bulgares.  Ceux-ci,  à  la  prière 
du  traître,  les  remettent  aux  Allemands,  pour  être  in- 
ternés agréablement  en  Allemagne. 

«  La  perpétuelle  récidive,  qui  caractérise  la  politique  hellé- 
nique, nous  apparaît  comme  la  condamnHtion  de  celle  où 
nous  nous  obstinons.  Il  est  temps  d'en  flnir.  Notre  philhel- 


80  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

lénisme  n'est  pas  plus  inépuisable  que  notre  patience.  » 
(Temps.) 

Le  ministère  Zaïmis  donne  sa  démission. 

En  Transylvanie,  des  troupes  allemandes  entrent  en 
contact  avec  les  Roumains  dans  le  oecteur  de  Her- 
mannstadt  et  au  sud-est  de  Hastzeg. 

Les  Bulgares  ayant  attaqué  les  Roumains  à  Lipnitza 
(i5  kilomètres  à  l'est  de  Silistrit)sont  battus  et  perdent 
8  canons. 

La  navigetion  des  navires  ennemis  sur  le  Danube  est 
arrêtée.  Les  Roumains  ont  occupé  l'île  d'Ada-Kaleh  en 
face  d'Orsova. 

Dans  un  article  officieux  sur  la  situation  dans  les 
Balkans,  la  Gazette  de  Francfort  engage  le  roi  de  Bul- 
garie à  retourner  dans  son  pays  et  oppose  ses  hésita- 
tions au  c(  talent  napoléonien  »  d'Enver. 

Les  Austro-Allemands  refoulent  les  Russes  au  sud 
du  Dniester  et  poussent  jusqu'à  la  Bistritza,  où  le  feu 
russe  les  arrête.  Les  attaques  russes  dans  les  Carpathes 
se  heurtent  à  une  résistance  acharnée. 

Bombes  d'avions  autrichiens  sur  Piatra. 

On  assure  que  le  Bremen,  frère  du  Dentschland,  a 
coulé  dans  l'Atlantique. 

Ribot  dépose  le  projet  d'un  deuxième  emprunt 
à5°/o. 

Lord  Montagu,  parlant  à  Edimbourg,  dit  que  l'An- 
gleterre n'est  plus  une  île,  qu'il  lui  faudra  après  la 
guerre  20.000  avions  coûtant  875  millions,  servis  par 
160.000  officiers  et  soldats. 

Les  Allemands  se  sont  emparés  de  760  millions  k  la 
Banque  de  Belgique  et  les  ont  transférés  à  Berlin  pour 
alimenter  le  nouvel  emprunt.  Un  des  administrateurs, 
ayant  protesté,  a  été  mis  en  prison  à  Aix-la-Chapelle. 

Mercredi  13  septembre.  —  Mardi  et  mercredi, 
les  Français,  repoussant  d'énergiques  attaques  alle- 
mandes sur  la  Somme,  prennent  2.800  hommes,  10  ca- 
nons et  4o  mitrailleuses. 

Les  Allemands  ont  ramené  sur  la  Somme  une  division 
de  Verdun. 


SEPTEMBRE    1916  81 

Vaines  attaques  allemandes  k  l'est  de  Fleurj. 

Offensive  alliée  sur  le  front  de  Salonique.  Les  An- 
rjlais  prennent  Matchukovo  sur  la  rive  gauche  du 
Vardar.  Sur  la  rive  droite,  les  Français  avancent  de 
800  mètres  sur  i.5oo  de  front.  Les  Serbes,  à  l'ouest 
du  lac  d'Ostrovo,  poursuivent  les  Bulgares  sur  i5  kilo- 
mètres. 

1.700  réfugiés  de  Cavalla  arrivent  au  Pirée.  Le  co- 
lonel Christodoulos  arrive  à  Salonique. 

Bombes  d'avions  italiens  sur  les  hangars  d'hydro- 
avions  près  de  Trieste. 

Bombes  autrichiennes  sur  Venise  ;  peu  de  dégâts. 

Quatre  avions  français  bombardent  Sofia;  l'un  d'eux 
atterrit  à  Bucarest. 

Fejler  dit  que  les  Alliés  semblent  avoir  gagné  d'une 
manière  incontestable  la  maîtrise  de  l'air.  La  Gazette 
de  Francfort  se  plaint  de  l'infériorité  des  Allemands  à 
cet  égard. 

Le  Président  Poincaré  confère  à  la  ville  de  Verdun 
les  décorations  que  lui  ont  décernées  les  Alliés. 

La  Gazette  de  l'Allemagne  du  Nord  envisage  la  pos- 
sibilité d'une  retraite  allemande  sur  de  nouvelles 
lignes. 

Jeudi  14  septembre.  —  Au  nord  de  la  Somme, 
nous  poussons  jusqu'aux  lisières  de  Rancourt. 

Les  Allemands  attaquent  vainement  à  l'ouest  de  la 
route  de  Vaux. 

Victoire  des  Serbes  à  Gornitchevo  (20  canons, 
5o  fourgons  de  munitions). 

Les  Bulgares  ont  confisqué  à  Cavalla  pour  des  mil- 
lions de  tabac  et  d'autres  denrées;  le  tout  a  été  envoyé 
à  Sofia. 

Les  réfugiés  de  Thasos  supplient  Venizelos  de  les 
faire  recueillir  par  des  navires  de  guerre. 

Hestia  :  «  Jamais  la  Grèce  n'a  subi  pareil  désastre  sans 
opposer  de  résistance.  Jamais  on  a'avail  vu  ses  armées  s'en- 
fuir et  quitter  leurs  casernes  en  livrant  la  population  à  l'en- 
vahisseur. Et  cependant  on  n'a  pas  le  courage  d'accuser 
ces  malheureux:   soldats,    qui   se  conformeal   à   des   ordres 

128.    CHRONOLOGIE   DE    I.A    GUERRE  6 


82  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

reçus  de  ceux  pour  qui,  depuis  dix-huit  mois,  les  Germano- 
Bulgares  sont  nos  amis,  les  Franco-Anglais  nos  ennemis.  » 

Vifs  combats  à  Haslzeg  en  Transylvanie. 

Après  une  bataille  de  deux  jours  dans  la  Dobrudja, 
les  Russo-Roumains  battent  en  retraite  ;  l'ennemi  compte 
90.000  hommes,  avec  une  très  puissante  artillerie. 

Les  Bulgares  adressent  une  protestation  aux  neutres, 
alléguant  que  les  Roumains,  en  se  retirant,  incendient 
des  villages  bulgares  de  la  Dobrudja  {Journal  de  Ge- 
nève  du  17). 

Repington  pense  que  Hindenburg  veut  mettre  la 
Roumanie  hors  de  cause  en  l'attaquant  avec  3o  divisions 
prises  sur  les  autres  fronts. 

Il  neige  sur  le  littoral  de  la  Mer  Noire.  Les  Kurdes 
attaquent  les  Russes  au  sud-ouest  de  Kighi. 

Une  bombe  d'avion  endommage  l'église  SS.  Giovanni 
et  Paolo  à  Venise. 

La  France  proteste  à  Stockholm  contre  l'ordonnance 
du  ig  juillet  qui  réserve  aux  navires  suédois  la  seule 
route  sûre  entre  la  mer  du  Nord  et  la  Baltique,  favori- 
sant ainsi  la  marine  allemande. 

Déclaration  du  Gouvernement  français  aux  Chambres. 
L'action  se  développe  sur  le  front  d'Orient;  la  France 
et  les  Alliés  ne  se  laisseront  pas  arrêter  par  les  menées 
de  leurs  ennemis  et  des  complices  de  ceux-ci,  dans 
l'intérêt  même  de  la  Grèce.  Bien  que  toutes  les  espé- 
rances soient  désormais  permises,  il  faut  redoubler 
d'efforts,  sans  excès  d'optimisme.  L'ennemi  est  encore 
puissant  ;  il  se  défendra  jusqu'au  bout.  L'union  seule 
nous  vaudra  la  victoire  et  une  paix  durable,  garantie 
contre  tout  retour  de  violence  par  des  sanctions  interna- 
tionales. 

Depuis  le  début  de  l'offensive  de  juillet,  les  Alliés 
ont  capturé  54.ooo  hommes,  260  canons,  64?  mitrail- 
leuses. 

La  Nouvelle  Presse  libre  se  plaint  que,  sur  le  front 
occidental,  les  Alliés  fassent  une  guerre  d'extermina- 
tion, ayant  pour  seul  objet  de  tuer  le  plus  grand 
nombre  possible  d'Allemands. 

Neige  dans  les  Pyrénées. 


SEPTEMBRE    1916  83 

Vendredi  15  septembre.  —  Attaque  anglaise  sur 
la  Somme,  avec  des  camions  cuirassés  appelés  tanks 
(Voir  la  Liberté  du  17).  Prise  de  Courcelette,  Martin- 
puich  et  Fiers  (2.5oo  prisonniers).  Un  ordre  secret, 
trouvé  sur  un  commandant  allemand,  reconnaît  que  les 
nouveaux  engins  sont  c(  aussi  cruels  qu'efficaces  ».  Les 
Anglais  se  sont  aussi  servis  d'avions  cuirassés,  volant 
bas  sur  les  tranchées. 

Avance  française  au  nord  de  la  ferme  Le  Priez  ;  vifs 
combats  à  l'est  de  la  route  de  Béthune  et  au  nord 
de  Bouchavesnes.  Au  sud  de  la  Somme,  progrès  à  l'est 
de  Deniécourt  et  au  nord-est  de  Berny  (4oo  prison- 
niers). 

Les  Italiens  enlèvent  les  hauteurs  de  San  Grado  sur 
le  Carso  (2.1 17  prisonniers). 

Le  Gouvernement  italien  séquestre  des  millions 
d'œufs,  soi-disant  destinés  à  la  Suisse. 

Dimitracopoulos,  chargé  de  former  un  ministère,  y 
renonce.  L'état  apparent  de  la  Grèce  est  le  gâchis. 

Télégraphiant  k  l'Impératrice,  Guillaume  II  dit  avoir 
été  informé  par  Mackensen  de  la  victoire  décisive  rem- 
portée par  les  Allemands,  Bulgares  et  Turcs  dans  la 
Dobrudja.  Explosion  de  joie  dans  la  presse  allemande. 

Les  Russes  attaquent  vivement  en  Galicie. 

De  nombreux  avions  allemands  sont  abattus  sur  les 
fronts  anglais  et  français.  Guynemer  abat  son  16^  avion, 
Nuugesser  son  12^. 

Depuis  le  début  de  septembre,  la  Norvège  a  perdu 
12  vapeurs,  dont  un  de  12.000  tonnes,  victimes  de  sous- 
marins  allemands. 

Tittoni,  dans  la  Nuova  Antologia,  démontre  que  la 
crise  de  1914  n'a  fait  que  répéter  celle  de  1909,  avec  cette 
différence  qu'en  1909  l'Autriche  accepta  la  médiation  des 
puissances,  ce  que  l'Allemagne  empêcha  en  1914- 

On  assure  k  Genève  que  les  autorités  m ilitaii-es  autri- 
chiennes de  Serbie  déportent  les  femmes  et  les  jeunes 
filles  pour  les  faire  travailler  aux  champs  et  aux  usines 
en  Autriche,  ou  comme  domestiques  d'officiers. 

On  fait  observer  en  Italie  qu'une  publication  officielle 
allemande  (21  juin  et  6  juillet)  reconnaît  que  des  offi- 


84  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

ciers  allemands  ont  servi  par  ordre  dans  les  rangs  turcs 
pendant  la  guerre  de  Libye. 

A  la  suite  de  conférences  au  grand  quartier  général 
allemand,  Hindenburg  est  nommé  au  commandement 
sur  tous  les  fronts. 

Le  Gouvernement  turc  rappelle  du  front  les  soldats 
arabes  et  les  désarme. 

Lazare  Weiller,  écrivant  de  Suisse  au  Temps,  de- 
mande que  les  Alliés  rassurent  le  peuple  allemand  sur 
leurs  revendications  territoriales  et  proclament  bien 
haut  qu'ils  n'appartiennent  pas  à  l'école  de  Bismarck; 
il  demande  aussi  qu'il  soit  tenu  compte  des  légitimes 
inquiétudes  des  Polonais. 

Samedi  16  septembre.  —  Nouveau .x  progrès 
anglais  au  sud  de  l'Ancre  (1.700  prisonniers).  Le  soir, 
aux  abords  de  Thiepval,  les  Anglais  s'emparent  des 
tranchées  fortifiées  dites  du  Danube. 

Les  Italiens  font  600  prisonniers  sur  le  Carso. 

Les  Serbes,  poursuivront  les  Bulgares,  franchissent 
le  Brod  à  10  kilomètres  nord-est  de  Florina;  ils  ont 
pris  jusqu'à  présent  '62  canons. 

Mmistère  Calogeropoulos  à  Athènes  (groupe  Theo- 
tokis). 

Il  se  confirme  que  les  Grecs  ont  abandonné  à  Cavalla 
5o  canons,  4o.ooo  fusils  et  d'énormes  quantités  de 
munitions. 

Les  démobihsés  de  Crète  ont  adhéré  au  mouvement 
révolutionnaire. 

Le  colonel  Christodoulos  et  ses  2.000  hommes  ont 
été  reçus  à  Salonique  par  les  officiers  grecs  libéraux. 

Georges  Mêlas,  ancien  secrétaire  du  roi  Constantin, 
écrit  a  Streit  qu'il  lui  envoie  des  soufflets  et  le  provoque 
en  duel. 

«  Un  corps  d'armée  entier  a  été  emmené  en  Allemagne 
comme  otage.  Cet  épi'^ode,  qui  laissera  une  tache  inelTaçaDle 
sur  l'honneur  de  l'armée  grecque,  demande  une  explication.  » 
(7 /m  es.) 

«  On  se  demande  par  quelles  mesures  les  puissances  de 
l'Entente  vont  répondre  au  passage  du  4^  corps  hellénique 
dans  le  camp  allemand.  »  (Journal  de  Genève.) 


SEPTEMBRE     191  fi  85 

Les  Roumains  ont  franchi  l'Oltu,  entre  Hermannstadt 
et  Kronstadt,  mais  ont  ensuite  dû  reculer. 

En  Dobrudja,  les  Russo-Roumains  se  sont  établis  sur 
la  ligne  Razova — Tuzla. 

La  Gazette  de  Cologne  déclare  que  l'Allemagne  est 
sur  le  point  de  perdre  sa  dernière  colonie  (Afrique 
Orientale). 

Bombes  d'avions  sur  Constantza. 

La  Suède  répond  k  l'Entente  par  une  note  assez 
sèche,  protestant  qu'elle  n'a  jamais  manqué  aux 
devoirs  de  la  neutralité. 

Le  Journal  officiel  promulgue  une  loi  concernant 
l'émission  d'un  emprunt  en  rentes  5  °/o. 

Troubles  à  Chemnitz  ;  4o  tués. 

Le  correspondant  de  l'agence  Reuter  écrit  du  front 
anglais  : 

«  Pour  vous  montrer  refficacité  dos  nouvelles  autos  blin- 
dées, voici  un  iiicident.  Une  raffinerie  était  transformée  en 
nid  de  mitrailleuses.  L'auto  s'avança,  fjrondant,  jusqu'à 
l'entrée  et  fil  sauter  la  porte  barricadée,  dispersant  les  sacs 
de  sable,  et  se  trouva  au  milieu  des  mitrailleurs.  Quelques 
minutes  plus  tard,  tout  était  silencieux  et  notre  infanterie 
prenait  possession  de  la  raffinerie  sans  être  inquiétée.  Pen- 
dant ce  temps,  l'auto  se  remettait  en  marche  pour  continuer 
plus  loin  son  carnage.  » 

Dimanche  il  septembre.  —  Au  nord  de  la 
Somme,  les  Français  prennent  Vermandovillers  et 
Bernj,  repoussant  de  très  violentes  contre-attaques  à 
l'est  de  Berny  et  au  sud  de  Deniécourt  (1.200  pri- 
sonniers). 

Du  i"""  juillet  au  17  septembre,  les  Français  ont  fait 
35.000  prisonniers  sur  la  Somme,  capturé  i44  canons 
et  5oo  mitrailleuses.  Les  Allemands  ont  engagé  3i2  ba- 
taillons contre  les  Français,  3 10  contre  les  Anglais. 

«  Décidément,  les  Allemands  n'arrivent  pas  à  se  ressaisir 
sur  la  Somme.  Presque  chaque  jour,  ils  prononcent  un  nou- 
veau recul,  et  l'apparence  d'abandon  où  les  trouve  la  sou- 
daineté des  élans  de  leurs  adversaires,  le  nombre  des  pri- 
sonniers qu'ils  laissent  à  cliaque  affaire  entre  leurs  mains 
produisent  l'impression  de  gens  désarçonnés.  «(Feyler.) 


86  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

D'Annunzio,  rétabli,  reprend  son  service  d'officier 
aviateur. 

On  s'accorde  à  voir,  dans  le  nouveau  cabinet  grec, 
l'instrument  de  la  politique  occulte  du  Roi. 

La  presse  grecque  publie  le  texte  d'une  convention 
entre  la  Grèce,  l'Allemagne  et  la  Bulgarie,  garantissant 
l'évacuation  du  territoire  grec  par  les  Germano-Bul- 
gares dès  que  la  situation  le  permettra  et  s'engageantà 
indemniser  les  habitants  lésés. 

Barthou,  à  la  Sorbonne,  rappelle,  à  propos  de  la 
Grèce,  les  mots  de  Démosthène  :  «  Pour  l'homme  libre, 
la  nécessité  la  plus  pressante,  la  contrainte  la  plus 
terrible,  c'est  le  déshonneur  de  la  patrie.  y> 

Nouvelle  offensive  russe.  Au  sud  de  Brzezany,  sur  la 
ZIota-Lipa,  les  Russes  font  54o  prisonniers  ;  il  en  font 
3.200  devant  Halicz. 

Des  avions  de  l'Entente  bombardent  l'aérodrome  de 
Saint-Denis,  près  de  Gand. 

Le  sous-marin  Foucault  est  coulé  dans  l'Adriatique 
par  des  bombes  d'hydravions  autrichiens  ;  l'équipage 
est  sauvé. 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  l'Angleterre  a  construit 
une  flotte  nouvelle  égale  à  toute  la  flotte  allemande. 

«  Nous  avons  parmi  nous  bon  nombre  de  bavards  qui 
veulent  que  l'Allemagne  ne  soit  pas  humiliée,  qui  se  croient 
intellectuellement  supérieurs  quand  ils  affirment  que  l'armée 
du  Kaiser  n'a  pas  violé  les  lois  de  la  guerre.  Les  témoi- 
gnages, appuyés  de  serments,  des  gens  les  plus  honorables 
sont  sans  efTet  sur  ces  sentimentaux.  Les  horreurs  de  la 
Belgique  les  laissent  doucement  incrédules.  Ils  haussent  les 
épaules  avec  scepticisme  quand  on  leur  dit  que  les  jeunes 
femmes  de  Lille  et  de  Roubaix  ont  été  arrachées  à  leurs 
foyers  et  envoyées  dans  les  usines  de  l'Allemagne.  Pendant 
tout  le  cours  de  la  guerre,  ces  insolents  doufeurs  ont  été  les 
auxiliaires  de  nos  ennemis.  Après  la  victoire,  ils  crieront 
bien  haut  que  le  temps  est  venu  de  s'embrasser  et  d'être 
de  bons  amis.  L'envie  de  gagner  de  l'argent  sera  alors 
un  aussi  grand  danger  pour  nous  que  la  sentimentalité.  » 
{Dai/i/  Mail.) 

On  commente  à  Rome  le  rappel  des  deux  nonces  de 
Vienne  et  de  Munich,  élevés  au  cardinalat. 


SEPTEMBRE    1216  87 

Depuis  le  21  février,  les  Allemands  ont  perdu  740.000 
hommes,  les  Autrichiens  900.000  (dont  420.000  prisonniers). 
Il  reste  aux  Allemands  S  millions  de  combattants  sur  les 
fronts  et  environ  900.000  hommes  dans  les  dépôts  (classe 
1918,  convalescents,  récupérés).  Il  reste  aux  Autrichiens 
2.800.000  hommes  sur  le  front,  qui  est  de  i.5oo  kilomètres. 
La  réserve  austro-allemande  consiste  en  4oo-ooo  Bulgares 
et  400.000  Turcs,  soit  800.000  hommes.  »  (Liberté.) 

A  New- York,  dans  les  cercles  pro-alliés,  on  appelle 
les  Hohenzollern  Han-Zollerns. 


Lundi  18  septembre.  —  Au  sud  de  l'Ancre,  les 
Anglais  enlèvent  l'ouvrage  dit  Quadrilatère. 

Les  Français  prennent  Deniécourt  et  poussent  vers 
Ablaincourt.  Cinq  attaques  allemandes  en  Champagne 
(Som:nepy),  notamment  dans  le  secteur  russe,  sont 
repoussées.  Il  pleut  continuellement. 

Les  Alliés  prennent  Florina,  après  une  bataille  qui  a 
duré  le  17  et  toute  la  nuit;  les  Bulgares  refluent  sur 
Monaslir.  Les  Serbes  enlèvent  la  première  ligne  bul- 
gare sur  le  Kaimakalan. 

Dans  une  lettre  publique,  l'ancien  ministre  Philaretos 
adjure  le  Roi  de  chasser  les  Bulgares  ou  de  quitter  le 
trône. 

Les  Roumains,  défaits  à  l'est  de  Hastzeg,  battent  en 
retraite. 

En  Dobrudja,  les  Bulgares  occupent  Sotulu,  Chiol 
et  Vasolui,  prenant  5  canons. 

Les  Allemands  prennent  pied  sur  la  rive  orientale  du 
Stokhod,  après  avoir  refoulé  les  Russes  (3. 000  pri- 
sonniers). 

Le  général  de  Lacroix  (Temps)  met  les  Alliés  en 
garde  contre  la  dispersion  de  leurs  elForts  et  dit  que  la 
Bulgarie  devrait  être  abattue  avant  tout. 

On  annonce  la  constitution  d'une  ligue  des  femmes 
allemandes  pour  la  paix,  qui  exige  l'égalité  des  droits 
politiques  pour  les  femmes. 

«  Nous  n'avons  rien  à  espérer  ni  de  l'Autriche,  ni  de  la 
Bulgarie,  ni  de  la  Turquie,  ni  de  la  Grèce,  et  ces  quatre 
pays  n'ont  rien  à  espérer  de  nous.  Les  problèmes  adriati- 


O»  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

ques,  balkaniques  et  d'Asie  Mineure  en  sont  heureusement 
simplifiés.  »  {Temps.) 

Le  3  °/o  français  et  à  03,  le  5  °/o  à  90. 

Répondant  au  patriarche  de  Venise,  le  Pape  déplore 
les  bombardements  dont  a  soufiert  cette  ville,  mais 
n'ajoute  pas  un  mot  de  blâme  pour  l'Autriche. 

Graves  inondations  en  Bohême. 

Mardi  19  septembre.  —  Par  leur  succès  sur  le 
Kaimakalan,   les  Serbes  sont  rentrés  en  Serbie. 

La  garnison  de  Volo  s'est  révoltée  contre  le  Gouver- 
nement royal.  A  Kosani  en  Epire,  les  troupes  et  la 
population  ont  chassé  les  autorités. 

Recevant  à  Tatoï  un  corespondant  de  la  Presse 
associée,  le  roi  de  Grèce,  toujours  malade,  s'est  plaint 
que  le  monde  ne  comprît  pas  son  attitude,  dictée 
surtout  par  le  souci  d'un  million  de  Grecs  vivant 
en  Turquie.  Mais  il  admet  que  l'intervention  de  la 
Roumanie  a  modifié  la  situation.  «  L'heure  a  sonné  et 
il  faut  que  l'âme  de  l'Heliade  dicte  l'avenir  de  notre 
pays.  »  (Temps  du  2  3.) 

Combats  vers  Enigea,  à  3o  kilomètres  au  sud  de  la 
voie  Constantza-Cernavoda.  Les  Russo-Roumains  ont 
été  renforcés. 

Des  attaques  allemandes  sur  la  Narajuvka  obtiennent 
quelque  succès  ;  l'offensive  russe  est  momentanément 
arrêtée. 

Le  Gouvernement  belge  a  protesté  auprès  du  Gou- 
vernement hollandais  contre  la  saisie  du  milliard  de  la 
Banque  nationale  de  Belgique,  en  violation  des  articles 
43,  46  et  47  des  conventions  de  La  Haye. 

A  la  Chambre,  Brijuid,  répondant  à  un  député  qui 
demande  l'ouverture  de  négociations,  repousse  toute 
idée  d'une  paix  prématurée,  qui  serait  humiliante. 
L'affichage  de  son  discours  est  ordonné  par  421  voix 
contre  26. 

Mercredi  20  septembre.  —  Au  nord  de  la  Somme, 
très  forte  attaque  allemande  sur  un  front  de  5  kilo- 
mètres, de  9  heures  du  malin  à  la  nuit.  On  dit  que  les 


SF.PTEMBUK    191  G  89 

Allemands,  partout  repousses,  ont  eu  3o  ooo  hommes 
hors  de  combat;  ils  ont  amené  au  moins  six  divisions. 

Les  Français  prennent  deux  éléments  de  tranchées 
au  sud  de  Thiaumont  et  avancent  dans  le  bois  de  Vaux- 
Chapitre. 

La  pluie  et  la  neige  arrêtent  les  opérations  italiennes. 

Entre  le  lac  de  Doiran  et  la  Strurna,  les  Italiens, 
attaqués  par  de  grosses  forces  bulgares,  ont  évacué 
quelques  villages. 

L'Entente  n'est  pas  entrée  en  relation  avec  le  nou- 
veau ministère  grec. 

Le  Gouvernement  grec  réclame  à  l'Allemagne  la 
restitution  des  troupes  livrées  par  Hadjopoulos,  qui  a 
agi  proprio  motu,  alors  que  le  Gouvernement  lui 
ordonnait  de  gaqner  Volo. 

Le  tribunal  révolutionnaire  de  Salonique  a  tenu  sa 
première  séance  et  condamné  k  la  prison  un  avocat  qui 
avait  injurié  la  Ligue  de  Défense  nationale. 

La  bataille  de  la  Dobrudja,  commencée  le  16,  s'est 
terminée  par  la  retraite  des  Allemands,  Bulgares  et 
Turcs,  qui  se  replient  vers  le  sud,  incendiant  les 
villages. 

Commencement  de  la  grande  offensive  allemande 
contre  l'ouest  de  la  Roumanie. 

Hindenburg  a  relevé  de  leurs  commandements  trois 
archiducs. 

«  Les  Allemands  occupent  en  Russie  une  ligne  allant  delà 
région  de  Rig.i  jus  |u'à  flaliiz.  Au  sud  de  Halicz,  il  existe 
une  brèche  occupée  par  les  Russes.  Plus  au  sud,  les  armées 
austro-hongroises  se  sont  concentrées  pour  défendre  la  Hon- 
grie. »  {Times.) 

Deux  aviateurs  français  ont  rapporté  à  Salonique  le 
courrier  de  Bucarest. 

La  flotte  alliée  bloque  les  côtes  bulgares. 

Les  armateurs  espagnols  ont  protesté,  auprès  du 
comte  de  Bomanonès,  contre  le  torpillage  de  navires 
espagnols,  menace  au  ravitaillement  du  pays. 

On  écrit  de  Paris  au  Journal  de  Genève  (26)  :  «  La 
paix,  tout  le  monde  la  désire,  mais  personne  ne  la 
veut.  » 


90  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

«  Des  troupes  pour  les  armées  d'Orient  !  Voilà  ce  qu'il 
faut  demander  aujourd'hui  à  celles  des  nations  alliées  qui 
disposent  de  réserves  d'hommes  abondantes  !  »  (^Information.) 

Dans  un  violent  discours  contre  l'Angleterre,  le  roi 
de  Wurtemberg  dit  que  chaque  dirigeable  qui  menace 
Londres  de  destruction  est  un  instrument  de  la  justice 
divine. 

Guillaume  II  semble  marquer  la  fin  de  l'offensive 
contre  Verdun  en  donnant  au  Kronprinz  la  décoration 
Pour  le  Mérite. 

On  se  préoccupe,  en  Angleterre,  de  l'entretien  des 
effectifs  sur  le  front  ;  il  paraît  que  le  nombre  d'hommes 
exemptés  par  des  ministères  et  des  tribunaux  atteint 
1.600.000. 

Le  rem/js  (21)  rappelle  qu'un  Français,  nommé  Balbi, 
soumit  à  Napoléon  III  en  1860  le  plan  d'un  engin 
dénommé  forteresse  mobile,  sorte  de  tour  roulante  mue 
par  la  vapeur;  ce  serait  la  première  idée  des  tanks. 

Le  Journal  officiel  du  Brésil  publie  le  discours  de 
Ruy  Barbosa  en  faveur  des  Alliés,  la  Ctiambre  ayant 
décidé  de  l'insérer  à  son  procès-verbal. 

Jeudi  2i  septembre.  —  Un  ordre  allemand  com- 
mande de  reprendre  à  tout  prix  la  position  de  Lesbœufs. 

Progrès  anglais  au  sud  de  l'Ancre,  entre  Fiers  et 
Martinpuich.  Raid  heureux  dans  les  tranchées  alle- 
mandes au  sud  d'Arras. 

Après  sept  jours  de  travaux  à  Corfou,  la  Skuptchina 
serbe  vote  un  ordre  du  jour  déclarant  qu'elle  reste 
fidèle  aux  exigences  nationales.  «  Le  trésor  le  plus 
grand,  l'honneur  de  la  nation,  est  demeuré  intact.  » 

Un  bataillon  de  l'armée  nationale  grecque  de  Salo- 
nique  part  pour  le  front. 

On  affirme  que  Zaïmis  a  démissionné  parce  qu'il 
refusait  de  recevoir  les  officiers  revenus  de  Salonique 
et  avait  détourné  le  Roi  de  les  recevoir  ;  le  Roi  les  reçut 
et  les  harangua. 

On  arrête,  à  Athènes,  l'attaché  militaire  roumain, 
accusé  d'avoir  été  un  des  informateurs  des  sous-marins 
allemands. 


SEPTEMBRE    1916  91 

Les  journaux  vénizélistes  mettent  en  garde  contre 
la  fourberie  qui  consiste,  pour  gagner  du  temps,  à 
prétendre  qu'on  examine  à  nouveau  la  situation. 

Venizelos  dit  à  un  rédacteur  du  Journal  :  «  Si  le 
Gouvernement  a  méconnu  ses  devoirs  envers  la  nation, 
celle-ci  doit  prendre  en  main  elle-même  la  défense  de 
ses  intérêts.  5) 

Le  chérif  de  La  Mecque  télégraphie  au  Président  de 
la  République,  le  remerciant  de  lui  avoir  envoyé  une 
mission  civile  et  militaire  franco-musulmane. 

Bombes  d'avions  sur  Cernavoda. 

«  Nous  nous  rappelons  que  l'Europe  de  i8i5  a  refusé  de 
traiter  avec  Napoléon  et  sa  dynastie,  et  nous  essaierons  de 
montrer  que  la  République  Française  n'est  pas  plus  timide 
contre  les  princes  que  l'Autriche  de  Metternich.  »  {Temps.) 

«  Nous  avons  mis  les  mains  à  la  charrue  et  nous  ne  recule- 
rons pas.  Pourquoi  le  ferions-nous?  Nous  avons  calculé  ce 
que  cela  coûtera  et  sommes  prêts  à  supporter  la  dépense.  » 
{Land  and  Water.') 

Le  Temps  s'inquiète  de  la  balance  du  commerce,  très 
défavorable  à  la  France;  au  mois  d'août,  les  entrées  ont 
dépassé  les  sorties  de  838  millions;  pour  les  huit  pre- 
miers mois  de  1916,  il  y  a  un  déficit  de  4-254  mil- 
lions. Il  faut  que  le  public  et  l'administration  de  la 
Guerre  réduisent  leurs  achats  au  dehors. 

Ouverture  de  la  Conférence  impériale  socialiste  à 
Berlin. 

Un  comité  s'est  constitué  à  Barcelone  pour  créer  une 
association  en  faveur  de  l'Entente. 

Vendredi  22  septembre.  —  Avance  anglaise  au 
sud  de  l'Ancre,  à  l'est  de  Courcelette.  Une  attaque  alle- 
mande sur  la  ferme  du  Mouquet  est  repoussée. 

Cessant  leur  retraite,  les  Bulgares  se  fortifient  en 
Dobrudja  ;  sur  leur  droite,  ils  ont  reculé  de  26  kilo- 
mètres. 

La  Patris  proteste  contre  un  discours  récent  du  roi 
de  Grèce  aux  recrues  ;  il  a  semblé  dire  que  l'armée,  au 
service  personnel  du  souverain,  lui  devait  une  obéis- 
sance aveugle.  Cela  est  contraire  à  la  constitution 
grecque. 


92  cnnoNOLOGiE  de  la  guerre 

Quelques  députés  gounaristes  font  scission  et  se 
joignent  aux  députés  macédoniens. 

Les  Allemands  disent  avoir  pris  le  défilé  de  Vulkan 
en  Transylvanie. 

Les  aviateurs  français  livrent  56  combats  sur  le  front 
de  la  Somme,  abattant  4  avions  allemands  et  en  désem- 

farant  4-  L'adjudant  Dorme  a  abattu  son  ii^  avion, 
adjudant  Lenoir  son  lo*. 

Bombes  d'avions  sur  les  établissements  militaires  de 
Ludv.'igshafen  et  de  Mannheim. 

Un  dirigeable  paraît  sur  Calais,  mais  est  repoussé 
par  l'artillerie  aérienne. 

On  assure  que  depuis  le  début  de  la  guerre  l'Alle- 
magne a  mobilisé  lo  millions  d'hommes  et  en  a  envoyé 
7  millions  au  front. 

La  réunion  des  armateurs  de  Hambourg  déclare  que 
l'Allemagne  a  besoin  d'étendre  ses  côtes  vers  l'ouest  et 
que,  pour  arrivera  ce  résultat,  elle  doit  combattre  l'An- 
gleterre sans  égards  aucuns. 

La  Gazette  ae  Francfort  publie  un  long  article  mili- 
taire, préparant  à  son  tour  l'opinion  à  un  raccourcisse- 
ment du  front  occidental. 

Il  neige  au  Plomb  du  Cantal. 

Samedi  23  septembre.  —  Trente  obus  sur  Reims  ; 

dégâts  importants. 

JtLntre  l'Avisio  et  le  mont  Cismon,  les  Italiens  pren- 
nent d'assaut  le  sommet  du  mont  Cardinal  (2.465 
mètres);  l'explosion  d'une  mine  leur  fait  perdre  ensuite 
un  peu  de  terrain. 

On  apprend  à  Athènes  que  les  Bulgares  en  retraite 
ont  emmené  une  compagnie  grecque  de  Florina.  Le 
Gouvernement  grec  fait  semblant  de  réclamer  ses 
troupes. 

Les  Russes  brisent  des  attaques  allemandes  sur  lei 
Sereth  et  font  i.5oo  prisonniers.  ' 

Dans  la  nuit  de  samedi  à  dimanche,  38^  raid  de 
dirigeables  sur  l'est  et  le  sud-est  de  l'Angleterre.  Deux 
dirigeables  ont  été  abattus;  l'équipage  de  l'un  d'eux 
est  prisonnier;  3o  Anglais  ont  été  tués,  iio  blessés. 


SEPTEMBRE    1916  93 

Guynemer  descend  son  i8=  avion.  Les  Allemands,  sur 
le  front  de  la  Somme,  perdent  à  ce  jour  82  avions. 

Bombes  d'avions  français  sur  Essen  (détails  dans  le 
Temps  du  2  octobre). 

Gérard,  ambassadeur  des  États-Unis,  questionne 
Bethmann-Hollweg  au  sujet  des  projets  prêtés  à  l'Alle- 
magne d'aggraver  la  guerre  sous-marine. 

La  Strassburger  Pont  déplore  l'infériorité  numérique 
des  Allemands  sur  le  front  anglo-français  et  la  néces- 
sité où  ils  sont  de  garnir  le  front  oriental. 

La  conférence  des  trois  pays  Scandinaves  prend  fin 
par  une  déclaration  collective  de  neutralité. 

La  Chambre  argentine  vote  à  l'unanimité  une  pen- 
sion au  poète  Almafuerte,  auteur  d'un  poème  contre 
l'empereur  allemand. 

On  fête  au  Portugal  la  mise  en  vigueur  du  traité  de 
commerce  anglo-portugais. 

La  campagne  contre  le  Chancelier  se  dessine  en  Alle- 
magne; les  pangermanistes  veulent  le  renverser.  La 
publication  d'une  correspondance  entre  Tirpitz  et  Beth- 
mann  a  augmenté  la  tension.  Il  s'agit  surtout  de  la 
guerre  sous-marine  à  outrance. 

On  rapporte  le  mot  de  Broussilov  :  «  La  victoire, 
déjà  certame,  est  devenue  comme  palpable.  » 

Dimanche  24  septembre.  —  Bombardement 
intense  sur  le  front  franco-anglais. 

Dans  la  nuit,  Venizelos  quitte  Athènes  ;  l'amiral 
Coundouriotis,  ancien  ministre  de  la  Marine,  part  pour 
Salonique,  après  avoir  fait  parvenir  au  Roi  sa  démission 
d'aide  de  camp  général.  La  plupart  des  officiers  de 
marine  stationnés  à  Phalère  se  sont  joints  à  lui.  Le  Roi 
reste  à  Tatoï  ;  il  licencie  une  partie  de  sa  garde  Cretoise. 

Les  Français  bombardent  Doiran  et  progressent  au 
nord  de  Florina  ;  les  Serbes  avancent  au  nord  de  Kru- 
sograd.  On  insiste  sur  les  difficultés  de  la  campagne 
macédonienne;  les  Bulgares  occupent  des  positions  très 
fortes  et  le  ravitaillement  des  Alliés  est  laborieux. 

Le  neveu  du  îMikado,  prince  Kanin,  est  au  quartier 
général  russe. 


94  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Les  forts  de  Taïf  se  sont  rendus  aux  Arabes  (1.800 
hommes,  9  canons). 

Du  i^^  juin  au  24  septembre,  les  Allemands  ont 
coulé  260  navires,  dont  73  anglais,  128  alliés,  66  neu- 
tres; i5  ont  été  coulés  sans  avertissement. 

La  conférence  du  parti  social-démocrate  vote  à  une 
grande  majorité  une  motion  affirmant  la  résolution  du 
parti  de  sauver  l'Allemagne  du  démembrement  et  de  la 
servitude  économique.  On  demande  une  paix  qui 
garantisse  l'indépendance,  l'intégrité  et  la  liberté  du 
dévelrppement  économique  de  l'Allemagne. 

La  Gazette  de  l'Allemagne  du  Nord,  commentant  un 
article  de  la  National  Review  sur  les  conditions  de  paix 
de  l'Angleterre,  en  tire  la  conséquence  que  la  guerre 
actuelle  est,  pour  l'Allemagne,  une  vraie  guerre  défen- 
sive {Journal  de  Genève,  26  septembre). 

Le  Temps  dit  que  la  fortune  de  l'Allemagne,  ayant 
été  évaluée  à  4oo  milliards  par  Helfferich  (191 3),  il  en 
restera  toujours  assez  pour  rembourser  en  partie  les 
emprunts  de  guerre  français. 

Ù Observer  demande  que  l'Angleterre  lève  encore  un 
million  de  soldats  pour  «  relever  les  vaillants  Français 
qui  ont  supporté  la  plus  grande  partie  du  fardeau  ». 

«  Il  faut  débloquer  la  Russie  par  les  Balkans  et  les  Dar- 
danelles, ce  qui  revient  à  dire  qu'il  faut  environ  Soo.ooo 
Roumains  et  Soo.ooo  Russes  sur  le  bas  Danube  et  donner 
5oo.ooo  combattants  à  Sarrail.  Les  germanophiles  suédois 
ont  bouché  le  Sund,  raison  de  plus  pour  déboucher  les 
Dardanelles.  »  (Hervé,  La  Victoire.) 

L'ambassadeur  du  Japon  à  Rome  a  dit  que  la  produc- 
tion japonaise  en  canons  et  munitions  n'est  pas  infé- 
rieure aujourd'hui  à  celle  de  l'Allemagne.  Le  Japon  est 
devenu  une  vaste  usine  travaillant  pour  la  Russie. 

Lundi  25  septembre.  —  Reprise  de  la  bataille  de 
la  Somme.  Au  nord-est  de  Combles,  nous  progressons 
et  prenons  Rancourt  ;  progrès  à  l'est  de  la  route  de 
Bétnune  (4oo  prisonniers).  Les  Anglais,  entre  Combles 
et  Martinpuich,  enlèvent  les  positions  allemandes  sur 
9.600  mètres  et  1.800  de  profondeur,  prenant  Morval, 


SEPTEMBRE    1916  95 

Lesbœufs  et  plusieurs  lignes  de  tranchées.  Combles  est 
complètement  bloqué. 

Dans  la  nuit  du  26  au  26,  les  Français  prennent  Fré- 
gicourt  ;  ils  pénètrent  dans  le  cimetière  de  Combles  et 
repoussent  les  contre-attaques  entre  la  route  de  Béthune 
et  la  Somme  (800  prisonniers). 

Une  forte  attaque  allemande  est  repoussée  entre 
Thiaumont  et  Fleury, 

Le  correspondant  de  Reuter  parle  de  1'  «  eflondre- 
ment  de  la  résistance  allemande  »  constatée  dans  la 
journée  du  26. 

Une  attaque  bulgare  à  l'est  de  Florina  est  repoussée 
avec  de  grandes  pertes. 

Constantin  rentre  à  Athènes  et  appelle  aussitôt  le 
président  du  Conseil  et  le  ministre  de  la  Marine. 

La  demande  faite  par  la  Grèce  à  Berlin,  pour  obtenir 
qu'on  lui  rende  les  troupes  prises  à  Cavalla,  est  consi- 
dérée à  Londres  et  ailleurs  comme  une  comédie  destinée 
à  gagner  du  temps. 

Au  petit  jour,  Venizelos  et  Coundouriotis  s'embarquent 
à  Phalère. 

Les  Autrichiens  évacuent  le  défilé  de  Vulkan. 

Premier  train  direct  de  Bucarest  pour  Brasso. 

Dans  la  nuit  de  lundi  à  mardi,  trente-neuvième  raid 
de  dirigeables  sur  les  comtés  nord-est  et  sud  de  l'An- 
gleterre (36  victimes). 

Les  avions  français  descendent  9  avions  ennemis  sur 
la  Somme. 

Bombes  d'avions  français  sur  les  usines  de  Dillingen, 
Sarrelouis,  Rombach. 

Cinq  avions  allemands  tuent  60  personnes,  surtout  des 
femmes  et  des  enfants,  à  Bucarest. 

Des  torpilleurs  et  monitors  anglais  bombardent  la 
côte  belge. 

Le  baron  de  Zedlitz,  chef  du  parti  conservateur  au 
Reichstag,  se  prononce  contre  la  guerre  sous-marine  à 
outrance,  qui  vaudrait  a  l'Allemagne  l'inimitié  des 
États-Unis  et  des  autres  neutres.  Il  se  sépare  ainsi  des 
Tirpitziens. 

On  annonce  que  le  Vatican  a  protesté  contre  la  saisie 


96  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

du  Palais  de  Venise  par  l'Italie,  ce  palais  étant  la  rési- 
dence habituelle  de  l'ambassadeur  de  S.  M.  Aposto- 
lique près  du  Saint-Siège  (Temps  du  26). 

Les  Allemands  vantent  l'héroïsme  de  leur  résistance 
((  à  la  mise  en  œuvre  gigantesque  préparée  pour  nos 
ennemis  par  l'industrie  du  monde  entier  ». 

Mardi  26  septembre.  —  Les  Anglais  prennent 
Guidecourt,  Thiepval  et  une  redoute  puissamment 
organisée.  Depuis  quarante-huit  heures,  ils  ont  fait 
4.000  prisonniers.  On  dit  que  le  tank  «  Crème  de 
Menthe  »  a  contribué  à  la  prise  du  château  de  Thiepval. 

Au  nord  de  la  Somme,  les  Alliés  s'emparent  de 
Combles,  avec  un  grand  butin.  Les  Français  ont  pro- 
gressé ensuite  au  nord  de  Frégicourt  (1.200  prison- 
niers, 3o  mitrailleuses). 

Les  Bulgares  attaquent  en  force  les  positions  serbes 
du  Kaimakalan  :  ils  reprennent  seulement  quelques 
tranchées. 

Le  général  Moschopoulos,  chef  d'État-major,  donne 
sa  démission  et  se  joint  aux  patriotes. 

Venizelos  est  reçu  avec  enthousiasme  à  La  Canée,  dont 
la  garnison  se  déclare  en  faveur  de  la  révolution. 

Le  mouvement  natioual  s'étend  en  Macédoine  et 
dans  les  îles. 

Par  une  marche  dans  \p  dos  des  Roumains,  les  Austro- 
Allemands  occupent  le  délilé  de  la  Tour  Mouge. 

Nungesser  abat  son  dix-septième  avion. 

Les  avions  italiens  bombardent  Durazzo. 

Gérard  quitte  Berlin,  se  rendant  aux  Etats-Unis. 

La  pétition  allemande  pour  la  paix,  mise  en  circula- 
tion par  la  Sozialdemocratic,  a  recueilli  plus  de  100.000 
signatures. 

Le  cardinal  Gasparri  écrit  au  capitaine  Maire,  en 
réponse  à  une  supplique,  que  le  Pape  a  pris  en  main  la 
cause  des  familles  du  Nord,  démembrées  par  la  dépor- 
tation des  leurs  en  Allemagne. 

La  classe  autrichienne  de  191 7  (820.000  hommes)  est 
partie  pour  le  front. 

Mercredi  27  septembre.  —  Les  Allemands  contre- 


SEPTEMBRE    191G  97 

attaquent  violemment  au  nord  de  la  Somme;  les  Fran- 
çais s'élancent  au  devant  des  vagues  d'assaut  ennemies 
et  les  refoulent  (200  prisonniers,  8  miti-ailleuses).  Les 
Anglais  progressent  au  nord  de  Fiers  et  au  nord-est  de 
Thiepval. 

Une  forte  attaque  allemande  est  repoussée  sur  le  front 
Thiaumoat — Fleur3^ 

Venizelos  et  Coundouriotis  constituent  en  Crète  un 
gouvernement  provisoire,  exprimant  encore  l'espoir 
que  le  Roi  finira  par  se  mettre  lui-même  à  la  tête  du 
mouvement  national. 

La  villa  de  la  princesse  Ypsilanti  (Hongroise)  à 
Athènes  est  un  foyer  d'intrigues  dont  Streit  et  Dousma- 
nis  sont  les  agents. 

Petit  vocabulaire  grec  imprimé  en  Italie  :  Grec.  Une  langue 
morte  qu'on  lit  encore  à  la  confusion  des  vivants.  —  Gouver- 
nement. La  légation  allemande.  —  Armée.  Des  troupes  qui 
mettent  bas  les  armes.  —  Neutralité.  Au  plus  offrant.  — 
Alliance.  Un  piège.  —  Alliés.  Le  parti  qu'on  livre  à  l'en- 
nemi. —  Ennemi  héréditaire.  Le  parti  auquel  on  ouvre  les 
portes.  —  Peuple.  Un  animal  domestique.  —  Traditions  glo- 
rieuses. Un  cadavre  embaumé  pour  touristes.  —  Roi.  L'époux 
de  la  reine.  —  Reine.  La  sœur  du  Kaiser.  —  Dynastie.  Mai- 
son de  commerce,  représentant  l'Allemagne  {New-York  Na- 
tion, 2  nov.  1916,  p.  A'-'J)- 

Combats  acharnés  en  Volhynie  ;  les  Austro-Allemands 
multiplient  leurs  contre-attaques. 

L'Allemagne  refuse  de  reconnaître  le  nouveau  nonce 
de  Munich,  Ms'  Pacetti. 

Un  arrêté  du  gouverneur  général,  commandant  l'ar- 
rondissement de  Tournai,  transfère  le  siège  du  com- 
mandement à  Ath,  à  3o  kilomètres  plus  au  nord  et 
en  arrière  (Journal  de  Genève,  22  octobre). 

Jeudi  28  septembre.  —  Les  Anglais  prennent,  avec 
600  prisonniers,  la  plus  grande  partie  de  la  redoute  dite 
des  Souabes,  au, nord  de  Thiepval. 

Le  croiseur  grec  Hydra  a  rejoint  la  flotte  alliée  à 
Salonique. 

Les  Serbes  repoussent  de  nouvelles  attaques  bulgares 
sur  le  Kaimakalan  et  dans  la  région  de  Brod. 

128.    CHRONOLOGIE    DB   I.A    GUERRE  7 


98  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Des  officiers  autrichiens  prisonniers  ont  dit  aux  Rou- 
mains :  «  Si  vous  aviez  notre  artillerie  pour  opérer 
avec  l'infanterie  que  vous  avez,  vous  seriez  bientôt  à 
Berlin.  » 

L'ofTensive  de  Broussilov  a  donné  en  tout  420.000 
prisonniers,  600  canons,  2.5oo  mitrailleuses,  lance- 
bombes  et  lance-mines. 

Bombes  d'avions  alliés  sur  iMonastir. 

Les  marins  espagnols  refusent  de  prendre  la  mer  à 
moins  que  leur  Gouvernement  ne  les  protège  contre  les 
sous-marins  allemands. 

Grand  discours  de  Bethmann-Hollweg  au  Reichstag.  Il 
dit  que.  celui  qui  nfuserait  d'agir  contre  l'Angleterre  avec  tous 
les  moyens  possibles  et  efficaces  mériterait  d'être  pendu. 
L'Allemagne  tient  sur  tous  ses  fronts  et  se  défendra  jus- 
qu'au bout,  car  elle  sait  qu'elle  lutte  pour  son  existence 
contre  l'Angleterre  qui  veut  sa  ruine  complète.  On  remanjuc 
que,  dans  ce  discours,  il  n'est  pas  question  des  buis  de  la 
guerre  ni  de  paix  avec  honneur;  c'est  un  discours  de  défen- 
sive. «  L'Allemagne,  dès  le  début,  a  lutté  pour  son  existence 
et  sa  liberté.  C'est  pourquoi  elle  a  fait  les  premières  ouver- 
tures pour  la  paix.  Mais  elle  ne  peut  les  réitérer  actuelle- 
ment, vu  l'attitude  de  ses  ennemis.  »  Bethmann  a  reconnu 
que  la  Roumanie  n'était  pas  partie  en  guerre  avec  l'Alle- 
magne en  1914  parce  que  le  traité  secret  ne  la  liait  qu'au 
cas  d'une  attaque  contre  ce  pays. 

Le  Reichstag  s'est  ajourné  au  5  octobre. 

A  la  Chambre  hongroise,  on  a  dit  qu'il  manquait  à 
l'Autriche-Hongrie  un  cinquième  des  vivres  nécessaires 
à  la  consommation  ordinaire. 

Lloyd  George  dit  ]:  «  La  Grande-Bretagne  a  seule- 
ment commencé  à  combattre.  L'Empire  britannique  a 
fait  le  sacrifice  de  milliers  de  ses  meilleures  vies  pour 
assurer  à  la  civilisation  l'immunité  future.  Ce  sacrifice 
est  trop  grand  pour  avoir  été  fait  en  vain.  » 

Il  est  établi  k  Nev^^-York  que  le  consulat  d'Autriche  a 
rapatrié  de  nombreux  réservistes  autrichiens,  grâce  à 
des  passeports  achetés  à  des  citoyens  suisses. 

Le  ministère  de  la  Guerre  français  demande  le  recen- 
sement de  la  classe  19 18. 

Le  Lokal-Anseiger  prétend  que   les   tanks  anglais 


SEPTEMBRE    1916  99 

sont  une  invention  allemande  d'il  y  a  deux  ans,  due  à 
Goebai,  ingénieur  à  Kœnigsberg. 

Le  Conseil  fédéral  suisse  s'est  mis  d'accord  avec  l'Al- 
lemagne sur  la  question  des  exportations  et  des  com- 
pensations. 

P.  Seippel  (Journal  de  Genève)  analyse  un  volume  de 
F.-W.  Foersler,  professeur  à  Munich,  La  Jeunesse  allemande 
et  la  Guerre  mondiale.  Foersler  se  déclare  pour  le  principe 
fédéralif  qui  seul  peut  mettre  fin  à  l'anarchie  internatiouale 
et  fonder  le  règne  du  droit.  «  Que  nous  sommes  loin  du 
Not  kennt  kein  Gebot  !  » 

Land  and  Water  :  a  L'Empereur  est-il  le  vrai  chef  de  son 
peuple,  ou  seulement  le  prisonnier  couronné  d'un  parti  qui 
le  pousse  en  avant  ?  » 

Vendredi  29  septembre.  —  Du  27  au  29,  les 
Austro-Allemands  ont  essayé  d'envelopper  la  1"  armée 
roumaine  vers  Hermannstadt  ;  cette  armée  a  réussi 
à  se  replier  vers  le  sud,  mais  en  perdant  3. 000  prison- 
niers et  i3  canons.  Les  Bavarois  ont  pris  le  col  de  la 
Tour  Rouge. 

Les  États-Unis  vont  reprendre,  à  Berlin,  l'afFaire  du 
Lusitania  (réponse  officielle  aux  bruits  de  guerre  sous- 
marine  intensifiée). 

De  grands  sous-marins  allemands  coulent  des 
navires  sur  la  route  d'Arkhangel. 

Une  flottille  austro-hongroise  détruit  des  bateaux 
roumains  dans  le  port  danubien  de  Corabia. 

Le  comte  Karolyi  dépose  une  motion  demandant  qu'une 
adresse  soit  envoyée  à  l'Empereur-Roi  pour  dire  que  la  nation 
n'a  pas  confiance  dans  le  Gouvernement.  La  Hongrie  ignore 
les  buts  de  la  guerre  et  les  conditions  essentielles  de  la  paix. 
L'adresse  demande  une  paix  assurant  l'intégrité  de  la  mo- 
narchie et  l'établissement  en  Europe  d'un  régime  de  paix 
fondé  sur  le  désarmement  général, 

«  Une  série  d'Etats  neutres,  ces  jours-ci,  se  sont  officielle- 
ment occupés  d'une  action  en  faveur  de  la  paix...  Tous  les 
pays  ont  répondu  jusqu'ici  qu'ils  ne  pouvaient  rien,  d  (Journal 
de  Genève.) 

Bissolati  a  dit  à  un  correspondant  du  Matin  que 
l'Italie  voulait  l'entente  avec  les  Slaves  du  sud.  «  Nous 
ne  laisserons  pas  créer  d'irrédentisme  contre  nous.  » 


400  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

c<  Il  faut  que  les  peuples  alliés  sachent  comment  l'internatio- 
nalisme révolutionnaire  se  propose  de  fausser  leur  victoire  et 
de  briser  leur  effort  au  profit  d'une  paix  boiteuse,  qui  ne  sau- 
rait être  qu'une  paix  allemande.  »  (Temps.) 

Campolonghi  (Petit  Parisien)  et  Roussel  (Liberté) 
demandent  que  les  Âllié.s  constituent  une  masse  de 
manœuvre  pouvant  être  portée  sur  tel  point  où  elle  serait 
nécessaire. 

Walter  Long,  ministre  des  Travaux  publics,  dit  à 
Glasgow  : 

«  Cette  guerre  n'a  pas  pour  but  une  simple  répartition  de 
territoires  ou  d'indemnités  :  elle  prendra  fin  seulement  quand 
nous  aurons  solidement  établi  les  fondations  d'un  monde 
pacifique.  » 

Samedi  30  septembre.  —  Les  Anglais  exécutent 
des  coups  de  main  sur  le  front  d'Ypres  à  Neuve-Cha- 
pelle et  ramènent  de  nombreux  prisonniers. 

Du  i^r  juillet  au  3o  septembre,  les  Anglais  ont  pris  sur  la 
Somme  29  canons  lourds,  22  canons  de  campagne,  io3  en- 
gins de  tranchées  et  897  mitrailleuses. 

Les  Anglais  prennent  deux  villages  sur  la  rive 
gauche  delà  Struma  (200  prisonniers). 

Les  Serbes  prennent  ime  batterie  bulgare  dans  la 
région  de  Kaimakalan. 

Nauplie  odhère  au  mouvement  national,  ainsi  que 
presque  toutes  les  îles. 

Le  Comité  national  de  Salonique  adhère  au  Gouver- 
nement provisoire  Cretois. 

Le  général  Sotiris,  nommé  chef  d'état-major  à 
Athènes,  refuse  ce  poste. 

Le  général  Danglis  arrive  à  La  Canée  et  complète 
(avec  Venizelos  et  Coundouriotis-)le  Gouvernement  pro- 
visoire. 

807  officiers  grecs  ont  adhéré  au  mouvement  natio- 
nal. 

Les  ligues  de  réservistes  continuent  de  commettre 
des  excès  contre  les  libéraux  et  sont  soutenues  par  la 
Cour. 

Les   Russes    reprennent   j'ofifensive    dans   la   région 


SEPTEMBRE    1916  101 

Brody — Krasne  (2.000  prisonniers)  et  progressent  au 
sud  de  Brzezan}'  (2.400  prisonniers). 

Nouveau  raid  de  dirigeables  vers  Londres;  l'un 
d'eux  est  abattu  en  flammes  près  de  la  ville. 

Un  avion  français,  venant  du  lac  d'Ostrovo,  arrive  à 
Bucarest  après  avoir  lancé  six  bombes  sur  Sofia. 

La  flotte  alliée  bombarde  Cavalla  et  les  villages  voi- 
sins. 

Un  télégramme  officieux  a  été  expédié  en  Amérique, 
disant  que  le  Gouvernement  impérial  n'a  pris  aucune 
décision  nouvelle  touchant  la  guerre  sous-marine  et 
que  l'Allemagne  ne  considère  pas  comme  une  violation 
de  la  neutralité  les  engagements  d'Américains  dans 
les  armées  alliées. 

Jusqu'à  cette  date,  le  tonnage  anglais  a  perdu  un  peu 
plus  de  2,5  °/o. 

La  guerre  sous-marine  en  septembre  a  détruit 
i4i  navires  alliés  et  89  neutres,  au  total  180  navires 
(254.000  tonnes). 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  la  Suède  a  perdu 
G6  navires  et  222  marins. 

«  L'Allemagne  se  défend  contre  ceux  qu'elle  a  attaqués  et 
qui  ont  eu  le  mauvais  goùl  de  résister.  Voilà  le  fond  du  discours 
du  Cbancelier.  Ce  mensonge  essentiel,  qui  ne  peut  tromper 
personne,  même  en  Allemagne,  est  un  mensonge  désespéré.  » 
{Temps.) 

Sous  ce  titre  :  Les  Menteurs  démasqués,  le  Temps  énu- 
mère  trois  mensonges  allemands  du  2  aotit  :  i»  les  bombes 
jetées  par  un  avion  ou  un  dirigeable  français;  2°  la  marche 
des  troupes  françaises  sur  le  Luxembourg  ;  3°  l'intention  de 
la  France  de  marcher  sur  la  Meuse  par  Namur  (ullimaiam  du 
2  août  à  la  Belgique).  Le  Temps  oublie  le  mensonge  de  la 
marche  des  cosaques  sur  Johannisburg,  qui,  télégraphié  le  2 
à  Bruxelles,  fut  donné  sous  réserve  dans  des  journaux  fran- 
çais du  3  août. 

Un  annonce  que  Tirpitz  vient  s'installer  de  nouveau 
à  Berlin. 

«  Les  Papes,  à  Rome  et  à  Washington,  ont,  par  leur  pru- 
dence, sacrifié  l'occasion  la  plus  décisive  qui  ait  jamais  été 
offerte  à  un  pouvoir  moral  d'établir  sa  suprématie.  Ils  ne 
peuvent  être  surpris  si  les  nations,  venues  courageusement 


102  CHROMOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

au  secours  du  droit,  les  regardent  aujourd'hui  avec  indiffé- 
reoce.  »  {New-York Herald.) 

Le  Journal  de  Genève  dit  que  la  Russie  a  2  millions 
d'hommes  sur  les  fronts  et  8  millions  dans  les  dépôts. 
Elle  pourrait  garnir  de  soldats  les  fronts  de  tous  les 
Alliés,  si  elle  avait  des  armes  à  leur  donner. 

Le  nombre  des  établissements  contrôlés  qui  fabri- 
quent des  munitions  en  AngleteiTe  atteint  4-3i9. 

Jour  de  26  heures  en  France,  l'heure  normale  devant 
être  reprise  le  lendemain. 

Les  pertes  allemandes  en  octobre  atteignent  1 99.000 
hommes. 


OCTOBRE    1916  103 


OCTOBRE    1916 


Dimanche  1"'  octobre.  —  Les  Anglais  enlèvent 
Caucourt-l'Abbaye  et  le  flanc  de  la  butte  de  Warlen- 
court,  avec  le  concours  des  tanks. 

Le  prince  héritier  de  Bavière  déclare  au  Berliner  Tageblatt 
que  les  tanks  sont  sans  valeur  et  que  le  premier  entré  ea 
ieu  a  été  détruit  par  l'artillerie. 

Des  coups  de  main  allemands  en  Champagne  sont 
repoussés. 

Les  Serbes  ont  progressé  de  2  kilomètres  au  nord 
de  Kaimakalan  et  repris  2  canons  qu'ils  avaient  perdus 
les  28  et  29  septembre.  Ils  occupent  Kotchovei. 

Les  réservistes  manifestent  bruyamment  au  Pirée 
contre  les  volontaires  qui  s'embarquent  pour  Salo- 
nique. 

Les  Russes,  à  l'ouest  de  Brzezany,  font  1.600  prison- 
niers, parmi  lesquels  des  Turcs. 

Un  négus  d'Abyssinie,  qui  intriguait  en  faveur  de 
l'Allemagne,  est  déposé. 

Dans  la  nuit  de  dimanche  à  lundi,  89'  raid  sur  l'An- 
gleterre (10  dirigeables);  l'un  d'eux  est  abattu  au 
nord  de  Londres. 

De  nombreuses  lettres  aux  journaux  anglais  récla- 
ment des  représailles  aériennes  contre  les  villes  du 
Rhin. 

Protopopov  remplace  Khvostov  à  l'Intérieur.  C'est  la 
première  fois  qu'un  ministre  russe  est  choisi  au  titre 
parlementaire  et  en  dehors  du  monde  administratif. 
Protopopov  faisait  partie  de  la  délégation  russe  venue 
récemment  à  Paris. 

On  publie  le  résultat  du  recensement  russe  de  1916  : 
182  millions  d'habitants,  soit  42  "/o  d'augmentation 
depuis  1897, 

«  Nous  serons  disposés  à  prêter  une  oreille  bienveillante  dès 


104  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

que  Berlin  fera  une  offre  capable  de  fournir  une  base  à  une 
paix  durable  el  à  l'établissemenl  d'un  régime  de  droit  public.  » 
(Athenaeiim.) 

«  Les  Etats-Unis  semblent  avoir  accumulé  en  peu  de  temps 
la  richesse  du  monde.  Il  faudra  qu'ils  apprennent  à  la  placer 
en  grande  partie  hors  de  chez  eux.  »  (James  lîyde,  Le  Parle- 
ment et  l'Opinion.') 

P  Lundi  2  octobre.  —  Une  violente  offensive  alle- 
mande reprend  pied  à  Eaucourt-l'Abbaye  sur  le  front 
anglais. 

Les  Italiens  occupent  Sanli  Quaranta,  Argyrocastro 
et  une  partie  de  l'Épire. 

Les  Bulgares  abandonnent  leurs  positions  sur  le 
Brod  et  reculent  vers  le  nord. 

En  même  temps  que  les  Russo-Roumains  attaquent 
dans  la  Dobrudja  (7  canons,  i.ooo  prisonniers),  des 
forces  roumaines  ont  franchi  le  Danube  entre  Rout- 
schouk  et  Tutrakan  (le  i^"");  mais  les  monitors  autri- 
chiens détruisent  un  pont  de  bateaux  jeté  par  les  Rou- 
mains sur  le  Danube  et  mettent  les  Roumains  en  péril. 

Torpillé,  le  patrouilleur  français  RIgel  se  défend  à 
coups  de  canon  et,  quoique  deux  fois  atteint,  continue 
à  flotter. 

A  l'occasion  du  soixante-dixième  anniversaire  de  Hinden- 
burg,  Guillaume  II,  à  un  dîner  du  quartier  général,  porte  un 
toast  au  généralissime  allemand. 

On  publie  à  New-York  un  entretien  d'un  journaliste 
américain  sur  le  Kronprinz  qui  déplore  la  guerre,  mais 
ne  voit  pas  d'espoir  de  paix  prochaine,  la  raison  ayant 
quitté  la  terre  (Temps  du  4)- 

«  Thiepval — Combles  restera  le  mot  de  ralliement  de  l'En- 
tente franco-britannique.  »  (Note  officieuse  dans  le  Temps.') 

Raymond  Malan,  de  Pau,  caporal  fourrier  au  18^  d'infan- 
terie, disparu  le  17  septembrp  1914-  a  été  retrouvé  en  Alle- 
magne, où  il  est  prisonnier  (Temps  du  3). 

Mardis  octobre.  —  Progrès  français  au  nord  de 
Rancourt  (120  prisonniers). 

Les  Roumains  qui  avaient  franchi  le  Danube  sont 
pris  entre  deux  colonnes  narties  de  Routschouk  et  de 


il 
à 


OCTOBRE    1916  105 

Tutrakan  ;  par  suite  de  la  rupture  du  pont  de  bateaux, 
ils  éprouvent  de  grosses  pertes. 

Des  monitors  russes  bombardent  l'aile  gauche  bul- 
gare eu  amont  de  Cernavoda. 

Des  attaques  ennemies  sont  repoussées  à  Orsova. 

Les  Roumains  détruisent  les  charbonnages  de  Pe- 
troseny  et  abandonnent  la  ville. 

Le  général  von  Zauberzweig  publie  une  ordonnance  à 
Bruxelles  :  «  Quicontiue,  par  manque  d'ouvrage,  est  forcé 
de  recourir  à  l'assistance,  peut  être  contraint  au  travail, 
même  en  doiiors  de  son  domicile.  »  (Journal  de  Genève, 
26  novembre.) 

Lord  Bryce  éci^it  dans  le  Manchester  Guardian  : 

«  Cette  guerre  aura  été  soutenue  en  vain,  avec  toutes  les 
souQ'rances  qu'elle  entraîne,  si  les  nations  doivent  retomber 
dans  un  état  continuel  d'inquiétude,  de  suspicion  et  d'hosti- 
lité, écrasées,  en  outre,  par  le  poids  effroyable  des  arme- 
ments. Espérons  que  l'appel  de  l'Amérique  encouragera  les 
hommes  d'État  d'Europe  et  obtiendra  d'eux  une  sympathique 
réponse.  » 

La  Staats-Zeitang  de  New-York  dit  que  le  vote  des 
Germano-Américains  sera  américain,  mais  ne  sei^a 
pas  pro-britisch-Wilsonistisch. 

Mercredi  4  octobre.  —  Les  Anglais  reprennent 
tout  Caucourt. 

Les  Serbes  ont  repris  280  kilomètres  carrés  de  leur 
pays.  Les  Bulgares,  abandonnant  la  ligne  Florina — 
Kaimakalan,  se  retirent  vers  le  nord. 

Le  ministère  grec  a  doni^é  sa  démission,  n'ayant  pu 
prendre  contact  avec  la  diplomatie  alliée. 

Venizelos  et  ses  collègues  du  Gouvernement  provi- 
soire quittent  la  Crète  et  établissent  le  siège  du  Gouver- 
nement à  Samos. 

h'  Universal  déclare  qu'après  la  paix  il  n'y  aura  plus 
de  place  en  Roumanie  pour  les  Allemands,  dont  les 
avions  ont  assassiné  tant  d'innocents  à  Bucarest. 

Le  Gallia,  croiseur  auxiliaire,  portant  2.000  Fran- 
çais et  Serbes,  est  torpillé  en  Méditerranée;  1.862 
sauvés. 


106  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Le  Gouvernement  espagnol  a  été  informé  par  l'Alle- 
magne que  les  déportés  français  du  Nord  seront  ra- 
menés chez  eux  dès  la  fin  de  la  récolte. 

Un  mémoire  extrêmement  hostile  à  Bethmann  a  été 
envoyé  aux  députés  allemands  par  un  groupe  de  dé- 
putés conservateurs  et  nationaux-libéraux.  On  l'accuse, 
entre  autres,  d'avoir  confessé  les  torts  allemands  à 
l'égard  de  la  Belgique,  a  parole  contraire  à  la  vérité  et 
si  nuisible  qu'elle  n'aurait  jamais  dû  être  prononcée 
que  par  un  ennemi  ».  On  demande  que  le  Chancelier 
soit  remplacé  par  Tirpitz.  Un  des  signataires  de  ce 
factum  est  Haeckel. 

«  La  nation  allemande  s'est  refondue  aux  dix-neuvième  et 
vingtième  siècles  dans  le  creuset  d'une  orçjanisation  étatiste 
qui  a  enlevé  aux  Allemands  le  sens  individuel  et  la  con- 
science personnelle  pour  les  remplacer  par  la  raison  d'État. 
Le  sens  collectif  a  chassé  les  autres  sentiments.  L'Allemand 
est  un  faible  qui  tire  son  âme  guerrière  de  l'Empire.  La  paix 
ne  sera  assurée  que  si  les  Alliés  détruisent  l'unité  allemande.  » 
(F.  Van  de  Vorst,  cité  par  le  N'élu- Vork  Herald.) 

Le  Times  commente  les  déclarations  du  Krpnprinz  : 

o  Avec  une  audacieuse  hypocrisie,  le  Kronprinz,  au  cours 
d'une  entrevue  à  l'usage  des  Américains,  s'est  écrié,  lar- 
moyant :  «  Combien  est  regrettable  toute  cette  terrible  des- 
truction de  vies  humaines  !  Existe-t-il  un  général,  un  soldat 
allemand,  qui  ne  déplore  les  affreuses  nécessités  que  lui 
impose  cette  lutte  ?» 

Le  Kronprinz  est  chef  de  famille  ;  il  a  une  femme  et  des 
enfants  et  «  ce  n'est  pas  un  bonheur  pour  lui  »,  a-t-il  dit, 
«  d'envisager  l'hypothèse  de  passer  un  troisième  hiver  en 
campagne  ». 

Est-ce  que  le  prince  s'imagine  que  l'inconvénient  qui  le 
menace  comme  père  de  famille  est  inconnu  du  public  des 
Etats-Unis  ?  Peut-il  supposer  que  ses  déclarations  belli- 
queuses, depuis  l'incident  de  Saverne  jusqu'à  ces  dernières 
semaines,  aient  été  oubliées  ?  Est-ce  que  son  mépris  pour 
l'opinion  américaine  est  si  kolossal  et  si  aveugle  ? 

Tout  en  rendant  l'Angleterre  responsable  de  la  continua- 
tion de  la  guerre,  le  prince  a  quelques  bonnes  paroles  pour 
elle.  Il  dit  qu'il  croit  avoir  encore  «  de  nombreux  amis  en 
Angleterre  ».  Son  Altesse  se  trompe  ;  elle  n'a  plus  d'amis 
ici,  sinon  dans  la  partie  du  pays  occupée  par  des  camps  d'in- 
ternement. 


OCTOBRE   1916  107 

«  Il  est  regrettable,  a  dit  encore  le  Kronprinz,  que  tous  les 
Anglais  et  tous  les  Allemands,  même  s'ils  sont  ennemis,  ne 
puissent  pas  être  des  genllernen  et  des  sporfsmen.  »  Nous 
pensons,  nous,  que  même  un  prince  de  Hohenzollern  ne 
peut  pas  être  tout  à  la  fois,  et  nous  craignons  bien  qu'il  ne 
soit  hors  de  ses  moyens  de  pouvoir  se  dire  gentleman  et 
sportsman.  Les  Anglais  sont  bien  gentlemen;  ils  ne  s'en 
déclarent  pas  moins  résolus  à  faire  en  sorte  que  le  faible  ne 
soit  pas  piétiné  sans  défense  et  soumis  à  des  tortures,  que 
l'innocent  ne  soit  pas  assailli  et  vole,  même  par  des  larrons 
et  des  fripons  de  sang  impérial,  sans  qu'un  châtiment  mérité 
soit  infligé  au  coupable  et  que  l'humanité  apprenne  qu'il 
existe  un  Dieu  au  ciel  et  une  justice  sur  la  terre.  » 

Jeudi  5  octobre.  —  Les  Anglais  émettent  des  gaz 
à  l'est  de  Loos  et  d'Armentières. 

Progrès  français  au  noi^d  de  la  Somme,  à  l'est  de 
Morvai  (g  canons). 

Les  Allemands  bombardent  la  côte  du  Poivre  et  le 
bois  de  la  Laufée. 

Attaqués  par  des  forces  supérieures  dans  la  région 
Fogaras — Vladeni,  les  Roumains  battent  en  retraite. 
L'offensive  roumaine  en  Transylvanie  a  pris  fin. 

Les  Roumains  se  sont  repliés  sur  la  rive  droite  du 
Danube. 

Violente  bataille  dans  la  Dobrudja  ;  les  Russo-Rou- 
mains prennent  i3  canons. 

Combats  acharnés  du  Stokhod  au  Dniester;  les 
Russes  attaquent. 

Des  avions  bombardent  Zeebrugge. 

Un  Cunard  de  18.000  tonnes,  hranconia,  acquis  par 
le  Gouvernement  anglais,  est  coulé  en  Médileri^anée  : 
12  noyés. 

Vendredi  6  octobre.  —  Avance  anglaise  ;  prise 
de  Le  Sars  (5oo  prisonniers). 

On  publie  {Matin  du  7)  un  rapport  du  général  von  Arnim, 
commandant  le  !=■■  corps,  qui  reconnaît  la  supériorité  de 
l'artillerie  et  de  l'aviation  anglaises,  ainsi  que  les  grands 
progrès  de  l'infanterie. 

Avance  française  au  nord  de  la  Sommn,  au  nord-est 
de  Morvai  (4oo  prisonniers). 


108  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Italiens  prennent  un  sommet  de  2.456  mètres 
dans  le  massif  de  Busa-Alta. 

Les  Serbes  s'emparent  des  positions  bulgares  au 
nord  de  Pojaz  et  s'établissent  à  Dobré-Poliei. 

Malgré  un  retour  offensif  des  Bulgares  surlaStruma, 
les  Anglais  occupent  Revoljen.  Les  Italiens  attaquent 
vers  Dukhovo,  les  Français  occupent  German  sur  le  lac 
Presta. 

Le  Conseil  général  d'Union  et  Progrès,  à  Constanti- 
nople,  se  prononce  pour  la  guerre  à  outrance. 

Trois  navires  norvégiens  sont  coulés  dans  l'Océan 
arctique. 

Samedi  7  octobre.  —  Les  Alliés  informent  la 
Grèce  que  la  transmission  des  dépêches  chiffrées  est  in- 
terdite (mais  la  Cour  communique  avec  Berlin  par 
sans  fil). 

25  bombes  d'avions  sur  Belfort. 

Un  grand  navire  autrichien  saute  dans  le  port  de 
Pola. 

VC/-53se  montre  àNewport  (États-Unis)  et  en  repart 
quelques  heures  après. 

La  Zukanft  est  interdite  à  nouveau  à  cause  d'ar- 
ticles (qui  ne  sont  pas  de  Harden)  avouant  et  accusant 
la  politique  agressive  de  l'Allemagne. 

Dimanche  8  octobre.  -  Attaques  allemandes 
repoussées  à  l'ouest  de  Saillj-Sallisel. 

Les  Serbes  occupent  le  sommet  de  Dobropolye  ;  les 
Français  occupent  Kisovo. 

Spiridon  Lambros,  ancien  professeur  du  Roi  et  philo- 
logue connu,  forme  un  ministère. 

Venizclos  et  ses  deux  collègues  sont  reçus  avec 
enthousiasme  à  Mytilène. 

Les  Roumains  ont  évacue  Brasso  et  concentrent  leurs 
efforts  sur  la  défense  des  cols  de  Transylvanie,  où  les 
Allemands  de  Falkenhayn  les  .attaquent  avec  violence 
(170.000  hommes  et  une  très  forte  artill^^rie). 

On  signale  beaucoup  de  déserteurs  sur  le  front  russe 
du  Caucase. 


OCTOBRE   1916  109 

L'U-53,  sorti  de  Newport,  coule  cinq  uavires  non 
américains  sur  les  côtes  des  Etats-Unis,  Émotion  et 
forte  baisse  k  la  Bourse  de  New-York. 

L'emprunt  allemand  a  donné  lo  milliards  et  demi 
de  marks,  dont  3  d'argent  noiiveau  (?). 

Le  New-York  Times  publie  un  article  très  vif  contre  Tan- 
tisémitisine  officiel  en  Russie,  qui  sert  souvent  de  masque  à 
des  agissements  dirigés  contre  le  pays  lui-même  et  destines 
à  le  compromettre  aux  yeux  des  neutres. 

Lundi  9  octobre.  —  Coup  de  main  anglais  au 
sud-est  de  Givenchy. 

Les  Allemands  bombardent  les  environs  de  Lihons 
avec  des  obus  lacrymogènes. 

Au  sud  de  la  Somme,  progrès  français  dans  le  bois 
de  Chaulnes  et  vers  Ablaincourt  ('i.25o  prisonniers). 

Retraite  des  Bulgares  sur  la  Struma  ;  combats 
acharnés  dans  la  boucle  de  la  Tcherna. 

Le  Gouvernement  provisoire  grec  réside  h  Salonique. 

Les  Roumains,  vu  l'infériorité  de  leur  armement, 
sont  fortement  pressés  à  la  frontière  de  Transylvanie. 

On  compte  en  Italie  1.700  usines  de  guerre,  avec 
425.000  ouvriers. 

Mardi  iO  octobre.  —  Sur  le  Garso,  entre  Vipaco 
et  la  cote  208,  les  Italiens  enfoncent  les  Autrichiens  et 
font  6.000  prisonniers. 

A  l'aile  gauche,  les  Bulgares  renforcés  contiennent 
les  Serbes.  Les  Anglais  occupent  Topolova  et  Prosenik. 
Ils  franchissent  la  voie  ferrée  de  Demir-Hissar. 

Constitution  du  Cabinet  Lambros. 

Le  roi  Ferdinand  déclare  que  la  Roumanie  luttera 
jusqu'au  bout,  mais  qu'elle  prie  le  Ciel  que  les  Alliés 
ne  l'oublient  pas  dans  la  dure  épreuve  qu'elle  subit  à 
côté  d'eux. 

Ce  jour,  78  combats  aériens;  Lorrach,  Colmar  et 
Mùllheim  reçoivent  des  bombes. 

Norman  Hapgood  affirme  qu'un  discours  prononcé  le  9  par 
le  candidat  Hughes  à  Philadelphie  a  été  écrit  de  concert  avec 
Victor  Ridder,  directeur  de  la  N'eu'-Yor/c  Staats-Zeitiing. 
Cela  est  aussitôt  démenti. 


110  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Mercredi  11  octobre.  —  Consolidation  des  gains 
français  sur  la  Somme  (i.^oo  prisonniers). 

Les  Italiens,  depuis  le  16  août,  ont  fait  Si.ooo  pri- 
sonniers. 

Les  Serbes,  repoussant  de  violentes  contre-attaques, 
prennent  pied  à  lîrod. 

Le  communiqué  officiel  russe  du  12  déclare  qu'une 
escadrille  ennemie  a  jeté  sur  Constantza  des  bombes 
empoisonnées  avec  des  bacilles  du  choléra. 

Au  Reichstag,  Scheideraann,  socialiste  officiel^  fait  des 
avances  à  la  France,  et  Je  proclame  que  nous  voulons  la 
paix.  Tous  les  peuples  sont  las  d'être  menés  à  la  ruine.  Il 
faut  que  les  Français  sachent  qu'ils  peuvent  obtenir  la  paix 
et  la  délivrance  de  leur  pays  sans  verser  une  goutte  de  sang 
de  plus.  Ce  qui  est  français  doit  rester  français,  ce  qui  est 
belge  ne  cessera  pas  d'être  belge  ;  ce  qui  est  allemand  doit 
demeurer  allemand.  »  Là-dessus,  le  comte  Wcstarp  a  pro- 
testé au  sujet  de  la  Belgique  :  «  Ce  que  nous  avons  conquis 
par  notre  sang,  nous  le  garderons,  pour  autant  cjue  cela  est 
nécessaire  à  l'avenir  du  peuple  allemand.  »  Bassermann  dit  : 
«  C'est  tout  à  fait  à  tort  ijue  Scheidemann  interprèle  les  dis- 
cours de  Bethmann-Hollweg  comme  contraires  à  toute 
annexion.  Il  n'a  jamais  rien  dit  de  tel.  »  Le  Chancelier  garde 
le  silence  (Journal  de  Genève,  i8  octobre). 

Jeudi  12  octobre.  —  Raids  anglais  vers  Ypres  et 
Armentières. 

Le  Gouvernement  grec  accepte  un  nouvel  ultimatum 
de  l'Entente,  impliquant  le  désarmement  des  trois 
grands  cuirassés  grecs,  l'occupation  des  batteries  qui 
commandent   la   rade    de    Salamine,    etc.    Les   Alliés 

f>rennent  possession  de  la  flotte  grecque  et  désarment 
es  trois  grands  navires.  Lambros  ordonne  aux  ligues 
de  réservistes  de  se  dissoudre. 

Venizelos  déclare  à  Ward  Price  que  le  roi  Cons- 
tantin est  sorti  des  limites  tracées  par  la  Constitution. 

4o  avions  alliés  bombardent  les  usines  Mauser  à 
Oberndorf  sur  le  Neckar  et  abattent  6  avions  alle- 
mands qui  les  défendaient. 

On  décide  la  création  d'un  office  de  vivres  en 
Autriche. 


I 


OCTOBRE    19i6  111 

Vendredi  13  octobre.  —  Coups  de  main  anglais 
au  nord-est  d'Ypres  et  au  sud-ouest  de  Hulluch. 

Venizelos  constitue  un  cabinet  à  Salonique.  Le  Gou- 
vernement publie  un  Journal  officiel. 

Lloyd  George  dit  aux  Communes  que  les  Alliés  feront 
tous  leurs  efforts  pour  empêcher  l'écrasement  de  la 
Roumanie,  objectif  actuel  de  l'Allemagne. 

Le  grand  iudustriel  Aug.  Thyssen  déclare  que  l'Alle- 
magne tiendra  les  promesses  faites  aux  Etals-Unis. 

Les  Allemands  remplacent  par  des  femmes  beaucoup 
d'ouvriers  d'usines  et  de  cheminots. 
L   L'Allemagne  a  dépensé  jusqu'à  présent  80  milliards. 

Samedi  ié  octobre.  —  Au  sud  de  la  Somme,  les 
Allemands  ont  repris,  puis  reperdu  une  partie  d'x\blain- 
court. 

Les  Autrichiens,  sur  le  Carso,  ont  perdu  en  deux  jours 
35.000  hommes. 

Les  marins  français  occupent  les  îlots  du  golfe  de 
Salamine.  La  ligne  Athènes — Larissa  est  remise  aux 
Alliés,  ainsi  que  la  gare  d'Athènes,  d'où  de  nouveaux 
convois  de  munitions  allaient  partir  pour  Larissa.  Le 
Gouvernement  grec  a  concentré  des  troupes  en  Thes- 
salie  pour  agir,  le  moment  venu,  contre  les  Alliés. 

Par  suite  des  pluies,  toute  la  région  de  Riga  est  sous 
l'eau. 

Un  sous-marin  russe,  près  du  Bosphore,  capture 
un  transport  turc  de  6.000  tonnes  et  le  ramène  à  Sébas- 
topol. 

4.100.000  Allemands  sont  employés,  dit-on,  dans 
l'industrie  et  les  transports. 

On  parle  d'une  grave  révolte  dans  une  fabrique 
d'armes  en  Autriche. 

Reuss  {Revue  critique,  p.  25o)  s'élève  contre  toute 
idée  d'annexioD  de  la  rive  gauche  du  Rhin.  «  La  politique 
d'annexion  violente,  outre  qu'elle  serait  un  démenti  san- 
glant à  tous  nos  principes,  si  haut  proclamés,  si  coura- 
geusement soutenus  jusqu'à  ce  jour,  nous  priverait  bien 
vite  et  à  boa  droit  des  sympathies  de  l'Europe.  Et  qui  donc 
oserait  assumer  relîrayante  responsabilité  d'introduire,  viru« 


112  CHROWOLOGIE    DE    LA    GUEnRK 

déformant,  quatre  à  cinij  millions  de  Germains  en  bloc  dans 
le  sein  de  la  nation  française?  » 

Dans  le  Socialiste  belge,  paraissant  en  Hollande, 
Vandervelde  publie  in  extenso  son  discours  de  Rouen 
(27  mai),  où  il  demande  l'interdiction  internationale 
des  engins  destinés  au  meurtre  collectif. 

Dimanche  15  octobre.  —  Les  Français  prennent 
Sailly-Sallisel. 

Bagarre  à  Athènes  ;  un  vénizéliste  est  assassiné. 

Dans  une  communication  contre  laquelle  s'est  immé- 
diatement élevé  Reventlow,  Hindenburg  a  déconseillé 
la  guerre  sous-marine  à  outrance. 

Les  commerçants  allemands  en  Belgique  ont  été 
avisés  de  se  tenir  prêts  à  quitter  le  pays  d'ici  le  21  dé- 
cembre. 

Réouverture  de  l'Université  de  Gand,  entièrement 
flamingante,  avec  le  concours  de  quelques  professeurs 
hollandais  que  leurs  compatriotes  méprisent  et  dé- 
savouent (Voir  i\e/o-York  Nation,  1916,  II,  p.  870). 

On  publie  la  réponse  anglo-française  à  la  note  amé- 
ricaine du  24  mai.  Les  Alliés  font  observer  qu'ils  res- 
pectent les  courriers  postaux,  mais  non  la  contrebande 
que  portent  ces  courriers;  ils  ajoutent  que  le  seul  effet 
de  leur  intervention  est  de  retarder  l'arrivée  des  cour- 
riers, taudis  que  les  sous-marins  allemands  les  envoient 
au  fond  de  l'eau. 

a  II  y  aurait  une  punition  qu'on  serait  heureux  de  voir 
infliger  aux  Allemands  :  qu'on  s'empare  de  leurs  bibliothè- 
ques, de  leurs  collections,  de  tout  leur  outillage  scientifique... 
Ainsi  seront-ils  châtiés  de  leurs  crimes,  non  seulement 
contre  l'humanité,  mais  contre  la  science.  »  {Éclair  de  Mont- 
pellier.) 

Lundi  16  octobre.  —  Commencement  d'une 
attaque  générale  des  positions  bulgares  devant  Mo- 
nastir. 

Après  que  le  roi  Constantin  eut  harangué  les  équipes 
débarquées  des  navires  grecs,  des  bagarres  se  produi- 
sirent à  Athènes;  des  marins  français  et  italiens  avec 
mitrailleuses  ont  été  envoyés  dans  la  capitale. 


OCTOBRE    1916  113 

Au  sud-ouest  de  Dorna-Vatra,  une  puissante  attaque 
austro-allemande  pénètre  en  territoire  roumain. 

«  La  frontière  roumaine  du  nord  demeure  le  point  faible  du 
front  des  Alliés.  »  {Times.) 

«  On  n'a  pas  exagéré  les  dangers  qu'ont  courus  le  roi  Fer- 
dinand et  ses  armées.  »  {Dailij  News.) 

Les  Russes  repoussent,  le  i5  et  le  i6,  de  violentes 
attaques  turques  et  kurdes  au  sud-est  d'Erzindjan. 

Le  mark  est  tombé  à  g  i  ,5o  (Genève),  lacouronne  à  62. 

On  annonce  que  le  Japon  a  décidé  d'adopter  l'al- 
phabet latin. 

Mardi  17  octobre.  —  Les  Français  continuent  k 
progresser  à  Sailly-Sallisel,  repoussant  des  contre- 
attaques. 

Les  Italiens  prennent  le  sommet  du  Pasubio. 

Les  Serbes  enlèvent  entièrement  Brod. 

Les  Français  gagnent  4oo  mètres  sur  la  rive  droite 
du  Vardar. 

La  police  athénienne  a  été  remplacée  par  des  marins 
alliés. 

De  nouvelles  troupes  italiennes  arrivent  à  Salonique. 

Une  mission  française  (général  Berthelot)  arrive  à 
Bucarest. 

A  la  frontière  de  Transylvanie,  les  Allemands  ont 
atteint  Agas  (i5  kilomètres  au  delà  de  la  frontière  rou- 
maine), d'où  ils  menacent,  a  70  kilomètres,  la  ligne  de 
communication  de  la  Bukovine  et  de  la  Russie  avec 
Bucarest. 

Des  attaques  violentes  sont  repoussées  par  les  Russes 
près  de  Dorna-Vatra.  II  neige  dans  les  Carpathes. 

Il  se  confirme  que  la  récolte  de  pommes  de  terre  en 
Allemagne  est  très  mauvaise. 

Les  industriels  américains  ont  refusé  d'acheter  aux 
prix  demandés  les  107  tonnes  de  matières  colorantes 
apportées  par  le  Deutschland. 

Le  Gouvernement  américain  a  pris  sous  son  contrôle 
le  poste  de  télégraphie  sans  fil  du  New-York  Herald, 
qui  avait  avisé  les  navires  de  l'Atlantique  de  la  présence 
de  sous-marins  allemands. 

128.    CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  8 


114  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Mercredi  18  octobre.  —  Les  Français  achèvent  la 
prise  de  Saillj-Sallisel  et  dominent  ainsi  la  route  de 
Péronne  à  Bapaume.  Les  Allemands  attaquent  en  vain  à 
l'est  de  Berny-en-Santerre,  entre  Chaulnes  et  Péronne. 
Dans  la  boucle  de  la  Somme,  entre  Biaches  et  Maison- 
nette, nous  enlevons  toute  une  ligne  de  tranchées. 

Le  Kaiser  et  le  Kronprinz  ont  passé  à  Vouzicrs. 

Succès  serbe  sur  la  rive  gauche  de  la  Tcherna,  au 
nord  de  Brod  ;  prise  de  Veliselo  (3  canons). 

La  roi  Constantin,  qui  veut  quitter  Athènes,  en  est 
empêché,  dit-on,  par  Lambros. 

La  ligue  des  réservistes  et  des  gens  soudoyés  mani- 
festent à  Athènes  contre  l'Entente.  On  répand  le  bruit 
qu'une  escadre  américaine  est  en  route  pour  protéger  la 
Grèce,  que  i5o.ooo  Turcs  marchent  sur  Salonique.  On 
crie  dans  les  rues  :  «  Vivent  les  Bulgares,  les  Turcs, 
l'Allemagne  !  y> 

Les  Roumains  ont  repoussé  l'ennemi  au  delà  de  la 
frontière  à  Prédéal  (900  prisonniers).  Combats  très  vio- 
lents dans  la  vallée  de  l'Oltu. 

Vingt  et  uu  navires  américains,  chargés  de  muni- 
tions, arrivent  à  Arkhangol. 

La  Norvège,  à  l'exemple  de  la  Suède,  interdit  à  tous 
les  sous-marins  de  guerre  l'accès  de  ses  eaux  côtières. 

Les  Communes  repoussent,  par  3o3  voix  contre  106, 
une  motion  de  John  Redmond  demandant  la  levée  de 
l'état  de  siège  en  Irlande,  la  libération  des  prisonniers 
et  l'application  immédiate  du  Home  Piule. 

L'Angleterre  envoie  de  l'acier  aux  ateliers  de  ma- 
chines-outils en  Suisse,  afin  de  permettre  à  l'industrie 
suisse  de  continuer  à  travailler  pour  l'Entente. 

Le  Vorivârts  cesse  d'être  l'organe  du  parti  socia- 
liste allemand  pour  passer  aux  mains  de  Scheidemann 
et  des  a  camarades  de  l'antichambre  »  (Temps  du  21). 

«  L'Allemagne  savait  bien  que,  pour  allumer  la  guerre,  il 
suffit  d'être  seul  à  la  vouloir  ;  elle  apprend  avec  surprise 
que  pour  faire  la  paix  il  faut  être  deux.  »  (Journal  de 
Genève.) 

Conseil  do  guerre  anglo-français  à  BouFogne,  pour 
aviser  à  la  situation  en  Orient. 


OCTOBRE    1916  115 

Jeudi  19  octobre.  —  Les  Allemands  disent  avoir 
détruit  3  tanks,  mais  ils  n'en  ont  pas  pris  un  seul. 

Luttes  acharnées  sur  le  Pasubio  ;  les  Italiens  gardent 
leurs  positions. 

Oliensive  turco-allemande  sur  tout  le  front  de  la 
Dobrudja.  Les  Roumains  cèdent  à  l'aile  gauche  (i.ooo 
prisonniers). 

Les  Austro-Allemands  attaquent  avec  fureur  au  nord 
de  Dorna-Vatra. 

L'Allemagne  proteste  contre  la  note  de  la  Norvège  et 
demande  l'accès  des  côtes  norvégiennes  pour  ses  sous- 
inarins. 

Le  Gunard  Alaanîa  (i3.ooo  tonnes)  a  été  coulé. 

Bethmaun  et  Jagow  se  rencontrent  avec  Burian  au 
gi'and  quartier  général  allemand. 

«  La  campagne  de  Hughes  a  causé  un  profond  désappointe- 
ment à  ses  partisans.  Il  a  laissé  le  pays  froid.  Ceux  qui 
désormais  voteront  pour  lui  le  feront  sans  une  étincelle  d'en- 
thousiasme. »  (New-York  Nation.) 

Vendredi  20  octobre.  —  Des  troupes  allemandes 
apparaissent  sur  le  front  bulgare  en  face  des  Serbes. 
Les  Bulgares  ont  des  canons  de  2^40  et  de  3o5  ;  ils  sont 
très  fortement  retranchés. 

La  presse  athénienne  est  soumise  à  la  censure  fran- 
çaise (?). 

Les  Allemands  font  de  grands  efforts  sur  la  route  de 
Campolung;  les  Roumains,  qui  ont  reculé,  se  défen- 
dent dans  le  défilé  de  Brau. 

Les  Bulgares,  très  éprouvés  le  18  et  le  19  (7  canons, 
i.ooo  prisonniers),  sont  renforcés  par  des  Allemands. 

Les  Allemands  prennent  Tuzla  en  Dobrudja  et  bom- 
bardent Constantza. 

On  calcule  que  l'ennemi  possède  environ  Sao.ooo 
hommes  sur  les  fronts  de  Salonique  et  de  Roumanie. 

7  avions  allemands  sont  abattus  sur  la  Somme. 

Par  suite  d'un  incendie  qui  atteignit  les  soutes  à 
munitions,  le  superdreadnought  russe  Inipératrice~ 
Marie  coule  en  rade  de  Sébastopol  (200  victimes).  On 
espère  que  le  vaisseau  pourra  êti^e  renfloué. 


116  CHRONOLOGIE    PE    LA    GUERRE 

Hammann,  chef  du  service  de  la  presse  aux  Affaires 
étrangères  à  Berlin,  donne  sa  démission. 

«  Rappelons-nous  toujours  l'hisloire  des  bandits  en  auto,  le 
dernier  des  grands  faits  divers  d'avant-guerre  :  barricadés 
dans  leur  retraite,  cernés  par  la  police,  ils  avaient  encore  la 
menace  à  la  bouche  et  se  vantaient  de  détruire  la  société. 
L'Allemagne  se  flatte  toujours  de  détruire  l'ordre  européen, 
et  la  force  seule  peut  briser  son  dessein..  »  (Temps.) 

Samedi  21  octobre.  —  De  violentes  attaques  alle- 
mandes sur  Sailly  sont  brisées.  Au  nord  de  la  Somme, 
les  Allemands  prennent  pied  dans  quelques  éléments 
avancés  au  nord  du  bois  Biaise.  Les  Français  avancent 
dans  la  région  de  Ghaulnes.  Les  Anglais,  progres- 
sant de  3oo-5oo  mètres,  prennent  les  tranchées  dites 
Stiiffei  Regina  (i.ooo  prisonniers,  Fo  mitrailleuses). 

Le  mauvais  temps  arrête  les  progrès  serbes  devant 
Monastir. 

Depuis  cinq  jours,  prenant  l'offensive  sur  Bucarest, 
Falkenhayn  attaque  au  sud  de  Hermannstadt  et  de 
Kronstadt  vers  Campolung,  où  se  livre  une  violente 
bataille;  le  i8,  les  Roumains  ont  reculé  jusqu'à 
Dragoslavele,  où  ils  se  maintiennent. 

Nouveau  recul  russo-roumain  dans  la  Dobrudja.  Les 
Allemands  sont  à  17  kilomètres  du  chemin  de  fer  de 
Constantza. 

Wiegand,  correspondant  du  World  de  New-York 
(germanophile),  télégraphie  du  front  allemand  de  Tran- 
.sylvanie  qu'à  la  désorganisation  des  jours  précédents 
a  succédé  chez  les  Roumains  une  volonté  de  résistance 
absolue. 

jtichec  d'une  puissante  attaque  autrichienne  k  l'est  de 
Kirilibaba  ;  un  régiment  est  anéanti. 

La  presse  norvégienne  s'insurge  contre  la  protestation 
allemande  et  fait  remarquer  que  l'Allemagne  n'a  rien 
dit  lorsque  la  Suède  a  pris  une  décision  toute  sem- 
blable à  celle  de  la  Norvège. 

Le  premier  ministre  autrichien,  Stûrgkh,  est  assas- 
siné par  le  socialiste  Friedrich  Adler,  membre  du 
parti  allemand  de  Bohême. 

Harden    publie,    dans    la    Zukunft,     un    singulier 


OCTOBRE    1916  117 

article  contre  le  militarisme  prussien  {Journal  de 
Genève,  3i  octobre)  :  «  La  France  porte  le  fardeau 
terrible  de  ses  sacrifices  avec  la  dignité  solennelle  des 
héros  de  Corneille,  mais  elle  n'est  pas  indifférente  aux 
applaudissements  du  monde.  »  Autrefois  impérialiste  à 
outrance,  Harden  se  fait  l'apôtre  de  la  démocratie,  des 
traités  internationaux  et  même  du  désarmement. 

Ghenadiev,  ancien  ministre  bulgare,  est  condamné  k 
dix  ans  de  travaux  forcés  pour  haute  trahison. 

Une  délégation  d'académiciens  espagnols  arrive  à 
Paris. 

Dimanche  22  octobre.  —  De  fortes  attaques  bul- 
gares sont  repoussées  par  les  Serbes. 

Le  Cabinet  de  Salonique  prête  serment  au  triumvirat 
«  qui  représente  l'honneur  et  l'avenir  de  l'hellénisme  » 
(Temps  du  24). 

Le  Gouvernement  de  Salonique  somme  la  Bulgarie 
d'évacuer  la  Macédoine  orientale. 

Les  Allemands  occupent  Constantza.  Le  21  et  le  22, 
ils  ont  pris  7.000  hommes  et  12  canons  (y  compris  le 
butin  de  Constantza). 

Ferdinand  de  Roumanie  publie  un  ordre  du  jour  : 
«  Qu'aucune  unité  ne  recule  ;  que  toute  position  per- 
due soit  immédiatement  attaquée  et  reprise  ;  que  les 
montagnes  qui,  depuis  des  milliers  d'années,  sont  la 
force  et  le  bouclier  de  notre  race,  deviennent  un  mur 
infranchissable.  » 

Les  Russes  ont  progressé  jusqu'à  5  kilomètres  au 
nord  de  Halicz. 

Un  aéroplane  allemand  bombarde  Sheerness  et  est 
détruit  par  un  avion  naval  anglais. 

Suivant  les  calculs  faits  à  Rome,  l'Autriche  a  levé 
7.400.000  hommes  et  en  a  perdu  4- 100.000.  Il  lui  reste 
3  millions  d'hommes  sur  les  fronts  et  à  l'intérieur, 
Soo.ooo  mobilisés  dans  les  dépôts. 

Lundi  23  octobre.  —  Les  Allemands  annoncent 
que  les  Anglais  ont  perdu  neuf /an/vs,  détruits  par  l'ar- 
tillerie. 


118  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Les  Italiens  occupent,  en  Épire,  la  ville  d'Erseka  et 
Irente-six  villages  du  canton  de  Delvino. 

La  population  du  Pirée  adresse  une  lettre  à  l'amiral 
Dartige  du  Fournet,  exprimant  sa  reconnaissance  et 
protestant  contre  les  agitateurs. 

Dix  officiers  et  5oo  volontaires  quittent  Athènes  pour 
Salonique. 

L'Agence  Wolfî  dit  que  les  succès  allemands  en  Do- 
brudja  sont  dus  à  la  concentration  par  surprise  d'une 
très  forte  artillerie  lourde. 

Les  Allemands  occupent  Cernavoda.  L'aile  gauche 
roumaine  recule  vers  Karamurat. 

Les  Roumains  attaquent  avec  succès  dans  la  vallée 
de  rOltu  (3io  prisonniers,  lo  mitrailleuses).  Violents 
combats  à  Predéal  et  dans  la  région  de  Dragoslavele. 

Un  avion  allemand  lance  des  bombes  sur  Margate. 

Parti  de  Smyrne,  un  avion  allemand  jette  des  bombes 
sur  Chio. 

Lord  Grey,  dans  un  banquet  de  l'Association  de  la  Presse 
étrangère,  insiste  sur  l'afjrcssion  non  motivée  de  "l'Alle- 
magne et  conclut  qu'il  faut  mettre,  hors  d'état  de  nuire  la 
nation  coupable  des  «  crimes  d'anarchie  les  plus  atroces  que 
le  monde  ait  jamais  vus  «.  Il  ajoute  :  «  S'il  doit  y  avoir 
encore  dos  guerres,  que  les  règles  de  la  guerre  soient  désor- 
mais observées  et  que  la  science  ne  soit  pas  appliquée  à  la 
destruction  de  l'humanité.  » 

[Cela  ne  peut  signifier  qu'une  chose  :  la  prohibition  des 
engins  de  meurtre  collectif.] 

Mardi  24  octobre.  —  Après  une  intense  prépara- 
tion d'artillerie,  où  les  nouveaux  mortiers  de  870  et  de 
400  entrent  en  action,  les  Français  attaquent  sur  la  rive 
droite  de  la  Meuse  (front  de  7  kilomètres).  La  ligne 
ennemie  est  brisée  partout,  sur  une  profondeur  qui, 
au  centre,  atteint  3  kilomètres.  Le  village  et  le  fort  de 
Douaumont,  la  batterie  de  Damloup,  la  ferme  et  l'ou- 
vrage de  Thiaumont,  les  carrières  d'Haudromont  sont 
repris  (3.5oo  prisonniers). 

Au  sud  de  Brasso,  les  Allemands  ont  atteint  Pre- 
déal, 

Les  Bulgares  sont  à  Cernavoda.  La  cavalerie    ger- 


OCTOBRE    1916  119 

maiio-turque  atteint  la  région  de  Karamuiat.  ivledjidié 
et  Rasova  sont  aux  mains  de  l'ennemi. 

Les  légions  polonaises  des  armées  austro-allemandes 
sont  envoyées  à  l'arrière. 

La  côte  sud  de  la  Norvège  est  bloquée  par  cinq  sous- 
marins  allemands  qui  coulent  tous  les  bateaux  qu'ils 
aperçoivent.  Sept  navires  norvégiens  ont  été  détruits 
et  deux  ont  été  pris. 

On  croit,  à  New-York,  que  des  sous-marins  alle- 
mands se  cachent  au  large  des  côtes  des  États-Unis. 

La  Gazette  de  la  Croix  propose  d'attribuer  au  Pape, 
avec  le  Vatican,  une  bande  de  terre  allant  rejoindre  la 
mer  à  Fiumicino. 

Réception  des  délégués  espagnols  à  l'Hôtel  de  Ville 
et  à  la  Société  des  gens  de  lettres,  où  Pierre  Mille  a  fait 
observer  que  le  Ci  a  a.  été  naturalisé  français  et  que  Git 
Blas,  œuvre  véritablement  espagnole,  a  été  écrit  en 
France. 

Mercredi  25  octobre.  —  Une  contre-attaque  alle- 
mande sur  la  batterie  do  Damloup  est  repoussée.  Le 
colonel  commandant  Douaumont  est  prisonnier. 

Pour  se  venger  de  la  reprise  de  Douaumont,  les  Alle- 
mands lancent  6oo  obus  siir  Reims. 

Les  Autrichiens  bombardent  Gorizia. 

On  dit  en  Italie  que  l'Autriche-Hongrie  a  doublé  son 
artillerie  légère. 

La  cavalerie  de  l'armée  de  Salonique  est  entrée  en 
liaison  avec  la  cavalerie  italienne  do  Valona. 

L'offensive  ennemie  s'arrête  dans  la  Dobrudja. 

A  l'ouest  de  la  Moldavie,  les  Pioumains  réagissent 
avec  succès,  mais  ils  sont  toujours  pressés  dans  les 
vallées  de  Predeal  et  de  Jiu. 

Les  Russes  prennent  Bidjar  en  Perse,  au  nord 
d'Hamadan. 

On  s'irrite  en  Suècre  de  la  guerre  impitoyable  faite 
par  les  sous-marins  allemands  aux  navires  norvégiens. 

Grâce  k  un  pont  de  2.5oo  mètres  construit  sur 
l'Amour,  Vladivostok  est  réuni  à  la  Russie  par  deux 
voies,  celle  de  l'Amour  et  celle  de  Mandchoune. 


120  CHRONOLOGIE    DF    LA    GUERRE 

Des  cartes  de  poisson  sont  instituées  à  Berlin. 

A  la  séance  des  cinq  Académies,  Desnhanel  définit 
ainsi  les  devoirs  de  la  France  :  «  Rester  unis;  mieux 
connaître  l'Allemagne;  faire  mieux  connaître  la  France; 
ne  pas  oublier;  prévoir.  » 

Un  groupe  d'Américains,  actuellement  en  Europe, 
adresse  un  appel  Uux  Etats-Unis,  les  exhortant  à  aban- 
donner leur  neutralité  et  à  faire  revivre  les  traditions 
d'honneur  et  d'action  qui  ont  fait  la  grandeur  du  peuple 
américain  (texte  dans  le  New-York  Herald). 

Jeudi  26  octobre.  —  Trois  contre-attaques  sur  Hau- 
dromont  et  Douaumont  sont  repoussées  Le  chiffre  de 
nos  prisonniers  valides  atteint  4-5oo.  Progrès  à  l'est  du 
bois  Fumin  et  au  nord  du  Chénois. 

On  déclare  que  l'offensive  de  la  Somme,  en  cent 
quinze  jours,  nous  a  coûté  des  pertes  inférieures  de  près 
de  moitié  k  celles  que  nous  avaient  infligées  en  vingt 
jours  les  offensives  de  l'automne  dernier  en  Cham- 
pagne. C'est  qu'on  apprend  à  faire  la  guerre  et  à  se 
servir  de  l'ai^tillerie  lourde. 

Les  Français  occupent  sans  résistance  Koritza. 

Les  Roumains  repoussent  les  Allemands  au  sud  de 
Predeal  et  se  défendent  au  sud  du  défilé  de  Jiu.  Dans 
la  Dobrudja,  retraite  vers  la  région  des  collines  au 
nord.  On  annonce  l'arrivée  de  renforts  russes.  Le  pont 
de  Cernavoda  est  coupé  (une  arche  détruite). 

Quatre  avions  anglais,  venant  d'Imbros,  atterrissent 
k  Bucarest. 

La  nuit,  dix  destroyers  allemands  attaquent  les 
transports  de  la  Manche  et  coulent  un  paquebot  vide, 
The  Queen.  Deux  destroyers  allemands  sont  coulés  ; 
un  des  destroyers  anglais  manque  et  un  autre,  avarié 
par  une  torpille,  s'est  échoué. 

Au  cours  du  mois  d'octobre,  les  Allemands  ont  déjk 
coulé  pour  25  millions  de  navires  norvégiens. 

On  apprend  k  New^-York  que  les  sous-marins  alle- 
mands opérant  dans  l'Atlemlique  ont  été  en  communi- 
cation avec  un  navire  interné  du  Lloyd  allemand. 


OCTOBRE    1916  121 

Von  Kôrber  succède  à  Stiirgkh  à  la  présidence  du 
ministère  autrichien. 

On  dit  k  Petrograd  qu'il  y  a,  sur  la  partie  sud  du 
front  russe,  28  divisions  allemandes,  35  autrichiennes, 
3  turques  et  10  divisions  de  cavalerie,  soit  60  divisions. 

Wilson,  parlant  à  Cincinnati,  préconise  une  ligue  des 
nations  pour  empêcher  la  guerre  et  dit  que  celle-ci  est 
la  dernière  guerre  mondiale  d'où  les  États-Unis  pour- 
ront se  tenir  à  l'écart. 

Schwab  et  Rockefeller  ont  pris  l'initiative  d'une 
souscription,  destinée  à  recueillir  65o  millions  pour  les 
orphelins  français  de  la  guerre. 

Gottheim,  député  progressiste,  écrit  dans  le  Berliner 
Tageblatt  : 

«  Notre  tâche  doit  être  de  renforcer  à  l'étranger  les  courants 
pacifistes  pour  déterminer  la  conviction  que  nous  ne  voulons 
annexer  ni  la  Belgique  ni  les  territoires  français;  ces  terri- 
toires constituent  pour  nous  seulement  un  gage,  destiné  à 
être  rendu  contre  des  compensations.  » 

«  L'Allemagne  n'est  pas  encore  à  terre  :  ne  vendons  pas  sa 
peau.  Elle  a  su,  dans  les  dernières  semaines,  utiliser  à  mer- 
veille sa  position  centrale  et  elle  nous  donne,  en  Orient,  de 
sérieuses  inquiétudes.  Elle  est  un  adversaire  redoutable  et 
puissant.  Il  n'en  est  que  plus  curieux  de  voir  son  moral  si 
instable,  ses  partis  si  divisés,  son  Gouvernement  si  discuté.  » 
{Temps.) 

Vendredi  27  octobre.  —  Bombardement  continu 
sur  Haudromont,  Douaumont  etDamloup.  Une  attaque 
sur  Douaumont  est  arrêtée.  Nous  enlevons  une  car- 
rière au  nord-est  de  Douaumont. 

Encore  un  millier  d'obus  sur  Reims, 

Bagarres  à  Athènes;  des  vénizélistes  sont  maltraités. 

L'anarchiste  italien  Paputo,  arrêté  à  Athènes,  a 
avoué  qu'il  avait  accepté  la  mission  d'assassiner  Veni- 
zelos. 

Les  Roumains  résistent  dans  la  vallée  du  Trotus, 
dans  celle  de  l'Uzu,  vers  Dragoslavele  et  dans  la  val- 
lée de  Jiu,  faisant  près  de  2.000  piMsonniers.  Mais  une 
contre-attaque  roumaine  dans  la  vallée  de  Prahova  a 
été  brisée  avec  pertes. 


122  CHRONOLOGIE    PE    LA    GUERRE 

On  mande  au  Temps  (du  28)  que  l'antigermanisme,  à  Bu- 
carest, a  gagné  jusqu'aux  anciennes  feuilles  germanophiles. 
Tous  les  journaux  demandent,  pour  l'avenir,  la  mise  en 
quarantaine  des  Allemands. 

Le  ras  Michael  (germanophile)  est  battu  par  l'armée 
gouvernementale  du  Choa. 

L'activité  des  sous-marins  allemands  est  plus  grande 
que  jamais  ;  les  marines  alliées  et  neutres  éprouvent  des 
pertes  graves  (près  de  10.000  tonnes  par  jour). 

Samedi  28  octobre.  —  La  résistance  roumaine  se 
renforce  dans  la  vallée  de  Prahova.  Dans  la  vallée  de 
Jiu,  les  Roumains  capturent  deux  batteries  d'obusiers 
et  5oo  prisonniers. 

Une  forte  offensive  allemande  est  repoussée  sur  le 
front  de  Riga. 

L'aviateur  allemand  Boelke,  qui  passait  pour  avoir 
descendu  4o  avions,  est  tué  dans  une  collision  aérienne. 

Depuis  vingt-quatre  heures,  9  navires  norvégiens  ont 
été  coulés. 

On  dit  à  Rome  qu'en  avril  19 17  les  troupes  russes 
de  choc  seront  deux  fois  et  demie  plus  nombreuses  qu'en 
décembre  1910. 

Le  ministre  des  Affaires  étrangères  de  Suède  dit  à  un 
correspondant  anglais  que  tout  ce  que  la  Suède  exporte 
en  Allemagne  ne  permettrait  pas  à  celle-ci  de  faire  la 
guerre  un  jour  de  plus. 

Hindenburg  a  passé  la  journée  à  Potsdam  chez  l'Em- 
pereur. 

Au  Reichstag,    le  vice-chancelier   Helfferich   a    étél 
vivement  attaqué  par  les  socialistes,  la  gauche  et  lesj 
nationaux    libéraux.    Dittmann    a    révélé    que    Rosajj 
Luxemburg  était  enfermée  avec  des  prostituées.  Par- 
tant des  abus  de  l'état  de  siège,  il  a  dit  :  «c  La  bassessi 
le     l'infamie    célèbrent     actuellement     de    véritable 
orgies.  Ceux  qui  sont  mis  en  état   d'arrestation   pré- 
ventive  sont  enterrés  vivants.    î>  Helfferich  a    promi 
une  enquête. 

E.  Bernstein  a  prononcé  un  discours  qui  fait  sensatioj 
(publié  dans  le  Vorwarls)  : 


U 


OCTOBRE    1916  123 

«  Quelle  est  la  faute  initiale  de  la  politique  allemande? 
Qu'est-ce  qui  anime  contre  nous  les  Gouvernements  et  les 
peuples?  C'est  la  méfiance  (jue  nous  inspirons...  Si  l'on  croit 
qu'en  jetant  des  bombes  sur  des  villes  ouvertes  on  forcera 
les  peuples  à  faire  la  paix,  on  se  trompe  étrangement. 
Sophocle  a  dit  dans  VAJaj;  :  «  On  doit  faire  la  guerre 
à  l'ennemi  de  façon  qu'il  puisse  redevenir  notre  ami.  » 

«  Aujourd'hui,  on  ne  s'inquiète  plus  de  ce  principe.  Il  y  a 
déjà  plus  de  4-5oo.ooo  morls,  3.5oo.ooo  mutilés,  ii  mil- 
lions de  blessés.  Pour  mettre  fin  à  cet  assassinat  de  l'huma- 
nité, on  devrait  déclarer,  du  côté  allemand,  que  nous, 
sommes  prêts  à  un  armistice,  comme  un  acheminement  à 
un  congrès  européen  ou  universel,  qui  rétablirait  la  paix  sur 
la  base  du  droit  des  peuples.  « 

Bernstein  lit  ensuite  une  déclaration  au  nom  de 
l'Union  socialiste  du  travail  (socialistes  dissidents)  : 

«  Nous  sommes  contre  cette  guerre  comme  contre  toutes  les 
guerres,  qui  ont  pour  cause  les  intérêts  de  la  classe  diri- 
geante et  possédante.  Dans  aucun  pays,  la  classe  ouvrière 
ne  l'a  voulue  ;  dans  la  Sozial-Demokratie,  on  l'a  combattue 
jusqu'à  la  dernière  heure  avec  passion...  Aucune  des 
raisons  qu'on  invoque  pour  continuer  la  guerre  ne  peut  être 
reconnue  par  nous  comme  valable.  Nous  voulons  qu'à  la 
place  de  la  force  des  armes,  on  établisse,  comme  base  des 
rapports  entre  les  nations,  le  droit  démocratique  des  peuples 
(le  disposer  d'eux-mêmes,  l'arbitrage  international  qui  mette 
fin  à  1  ère  des  guerres  et  exige  le  désarmement  universel.  Les 
peuples  souhaitent  la  paix,  mais  ils  veulent  que  la  paix  les 
délivre  du  cauchemar  du  militarisme  qui  menace  constam- 
ment la  sécurité  et  le  bien-être.  Le  programme  de  paix  qui 
tiendrait  compte  de  ces  principes  serait  salué  de  tous  avec 
enthousiasme.  La  politique  conduite  par  la  pensée  de  la 
solidarité  internationale  des  classes  ouvrières  est  la  seule 
capable  de  réunir  les  travailleurs  du  monde  entier  en  un 
immense  parti  de  la  paix.  « 

Dimanche  29  octobre.  —  Progrès  français  au 
nord-ouest  de  Saillj — Sallisel.  Au  sud  de  la  Somme, 
les  Allemands  pénètrent  dans  la  ferme  de  la  Maison- 
nette. 

Le  bombardement  incessant  de  Reims  fait  des  vic- 
times parmi  la  population. 


124  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Les  Autrichiens  ont  renforcé  de  60  bataillons  leurs 
lignes  du  Carso. 

Pour  montrer  sa  bonne  foi  à  l'Entente,  le  roi  de 
Grèce  rappelle  dans  le  Péloponèse  une  partie  des 
troupes  de  Thessalie  et  d'Épire.  Le  déplacement  doit 
commencer  le  3  novembre  (comédie). 

La  Patris  public  des  documents  prouvant  que  la 
livraison  des  forts  de  Rupel  et  de  Faïa-Petra  aux  Bul- 
gares a  été  concertée  entre  le  Gouvernement  de 
hkouloudis  et  Berlin. 

Beaucoup  d'avions  alliés  sont  arrivés  à  Bucarest. 
Un  vapeur  grec  se  rendant  k  Salonique  avec  3oo  volon-j 
taires  a  été  torpillé  sans  avertissement  (5o  victimes); 
en  réponse,  les  corporations  du  Pirée  déclarent  la  grève 
générale. 

Le  ministre  Bissolati  fait  un  important  discours  à 
Crémone  :  itre 

«  La  victoire  ne  pourra  être  que  dans  la  reprise  de  nos 
terres,  la  reconstitution  de  la  Belgique,  la  restitution  à  la 
France  de  tous  les  territoires  français,  la  réintégration  de 
la  Serbie  et  la  délivrance  des  Roumains  du  joug  hongrois. 
Tout  cela  est  dans  la  victoire,  mais  la  victoire  n'est  pas 
toute  en  cela.  Elle  est  aussi  dans  la  déli%Tance  de  l'Europe 
et  du  monde  du  cauchemar  de  nouvelles  embûches,  de 
nouveaux  assauts,  et  elle  ne  sera  pas  atteinte  si  ceux  qui 
ont  attenté  à  la  paix  du  monde  ne  sont  pas  mis  dans  l'im- 
possibilité de  renouveler  leur  attentat.  Nous  ne  voulons  pas, 
à  notre  tour,  attenter  à  l'existence  et  à  l'indépendance  du 
peuple  germanique.  Au  contraire,  nous  voulons  le  délivrer 
de  ses  ivresses  meurtrières  et  de  la  domination  de  ceux  qui 
l'ont  enivré  pour  en  faire  l'instrument  de  leurs  desseins 
criminels.  Nous  voulons  espérer  que  nos  coups  ébranle- 
ront le  militarisme  prussien  :  la  voix  de  Liebknecht,  aujour- 
d'hui étouffée  dans  une  prison,  deviendra  la  voix  de  tout  l 
peuple  allemand.  Mais  de  ce  militarisme  barbare,  qui  a  é 
te  centre  de  l'horrible  conjuration  contre  la  paix,  il  faut' 
briser  l'arme  dans  la  poignée  ;  cette  arme,  c'est  l'Empire 
austro-hongrois.  Tant  qu'existera  cette  monstrueuse  agréga- 
tion, qui  est  la  négation  et  l'oppression  de  toutes  les  nationa- 
lités, sauf  celles  des  Allemands  et  des  Magyars,  l'Allemagne  '. 
impériale  pourra  toujours  s'en  faire  une  arme  et  s'appuyer  ï 
sur  son  énorme  puissance   pour  prendre   une   revanche.   Il  ft 


1 


OCTOBRE  1916  125 

faut  que  ce  monstre  à  plusieurs  tètes  soit  tué...  Jusqu'à  ce 
que  ce  but  soit  atteint,  parler  de  paix  est  servir  de  la  pire 
façon  la  cause  de  la  paix.  Ceux  qui  parlent  de  paix  en  ce 
moment  ne  veulent  pas  la  paix,  mais  un  armistice  en  faveur 
de  l'Allemagne  et  de  l'Autriche...  Nous  combattrons  jusqu'à 
ce  que  lÉtat  autrichien  ait  été  dissous.  Si  les  nations  se 
promettent  de  combattre  et  de  résister  jusqu'à  que  ce  but 
soit  atteint,  la  commémoration  du  martyre  de  Battisti  peut 
devenir,  dès  à  présent,  la  célébration  de  la  victoire.  » 

Les  vingt-huit  présidents  des  bureaux  de  zemstvos 
réunis  à  Moscou  protestent  contre  «  la  main  inconnue 

3ui  dirige  secrètement  les  affaires  de  la  nation  »  {Temps 
u  3  janvier  1917).  Milioukov  avait  déjà  fait  allusion  à 
cet  état  de  choses  dans  un  discours  du  i3  juillet  1916 
à  la  Douma. 

Lundi  30  octobre.  —  Les  royalistes  grecs  inter- 
i  prêtent  comme  une  victoire  la  décision  attribuée  à 
la  Conférence  des  Alliés  à  Boulogne  de  ne  pas  recon- 
naître formellement  le  Gouvernement  de  Salonique.  Le 
Daily  Telegraph  dit  que  le  fond  de  la  politique,  dans 
la  Vieille-Grèce,  est  uniquement  la  peur  de  se  battre, 
la  couardise.  (Ce  défaut  a  été  de  tout  temps  celui  des 
Grecs,  sans  quoi  ils  n'auraient  pas  célébré  tant  d'actes 
individuels  d'héroïsme  comme  il  s'en  produit  tous  les 
jours  et  sur  tous  les  fronts  dans  la  guerre  actuelle.) 

Combats  acharnés  sur  la  rive  gauche  de  l'Oltu.  Les 
Roumains  progressent  dans  la  vallée  de  Jiu. 

La  ligne  actuelle,  dans  la  Dobrudja,  court  à  60  kilo- 
mètres au  nord  du  chemin  de  fer  de  Constantza. 

On  se  montre  assez  rassuré  à  Bucarest  par  les  der- 
iniers  succès  roumains  dans  la  vallée  de  Jiu  et  à  Dra- 
goslavele,  où  i.5oo  Allemands  ont  été  faits  prisonniers. 
Une  lettre  trouvée  sur  un  sous-offîcier  allemand  atteste 
la  gravité  des  pertes. 

Bratiano  dit  que  la  Roumanie  a  assez  d'hommes, 
mais  qu'elle  demande  des  canons  et  des  munitions. 

Des  prisonniers  allemands  déclarent  que  l'armée  a 
l'ordre  d'avancer  à  tout  prix  en  Roumanie  afin  de  cap- 
turer les  stocks  de  céréales  dont  le  besoin  se  fait  sentir 
)lus  que  jamais. 


126  CHRONOLOGIE    DE    I.A   GUERRE 

Pluies  et  neiges  clans  les  Carpathes. 

Devant  Le  Havre,  un  navire-hôpital  anglais  touche 
une  mine  et  coule;  quelques  victimes.  Le  bateau  a  été 
échoué  à  Octeville. 

Des  Américains  étaient  à  bord  ùu  vapeur  anglais 
Marina,  coulé  sans  avertissement  le  28  ;  six  Améri- 
cains auraient  été  tués.  Ce  navire  n'était  pas  affrété  par 
l'amirauté  anglaise  ;  il  allait  d'Europe  en  Amérique. 

On  attache  de  l'importance  en  Allemagne  à  un 
conseil  qui  a  eu  lieu  entre  l'Empereur,  Bethmann, 
Heifferich  et  d'autres  hauts  personnages  et  qui  a  duré 
plus  de  deux  heures. 

«  Tisza  à  Budapest  et  Kœrber  à  Vienne,  c'est  l'attelage 
idéal  qui  livrera  sans  réserve  le  brillant  second  à  la  direction 
de  son  patron...  Ces  deux  valets  de  l'Allemagne  seront  les 
liquidateurs  de  l'Autriche-Hongrie.  »  (Temps.') 

Le  général  Mallelerre  estime  qu'une  des  conditions  de 
la  paix  devrait  être  que  les  armées  allemandes  ne 
pussent  dépasser  la  ligne  du  Rhin. 

«  Aujourd'hui  des  millions  de  jeunes  gens  grandissent, 
même  aux  Etats-Unis,  aux  yeux  desquels  l'Allemand  n'est 
pas  un  être  humain,  mais  une  bête  sauvage,  dont  l'àme  s'est 
exprimée  par  Louvain,  Reims  et  \t  Liisitania.  Qui  peut  croire 
que  la  lin  de  la  guerre  déracinera  cette  opinion  dans  l'es- 
prit de  la  génération  qui  commence  ?  Le  terrorisme  allemand 
n'a  accompli  qu'une  chose  :  il  a  creusé  un  abîme  entre  l'Al- 
lemagne et  le  reste  de  Thumanité.  »  {New-York  Tribune;  cf. 
Daily  Mail  du  3i.) 

La  question  du  service  obligatoire  en  Australie  a 
donné  lieu  à  un  re^rendum;  les  catholiques  et  les 
Irlandais  ayant  volé  non,  il  y  a  une  majorité  hostile 
(1.016.000  contre  919.000). 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  il  est  rentré  à  la 
Banque  de  France  i  milliard  800  millions  d'or. 

Mardi  31  octobre.  \ —  Les  Anglais  repoussent  les 
Bulgares  sur  la  rive  gauche  de  la  Struma  (3i5  prison- 
niers) et  prennent  Barakli-Dzuma. 

Les  relations  de  l'Entente  avec  le  roi  de  Grèce  se 
sont  améliorées  ;  on  fait  courir  à  tort  le  bruit  que  les 
relations  avec  Venizelos  se  seraient  refroidies. 


OCTOBRE   1916  127 

L'attaque  allemande,  re poussée  dans  la  vallée  de 
Jiu,  progresse  dans  celle  de  l'Ollu. 

Les  Roumains  ont  22.000  prisonniers  allemands. 
Du  I"  au  3 1  octobre,  ils  ont  capturé  5. 800  hommes, 
25  canons,  88  mitrailleuses,  2.000  tentes. 

Les  Turcs  ont  repris  Bidjar,  au  nord-ouest  de 
Ha  ma  dan. 

Quatorze  avions  autrichiens  ont  bombardé  les  gares 
autrichiennes  du  Garso. 

Un  vapeur  grec  allant  à  Chypre  pour  y  embarquer 
des  troupes  a  été  torpillé. 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  prend  posses- 
sion du  Palais  de  Venise  à  Rome. 

Brandès  a  dit  à  Copenhague  :  «  Cette  guerre  ne  sera 
pas  la  dernière  ;  la  guerre  est  éternelle  comme  la  sottise 
dès  hommes.  » 

Le  candidat  Hughes,  interrogé  à  Colombus(Indiana), 
a  déclaré  que,  s'il  était  élu,  il  maintiendrait  le  droit 
des  Américains  de  voyager  où  bon  leur  semble  et  d'ex- 
pédier les  marchandises  commandées. 

Les  Anglais,  sur  tous  les  fronts,  ont  perdu  en  octobre 
107.000  hommes,  en  septembre  119.000,  en  août  i3o.ooo.La 
proportion  des  officiers  approche  de  5,5  °jo. 

Du  i^""  juillet  au  i«f  novembre,  les  troupes  franco-britan- 
niques, sur  la  Somme,  ont  capturé  78.000  hommes,  178  ca- 
nons de  campagne,  i3o  canons  lourds,  2i5  mortiers  de  tran- 
chées, 981  mitrailleuses.  La  part  des  Français  est  de  4i-5oo 
prisonniers,  77  canons  de  campagne,  101  canons  lourds, 
io4  mortiers,  535  mitrailleuses.  Les  perles  totales  des  Alle- 
mands, qui  ont  amené  i35  divisions,  sont  estimées  à  690.000 
hommes,  dont  i4o.ooo  morts  (Land  and  Water,  i4  dé- 
cembre). 


128  CHRONOLOGIE    DE    I.A    GUERRE 

NOVEMBRK    1916 


Mercredi  1"  novembre.  —  Progrès  français  au 
nord-est  de  Lesbœut's  et  au  sud-est  de  Sallisel. 

Depuis  le  24  octobre,  nous  avons  pris  devant  Verdun  6.0 ii 
hommes,  i5  canons,  i44  mitrailleuses. 

A  Athènes,  les  funérailles  des  victimes  du  bateau 
Angheliki,  torpillé,  donnent  lieu  à  une  vive  démonstra- 
tion anti-allemande. 

Une  bataille  acharnée  se  livre  au  sud  du  chemin  de 
fer  de  Brzezany  à  Rohatjn.  Les  Russes  ont  dû  reculer 
au  centre.  Ils  ont  perdu  quelque  terrain  à  l'ouest  du 
mont  Kapul  et  des  tranchées  avancées  sur  la  rive  ouest 
du  Stokhod. 

Il  se  confirme  que  le  ras  Michael  a  été  fait  prisonnier. 

Le  sous-marin  de  commerce  Deutschland,  parti  de 
Brème  le  10,  arrive  à  New-London  (Connecticut). 

La  guerre  sous-marine,  en  octobre,  a  donné  des 
résultats  élevés  :  i45  navires,  206.000  tonnes.  Il  y  a 
plus  de  bateaux  neutres  coulés  que  de  belligérants. 

On  publie  des  propos  tenus  par  Hindeuburg  à  un 
journaliste  (Journal  de  Genève)  : 

«  Les  nouvelles  armées  russes  ne  sont  pas  meilleures  que 
les  anciennes  ;  seule  l'artillerie  a  progressé,  mais  les  Russes 
commencent  à  manquer  de  munitions.  On  ne  songe  pas  à 
raccourcir  le  front  d'Occident,  qui  est  inexpugnable.  Les  Fran- 
çais s'exterminent  eux-mêmes  par  leur  ténacité.  Les  Anglais 
obligent  les  Français  à  se  faire  massacrer  pour  eux.  Jamais 
l'Angleterre  n'est  venue  seule  à  bout  d'un  ennemi  puissant.  » 

80.000  personnes  ont  manifesté  à  Dresde,  demandant 
du  pain  et  la  paix. 

Lord  Roseberry  déclare,  à  Edimbourg,  que,  dans  cer- 
tains milieux  irresponsables,  on  se  livre  à  des  bavar- 
dages sur  une  paix  très  prochaine  : 

«  Dieu  merci,  il  n'est  pas  un  ministre  assez  lâche,  assez 
aveugle  ou  imbécile  pour  adhérer  à  une  paix  de  ce  genre. 


NOVEMIJRE    1910  129 

«  Par  centaines  de  mille  hommes,  notre  sang  a  coulé  à  plein 
flot.  Nous  dépensons  par  jour  plus  de  i25  millions.  Nous 
continuerons  notre  tâche  tant  qu'il  faudra  pour  abaisser  la 
Prusse,  cette  puissance  diabolique,  au  point  où  elle  était 
dans  le  passé. 

«  Nous  combattons  pour  la  Suède,  pour  la  Norvège,  pour  le 
Danemark,  pour  la  Hollande,  pour  la  Belgique,  cinq  petites 
puissances  qui,  toutes  les  cinq,  ont  été  outragées  par  la  puis- 
sance germanique. 

«  Pour  l'Aniérique  aussi,  nous  luttons  et,  si  nous  étions 
vaincus,  les  Etats-Unis  seraient  les  premiers  à  souffrir  de  la 
Prusse,  cette  nation  agressive  et  sans  scrupules. 

«  Nous  résistons  inébranlablement  à  nos  ennemis,  déter- 
minés à  vaincre.  Nous  aimerions  mieux  être  morts  que  vaincus, 
mais  nous  n'avons  aucun  doute  de  notre  victoire  prochaine  et 
définitive.  » 

F.  Buisson  dit,  au  Congrès  de  la  Ligue  des  Droits  de 
l'homme  : 

«  Il  n'y  a  de  salut  pour  l'humanité  que  si,  à  la  fin  de  la 
guerre,  il  y  a  un  vainqueur,  que  si  ce  vainqueur  fait  la  paix, 
non  pour  son  peuple,  mais  pour  tous  les  peuples.  Nous  ne 
ferons  que  réaliser  ainsi  les  vœux  exprimés  par  les  Gou- 
vernements alliés  et  votés,  à  La  Haye,  il  y  a  dix  ans.  » 

Le  Correspondant  reproduit  une  série  de  lettres  de 
prisonniers  français  envoyés  dans  des  camps  de  repré- 
sailles, qui  constituent  un  terrible  acte  d'accusation 
contre  la  barbarie  allemande. 

Un  ukase  ordonne  un  emprunt  de  3  millions  .de 
roubles  à  5,5o  °/o,  remboursable  en  dix  ans. 

Les  paris  sont  à  lo  contre  7  en  faveur  de  Hughes. 

Jeudi  2  novembre.  —  Sous  la  violence  du  feu 
français,  les  Allemands  ont  évacué  pendant  la  nuit  le 
fort  de  Vaux,  que  nous  avons  occupé  sans  pertes  (il 
était  miné,  mais  on  s'en  est  aperçu  à  temps).  La  cein- 
ture des  forts  extérieurs  de  Verdun  est  maintenant 
rétablie  en  entier. 

Attaque  italienne  à  l'est  de  Gorizia  et  progrès  sen- 
sibles. Sur  le  Carso,  prise  des  hauteurs  ofe  Veliki 
(4.400  prisonniers). 

Les  journaux  allemands  disent  que    les   Roumains 

128.    CHRONOLOGIE    DE   LA    GUERRE  9 


130  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

défendront  seuls  les  passages  de  Transylvanie,  les 
Russes  conduisant  la  guerre  en  Dobrudja. 

En  Hongrie,  on  reconnaît  que  les  Roumains  ont 
appris  à  résister. 

Le  I"  et  le  2,  une  escadrille  italienne  pénètre  dans 
la  rade  de  Fasana  au-devant  de  Pola. 

Les  Allemands  prétendent  forcer  les  neutres  à  faire 
convoyer  leurs  cargos  par  des  navires  de  guerre. 

Un  vapeur  hollandais,  pris  la  veille  par  les  Alle- 
mands, a  été  délivré  par  des  contre-torpilleurs  anglais 
qui  ont  mis  en  fuite  les  contre-torpilleurs  allemands. 

Au  Baltic  Club,  à  Londres,  les  armateurs  ont  décidé, 
à  l'unanimité,  qu'avant  toute  discussion  des  conditions 
de  la  paix,  l'Angleterre  devra  recouvrer,  tonne  pour 
tonne,  l'équivalent  de  ses  navires  coulés. 

Bernstorff  propose  aux  Etats-Unis  l'établissement 
d'un  service  postal  par  sous-marins  entre  l'Allemagne 
et  l'Amérique. 

On  affirme  que  les  Allemands  ont  réquisitionné 
toutes  les  mines  de  Westphalie  et  qu'ils  vont  imposer 
le  travail  forcé  aux  Belges  pour  remplacer  leur  main- 
d'œuvre  industrielle,  qui  doit  être  militarisée. 

La  disette  de  pommes  de  terre  crée  une  situation 
menaçante  en  Allemagne. 

A  Zurich,  le  mark  est  à  go,  la  couronne  k  55,25. 

A  New-London,  un  marin  du  Deiitschland ,  descendu 
k  terre,  a  tué  un  garçon  de  café  qui  voulait  protéger 
une  femme.  La  police  demande  qu'on  lui  remette  le 
coupable  et  son  compagnon. 

Divers  journaux  allemands  souhaitent  maintenant 
l'élection  de  Wilson,  ((  le  moins  mauvais  candidat  ». 

«  Une  fois  la  tension  diminuée,  nos  esprits  sont  libres  de 
réfléchir  à  l'effroyable  sacrifice  de  vies,  à  l'inexprimable 
désolalion  qui  a  envahi  des  millions  de  demeures.  Ne  som- 
mes-nous pas  en  droit  d'attendre  qu'en  Allemagne,  non 
moins  qu'en  Angleterre  et  en  France,  la  voix  de  la  nation  se 
fasse  entendre  dans  ce  cri  impérieux  et  universel  :  Plus 
jamais!  «  {N^ew-York  Nation.) 

Vendredi  3    novembre.   —  Le  Beobachter  de 


NOVEMBRE    1916  131 

Stuttgart  fait  observer  que  le  front  de  Verdun  est 
maintenant  ramené  aux  positions  d'avant  le  mois 
d'avril.  «  Tous  les  flots  de  sang  qui  ont  coulé  depuis 
ont  coiilé  inutilement.  » 

Rome  pavoise  à  la  nouvelle  de  la  prise  de  la  colline 
de  Veliki-Hribach  par  les  Italiens  (7.000  prisonniers, 
2  batteries  complètes).  La  cavalerie  italienne  est  à 
18  kilomètres  de  Trieste. 

Cent  bataillons  autrichiens  sont  engagés  sur  le 
Carso. 

On  signale  un  conflit  entre  troupes  grecques  natio- 
nales et  royalistes  vers  Ekaterini. 

Les  Allemands  tiennent  dans  la  vallée  de  Prédéal  et 
au  sud-est  du  col  de  la  Tour  Uougc,  mais  ils  battent  en 
retraite  et  perdent  des  canons  dans  la  vallée  de  Jiu 
(435  hommes,  4  canons,  20  mitrailleuses). 

Les  Russes  ont  chassé  l'ennemi  des  tranchées  qu'il 
occupait  sur  la  rive  ouest  du  Stokhod. 

Dans  la  nuit  du  2  au  3,  raid  de  la  flottille  allemande 
de  Zeebrugge  ;  elle  échappe  au  feu  de  quatre  croiseurs 
anglais. 

Le  Gouvernement  canadien  déclare  que  des  agents 
allemands  ont  tenté  d'introduire  la  fièvre  aphteuse 
dans  le  bétail  de  la  colonie,  en  offrant  du  bouillon  de 
culture  à  des  émigrants  suisses. 

On  dit  que  les  Allemands,  dans  la  fabrication  des 
explosifs,  remplacent  depuis  longtemps  le  coton  par  la 
cellulose  et  la  pâte  de  bois;  ces  matières  ayant  donné 
des  mécomptes,  ils  se  servent  de  fécule  de  pomme  de 
terre,  ce  qui  aggrave  la  disette. 

Le  nouveau  ministre  de  la  Guerre  allemand,  von 
Stein,  débutant  au  Reichstag,  dit  que  l'Allemagne  doit 
faire  un  grand  effort  pour  égaler  et  même  dépasser  les 
ressources  ennemies  en  matériel  et  que  ce  sera  là  la 
tâche  des  mois  à  venir. 

Batocki  affirme,  à  la  même  séance,  que  l'Alle- 
magne, au  prix  de  quelques  privations,  peut  tenir  jus- 
qu'à la  récolte. 

La  Liberté  signale  un  soldat  disparu  le  26  septembre 
1914  au  Transloy  qui  vient  d'être  retrouvé  en  Allemagne  au 


132  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

camp  de  Senne.  Un  soldat  évadé  d'un  camp  de  la  Meuse  dit 
qu'il  y  avait  avec  lui  des  prisonniers  valides  auxquels  il  était 
défendu  d'écrire. 

Samedi  4  novembre.  —  Une  attaque  allemande 
est  brisée  au  nord  de  la  Somme. 

Nous  avons  progressé  jusqu'à  l'église  de  Vaux  et 
occupé  le  village  de  Damloup. 

On  constate  que  la  reprise  du  fort  de  Vaux,  qui  a 
<i  renoué  la  ceinture  de  Verdun  »  (Polybe,  Figaro),  est 
la  première  victoire  de  cette  guerre  due  uniquement  à 
l'artillerie. 

Les  Italiens  avancent  encore  d'un  kilomètre  sur  le 
Carso.  En  trois  jours,  ils  ont  gagné  3  kilomètres  en  pro- 
fondeur sur  5  1/2  de  largeur.  Ils  ont  pris  g. 000  hommes, 
10  obusiers  de  io5  et  de  nombreuses  mitrailleuses.  Les 
Auti'ichiens,  dont  les  bataillons  sont  réduits  à  600  hom- 
mes, appellent  des  secours  des  fronts  russe  et  roumain. 

Des  monitors  austro-hongrois  ont  débarqué  des 
contingents  dans  l'île  de  Dinglu  et  sur  la  rive  rou- 
maine du  Danube  ;  ces  troupes  se  sont  emparées  de 
2  canons  et  de  4  wagons  de  munitions. 

Les  Austro-Allemands  ont  repris  le  mont  Rosca  et 
progressé  au  nord-ouest  d'Aruga  (sud  du  défilé  de  Pré- 
déal).  En  l'evanche,  ils  ont  été  rejetés  au  delà  du  défilé 
de  Vulkan. 

Les  Turcs  ont  été  repoussés  k  Sultanabad. 

Au  cours  d'une  violente  tempête,  2  navires  anglais 
entrent  en  collision  dans  la  mer  d'Irlande  (92  noyés). 

La  Norvège  répond  à  l'Allemagne  et  maintient  son 
droit  d'interdire  ses  côtes  aux  sous-marins. 

L'appel  de  Liebknecht  est  rejeté. 

C'est  sur  l'ordre  de  l'Empereur  que  le  Reichstag  a 
été  ajourné  au  i4  février.  La  commission  du  budget 
continuera  à  siéger,  mais  à  huis  clos.  Bethmann  n'a 
pas  fait  au  Reichstag  le  discours  attendu. 

On  dit  à  Zurich  que  les  usines  Krupp  occupent 
100.000  hommes;  on  y  fabrique  i.5oo.ooo  obus  par 
mois.  On  ajoute  (Liberté  du  6)  qu'on  y  a  achevé  un 
canon  de  marine  de  38  qui  porte  à  4o  kilomètres. 


NOVEMBRE    1916  133 

«  Cette  guerre  nous  place  daus  uue  situatiou  telle  que  nous 
ne  pouvons  pas  espérer  nous  relever  économiquement  si 
nous  ne  remplaçons  pas  les  bras  qui  nous  manquent  par 
des  machines.  »  (M.  Ajam,  à  propos  de  la  motoculture.) 

En  Italie,  recrudescence  de  la  campagne  neutralisle, 
conduite  par  les  socialistes  officiels  et  les  cléricaux 
{Temps  du  5).  L'Osservatore  romano  déclare  que  c'est 
une  injustice  de  combattre  avec  acharnement,  de 
chercher  à  écraser  l'ennemi. 

Le  maréchal  French,  parlant  à  Wolverhampton,  dit 
qu'une  invasion  de  l'Angleterre  n'est  pas  impossible. 

Un  Serbe  écrit  au  Journal  de  Genève  pour  demander 
que  les  Alliés  ménagent  les  derniers  restes  de  l'armée 
serbe. 

Roosevelt,  au  théâtre  national  de  New-York,  pro- 
nonce un  violent  réquisitoire  contre  la  politique  étran- 
gère de  Wilson  : 

«  J'accuse  le  Président  Wilson  d'avoir  laissé  traîner  dans  la 
boue  ce  que  nous  avons  de  plus  sacré  dans  notre  passé.  Je 
raccuse  d'avoir  recouvert  sa  crainte  de  défendre  le  droit  du 
voile  de  la  rhétorique.  Je  l'accuse  d'avoir  bandé  les  yeux  au 
peuple  américain.  M.  Wilson  n'a  pas  su  demander  des 
comptes  à  l'Allemagne,  qui  le  méprise.  Si  nous  élisons 
M.  Wilson,  il  sera  notifié  au  monde  que  nous  ne  sommes 
plus  qu'une  nation  sordide,  prête  à  accepter  toutes  les 
insultes,  à  accepter  l'assassinat  de  ses  femmes  et  de  ses 
enfants,  pourvu  qu'elle  gagne  des  dollars.  » 

Dimanche  5  novembre.  —  Au  nom  des  empe- 
reurs d'Allemagne  et  d'Autriche,  une  proclamation 
faite  k  Varsovie  par  le  gouverneur  allemand,  k  Lublin 
par  le  gouverneur  austro-hongrois,  crée  un  Etat  auto- 
nome polonais  sous  la  forme  d'une  monarchie  hérédi- 
taire constitutionnelle.  Les  frontières  ne  sont  pas  indi- 
quées ;  le  régime  est  une  sorte  de  condoniiniuni, 
l'armée  étant  dans  la  dépendance  des  puissances  pro- 
tectrices. 

L'empereur  d'Autriche  écrit  k  Kôrljer  pour  lui 
annoncer  son  intention  de  conférer  l'autonomie  à  la 
Galicie  lorsque  le  nouvel  État  polonais  aura  été 
établi. 


134  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Un  communiqué  allemand  dit  que  les  Anglais  ont 
éprouvé  ce  jour  «  des  pertes  énormes  »  ;  un  commu- 
niqué anglais  du  lo  assure  que  cela  est  de  pure  inven- 
tion. 

Au  nord  de  la  Somme,  progrès  vers  Le  Translojs 
nous  prenons  la  plus  grande  partie  de  Sallisel 
(522  prisonniers),  tandis  que  les  Anglais  avancent  entre 
l'Ancre  et  Le  Transloy. 

Depuis  le  6  août,  dans  la  région  du  Pasubio,  les 
Italiens  ont  fait  4o-363  prisonniers. 

D'Annunzio  est  promu  au  grade  de  capitaine. 

On  a  découvert  au  Pirée  une  organisation  d'espion- 
nage et  de  ravitaillement  des  sous-marins  allemands, 
dirigée  par  un  député  gounariste. 

Les  Russes  ont  gagné  2  kilomètres  au  sud  de  Dorna- 
Vatra. 

On  prétend  (Liberté  du  6)  que  l'Allemagne  deman- 
derait un  armistice  avant  le  i^""  janvier  pour  être  mieux 
pourvue  de  troupes  et  de  munitions  au  printemps  de 

Lundi  6  novembre.  —  Une  attaqtie  allemande  a 
regagné  un  peu  de  terrain  au  sud-ouest  du  bois  de 
Saint-Pierre-Vaast  et  a  Sallisel. 

Bombardement  intense  de  la  région  de  Damloup.  Le 
ministre  de  la  Guerre,  général  Roques,  parti  de  Paris 
le  28  octobre,  est  arrivé  à  Salonique. 

Mackensen,  sous  la  pression  des  Russes,  a  reculé  de 
20  kilomètres  dans  la  I3obrudja. 

Les  Allemands  enlèvent  les  hauteurs  au  nord  de 
Spini,  à  20  kilomètres  en  territoire  roumain.  Ils  pro- 
gressent au  sud  du  col  de  Vulkan.  L'avance  roumaine 
dans  la  vallée  de  Jiu  est  arrêtée. 

Au  Darfour,  le  chef  de  la  rébellion,  Ali  Dinar,  est  tué. 

Un  sous-marin  anglais  a  torpillé  deux  cuirassés  alle- 
mands sur  la  côte  du  Jutland. 

Le  paquebot  Arabia,  chargé  de  caoutchouc,  est  tor- 
pillé. Les  721  personnes  a  bord  sont  sauvées. 

Alors  que  l'Humanité  qualifie  d'infâme  l'entreprise 
des  Empires  centraux  contre  la  Pologne,  le    Vorioâfts 


NOVEMBRE    1916  135 

écrit   que  la  Sozial-Deniokratie  allemande  veut   une 
libre  Pologne  comme  elle  veut  une  libre  Allemagne. 

Le  Times  dit  que  la  Pologne  indépendante  n'a  été 
créée  que  pour  fournir  aux  armées  austro-allemandes 
700.000  recrues,  sous  une  couleur  de  légalité. 

Mardi  7  novembre.  —  Au  sud  de  la  Somme, 
malgré  une  pluie  violente,  nous  enlevons  les  positions 
ennemies  depuis  le  bois  de  Chaulnes  jusqu'au  site  de 
la  sucrerie  d'Ablaincourt,  occupant  complètement 
Ablaincourt  et  Pressoir  (5oo  prisonniers).  Le  sol  était 
un  vrai  cloaque  (Voir  la  Liberté  du  lo). 

Joffre  et  Cadorna  se  rencontrent  à  Saint-Michel-de- 
Maurienne. 

Des  détachements  alliés  ont  occupé  l'île  et  l'arsenal 
de  Leros,  l'île  Kyra,  l'arsenal  et  l'installation  des  sous- 
marins  grecs.  L'escadre  légère  grecque  a  arboré  le 
pavillon  français. 

Le  Carrière  délia  Sera  publie  une  lettre  d'Athènes 
disant  que  les  Grecs  n'ont  jamais  voulu  faire  la  guerre, 
qu'ils  ne  la  veulent  pas,  que  le  Gouvernement  de  Salo- 
nique  n'a  pu  réunir  plus  de  2.000  hommes,  tandis 
qu'au  moins  3o.ooo  hommes  en  âge  de  combattre  ont 
émigré  récemment  en  Amérique  (ces  chiffres  ont  été 
aussitôt  contestés). 

Nouvelle  offensive  allemande  dans  la  vallée  de  Jiu. 

Le  succès  russe  s'accentue  au  sud  de  Dorna-Vatra 
(800  prisonniers). 

Dans  la  nuit  du  6  au  7,  les  avions  français  bombar- 
dent l'aérodrome  de  Frescaty  et  la  gare  militaire  de 
Chambley. 

Une  escadrille  italo-française  bombarde  Parenzo  et 
Città-Nuova  en  Istrie. 

Le  cardinal  Mercier  adresse  au  monde  civilisé  une 
protestation  contre  la  déportation  de  Belges  en  Alle- 
magne. 

Le  gouverneur  von  Beseler  ordonne  à  la  population 
polonaise  du  royaume  de  Pologne  d'accepter,  sous  peine 
de  prison,  le  travail  offert  par  les  autorités  allemandes. 

Le  total  des  pertes  prussiennes  atteint  8.359.000. 


136  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUEBRE 

On  annonce  à  tort  l'élection  de  Hughes,  e  C'est  la 
vengeance  de  l'honneur  national  »,  dit  Roosevelt. 
Mais  on  s'aperçoit  bientôt  que  le  résultat  est  douteux. 

Mercredi  8  novembre.  —  Lutte  d'artillerie  très 
vive  au  sud  de  la  Somme  et  dans  les  régions  de  Darft- 
loup  et  de  Douaumont. 

Des  régiments  autrichiens  sont  rappelés  du  front 
roumain  contre  les  Italiens  et  remplacés  par  des  Turcs. 

Trois  attaques  bulgares  sont  repoussées  dans  la 
boucle  de  la  Cerna. 

Le  premier  contingent  de  Grecs  de  Paris,  enrôlés 
dans  l'armée  nationale,  part  pour  Salonique. 

Dans  la  vallée  de  l'Oltu,  au  sud  de  la  Tour  Rouge, 
les  Allemands  ont  avancé  jusqu'à  26  kilomètres  de  la 
passe. 

Les  Russo-Roumains  ont  repris  Harsova,  regagnant, 
en  quatre  jours  d'offensive,  45  kilomètres  vers  le  sud. 
Les  Rulgares,  en  se  retirant,  ont  brûlé  Hai^sova  et 
Topai.  En  face  de  Cernavoda,  les  Russes  ont  repris  le 
village  de  Dounarev,  que  les  Allemands  avaient  occupé 
après  avoir  passé  le  fleuve.  Le  grand  pont  n'est  qu'en- 
dommagé, non  détruit. 

Au  sud-est  de  Dorna-Vatra,  les  Russes  avancent  en 
territoire  hongrois  ;  ils  atteignent  la  vallée  de  la  Ristri- 
ciora. 

Le  vapeur  américain  Coliimbia  est  coulé  près  du  cap 
Finisterre  (Espagne). 

Il  est  avéré  que  les  Allemands  déportent  en  Alle- 
magne, pour  les  occuper  dans  leurs  usines  comme  des 
esclaves,  des  milliers  d'ouvriers  belges  {Temps  du   10). 

«A  défaut  d'Allemands  ea  suffisance,  l'Etat-major  impérial 
a  recours  aux  Bulgares  et  aux  Turcs.  Âlais  les  Roumains  ont 
fait  la  contre-partie.  Sur  quoi  l'Etat-major  impérial  prépare 
le  recrutement  des  Polonais.  Depuis  quelques  mois  il  est 
entré  dans  la  période  des  expédients.  Ceux-ci  peuvent  lui 
rendre  pendant  un  temps  le  secours  de  l'arithmétique.  La 
question  est  de  savoir  s'ils  lui  rendront  l'aulre  élément,  la 
résistance  morale,  car  elle-même  paraît  en  déclin.  «(Colonel 
Feyler,  Journal  de  Genève). 


NOVEMBRE    1916  137 

Jeudi  9  novembre .  —  Progrès  allemands  dans  la 
vallée  du  Buzeu. 

Après  avoir  subi  sept  attaques,  les  Russes  reculent 
aurfud  de  Dorna-Vatra. 

Soixante-dix-sept  combats  d'avions;  une  dizaine  d'a- 
vions allemands  sont  descendus.  Les  avions  français 
bombardent  plusieurs  cantonnements  ennemis. 

Bethmann-HoUweg  fait  un  grand  discours,  en  réponse 
à  Lord  Grey,  devant  la  Commission  du  budget,  a  huis 
clos.  Il  maintient  que  la  cause  déterminante  de  la 
guerre  a  été  la  mobilisation  russe,  mais  que  la  cause 
profonde  est  la  politique  d'encerclement  et  de  boy- 
cottage pratiquée  par  l'Angleterre  contre  l'Allemagne. 
Il  ne  croit  pas  à  l'efficacité  d'institutions  internationales 
pour  conserver  la  paix,  mais  compte  pour  cela  sur  la 
volonté  des  peuples,  décidés  a  ne  pas  subir  de  nouveau 
une  pareille  catastrophe.  «  L'Allemagne  a  été  prête  de 
tout  temps  à  se  joindre  à  la  ligue  des  peuples  et  même 
à  se  placer  à  la  tête  d'une  telle  ligue  pour  punir  ceux 
qui  prétendent  troubler  la  paix.  »  .        ^^ 

Bethmann  a  déclaré  qu'il  n'a  jamais  indiqué  l'an- 
nexion de  la  Belgique  comme  étant  dans  les  intentions 
de  l'Allemagne. 

Tout  ce  discours  paraît  destiné  aux  neutres  plus  qu'aux 
belligérants. 

Broussilov,  parlant  au  correspondant  du  Times,  dit 
que  la  victoire  est  certaine,  parce  que  la  Russie  pos- 
sédera l'an  prochain  une  armée  excellente.  Il  ajoute 
que  99  °/o  de  la  population  russe  veulent  la  guerre 
jusqu'à  la  victoire  définitive,  a  Nos  ennemis  doivent 
apercevoir  devant  eux  le  spectre  de  plus  en  plus  proche 
de  la  ruine  complète.  » 

Un  nouveau  Livre  Bleu  serbe  atteste  l'infamie  des 
procédés  autrichiens  et  bulgares  en  Serbie.  Les  hommes 
sont  déportés,  enrôlés  de  force  dans  l'armée  bulgare, 
etc.  (Voir  le  Temps  du  ii). 

Le  Journal  de  Genève  fait  observer  que  la  «  grande 
mystification  polonaise  »  réduit  à  néant  les  bruits  per- 
sistants d'une  paix  séparée  avec  la  Russie.  Un  Polonais 
influent  aurait  dit  :   a  Si  l'Entente  offre  mieux  que  ne 


138  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

prometlent  les  Impériaux,  le  recrutement  donnera  des 
résultats  dérisoires.  Mais,  pour  Dieu,  qu'elle  parle! 
C'est  son  silence  qui  perd  tout.  » 

Le  prix  Nobel  de  littérature  a  été  décerné  à  Romain 
Rolland. 

Asquith  dit  au  banquet  du  Lord-maire  : 

«  Je  déclare  très  franchement  que  nous  sommes  en  sym- 
pathie cordiale  avec  le  grand  patriote  grec  Venizelos... 
Les  Alliés  désirent  la  paix,  mais  à  la  condition  que  la  guerre 
n'aura  pas  été  faite  en  vain.  La  paix  doit  être  telle  qu'elle 
puisse  servir  de  fondation  sûre  et  stable  pour  la  sécurité  des 
faibles,  pour  les  libertés  de  l'Europe  et  pour  l'avenir  libre 
du  monde.  » 

Il  se  confirme  que  Wilson  a  été  réélu. 

Ribot  a  fait  connaître  que  l'emprunt  français  a  donné 
1 1  milliards  et  demi,  dont  55  °/o  d'argent  frais. 

Vendredi  10  novembre.  —  Les  Anglais  avancent 
de  i.ooo  mètres  à  l'ouest  de  la  tranchée  dite  Regina. 

Les  troupes  serbes,  attaquant  sur  la  Cerna,  enlèvent 
les  positions  de  Kuke  (6oo  prisonniers). 

Les  officiers  grecs  ont  fait  remise  aux  officiers  fran- 
çais des  munitions  de  la  flotte. 

Le  ministre  d'Allemagne  à  Athènes  remet  une  note 
au  Gouvernement  grec  :  l'Allemagne  considérerait  la 
Grèce  comme  sortant  de  la  neutralité  si  elle  livrait 
à  l'Entente  le  matériel  de  guerre  que  celle-ci  réclame 
(démarche  concertée  entre  Berlin  et  le  Roi). 

Progrès  roumains  sur  la  rive  gauche  de  l'OItu;  les 
Roumains  repoussent  une  tentative  de  débarquement  à 
l'embouchure  de  cette  rivière. 

Les  Russes  reprennent  des  tranchées  perdues  au  sud 
de  Dorna-Vatra. 

Le  chéri  f  Hussein  publie  k  La  Mecque  un  manifeste 
hostile  aux  Turcs  et  surtout  aux  unionistes. 

Bataille  aérienne  entre  3o  avions  anglais  et  3o  à  4o 
avions  allemands,  dont  6  sont  obligés  d'atterrir. 

Des  avions  anglais  bombardent  les  aciéries  de  Folk- 
lingen  au  nord-ouest  de  Sarrebruck  et  descendent 
3  avions  allemands.  Les  avions  français  bombardent 
les  mêmes  usines. 


NOVEMBRE    1916  139 

Giiynemer  abat  son  21^  avion. 

Bombes  d'avions  sur  la  gare  d'Offenburg  (Rhin). 

Dans  la  nuit  du  10  au  11,  bombes  d'avions  alle- 
mands sur  Amiens  :  g  morts,  27  fclessés. 

La  flotte  russe  bombarde  Constantza. 

Guillaume  II  vient  à  Bruges  et  y  est  reçu  toutes 
fenêtres  fermées. 

On  assure  que  21.600  Anversois  ont  été  déportés  en 
Allemagne.  On  parle  d'une  révolte  sanglante  à  Bru- 
xelles, provoquée  par  les  enrôlements  forcés  d'ouvriers. 

Un  million  huit  cent  cinquante  mille  hommes  et 
400.000  femmes  travaillent  aux  munitions  en  Angleterre. 

La  Russie  appelle  la  classe  19 18. 

Radoslavov  a  dit  :  «  Tous  les  territoires  arrosés  de 
sang  bulgare  sont  terres  bulgares.  » 

Scheidemann,  dans  une  conférence  à  Berlin,  dit  que 
Bethmann  ne  peut  en  dire  plus  qu'il  n'a  fait  devant  la  Com- 
mission du  budfjet;  il  ne  peut  pourtant  pas  mendier!  En 
Allemagne,  les  particuliers  font  des  projets  de  conquêtes, 
mais  le  Gouvernement  fait  des  propositions  de  paix;  c'est 
tout  le  contraire  chez  les  ennemis  {Journal  de  Genève, 
20  novembre). 

«  Pas  de  paix  durable  sans  l'affaiblissement  de  la  Prusse  ; 
pas  d'affaiblissement  de  la  Prusse  sans  la  reconstitution  de  la 
Pologne  unie  :  tels  sont  les  termes  de  l'équation.  »  (Temps.) 

Wilson  est  définitivement  élu  à  une  faible  majorité. 

Samedi  11  novembre.  —  Les  Français,  au  nord 
de  la  Somme,  i^eprennent  en  majeure  partie  Sallisel. 

Les  Serbes  prennent  le  village  de  Polok  (i.ooo  pri- 
sonniers, 8  obusiers). 

Un  officier  de  la  marine  grecque  révèle  qu'en  août 
1916  le  Gouvernement  de  Gounaris  ravitaillait  les 
sous-marins  allemands. 

Combats  violents  dans  Orsova. 

Les  Roumains  reculent  dans  la  vallée  de  Jiu,  mais 
résistent  ailleurs. 

Nouveau  recul  russe  au  nord  de  Halicz. 

Des  avions  anglais  bombardent  les  abris  sous-marins 
d'Ostende  et  de  Zeebrugge. 


140  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Des  avions  autrichiens,  à  Padoue,  tuent  90  femmes 
et  enfants  dans  une  seule  maison. 

L'Allemagne  est  mécontente  de  la  réponse  de  la 
Norvège  ;  les  torpillages  continuent. 

La  «  tenue  de  soirée  »  est  interdite  à  Paris  dans  les 
théâtres  subventionnés. 

Dimanche  12  novembre.  —  Au  nord  de  la 
Somme,  nous  achevons  de  prendre  Sallisel  (220  hom- 
mes, 8  mitrailleuses). 

On  signale  de  grands  mouvements  de  troupes  autri- 
chiennes dans  le  Trentin. 

Les  Serbes,  dans  la  boucle  de  la  Cerna,  prennent 
Iven  et  obligent  les  Bulgares  à  se  replier  de  3  kilo- 
mètres vers  le  nord.  Plus  à  l'ouest,  ils  ont  progressé 
au  nord  de  Veliselo  (i.ooo.  prisonniers,  16  canons). 
Depuis  le  12  septembre,  les  Germano-Bulgares  ont 
laissé  aux  Alliés  6.000  prisonniers,  72  canons, 
.5o  mitrailleuses.  Le  massif  de  Kuke,  le  plus  puis- 
.sant  après  le  Kaimakalan,  a  été  pris  avec  toute  l'artil- 
lerie qui  le  défendait. 

Le  roi  de  Serbie  arrive  inopinément  h  Athènes. 

Le  ministre  russe  à  Athènes  reçoit  à  dîner  le  roi 
Constantin  ;  les  ministres  de  l'Entente  paraissent  à  la 
soirée. 

Les  Roumains  reculent  sur  la  rive  droite  de  l'Oltu. 
Violents  combats  dans  la  vallée  de  Jiu. 

Au  Mexique,  le  bandit  Villa  prend  Chihuahua. 

La  presse  allemande,  par  ordre,  menace  la  Norvège. 

A  Cardifî,  la  foule  empêche  Ramsay  Macdonald  de 
parler  pour  la  paix. 

Pour  activer  la  production  du  matériel  de  guerre  en 
Allemagne,  il  a  été  formé  un  syndicat  général  de 
l'acier. 

Deux  cents  Français  et  Françaises,  occupant  des 
situations  élevées,  ont  été  déportés  du  département  du 
Nord  vers  un  camp  de  représailles. 

Le  marquis  de  Polavieja,  dans  un  nouveau  journal 
germanophile,  La  Nacion,  attaque  vivement  le  ministre 
Romanonès. 


NOVEMBRE    191G  141 

Suivant  Ghekri  Ganem,  iSo.ooo  Syriens  seraient 
iléjk  morts  de  faim. 

Lundi  13  novembre.  —  Attaque  anglaise  sur  les 
deux  rives  de  l'Ancre.  Après  une  bataille  de  dix  heures, 
où  6  divisions  se  sont  heurtées  (Voir  Liberté  du  i6), 
les  Anglais  prennent  Saint-Pierre-Divion  et  Beaumont- 
Hamel  (4.ooo  prisonniers). 

On  a  découvert,  à  la  préfecture  de  Florina,  des  ins- 
truments d'optique  k  l'aide  desquels  le  préfet  commu- 
niquait avec  les  Bulgares,  qu'il  ravitaillait  d'ailleurs  à 
son  profit  personnel. 

Le  général  Roques,  ministre  de  la  Guerre,  arrive  à 
Athènes. 

Le  général  bulgare  Schekof  dit  à  VAz  Est  que  la 
possession  de  Monastir  est  assurée  aux  Bulgares. 

Les  Roumains  ont  dû  céder  du  terrain  à  l'aile 
gauche  vers  Dragoslavele  et  sur  la  rive  droite  de  l'Oltu. 
Les  Allemands  ont  pris  Bombesti  et  Candesti  ;  ils 
avancent  vers  Campolung. 

Continuation  de  violentes  attaques  allemandes  sur  la 
Bistriciora. 

On  dit  à  Petrograd  qu'une  partie  de  l'armée  du 
Caucase  va  être  amenée  sur  le  front  roumain  (?). 

Seize  avions  français  bombardent  les  hauts  fourneaux 
de  Saint-Ingbert,  au  nord-est  de  Sarrebrûck. 

Dans  la  nuit  du  12  au  i3,  bombes  d'avions  alle- 
mands sur  Belfort. 

Un  avion  ennemi  lance  des  bombes  sur  Le  Caire. 

On  signale  dans  la  mer  du  Nord  des  sous-marins 
monstres,  plus  grands  que  les  navires  qu'ils  visitent  ou 
qu'ils  torpillent. 

On  parle  en  Allemagne  de  la  convocation  imminente 
du  Reichstag  et  du  dépôt  d'une  loi  sur  le  service  civil 
obligatoire. 

Le  Vonvàrts  dit  que  les  soldats  allemands  ne  doi- 
vent pas  se  faire  tuer  pour  que  l'Autriche  puisse 
annexer  la  Serbie. 

En  présence  de  la  crise  des   transports  en  France 


142  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

(ports  embouteillés,  arrivages  insuffisants  de  charbon), 
Claveille,  ancien  directeur  des  chemins  de  fer  de  l'ritat, 
sera  mis  à  la  tête  de  tout  le  service  des  voies. 

Mardi  i4  novembre.  —  loo  obus  allemands  sur 
Furnes  ;  gros  dégâts  matériels. 

Les  Anglais  prennent  Beaucourt-sur-Ancre  ;  ils  ont 
plus  de  5,000  prisonniers. 

Au  sud  de  la  Somme,  forte  attaque  allemande  vers 
Ablaincourt  et  Pressoir,  repoussée  sauf  sur  un  point 
à  l'est  de  Pressoir. 

Offensive  autrichienne  devant  Gorizia. 

Dans  la  boucle  de  la  Tcherna,  les  Serbes  dépassent 
Tepanci  et  sont  à  6  kilomètres  de  Monastir  (le  i3  et  le 
i4,  i.ooo  prisonniers,  dont  6oo  Allemands). 

D'après  les  déclarations  faites  au  Parlement  anglais, 
les  Alliés  continuent  à  traiter  avec  le  Gouvernement  du 
roi  de  Grèce  comme  le  seul  existant,  mais  reconnaissent 
le  pouvoir  de  fait  de  Venizelos  et  lui  en  ont  donné  noti- 
fication. 

Les  Roumains  sont  repoussés  a  Tirgu-Jiu,  au  sud  de 
la  passe  de  Vulkan. 

On  assure  que  l'Allemagne  et  l'Autriche  ont  reconnu 
la  Dobrudja  comme  territoire  bulgare. 

Les  Russes  ont  franchi  le  Danube  sur  -deux  points 
au  sud  de  Cernavoda;  la  flotte  russe  bombarde  Cons- 
tantza.  L'artillerie  russo-roumaine  jette  des  bombes  sur 
Tutrakan  et  sur  Silistrie. 

Prenant  l'offensive,  les  Russes  ont  délogé  l'ennemi 
de  la  rive  orientale  de  la  Narayuka,  au  nord  de  Sla- 
ve ntyn. 

Les  Carpathes  boisées  sont  sous  la  neige. 

Les  Anglais  infligent  des  pertes  à  une  tribu  afghane 
de  la  vallée  de  Caboul  en  la  bombardant  à  l'aide 
d'avions.  C'est  la  première  fois  que  ces  engins  sont 
employés  en  Inde. 

Les  Allemands  coulent  quatre  navires  norvégiens.  Un 
torpilleur  norvégien  canonne  un  bateau  de  guerre  alle- 
mand qui   refusait   de   rentrer  ses  appareils    de    télé- 


NOVEMBRE    1916  1  i3 

graphie  sans  fil  dans  les  eaux  norvégiennes.  La  presse 
allemande  menace  à  la  fois  la  Norvège  et  la  Hollande. 

«  Au  rebours  de  tant  d'autres  neutres^  la  Norvège  n'a  pas 
prolesté,  elle  a  agi.  C'est  ce  que  l'Allemagne  n'a  voulu  tolé- 
rer à  aucun  prix.  »  (.Journal  de  Genève.) 

Hindenburg  écrit  au  Chancelier  pour  se  plaindre  que 
les  ouvriers  allemands  manquent  de  graisse  ;  il  déclare 
qu'ils  ne  peuvent  travailler  sans  être  suffisamment 
nourris. 

La  session  de  la  Douma  est  reprise.  Le  président 
Rodzianko  dit  que  la  Russie  ne  trahira  pas  ses  amis, 
qu'elle  repousse  avec  indignation  toute  idée  de  paix 
séparée.  Le  leader  des  groupes  polonais  lit  une  décla- 
ration protestant  contre  l'acte  des  Empires  centraux, 
qui  accentue  le  partage  de  la  Pologne  et  cherche  à  jus- 
tifier un  recrutement  révoltant. 

Repington  prétend  que  l'Allemagne  a  2  millions  d'hommes 
de  réserves  qui  pourront  boucher  les  vides  de  ses  4-5oo.ooo 
hommes  sur  le  front  jusqu'à  l'automne  de  191 7. 

On  dit  à  Zurich  que  l'Allemagne  a  fermé  les  classes 
supérieures  des  écoles  pour  employer  les  grands 
élèves  aux  munitions  et  aux  travaux  des  champs. 

Le  cardinal  Gasparri  télégraphie  à  l'évéque  de  Padoue 
que  le  Saint-Père  déplore  et  blâme  les  bombardements 
aériens  de  villes  ouvertes. 

Les  vVllemands  parcourent  les  rues  de  Bruxelles 
dans  des  automobiles  munies  de  mitrailleuses,  pour 
intimider  la  population.  Ils  démentent  d'ailleurs  que 
des  troubles  graves  se  soient  produits. 

Mercredi  15  novembre.  —  Au  prix  d'attaques 
violentes,  les  Allemands  ont  gagné  un  peu  de  terrain 
au  bois  de  Saint-Pierre-Vaast  et  à  l'est  de  Pressoir. 
Mais  ces  gains  ne  sont  nullement  en  rapport  avec 
leurs  efforts  très  considérables  et  leurs  pertes. 

Les  Italiens  regagnent  du  terrain  perdu  devant 
Gorizia. 

A  l'ouest  de  la  Tcherna,  les  Bulgares  battent  en 
retraite  ;  Français  et  Russes  ont  atteint  la  rive  droite  de 
la  Vico  (5oo  prisonniers). 


144  CHRONOLOGIE    DE    I  A    GUERRE 

Le  général  Roques  a  passé  une  heure  chez  le  roi 
Constantin. 

Lord  Cecil  a  dit  aux  Communes  que  les  Alliés  ont 
avancé  lo  millions  au  Gouvernement  de  Venizelos. 

Nouveau  recul  roumain  dans  les  vallées  de  l'Oltu  et  de 
Jiu.  Obus  allemands  sur  Sinaïa. 

Les  Russes  prennent  une  colline  fortifiée  au  sud-est 
de  Tulgyes. 

Nouveau  bombardement  aérien  d'Ostende  et  de  Zee- 
brugge  ;  on  a  constaté  un  grand  incendie  à  Ostende. 

La  Douma  et  le  Conseil  de  l'Empire  protestent  contre 
le  nouveau  partage  de  la  Pologne  et  affirment  leur 
fidélité  aux  principes  posés  par  la  proclamation  du 
grand-duc  Nicolas.  Les  ambassadeurs  et  ministres  de 
Russie  sont  chargés  de  dénoncer  aux  gouvernements 
neutres  et  alliés  l'attentat  international  que  constitue  le 
recrutement  forcé  des  Polonais  sujets  russes.  En  même 
temps,  pour  la  troisième  fois,  le  Gouvernement  impé- 
rial proclame  le  principe  de  la  reconstitution  de  la 
Pologne  entière,  englobant  tous  les  territoires  polonais, 
dans  des  conditions  d'autonomie  qui  seront  précisées. 
Ainsi  la  Russie  se  place  sur  le  terrain  de  l'unité  de  la 
Pologne,  tandis  que  les  Empires  centraux  se  main- 
tiennent sur  celui  du  partage  {Temps  du  17). 

Au  cours  de  la  séance  de  la  Douma,  Milioukov 
attaqua  vivement  Sturmer,  l'accusant  (entre  autres) 
de  préparer  une  paix  séparée.  Il  lut  des  exti'aits  de 
journaux  allemands  qui  semblent  compter,  à  cet  effet, 
sur  l'influence  de  très  hauts  personnages.  L'assemblée 
se  sépara  très  houleuse;  on  prête  à  Sturmer  le  projet 
de  faire  arrêter  Milioukov. 

Scheidemann  fait  télégraphier  en  Amérique,  par  un 
correspondant  de  journal,  un  exposé  de  ses  idées 
pacifiques,  et  demande  que  Wilson  prenne  l'initiative 
de  proposer  un  armistice  avant  Noël  (texte  dans  le 
Temps  du  17). 

Buriaa  arrive  à  Berlin  et  voit  Guillaume  II  pendant 
une  heure. 

M.  de  Tchirsky,  ambassadeur  d'Allemagne,  meurt  k 
Vienne. 


NOVEEBRE    1916  145 

On  affirme  que  800  médecins  allemands  surveillent, 
en  Autriche,  les  conseils  de  revision  et  de  réforme. 

«  L'Allemagne  a  aujourd'hui  deux  fois  plus  de  canons  de 
campagne  et  huit  fois  plus  de  canons  lourds  qu'au  début  de 
la  guerre.  »  {Temps.) 

Les  autorités  autrichiennes  ont  interdit  au  professeur 
Foerster  (de  Munich)  de  faire  une  conférence  à  Vienne. 

On  assure  qu'à  cette  date  100.000  Belges  ont  déjà 
été  déportés  en  Allemagne. 

La  New-York  Tribune  écrit  : 

«  Il  n'est  pas  surprenant  que  la  nation  qui  assassine  des 
femmes  et  des  enfants  belges  réduise  maintenant  les  hommes 
en  esclavage.  La  véritable  signification  de  cet  épisode  belge, 
c'est  qu'il  ne  peut  y  avoir  de  paix  tant  que  l'esprit  respon- 
sable de  ce  crime  dominera  l'Allemagne.  L'Europe  ne  peut 
pas  faire  la  paix  avec  le  gouvernement  d'assassinat  qui  règne 
à  Berlin.  La  Belgique  est  comme  le  sable  de  la  mer  où,  à 
tout  jamais,  on  verra  imprimée  la  trace  des  sabots  de  la 
brute  allemande.  » 

Wilson  a  fait  savoir  à  Berlin  que  les  déportations 
belges  produisaient  un  effet  fâcheux  sur  l'opinion  amé- 
ricaine, très  favorable  à  la  Belgique. 

Aux  Communes,  Lord  Robert  Cecil  déclare  que  ces 
déportations  constituent  un  crime  sans  pareil,  même 
parmi  les  crimes  allemands. 

Le  percement  du  Taurus  sur  la  ligne  de  Bagdad  a  été 
achevé  ce  jour  (?) 

Une  lettre  au  Temps  établit  que  dès  avant  le  3o  juil- 
let 1914.  certainement  dès  le  26  ou  le  26,  les  Allemands 
de  la  région  de  Morhange  savaient  que  la  guerre  était 
décidée. 

A  Paris,  depuis  ce  jour,  les  magasins  doivent  fermer  à 
6  heures,  les  restaurants  à  g'^So. 

Jeudi  16  novembre.  —  Incursion  belge  dans  les 
tranchées  allemandes  de  Dixmude. 

Depuis  lundi,  les  Anglais  ont  fait  6.678  prisonniers. 
Une  division,  qui  n'a  perdu  que  A5o  hommes,  en  a  pris 
i.ooo. 

Une  contre-attaque  allemande  a  repris  du  terrain  à 
l'est  de  la  butte  de  Warlencourt. 

128.    CHRONOLOGIE    DK    I.A    GUERRE  10 


146  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Au  prix  d'une  lutte  très  dure,  nous  avons  repris  Pres- 


soir. 


La  Bulgarie,  à  l'instigation  de  l'Allemagne,  enrôle  de 
force  les  Serbes  et  les  Roumains  de  Macédoine. 

Contrairement  à  la  presse  Italienne,  le  Journal  de 
Genève  affirme  que  l'armée  de  Venizelos  compte  plus 
de  20.000  hommes,  avec  plus  de  1.700  officiers. 

L'amiral  Dartige  du  Fournet,  commandant  de  l'es- 
cadre alliée,  est  l'objet  de  manifestations  enthousiastes 
à  Athènes. 

Dans  la  vallée  de  Jiu,  les  Roumains  ont  dû  reculer 
jusqu'à  la  limite  de  la  zone  montagneuse. 

Bombardement  aérien  des  usines  d'Esch  sur  l'Aizette 
(Luxembourg). 

On  signale  des  sous-marins  allemands  dans  le  golfe 
du  Mexique,  menaçant  le  transport  du  pétrole. 

Dorme  abat  son  16^  avion. 

Les  Dernières  Nouvelles  de  Munich  publient  un  article 
annonçant  l'extension  du  service  obligatoire  à  tous  les 
civils  âgés  de  moins  de  soixante  ans. 

«  Guillaume  organise  l'Allemagne  sur  le  plan  dressé  par 
Karl  Marx.  La  raobilisatiou  civile  comporte  la  socialisation 
des  moyens  de  production.  »  (Latapie,  Liberté.) 

Le  recrutement  polonais  commence  le  22.  On  annonce 
que  les  recrues  seront  versées  dans  l'armée  allemande. 
Bethmann-Hollweg  a  dit  k  la  Commission  du  Reichstag 
que  les  promesses  de  l'Allemagne  à  la  Pologne  étaient 
conditionnelles  et  que,  si  le  recrutement  n'est  pas  satis- 
faisant, l'Empereur  annulera  l'engagement  pris  de  créer 
un  royaume  de  Pologne. 

Apponyl  dit  à  un  journaliste  américain  qu'on  approche  de 
la  paix,  fondée  sur  le  droit  de  chaque  nation  de  vivre,  et  il 
espère  que  Wilson  jouera  le  rôle  de  médiateur.  «  Il  ne  nous 
reste  plus  qu'à  châtier  la  Roumanie.  Cette  tâche  accomplie, 
la  dernière  carte  des  partisans  de  la  guerre  sera  jouée.  »  En 
même  temps,  Radoslavov  dit  à  la  Nouvelle  Presse  Libre  que 
la  paix  viendra  d'Orient;  il  s'étonne  que  l'Amérique  ait 
encore  si  peu  fait  «  pour  mettre  l'Europe  à  la  raison  ». 

Briand  et  Asquith  ont  télégraphié  à  Sturmer   pour 


NOVEMBRE    1916  147 

féliciter  la  Russie  de  sa  déclaration  au  sujet  de  la 
Pologne  :  «  L'union  restauré^  de  la  Pologne  cons- 
tituera un  élément  primordial  du  futur  équilibre  euro- 
péen. »  Cela  veut  dire,  remarque  le  Temps,  que  le 
Mitteleuropa,  au  lieu  d'être  organisé  par  la  Prusse 
contre  l'Europe,  le  sera  par  l'Europe  contre  la  Prusse. 

Conférence  des  Alliés  au  ministère  des  Affaires  étran- 
gères à  Paris  et  au  grand  quartier  général. 

H.  Sienkewicz  est  mort  à  Vevey. 

Vendredi  17  novembre.  —  Les  Italiens  arrêtent 

de  violentes  attaques  autrichiennes. 

On  assure  que  la  population  civile  a  évacué  Trieste, 

Les  Serbes  reprennent,  avec  un  butin  considérable, 
la  cote  I2I2,  que  les  Allemands  avaient  reprise  le  i6. 
Depuis  le  lo,  ils  ont  capturé  3.900  hommes,  dont  i.ooo 
Allemands,  8  canons  lourds,  16  canons  de  campagne. 
Depuis  le  i4  septembre,  ils  ont  pris  71  pièces. 

Les  Bulgares  ont  commencé  à  employer  la  grosse 
artillerie  grecque  prise  par  eux  à  Cavalla,  Drama  et 
Rupel. 

L'Allemagne  refuse  de  rendre  à  la  Grèce  les  troupes 
grecques  internées. 

Des  documents  publiés  à  Salonique  prouvent  que 
chaque  membre  de  la  Ligue  des  Réservistes  reçoit  de 
l'Allemagne  180  drachmes  par  mois. 

Progrès  allemands  dans  les  vallées  de  l'Oltu  et  de 
Jiu  ;  les  Roumains  rétrogradent  au  sud  de  Tirgu-Jiu, 
écrasés  par  la  grosse  artillerie  allemande. 

Deux  nouvelles  divisions  allemandes,  dont  l'une 
venant  de  Dvinsk,  opèrent  dans  la  vallée  de  Jiu. 

A  la  Douma,  les  ministres  de  la  Guerre  et  de  la 
Marine  viennent  serrer  la  main  de  Milioukov,  au  milieu 
d'une  ovation  formidable.  Ils  le  félicitent  d'avoir 
demandé,  au  nom  du  pays  tout  entier,  la  guerre  jus- 
qu'à la  victoire.  C'est  un  coup  droit  porté  à  bturmer. 

On  affirme  qu'une  îigitation  anti-française  se  mani- 
feste en  Chine. 

En  représailles  du  bombardement  d'Amiens,  un  avion 
français  jette  des  bombes  sur  la  gare  de  Munich  et, 


148  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

franchissant  les  Alpes,  descend  près  de  Venise  (700  ki- 
lomètres.) , 

Le  Deiitschland ,  parti  de  New-London  à  i''3o  du 
matin,  coule  son  remorqueur,  noyant  7  marins  améri- 
cains ;  il  a  dû  rentrer  au  port  k  5*^  i5. 

Nouveau  raid  anglais  sur  Ostende  et  Zeebrugge. 

Par  un  télégi'amme  à  l'ambassadeur  de  Russie  à 
Paris,  le  Gouvernement  russe  proteste  formellement 
contre  tous  les  bruits  de  paix  séparée. 

Le  ministre  de  Belgique  à  La  Haye  dit  que  800.000 
Belges  ont  été  déportés  ;  les  Allemands  ont  annoncé 
qu'ils  en  déporteraient  35o.ooo. 

On  télégraphie  de  Washington  que  le  Gouvernement 
est  très  ému  de  la  recrudescence  de  la  campagne  sous- 
marine  et  que  la  patience  du  ministère  Wilson  a  des 
limites.  On  dit  aussi  que  Wilson  veut  protester  contre 
le  bombardement  de  Padoue. 

Quelques  socialistes  allemands  protestent  contre 
toute  loi  qui  rendrait  le  travail  obligatoire. 

D'après  le  Bulletin  municipal  de  Milan,  le  coût  de  la  vie  a 
augmenté  en  Italie  de  3o  °/o,  en  Autriche  de  i48  °/o,  en  Alle- 
magne de  117  0/0,  en  Angleterre  de  65  °/o,  en  France  de 
34  °/o,  en  Norvège  de  71  °\o,  en  Suisse  de  4o  °lo,  en  Dane- 
mark de  46  °/o- 

Sur  le  front  franco-anglais  (64o  kilomètres),  les  Allemands 
ont  129  divisions.  Sur  le  front  oriental  (1.887  kilomètres),  les 
Austro-Allemands  ont  io3  divisions;  sur  le  front  italien 
(480  kilomètres),  82  divisions,  et  40  divisions  sur  d'autres 
fronts.  Les  Allemands,  outre  129  divisions  en  Belgique  et 
en  France,  en  ont  65  sur  le  front  russe,  12  sur  le  front  rou- 
main. Au  total,  l'ennemi  dispose  de  3o6  divisions,  comptant 
au  plus  4-6oo.ooo  hommes  {Journal). 

Samedi  18  novembre.  —  Les  Anglais  avancent 
sur  la  rive  gauche  de  l'Ancre  (750  prisonniers). 

Après  trois  jours  de  combats  acharnés,  les  Roumains 
subissent  un  grave  revers  au  sud  de  Tirgu-Jiu  et  battent 
en  retraite  vers  Craïova.  L'ennemi,  débouchant  dans 
la  plaine  valaque,  atteint  la  route  d'Orsova  à  Craïova. 
Depuis  le  i"  novembre,  les  Allemands  ont  capturé 
20.000  hommes,  26  canons  et  72  mitrailleuses. 


NOVEMBRE    1916  149 

Le  Times  dit  que  les  troupes  russes  aftluent  en  Rou- 
manie, mais  elles  paraissent  y  arriver  trop  tard. 

Repington  estime  que  l'attaque  allemande  contre  la  Vala- 
chie  est  faite  par  24  divisions,  qui  seront  portées  à  3o.  «  Il  n'y 
a  rien,  dit-il,  dans  ces  chiffres  qui  doive  causer  de  l'inquié- 
tude. »  Mais  l'inégalité  est  extrême  en  ce  qui  concerne 
l'armement  et  les  munitions. 

Le  Gouvernement  roumain  nie  d'une  façon  absolue 
que  la  population  civile  roumaine  participe  aux  com- 
bats. Le  but  de  l'assertion  contraire  (allemonde)  est 
d'autoriser  les  massacres  et  les  pillages. 

Les  Russes  ont  abattu,  sur  leur  front  sud-ouest,  un 
grand  dirigeable,  portant  26  hommes,  3  canons, 
2  mitrailleuses  et  3oo  kilos  d'explosifs. 

Les  armateurs  du  remorqueur  coulé  par  le  Deulsch- 
land  demandent  12.000  dollars  de  dommages. 

L'armée  nationale  grecque,  coopérant  avec  les  An- 
glais, a  déjà  fait  4oo  prisonniers  bulgares  et  perdu 
70  tués. 

Premier  train  sur  le  chemin  de  fer  de  la  côte  mour- 
mane,  toujours  libre  de  glaces. 

La  Gennania  condamne  la  campagne  pacifiste  de 
Scheidemann. 

Un  ordre  du  ministère  du  Commerce  d'Autriche  aux 
chambres  de  Commerce  prescrit  que  l'allemand  sera 
désormais  la  langue  commerciale  officielle  de  tout 
l'Empire. 

La  Gazette  de  Cologne  donne  k  prévoir  que  l'Alle- 
magne, dans  la  guerre  sous-marine,  va  répudier  ses 
engagements  envers  les  Etats-Unis. 

La  réponse  de  Lord  Grey  aux  Etats-Unis  sur  la 
question  des  listes  noires  a  produit  une  bonne  impres- 
sion sur  le  public. 

Un  Ordre  en  Conseil  fixe  les  règles  qui  présideront  au 
contrôle  des  vivres  en  Grande-Bretagne. 

On  assure  que  le  Vatican  et  les  neutres  ont  refusé  de 
reconnaître  l'Etat  polonais  avant  la  fin  de  la  guerre. 

La  France,  l'Angleterre  et  l'Italie  remettent  aux 
neutres  une  protestation  contre  la  déclaration  austro- 
allemande  relative  à  la  Pologne.  Ce  n'est  pas  seulement 


150  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

un  acte  nul,  mais  une  nouvelle  marque  de  mépris  à 
l'égard  des  principes  sur  lesquels  repose  l'existence  de 
la  société  des  Etats  civilisés. 

La  Hollande,  à  son  tour,  fait  des  observations  à 
Berlin  sur  la  violation  de  la  Convention  de  La  Haye 
par  la  déportation  de  civils  belges. 

Hauser  (Revue  critique,  p.  828)  proteste  contre  les  projets 
d'annexion  de  la  rive  gauche  du  Rhin,  mais  écrit  :  «  Ce 
n'est  pas  seulement  Liidwigshafen  ou  Cologne,  c'est  Essen  et 
Dùsseldorf  qu'il  faut  mettre  hors  d'état  de  nuire,  qu'il  faut 
ramener  à  leur  rôle  d'ouvriers  de  la  civilisation  industrielle.  » 
[Comment  cela,  sinon  par  la  prohibition  internationale,  inter- 
nationalement contrôlée,  de  la  fabrication  des  engins  de  des- 
truction collective  ?J 

Dimanche  19  novembre.  —  Les  Anglais,  depuis 
le  i3,  ont  fait  7.000  prisonniers. 

L'ne  violente  attaque  autrichienne  est  repoussée  sur 
le  Carso  ;  une  seule  tranchée  italienne  est  perdue. 

Ce  matin  à  8  heures,  jour  anniversaire  de  la  prise  de 
Monastir  par  les  Serbes  en  1912,  les  troupes  de  l'armée 
d'Orient  sont  entrées  dans  la  ville  évacuée.  Monastir 
avait  été  pris  par  les  Bulgares  le  2  décembre  191 5.  On 
a  pu  arrêter  les  incendies  allumés  par  les  Bulgares  à 
Monastir.  Poursuivant  leurs  succès,  les  Alliés  ont  occupé 
Kerklina,  à  2  kilomètres  au  nord  de  la  ville,  et  atteint 
Karaman. 

Des  troupes  italiennes,  engagées  entre  la  plaine  de 
la  Cerna  et  le  lac  Prespa,  ont  avancé  le  long  des 
pentes  est  du  mont  Baba  (200  prisonniers). 

Des  réservistes  à  la  solde  de  l'Allemagne  terrorisent 
les  vénizélistes  à  Larissa  et  boycottent  les  commerçants 
patriotes. 

Le  clergé  polonais  s'oppose  unanimement  au  projet 
allemand  de  lever  une  armée  polonaise. 

La  Suisse  a  refusé  de  reconnaître  le  royaume  de 
Pologne. 

Cent  cinquante  mille  Suisses  adressent  au  Conseil 
fédéral  une  protestation  contre  les  déportations  de 
fcivils  en  Belgique. 

La  Turquie   fait  savoir  a   ses  alliés  et   aux  neutres 


?fOVEMBRE    1916  151 

qu'elle  considère  comme  nuls  les  traités  de  Paris  (i856) 
et  de  Berlin  (1878)  (V'oir  Journal  dé  Genève,  21  no- 
vembre). 

On  dit  que  le  Gouvernement  allemand  va  interdire 
l'emploi  de  domestiques,  réduire  'le  trafic  postal  et  la 
circulation  des  trains. 

A  l'Académie  Sainte-Cécile  à  Rome,  l'orchestre  ayant 
commencé  la  marche  funèbre  de  Siegfried,  un  spectateur 
cria  :  «  C'est  pour  les  victimes  de  Padoue  !  »  Il  fallut  inter- 
rompre le  concert;  le  chef  d'orchestre  fit  exécuter  la  marche 
royale. 

Une  note  officieuse  russe  déclare  que  la  Bulgarie 
sera  châtiée,  mais  que  la  population  sans  défense  sera 
épargnée. 

Le  général  Roques,  venant  de  Salonique,  arrive  à 
Rome  et  part  pour  le  front  italien. 

Claveille  est  nommé  directeur  général  des  Transports 
et  Importations. 

«  Il  faut  mobiliser  encore  i  million  d'hommes,  afin  d'occu- 
per une  grande  partie  du  front  français.  La  France  a  porlé 
le  poids  des  deux  premières  années  de  la  guerre;  l'Angle- 
terre doit  en  porter  le  poids  jusqu'à  la  fin.  »  (Observer.) 

Lundi  20  novembre.  —  Très  vives  actions  d'artil- 
lerie vers  Sallisel  et  Douaumont.  La  ligne  anglaise 
est  violemment  bombardée  au  sud-ouest  de  Grand- 
court. 

Au  nord  de  Monastir,  les  arrière-gardes  ennemies, 
appuyées  par  une  forte  artillerie,  sont  pressées  par  les 
Alliés.  Les  Italiens  repoussent  de  fortes  attaques  au 
sud-ouest  de  Monastir. 

A  la  suite  de  la  chute  de  Monastir,  les  Autrichiens 
rétrogradent  en  Albanie. 

«  La  progression  allemande  en  Roumanie  est  le  revers  de  la 
médaille  que  vient  de  frapper  l'armée  de  Sarrail.  »  (Temps.") 

Nouveau  bombardement  aérien  de  Bucarest. 

On  calcule  à  New-York  que,  pendant  les  vingt-sept 
premiers  mois  de  la  guerre,  les  belligérants  ont  coulé 
1.820  bateaux  (2.829.000  tonnes). 

Discussion   de   la   question  polonaise   à  la    Chambre   des 


152  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Députés  de  Prusse.  Le  ministre  de  l'Intérieur  déclare  que 
pas  un  pouce  de  terre  prussienne  ne  sera  détaché  de  l'Alle- 
magne. Le  socialiste  Strôbel  dit  que  la  prétendue  libération 
de  la  Pologne  n'est  qu'une  annexion  et  réclame  la  paix.  La 
motion  conservatrice  et  nationale-libérale  est  votée  par 
i8o  voix  contre  io4. 

La  Leipziger  Allgemeine  Zeitung  dit  qu'il  est 
nécessaire  à  l'existence  de  l'Allemagne  que  ni  la  Bel- 
gique ni  la  Serbie  ne  soient  rétablies. 

Mardi  21  novembre.  —  François-Joseph  est 
mort. 

«  Cette  mort  marque  la  fln  d'un  règne  détestable.  Soixante- 
huit  ans  d'histoire,  commencée  dans  la  guerre  intérieure, 
finie  dans  la  guerre  étrangère,  voilà  l'œuvre  de  François- 
Joseph.  »  (Temps  du  23.) 

L'Agence  Wolff  dit  que  la  bataille  de  la  Somme  est 
arrivée  à  un  point  mort. 

Les  Français  ont  enlevé  Dobromir,  les  Serbes  Para- 
lovo  (3oo  prisonniers).  Les  Italiens  progressent  à  l'ouest 
de  Monastir.  Les  Bulgares  ont  reçu  des  renforts  alle- 
mands. 

Les  Alliés  établissent  une  zone  neutre  de  5  kilo- 
mètres entre  les  troupes  royales  de  Grèce  et  les  troupes 
nationales.  La  zone  neutre  sera  occupée  par  les  Fran- 
çais et  soumise  à  l'état  de  siège. 

A  la  demande  de  l'amiral  Dartige,  les  ministres  des 
puissances  alliées  ont  quitté  Athènes. 

Un  article  du  Temps  relatif  au  roi  Constantin  est  mutilé 
par  la  censure  ;  mais  la  presse  anglaise  expose  librement  le 
rôle  plus  que  louche  de  ce  souverain. 

Les  Allemands  ont  pris  Craïova,  faisant  un  butin  de 
3oo  wagons. 

«  Les  armées  de  Hindenburg  descendent  vers  le  sud  contre 
la  Roumanie  et  peut-être  plus  loin  encore,  jusqu'à  la  Macé- 
doine. Les  armées  russes  descendent  également  vers  le  sud, 
mais,  pour  mille  raisons,  elles  vont  moins  vite.  »  (Temps.) 

On  apprend  à  Washington  que  Villa  a  massacré 
5o  étrangers,  dont  6  Américains. 

Le  navire-hôpital  Britannic  (de  5o.ooo  tonnes)   est 


NOVEMBRE    1916  153 

coulé  dans  le  canal  de  Zea  ;  56  victimes.  C'était  le  plus 
grand  vapeur  h  flot  (  White  Star). 

Le  Deiitschland,  après  avoir  donné  caution,  a  quitté 
New-London. 

Jagow,  secrétaire  aux  Affaires  étrangères,  démis- 
sionne, alléguant  des  raisons  de  santé. 

Les  journaux  allemands  sont  autorisés  à  discuter  les 
bases  de  la  paix  future. 

Séance  orageuse  à  la  Chambre  française  au  sujet  du 
recensement  de  la  classe  1918,  qui  est  voté  par  45o  voix 
Contre  38  à  la  suite  d'un  comité  secret.  Albert  Favre  a 
déclaré  que  la  France  a  levé  i  homme  sur  6,  l'Angleterre  i 
sur  10,  l'Italie  i  sur  11  et  la  Russie  i  sur  20. 

Le  mark  perd  3o,2i  en  Suisse,  le  franc  11, 35. 

Mercredi  22  novembre.  —  Le  nouvel  empereur 
d'Autriche,  Charles  P''  (il  avait  d'abord  voulu  s'appeler 
Charles  VllI),  prend  la  direction  des  affaires. 

Combats  acharnés  au  nord  et  à  l'est  de  Monastir. 
Les  Serbes  prennent  Rapès. 

Dix  Cretois  de  la  Garde  royale  partent  pour  Salo- 
nique. 

Raid  d'avions  anglais  sur  Zeebrugge. 

Guynemer  abat  son  22^  avion. 

Le  Daily  Mail  dit  que  l'Angleterre  doit  briser  le 
biccus  sous-marin  ou  être  brisée  par  lui. 

«  Homme  sans  cœur,  roi  saus  honneur,  François-Joseph 
emporte  dans  sa  tombe  un  morceau  du  principe  qu'il  incar- 
nait. »  (Latapie,  Liberté.) 

On  déclare  en  Russie  qu'entre  le  i*""  octobre  et  la  fin 
de  l'année,  l'armée  russe  s'augmentera  de  i.5oo.ooo 
recrues. 

«  La  Suisse  est  prise  entre  deux  adversaires  qui  se  battent  à 
mort.  Et  comme  ils  se  montrent  chaque  jour  plus  acharnés, 
la  situation  devient  aussi  plus  difficile.  Quoi  qu'elle  fasse, 
elle  éveille  leur  défiance  et  leurs  soupçons.  »  (Journal  de 
Genève.) 

Jeudi  23  novembre.  —  Proclamation  de  l'empe- 
reur Charles.  Il  fera  tout  en  son  pouvoir  pour  rétablir 


154  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

la  paix  assurant  l'existence  et  le  développement  de  la 
monarchie,  mais  poursuivra  la  lutte  jusqu'à  ce  qu'il 
l'obtienne. 

Cinq  nouvelles  divisions  autrichiennes  sont  arrivées 
dans  le  Trentin. 

Le  prince  héritier  de  Serbie  et  le  général  Sarrail 
font  leur  entrée  solennelle  à  Monastir,  où  se  sont  ins- 
tallées les  autorités  serbes.  La  Serbie  libérée  mesure 
actuellement  1.200  kilomètres  carrés. 

Les  communications  entre  Valona  et  le  secteur  de  la 
Tcherna  sont  assurées  par  la  police  italienne;  la  po- 
pulation a  contribué  à  la  construction  des  routes. 

L'amiral  Dartige  avise  les  consuls  et  directeurs 
d'écoles  des  puissances  hostiles  d'avoir  à  quitter 
Athènes  avec  leur  personnel. 

Venizelos  proteste  contre  le  régime  de  terreur  établi 
par  les  tribunaux  royaux  en  Thessalie.  Quatorze  habi- 
tants de  Grevena  ont  été  jetés  en  prison,  sous  l'inculpa- 
tion de  haute  trahison,  pour  avoir  exprimé  l'intention 
de  se  joindre  au  mouvement  national. 

Les  Bulgares  passent  le  Danube  vers  Zimnicea  et 
marchent  vers  Bucarest.  Les  Austro-Allemands  pren- 
nent Orsova  et  Turnu-Severin,  menaçant  d'envelopper 
les  troupes  roumaines  de  cette  région.  Les  Roumains 
reculent  sur  l'Oltu.  L'avance  russo-roumaine  en  Do- 
brudja  perd  toute  importance  par  suite  de  ces  fâcheux 
événements.  Le  Temps  écrit  que  l'on  ne  peut  plus  comp- 
ter que  sur  les  Russes  pour  sauver  la  Roumanie. 

On  dit  à  Petrograd  que  les  Turcs  ont  massacré  les 
six  mille  Arméniens  de  Sivas. 

Un  second  navire-hôpital  anglais,  le  Braemar-Castle, 
est  coulé  dans  le  canal  de  Mykonos  ;  peu  de  victimes. 

Le  chargé  d'affaires  des  États-Unis  à  Berlin  présente 
au  ministère  allemand  des  Affaires  étrangères  une 
demande  d'enquête  au  sujet  de  quatre  vapeurs  récem- 
ment coulés  sans  avertissement. 

Vendredi  24  novembre.  — Frappé  d'une  disgrâce 
trop  longtemps    attendue,  Sturmer  est   remplacé   par 


NOVEMBRE    1916  155 

l'énergique  Trepov,  ministre  des  Voies  et  Communica- 
tions, et  reçoit  un  titre  de  cour. 

Violente  lutte  d'artillerie  sur  les  deux  fronts  de  la 
Somme,  s'étendant  aux  environs  d'Armentières  et 
d'Ypres  et  même  au  front  belge. 

Le  Gouvernement  de  Salonique  déclare  la  guerre  à 
la  Bulgarie  et  à  l'Allemagne,  pour  assurer  aux  volon- 
taires grecs  la  qualité  de  belligérants. 

Les  Roumains  reculent  sur  la  rive  gauche  de  l'Ol- 
tetza,  affluent  de  l'Oltu.  Près  de  Gigen,  de  Lom  et  de 
Vidin,  les  Bulgares  occupent  les  îles  du  Danube.  Les 
troupes  de  Mackensen  ont  aussi  passé  le  fleuve  sur 
plusieurs  points. 

Les  Allemands  télégraphient  aux  Etats-Unis  :  «  Falken- 
hayn  s'avance  en  Yalachie,  grenier  de  la  Roumanie  ;  la  pos- 
session du  chemin  de  fer  de  Craiova  à  Orsova  et  Temesvar 
lui  servira  à  transporter  le  blé  roumain  en  Allemagne; 
Sarrail  n'y  pourra  rien.  »  Mais  il  est  avéré  que  les  Roumains, 
en  se  retirant,  détruisent  une  grande  partie  des  stocks  de  blé. 

Des  avions  anglais  bombardent  les  hauts  fourneaux 
de  Dillingen. 

Dans  la  nuit  du  28  au  24,  raid  de  6  destroyers  alle- 
mands vers  l'Angleterre  ;  ils  tirent  douze  coups  sans 
effet  et  reprennent  le  large. 

Zimmermann  remplace  Jagow  aux  Affaires  étran- 
gères. 

Un  radio  adressé  de  Berlin  à  Washington  parle  delà 
tension  survenue  entre  les  deux  Gouvernements  par 
suite  des  réclamations  des  État.s-Unis  au  sujet  de  la 
guerre  sous-marine. 

On  assure  que  l'Angleterre,  se  suffisant  à  elle-même, 
a  retiré  des  commandes  de  munitions  faites  aux  États- 
Unis. 

Le  Pape  télégraphie  à  la  reine  de  Roumanie  pour 
exprimer  sa  réprobation  au  sujet  du  bombardement 
aérien  du  palais  royal,  alors  heureusement  vide. 

Le  Neio-York  Times  commence  la  publication  d'une 
série  d'articles,  demandant  qu'on  mette  fin  au  conflit 

fiar  un  règlement  international  auquel  prendraient  part 
es  États-l'iiis. 


156  CHRONOLOGIE    DE    L\    GUERRE 

Samedi  25  novembre.  —  Les  Roumains  défen- 
dent la  rive  orientale  de  l'Oltu.  Les  Allemands  ont 
atteint  la  région  entre  Slatina  et  Dragasani.  Dix  batail- 
lons roumains,  à  peu  près  cernés,  se  défendent  dans 
les  montagnes  boisées  au  nord  de  Turnu-Severin. 

Un  décret  espagnol  prohibe  l'exportation  des  den- 
rées alimentaires. 

Le  général  Alexeiev,  chef  d'État-major,  prend  un 
congé  de  santé  (?)  de  deux  mois. 

Une  revue  américaine,  The  New  Republic,  publie 
un  article  demandant  que  les  belligérants  précisent 
leurs  buts  de  guerre.  «  Si  cette  gueiTe  doit  vraiment 
avoir  pour  effet  une  entente  contre  la  guerre,  cette 
moisson  doit  être  rentrée  sans  délai.  Les  belligérants 
risquent  de  perdre  tout  point  de  contact  ;  c'est  au  Gou- 
vernement américain  à  le  rétablir.  »  Cet  article  est  le 
canevas  de  la  note  envoyée  le  mois  suivant  par  Wilson 
{New-York  Herald,  27  décembre). 

Dimanche  26  novembre.  — Au  nord  de  Monastir, 
les  Français  et  les  Serbes  prennent  la  cote  io5o  et 
brisent  de  violentes  attaques. 

Les  Roumains  ont  abandonné  la  ligne  de  l'Oltu  et 
reculent  sans  combattre. 

Mackensen  et  Falkenhayn  se  sont  rejoints  vers 
Alexandria  et  marchent  sur  Rucarest.  Comme  Mac- 
kensen a  dégarni  la  Dobrudja,  les  Russes  y  progres- 
sent. 

Un  sous-mai'in  allemand,  au  nord-ouest  de  Lisbonne, 
torpille  le  cuirassé  Sujfren,  qui  est  perdu  corps  et 
biens. 

Le  Journal  de  Genève  demande  que  la  Suisse  pro- 
teste auprès  de  l'Allemagne  contre  les  déportations 
belges.  «  Un  envoyé  suisse  auprès  de  Louis  XIV,  en  se 
présentant  au  monarque,  lui  rappela  qu'il  y  a  un  Dieu 
au-dessus  des  rois.  » 

Lundi  27  novembre.  —  La  situation  des  Rou- 
mains est  très  somîire.  Les  Allemands  marchent  sur 
Curtea,  menaçant  de  tourner  les  défenses  de  Campo- 


NOVEMBRE    1916  157 

Iiing  et  de  Dragoslavele.  Mackensen  a  atteint  Rosu  sur 
la  Vedea,  à  80  kilomètres  de  Bucarest. 

«  Les  faits  ont  pris  un  caractère  de  gravité  que  les  plus 
optimistes  auraient  peine  à  contester...  On  attend  une 
bataille  de  la  Marne.  Mais  la  bataille  de  la  Marne  a  été  dé- 
terminée par  une  intervention  latérale;  nous  ne  pouvons 
dire  encore  si  celte  intervention  est  proche,  ni  le  point  sur 
lequel  elle  doit  s'exécuter.  »  (Rousset,  Liberté.) 

Du  25  au  27.  les  Russes  battent  les  Turcs  et  les 
rejettent  sur  la  rive  gauche  du  Kara-Sou  (Perse),  pre- 
nant 2  canons. 

Les  Turcs  ont  occupé  deux  villages  à  10  kilomètres 
au  sud  de  Van. 

Entre  10  et  11  heures,  des  dirigeables  survolent  les 
comtés  de  York  et  de  Durham  ainsi  que  les  comtés 
centraux  du  nord.  Deux  sont  abattus  (4 1^  raid). 

Le  Karnak  (Messageries  Maritimes)  est  coulé  sans 
avertissement;  les  passagers  sont  saufs. 

L'empereur  Charles  a  gracié  le  député  tchèque 
D"^  Kramarz  et  ses  coaccusés,  condamnés  à  mort. 

Depuis  le  i5,  à  Metz  et  à  Strasbourg,  tous  les  hom- 
mes de  dix-sept  à  soixante  ans  ont  dû  s'enrôler  pour  la 
fabrication  des  munitions. 

Le  poète  belge  Emile  Verhaeren,  revenant  de  faire 
une  conférence  à  Rouen,  monte  dans  un  train  en 
marche,  tombe  et  est  broyé. 

Mardi  28  novembre.  —  Violent  bombardement 
des  lignes  anglaises  au  nord  d'Ypres. 

Obus  autrichiens  sur  Gorizia. 

Progrès  des  Serbes  et  des  Français  à  l'est  et  au  nord- 
ouest  de  Monastir  ;  mais  la  résistance  bulgare  devient 
toujours  plus  énergique. 

A  la  suite  du  refus  du  Gouvernement  d'Athènes 
(fondé  sur  l'état  de  l'opinion  !)  de  remettre  à  l'Entente 
des  armes  et  des  munitions  équivalentes  à  celles  qui  ont 
été  livrées  aux  Bulgares,  l'amiral  Dartige  a  réitéré  sa 
demande  sous  forme  d'ultimatum  et  interdit  tout  trans- 
port de  matériel  en  dehors  d'Athènes. 

La    Chambre  des   Communes,    dans    les    questions 


158  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

posées  aux  ministres,  s'est  montrée  très  mal  disposée 
pour  le  Gouvernement  du  roi  de  Grèce. 

Les  Bulgares  occupent  Giurgevo.  Le  Gouvernement 
roumain  et  les  légations  se  transportent  à  Jassy. 

Les  Russes  attaquent  et  progressent  à  l'est  de  Kirili- 
baba  (700  prisonniers). 

Les  Portugais,  attaqués  par  2.000  Allemands  au 
Mozambique,  ont  dû  évacuer  un  fortin. 

Dans  la  journée  (pour  la  première  fois)  un  avion 
allemand  survole  Londres  et  blesse  neuf  personnes  ; 
cet  avion  est  descendu  au  retour  près  de  Dunkerque. 

Un  grand  sous-marin  allemand  attaque  les  chalutiers 
de  la  Manche  et  en  coule  trois. 

Arrivé  le  matin  à  Vienne,  Guillaume  II  a  prié  près 
du  cercueil  de  François-Joseph  et  a  quitté  la  ville  le 
soir,  souffrant  d'un  refroidissement  (ou  pour  une  cause 
politique).  Il  n'assistera  pas  aux  obsèques. 

Les  Dernières  Nouvelles  de  Munich  publient  un  long 
article  sur  les  buts  allemands  delà  guerre  :  Gourlande, 
partie  de  la  Belgique  avec  Ostende,  bassin  de  Briey. 

La  Chambre  française  se  réunit  poiir  la  seconde  fois 
en  comité  secret. 

Mercredi  29  novembre.  —  Les  Bulgares  ont 
repris  quelques  tranchées  au  nord-ouest  de  Grunitza, 
mais  ont  été  repoussés  ailleurs. 

Les  Allemands  ont  pris  Pitesti  en  Roumanie.  Des 
combats  violents  se  livrent  dans  les  vallées  de  Buzeu 
et  de  Prahova,  ainsi  que  sur  le  Glavaciocu,  affluent  de 
l'Arges  (sud  de  Bucarest).  Les  journaux  autrichiens 
annoncent  l'arrivée  de  contingents  russes  devant  Bu- 
carest ;  on  prétend  aussi  que  le  grand-duc  Nicolas  prend 
le  commandement  de  i3  corps  destinés  à  secourir  la 
Roumanie. 

Les  Russes  prennent  le  mont  Koura-Roukaka  dans 
les  Carpathes  boisées  et  progressent  (est  de  Kirilibaba). 

Les  Etats-Unis  protestent  à  Berlin,  «  amicalement, 
mais  solennellement  »,  contre  la  déportation  des  Belges. 
Le  cardinal  Mercier  vient  de  démontrer  que  ces  dépor- 
tations sont  purement  arbitraires  et  que,  contrairement 


NOVEMBRE    1916  159 

aux  assertions  allemandes,  on  ne  déporte  nullement  les 
chômeurs. 

Au  Reichstag,  le  Chancelier  et  le  ministre  de  la 
Guerre  exposent  le  projet  de  mobilisation  des  civils. 
Le  Chancelier  affirme  de  nouveau  que  l'Allemagne  est 
prête  à  une  paix  assurant  son  existence  et  son  avenir, 
mais  que  ses  ennemis,  supérieurs  en  nombre,  recevant 
des  munitions  du  monde  entier,  ne  veulent  pas  encore 
entendre  parler  de  paix. 

Trepov  télégraphie  aux  ministres  de  l'Entente  pour 
affirmer  la  volonté  russe  de  lutter  jusqu'à  la  victoire. 

L'amiral  Jellicoe  est  nommé  Lord  naval  et  remplacé 
par  l'amiral  Beatty  au  commandement  de  la  grande 
flotte  anglaise. 

Vandervelde  fait  appel  aux  socialistes  du  monde 
entier,  en  vue  d'une  protestation  universelle  contre  les 
déportations  en  masse  de  Belges. 

Jeudi  30  novembre.  —  Le  Kronprinz  abandonne 
le  commandement  de  l'armée  de  Verdun  (ordre  du  jour 
publié  dans  le  Matin  du  26  décembre). 

Combats  violents  en  avant  de  Monastir  vers  Gru- 
nitza.  Le  colonel  Popovitch  est  tué. 

Lîn  transport  amène  au  Pirée  i.5oo  soldats  alliés. 

Le  soir,  les  troupes  royalistes  et  des  apaches  sou- 
doyés commencent  à  s'agiter  dans  Athènes. 

Les  Allemands  mettent  en  position  leur  artillerie 
contre  les  forts  de  Bucarest. 

Les  Russes  attaquent  l'aile  gauche  bulgare  dans  la 
Dobrudja  et  perdent  2  automobiles  blindées.  Ils  atta- 
quent aussi  avec  violence  sur  la  frontière  moldave. 

Il  est  avéré  que  les  Bulgares  distribuent  des  balles 
dum-dum. 

D'après  Repington,  les  Roumains  disposeraient  de 
20  divisions  contre  i5,  mais  leur  artillerie  est  très 
faible.  Il  se  confirme  que  Mackensen  a  essuyé  de 
grandes  pertes  au  passage  du  Danube. 

Violemment  contre-attaques,  les  Russes  ont  dû 
évacuer  le  mont  Koura-Roukaka  (près  de  Kirilibaba). 

Les  fils  d'Ali  Dinar,  ex-sultan  du  Darfour,  ayant  fait 


160  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

leur  soumission,  la  révolte  est  considérée  comme  finie. 

On  a  découvert  k  Samos  une  station  de  ravitaillement 
pour  sous-marins. 

Pendant  le  mois  de  novembre,  la  Norvège  a  perdu 
19  navires  (33. 000  tonnes). 

Funérailles  de  François-Joseph  à  Vienne  ;  le  Kron- 
prinz  allemand  y  assiste. 

Le  Reichstag  vote  en  première  lecture  la  loi  de  la 
levée  en  masse  civile. 

«  ABn  de  n'avoir  à  craindre  aucune  surprise  des  masses,  le 
Gouvernement  allemand  les  confond,  sans  distinction  d'âge 
ni  de  sexe,  dans  son  immense  organisation  militaire.  » 
{Temps.) 

Bethmann-Hollweg,  parlant  à  un  journaliste  améri- 
cain, dit  que  l'Allemagne  est  d'accord  avec  Asquith  et 
Wilson  pour  la  réorganisation  de  la  société  des  nations. 
Puisqu'on  est  d'accord  en  théorie,  pourquoi  ne  pas 
s'entendre  en  pratique  ?  L'Amérique  aurait  un  beau 
rôle  à  jouer. 

On  fait  observer  {Temps  du  i""  décembre)  qu'alors 
que  Scheidemann  et  d'autres  font  mine  de  demander 
une  paix  blanche,  les  journaux  allemands  les  plus 
influents  continuent  à  réclamer  Liège,  Naraur,  Os- 
tende  et  Briey,  «  un  don  de  la  nature  auquel  nous  ne 
pouvons  renoncer  ». 

La  Turquie  retire  lautorisation  donnée  à  des  cen- 
taines d'Américains  de  quitter  la  Syrie  par  Jaffa. 

Lansing  dit  que  Wilson  ne  donnera  jamais  son  consen- 
tement à  une  loi  interdisant  des  exportations  pour  les 
Alliés. 

L'Angleterre  refuse  le  sauf-conduit  demandé  par  les 
États-Unis  pour  le  nouvel  ambassadeur  d'Autriche  à 
Washington. 

Les  germanophiles  d'Espagne  invitent  le  Pape  à 
quitter  le  Vatican  pour  l'Escurial. 

On  parle  en  Hollande  d'une  sanglante  révolte  à  Anvers. 

A  la  clôture  du  congrès  biennal  des  évêques  améri- 
cains, l'opinion  a  été  exprimée  que  l'Amérique  devrait 
sortir  de  sa  neutralité  pour  combattre  le  crime  et  la  • 
barbarie,  ce  qui  serait  du  véritable  patriotisme. 


DÉCEMBRE    1916  161 


DECEMBRE    1916 


Vendredi  1"  décembre.  —  Les  Serbes  repoussent 
une  attaque  violeute  au  nord  de  Grunitza. 

Guet-apens  athénien.  Des  mai-ins  allies  s'étant  rendus 
a  Athènes  sont  assaillis  traîtreusement  au  Zappeion  et 
ailleurs;  des  canons  et  des  mitrailleuses  dissimulés  en 
tuent  et  en  blessent  i3/i  (Français  et  Anglais).  L'amiral 
Dartige,  cerné  avec  quelques  hommes,  est  obligé  de 
parlementer.  Vers  6  heures,  des  obus  sont  tirés  du 
Pirée  vers  le  palais  royal,  où  le  Roi  est  en  conférence 
avec  les  ministres  de  l'Entente.  Les  Alliés  évacuent 
Athènes,  reprenant  ceux  des  leurs  qui  ont  été  faits 
prisonniers;  la  ville  reste  au  pouvoir  du  Roi,  de  ses 
ministres  et  des  réservistes. 

Les  Roumains  sont  i^efoulés  jusqu'à  la  rivière  Arges, 
mais  repoussent  les  Bulgares  au  sud  de  Bucarest. 

Les  Russes  prennent  la  portée  est  du  pont  de  Cerna- 
voda. 

Une  nouvelle  offensive  des  Russes  les  ramène  à  Kiri- 
libaba(i.ooo  prisonniers)  et  leur  rend  la  première  ligne 
à  l'ouest  de  Kimpolung  (5oo  prisonniers). 

Lloyd  George  demande  à  Asquith  de  constituer  un 
comité  de  la  guerre  composé  de  quatre  membres  seule- 
ment. Asquith  n'est  pas  lavorablc  à  ce  projet. 

Pour  mettre  fin  aux  difficultés  ouvrières  dans  le  pays 
de  Galles,  le  Gouvernement  anglais  place  les  mines 
de  celte  région  sous  son  contrôle  direct. 

Le  grand-duc  Boris,  envoyé  du  Tsar,  arrive  à  Téhéran. 

Goyau,  dans  la  Revue  des  Deux  Mondes,  étudie  la 
conduite  du  clergé  français  pendant  la  guerre  ;  un  tiers 
de  ses  membres  a  été  mobilisé. 

Les  pertes  allemandes  atteignent  3.94''^-ooo  hommes 
(sans  les  malades). 

Une  nouvelle  estimation  porte  à  3i4  le  nombre  des 

128.    CHRONOLOOIK    DE    LA    GUERRE  11 


162  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

divisions  ennemies.  Sur  le  front  roumain,  il  y  en  aurait 
29,  dont  12  allemandes,  11  autrichiennes,  [\  bulgares, 
2  turques.  11  y  a  128  divisions  allemandes  sur  le  front 
occidental;  108  (dont  65  allemandes  et  2  turques)  sur 
le  front  russe  ;  89  (autrichiennes)  sur  les  fronts  d'Italie 
et  d'Albanie. 

Samedi  2  décembre.  —  Gros  obus  sur  Nancy. 

Les  Serbes  enlèvent  des  hauteurs  au  nord  de  Grunitza. 

Lambros  a  dit,  la  veille  au  soir  :  «  Nous  allons  pro- 
céder à  une  petite  opération  intérieure,  qui  ne  concerne 
pas  les  étrangers.  »  Cette  opération,  dite  Vêpres  athé- 
niennes ou  Saint-Barthélémy  vénizéliste,  a  duré  toute 
la  journée;  des  violences  ont  été  commises  par  les 
apaches  contre  les  vénizélistes,  et  leurs  biens  mis  au 
pillage.  Beaucoup  d'hommes  de  la  plus  haute  distinc- 
tion ont  été  traînés  à  travers  les  rues  et  jetés  en  prison. 
La  fusillade  a  duré  toute  l'après-midi.  Un  inconnu  a 
noué  un  mouchoir  autour  des  yeux  de  la  statue  de 
Byron  (Voir,  sur  ces  incidents.  Journal  de  Genève, 
21  janvier  191 7). 

Embargo  a  été  mis  sur  les  navires  grecs  dans  les 
ports  alliés.  Le  ministre  de  Grèce  a  Paris  a  télégraphié 
sa  démission  au  Gouvernement  royal. 

2.000  soldats  grecs  ont  prêté  serment  à  Lesbos  au 
Gouvernement  national. 

Une  bataille  dans  la  vallée  de  l'Arges  se  poursuit  au  dé- 
savantage des  Roumains.  Les  liusso-Roumaius  gagnent 
du  terrain  au  sud  de  Bucharest  et  prennent  20  canons; 
mais  c'est  un  succès  éphémère.  Sur  le  front  de  Tran- 
sylvanie, les  Russes  prennent  Sulta  (800  prisonniers). 

Une  conversation  de  Hindenburg  avec  un  journaliste 
pi'ouve  que  l'armée  allemande  de  Roumanie  est  formée 
d'i.mités  retirées  des  tranchées  sur  les  autres  fronts. 

Reprise  de  la  séance  de  la  Douma.  L'extrême  droite 
attaque  Trepov,  l'accusant  d'avoir  l'ait  partie  du  minis- 
tère Sturmer;  il  se  défend  par  un  discours  où  il  rejette 
toute  idée  de  paix  séparée  ou  prématurée.  La  Russie 
mènera  la  guerre  jusqu'à  la  fin  ;  elle  brisera  pour  tou- 
jours le  joug  allemand  ;  mais  il  faut  encore  d'immenses 


DÉCEMBRE    1916  163 

efforts.  La  lutte  contre  l'Allemagne  ne  doit  pas  seule- 
nieut  être  militaire,  mais  politique  et  sociale.  Il  faut 
reconstituer  la  Pologne  libre  dans  ses  frontières  ethno- 
graphiques et  dans  une  union  définitive  avec  la  Russie. 
11  faut  à  la  Russie  les  clefs  du  Bosphore  et  Constan- 
tijiople,  suivant  les  arrangements  conclus  avec  les 
Alliés  en  191 5,  avec  liberté  de  navigation  pour  le 
pavillon  roumain.  «  La  victoire  finale  est  à  nous; 
marchons  unis  au-devant  do  la  victoire!  » 

Dans  la  même  séance,  réaction  violente  contre  le 
mini.stère  Sturmer,  on  attaque  aussi  Protopopov,  traité 
de  germanophile  ;  Pourichkevitch  (extrême  droite)  ad- 
jure les  ministres  de  dessiller  les  yeux  du  Tsar,  afin 
de  ne  pas  permettre  que  les  destinées  du  pays  soient 
dirigées  par  des  gens  à  la  solde  de  l'Allemagne. 

Commencement  d'un  recensement  général  en  Alle- 
magne. 

L'Allemagne,  comme  la  France  et  peut-être  davan- 
tage, souffre  d'une  crise  de  transports,  due  à  la  néces- 
sité de  tout  transporter  par  voie  de  terre  ;  il  en  résulte 
une  ".rise  du  charbon  qui,  malgré  l'abondance  du  com- 
bustible, pèse  sur  toutes  les  industries  (Voir  les  détails 
donnés  dans  le  Temps,  27  décembre). 

Le  Reichstag  adopte  en  troisième  lecture  la  loi  de  la 
levée  en  masse  ;  seuls  les  socialistes  dissidents  ont  vote 
contre. 

Harden  (Zukiinff)  dit  que  Jagow  a  toujours  été 
opposé  à  la  guerre  sous-marine  sans  restriction,  comme 
k  la  déportation  des  Français  et  des  Belges  ;  aussi  a-t-il 
dû  se  retirer. 

Lettre  d'une  lectrice  à  la  Liberté  : 

«  Un  vent  veau  on  ne  sait  d'oij,  et  qui  pue  l'Allemagne,  un 
vent  asphyxiant,  démoralisant^  souffle  depuis  quelques  jours. 
On  se  tâte,  on  s'énerve,  on  dit  :  Ça  ne  va  pas.  » 

Dimanche  3  décembre.  —  Coup  de  main  anglais 
à  l'est  d'Ypres.  Grande  activité  des  artilleries  dans  cette 
région. 

Les  Italiens  gagnent  3oo  mètres  sur  le  Garso. 

Beaucoup    de   vénizélistes    sont    enfermés    dans    la 


164  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

prison  Aweroff  à  Athènes.  Le  général  Dousmanis  et  le 
colonel  Metaxas.  dont  l'Entente  avait  obtenu  l'éloigne- 
ment,  ont  repris  leurs  fonctions  à  la  tète  de  l'Etat-major. 
Le  Gouvernement  grec  offre  à  l'Entente  6  batteries  de 
montagne;  mais,  après  le  guet-apens  du  i*""  décembre, 
les  ministres  alliés  déclarent  qu'il  ne  s'agit  plus  d'une 
remise  de  matériel. 

Les  Allemands  ont  gagné  la  bataille  de  l'Arges, 
prenant  8.000  hommes  et  35  canons.  Ils  avancent  au 
sud  de  Bucarest.  Les  troupes  roumaines  sont  mena- 
cées d'encerclement. 

Il  est  avéré  que  des  agents  allemands  ont  répandu 
les  microbes  de  la  morve  et  du  charbon  parmi  les  ani- 
maux de  l'armée  roumaine  {Temps  du  G). 

Le  général  Blume  (Tagesceitiing)  demande  l'annexion 
de  la  Valachie  aux  Empires  centraux. 

Les  Russes  reperdent  deux  hauteurs  au  nord  du 
Trotus.  Dans  les  Carpathes  boisées,  ils  emportent  une 
colline  a  3  kilomètres  sud-ouest  de  Yablonitza. 

Les  Carranzistes  reprennent  Chihuahua  (Mexique). 

Des  sous-marins  allemands,  entrant  dans  le  port  de 
Funchal  (Madère),  torpillent  un  transport  français  et  un 
cargo  anglais.  Après  le  torpillage,  les  sous-marins  ont 
canonné  la  ville,  mais  ont  été  mis  en  fuite  par  les 
batteries  de  terre. 

L'empereur  Charles  prend  le  commandement  suprême 
des  armées  autrichiennes. 

Llovd  George  offre  sa  démission  àAsquith. 

Les  ouvriers  belges  restés  dans  les  provinces  occu- 
pées adressent  un  émouvant  appel  aux  ouvriers  du 
monde  entier  (Temps  du  6). 

Maurice  Barres  dit,  à  l'anniversaire  de  la  bataille  de 
Champigny  : 

('  La  caractéristique  de  cet  automne  est  la  présence  de 
l'armée  allemande  en  notables  proportions  sur  tous  les 
fronts,  sauf  l'italien  ;  de  plus  en  plus  s'avère  l'incapacité  de 
l'Allemagne  à  se  suffire...  Ce  qui  reste  à  parfaire,  c'est  la 
mise  en  commun  des  hommes,  aussi  bien  que  du  matériel.  » 

Wilsona  pris  la  parole  à  une  fête  franco-américaine, 
la  première  fois  depuis  son  élection  : 


DÉCEMBRE    1916  165 

«  La  liberté  seule  peut  apporter  la  paix  au  monde.  La  paix 
sera  impossible  tant  que  la  destinée  des  hommes  sera  déter- 
minée par  de  petits  groupes  de  personnes  qui  peuvent 
imposer  leur  volonté  à  tous.  » 

L'ambassadeur  de  France  a  été  l'hôte  de  Wil.son 
sur  le  Mayjlower  ;  la  statue  de  Bartholdi  était  illuminée. 

Lundi  4  décembre.  —  Uu  violent  coup  de  main 
au  sud  de  Loos  est  repoussé  par  les  Anglais. 

Sur  le  iront  de  Macédoine,  les  Alliés  ont  pris 
5  canons  et  3  obusiers. 

Le  Gouvernement  de  Salonique  proteste  contre  l'at- 
tentat commis  à  Athènes  par  les  troupes  royales.  Plu- 
sieurs ministres  et  consuls  de  Grèce  à  l'étranger 
donnent  leur  démission. 

Les  Russes  perdent  des  tranchées  au  sud  de  Voro- 
nejka  (Carpathes  boisées). 

Nunqesser  abat  son  20*  avion. 

On  signale,  dans  le  nord  de  l'Atlantique,  un  corsaii^e 
allemand  maquillé  en  cargo. 

La  proposition  de  Lloydf  George  en  vue  de  la  forma- 
tion d'un  conseil  de  guerre  restreint  paraît  devoir  être 
acceptée. 

Le  ministre  des  Affaires  étrangères  de  Hollande  dit 
que  des  représentations  écrites  ont  été  envoyées  à 
1  Allemagne  au  sujet  de  la  déportation  des  Belges. 

Le  Vorwârts  dit  que  l'Allemagne  ne  réussira  pas 
à  vaincre  ses  ennemis  assez  complètement  pour  leur 
dicter  les  conditions  delà  paix;  mais  elle  peut  et  doit 
empêcher  la  défaite  allemande,  en  maintenant  la  fabri- 
cation des  munitions  k  la  hauteur  de  celle  de  ses  adver- 
saires. 

Le  Pape,  dans  un  consistoire,  proteste  discrètement 
contre  les  déportations  de  citoyens  pacifiques,  les 
incursions  aériennes  sur  des  villes  ouvertes  et  toutes 
les  horreurs  commises  sur  terre  et  sur  mer. 

Mardi  5  décembre.  —  Vaine  attaque  allemande 
sur  le  village  de  Vaux. 

La   terreur  règne   à   Athènes;    les   communications 


166  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

avec  Salouique  sont  intciTumpues.  A  Janina  et  k 
Larissa,  les  réservistes  se  livrent  à  des  violences  contre 
les  vénizélistes. 

Les  Allemands  occupent  Sinaïa  et  demandent  la 
reddition  de  Bucarest  dans  les  vingt-quatre  heures. 

Les  troupes  roumaines  qui  défendaient  Orsova, 
s'étant  glissées  le  long  du  Danube,  ont  tenté  de  forcer 
le  passage  de  l'Oltu  ;  elles  ont  perdu  i  .600  prisonniers 
et  4  canons  et  sont  désormais  cernées. 

La  Suède  réclame  de  l'Allemagne  la  libération  du 
navire  Reserv,  saisi  avec  sa  cargaison. 

Kôrber,  premier  ministre  autrichien,  dit  au  jour- 
naliste américain  Wiegand  que  l'Amérique  ne  doit  pas 
seulement  contribuer  k  la  conclusion  de  la  paix,  mais 
résoudre  le  problème  de  la  pacification  universelle. 

Les  journaux  allemands  aifîrment  de  nouveau  (par 
ordre)  leurs  appétits  annexionistes,  alléguant  que  les 
pays  allemands  doivent  pourvoir  à  leur  défense  en  vue 
d'une  guerre  future. 

L'Auto  publie  une  lettre  d'an  évadé  d'Allemagne,  réfugié 
en  Suisse.  Des  officiers  allemands  disent  que  l'Allemagne 
lancera,  avant  le  printemps,  2  millions  d'hommes  contre 
Verdun,  pour  en  finir  avec  la  France  ;  ils  appellent  cela  le 
Teufelsdrong  /lach  Paris. 

Le  Cabinet  Asquith  est  démissionnaire. 

Le  chancelier  de  l'Echiquier  annonce  aux  Communes 
qu'un  accord  a  été  conclu  pour  l'émission  de  100  mil- 
lions de  yen  de  bons  du  Trésor  anglais  au  Japon,  afin 
de  faciliter  les  règlements  anglais  aux  États-Unis. 

Dépenses  de  guerre  anglaises  :  en  1914-1910,  9  mil- 
liards 5o  millions;  igiô-igiG.  35  milliards  5oo  mil- 
lions; 1916-1917,  43  milliards  750  millions.  Total  : 
go  milliards. 

Le  Board  of  Trade  publie  un  ordre  restreignant  le 
luxe  des  repas  à  partir  du  18  décembre. 

Rodzianko,  président  de  la  Douma,  insulté  par  un 
membre  de  l'extrême  droite,  donne  sa  démission,  mais 
est  réélu  aussitôt  par  sôô  voix  contre  26. 

Enver  aurait  dit  au  Parlement  ottoman  que  l'offensive 
sur  rr_,g\^te  n'était  pas  abandonnée. 


DÉCEMBRE    1916  167 

L'agent  commercial  de  l'ambassade  russe  à  New- 
Vork  dépose  une  plainte  au  sujet  d'une  grande  explosion 
qui  a  fait  i.ooo  victimes  dans  le  port  d'Arkhangel  ;  elle 
a  été  causée  par  des  bombes,  qui,  à  New- York,  avaient 
été  traîtreusement  mêlées  à  la  cargaison. 

Les  Alliés  protestent  solennellement  contre  la  dépor- 
tation des  Belges. 

Le  général  Malleterre  écrit  : 

«  Une  chance  reste  encore  à  Hindenburg  :  c'est  de  ne  pas 
trouver  contre  lui  une  volonté  unique,  capable  de  coor- 
donner les  eiîorts  des  Alliés.  » 

Le  mark  tombe  à  82  en  Suisse. 

Mercredi  6  décembre.  —  Le  Roi  a  chargé  LIojd 
George  de  former  un  cabinet.  On  crie  :  «  Vive  Lloyd 
George  !  »  dans  les  rues  de  Londres. 

Très  vive  attaque  allemande  sur  les  pentes  est  de  la 
cote  3o4  ;  nous  perdons  quelques  éléments  avancés. 

Les  Serbes  enlèvent  des  hauteurs  fortifiées  au  nord- 
est  de  Boudimirca  et  font  beaucoup  de  prisonniers. 

Les  étrangers  quittent  Athènes  pour  le  Pirée. 

Le  drapeau  des  Etats-Unis  protège  l'Ecole  française, 
qui  a  reçu  un  certain  nombre  de  balles  le  i^'  décembre. 

Une  note  du  Foreign  Office  affirme  que  des  actes  de 
violence  très  graves  ont  été  commis  à  Athènes  par  les 
troupes  royalistes  et  par  la  foule. 

Bucarest,  non  défendu,  est  occupé  par  les  Alle- 
mands, Bulgares  et  Turcs.  Ceux-ci  s'emparent  des 
canons  que  les  Roumains  leur  avaient  pris  à  Plevna 
pour  les  expédier  comme  trophées  a  Constantinople. 
Les  Autrichiens  prennent  Ploesci.  La  retraite  roumaine 
s'est  poursuivie  en  bon  ordre  ;  tout  l'armement  des 
forts  de  Bucarest  avait  été  retiré. 

Les  Allemands  prennent  Campina,  centre  du  site 
pétrolifère  le  plus  important,  mais  y  trouvent  tout  en 
feu. 

Une  attaque  russe  fait  reculer  les  Autrichiens  dans  la 
vallée  du  Trotus. 

On  assure  que  le  vapeur  américain  John-Lambert 
a  été  coulé  sans  avertissement  le  21   novembre  et  que 


168  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

douze  coups  de  canon  ont  été  tirés  sur  les  canots  de 
sauvetage. 

Par  ordre  impérial  «  toutes  les  cloches  d'Allemagne 
sonnent  pour  célébrer  les  victoires  de  Roumanie  et 
portent  un  peu  partout  des  espérances  de  paix  ».  (Télé- 
gramme de  Berlin  en  Hollande.) 

Au  grand  quartier  général  allemand,  longue  confé- 
rence entre  les  deux  empereurs,  Hindenburg  et  des 
généraux  autrichiens. 

Rodzianko,  président  de  la  Douma,  reçoit  la  plaque 
de  grand-officier  de  la  Légion  d'honneur. 

La  Chambre  italienne  a  ajourné  à  six  mois  une 
motion  socialiste  en  faveur  de  la  paix.  Boselli  a  dit  : 
«  Plus  souverainement  encore  que  les  traités  signés, 
l'alliance  des  âmes  nous  lie.  » 

Imposant  la  barrette  aux  nouveaux  cardinaux  fran- 
çais, le  Pape  a  dit  que  dans  sa  poitrine  brûlait  toujours 
une  flamme  ardente  pour  la  patrie  de  Clovis,  de  saint 
Louis  et  de  Jeanne  d'Arc  ;  il  a  ajouté  :  Utinam  reno- 
ventur  gesta  Dei  per  Francos  !  déclaration  peu  équi- 
voque de  sympathie  qui  a  fait  sensation  ^ 

Lavisse  {Petit  Parisieji)  trouve  qu'on  parle  trop  et 
demande,  comme  d'autres  publicistes,  la  concentration  du 
pouvoir  d'agir.  Des  opinions  analogues  se  font  jour  en 
Angleterre  ;  on  fait  contraster  la  promptitude  du  Reichstag 
avec  les  atermoiements  des  Parlements  alliés. 

Jeudi  7  décembre.  —  Dans  le  secteur  du  Mort- 
Homme,  nous  reprenons  une  partie  des  tranchées 
perdues  le  6. 

Énormes  chutes  de  neige  sur  le  front  italien. 

Combats  très  vifs  sur  le  front  serbe  ;  l'ennemi  a  été 
sérieusement  renforcé. 

Les  ministres  des  pays  neutres  protestent  à  Athènes 
contre  les  scènes  du  i^""  et  du  2  décembre.  Le  roi 
George  se  dit  malade. 

Des  drapeaux  sont  distribués  aux  troupes  grecques 
de  Salonique. 

Les  restes  de  la  division  roumaine  d'Orsova  (8.000 
hommes)  ont  dû  se  rendre  aux  Autrichiens  après  quinze 
jours  de  résistance. 


DÉCEMBRE    1916  169 

L'armée  roumaine  de  Prédéal,  battant  en  retraite,  a 
été  en  partie  encerclée  (lo.ooo  prisonniers). 

L'entrée  en  campagne  de  la  Roumanie  avait  fait  naître 
des  espérances  qui  semblaient  légitimes  et  que  l'énergie  de 
fer  déployée  par  Hindenburg  anéantit.  C'est  une  déception 
que  les  discours  officiels  n'arriveront  pas  à  dissimuler.  » 
{Journal  de  Genève). 

Le  communiqué  russe  dit  que  le  front  de  Golubitza 
a  été  bombardé  par  l'ennemi  «  avec  des  mines  ayant 
un  c(rand  effet  destructif  ». 

L'Allemagne,  répondant  aux  Etats-Unis,  allègue  que 
la  destruction  de  VArabia,  le  6  novembre,  a  été  le 
résultat  d'une  erreur  du  sous-marin  :  elle  offre  une 
indemnité. 

Strôbel  dit  au  Landtag  de  Prusse  que  la  majorité  du 
peuple  allemand  est  menacée  de  mourir  de  faim  (Temjos 
du  i4)- 

La  récolte  en  Autriche  ayant  été  mauvaise,  le  ravi- 
taillement de  Vienne  est  très  difficile. 

Michaelis,  sous-secrétaire  d'Etat  au  ministère  de 
l'Intérieur  d'Allemagne,  dit,  dans  une  conférence,  que 
les  impôts  après  la  guerre  seront  quatre  ou  cinq  fois 
plus  lourds  qu'en  igi4  et  que  le  contrôle  alimentaire  du 
Gouvernement  devra  se  prolonger  longtemps  après  la 
fin  des  hostilités. 

La  Russie  a  levé  dans  le  Turkestan  12.000  hommes 
pour  travailler  aux  mines  de  charbon  et  aux  fabriques 
de  munitions  du  sud  de  la  Russie. 

Le  Brooklyn  Eagle  écrit,  à  propos  de  la  déportation 
des  Belges  : 

«  L'Allemagne  apparaît  une  fois  de  plus  comme  un  bandit 
parmi  les  nations.  Seul,  un  gouvernement  fou  de  désespoir 
a  pu  concevoir  l'idée  d'ajouter  cet  ultime  outrage  à  la  série 
d'atrocités  qui  l'a  exclu  de  la  société  des  nations  civilisées.  » 

Après  dix  jours  de  comité  secret,  la  Chambre  française 
a  émis  un  vote  de  confiance  par  344  voix  contre  160. 

Le  mark  est  à  79  à  Genève,  la  couronne  à  49>75- 

Vendredi  8  décembre.  —  Lloyd  George  devient 
premier  ministre  avec  Bonar  Law,  Lord  Derby,  Lord 


170  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Milner,  Lord  Curzon,  Lord  Selborne,  etc.  Il  y  a  un 
comité  de  guerre  de  cinq  membres. 

Attaque  ennemie  en  forêt  d'Apremont,  repoussée 
après  quelques  progrès. 

Le  Journal  officiel  notifie  le  blocus  de  la  Grèce, 
déjà  existant  de  fait. 

Le  général  Dousmanis  active  la  mobilisation  grecque 
vers  Larissa.  Des  tranchées  sont  creusées  autour 
d'Athènes. 

Les  Bulgares  ont  franchi  le  Danube  à  Tutrakan. 

Les  Russes,  en  Moldavie,  couvrent  la  retraite  de  la 
principale  armée  roumaine. 

A  Valeputna,  à  i5  kilomètres  au  nord  de  Dorna- 
Vatra,  les  Russes  attaquent  et  font  5oo  prisonniers.  Ils 
avancent  sur  les  rives  de  la  Tcherbaniache,  affluent  de 
droite  du  Trotus. 

On  parle  d'autos  blindées  allemandes  qui  ont  rendu 
des  services  contre  les  Roumains. 

UInvalide  russe  dit  qu'il  faut  à  tout  prix  déloger 
les  Allemands  de  Roumanie  pour  les  empêcher  d'y 
faire  la  prochaine  récolte. 

Le  front  roumain  se  trouvant  réduit  de  800  à 
200  kilomètres,  des  forces  austro-allemandes  vont 
devenir  libres. 

Une  note  officieuse  de  Berlin  dit  que  le  sort  de  la 
Roumanie  peut  être  considéré  comme  réglé,  le  reste 
du  pays  étant  plutôt  territoire  russe.  Cette  note  fait 
croire  que  les  Allemands  veulent  se  retourner  contre 
le  front  de  Monastir  ou  contre  le  front  italien. 

On  annonce  la  disparition  du  Suffren  (12.700  ton- 
nes, 670  hommes)  (Voir  plus  haut,  26  novembre). 

Le  Caledonia  (9.220  tonnes)  a  été  coulé. 

Au  Conseil  municipal  de  Vienne,  on  dit  que  la  ville 
est  en  état  de  famine  et  on  attaque  violemment  la 
Hongrie. 

Une  explosion  d'une  usine  de  munitions  dans  la 
province  d'Alessandria  fait  5o  victimes. 

«  Quand  on  écoute  les  conversations  qui  se  tiennent  un  peu 
partout,  on  a  l'impression  que  l'heure  est  grise.  Quelques 
centaines  de  personnes  assez  répandues  broient  du  noir.  » 
(Jemps.') 


DÉCEMBRE    1916  171 

Samedi  9  décembre.  —  Violent  bombardement 
sur  la  digue  de  l'Yser  et  le  secteur  devant  Dixmude. 

Coups  de  main  anglais  vers  Neuville-Saint- Vaast  et 
Souchez. 

Violentes  actions  d'artillerie  du  lac  de  Doiran  à  Mo- 
nastir. 

Il  y  a  20.000  hommes  de  troupes  royalistes  autour 
d'Athènes. 

La  presse  gouvernementale  d'Athènes,  qui  paraît 
seule,  reconnaît  que  1.600  vénizélistes  ont  été  arrêtés, 
le  maire  d'Athènes  et  188  autres  personnes  incarcérés, 
sous  l'inculpation  de  trahison  et  d'intention  de  meurtre. 

Le  Temps  publie  un  article  —  enfin  non  censuré  — 
sur  les  affaires  de  Grèce  :  «  La  vraie  Grèce  n'est  pas  à 
Athènes;  elle  est  à  Salonique.  » 

L'offensive  roumaine  sur  la  chaussée  Buzeu-Ploesci, 
d'abord  heureuse,  a  été  refoulée.  La  retraite  générale 
s'accentue.  Les  Bulgares  s'emparent  du  pont  de  Cer- 
navoda  et  passent  le  Danube.  Les  Allemands  ont  imposé 
de  lourdes  contributions  à  Craïova  et  à  Bucarest. 

On  affirme  k  Petrograd  que  les  Allemands  ont  fait 
peu  de  butin  utilisable  en  Valachie.  Depuis  le  i'^'"  dé- 
cembre, ils  ont  capturé  70.000  hommes,  i84  canons, 
120  mitrailleuses;  mais  le  gros  de  l'armée  roumaine 
est  sauvé. 

Les  Turcs  regagnent  du  terrain  vers  Hamadan. 

Une  vive  agitation  règne  en  Espagne  à  cause  du 
blocus  des  Canaries  par  les  sous-marins  allemands. 

Les  Etats-Unis  n'acceptent  pas  les  explications  de 
l'Allemagne  sur  le  cas  du  Marina. 

Kurt  Éisner,  ancien  rédacteur  du  Vorwàrts,  révèle 
que  la  Volksstimme  de  Chemnitz  a  annoncé  la  mobi- 
lisation allemande  dès  le  28  juillet,  et  qu'elle  en  tenait 
la  nouvelle  de  très  haute  source  (Voir  le  Temps  du  12). 

De  jeudi  à  samedi,  graves  émeutes  à  Hambourg;  on 
parle  de  i.ooo  tués  et  blessés,  sur  20.000  manifestants. 

De  grands  mouvements  de  troupes  allemandes  sont 
signalés  en  Belgique.  Hindenburg  aurait  annoncé  son 
intention  d'atteindre  Odessa  ;  beaucoup  d'écrivains 
militaires  prévoient  plutôt  une  offensive  contre  l'armée 


172  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

de  Sanail  ;  d'autres  croient  à  une  attaque  sur  le  front 
anglo-français. 

Scheidemann  et  d'autres  socialistes  allemands  arri- 
vent à  La  Haye  pour  conférer  avec  des  socialistes  hol- 
landais, qui  annoncent  un  meeting  de  protestation 
contre  les  déportations  belges.  Scheidemann,  qui  est 
l'homme  de  Bethmann-Hollweg,  feint  de  blâmer  ces 
déportations. 

On  dit  que  l'Allemagne  a  demandé  des  explications 
au  Pape  sur  les  paroles  qu'il  a  prononcées  dans  le  der- 
nier consistoire. 

L'impératrice  Zita  (d'origine  française)  semble 
prendre  une  part  active  au  Gouvernement  autrichien. 

Le  Conseil  d'Empire  à  Petrograd  vote  une  résolution 
demandant  la  coopération  du  Gouvernement  avec  les 
institutions  législatives  et  la  destruction  des  influences 
clandestines  et  irresponsables.  Ce  vote  est  très  com- 
menté. 

Protopopov,  ministre  de  l'Intérieur,  est  gravement 
malade. 

Le  général  Wood  a  dit  que  a  la  guerre  approche 
pour  les  États-Unis,  aussi  certainement  qu'il  y  a  un 
Dieu  au  ciel  ». 

Une  note  officieuse  de  Washingtoa  repousse  toute 
idée  de  médiation,  comme  pouvant  nuire  à  la  cause  de 
la  paix. 

A  Liverpool,  grève  des  ouvriers  de  chaudières. 

Dimanche  iO  décembre.  —  La  neige  arrête  les 
opérations  au  nord  de  Monastir. 

La  Crète  proclame  la  déchéance  de  Constantin. 

Le  roi  de  Grèce  a  reçu  le  ministre  d'Angleterre  ;  il 
propose  de  retirer  3  régiments  de  Thessalie  et  de  confier 
à  des  torpilleurs  français  la  garde  du  canal  de  Corinthe. 

«  Les  événements  d'Athènes  s'alignent  sur  ceux  de  Rouma- 
nie. Le  roi  des  Hellènes  a  bénéficié  jusqu'au  bout  d'une 
patience  évangélique.  C'était  la  diplomatie  des  petits  pa- 
quets. »  (Journal  de  Genève.) 

Les  Austro-Hongrois  passent  la  Jalomitza,  au  nord- 
est  de  Bucarest. 


^i 


DÉCEMBRE    1916  173 

Les  Roumains  regagnent  du  terrain  sur  la  chaussée 
Ploesti  —  Muzileu. 

Les  Bulgares,  sur  la  rive  roumaine  du  Danube, 
prennent  Calarasi  et  la  tête  de  pont  en  face  de  Cerna- 
voda. 

Les  Allemands  construisent  à  la  hâte  des  ouvrages 
fortifiés  dans  les  régions  de  Craïova  et  de  Giurgevo. 

Il  est  avéré  que  l'armée  allemande  de  Roumanie  a  été 
formée  de  i4  divisions  du  front  occidental,  i  de  Macédoine  et 
i8  du  front  russe. 

On  dit,  à  Berlin,  que  le  butin  fait  en  Roumanie 
s'élève  à  i4o.ooo  prisonniers  et  5oo  canons  (chiffres 
suspects). 

Les  Français  abattent  4  avions  allemands  et  bom- 
bardent des  dépôts  de  munitions  au  nord  de  Verdun. 

Le  Deutschland  serait  revenu  à  Brème. 

Le  cabinet  réduit  de  Llovd  George  comprend,  en 
dehors  de  lui,  Bonar  Law,  Curzon,  Milner  et  Henderson. 

A  Québec,  dans  un  grand  meeting,  Sir  W.  Laurier 
a  exhorté  les  Canadiens  français  h  s'engager  (leur 
clergé  ne  les  y  pousse  pas,  craignant  pour  eux  le 
contact  de  milieux  intellectuels  plus  évolués). 

«  On  parlait  autrefois  de  l'hypocrisie  anglaise,  mais  on  trou- 
verait difficilement  dans  les  annales  du  monde  une  hypo- 
crisie pareille  à  celle  de  l'Allemagne.  Il  faut  que  le  monde 
abatte  l'esprit  de  l'Allemagne,  ou  soit  abattu  par  lui.  »  {Globe 
de  New-York.) 

Edison,  parlant  à  un  journaliste,  s'étonne  qu'on  n'ait 

f)as  perfectionné  l'emploi  du  microphone  pour  écarter 
c  danger  des  sous-marins.  Il  dit  aussi  : 

«  Pour  moi,  cette  guerre  a  prouvé  que  la  France  est  l'éten- 
dard du  monde.  La  destruction  de  la  France  serait  le  pire 
désastre  que  pourrait  subir  le  monde  d'aujourd'hui.  » 

Depuis  le  début  de  la  guerre,  l'Allemagne  a  perdu 
102  navires  (4o2.ooo  tonnes);  on  lui  en  a  pris  207 
(807.000  tonnes);  il  en  reste  621  (2.34i.ooo  tonnes) 
dans  les  ports  neutres  ;  490  vapeurs  (2.410.000  tonnes) 
sont  à  l'ancre  en  Allemagne.  En  résumé,  7  1/2  °/o  du 
tonnage  est  détruit,  14,7  %  est  saisi,  4o  °/o  est  immo- 
bilisé. 


174  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Le  Temps  paraît  avec  deux  articles  entièrement  cen- 
surés, ce  qui  soulève  des  protestations. 

A  propos  de  la  force  d'inertie  des  bureaux,  on  commente 
ces  paroles  de  Clemenceau  :  «  On  n'est  pas  trahi  par  des 
traîtres,  mais  par  des  brave  gens  qui  croient  avoir  rempli 
tout  leur  devoir  quand  ils  ont  classé  un  dossier,  arrêté  une 
initiative  dans  son  essor,  accablé  une  idée  juste  sous  le 
poids  des  observations  réglementaires,  contrarié  tous  les 
eflbrts  par  l'amas  des  papiers  et  des  procédures.  Voilà  les 
traîtres,  inconscients  et  souvent  plus  redoutables,  puisqu'on 
ne  se  méfie  pas  de  leur  zèle.  » 

Lundi  11  décembre.  —  Une  violente  attaque  au 
nord  de  Lassigny  est  repoussée.  L'action  a  été  très 
chaude  (voir  Liberté  du  i5). 

Luttes  d'artillerie  intenses  au  nord-ouest  de  Reims 
(Ville-au-Bois)  et  vers  Douaumont. 

Le  Gouvernement  grec,  par  son  chargé  d'affaires  à 
Paris,  présente  des  excuses  au  sujet  des  événements  du 
i'^''  décembre. 

On  publie  à  Athènes  une  lettre  séditieuse  de  Veni- 
zelos  au  général  Korakas  ;  c'est  un  faux  impudent 
(Journal  de  Genève  du  i3  et  Temps  du  i6). 

Les  colonies  française  et  anglaise  de  Volo  se  trans- 
portent à  Salonique. 

Le  vice-amiral  Gauchet  remplace  Uartige  au  com- 
mandement des  escadres. 

Le  général  de  Lacroix  écrit  clans  le  Temps  : 

«  Constantin  est  un  militaire;  il  a  été  le  camarade  de 
Falkenhayn  à  l'Académie  de  Guerre  de  Berlin.  Il  peut  avoir 
la  tentation  de  faire  son  petit  stratège  allemand,  quelque 
part  sur  le  théâtre  d'opérations  d'Orient.  » 

Progressant  en  Valachie,  l'ennemi  prend  Urziceni  et 
Mezilu  ;  depuis  3  jours,  il  a  fait  lo.ooo  prisonniers. 

On  apprend  que  les  Turcs  massacrent  les  Nestoriens 
à  Mardiue  (Mésopotamie). 

Piaids  aériens  sur  Zeebrugge  et  d'autres  villes  belges. 

Le  cuirassé  Regina  Margherita  heurte  deux  mines  et 
coule  (700  victimes). 

Au  sud-est  de  Pantellaria,  un  sous-marin  coule  le 
transport  français  Magellan  (6.027  tonnes). 


DÉCEMBRE    1916  175 

Lloyd  George  télégraphie  à  Briand  que  l'Angleterre 
poursuivra  la  guerre  avec  une  inflexible  détermination  ; 
Briaad  lui  répond  que  ces  sentiments  sont  ceux  de  la 
France,  qui  veut  «  la  victoire  et  une  paix  durable  ». 

Des  femmes  serbes  dénoncent  aux  femmes  anglaises 
l'infâme  déportation  de  femmes  et  de  jeunes  filles  en 
Autriche.  «  Ce  que  les  Turcs  n'ont  pas  osé,  les  Autri- 
chiens le  font.  » 

Les  journaux  allemands  accusent  ua  état  de  disette  de 
plus  en  plus  fâcheux.  Le  Vorioarls  déclare  que  cela  ne 
peut  continuer  ainsi.  Il  publie  un  tableau  de  raugmentation 
du  prix  des  vivres  à  Berlin,  depuis  le  début  de  la  guerre,  à 
savoir  : 

Pain  de  froment,  42°/o;  pain  de  seigle,  270/0;  farine  de 
froment,  47°/o;  farine  de  seigle,  i4°/o)  beurre,  ii4°/o; 
lard,  3oo°/o;  sucre,  27  0/0;  café,  i38°/o;  œufs,  226  °/o;  lait, 
33  o/o,"  vi.  ndedebœuf,  23o  °/o  ;  mouton,  1800/0;  veau,  170  "/o; 
porc,  ii4°/o;  jambon,  188  °/o;  pommes  de  terre,  5o  0/0  ; 
riz,  427  °/o. 

Il  faut  souligner  dans  ce  tableau  l'augmentation  énorme 
sur  le  lard  (3oo  0/0),  sur  les  œufs  (226  °/o),  sur  les  différentes 
sortes  de  viande  et  sur  le  jambon. 

Tous  les  journaux  signalent  que  les  vivres  qui  se  font  le 
plus  rares  sont  surtout  les  pommes  de  terre  et  la  viande. 

La  quantité  d'orge  allouée  actuellement  aux  brasseries, 
bien  que  diminuée  de  4o  °/o,  va  être  encore  restreinte. 

La  Gazette  populaire  de  Leipzig  déclare  que  le  nombre 
des  personnes  qui  se  présentent  à  Berlin  aux  cuisines  com- 
munales pour  recevoir  un  repas  de  midi  augmente  continuelle- 
ment et  dans  une  forte  mesure.  La  semaine  dernière,  20.000 
nouveaux  clients  se  sont  présentés.  Ce  fait  est  dû  surtout  à 
la  pénurie  des  pommes  de  terre  et  de  la  graisse. 

Un  consortium  de  91  banques  belges  averse  au  Gou- 
vernement allemand  3oo  millions,  comme  contribution 
de  guerre  pendant  six  mois. 

Les  États-Unis  renouvellent  à  Berlin  leur  protestation 
contre  les  déportations  belges. 

Scène  violente  à  la  Chambre  française  ;  un  député 
(Brizon)  est  exclu  à  titre  temporaire  pour  paroles 
jugées  antipatriotiques. 

Mardi  12  décembre .  —  Bethmann-Hollweg  remet 


176  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

aux  rcprcscntaRts  des  États-Unis,  de  l'Espagne  et  de 
la  Suisse  une  note  qu'il  lit  et  commente  ensuite  au 
Reichstag.  Les  quatre  puissances  proposent  l'ouverture 
de  négociations  pour  la  paix,  mais  n'en  précisent  la 
nature  par  aucun  détail.  Au  Reichstag,  la  déclaration 
se  termine  par  ces  mots  :  «  Si  la  lutte  continue,  les 
quatre  puissances  déclinent  formellement  toute  respon- 
sabilité devant  l'humanité  et  devant  l'histoire.  Dans  une 
heure  solennelle  nous  avons  pris  une  décision  solen- 
nelle. Dieu  sera  juge.  Nous  sommes  prêts  à  la  lutte; 
nous  sommes  prêts  à  la  paix.  »  Le  Reichstag  ayant 
été  convoqué  à  la  hâte  pour  ce  jour,  les  Allemands 
croyaient  qu'il  y  serait  question  de  paix.  Bethmann 
avait  dit  :  «  Pour  la  première  fois  depuis  le  commen- 
cement de  la  guerre,  une  lumière  va  poindre,  celle  de 
la  paix.  y> 

Alors  que  Bassermann  voulait  ouvrir  une  discussion 
à  la  suite  de  la  communication  du  Chancelier,  Spahn 
a  proposé  au  Reichstag  de  s'ajourner,  ce  qui  a  été 
voté. 

«  Conseiller  de  faire  la  paix  alors  que  les  forces  de  l'ennemi 
restent  constituées,  c'est  une  trahison  envers  les  morts  et 
une  insulte  aux  vivants.  »  (Morninr/  Post.)  Ce  thème  est  déve- 
loppé par  presque  tous  les  journaux  d3  l'Entente,  qui  font 
remarquer  combien  la  proposition  allemande  éveille  la  mé- 
fiance par  l'imprécision  verbeuse  où  elle  se  complaît. 

La  Gazette  de  Voss  demande  que  la  Belgique  n'ait  plus 
ni  diplomatie  ni  armée.  La  Gazette  de  Cologne  dit  que  les 
grands  industriels  réclament  Briey,  les  bassins  houillers  du 
nord  de  la  France  et  les  territoires  miniers  de  la  Russie 
occupée. 

Guillaume  II  a  adressé  des  ordres  du  jour  à  l'armée 
et  à  la  marine  pour  les  informer  qu'il  proposait  la 
paix. 

Après  la  Crète.  Chio  a  proclamé  la  déchéance  de 
Constantin. 

Continuant  leur  avance  vers  Buzeu,  les  Allemands 
font  4-000  prisonniers  dans  cette  région  et  dans  la 
montagne. 

La  cavalerie  russe  entre  en  contact  avec  l'ennemi 
dans  la  région  de  Buzeu. 


DÉCEMBRE    1916  177 

Les  Russes  prennent  une  ligne  de  tranchées  au  sud 
de  la  vallée  du  Trotus. 

Il  n'y  a  plus  d'œufs  à  Berlin.  Toute  la  choucroute  est 
réquisitionnée  pour  l'armée. 

Guillaume  II  passe  quelques  heures  à  Munich  et  y 
dîne  sans  viande. 

On  écrit  de  Schaffhouse  que  les  rapports  de  la  Ba- 
vière avec  l'Empire  sont  froids.  La  Bavière  n'a  pas  fait 
sonner  les  cloches  et  n'a  pas  pavoisé  en  l'honneur  des 
victoires  en  Roumanie  {Journal  de  Genève,  i5  dé- 
cembre). 

Le  ministère  français  se  reconstitue  avec  moins  de 
membres.  Le  général  Lyautey  est  à  la  guerre,  Herriot 
(maire  de  Lyon)  aux  transports  et  ravitaillements.  Le 
général  Nivelle  est  nommé  commandant  en  chef  des 
armées  du  nord  et  du  nord-est,  en  remplacement  du 
général  Joffre,  qui  devient  conseiller  militaire  du  Gou- 
vernement. 

La  Commission  du  Budget  refuse  de  supprimer  la 
censure,  mais  condamne  comme  illégale  la  censure 
politique  et  refuse  de  la  subventionner. 

En  Angleterre,  tous  les  hommes  en  âge  de  servir 
vont  être  remplacés  dans  les  bureaux. 

Le  parti  national  irlandais  décide  de  soutenir  vigou- 
reusement la  guerre,  mais  repousse  la  conscription. 

On  publie  ime  conversation  de  Hindenburg  avec  Wie- 
gand.  Il  dit  que  l'artillerie  des  puissances  centrales  sera, 
au  printemps,  beaucoup  plus  forte  que  celle  de  l'En- 
tente et  que  les  AlKés  ont  surtout  péché  par  manque 
d'unité  et  de  direction. 

A  la  Chambre  hongroise,  Batthyani,  vice-président 
du  groupe  de  l'indépendance,  demande  à  l'Autriche  de 
notifier  à  ses  alliés  qu'elle  ne  veut  pas  continuer  la 
guerre  pour  leur  assurer  des  gains  territoriaux.  Karolyi 
attaque  aussi  l'Allemagne,  qui  aurait  lancé  l'Autriche 
dans  la  guerre  pour  détruire  la  suprématie  britannique 
{Journal  de  Genève,  3o  décembre). 

Le  Basler  Anzeiger  se  fait  l'écho  d'un  bruit  suivant 
lequel  le  Japon  se  séparerait  de  l'Entente.  L'ambassade 
du  Japon  à  Paris  oppose  k  ces  dires  un  démenti  éner- 

128.    CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE  12 


178  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

gique,  rappelant  que  le  Japon  a  adhéré  au  traité  de 
Londres. 

Mercredi  13  décembre.  — Un  torpilleur  français, 
arrivé  à  Gorinthe,  contrôle  les  transports  militaires 
grecs. 

«  Constantin  tâche  pour  un  moment  de  remettre  le  masque 
qu'il  s'était  trop  pressé  de  lever.  »  (Temps.) 

Les  Allemands  disent  avoir  fait  160.000  prisonniers 
roumains. 

Les  Russes  bombardent  la  ville  hongroise  de  Koro- 
sinczo  (Carpathes  boisées). 

Des  désordres  éclatent  en  Portugal,  mais  sont  immé- 
diatement réprimés. 

La  flotte  russe  bombarde  le  port  bulgare  de  Bal- 
tchik. 

-  On   apprend   le    torpillage    des    paquebots    Algérie 
(19  victimes,  dont  4  passagers)  et  Sinaï. 

Une  émotion  intense  règne  à  Berlin  ;  on  attend  dans 
la  neige  les  premières  réponses  de  la  presse  de  l'En- 
tente aux  ouvertures  allemandes. 

Il  est  avéré  que  l'Allemagne  n'a  pas  formulé  de  pro- 
positions de  paix,  mais  les  réserve  pour  des  négocia- 
tions éventuelles. 

La  note  adressée  par  l'Allemagne  au  Pape  est  un  peu 
différente  de  celle  qui  a  été  envoyée  aux  autres  puis- 
sances (texte  dans  le  Temps  du  i4)- 

Briand  dit  k  la  Chambre  :  a  Ce  sont  des  paroles  de 
paix  solennelles,  mais  vagues,  pour  troubler  les  cons- 
ciences. ))  Les  déclarations  de  Briand  sont  approuvées 
par  824  voix  contre  i65. 

Interrogé  à  la  Chambre  italienne,  Sonnino  a  dit  que 
les  Alliés  agiraient  toujours  de  concert. 

Les  journaux  français  sont  unanimes  k  voir  un  piège 
et  un  aveu  de  détresse  dans  la  manœuvre  allemande. 

On  assure  k  Rotterdam  que  la  note  allemande  a  été 
rédigée  par  Guillaume  II  lui-même,  après  une  conférence 
au  grand  quartier  général. 

Le  Messagero  écrit  :  «  Une  paix  qui  ramènerait  l'Europe 
au  statu  quo  ante  serait  un  crime  de  lèse-humanité.  » 


DÉCEMBRE    1916  179 

Le  Times  dit  que  rAllemagne  veut  éprouver  la  cohésion 
des  Alliés,  mais  que  ses  soullrances  économiques  sont  une 
des  raisons  de  son  attitude. 

Le  Secolo  dit  que  l'Entente  ne  sera  pas  dupe  et  qu'elle 
continuera  à  fabriquer  des  armes  et  des  munitions,  pour 
obliger  les  empires  centraux  à  demander  sérieusement  la 
paix. 

Morning  Post  :  «  Les  propositions  de  paix  allemande 
sont  une  tentative  rusée  et  désespérée  pour  éviter  le  châti- 
ment réservé  à  l'échec  militaire.  L'Allemagne  a  déjà  de- 
mandé un  armistice  en  septembre  dernier,  après  ses 
défaites  sur  la  Somme  et  à  Verdun,  mais  la  demande  a  été 
rejetée.  Faisant  de  nécessité  vertu,  maintenant  qu'elle  sait 
avoir  atteint  son  apogée  et  devoir  décliner  désormais,  elle 
propose  ingénuement  de  négocier  la  paix.  » 

Dailij  Clu  onicle  :  «  L'Allemagne  peut  avoir  la  paix  si  elle 
la  désire,  mais  à  nos  conditions...  Nous  avons  toujours  de- 
mandé et  nous  demanderons  encore  le  désarmement  de  la 
machine  de  guerre  prussienne,  la  reddition  ou  la  destruction 
de  sa  marine  et  de  la  totalité  de  son  artillerie.  Le  cauche- 
mar d'une  nouvelle  concurrence  des  armements  ne  peut 
autrement  être  évité.  » 

Daily  lelegraph  :  «  L'Allemagne  ne  cherche  pas  à  nous 
persuader,  mais  à  faire  impression  sur  les  neutres.  » 

Nouvelle  Gazette  de  Zurich  :  «  Avant  tout,  c'est^  aux 
neutres  à  faire  entendre  leur  voix.  C'est  l'attitude  des  Etats- 
Unis  qui  sera  déterminante.  » 

Jules  Andrassy  écrit  dans  le  Pesti  Naplo  :  «  Nous  n'avons 
aucune  raison  de  cacher  que  nous  sommes  prêts  à  faire  la 
paix.  Si  cette  tentative  ne  donne  aucun  résultat,  elle  aura 
pour  conséquence  de  renforcer  notre  fermeté.  » 

Groener,  directeur  de  l'Office  de  guerre  allemand,  dit  au 
correspondant  du  New-York  Times  que  l'/^'.lemagne  est 
décidée  à  doubler  la  production  des  canons  et  des  obus. 
«  Au  printemps,  nous  marcherons  à  toute  vnpeur.  » 

Les  agents  allemands  en  Hollande  menacent  l'Angleterre 
d'une  guerre  sans  merci,  de  /joo  sous-marins,  de  bombes 
chargées  de  microbes,  etc. 

Dans  le  Journal  de  Goslar,  le  prince  Otto  de  Salm 
réclame  pour  l'Allemagne  «  les  anciens  territoires  allemands 
désignés  sous  le  nom  de  Belgique  »  et  les  districts  miniers 
de  la  France,  sans  quoi  la  déchéance  de  l'Allemagne  serait 
signée. 

Le  comité  de  guerre  français  est  constitué  :  Briand, 


180  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Ribot,  Lyautey,  Lacaze,  Thomas.  Le  général  en  chef 
pourra  assister  aux  délibérations. 

Le  Cabinet  autrichien  donne  sa  démission. 

Guillaume  II  passe  une  revue  à  Habsheini,  puis  se 
rond  a  Colmar. 

L'Allemagne  réquisitionne  en  Belgique  tous  les  objets 
de  métal,  sauf  les  œuvres  d'art  et  ceux  qui  appartien- 
nent à  des  églises  ou  des  hôpitaux. 

Le  Journal  de  Genève,  dans  un  article  remarqué, 
met  la  Suisse  en  méfiance  contre  une  violation  possible 
de  ses  frontières  (Voir  le  Temps  du  i8). 

Une  explosion  détruit  onze  ateliers  de  la  pyrotechnie 
de  Felixdorf  (Basse-Autriche  ). 

Romanonès  interdit,  d'ailleurs  de  façon  tout  ai- 
mable, une  conférence  que  Maeterlinck  devait  faire  à  la 
Maison  du  Peuple  de  Madrid. 

Les  Etats-Unis  insistent  de  nouveau  pour  qu'un  sauf- 
conduit  soit  accordé  au  nouvel  ambassadeur  d'Au- 
triche, ajoutant  que  le  déplacement  de  l'ambassadeur 
est  un  droit  diplomatique  des  États-Unis. 

L'Allemagne  répond  aux  États-Unis  au  sujet  des  dé- 
portations belges  ;  elle  prétend  agir  par  humanité  ! 

Jeudi  li  décembre.  —  Lutte  d'artillerie  intense 
vers  Steenstraate. 

Un  coup  de  main  allemand  au  sud  de  Saint-Éloi  est 
repoussé. 

Violent  bombardement  de  Monastir  ;  dégâts  et  vic- 
times civiles. 

Combats  intenses  au  nord  de  I^udimirca  (front  de 
Serbie). 

Les  Alliés  remettent  un  nouvel  ultimatum  à  la  Grèce 
exigeant  l'exécution  immédiate  des   déplacements   d« 
troupes  et  du  matériel  de  guerre,  qui  devra  commencer 
dans  les  vingt-quatre  heures.  Le  blocus  sera  maintenu 
jusqu'à  réparation  des  injures  faites  aux  Alliés. 

Les  Allemands  dépassent  la  Jalomitza.  Buzeu  tombe 
entre  leurs  mains  (4-ooo  prisonniers).  Ils  sont  maîtres 
de  la  moitié  de  la  Roumanie  (65. ooo  kilomètres  carrés). 


DÉCEMBRE    1916  181 

Les  Piusses  reculent  dans  la  Dobrudja  pour  s'aligner 
avec  la  retraite  roumaine. 

Les  Austro-Allemands  attaquent  avec  violence  sur 
tout  le  sud  du  front  russe. 

Les  Anglais  progressent  sur  le  Tigre  vers  Sannayat. 

Une  escadrille  anglaise  bombarde  le  pont  de  Kuleli- 
Bourgas,  au  sud  d'Andrinople. 

Le  Caledonia  touche  une  mine  flottante  près  de 
Marseille,  mais  peut  être  ramené  à  quai. 

Le  Westminster  est  coulé  sans  avertissement;  l'équi- 
page, réfugié  dans  les  chaloupes,  est  canonné.  L'ami- 
rauté anglaise,  dans  une  note  du  29,  accuse  les  Alle- 
mands d'assa?sinat. 

Un  voilier  français  est  coulé  près  des  Canaries. 

Dudley  Kidd  {Land  and  Water,  p.  10),  propose  de 
protéger  les  navires  contre  les  sous-marins  par  des 
nuages  de  fumée. 

Tisza  a  insinué,  dans  son  discours,  que  l'initiative  des 
propositions  de  paix  venait  de  l'Autriche  (Journal  de 
Genève,  i5  décembre). 

Hindenburg  et  le  Chancelier  se  congratulent  à  propos 
de  la  démarche  pacifique  et  terminent  en  menaçant 
l'Entente.  Toute  la  presse,  depuis  le  12,  obéissant  à  un 
mot  d'ordre,  mêle  des  menaces  à  l'offre  de  négocier. 

Une  note  officieuse  russe  dit  que  le  manque  de  sin- 
cérité et  le  but  de  la  proposition  allemande  sont  égale- 
ment évidents.  «  Nos  ennemis  ne  peuvent  ignorer  qu'il 
n'existe  aucun  terrain  favorable  pour  des  pourparlers 
de  paix.  La  paix  offerte  par  l'Allemagne  est  un  piège.  » 

Bonar  Law,  sur  le  même  sujet,  dit  aux  Communes  : 
«  Les  Alliés  exigent  des  réparations  suffisantes  pour  le 
passé  et  une  sécurité  suffisante  pour  l'avenir.  »  Il  a  de- 
mandé 10  milliards  de  nouveaux  crédits  et  l'augmenta- 
tion des  effectifs  de  l'armée  à  5  millions  d'hommes. 

«  Il  n'y  a  pas  d'exemple,  a-l-on  dit,  qu'un  belligérant  se 
disant  vaia(|ueur  propose  la  paix  à  son  adversaire.  Si,  il  y 
en  a  un,  un  seul  :  celui  de  Napoléon  qui,  arrive  à  Moscou, 
fit  des  offres  de  paix  à  l'empereur  Alexandre.  »  {Liberté.) 

«  Les  Allemands  ont  une  confiance  inépuisable  dans  la 


182  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

sottise  des  peuples  étrangers.  Ils  viennent  de  le  prouver  une 
fois  de  plus.  »  {Temps.) 

«  On  aurait  tort  de  considérer  la  démarche  allemande 
comme  une  preuve  que  l'Empire  se  sent  à  bout  de  forces;  il 
juge  seulement  l'heure  exceptionnellement  propice  pour 
cueillir  les  fruits  de  sa  formidable  entreprise  guerrière.  » 
(Journal  de  Genèoe.) 

Le  New-York  Times  insiste  sur  l'état  déplorable  de  l'Alle- 
magne :  le  pays  est  à  la  veille  de  la  famine,  la  situation  finan- 
cière est  très  grave. 

Le  New-York  World  se  méfie  de  la  sincérité  allemande. 

«  On  ne  fait  aucune  prédiction  avec  autant  de  confiance 
que  celle-ci  :  l'an  prochain,  l'Allemagne  et  ses  alliés  seront, 
pour  l'artiHeric,  dans  un  considérable  état  d'infériorité  sur 
tous  les  champs  de  bataille.  »  {New-Yoric  American.') 

Bernstorfl'  ayant  dit  à  New-York  que  l'Allemagne  deman- 
dait l'annexion  de  la  Serbie  par  l'Autriche,  il  constata  que 
l'effet  de  ses  paroles  était  fâcheux  et  se  hâta  d'ajouter  que 
les  propositions  allemandes  n'étaient  pas  définitives. 

La  Vossische  Zcitiing,  la  Germania,  la  Post  et  d'autres 
feuilles  disent  qu'eu  cas  de  continuation  de  la  guerre,  l'Alle- 
magne ne  distinguera  plus  entre  les  ennemis  et  les  neutres. 
La  Hollande  se  sent  menacée  et  se  prépare  à  la  résistance. 

Guillaume  II,  accompagné  du  Kronprinz,  se  rend  à 
Strasbourg  et  passe  une  revue  près  de  Morhange. 

Pokrovsky  est  nommé  ministre  des  Affaires  étran- 
gères en  Russie. 

L'empereur  Charles  confie  à  Spitzmuller  (germa- 
nophile) la  formation  d'un  ministère. 

La  Chambre  française  ayant  décidé  de  ramener  la 
censure  à  son  rôle  militaire  et  diplomiitique,  Ribot 
déclare  qu'on  ne  tolérera  plus  les  attaques  contre  les 
institutions  légales  du  pays. 

Le  plébiscite  danois  a  donné  284.000  voix  pour  la 
vente  des  Antilles  et  1 58. 000  contre. 

Le  grand  sculpteur  Antonin  Mercié  est  mort. 

Vendredi  15  décembre.  —Depuis  le  i3,  les  Fran- 
çais préparaient  une  attaque  devant  Verdun,  où  Douau- 
mont  était  trop  exposé  au  feu.  Cette  attaque  a  lieu 
entre  la  Meuse  et  la  Woëvre,  sur  un  front  de  10  kilo- 
mètres. Le  front  ennemi  est  enfoncé  sur  une  profondeur 


DÉCEMBRE    1916  183 

de  3  kilomètres;  nous  avons  pris  Vacherauville,  Louve- 
mout,  Hardaumont,  au  prix  de  pertes  légères  (7.600 
prisonniers,  5o  canons)  (Voir  Liberté,  1 3  janvier  191 7). 

Syra  et  Lesbos  ont  proclamé  la  déchéance  de  Cons- 
tantin. 

Nouvelle  avance  allemande  au  nord  et  k  l'est  de 
Buzeu  ainsi  qu'au  nord  de  la  Jalomitza  (2.000  prison- 
niers). 

Les  Russes  se  replient  vers  le  nord  de  la  Dobrudja. 

On  dit  à  Amsterdam  que  des  sous-marins  allemands 
se  déguisent  en  voiliers  de  commerce. 

Important  discours  de  Pokrovsky,  le  nouveau  ministre 
des  Affaires  étrangères,  à  la  Douma  ;  celle-ci  s'associe 
unanimement  «  au  refus  catégorique  des  gouvernements 
alliés  d'entamer,  dans  les  conditions  actuelles,  des 
négociations  de  paix  »  et  dénonce  a  l'acte  hypocrite 
qui  ne  compte  pas  sur  un  succès  pratique,  mais  cherche 
à  rejeter  sur  d'autres  les  responsabilités,  pour  se  dis- 
culper devant  l'opinion  allemande  ». 

Le  ministre  anglais  Henderson  (travailliste)  dit  que 
la  paix  ne  peut  être  assurée  que  par  des  sacrifices  nou- 
veaux. 

«  Les  Empires  centraux,  qui  ont  été  les  agresseurs,  ont 
vaincu,  sans  les  détruire  entièrement,  les  petites  armées  et 
trouvent  devant  eux  les  grandes.  ))(Feyler,/o«7'«u/(/e(îe«èye.) 

«  Ceux  qui  se  déclarent  vainqueurs  ont  offert  la  paix  à  une 
Russie  qui  a  des  millions  d'hommes  de  réserve,  à  une 
Angleterre  qui  possède  une  armée  qui  n'est  pas  encore  entrée 
eu  action,  une  flotte  qui  domine  la  mer  et  une  production  de 
canons  et  de  munitions  qui  peut  égaler  celle  de  l'Allemagne, 
à  une  France  dont  le  courage  et  la  résistance  émerveillent 
le  monde,  à  une  Italie,  jeune  organisme  militaire  en  conti- 
nuelle augmentation.  Notre  foi  dans  la  victoire  s'alimente  de 
ces  réalites.  »  {Giornale  d'Italia,  organe  de  Sonnino.) 

La  Stainpa  (Giolitti)  dit  qu'il  est  inutile  de  discuter  la 
valeur  de  propositions  dont  on  ne  connaît  rien. 

«  La  paix  !  Voilà  un  nouveau  projectile  que  nous  envoie 
notre  adversaire,  conscient  de  l'épuisement  de  ses  autres 
ressources.  »  (Rieich.) 

«  La  question  alimentaire  est  vraiment  la  partie  faible 
de  l'armature  allemande...  Accentuons  le  blocus.  >  (Thierry, 
Matin.) 


184  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

On  dit  à  Rotterdam  qu'il  y  a  5o.ooo  hommes  à 
Glèves,  i5o.ooo  à  Wesel. 

Von  Stein,  ministre  de  la  Guerre,  est  nommé  com- 
mandant eu  chef  de  toutes  les  troupes  stationnées  en 
Allemagne  (dictature  militaire). 

VVilson  serait  décidé  à  ne  plus  admettre  d'  «  erreurs  » 
des  sous-marins  allemands  et  à  considérer  toute  nou- 
velle ((  erreur  »  comme  une  insulte  voulue. 

Avant  de  remettre  la  note  allemande  aux  Alliés, 
Lansing  a  questionné  les  représentants  des  États-Unis 
sur  le  but  de  cette  note.  On  affirme  que  la  transmission 
sera  faite  sans  le  moindre  commentaire. 

L'Entente  accorde  le  sauf-conduit  de  Tarnovsky,  am- 
bassadeur d'Autriche  aux  États-Unis. 

1.298  péniches  sont  arrêtées  à  Rouen. 

Samedi  16  décembre.  —  Poursuivant  leurs  succès, 
les  Français  progressent  dans  le  village  de  Caurières 
et  enlèvent  Bezonvaux.  Une  violente  attaque  allemande 
sur  la  côte  du  Poivre  est  repoussée.  Le  nombre  des 
prisonniers  dépasse  9.000;  81  canons  ennemis  ont  été 
pris  ou  détruits.  Notre  ligne  au  nord  de  Verdun  do- 
mine maintenant  les  positions  allemandes. 

A  l'annonce  de  cette  victoire,  toute  la  Chambre 
italienne  se  lève  et  applaudit. 

«  Le  beau  succès  français  'de  Verdun  est  la  meilleure  ré- 
ponse aux  offres  de  pai.x  de  l'Allemagne.  »  (Dailt/  Mail). 

Ce  jour  commence  le  transfert  des  troupes  grecques 
de  Thessalie  en  Morée,  la  Grèce  ayant  fait  mine  d'ac- 
cepter l'ultimatum  des  Alliés. 

Le  Gouvernement  de  Salonique  occupe  l'île  de  Syra. 
Samos  proclame  la  déchéance  de  Constantin. 

Fougères,  directeur  de  l'Ecole  d'Athènes,  publie  dans  le 
Matin  un  récit  de  la  «  Saint-Barthélémy  vénizéliste  »  (3o  nov.- 
i«r  déc.  19 16).  L'Ecole  française  a  été  confiée  à  la  garde  de 
l'Ecole  américaine,  qui  y  a  hissé  le  drapeau  de  l'Union. 
«  C'est  au  roi  Constantin  et  à  ses  mauvais  bergers  qu'il  faut 
faire  remonter  la  responsabilité  de  ces  infamies.  » 

Les  Allemands  forcent  le  passage  du  Buzeu  (i.5oo 
pri.sonniers). 


DÉCEMBRE    1916  185 

On  reconnaît  que  la  situation  des  armées  russo-rou- 
maine est  grave,  leur  seule  ligne  de  retraite  étant  en 
direction  du  Sereth  (Temps). 

Les  Allemands  attaquent  violemment  dans  la  direc- 
tion de  Kovel  et  prt-nnent  quelques  tranchées  russes. 

Les  navires  norvégiens  cessent  tout  trafic  avec  les 
ports  allemands. 

D'après  les  correspondants  américains,  les  Allemands 
comptent  passer  de  Roumanie  en  Russie  pour  obliger 
ce  pays  a  taire  la  paix.  Hindenburg  aurait  dit  :  «  Il  n'y 
aura  pas  de  quartiers  d'hiver  cette  année;  on  ne -don- 
nera pas  à  la  Russie  le  temps  de  se  remettre.  » 

Dans  une  brochure  intitulée  Buts  de  guerre,  le  parti  na- 
tional-libéral demande  l'annexion  de  Belfort,  Briey,  Longwy  ; 
la  germanisation  des  chemins  de  fer  belges  et  luxembourgeois  ; 
des  stations  de  charbon  sur  les  grandes  routes  de  l'Océan; 
un  royaume  de  Pologne  sous  la  dépendance  de  l'Allemagne  ; 
l'annexion  de  la  Lithuanie  et  de  la  Courlande  ;  la  constitution 
d'une  grande  Bnlgarie  ;  l'annexion  delà  Serbie  à  l'Autriche; 
l'Arménie  et  l'Egypte  garanties  à  la  Turquie  (^Information 
du  i8). 

En  revanche,  le  Journal  de  Genève  annonce  «  de  source 
bien  informée  »  que  l'Allemagne  ne  veut  pas  dicter  une  paix 
«  allemande  »,  mais  désire  trouver  une  solution  qui  satis- 
fasse les  deux  partis. 

La  Gazette  de  Cologne  attaque  vivement  Wilson  h 
cause  de  son  attitude  dans  l'affaii^e  des  déportations 
belges.  Elle  dénie  au  président  le  droit  de  se  poser  en 
moraliste  et  de  juger  les  actes  des  belligérants. 

La  première  application  de  la  «  mobilisation  civile  » 
(hommes  de  seize  à  soixante  ans)  a  eu  lieu  à  Magde- 
bourg. 

Le  gaz  est  supprimé  à  Leipzig,  à  cause  du  manque 
de  charbon. 

On  prétend  en  Suisse  que  l'idée  de  proposer  la  paix 
est  venue  de  l'empereur  d'Autriche,  auquel  elle  aurait 
été  suggérée  par  une  lettre  privée  du  Pape. 

Kokstein,  dictateur  des  vivres  en  Autriche,  donne  sa 
démission. 

Le  typhus  sévit  à  Fiunie. 


186  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Au  nom  des  Chambres  belges,  Goblct  d'Alviella  et  Schol- 
laert  adressent  une  protestation  émue  aux  Parlements  des 
pays  neutres,  leur  demandant  si  les  nations  fortunées,  restées 
en  dehors  de  cette  terrible  guerre,  ne  comprendront  pas 
qu'aujourd'hui  tous  les  peuples  sont  solidaires  et  que  les 
nouveaux  procédés  esclavagistes  de  l'Allemagne  les  menacent 
eux-mêmes. 

Wetterlé  écrit  dans  la  Liberté  : 

«  Il  n'y  a  qu'une  formule  de  paix  durable  :  la  déchéance  de 
l'Empire  créé  dans  la  galerie  des  glaces  de  Versailles  en 
187 1.  Tout  arrangement  qui  laisserait  subsister  l'Empire 
de  proie,  renfermerait  en  lui-même  le  germe  de  conûits 
encore  plus  sanglants.  L'Allemagne  ne  veut  la  paix  aujour- 
d'hui que  pour  mieux  préparer  la  guerre  de  demain.  » 

On  télégraphie  du  front  anglais  : 

L'armée  britannique  ne  veut  pas  avoir  vécu  pendant  deux 
auj?  sur  la  défensive,  et,  lorsque  enfin  elle  a  accru  ses  forces, 
être  privée  de  la  chance  d'écraser  son  adversaire. 

Presque  seule  des  journaux  italiens,  la  Trlbuna  dit 
que  les  Alliés  doivent  demander  à  connaître  et  discuter 
les  conditions  allemandes  de  la  paix. 

On  annonce  que  deux  divisions  portugaises  vont 
arriver  en  France. 

Note  officieuse  de  Petrograd  : 

«  Il  est  absurde  de  parler  actuellement  du  manque  de  mu- 
nitions dans  l'armée  russe.  »  La  même  note  dément,  à  ren- 
contre des  journaux  hollandais,  l'existence  de  dissentiments 
entre  la  Russie  et  la  Roumanie. 

Dimanche  il  décembre.  —  Une  violente  offen- 
sive allemande  devant  Verdun  a  échoué  ;  les  assaillants 
n'ont  pris  pied  qu'à  la  fersne  des  Chambrettes. 

En  ce  jour,  les  obus  bulgares  ont  détruit  100  mai- 
sons et  tué  20  civils  à  Monastir. 

Lemnos  a  proclamé  la  déchéance  de  Constantin. 

On  lit  dans  le  Journal  de  Genève  : 

«  La  menace  grecque  devient  extrêmement  grave.  La  situa- 
tion de  l'armée  de  Sarrail  est,  depuis  la  défaite  roumaine,  le 
côté  le  plus  sombre  de  la  situation  militaire.  Que  sera-ce  si 
elle  doit  se  défendre  aussi  par  derrière  ?  » 


DÉCEMBRE    1916  187 

Le  Popolo  d'Ilalia  attribue  les  revers  de  la  Rou- 
manie au  manque  de  ravitaillement,  causé  par  l'activité 
des  sous-marins  allemands  dans  la  mer  Arctique.  Le 
journal  demande  l'occupation  du  chemin  de  fer  Patras- 
Salonique,  qui  permettrait  de  ravitailler  les  Alliés  par 
voie  de  terre. 

Les  Russes  ont  reculé  en  Dobrudja  jusqu'à  la  région 
boisée- 
Dans  la  région  de  Drama,  deux  avions  anglais  com- 
battent deux  avions  allemands  et  en  abattent  un. 

On  écrit  d'Amsterdam  au  Dailij  Mail  que  les  propo- 
sitions de  paix  de  l'Allemagne  ont  suivi  de  vingt- 
quatre  heures  de  graves  déclarations  de  Ratocki.  La 
récolte  des  pommes  de  terre  a  donné  20  millions  de 
tonnes,  au  lieu  de  5o  millions  en  igiS;  il  restait,  l'an 
dernier,  un  disponible  de  4o  millions  de  tonnes,  alors 
qu'il  n'y  en  a,  cette  année,  que  iG,  de  qualité  inférieure. 
La  récolte  de  blé  a  été  en  déficit  de  i.5oo.ooo  tonnes 
sur  la  normale,  ne  donnant  que  3.5oo.ooo  tonnes 
de  plus  que  l'année  précédente.  Les  ressources  de  la 
Rounaanie  sont  en  grande  partie  réclamées  par  l'Au- 
triche. 

Delbrûck,  dans  le  Tag,  insiste  sur  les  paroles  de 
Rethmann  déclarant  que  l'Allemagne  était  prête  à  se 
joindre  à  la  ligue  internationale  de  la  paix,  garantie 
contre  «  ce  fantôme  que  sont  les  prétendues  aspirations 
allemandes  à  l'hégémonie  universelle  ». 

De  sanglantes  bagarres  éclatent  à  Munich  ;  des  bou- 
tiques sont  pillées. 

«  L'Allemagne  est  plus  épuisée  qu'on  ne  le  croit  générale- 
ment; nous  devons  aborder  l'année  1917  avec  confiance.  » 
Général  de  Lacroix). 

La  fédération  socialiste  de  la  Seine  invite  les  Gou- 
vernements alliés  à  demander  ses  conditions  de  paix  à 
l'Allemagne. 

Maurice  Donnay  dit  à  la  Sorbonne  : 

«  Il  faut  prendre  l'engagement  sacré  de  cultiver  chez  nous 
la  reconnaissance  comme  la  plus  belle  fleur  nationale.  » 
«  L'alcool,  en  temps  de  guerre,  est  un  produit  qui  doit  servir 


188  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

à  la  fabrication  des  explosifs  plutôt  qu'à  l'abrutissement  des 
cerveaux.  »  {Information^) 

Meeting  de  protestation  à  New- York  contre  les  dépor- 
tations beiges,  James  Beck  prononce  un  violent  réqui- 
sitoire contre  la  barbarie  allemande  ;  Elihu  Root  et 
d'autres  parlent  dans  le  même  sens.  Un  ordre  du  jour, 
voté  à  l'unanimité,  doit  être  remis  a  l'ambassadeur 
d'Allemagne. 

Le  Brésil  a  protesté,  auprès  de  l'Allemagne,  contre 
les  déportations  belges. 

La  presse  de  Buenos-Ayres  est  unanime  à  considérer 
comme  ridicules  les  propositions  allemandes  pour  l'ou- 
verture de  négociations  sans  base. 

Lundi  18  décembre.  —  Une  attaque  allemande  est 
repoussée  au  sud  de  la  Somme. 

Nous  reprenons  la  ferme  des  Chambrettes. 

La  victoire  à  Verdun  nous  a  valu  11.400  prisonniers, 
ii5  canons,  107  mitrailleuses,  44  lancc-inines. 

On  dit  qu'une  soixantaine  de  soldats  grecs  ont  été 
fusillés  pour  n'avoir  pas  voulu  tirer  sur  les  marins 
alliés.  Venizelosest  inculpé  de  haute  trahison  et  sous  le 
coup  d'un  mandat  d'arrêt. 

Les  Russes  attaquent  et  progressent  dans  la  vallée  do 
l'Uzu  (Carpathes). 

La  retraite  russe  se  prononce  dans  la  Dobrudja.  On 
se  bat  à  l'ouest  de  Viziru  (82  kilomètres  sud  de  Brada). 

Suivant  le  Petit  Parisien,  l'armée  roumaine  va  se 
reconstituer  derrière  le  Sereth,  sous  la  protection  d'une 
nombreuse  armée  russe  ;  elle  passe,  dit  Roussel,  k  l'état 
de  «réserve  principale  ». 

Bratiano  est  à  Petrograd  auprès  du  Tsar.  Sur  le 
front  russe,  le  froid  ayant  durci  les  marais  et  gelé  les 
rivières,  l'activité  des  patrouilles  a  repris,  surtout  k 
l'ouest  de  Riga. 

Le  capitaine  aviateur  Louis  de  Beauchamp  —  auteur 
des  raids  sur  Essen  et  sur  Munich  —  est  tombé  près  de 
Douaumont,  frappé  d'une  balle  au  front. 

L'agence  Wolft  fait  .savoir  k  l'Amérique  que  l'opinion 


DÉCEMBRE    1916  189 

anglaise  changerait  sans  doute  d'attitude  si  l'on  savait 
que  les  Allemands  sont  prêts  à  renoncer  à  leurs 
conquêtes,  à  évacuer  et  à  indemniser  la  Belgique  (four- 
berie). 

La  Cour  allemande  annonce  qu'elle  ne  célébrera  pas 
la  fête  de  Noël. 

Les  rations  sont  encore  réduites  à  Berlin  ;  mais  on 
pourra  y  manger  du  porc  deux  fois  par  semaine. 

A.  Thomas  dit  que  les  Alliés  produisent  800.000  obus 
par  jour,  les  Allemands  600.000. 

La  Ligne  des  Droits  de  l'Homme  coustale  que  rAllemagae 
n'a  pas  fait  de  propositions  de  paix,  mais  a  invité  les  belli- 
gérants à  des  négociations  sans  base.  Elle  demande  que  l'En- 
tente réponde  en  proclamant  ce  qu'elle  attend  de  la  guerre 
et  comment  elle  entend  établir  le  régime  du  droit. 

Sonnino,  dans  un  discours  à  la  Chambre,  met  les 
Italiens  en  garde  contre  l'empoisonnement  de  l'opinion 
publique,  à  laquelle  travaillent  les  socialistes  unifiés, 
les  Giolittlens  et  le  Vatican  {Temps  du  20).  «  Gardons- 
nous,  dit-il,  de  faire  le  jeu  de  l'ennemi.  » 

Une  réunion  parlementaire  à  Rome  demande  l'insti- 
tution immédiate  d'un  comité  de  guerre. 

En  Espagne,  grève  générale  de  vingt-quatre  heures 
pour  protester  contre  la  cherté  des  vivres. 

S.  Brice  publie,  dans  le  Journal,  des  détails  pur  la  situa- 
tion politique  en  Russie.  Douma  et  Conseil  de  l'Empire  sont 
d'accord  pour  travailler  ensemble,  en  mettant  fin  à  l'influence 
des  «  pouvoirs  pccultes  ». 

Les  neutres  ont  adressé  une  demande  collective  aux 
États-Unis,  les  priant  de  prendre  l'initiative  d'une  pro- 
testation énergique  contre  les  agissements  des  sous- 
marins.  Mais  la  Gazette  de  Cologne  menace  le  monde 
d'une  guerre  sous-marine  sans  merci  et  défie  les  Etats- 
Unis  de  l'empêcher. 

Mardi  19  décembre.  —  Bonar  Law  a  déclaré  aux 
Communes  que  les  Allemands,  depuis  le  i^""  juillet,  ont 
perdu  sur  la  Somme  690.000  hommes;  les  Allemands 
répondent  qu'ils  en  ont  perdu  moins  de  5oo.ooo  et  que 
76  °/o  des  blessés  allemands  reviennent  au  front.  Lord 


190  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Gurzon  a  affirmé  —  ce  qui  ne  peut  être  contredit  — que 
les  Alliés,  sur  la  Somme,  ont  capturé  loo.ooo  prison- 
niers, i5o  canons  lourds,  200  canons  de  campagne  et 
i.5oo  mitrailleuses. 

L'Entente  va  accréditer  des  diplomates  auprès  du 
Gouvernement  de  Salonique. 

Le  Gouvernement  d'Athènes  remet  une  note  à  l'En- 
tente, protestant  contre  l'occupation  des  îles  par  les 
vénizélistes  sous  la  protection  des  Alliés,  en  particulier 
contre  l'occupation  de  Syra  et  de  Zante. 

Neige  et  pluie  sur  le  front  de  Macédoine. 

La  Roumanie  fait  savoir  qu'on  n'a  jamais  évacué  la 
population  civile  de  Bucarest,  cette  ville  n'ayant  pas  été 
considérée  comme  une  place  forte  ;  mais  les  avions  alle- 
mands y  ont  tué  plus  de  2.000  civils. 

Le  croiseur  allemand  Prinz  Friedrich  WiUiplm  a 
échoué  sur  la  côte  du  Cattegat. 

L'ambassade  des  Etats-Unis  donne  l'assurance  à  l'An- 
gleterre que  le  capitaine  du  Caledonia  ne  sera  pas  fu- 
sillé. 

On  affirme  en  Allemagne  qu'un  certain  nombre  de 
puits  de  pétrole  roumains  sont  intacts. 

Briand  a  dit  au  Sénat  qu'il  y  avait  i.5oo.ooo  Anglais 
en  France. 

Parlant  des  propositions  de  l'Allemagne,  il  a  dit  : 
«  C'est  un  piège  et  c'est  une  manœuvre.  C'est  un  acte 
de  guerre.  » 

Lloyd  George,  débutant  aux  Communes,  dit  qu'une 
suggestion  allemande  ne  pourrait  être  accueillie  que  si 
l'ennemi  était  prêt  à  consentir  aux  seules  conditions 
qui  garantiraient  le  maintien  de  la  paix  :  «  Il  faut  que 
la  restitution  soit  complète.  Il  faut  que  la  réparation 
soit  complète.  Il  faut  que  les  garanties  soient  effectives.  » 

Pokrovsky  a  renouvelé,  au  Conseil  de  l'Empire,  les 
déclarations  faites  à  la  Douma  sur  les  offres  de  paix  de 
l'Allemagne. 

En  janvier  igiB,  nous  faisions  65. 000  obus  de  75  par  jour, 
mais  seulement  i.ooo  obus  lourds.  Six  mois  plus  tard,  ces 
chiffres  passaient  à  70.000  et  10.000,  grâce  à  l'emploi  de  la 
fonte   aciérée.  Aujourd'hui,   pour    100  obus  de  76  en   août 


DÉCEMBRE    1916  191 

1914,  nous  en  avons  4-ooo;  pour  100  obus  lourds,  9.000.  De 
mèiiic,  le  nombre  des  canons  de  76  a  été  multiplié  par  3o, 
celui  des  canons  lourds  par  24,  celui  des  fusils  par  3oo,  des 
mitrailleuses  par  170,  etc.  (Temps). 

Mercredi  20  décembre.  —  Le  Gouvernement  des 
Etats-Unis  adresse  aux  belligérants  une  note  demandant 
qu'ils  fassent  connaître  leurs  buts  de  guerre,  une  telle 
déclaration  devant  permettre  d'examiner  s'il  est  pos- 
sible de  mettre  fin  à  la  lutte  (Temps  du  28).  La  note 
spécifie  que  les  Etats-Unis  n'offrent  ni  la  paix  ni  même 
une  médiation  ;  elle  ajoute  qu'il  n'existe  aucun  lien 
entre  cette  note  et  celle  de  l'Allemagne,  que  les  Etats- 
Unis  se  sont  bornés  à  transmettre  aux  intéressés. 

On  dit  que  l'Autriclie  accumule  des  troupes  dans  le 
Trentin. 

Toute  la  Serbie  est  mise  au  pillage  par  les  Bulgares, 
qui  vendent  publiquement  le  butin. 

Bratiano  dit  que  les  revers  roumains  ont  eu  pour 
cause  l'insuffisance  ou  l'absence  de  réserves,  mais  que 
l'armée  roumaine  se  reconstitue,  recevant  de  France  et 
d'Angleterre  matériel  et  munitions. 

Nungesser  abat  son  21=  adversaire. 

Deux  sous-marins  allemands  sont  coulés  dans  la  baie 
de  Quiberon,  un  dans  l'Adriatique. 

Scheidemann  a  dit  k  La  Haye  que  les  déportations 
de  Belges  avaient  été  ordonnées  dans  un  intérêt  mili- 
taire par  Hindenburg. 

Le  Gouvernement  allemand  fait  annoncer  par  les 
journaux  que  la  conquête  de  la  Valachie  ne  peut  amé- 
liorer le  régime  alimentaire. 

Spitzmûïler  est  démissionnaire  ;  Charles  I^""  fait 
appeler  le  comte  Clam-Martinitz. 

A  la  suite  des  déclarations  de  Lord  Cecil  sur  l'arme- 
ment défensif  des  cargos,  l'Allemagne  aurait  décidé 
de  les  couler  sans  avertissement  et  de  traiter  leurs 
équipages  comme  des  corsaires. 

On  assure  que  la  Hollande  a  repoussé  les  propositions 
do  l'Allemagne,  lui  garantissant  l'immunité  pour  ses 
navires  en  échange  au  libre  passage  des  bouches  de 
l'Escaut. 


192  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

La  Hollande  prohibe  l'exportation  des  oies,  dindons, 
lapins,  ainsi  que  du  gibier. 

La  taxe  anglaise  sur  les  bénéfices  de  guerre  a  donné, 
jusqu'en  décembre,  i.843.ooo.ooo  de  francs. 

Le  Conseil  fédéral  suisse  interdit  une  conférence  de 
Tabbé  Wetterlé  à  Genève. 

On  fait  observer  (Journal  de  Genève)  que  l'Autriche 
a  déjà  levé  les  hommes  de  cinquante-cinq  ans,  alors 
que  la  Russie  n'a  pas  appelé  ceux  de  quarante  ans. 

L'ambassadeur  des  Etats-Unis,  William  Sharp,  s'est 
rendu  à  Vitrimont  près  de  Nancy,  village  que  recons- 
truisent à  leurs  frais  W.  Crocker,  de  San  Francisco,  et 
Miss  Daisy  Polk,  qui  y  a  fixé  sa  résidence.  A  son 
retour,  il  a  visité  la  cathédrale  de  Reims. 

Un  banquier  allemand  de  New-York,  Léopold  Zim- 
mermann,  annonce  la  suspension  probable  des  hostilités 
dans  quatre-vingt-dix  jours.  Les  compagnies  de  navi- 
gation allemandes  font  savoir  qu'elles  inscrivent  des 
passagers  pour  leurs  voyages  d'après  la  guerre. 

Jeudi  21  décembre.  —  Une  note  de  Lansing  pré- 
cise le  caractère  de  la  note  du  président  Wilson.  Elle 
déclare  que  les  Etats-Unis  sont  très  près  de  la  guerre, 
ce  qui  produit  une  panique  à  la  Bourse  de  New-York  ; 
Lansing  ajoute  alors  que  les  Etats-Unis  n'ont  nullement 
l'intention  de  se  départir  de  l^r  politique  de  neutralité. 

L'Entente  envoie  une  nouvelle  note  à  la  Grèce  for- 
mulant les  exigences  suivantes  :  défense  aux  réservistes 
de  se  réunir;  contrôle  des  postes,  télégraphes  et  che- 
mins de  fer;  libération  des  vénizélistes  emprisonnés; 
enquête  par  une  commission  mixte  sur  les  événements 
du  i^^  et  du  2  décembre. 

Depuis  le  i*""  décembre,  on  a  arrêté  à  Athènes 
268  vénizélistes,  dont  118  sont  restés  en  prison.  Beau- 
coup de  vénizélistes  distingués,  entre  autres  d'anciens 
ministres  et  des  professeurs,  affluent  à  Salonique;  le 
professeur  Sotériadis,  ami  de  la  France,  a  été  arrêté  à 
Athènes. 

Les  Bulgares  ne  cessent  de  bombarder  Monastir  et 
d'y  tuer  de  paisibles  habitants. 


DÉCEMBRE    1916  193 

Les  Russes  continuent  à  se  retirer  en  Dobrudja 
(900  prisonniers). 

La  mission  militaire  britannique  en  Roumanie  atteste 
que  les  puits  et  raffineries  de  pétrole  ont  été  détruits 
en  grande  partie  par  ordre  du  Gouvernement  roumain. 

Les  Anglais  ont  repris  El  Arish,  qui  était  depuis 
deux  ans  aux  maius  des  Turcs. 

Pendant  une  tempête,  deux  contre-torpilleurs  anglais 
se  perdent  dans  la  mer  du  Nord  (55  victimes). 

Les  officieux  allemands  sont  furieux  des  discours  de 
Briand  et  de  Lloyd  George.  La  Gazette  de  Cologne 
menace  d'une  guerre  sous-marine  et  aérienne  à  ou- 
trance. D'autres  écrivent  que  «.  la  main  tendue  pour  la 
paix  va  se  changer  en  un  poing  bardé  de  fer  ». 

Bassermann  réclame  des  annexions  et  condamne 
comme  des  utopies  les  projets  d'arbitrage  international. 
Scheidemann  déclare  que  ceux  qui,  en  Allemagne, 
songeraient  à  restituer  l'Alsace-Lorraine,  ne  seraient 
pas  pris  au  sérieux  Mais  BernstorfF  affirme  à  Washing- 
ton que  l'Allemagne  est  prête  à  discuter  la  réparation 
des  dommages  causés,  ainsi  que  toute  proposition 
relative  à  la  limitation  des  armements.  Un  haut  fonc- 
tionnaire de  l'ambassade  a  dit  :  «  Nous  sommes  prêts 
k  discuter  les  propositions  des  Alliés,  même  au  sujet 
des  dommages;  le  coût  de  six  mois  de  guerre  suffirait 
à  payer  bien  des  indemnités  !  >)  Ainsi  s'affirme  une  fois 
de  plus  la  duplicité  de  l'Allemagne,  soufflant  à  la  fois 
le  froid  et  le  chaud. 

Gérard  retourne  à  Berlin. 

Une  nouvelle  maladie,  née  d'aliments  préparés  chi- 
miquement, ravage  la  population  infantile  de  Hambourg 
et  des  environs  ;  on  l'appelle  le  cancer  de  la  marmelade. 

Clam  IMartinitz  forme  un  ministère  k  Vienne. 

«  Quel  que  soit  l'avenir  de  la  Belgique  au  point  de  vue  de 
la  prospérilc  malérielle,  elle  est  déjà  devenue,  dans  les  esprits 
dos  hommes,  un  éclatant  symbole  ;  plus  que  tout  autre  élé- 
ment d'un  monde  nouveau,  après  la  paix,  c'est  elle  qui 
rendra  impossible  à  tout  jamais  le  renouvellement  d'un 
pareil  crime,  car  le  crime  commis  isux  dépens  delà  Belgique 
ne  sera  jamais  oublié.  »  ÇYew-Vork  Nation,  p.  585.) 

128.    CHRONOLOGIE    DE    I.\    GUEHHE  13 


194  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

Les  Communes  votent  l'incorporation  d'un  million 
d'hommes. 

Répondant  à  deux  députés  qui  désirent  connaître  les 
conditions  de  l'Allemagne,  Bonar  Law  rappelle  que  la 
guerre  a  été  imposée  au  monde  par  l'Allemagne  et  que 
celle-ci  ne  peut  être  convaincue  que  par  la  force  des 
armes.  La  paix  n'arrivera  pas  sans  que  le  plus  grand 
crime  de  l'histoire  ait  été  puni. 

Une  grève  (5.ooo  ouvriers  et  ouvrières)  éclate  dans 
les  usines  Panhard  à  Ivry. 

Vendredi  22  décembre.  —  Bombardement  conti- 
nuel des  nouvelles  positions  françaises  devant  Verdun. 

Le  transport  des  troupes  grecques  de  Thessalie  dans 
le  Péloponnèse  a  commencé  ;  mais  Constantin,  qui  se 
dit  malade,  laisse  entendre  qu'il  ne  pourra  être  conti- 
nué ((  qu'après  la  solution  des  événements  actuels  ». 

Lemnos  a  proclamé  la  déchéance  de  Constantin  et 
acclamé  Venizelos. 

Il  y  a  maintenant  8.076  officiers  grecs  l'alliés  au 
gouvernement  national. 

Le  Parlement  roumain  s'est  réuni  k  Jassy  ;  le  Roi  a 
déclaré  vouloir  poursuivre  la  guerre  jusqu'à  la  victoire 
(discours  dans  le  Temps  du  27). 

Les  Bulgares  prennent  Tulcea,  sur  le  bras  inférieur  du 
Danube,  interrompant  tous  les  ti^ansports  russes  sur  le 
fleuve  ;  les  Russes  ne  disposent  plus  que  des  chemins 
de  fer  de  Reni  et  de  Jassy. 

Progrès  anglais  sur  la  rive  droite  du  Tigre  vers  Kut. 

Des  hydravions  italiens  bombardent  le  port  de  Pola 
et  rentrent  indemnes. 

Le  Prinz  Friedrich  Wilhelm,  échoué,  a  été  renfloué. 

Les  journaux  de  Berlin  repoussent  avec  humeur  la 
demande  de  Wilson,  qui  a  causé  une  profonde  surprise. 

On  remarque  que  les  milieux  commerciaux  alle- 
mands deviennent  pacifiques. 

Le  Comité  socialiste  avait  convoqué  une  réunion  à 
Leipzig  avec  ce  programme  :  0  le  peuple  et  la  paix  ». 
Cette  réunion,  qui  devait  demander  au  Gouvernement 
de  faire  connaître  ses  buts  de  guerre,  a  été  interdite. 


DÉCEMBRE    1916  195 

Un  Berlinois  haut  placé  a  écrit  à  un  ami  en  Suisse  : 

«  Nous  manquons  absolument  de  tout.  C'est  terrible.  Il  est 
impossible  que  l'Allemagne  tienne  encore  longtemps.  » 

La  Chambre  française  institue  une  taxe  militaire  et 
vote  l'ensemble  des  crédits  de  guerre. 

Times  :  «  Négocier  avec  l'agresseur  se  posant  en  vain- 
queur serait  un  crime  envers  nos  morts,  envers  les  généra- 
tions futures.  Nous  ne  pouvons  écouter  les  suggestions  de 
Wilson.  » 

Temps  :  «  La  note  américaine  repose  sur  l'axiome  suivant  : 
Bethmann-Holwcg  parle  de  la  paix  à  peu  près  de  la  même 
façon  que  les  ministres  de  l'Entente  \  il  veut  comme  eux 
assurer  les  droits  des  petits  peuples  ;  donc,  la  paix  doit  être 
possible.  C'est  ici  qu'apparaît  l'erreur  fondamentale  de 
M.  Wilson,  car,  pour  juger  ce  que  les  deux  groupes  de 
belligérants  disent  et  pensent  de  la  paix,  peut-on  faire 
abstraction  de  ce  fait  capital,  que  l'un  l'a  délibérément  rom- 
pue, tandis  que  l'autre  a  tout  fait  pour  la  sauvegarder?  » 

George  V,  dans  son  discours  du  trône,  dit  que  la 
poursuite  énergique  de  la  guerre  doit  être  l'unique 
souci  de  l'Angleterre  jusqu'à  ce  qu'elle  ait  rétabli  les 
droits  violés  par  ses  ennemis  et  fondé  la  sécurité  de 
l'Europe  sur  une  base  solide. 

La  Société  anti-esclavagiste  anglaise  a  envoyé  une 
protestation  aux  neutres  contre  les  déportations  des 
Belges  et  des  Français  en  Allemagne. 

Le  Landsthing,  par  4o  voix  contre  19,  approuve  la 
vente  des  Antilles  danoises  aux  Etats-Unis. 

Le  général  Lyautej,  ministre  de  la  Guerre^  arrive  à 
Paris. 

Civrieux  se  demande  {Matin)  si  l'Allemagne  ne 
médite  pas  de  violer  la  neutralité  de  la  Suisse  pour 
attaquer  la  vallée  de  la  Saône  et  la  région  lyonnaise. 

«  Cette  guerre  sera  l'églée  par  les  nations  qui  possèdent 
des  canons,  et  non  par  celui  qui  défend  les  libertés  du 
monde  avec  une  machine  à  écrire.  »  (Toronto  Telegram.) 

On  affirme  que  de  grandes  quantités  de  charbon  ont 
été  découvertes  en  Islande  (200  millions  de  tonnes). 

Le  boycottage  des  marchandises  allemandes  s'étend 
au  Brésil. 


196  CHRO>;OLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Samedi  23  décembre.  —  Les  Allemands  attaquent 
vers  Boesiiighe  ;  l'artillene  est  très  active  sur  le  front 
anglais  de  la  Somme. 

Vif  bombardement  au  nord  de  Verdun. 

Le  roi  Constantin  félicite  les  troupes  grecques  qui  ont 
préservé  l'ordre  (?)  le  i"  décembre.  Il  demande  un  sauf- 
conduit  iiour  des  médecins  allemands  en  vue  d'une  opé- 
ration (diplomatique?). 

Les  rovalistes  d'Athènes  appellent  Venizelos  \e  diable 
Cretois,  le  Satan  de  Saloniqae,  etc. 

Un  officier  grec  qui,  le  i*^""  décembre,  a  arrêté  un 
secrétaire  de  la  légation  britannique,  est  puni  de  quinze 
jours  de  prison. 

La  situation  allemande  en  Valachie  est  devenue  diffi- 
cile, les  routes  étant  transformées  en  marais  et  les  Russes 
faisant  mine  de  contre-attaquer  (Sfrassburf/er  Posf). 

Raids  d'avions  anglais  dans  la  région  d'El-Arish 
jusqu'à  Bersheba.  Les  Anglais  font  i.35o  prisonniers 
et  prennent  un  nombreux  matériel  au  sud-est  d'El- 
Arish. 

Tous  les  cargos  français  seront  désormais  armés  pour 
la  défensive. 

On  dit  à  Milan  que  la  flotte  française,  depuis  août 
1914,  s'est  renforcée  de  84.000  tonnes,  représentées  par 
des  cuirassés  très  modernes  et  des  navires  de  types  nou- 
veaux. 

Dans  la  nuit  du  22  au  28,  combat  naval  sans  résultats 
précis  dans  le  canal  d'Otrante. 

Un  sous-marin  allemand  coule  un  navire  espagnol 
qui  portait  du  minerai  de  Bilbao  en  Angleterre.  Il  j  a 
des  espions  allemands  dans  les  ports  espagnols. 

Alors  que  les  journaux  anglais  soupçonnent  la  note  de 
Wilson  de  favoriser  l'Allemagne,  plusieurs  journaux 
allemands  disent  qu'elle  est  l'œuvre  de  l'Angleterre. 
L'Allemagne  ne  répondra  pas  avant  que  l'Entente  se  soit 
déclarée  prête  à  négocier. 

Une  note  prudente  de  l'agence  Wolff  dit  qu'une 
partie  de  la  presse  allemande  salue  avec  sympathie  la 
note  de  Wilson,  tandis  que  d'autres  y  voient  une  tenta- 
tive d'aider  les  Anglais. 


DÉCEMBUE    1916  197 

La  Gazette  populaire  de  Cologne  éci'it  : 

«  Les  Etats-Unis  ont  placé  leur  argent  clans  les  affaires  de 
l'Entente;  ils  ont  donc  Intérêt  à  ce  qu'elle  obtienne  les 
meilleures  conditions  afin  de  rester  solvable.  Par  suite,  ils 
ne  peuvent  jouer  le  rôle  d'un  médiateur  impartial,  abstrac- 
tion faite  de  la  personnalité  du  président  qui  va  jusqu'à 
menacer  l'Allemagne  de  la  guerre.  » 

On  lit  dans  la  Liberté  : 

«  La  note  rédigée  à  la  Maison  Blanche  est  conçue  en  termes 
qui  obligent  en  quelque  sorte  l'Allemagne  à  abattre  son  jeu. 
Or,  elle  n'en  veut  rien  faire.  » 

En  Autriche,  Burian  est  nommé  aux  Finances.  Hohen- 
lohe  est  démissionnaire.  Tisza  est  le  vrai  maître  de  l'Au- 
triche-Hongrie. 

Briand  obtient  un  vote  de  confiance  au  Sénat  (194 
voix  contre  07). 

Ouverture  à  Paris  du  Congrès  socialiste  national. 

La  France  interdit  l'importation  de  l'alcool  et  des  li- 
queurs. 

On  rappelle  de  divers  côtés  l'offre  de  médiation  fuite 
par  Napoléon  ITI  en  i863  et  la  réponse  ferme  d'Abraham 
Lincoln  :  le  président  entendait  mener  la  guerre  jusqu'à 
sa  conclusion  logique,  la  victoire. 

Le  Conseil  fécléral  suisse  fait  savoir  aux  belligérants 
qu'il  est  prêt  à  s'employer  en  faveur  de  la  paix. 

Le  Libéral  (Madrid)  s'étonne  que  Wilson  devienne  si 
subitement  philanthrope  après  sa  longue  impassibilité 
devant  les  crimes  allemands  en  Belgique. 

La  guerre  coûte  112  millions  par  jour  à  la  Russie. 

La  Canada  a  déjà  fourni  870.000  hommes  et  eu  a 
perdu  65. 000.  Les  usines  de  guerre  emploient  100.000 
travailleurs. 

Dimanche  24  décôuibre.  —  Coup  de  main  anglais 
dans  la  région  d'Hébuterne. 

Une  attaque  allemande  en  Champagne  est  repoussée. 

Les  effets  du  blocus  commencent  à  se  faire  sentir  à 
Athènes. 

Une  messe  de  Requiem  est  célébrée  à  l'église  grecque 
de  Paris  à  la  mémoire  des  marins  victimes  du  guet- 


193  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

apens  du  i*""  décembre.  Le  prince  George  de  Grèce  y 
assiste. 

Les  Russes  ont  abandonné  Isaccea  et  Tulcea.  Les  Alle- 
mands accentuent  leurs  attaquent  dans  la  région  de 
Rimnicu-Sarat. 

Constitution  à  Jassy  d'un  ministère  national  avec  de 
nouveaux  membres  (ïake  Ionesco,  Istrati,  etc.). 

La  Gazette  du  Rhin  et  de  Westphalie  reconnaît  qu'un 
officier  anglais,  le  major  Thompson,  a  détruit  les  puits 
de  pétrole  en  Roumanie. 

Heurteaux  abat  son  i4*  adversaire. 

Le  sémaphore  de  Sagres  (Portugal)  signale  un  très 
grand  sous-marin  allemand. 

Le  Pape,  recevant  le  Sacré  Collège,  renouvelle  ses 
exhortations  à  la  paix  et  rappelle  les  mots  du  psalmiste  : 
Jiistitia  et  pax  osculatœ  siint,  espérant  qu'ils  trouveront 
une  nouvelle  application. 

L'Osservatore  romano  approuve  la  note  de  Wilson  et 
dit  qu'elle  vient  au  moment  opportun. 

La  presse  allemande,  par  ordre,  change  de  ton  et 
ménage  les  Etats-Unis. 

Le  baron  von  Eckardstein,  diplomate  prussien,  est 
enfermé  à  la  prison  de  Moabit  pour  avoir  tenu  dans  un 
cercle  de  Berlin  des  propos  contre  Zimmermann. 

On  publie  {Liberté)  une  lettre  d'un  feldwebel  à  sa 
femme;  il  espère  que  la  perspective  de  paix  tentera  les 
adversaires  de  l'Allemague;  mais  «  il  faudra  pour  cela 
que  nous  soyons  rais(  nnables  et  surtout  que  nous  ca- 
chions notre  véritable  situation  ». 

On  lit  dans  la  Gazette  de  Francfort  : 

«  Si  nous  concluons  la  paix,  il  faudra  que  ce  soit  une  paix 
qui,  en  Orient  et  dans  les  Balkans,  soit  fondée  sur  nos 
victoires  ;  en  Occident,  sur  une  entente.  La  situation  n'est  pas 
telle  que  nous  puissions  réaliser  tous  les  buts  que  nous  nous 
sommes  proposés,  mais  nous  pouvons  obtenir  une  paix 
avantageuse.  Il  est  inutile  de  répéter  que  l'Alsace-Lorraine 
est  allemande;  nous  n'en  céderons  pas  un  centimètre.  » 

La  Gazette  de  Voss  déclare  que  l'Allemagne  n'accep- 
tera jamais  de  siéger  à  une  conférence  où  les  neutres 
seraient  admis  à  prendre  part. 


DÉCEMBRE    1916  199 

Le  comte  Czernin  devient  ministre  des  Affaires  étran- 
gères dans  le  Cabinet  Clam-Martinitz. 

Temps  :  «  Ou  la  paix  sera  organisée  contre  le  retour  de 
l'agression,  ou  elle  ne  sera  pas...  Pour  ne  pas  vouloir  ins- 
crire dans  leurs  notes  cette  vérité  morale,  les  Etats-Unis,  la 
Suisse  et  ceux  des  neutres  qui  prendraient  à  leur  compte  la 
note  américaine  se  condamnent  d'avance  à  l'impuissance.  » 

Un  traité  d'exportation  est  signé  entre  l'Allemagne 
et  la  Hollande,  pour  la  fourniture  de  laitage,  de  viande, 
d'œufs  et  de  fruits. 

Le  Président  de  la  République  portugaise,  B.  Ma- 
chado,  annonce  à  un  correspondant  américain  que  des 
contingents  portugais  vont  être  envoyés  en  France  et  en 
Flandre. 

L'opinion  commence  à  reconnaître,  en  Angleterre, 
que  la  note  de  VVilson  n'est  pas  hostile  aux  Alliés. 

Le  général  Envert,  dans  un  ordre  du  jour  à  l'armée 
russe  du  Nord,  dit  que  la  situation  désespérée  des 
Allemands  explique  tout  leur  besoin  de  négocier. 

On  lit  dans  le  New-York  Times  : 

«  L'Allemagne  doit  se  décider  si  elle  soumettra  des  condi- 
tions de  paix  acceptables  aux  Alliés,  ou  si  elle  continuera  la 
guerre  au  risque  d'y  voir  participer  l'Amérique  à  côté  des 
Alliés  :  voilà  la  signification  de  la  note  du  président.  L'Amé- 
rique étant  neutre,  son  président  ne  pouvait  s'adresser  à 
l'Allemagne  seule  pour  lui  demander  ses  termes  de  paix  ; 
mais  c'est  la  réponse  de  l'Allemagne  seule  qui  importe,  celle 
des  Alliés  étant  connue  d'avance.  » 

Lundi  25  décembre.  —  Grande  activité  de  l'artil- 
lerie sur  le  front  britannique. 

Lutte  violente  d'artillerie  au  nord  de  Monastir. 

Une  bombe  fait  explosion  à  Salonique,  tuant  le  por- 
teur ;  on  croit  qu'il  avait  mission  de  tuer  Venizelos. 

A  Athènes,  une  foule  conduite  par  le  métropolitain  se 
rend  au  Champ  de  Mars;  chacun  jette  une  pierre  dans 
un  grand  trou  en  criant  anathème  à  Venizelos,  puis  on 
le  brûle  en  effigie. 

Une  bataille  presque  continue  est  engagée  depuis  les 
Carpathes  boisées  jusqu'au  Danube,  au  sud  de  Braïla. 
Les  Russes  ont  repoussé  l'ennemi  au  nord  de  la  vallée 


200  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

de  rUzu  ;  les  Roumains  ont  reculé  sur  la  Kasina,  affluent 
duTrotus.  Les  Allemands  prennent  d'assaut  Filipesti  ;  ils 
disent  avoir  fait,  dans  ces  derniers  jours,  5.5oo  prison- 
niers russes.  En  Dobrudja,  les  Russes  ne  tiennent  plus 
que  Macin. 

On  calcule  qu'il  reste  à  la  Roumanie  à  peu  près 
Soo.ooo  hommes,  dont  lôo.ooo  entraînés. 

A  Zurich,  le  bruit  court  que  le  Palais  Royal  et  le 
Musée  de  Bucarest  ont  été  complètement  pillés. 

De  nouveaux  modèles  d'avions  sont  signalés  dans  les 
troupes  allemandes  devant  Monaslir. 

La  Baltique  et  le  Sund  sont  pleins  de  mines  flot- 
tantes. 

A  l'occasion  de  la  Noël,  les  journaux  allemands 
publient  des  articles  annonçant  des  événements  pro- 
chains qui  affirmeront  la  supériorité  des  Empires  cen- 
traux (Temps  du  27). 

Les  i5o  kilos  de  pommes  de  terre  qui  devaient  suffire 
k  chaque  habitant  jusq'au  19  avril  doivent  désormais 
constituer  sa  provision  jusqu'au  20  juillet.  Les  graisses, 
depuis  le  i5,  ne  sont  fournies  qu'à  raison  de  i25  gram- 
mes par  semaine. 

La  ligue  navale  adresse  une  supplique  au  Gouverne- 
ment, exposant  que  l'existence  économique  de  l'Alle- 
magne est  inconcevable  si  la  Belgique  rede\dent  ce 
qu'elle  était  avant  la  guerre;  toute  concession  sur  ce 
point  serait  une  défaite. 

Séance  tumultueuse  au  congrès  socialiste  de  Paris. 
Vandervelde,  Henderson  et  Roberts  affirment  la  néces- 
sité de  mener  jusqu'au  bout  la  lutte  pour  le  droit. 

Le  Temps  recommande  à  Wilson  la  lecture  du  rap- 
port du  docteur  allemand  Martin  Niepage,  maître  supé- 
rieur à  l'école  réale  allemande  d'Alep,  qui  a  vu  de  près 
le  massacre  des  Arméniens,  sous  la  direction  des  Alle- 
mands et  avec  leur  complicité.  Les  détails  donnés  par  ce 
professeur  sont  eff"rayants. 

Le  ministre  anglais  des  colonies  convoque  une  (<  con- 
férence de  guerre  de  l'Empire  »  à  Londres. 

Les  Etats-Unis  invitent  le  Brésil  à  prendre  part  à  l'ac- 
tion pacifique. 


DÉCEMBRE    1916  201 

Dans  la  Staats-Zeitung  de  New- York,  Bernstorff 
publie  un  «  nnessage  de  Noël  »  : 

«  L'Allemagne  est  prête  à  suivre  Wilson.  Elle  est  confiante 
dans  sa  propre  force,  mais  non  arrogante.  Elle  ne  réclame 
pas  de  territoires  étrangers,  mais  elle  demande  à  être  assu- 
rée contre  une  attaque  future  et  contre  une  alliance  qui 
menace  la  paix  du  monde.  » 

Le  Correspondant  définit  ainsi  la  politique  de 
Wilson  : 

«  Une  politique  d'impartialité  en  paroles  et  d'amitié  pour  les 
Alliés  en  action.  » 

Von  Bussche,  sous-secrétaire  d'Etat,  donne  une  entrevue 
pour  l'Amérique.  Il  dit  que  tous  les  belligérants  s'accordent 
dans  leur  désir  de  la  paix  ;  ils  demandent  aussi  que  les 
neutres  soient  protégés.  La  note  de  Wilson  a  été  accueillie 
avec  sympathie  en  Allemagne;  on  saura  bientôt  si  l'Entente 
refuse  de  causer. 


Mardi  26  décembre.  —  Les  Italiens  ont  gagné 
3oo  mètres  sur  le  Carso. 

Une  note  du  Matin  fait  observer  que  la  France  seule 
renforce  actuellement  l'armée  de  Salonique,  qui  risque 
de  trouver  devant  elle  les  forces  rendues  libres  dans  la 
Dobrudja. 

Les  Roumains  ont  repris  les  hauteurs  perdues  dans 
la  vallée  de  la  Kasina. 

Au  sud-ouest  de  Rimnicu,  après  cinq  jours  de  com- 
bats, les  Allemands  font  reculer  les  Russes  sur  un  front 
de  17  kilomètres  (depuis  vendredi,  8.3oo  prisonniers). 
La  bataille  a  coûté  des  pertes  énormes  aux  Allemands. 

Les  fugitifs  de  Valacnie  et  de  Moldavie  encombrent 
les  routes  vers  la  frontière  russe  et  présentent  un  spec- 
tacle désolant  {Daily  Mail,  3  janvier  191 7). 

Pokrovsky  dit  aux  journalistes  que  la  Russie  n'aban- 
donne nullement  la  Roumanie  ;  les  deux  pays  ne  for- 
ment cju'un  front  unique  et  inébranlable,  tant  politique 
que  militaire. 

Heurteaux  abat  son  1 5"^  adversaire,  Guynemer  son  24*. 

Des  avions  anglais  bombardent  Galata  (presqu'île  de 
Gallipoli). 

128.  cuRONorOfiiE  nE  la  guerre  ♦ 


202  CHRONOLOGIE    DE    LA   GUERRE 

L'Américain  K.  von  Wiegand,  de  retour  à  New-York, 
dit  que  l'Allemagne  est  à  bout  de  ressources  alimen- 
taires et  désire  désespérément  la  paix. 

Max  Hochschiller  {Temps)  écrit  que  la  situation  éco- 
nomique de  l'Allemagne  est  très  grave,  la  crise  de 
transports  se  compliquant  d'ime  crise  de  main-d'œuvre 
spécialisée. 

Temps  :  «  La  note  américaine  a  provoqué  plus  de  trouble 
aux  États-Unis  et  en  Allemagne  que  dans  les  pays  de  l'En- 
tente. Chez  les  Alliés,  pas  un  flottement,  pas  une  hésitation. 
Ils  ont  rendu  hommage  aux  intentions  de  M.  Wilson.  Mais 
ils  ont  montré  fermement  pourquoi  sa  méthode  est  mau-  ' 
vaise.  » 

Par  423  voix  contre  4?)  la  Douma  proteste  contre 
l'interdiction  du  congrès  des  zernstvos  k  Moscou. 

Pokrovsky  réitère  aux  représentants  de  la  presse  la 
volonté  de  la  Russie  de  lutter  jusqu'à  la  victoire.  La 
Russie  apprécie  hautement  les  motifs  de  Wilson,  mais 
partage,  sur  ses  idées,  l'opinion  de  la  presse  ru.sse.  Le 
ministre  a  ajouté  que  l'Entente  ne  tolérerait  plus  l'atti- 
tude équivoque  de  la  Grèce. 

Une  grande  réunion  a  eu  lieu  h.  l'Hôtel  de  Ville  de 
Petrograd.  Plusieurs  orateurs  y  ont  traité  du  rôle  de  la 
France  dans  la  guérite.  Milioukov  a  exprimé  l'assurance 
que  les  propositions  de  l'Allemagne  ne  trouveraient 
aucun  écno  clans  l'âme  française. 

Mercredi  21  décembre.  —  Joffre  est  élevé  h.  la 
dignité  de  maréchal  de  France.  Le  dernier  avait  été 
Mac-Mahon  (f  1895). 

Grande  activité  de  l'artillerie  sur  le  front  Vacherau- 
ville — Vaux. 

On  affirme  que  les  transferts  de  troupes  grecques 
dans  la  Morée  sont  une  comédie  ;  les  troupes  emmènent 
|)eu  d'aiHillerie  et  les  régiments  paraissent  très  ré- 
duits. 

Les  îles  de  Psara  et  d'Imbros  proclament  la  dé- 
chéance de  Constantin. 

Le  général  de  Lacroix  écrit  dans  le  Temps  : 

«  De  quelque  façon  qu'elle  se  produise,  une  offensive  aile- 


DÉCEMBRE    1916  203 

mande  sur  Salonique  serait  une'^  entreprise  grosse  de  difficul- 
tés et  n'aurait  qu'un  intérêt  secondaire.  « 

Les  Allemands  sont  arrêtés  au  sud  de'^Braïla,  près  de 
Viziru  ;  mais  les  Bulgares  ont  encore  refoulé  les  Russes 
en  Dobrudja,  au  sud  de  Lunkavitza. 

Les  monitors  russes,  sur  le  Danube,  bombardent 
Mahmadia,  Tulcea  et  Isaccea. 

Treize  avions  britanniques  bombardent  les  hauts  four- 
neaux de  Dillingen  ;  des  avions  français  bombardent 
les  usines  de  Thionville,  de  Briey,  de  Rombach,  avec 
la  coopération  de  dirigeables. 

Guynemer  abat  son  aô*  adversaire,  Heurteaux 
son  i6*. 

Des  avions  anglais  détruisent  le  pont  de  Chikal  à 
l'est  d'Adana. 

Le  cuirassé  Gaulois  est  coulé  entre  Corfou  et  Salo- 
nique; quatre  victimes. 

L'Allemagne  répond  à  Wilson.  Sa  communication  a 
été  reçue  dans  un  esprit  amical.  Le  Gouvernement  alle- 
mand, dans  le  sens  de  ses  déclarations  du  12  décembre, 
propose  la  réunion  immédiate  des  délégués  des  belligé- 
rants dans  une  ville  neutre.  Mais  son  grand  souci  a'é- 
viter  des  guerres  futures  ne  peut  prendre  corps  qu'après 
la  fin  de  la  guerre  présente.  —  La  réponse  autrichienne 
est  calquée  sur  celle  de  l'Allemagne  et  réitère  la  der- 
nière réserve.  — En  somme,  Wilson  avait  demandé  aux 
Empires  centraux  leurs  buts  de  guerre  ;  il  ne  lui  a  pas 
été  répondu. 

La  réponse  allemande  a  été  télégraphiée  aux  journaux 
avant  d  être  reniise  au  président,  ce  qu'on  juge  peu 
convenable  aux  Etats-Unis. 

Des  4oo  Belges  enlevés  à  Arlon  le  3  novembre  et 
envoyés  à  Halle  (Saxe),  il  n'y  avait  pas  un  seul  chô- 
meur. 

Repington  {limes)  insiste  sur  l'importance  majeure 
du  front  occidental  et  les  facilités  qu'il  offre  à  l'emploi 
des  forces  anglaises,  énormément  accrues. 

Le  congrès  socialiste  national  à  Paris  adopte,  par 
33  voix  contre  3,  une  formule  patriotique  : 

Les  socialistes  des  pays  de  l'Entente  ne  veulent  pas  l'écra- 


204  CHRONOLOGIE    DE^LA   GUERRE 

sèment  de  l'Allemagne,  mais  la  libération  des  peuples.  Dans 
toute  l'Europe,  de  l' Alsace-Lorraine  aux  Balkans,  les  popu- 
lations annexées  par  la  force  doivent  recouvrer  le  droit  de 
disposer  d'elles-mêmes.  La  note  des  puissances  centrales 
n'est  pas  une  proposition  de  paix.  Les  gouvernements  de 
l'Entente  doivent  déclarer  qu'ils  sont  prêts  à  mettre  fin  à  la 
guerre  sous  la  condition  que  de  justes  réparations  soient 
accordées  par  les  Empires  centraux  et  que  soient  fondées  les 
garanties  d'une  paix  organisée  et  durable.  La  société  des 
nations,  chimère  d'hier,  devient  réalité  possible  de  demain. 
Les  grandes  voies  de  communication  maritimes  doivent  être 
internationalisées.  Plus  de  diplomatie  secrète;  arbitrage  obli- 
gatoire ;  sanctions  internationales  ;  limitation  des  armements. 
Le  salut  du  monde  est  à  ce  prix. 

On  donne  des  détails  (Temps  du  28)  sur  l'immense 
accroissement  de  la  production  des  canons  et  des  mu- 
nitions en  Angleterre. 

La  Suède  a  remis  au  Gouvernement  anglais  une  note 
sur  la  paix. 

Le  Gouvernement  espagnol  proteste  a  Berlin  contre 
la  guerre  sous-marine  dans  la  mesure  où,  affectant  la 
marine  marchande  de  l'Espagne,  elle  viole  l'article  i 
de  la  Convention  de  La  Haye. 

Le  Tsar  publie  un  manifeste.  L'Allemagne,  se  sen- 
tant faiblir,  offre  d'entamer  des  négociations  de  paix. 
Les  Alliés,  de  leur  côté,  ne  veulent  entrer  en  pourpar- 
lers qu'au  moment  qui  leur  conviendra  et  qui  n'est  pas 
arrivé  encore.  La  Russie  n'a  pas  encore  chassé  l'en- 
nemi ;  elle  n'a  pas  pris  Constantinople  et  les  Détroits  ; 
elle  n'a  pas  créé  la  libre  Pologne,  composée  de  trois 
parties  jusqu'ici  séparées.  Ces  choses  doivent  être  faites 
pour  permettre  de  conclure  une  paix  telle  que  les  géné- 
rations futures  nous  béniront. 

On  dit  à  Washington  qu'une  des  raisons  qui  motivè- 
rent l'envoi  de  la  note  Wilson  est  le  désir  du  Gouverne- 
ment américain  d'être  représenté  à  la  conférence  de 
la  paix  et  de  prendre  part  à  la  discussion  des  conditions. 
Or,  la  réponse  de  l'Allemagne  refuse  d'admettre  les 
neutres  a  toute  délibération  de  ce  genre. 

Jeudi  28  décembre.  —  Les  Français  et  les  Anglais 


DÉCEMBRE    1916  205 

pénètrent  continuellement  dans  les  lignes  allemandes 
et  y  font  des  dégâts  {Liberté  du  2g). 

Violente  attaque  allemande  sur  un  front  de  3  kilo- 
mètres, de  l'ouest  de  la  cote  3o4  jusqu'à  l'est  du  Mort- 
Homme.  Nous  avons  perdu  une  tranchée  au  sud  du 
Mort-Homme,  avec  quelque  matériel. 

Les  Grecs  n'ont  encore  transporté  en  Morée  que 
8.000  hommes  et  3o  canons.  On  assure  que  des  officiers 
reviennent  en  civil  de  Morée  a  Larissa. 

Les  Russes  reculent  un  peu  sur  la  frontière  moldave  ; 
les  Roumains  perdent  du  terrain  au  nord  et  au  sud  de 
la  Kasina. 

On  dit  à  Rome  que  l'Autriche,  en  1916,  a  perdu 
i4  sous-marins. 

L'U-46  a  été  coulé  près  de  Belle-Isle  par  le  torpilleur 
Gabion. 

Le  vapeur  anglais  S.  Théodore,  capturé  par  un  cor- 
saire allemand,  a  été  transformé  en  corsaire. 

Les  dépôts  d'artillerie  de  Halberstadt,  près  de  Dresde, 
ont  sauté,  allumant  de  grands  incendies. 

Les  groupes  pangermanistes  des  provinces  du  Rhin 
protestent  contre  l'immixtion  des  neutres  dans  les  négo- 
ciations relatives  à  la  paix. 

La  Gazette  de  Co/o^ne  annonce  que  l'Etat-maj or  alle- 
mand fait  creuser  des  tranchées  le  long  de  la  frontière 
hollandaise  pour  empêcher  les  Anglais  de  violer  la  fron- 
tière de  la  Hollande  (  !). 

L'exportation  hollandaise  en  Allemagne  a  beau- 
coup diminué.  La  Hollande  a  envoyé,  en  novembre 
1916,  172.000  kilos  de  mouton  en  Angleterre  et  n'en  a 
pas  envoyé  du  tout  en  Allemagne. 

La  Gazette  de  Francfort  dit  que  l'avantage  de  la 
conférence  proposée  par  l'Allemagne  serait  de  surex- 
citer le  désir  de  paix  des  peuples  au  point  qu'on  ne 
pourrait  se  séparer  sans  arriver  a  un  résultat. 

On  reconnaît,  même  en  Allemagne,  que  la  réponse  à 
la  note  américaine  n'est  qu'une  fin  de  non-recevoir,  un 
refus.  Seuls,  les  journaux  autrichiens  prétendent  que  la 
Quadruple  Alliance  marche  aujourd'hui  de  concert  avec 
Wilscn. 


206  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

L'Allemagne  répond  à  la  note  de  la  Suisse  en  renou- 
velant la  proposition  d'une  conférence  des  belligérants 
seuls,  et  en  insistant  sur  l'idée  que  l'œuvre  à  entre- 
prendre pour  empêcher  les  guerres  futures  ne  pourra 
être  commencée  qu'après  la  paix. 

On  dit  que  les  chimistes  allemands  ont  trouvé  un 
bon  procédé  pour  extraire  l'huile  de  la  houille. 

L'Union  des  travailleurs  de  Vienne,  après  un  discours 
de  Victor  Adler,  télégraphie  ses  remerciements  à 
Wilson. 

Sieghart,  gouverneur  du  Crédit  foncier  autrichien, 
est  obligé,  sur  la  demande  de  Charles  I^"",  de  donner 
sa  démission. 

L'Autriche  appelle  la  classe  1898. 

Latapie  écrit  dans  la  Liberté  : 

«  Personne  ne  souffre  réellement  en  France  ;  la  misère  est 
même  moins  cruelle  qu'en  temps  de  paix;  le  travail  et  l'as- 
sistance ont  pourvu  aux  besoins  de  tous  les  foyers.  » 

Romanonès  dément  que  l'Espagne  ait  adhéré  aux 
notes  des  États-Unis  et  de  la  Suisse. 

On  lit  dans  le  World  de  New- York  : 

«  La  réponse  de  l'Allemagne  démontre  que  son  offre  initiale 
n'était  ni  sincère  ni  honnête.  L'acte  du  président  a  eu  pour 
effet  de  faire  tomber  le  masque  allemand.  » 

Le  même  journal  prévoit  que  l'Amérique  pourra 
être  entraînée  dans  le  tourbillon  de  la  guerre  et  réclame 
à  nouveau  des  précisions  sur  les  buts  poursuisàs. 

Vendredi  29  décembre.  —  Une  attaque  alle- 
mande sur  BeauséjouF  est  repoussée. 

Les  Turcs  bombardent  Ténédos. 

Les  réservistes  grecs  commettent  des  excès  et  arrê- 
tent des  vénizélistes  à  Volo  et  à  Larissa.  Gounaris  pro- 
nonce à  Larissa  un  violent  discours  contre  l'Entente. 
UEinbros  demande  ouvertement  que  la  Grèce  fasse 
cause  commune  avec  les  Empires  centraux. 

On  dément  à  Rome  que  le  roi  de  Grèce  aurait  loué  les 
troupes  pour  leur  conduite  le  i^"^  décembre.  Il  les  a  louées 
seulement  pour  avoir  tenu  tête  aux  émeutiers  d'Athènes  le 
i4  (Journal  de  Genève  du  3o). 


DÉCEMBRE    1916  207 

Continuant  leur  attaque  en  Moldavie,  les  Impériaux 
prennent  Bordesti;  en  Dobrudja,  ils  prennent  Rakel. 
Les  Autrichiens  exercent  une  forte  pression  dans  les 
Carpathes,  pénétrant  en  Moldavie  par  l'ouest.  Mais  la 
résistance  russe  s'affirme  de  plus  en  plus  efficace. 

On  dit  qu'un  accord  a  été  conclu  pour  le  partage 
du  butin  roumain  :  la  Dobrudja  sera  pillée  par  les 
Tui'cs  et  les  Bulgares,  la  Valachie  par  les  Autrichiens 
et  les  Allemands.  Les  Bulgares  ont  commencé. 

La  guerre  a  coûté  à  l'Allemagne  /|i4  navires  (i  mil- 
lion 209.000  tonnes). 

On  annonce  qu'un  sous-marin  a  saisi  et  convoyé  dans 
un  port  allemand  le  navire  russe  Siichan,  avec  une 
grosse  cargaison  de  munitions. 

L'Allemagne  appelle  la  classe  1919. 

Les  journaux  allemands  publient  des  notes  inquié- 
tantes sur  les  difficultés  du  ravitaillement.  Ces  notes 
ont  pour  but  de  préparer  le  peuple  à  de  nouvelles 
souffrances. 

Fin  du  congrès  socialiste  à  Paris.  On  a  voté  la  mo- 
tion de  Renaudel  {Humanité)  affirmant  la  nécessité  de 
la  lutte  jusqu'à  la  reconnaissance  du  droit;  on  a  aussi 
voté  contre  la  reprise  des  relations  internationales. 

Le  Temps  écrit  :  «  La  paix  se  fera  quand  les  morts 
le  permettront.  » 

«  La  grande  difl'érence  entre  les  Allemands  et  nous,  c'est 
que  nous  songeons  à  la  paix  future,  tandis  qu'ils  veulent  une 
paix  immédiate.  Nous  n'accepterons  l'une  que  si  elle  nous 
donne  l'autre.  »  {Gaulois.) 

«  La  leçon  du  passé  doit  servir.  Verdun  et  la  Somme  ont 
prouvé  que  l'attaque  réduite  à  un  seul  secteur  trop  étroit  ne 
peut  réussir  parce  qu'elle  attire  peu  à  peu  toutes  les  réserves.  » 
(Général  Malleterre.) 

Le  nouveau  président  suisse,  Schulthess,  parlant  au 
correspondant  du  Lokal-Anzeiger  de  Berlin,  dit  que  la 
Suisse  ne  permettra  jamais  la  violation  de  son  terri- 
toire et  ne  manquera  jamais  aux  devoirs  de  la  neutralité. 

h'Osservatore  dément  toute  démarche  du  nonce  à 
Vienne  et  toute  réponse  qui  aurait  été  faite  par  le  Pape. 

Les  États  Scandinaves  remettent  une  note  aux  puis- 
sances, exprimant  leur  désir  de  voir  rétablir  la  paix. 


208  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

Le  procès  de  Manullov,  ancien  secrétaire  de  Sturmor, 
a  été  ajourné  sine  die. 

Le  Malin  donne  les  motifs  de  la  retraite  de  Sturmer, 
qui,  de  concert  avec  Manuilov,  aurait  entretenu  une 
officine  pour  la  paix  séparée.  Arrêté  une  première  fois 
pour  concussion,  Manuilov  ne  resta  en  prison  que  vingt- 

?[uatre  heures.  L'ambassadeur  d'Angleterre  aurait  in- 
ormé  Milioukov  et  lui  aurait  fourni  la  preuve  que  Ma- 
nuilov partageait  des  bénéfices  illicites  avec  Sturmer,  ce 
qui  fut  affirmé  publiquement  k  la  Douma. 

On  fait  courir  le  bruit  (bientôt  démenti)  qu'un  ancien 
ministre  français,  actuellement  à  Rome,  se  livrerait  à  des 
intrigues  avec  le  Vatican. 

Samedi  30  décembre.  —  L'empereur  Charles  est 
couronné  à  Budapest  sous  le  nom  de  Charles  IV,  roi  de 
Hongrie. 

La  Grèce  demande  la  levée  du  blocus,  faisant  observer 
que  sa  continuation  pourrait  causer  des  troubles. 

Le  front  des  Impériaux  en  Roumanie  s'étend  du  sud 
de  Braïla  au  sud  de  Bacau,  presque  parallèlement  au 
Serelh. 

La  France  et  l'Angleterre  reconnaissent  l'émir  et 
chérif  de  La  Mecque  comme  roi  du  Hedjaz  ;  il  a  été  pro- 
clamé roi  des  Arabes  le  6  novembre. 

Les  explosions  et  les  incendies  paraissent  continuer 
à  Dresde  (lettre  d'un  soldat  allemand  dans  la  Liberté 
du  27  janvier). 

On  annonce  que  des  délégués  du  Reichstag,  du 
Reichsrath  et  de  la  Chambre  hongroise  sont  convoqués 
à  Berlin  pour  le  16  janvier. 

La  Gazette  de  Francfort  se  plaint  que  les  Allemands 
cachent  leur  argent  et  que  la  Banque  de  l'Empire  ne 
puisse  suffire  aux  demandes  de  moyens  de  paiement. 

Le  colonel  Gaedke  (Vonoârts)  demande  que  les  belli- 
gérants arrivent  à  un  compromis  fondé  sur  une  appré- 
ciation modeste  de  la  situation  de  chacun. 

L'Ukraine  autrichienne  est  terriblement  dévastée.  Plus 
de  2.5oo  villages  ont  été  détruits,   800.000  chevaux, 


DÉCEMBRE    1916  209 

i.5oo. 000  bêtes  à  cornes  ont  disparu.  Les  dégâts  sont 
évalués  à  deux  milliards. 

La  Gazette  officielle  de  Londres  publie  le  rapport  de 
Haig  sur  la  bataille  de  la  Somme  (jusqu'au  i4  novembre). 

L  Espagne  répond  aux  États-Unis  qu'elle  réserve  son 
action  pour  des  circonstances  propices. 

La  ligue  antigermanophile  d'Espagne  publie  un  ma- 
nifeste demandant  que  le  pays  se  range  du  côté  de 
l'Entente. 

Motta,  ancien  président  de  la  Confédération  suisse, 
dit  dans  un  discours  que  la  Belgique  doit  être  restaurée 
dans  la  plénitude  de  son  indépendance. 

Le  moine  thaumaturge  Raspoutine,  très  influent  à  la 
Cour,  est  tué  à  Petrograd.  On  dit  que  le  jeune  prince 
Issoupov,  parent  du  Tsar,  a  été  un  des  agents  d'exécu- 
tion. 

Une  note  de  l'Entente,  remise  aux  États-Unis,  déclare 
que  les  Gouvernements  alliés  ne  peuvent  entrer,  sans 
garanties,  en  pourparlers  avec  l'Allemagne.  «  Après  la 
violation  de  ses  engagements,  ce  n'est  pas  sur  la  parole 
de  l'Allemagne  que  la  paix,  rompue  par  elle,  peut  être 
fondée.  » 

«  L'entrée  en  scène  de  l'Amérique  ne  serait  pas  à  souhaiter, 
même  aux  côtés  des  AUiés.  C'est  pourquoi  l'Allemagne  a 
af]i  constamment  sans  aucun  scrupule  à  l'égard  de  la  grande 
P^épublique.  »  {Journal  de  Genève.) 

Dimanche  31  décembre.  —  Sir  Douglas  Haig  est 
promu  maréchal. 

Deux  fortes  attaques  allemandes  sont  repoussées  à 
l'ouest  d'Auberive  (Champagne). 

L'Italie,  en  1916,  a  gagné  3. 060  kilomètres  carrés; 
elle  a  capturé  85. 000  ennemis.  L'armée  a  creusé  3. 000 
kilomètres  de  tranchées;  le  front  s'est  raccourci  de  800 
à  5oo  kilomètres. 

L'artillerie  allemande  et  bulgare  continue  à  délruire 
Monastir,  décimant  la  population  civile. 

L'Eutente  remet  une  note  h  la  Grèce,  exigeant  des  ré- 
parations pour  le  guet-apens  du  i"  décembre. 

Le  Néon  Asty  demande  que  la  Grèce  mobilise  contre 


210  CHRONOLOGIE    DE    LA    GUERRE 

l'Entente;  le  Chronos  affirme  que  le  Gouvernement 
déclarera  la  guerre  si  le  blocus  n'est  pas  levé. 

L'Angleterre  et  la  France  accréditent  des  agents 
auprès  du  Gouvernement  national  à  Salonique. 

Quatre-vingt-quatre  officiers  grecs  et  800  sous-offi- 
ciers et  soldats,  dont  plusieurs  appartenant  à  la  Garde 
rojale,  ont  été  reçus  à  Salonique. 

Les  Russes  ont  été  refoulés  jusqu'aux  abords  de 
Braïla  et  de  Matchin. 

Forte  offensive  allemande  au  sud  de  Pinsk;  bombes 
asphyxiantes  au  sud-ouest  de  Brody. 

Un  dirigeable  allemand  jette  des  sacs  de  conserves  à 
Larissa. 

Le  navire  anglais  Yarrowdale  est  conduit  à  Swine- 
mûnde  par  un  équipage  de  prise  ;  capturé  par  un  cor- 
saire allemand,  il  avait  été  cnargé  d'une  grande  quan- 
tité de  vivres  et  de  matériel  pris  à  des  navires  coulés  et, 
en  outre,  de  46g  prisonniers.  74  Américains  sont  à  bord. 

Les  Allemands  disent  avoir  coulé  en  décembre 
i52  navires  ennemis  et  65  neutres,  en  tout  4i5.ooo 
tonnes.  Depuis  le  début  de  la  guerre,  ils  ont  détruit 
4  millions  558. 5oo  tonnes,  dont  687.000  neutres.  Ils 
évaluent  à  i5  °/o  le  dommage  total  causé  à  la  marine 
anglaise  (qui  l'a  récupéré  en  grande  partie  par  ses 
nouvelles  constructions). 

Proclamation  de  Guillaume  II  aux  armées  de  terre 
et  de  mer  :  «  Dieu  continuera  à  être  avec  nous.  »  Il 
parle  de  la  «  victoire  du  Skagerrak  »  et  des  «  hardies 
entreprises  des  sous-marins  ».  La  presse  allemande, 
par  ordre,  publie  des  articles  furieux  contre  l'Entente 
et  réclame  une  guerre  sans  merci.  La  Gazette  de 
Francfort  adresse  des  menaces  voilées  aux  neutres 
pour  le  cas  où  ils  feraient  obstacle  à  l'Allemagne. 

La  Gazette  de  l'Allemagne  du  Nord  écrit  : 

«  Nous  tournons  nos  regards  vers  la  nouvelle  année  avec 
anxiété,  avec  angoisse...  Nos  désirs  deviennent  plus  modérés, 
et  notre  but  semble  s'éloigner  davantage  dans  le  lointain,  » 

Une  explosion  k  Felixwort  (Autriche)  tue  120  ou- 
vriers. 

Le  comte  Berchtold  est  fait  prince. 


DÉCEMBRE    1916  211 

Au  cours  de  l'année  1916,  les  Français  ont  fait 
78.500  prisonniers. 

A  Cork,  600  Sinnefeiners  attaquent  un  détachement 
de  soldats  ;  la  police  les  disperse. 

On  découvre  le  corps  de  Raspoutine  près  du  pont  de 
Petrovsky  (petite  Neva). 

L'amirauté  britannique  a  intercepté  un  radio  envoyé 
à  New-York,  disant  que  Gérard  a  fait  à  Zimmermann 
des  représentations  très  sérieuses. 

Dans  une  lettre  au  Journal  de  Genève,  un  Américain 
démontre  que  la  note  de  Wilson  a  été  écrite  pour 
l'Allemagne  seule  et  que  seules  les  convenances  diplo- 
matiques l'ont  obligé  à  l'adresser  à  tous  les  belligé- 
rants. 

Les  pertes  allemandes  avouées  se  montent  k  4- 1 24.400 
hommes,  dont  i.ooS.ooo  tués,  56i.ooo  disparus. 


IMPRIMERIE  BERGER-LE VRAUI.T   —   MARS    I917 


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